mardi 11 octobre 2016

Célestine - A la croisée des chemins

A la croisée de nos routes pâles, tracées hâtivement par une main inconnue, sous la clarté fugace des dernières étoiles, grisées d’ombres furtives, il y a ce banc sur lequel je t’attends. Je n’y crois pas. Mais pourquoi pas ?
Exactement là, dans cette rue irisée de la pluie de la nuit. L’asphalte me parle de toi. Le petit bar du coin me parle de toi. Les feuilles de platane qui s’assoupissent sur le chandail vert de la pelouse me parlent de toi. Et la musique languissante du joueur de saxo en haut des marches du métro.
A la croisée de nos vies, je n’ai que des larmes de temps à t’offrir. Des peluches de laine que l’on extirpe du pull du bout des doigts. Des gouttes, des perles qui roulent, des miettes de sons, des bouts d’images.
Une photo que l’on déchire et que l’on reconstitue d’une main tremblante en recollant les morceaux.
Viens vite, il fait humide sur ce banc mouillé d’automne. Mon ciré pleure des lambeaux d’éclairs sous le dernier réverbère de l’aube.
Nous n’aurons qu’une bulle mais elle  sera magique. Elle dansera au-dessus des lumières de la ville, comme un gros bubble-gum, nous y serons au chaud, nos corps  tendus comme des cordes de guitare. Le vin rouge sang coulera sur ma gorge.
Dépêche-toi, je gèle sur mon banc, je vais partir, nos routes vont se manquer.
Mais le bar-tabac sort ses tables à carreaux rouge et blanc. Le soleil point sur les toits bleus. 
Tu ne viendras pas. Tu as pris une autre route et le banc m’a griffé une écharde dans la peau, je crie en silence. Dans le matin blêmi, mes seins frissonnent du manque de toi. 


Un texte que j’ai griffonné sur un cahier quand j’avais 18 ans.


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22 commentaires:

  1. J'ai cru entendre les sanglots longs des violons... très beau texte empreint de tristesse et d'amertume

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    1. Merci vegas. J'avais l'âme verlainienne hier soir...
      Il faut dire que le thème s'y prête !
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. Voici un hymne à la passion, à la vie...
    J'en suis pantelant...
    Un très beau texte sensible et émotionnel.
    (Je ne m'aventurerai pas sur ce sujet, je ne le peux pas...)

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    1. Et j'avais dix-huit ans...je n'ai absolument pas changé, j'aurais pu écrire le même encore aujourd'hui...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    1. Un peu triste, mais les chants désespérés sont les chants les plus beaux, il paraît...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  4. Et en même temps il y a une force vitale...

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  5. Bonsoir.
    Tu es ici désormais... Je ne peux pas m'empêcher de me demander, en te lisant, où est cet homme qui t'avait abandonnée.
    C'est un très beau texte, qui ne fait du tout son âge! :-).

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    1. Il a mis mon coeur en cendres et il est parti...
      Tu trouveras ICI la narration de l'histoire...
      merci Minsky
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    2. Ah! Qu'elles sont inoubliables ces amours d'adolescents! Et qu'ils sont inoubliables aussi, ces garçons qui ont souvent fait de nous les femmes que nous sommes devenues.
      Merci Célestine.
      Non seulement l'histoire de ton lien est touchante, mais elle est aussi super bien écrite. Le choix des mots est précis et touche sa cible sans détours.

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    3. Merci beaucoup Minsky
      C'est toi qui me touches !
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  6. Une belle plume pour un chagrin d'amour qui s'écrit en s'écriant poétiquement mélancolique...

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    1. Qui s'écrit en s'écriant...c'est joli ça !
      Merci ABC.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. Ce que j'aime par-dessus tout dans ce texte, dans cette lettre ouverte à l'autre qui a fui, ce sont les images parfaitement transcrites (le bubble gum, les larmes...) qui me font texturer le scenario qui se crée quand je le lis. Bravo !

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    1. Merci beaucoup, Plume Vive !
      On me dit souvent que j'ai une écriture cinématographique. Je vais finir par le croire...
      Sans doute mon côté cinéphile qui transpire. ;-)
      Bises ¸¸.•*¨*• ☆

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  8. Arpenteur d'étoiles13 octobre 2016 à 16:32

    on est très sérieux quand on a dix huit ans, la vie est tellement présente, tellement forte et l'amour est éternel même si il ne dure que quelques jours. j'aime vraiment ce texte et son côté verlainien, rempli d'émotions au bord de l'adolescence/adulte. ... Merci Célestine !

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    1. Oh quel bonheur de te toucher, toi, le repeigneur de comètes, l'allumeur de réverbères célestes...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  9. Comme un tableau, Marquet, Chagall, c'est plein d'images et sensations

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    1. Marquet, Chagall ! wouaou, je suis flattée. Merci Bricabrac.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  10. douleur intemporelle et si bien décrite qu'elle me plonge dans mes souvenirs. Heureusement tout passe, même la douleur. Mais ton texte, lui, reste.

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    1. Les écrits restent, surtout pour une amoureuse des mots comme moi...
      J'ai gardé tous mes carnets de l'époque.
      merci, Mabata
      ¸¸.•*¨*• ☆

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