mardi 1 novembre 2016

Pascal - Demain

Demain, il faudra repartir au combat. Demain, il faudra donc encore baisser les yeux derrière ce heaume inutile et cette plume trop légère pour ses œillades si précises et ses regards si précieux, le temps de cette joute perdue d’avance. Demain, il faudra encore tomber sous les coups de ses deux bises du matin, se retenir à quelques souvenirs anciens pour ne pas chavirer dans le bleu profond de son regard de magicienne…

Il faudra s’accrocher au néant, chercher dans les néons pisseux une lumière moins cobalt pour me « désaveugler », et laisser les mains dans mes poches…Ces mains tremblantes, elles ont tendance à oser, à mes dépens je vous l’assure, emprisonner ces fines épaules adversaires dans la chaleur propice de ce rapprochement inespéré. Elles voudraient attraper ces blanches congénères pour les tisser entre mes doigts en consentement presque mutuel, le temps d’apprécier et d’allonger ces secondes magiques, le temps d’apprendre leur moiteur et de les partager en frissons et en sueur… Elles voudraient les porter à mes lèvres pour goûter la douceur du velours de sa peau, leur faire sentir, l’espace de ces secondes grandioses, l’intérêt majeur de cette union sacrée, trop éphémère, lui en proposer un souvenir pour l’éternité…

Il faudra combattre à mains nues et perdre encore. Et mes mains, inutiles, pendront lamentablement comme deux feuilles mortes tuées par Novembre félon. Elles seront froides et brûlantes ; elles iront se cacher au fond de mes poches, habituées à cette dépendance journalière… 

Demain, pendant cette rencontre matinal, avec quelques gazouillis de bonjour, elle va éclabousser mon visage avec ses mèches rebelles et blondes, dans l’élan calculé de sa tête capricieuse, et ce camouflet si doux me fermera les yeux. Je m’offrirai ce délice, en Prince solitaire, cette gifle pour le grand voyage au Pays des Merveilles. Et ce gant jeté à ma figure défaite, comme un défi habituel que je ne pourrais jamais relever, me brûlera et perdurera mon trouble…

Si l’un de ses cheveux, devenu amical sans le savoir, veut bien se poser sur mon épaule tellement accueillante, comme une médaille d’Amoureux, comme un soupir sans rien dire, comme un rouge-gorge curieux de l’avenir dans l’hiver, comme une cocarde prise au sacrifice du temps ou à un taureau conciliant, je pourrais parader avec ma chance et tisser mon cœur avec ce doux fil d’or. Je pourrais caresser cette fine chevelure avec mes sentiments en peigne de pudeur enfermée…

Demain, au contour de sa joue blanche, quand son oreille bousculera un pendentif trop doré, trop pendant ou trop bien pendu, je succomberai encore à quelques effluves, je tomberai dans son parfum tellement jeune qu’il se confond avec son odeur de femme, et ce signal olfactif tellement fort s’imprègnera dans mon cerveau têtu et enivrera ma raison décimée.

Je garderai cette trace fraîche au magasin de mes soupirs, au rayon des délires, dans l’impossible désir. Je saurai encore la chaleur de son timide visage approché et son haleine furtive distillée. Je pourrai recompter ses grains de beauté en fermant les yeux pendant cette lutte convenue du matin…

Alors, en restant débout et encore décapité, il me faudra réapprendre à calculer l’équilibre après la fuite de sa vision fugace, comme un marin ivre en bordée nocturne et tonitruante, libre jusqu’aux étoiles pour un sextant déboussolé, comme un Ange merveilleux au milieu d’un rêve qui disparaît quand on a compris sa présence…

Mon écu peut bien briller, je reste, le genou à terre, sans promise, sans cette terre conquise… Quand elle parle, elle redevient humaine… et je suis déçu et je me déçois…

Elle est simplement… vilaine au Pays des Vilains… Elle n’est Belle que pour ma seule compréhension, pour mon idéal, où l’imagination m’emporte beaucoup plus loin que l’affreuse réalité… J’aimerais retrouver un soupçon de lest pour remettre un peu les pieds sur cette terre, voir comment cela fait de marcher sans l’élan qui me pousse vers cette « idolâtrerie » qui ne fomente en moi, qu’un imbécile comateux. Quelle gageure que de croire, d’une simple collègue de bureau, sa Muse. Quelle bêtise d’aimer sans vouloir comprendre… 

Aimer, c’est bousculer ses sens mais, c’est devoir les tuer en même temps, pour en cacher les défauts, pour croire à son obstination, à cette idée fixe collée au mur de ses lamentations… aux discours de ses élucubrations. C’est de l’obscurantisme, de l’égoïsme forcené, vouloir à tout prix, et sans savoir pourquoi, prendre cette citadelle parce qu’elle est inviolable, parce qu’on la croit sienne, parce qu’au hasard d’un vil rayon de soleil ensorceleur, on est resté ébloui devant la herse de son château…

Je reste sur ma faim et, d’espoirs, je me berce. Apprendre à me résigner, accepter cet échec cuisant journalier, renoncer à conquérir ses frontières, c’est compter ses morts sur ce champ sans bataille ; c’est, sans se battre, attendre sa retraite, c’est tenter de soigner cette profonde entaille. C’est remiser cette épée inutile au fourreau, éteindre les derniers brûlots. Si le soir, tard, je veille sans bâiller aux corbeaux, je tente encore en vain quelques plans secrets, quelques incantations, quelques potions; l’alchimie des corps est tellement compliquée et même mes prières sont appliquées…

Mais demain, demain, je repartirai au combat ! Je succomberai encore sous ses bises matinales, je recompterai ses grains de beauté, je m’enivrerai de son parfum Rocher, et je rêverai d’un Amour idéal…

4 commentaires:

  1. Remiser l'épée inutile au fourreau... ça doit pas être drôle tous les jours.
    O.K. je sors

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  2. Voilà un demain plein de promesses même si la bataille n'est pas gagnée, le combat vaut la peine d'être à nouveau mené .-)

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  3. toujours l'étrange paradoxe de l'amour qui oscille entre réalité et conte de fée

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