jeudi 30 novembre 2017

Modération des commentaires

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jeudi 19 octobre 2017

Joe Krapov - Dis raconte-nous !

ROULE BIEN, ROULE AU LOIN !

1

Nous avons traversé
Bien des pays ensemble,
Malle pleine de souvenirs et de joies à venir.
On a toujours su quoi faire
Au temps de nos galères
Aussi je te r’dis ce qu’on s’disait hier :

Refrain 1

Bon voyage au lointain !
Roule bien, roule au loin !
Tout change et plus jamais rien n’est pareil.

Je vois ton cœur de chrome
Qui brille sous le soleil.
Va–t’en faire chanter les lendemains !

2

Quand je t'ai vue en vie
Pour la dernière fois
C’était, je crois, en 2003 ;

Un virage bien raté,
Un tonneau sur le bas-côté,
C’est là que nos routes se sont séparées.

3

Peut-être qu’un surfeur
A fait rebattre ton cœur
Et qu’il écoute à bord Radio Caroline ?

Tout au long de l’océan
Vous glissez seuls en chantant
Comme sur les vagues du bon vieux temps.





4

Peut-être bien aussi
Que tu finis ta vie
Là où la rouille ne dort jamais,

Quelque part dans un pré,
Corbillard abandonné,
Et que tu te souviens de notre passé ?

Refrain final

Bon voyage au lointain !
Roule bien, roule au loin !
Tout change et plus jamais rien n’est pareil.

Je revois ton cœur de chrome
Et mes rêves de jeune homme
Qui s’en vont chanter dans le soleil.


P.S. : Il s’agit d’une traduction/adaptation d’une chanson de Neil Young intitulée
« Long may you run ».


Marité - Dis raconte-nous !

La tra-tra d'Henri.

Ah, ne fais pas cette tête là. Ne rajoute pas à mon humiliation. Tu ne m'avais jamais vue dans cet état  ? Moi non plus. Je n'aurais pas imaginé finir mes jours à l'orée de ce bois.

A la mort d'Henri j'ai dû débarrasser le plancher pour laisser ma place au garage à la petite sportive de Guy, le fils, qui m'aurait larguée depuis longtemps si mon brave et vieil Henri n'avait pas veillé jalousement sur moi, sa chère traction-avant. Il me gardait au chaud et au sec. Toutes celles qui m'ont succédé, plus fonctionnelles peut-être, n'ont pas eu cette chance et n'ont jamais vraiment bénéficié de ses soins. Moi si, constamment. J'étais sa toute première voiture tu comprends et je représentais beaucoup pour lui. Un sentimental mon Henri.

Ces dernières années, il ne conduisait plus très souvent à cause de sa maladie. Mais, quelquefois, le dimanche matin, quand il faisait beau, il enlevait ma bâche de protection et me poussait dehors, dans la cour. Il passait doucement, amoureusement un chiffon propre sur ma carrosserie aussi noire et brillante qu'aux premiers jours de mon existence. Puis c'était le tour de l'habitacle. Je prenais l'air, toutes portières ouvertes. Un petit coup d'œil au moteur et j'étais fin prête pour la balade.

J'étais fière de promener Henri et sa femme Suzanne comme au bon vieux temps, celui de leur jeunesse. Nous empruntions régulièrement les mêmes petites routes, celles de leurs amours. Comme j'étais émue d'entendre Henri dire tendrement à Suzanne : "tu te souviens ma chérie ? Ici, près de cet étang, nous sommes venus souvent." Je voyais alors le doux regard de Suzanne s'égarer dans le bois de pin tout proche où ils allaient s'aimer pendant que je les attendais. Suzanne posait sa main sur le bras d'Henri et lui-même caressait mon volant. Nos trois cœurs battaient à l'unisson. Et c'était encore le bonheur.

Il y a une période dans ma vie que j'ai détestée. Celle de l'enfance de Guy. Cet enfant très gâté et insupportable ne me ménageait pas. Il sautait sur mes sièges, vomissait tout le temps parce qu'il s'empiffrait de sucreries lors de visites. Il troublait notre quiétude avec des jérémiades incessantes : pipi, mal au ventre et que sais-je encore. Il fallait sans cesse s'arrêter et je n'aimais pas ça. J'aurais voulu poursuivre mon petit bonhomme de chemin tranquillement mais à chaque sortie, les haltes se multipliaient, agaçant mon cher Henri qui appuyait de plus en plus fort sur l'accélérateur. Ma vitesse de croisière en prenait un coup.

Mais toi, je me souviens bien de toi. Je t'ai conduite au collège les lundis matins quand tu es entrée en sixième. Tu me faisais pitié, pauvre petite, à étouffer tes sanglots, le nez dans ma portière.

Ces lundis matins. Henri, au volant, ne disait mot. A ses côtés, Guy pensait à ses fredaines du dimanche après midi. Déluré pour ses quinze ans celui-là. Il couchait avec deux femmes, deux veuves et allait de l'une à l'autre chaque week-end. Gilbert était comme d'habitude plongé dans ses rêves et écrivait déjà dans sa tête les romans qu'il a publiés plus tard. Il y avait aussi quelquefois cette mijaurée de Josiane qui m'appelait "la tra-tra d'Henri" pour se moquer de moi. Pas assez bien pour elle sans doute ! Elle ne se privait pas aussi de ricaner en voyant ton chagrin. Je la détestais.

Toi, tu pleurais et tout le monde faisait semblant de ne pas voir, de ne pas entendre. Tu pleurais sur ta chère liberté entravée par l'internat. Tu pleurais de ne plus pouvoir courir dans les bois à ta guise comme un animal sauvage. Tu pleurais de ne plus pouvoir écouter le vent dans les arbres, sentir la pluie ruisseler sur ton visage, respirer à pleins poumons les senteurs de mousse et de champignons. Tu avais un peu honte mais c'était plus fort que toi parce que tu étais très malheureuse. Je voyais bien que tu exécrais la discipline de la pension qui te bridait.

Tu vois, je comprends ton amour de la nature. Moi aussi, j'ai fini par aimer ce bois. Bien sûr, je meurs à petits feux mais bercée par le chant des oiseaux et le murmure des feuillages. Ma mort est douce tout compte fait. Regarde au creux de ma banquette arrière, là où justement tu prenais place. Ne vois-tu pas un nid ? Les pépiements de ces mésanges me tiennent compagnie. J'abrite tous ceux qui me sollicitent. Tu serais étonnée : même les lutins me rendent visite. Reviens. Je te raconterai à toi qui aimes les histoires un peu folles.

mercredi 18 octobre 2017

Tiniak - Dis raconte-nous !

VOITURIER

La mousse orangit
au flanc de l'arbre
Le verdoie s'apitoie sur
mes pieds
Je t'avais chérie
ma Veine Marbre
Tu m'auras pris en filature
en fait
jusques z'au cœur
(pour mieux en piétiner le par-terre de fleurs !)

J'aurais voulu pleurer
prier, peut-être...
n'être plus, les mains jointes
que larmes vers le ciel
mais déjà - oh, pays !
la cloche tinte
et la route a repris
tous ses trajets mortels
Alors, je vais...
(fourbir une raison d'accomplir un projet ?)

Côté sentimental
me range des voitures
et de l'autre, moins sûr
épie chaque horizon
Bien lavés, tous les sols
et crevés, les plafonds
j'ai gavé la maison
d'orgues très verticales
d'où mes cris
s'élèvent, d'un accord, vers l'Oreille engourdie
(d'une Elfe ? d'une Louve ?)

De voitures ? plus qu'une !
en si triste campagne
que l'automne s'y trouve
en belle compagnie
dont la tôle a repris
l'ocre pour ses organes
et le moteur éteint
ne brigue plus, la nuit
le brillant de la lune
où le songe a flétri

Je couve
un autre lent chagrin au tétin de la Louve

Où égarer ses sentiments en double file...

Arpenteur d'Etoiles - Dis raconte-nous !

La 4 CV Renault

J’avais 4 ans.
Nous sommes allés en Italie au mois de Juin. J’étais entre mes grands-parents, à l’arrière. Mon père conduisait et ma mère regardait les cartes. Une galerie sur le toit avec des valises et le coffre plein. Nous avons traversé la Maurienne, le col du Mont Cenis. Tout autour sont construits des Forts qui défendaient la frontière, et c’était absolument magnifique.
Mes grands-parents ont mis une couverture sur moi, entre les sièges. Je n’avais pas de carte d’identité (forcément) et tout s’est bien passé.

Ensuite nous avons traversé Turin, puis Milan (et la cathédrale), puis le lac de Lugano.
Nous allions dans les hôtels le soir, et nous mangions à midi sur le bord de la route. Nous sommes allés à Padoue, la basilique de Saint Antoine de Padoue (avec des hallebardiers), puis à Vérone où nous avons vu le balcon de Roméo et Juliette. Et enfin nous sommes allés à Venise où nous sommes restés deux jours. Nous avons pris une gondole sur les canaux. Nous avons visité le palais des doges, la place saint Marc (envahie de pigeons où nous leurs donnions des graines), le pont des soupirs, le pont du Rialto et la basilique.

Puis nous sommes revenus en France, à Gênes et puis à Nice, Cannes et nous sommes remontés par la nationale 7. Enfin à Saint-Chamond et les photos de mon père que nous avons conservées.
Je me rappelle de ce voyage extraordinaire et parfois je rêve dans les nuits.


Les hallebardiers de Padoue
Pas 28 mais 42 :)

Tisseuse - Dis raconte-nous !

Je me souviens c’était il y a 30 ans…Alors que ma vieille carcasse rouille, c’est ce souvenir qui me revient en boucle….

Y pleut ! J’en ai marre ! Y pleut tout le temps !
Bon, dans une demi-heure, on devrait être chez nous …
Pas de problème, double-moi ! Ca ne changera pas grand-chose. Surtout qu’avec cette pluie, on ne voit goutte.
Tu vas me dire, c’est logique, hein, parce qu’à 18 heures en hiver on ne voit rien de toute façon…
Merde, qu’est-ce qui se passe ?

Corps désarticulé qui saute en arc de cercle  par-dessus la voiture qui vient de doubler

Faut que j’m’arrête ! Faudrait aussi que ses jambes à elle cessent de trembler comme ça.

Et Jonasz qui s’met à chanter à présent dans l’auto radio :
« Qu’est-ce que c’est qu’cette musique dans ma tête ?
Ca tourne, ça tourne, jamais ça s’arrête
Qu’est-ce que c’est qu’cette musique dans ma tête ? »

Mais y va finir de pleurer sur mon capot en disant que c’est pas d’sa faute. On le sait bien que c’était imparable, et que le gamin a déboulé comme ça, en traversant la rue d’un coup.
Bon dieu, ç’aurait pu être nous, et il aurait sauté comme une crêpe aussi !!!
Il est à plat ventre le p’tit…..on ne sait même pas s’il respire.
Ca y est v’là les pompiers ! puis les gendarmes…le SAMU… Y a pas à dire ça a d’la gueule ! Enfin si c’était pas si dégueulasse, car là je me sens pas bien à me voir comme un engin qui peut déglinguer un môme comme ça…

Mais qui c’est lui ?
Il dit qu’il est le cousin, et que le gamin est asthmatique !
On s’en fout qu’il soit asthmatique, ça changera rien, parce que les pompiers font une drôle de tête. Mais c’est un ado, alors elle lui sert des paroles rassurantes, que les urgences font le maximum pour réanimer son cousin, bla, bla, bla …
Et il se cogne à ma caisse : « dites-moi qu’il est pas mort mon cousin ! »

Jonasz revient dans la radio :
« C’est la mort petit !
Déjà ? »

Voilà que les gendarmes demandent les témoignages à présent.
« Oui, oui, bon comportement du gars. Non, non, pas de vitesse excessive. Oui, oui, il a fait c’qu’il a pu, a couvert le gosse avec une couverture trouvée dans sa voiture. J’comprends, il faut encore attendre. Oui, oui, je sais, un gendarme c’est jamais blindé devant la mort d’un p’tit… ».

« Mais j’veux rentrer chez moi… »
Tiens c’est Sheller qui chante maintenant !

J’ai froid de partout, j’sais plus avancer….j’ai peur de tuer moi aussi….

J’vais aller à 30 à l’heure maintenant, et puis freiner même quand il ne se passe rien, et flipper au premier gamin que je détecte sur un trottoir.

mardi 17 octobre 2017

Plume Vive - Dis raconte-nous !

Il faisait froid ce soir de décembre, il y a plusieurs dizaines d'années maintenant. Froid comme le cul d'un mort. En ville, les décorations de noël scintillaient partout où on pouvait poser le regard et des relents de noël flottaient dans l'air de manière nauséabonde. Oui, bon, ça va, je n'ai jamais aimé les fêtes de fin d'année, j'ai bien le droit, non ? Etre bourrée de trucs aussi inutiles que chers pour me retrouver à les ramener à la décharge l'année d'après, ou la suivante quand ils avaient de la chance, ça n'a jamais été mon truc. Sans parler de ces fichues odeurs de cannelle et d'orange émanant du pendentif de rétroviseur - "fait-maison" s'il vous plaît - qui trônait au milieu du pare-brise durant le mois des festivités et qui squattaient mon skaï adoré. Beurk.

Je sentais bien que l'ambiance n'était pas aux boules et bonhomme de neige à cet instant. Une tension particulière a envahi l'habitacle quand mon propriétaire s'est mis au volant. Et lorsque celui qu'il appelle tout le temps Mimile s'est assis à ses côtés, j'ai compris que ça allait swinguer durant la soirée. Bal populaire, tripot du centre, virée à la décharge municipale… il y avait de la délinquance dans l'air. Et purée que ça sentait bon. Je les entendais parler fort entre eux, sans se prendre le chou pourtant. Il se passait quelque chose de spécial et je percevais que ce soir, j'étais plus qu'importante pour eux. Presque vitale je dirais. Quand mon homme a posé ses mains sur le plastique de mon volant, j'ai savouré la chaleur de sa peau et une transpiration qui ne ressemblait en rien à celles qui témoignaient des chaudes journées d'été.

La clé a tourné dans mon encoche, et j'ai rugi. De plaisir, de bestialité et d'envie. J'étais aussi excitée qu'impatiente. La pédale enfoncée, j'ai pu laisser libre cours à mes élans. Je réagissais au quart de tour à chacune des sollicitations de mon propriétaire, et je suis sûre qu'il le sentait. Je n'ai jamais été aussi maniable que ce soir-là. La promenade a été de courte de durée. Nous nous sommes arrêtés devant un grand immeuble dans une rue commerçante. Installée sur une place livraison, le moteur ronronnant, j'ai observé mes occupants sortir et se diriger vers une vitrine à l'intérieur de laquelle les lumières s'éteignaient une à une. Je n'ai pas vraiment compris ce qui se déroulait derrière la vitre dans laquelle apparaissait mon reflet. J'ai entendu des hurlements, des détonations sèches de pétards et des bris de verre. Les hommes sont revenus vers moi en courant, les yeux fous et les cheveux en bataille.

Les portières arrière se sont ouvertes et un chargement de plusieurs sacs de coton a été jeté sur ma banquette. Dans la seconde qui a suivi, lorsque mon homme et son pote sont remontés en moi, une vilaine odeur est venue chatouiller mes plastiques. Pire, un liquide épais et collant accompagnait les gémissements de Mimile, installé sur le siège passager. Mon homme a appuyé très fort sur la pédale d'accélération et dans mon tourment, j'ai raté mon départ. Oui, j'ai calé. Moi qui n'avais jamais laissé mon moteur s'emballer, j'ai fait faux bond à mon propriétaire et l'ai laissé planté devant un endroit qu'il désirait, visiblement, quitter le plus vite possible. Un tour hargneux de clé plus tard, je me suis élancée sur l'asphalte qui brillait dans la nuit. Une pluie légère tombait sur notre trajet et finissait de me désorienter : mon homme ne ralentissait que rarement et se montrait dur dans ses rapports. Je n'avais pas l'habitude d'être malmenée à ce point.

Depuis que j'étais arrivée chez lui, cet homme me portait une attention toute particulière. Lavée toutes les semaines, je savais que je représentais énormément pour mon propriétaire rien qu'à son toucher : sa manière de caresser mon volant, le mouvement presque sensuel du chiffon à polir, les tapotements de ses doigts sur ma carrosserie quand il me nourrissait à la pompe. Le décalage avec son attitude du moment était d'autant plus brutal. Je l'entendais haleter, sans dire un mot, même pour consoler son ami qui semblait avoir de gros problèmes à côté de lui. En plus du rouge dont ce saligaud me badigeonnait l'avant, une odeur plus piquante est apparue lorsque mon tapis de sol intégré s'est retrouvé inondé par un liquide que je ne connaissais pas. Ca ne ressemblait en rien à de l'eau ou à de l'huile de moteur.

Nous avons foncé dans la ville comme sur un circuit de voitures de course, je ne me sentais plus moi-même, j'étais transformée en bolide conquérant et invincible. Alors, quand dans cette folle épopée nous avons percuté quelques poubelles - et même un banc public – je n'ai pas bronché. Je suis solide, je n'ai rien dit, rien laissé paraître, même si une fuite du radiateur s'était déclarée presque aussitôt. J'ai serré les calandres, bravant courageusement la route caillouteuse sur laquelle j'étais engagée à bien plus grande vitesse que de raison. Mon propriétaire a ralenti, des herbes hautes me fouettaient les flancs et rayaient ma carrosserie. Nous nous sommes brusquement arrêtés au milieu de nulle part, sous un ciel étoilé d'une clarté exceptionnelle. J'entendais le bruit de ruminants, comme ceux que j'avais eu l'occasion de découvrir, quasiment nez à nez, lors des dernières vacances familiales. C'était étrange, parce qu'au plus profond de ma mécanique, je savais que je ne reverrai par les mioches de si tôt.

Ils sont restés là un moment, sans parler, sans bouger. Il n'y avait que les légers couinements d'un Mimile au bord du gouffre et les mains serrées de mon homme autour de mon volant. Son pied martelait convulsivement ma pédale de frein. Je profitais de ces moments qui paraissaient presque trop précieux dans cette histoire incroyable qu'il me faisait vivre. Il a ouvert la porte puis s'est dirigé vers un véhicule que je distinguais mal dans la nuit et les herbes folles. Son pote s'est extirpé avec grand peine du siège qu'il avait souillé comme le dégueulasse qu'il a toujours été. Je me souviens encore de cette bringue endiablée, quelques années plus tôt, au terme de laquelle Môssieur Mimile avait soulagé son estomac dans mon coffre. Je les ai entendus discuter, puis mes portières se sont ouvertes. Je me suis sentie plus légère en deux minutes : plus aucun passager ni sac en coton à l'arrière. Qu'ils étaient lourds, ces crétins de sacs ! Mes portières ont été claquées sans ménagement...

Quand un autre moteur que le mien a vrombi à cinq mètres de moi, que le souffle de son déplacement a effleuré doucement ma peinture et que le silence total m'a finalement entourée, j'ai envisagé le pire : je ne reverrai jamais l'homme qui avait si bien pris soin de moi pendant toutes ces années, et à qui j'avais à cœur de rendre la pareille, en évitant de tomber en panne trop souvent ou en restant constante dans ma consommation d'essence. Mon propriétaire m'avait abandonnée, qui plus est dans un état lamentable et avec des odeurs insupportables. La nuit a cédé sa place au soleil, et le jour s'est levé sur moi perdue au milieu d'un champ mal entretenu. Le calme persistait et j'ai soudainement pris peur. Peur que les jours se suivent et que les nuits s'enchaînent. Peur de rester là, à rouiller bêtement en traversant les saisons, sans espoir de revoir mon homme. Voilà 35 ans que j'attends qu'il revienne, avec pour seule compagnie des rats installés sous mon capot qui font la java toute la nuit.

Aujourd'hui encore, lorsque je me prends à rêvasser à la lueur d'un coucher de soleil, je peux sentir la douceur de sa paume sur le pommeau de mon levier de vitesse. Mon homme.

Pascal - Dis raconte-nous !

Voiture rouge

Point Mort… Tu te souviens quand tu étais tombée en panne ? J’étais à la pêche, du côté de ma rivière préférée. Au moment de repartir, tu ne voulais pas démarrer. Tu faisais des « tic, tic », comme ça, et tu refusais obstinément d’emballer ton moteur. Tu étais toute neuve, rouge flambante. Tu étais tellement étincelante. En arrivant, je t’avais cachée derrière un champ de maïs pour que tu ne fasses envie à personne. J’étais tellement perturbé par ton refus d’obtempérer à mes sollicitations de clé de contact que j’étais allé au village en face, sur la colline, avec mes lourdes cuissardes, pour trouver un garagiste complaisant. J’avais négligé mes baskets dans le coffre... J’avais pris un sérieux coup de chaud, ce jour-là. J’ai encore le bruit de tam-tam dans les oreilles, avec mon pas cadencé, sur ce goudron chaud des campagnes. Le mécano était arrivé avec ses pinces pour la batterie, et tu avais démarré de façon impeccable. Tu n’es plus jamais retombée en panne. Ceux qui avaient ri de cette mésaventure ne sont plus tous là aujourd’hui et toi, tu es toujours vaillante, un peu plus terne, un peu moins brillante mais présente. C’était, il y a vingt-quatre ans, déjà… J’avais une grande fierté de te conduire ; tu étais fringante, bien d’aplomb sur tes roues, et les formes de ta carrosserie étaient à la mode…

Première… Tu te souviens quand on montait au village de Saint Bardoux ? Mon père laissait ta place dans son garage, à l‘abri du froid et du soleil. On avait collé un écusson de la Drôme, à côté de la plaque d’immatriculation, à l’arrière, pour faire des similitudes rapprochantes avec sa voiture. J’avais l’impression que tu appartenais aux décors de nos collines. On fonçait, au petit matin, pour rejoindre les rivières. On faisait des rallyes ensemble pour que je sois le premier au bord de ma passion débordante. Tes phares éclaboussaient l’orée des forêts traversées. On éclairait des lièvres. Ils couraient devant nous, en faisant la course, et ils disparaissaient dans les talus. Pas une voiture ne nous résistait. Tu allais à la vitesse de mes pensées. C’était bien. Parfois, le temps d’un week-end, on arrivait au village dans un épais brouillard et les filles dormaient derrière, en toute quiétude. Tu ne m’as jamais trahi pendant tous ces voyages heureux de jeune famille…

Deuxième… Tu te souviens ? Je te vidangeais tous les cinq mille kilomètres et ton moteur tournait comme une horloge de précision, sans jamais faillir. Le filtre à air, c’était tous les dix mille. J’aimais bien te bricoler, démonter tes boulons les plus faciles et je t’entretenais avec une grande méticulosité. Je t’ai tellement souvent caressée avec des chiffons anti-poussière, des peaux de chamois et des brosses à reluire. Tu as grandi à l’huile de coude, avec mes révisions scrupuleuses de maniaque. Tes cent mille premiers kilomètres étaient une victoire facile. J’évitais les stationnements à risques, ceux qui marquent les portières avec d’autres portières moins regardantes sur la tôle peinte. Je te préservais des aléas de la méchanceté, des imbéciles et des jaloux, tout au long de notre route. On a changé tes pneus pour rouler en toute sécurité, par tous les temps et presque partout. On ne s’est jamais trop approchés de la neige. Je ne suis pas Vatanen…

Troisième… Tu te souviens ? On a fait des déménagements ensemble. Je couchais tes sièges à l’arrière pour l’espace, tu devenais alors une belle voiture commerciale avec plein de place. J’ai oublié le compte de tous les poids divers que tu as portés sans faiblesse. Tu étais sobre malgré mes dérapages. Ta constance était dans l’effort. Jamais un raté, jamais une pétarade de dérèglement dans tes courroies, tes soupapes, tes durites, jamais une crevaison sur le bas-côté avec le cric déplié et la roue de secours dégonflée, jamais une pierre sournoise dans le pare-brise pour l’étoiler à la fragilité du verre feuilleté. Tu évitais toutes les embûches, les clous pointus, les trous, les radars vicieux, les gendarmes moustachus. Je crois que tu étais une voiture porte-bonheur. Saint Christophe avait dû te baptiser sur ta chaîne de montage ou les ouvriers d’alors avaient encore l’orgueil du travail bien fait. Je peux les remercier tous…

Quatrième… Tu te souviens sur l’autoroute ? On filait le cent trente en douceur. Il suffisait que j’effleure la pédale d’accélérateur et tu fonçais en faisant mugir ton moteur. On s’accrochait derrière des voitures bien plus grosses. Elles nous mettaient dans le vent au bout d’un moment mais ils étaient impressionnés de nous voir collés dans leurs rétroviseurs de nantis. Les paysages défilaient à notre rythme effréné ou dans la lenteur paisible des promenades. Je ne doutais jamais de tes performances. J’avais une réelle confiance et je te conduisais,les yeux fermés… Le ronronnement de ton moteur était un chat, en pleine quiétude, sur les genoux d’un adepte fervent de la sieste…

Cinquième… Tu te souviens ? Deux cent mille kilomètres au compteur et pas une égratignure, pas le moindre tonneau… ni même une bousculade dans un ravin, pas d’explosion de ton moteur, pas de survirage ou de chavirage dans les tournants. Je crois que tu m’impressionnais et je ne m’en rendais pas encore vraiment compte. Je regardais le compteur kilométrique comme une victoire sur le temps. Je vantais tes talents et je louais tes reprises sans fléchissement. Tu étais un plaisir à conduire sur nos routes, toujours partante, toujours avenante, toujours bien gonflée, toujours à l’heure…

Quatrième… Tu te souviens ? Bien sûr, le tissu des banquettes avait terni, le tableau de bord s’était déformé à cause de toutes ces chaleurs brûlantes de derrière le pare-brise. On n’avait pas pu éviter toutes les portières ennemies et un abruti avait marqué la peinture de ton coffre avec sa clé vicieuse pour nous montrer sa désapprobation à cause d’une place de parking. Si j’avais pu le tenir, celui-là… On avait perdu un enjoliveur et nous avions fait les casses pour te retrouver le semblable. J’avais passé un lustrant et tu avais repris des couleurs. Je surveillais ton niveau d’huile et tu perdais un peu d’eau mais j’étais toujours près de toi. J’avais changé les tapis de sol et j’avais passé l’aspirateur, une fois de plus, dans tous tes recoins. Les contrôles techniques étaient, pour toi, une simple formalité. On a changé tes ampoules car il fallait des blanches pour se mettre à l’Europe et à toutes ses absurdités. On craignait les PV, nous aussi... Fidèle compagne assidue, tu avais toujours autant d’allant dans nos déplacements, je pouvais compter sur toi et tu démarrais toujours au quart de tour, toujours prête pour l’aventure et pour mes excès. Tu as dû me sauver la vie plusieurs fois sans que je m’en rende compte. Tu récupérais mes trajectoires défaillantes à cause de mes brouillards, de mes cafards, de mes histoires…

Troisième… Tu te souviens quand on est partis à Lyon ? J’avais pris deux collègues du travail et on allait faire un stage. Tu n’as même pas toussé, tout le long du trajet, un vrai métronome. Je tenais le cent quarante mais il fallait presque crier pour s’entendre parler. En y pensant, je ne t’ai jamais installé de poste de radio. A cette époque ancienne, je chantais tout le temps. On avait fait une performance. Si tu savais comme j’étais fier de toi. Mes deux potes te regardaient avec jalousie. Ils t’estimaient d’une haute valeur et pourtant, tu devenais doucement une voiture de collection. Tes amortisseurs s’étaient un peu affaissés, tu perdais un peu d’huile, la lumière du plafonnier était muette d’éclairage, le levier de vitesses était un peu fou et il fallait se rappeler le bon emplacement pour passer le bon rapport, au bon moment. Tu devenais folklorique. Tu sais ? C’est avec toi que j’ai arrêté de fumer. Jamais un mégot dans ton cendrier, tu ne méritais pas ma fumée. Cela fait vingt quatre ans que je vis sans tabac. C’est mon record. Avec toi, j’allais d’exploits en exploits. Quand j’avais pris l’envie du bout du monde, je suis sûr que tu m’aurais emporté avec autant de dynamisme qu’à nos débuts. Tu n’avais que vingt ans…

Deuxième… Tu te souviens ? On avait oublié de fêter tes trois cent mille kilomètres et quand j’ai vu le « un » s’afficher dans le compteur, j’ai compris que tu avais tourné une troisième fois. C’était étrange ; je peux te l’avouer aujourd’hui. J’attendais que tu tombes en panne. Tu sais ? Je t’aurais pardonné si facilement. Mais jamais, jamais, je ne t’aurais laissée sur le bord de la route. Nous avons partagé tellement de souvenirs, tous les deux. Les bons et les mauvais, ceux qui font une vie. Nous allions sous les rouleaux et tu te baignais dans la fraîcheur des centres de lavage automobile. Je te savonnais encore, par habitude, et pour le simple plaisir de caresser ta tôle ondulante rouge fané. Je t’ai donnée à un pauvre gars sans voiture parce qu’il était dans la misère. Je pensais que je faisais une bonne action et tu pouvais encore porter sa famille un long moment. Puis, je t’ai récupérée. Tu étais dans un sale état. Il t’avait massacrée, inconscient de ta bonne santé. Les gens sont cons. Ils détruisent les cadeaux et entretiennent mal ce qu’ils paient. Mais tu étais toujours vaillante et toujours aussi solide. La trotteuse de ton heure se mettait en vacances parfois. J’ai pris un garage couvert pour te protéger du froid.

Première… Tu te souviens ? Le nombre de jolies femmes qui se sont assises à côté de moi ? Celles qui avaient des petits rires de demoiselle et des envies mordantes de tigresse, celles avec des sourires de communiantes et des pêchés d’Enfer plein la tête ? Remarque, ce sont celles que je préférais. Tu trouvais toujours les bons bosquets dans l’intimité de nos rendez-vous secrets. On en a fait des kilomètres pour rejoindre ces Belles. Tu te rappelles l’embardée qu’on avait faite ? Nous avions exécuté un superbe tête-à-queue, j’allais trop vite et c’était mouillé. Les rencontres galantes ont toujours été des accélérateurs naturels. J’avais pressé la pédale de frein et j’étais tétanisé dessus. J’ai vu, au ralenti, le camion qui arrivait en face, le ravin, le champ d’à côté et je suis reparti par là où j’étais arrivé. C’était un miracle sans une bosse et sans te cabosser. Qu’est-ce que j’ai pu rire avec toi…

Point mort… C’est moi qui me souviens de tout parce qu’il reste du sable, quelques cheveux de femme, quelques poils de chien et de chat aussi… Il y a encore des dessins d’enfants dans le vide-poche, des petites pierres et des coquillages ramassés sur la plage, quelques cartes de restaurant, des jetons de caddy, des joints de vidange... Tu affiches trois cent quarante cinq mille kilomètres au compteur et je viens de t’échanger contre une voiture neuve. J’ai eu l’impression que tes phares me suivaient quand je suis entré dans la concession griffue. Je n’osais pas te regarder. Je t’ai lâchement abandonnée sur ce parking de vieilles ferrailles. Ils voulaient ta carte grise et tu vas partir à la casse. Si tu savais comme j’ai honte. Je ne suis pas digne de la confiance que tu m’as donnée pendant vingt-quatre ans, sans jamais défaillir. Tu avais même remis ta trotteuse en marche pour m’indiquer la bonne heure. Tu sais ? Si j’avais pu, je t’aurais gardée encore mille ans. Si j’avais eu un jardin, je t’aurais fait une belle place et tu aurais rouillé en douceur, avec les saisons pour changer lentement ta couleur. Maintenant, ils vont compresser, concasser, recycler, détruire nos souvenirs en commun. Pourtant, jamais tu ne m’as fait défaut, jamais une traîtrise, jamais une embardée. Tu vas me manquer dans ta belle robe rouge. Je t’abandonne à la ferraille, excuse-moi, pardonne-moi, ne m’en veux pas...

Maintenant, tu es seule dans le froid et la pluie, tu dois avoir peur. Tu sais ? Je ne leur ai donné qu’une de tes deux clés et ce soir, je viendrai te voler, pour te reprendre. On s’en ira tous les deux, comme avant, avec le paysage du pare-brise comme seul futur envisageable. Et si tu manques d’essence, je t’offrirai les miens… Adieu ma vieille Voiture Rouge… tu me manques déjà…

lundi 16 octobre 2017

Andiamo - Dis raconte-nous !

La deuch.

1963... La deuch toute neuve, c'était ça ou une 4L , Julien avait choisi la deuch, plus robuste, moins gourmande en carburant, vaillante, 90 KM/H. en descente vent dans le dos... Rien ne l'arrêtait même pas ses freins ! Et puis on l'entendait bien, pas besoin de klaxon, décapotable l'été, les copains et les copines debouts chantant à tue-tête :"pour moi la vie va commencer... Yé, yé, yé" !!!

Un soir dans un petit bal, la cambrousse pas loin de Paris, "les baloches" comme on dit, il avait rencontré Martine, jolie brunette espiègle, un joli minois, une petite robe juponnée en vichy bleu... Comme ses yeux, le bandeau blanc dans les cheveux à la "Janique aimée" Vous n'avez pas connu ce feuilleton un peu (beaucoup) mièvre de ces années là, vous êtes bien trop jeunes !

Le lendemain ils s'étaient revus, bisous ravageurs, des "je t'aime" pathétiques, des serments à la mie d'pain, à vingt berges on y croit au grand amour, celui qui te laisse sans souffle, le cœur en croix, point de bancs publics mais la banquette arrière de la deuch.

Tu fais pivoter d'un quart de tour le petit crochet situé sous la banquette avant, la dite banquette est "libérée", tu la soulèves alors, et la rabat vers le tableau de bord, un foulard ou une cravate afin de la ligoter au volant (la banquette hein, pas la donzelle). Et là tu disposes d'un espace largement suffisant pour signifier ta passion à la jolie fiancée ! Ah certes ils s'étaient donnés, à s'en ruiner la santé, mais à vingt berges les outils sont neufs alors...

Ah bien sûr à force de danser sur la belle Martine, des petits pieds ne tardèrent pas à pousser les grands, un mariage un peu hâtif, une jolie petite fille six mois plus tard, bientôt suivie d'une petite sœur.

La bonne deuch pleine de si bons souvenirs, est devenue trop petite, remplacée par une R 12 break, mais la vaillante dedeuche est restée là dans le pré derrière la maison, ils n'ont pas voulu s'en séparer, elle était emplie de si bons souvenirs, les années âge tendre et tête de bois, salut les copains, dans le vent, Mireille et son petit conservatoire, etc...

Le temps ce salaud qui avance en chaussons, sans bruit, a emporté la jolie brunette.

Julien est debout, le bidon d'essence vide à ses pieds, le liquide a donné un éclat inattendu à la vieille peinture grise, l'allumette à la main Julien sourit un peu.

Laura Vanel-Coytte - Dis raconte-nous !

O combien
Avant qu’ils aient chacun de leur côté un appartement
Alors que ça ne se faisait pas trop de se voir chez les parents
Et parce qu’ils avaient justement besoin d’être juste à deux
Ils se réfugiaient dans ma carrosserie, sur mes sièges moelleux.

O combien de baisers, ils ont échangés, o combien de caresses
Ils se sont prodigués ; j’éteignais mes phares pour être discrète
Dans le silence du parking du paysage urbain et nocturne
Résonnaient leurs secrets, leurs soupirs et leurs promesses

Un jour, mes essieux et mes amortisseurs ont grincé et j’ai compris
Qu’ils avaient franchi les limites et qu’ils s’étaient donc affranchis
Des peurs de leurs parents, ils se donnaient le plaisir dont l’absence
Rend beaucoup aigris et intolérants envers le bonheur de leur jeunesse.

O combien de baisers, ils ont échangés, o combien de caresses
Se prodiguent-ils encore dans le confort de leur chambre
Moi, je leur fais à chaque fois un clin de clignotant complice
Quand ils passent amoureux et toujours au bord de l’orgasme.

Où lire Laura Vanel-Coytte

Semaine du 16 au 22 octobre 2017 - Dis raconte-nous !


Après avoir erré sur les pas de Jaccottet, nous sommes arrivés ici où elle dort depuis quelque temps. En vers ou en prose elle doit avoir pas mal de choses à nous conter...
Mais n'oubliez pas jusqu'au dimanche 22 octobre minuit à l'adresse habituelle :


impromptuslitteraires[at]gmail.com

Et vous aurez la possibilité, si vous le souhaitez, de nous envoyer plusieurs textes pour ce thème.

dimanche 15 octobre 2017

Lorraine - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne, j’ai pris un sentier de traverse qui  menait à la clairière. Une mare effleurée par un rayon de soleil  m’attira vers le banc de bois un peu boiteux. Et je fus bien.

Certes, je n’avais pas trouvé le chalet  à vendre qu’on m’avait chaudement recommandé.  Il était entretenu avec amour par son vieux propriétaire qui s’exilait dans une Résidence pour personnes âgées, devenu incapable de donner à ses innombrables fleurs les soins attentifs requis. Je le regretterai certainement. Mais je me sentais harassée par les chemins de traverse que j’avais empruntés un peu à la légère et j’allais renoncer à poursuivre mes recherches quand un chat déboula presque à mes pieds, issu d’un buisson et saupoudré de gouttes d’eau. Nous nous saluâmes. Il était de bonne compagnie, et me rendit mes caresses en se frottant contre ma jupe d’été avec énergie et tendresse. Et quand il s’éloigna, je le suivis naturellement.

Il n’alla pas loin. Moi non plus. Nous étions devant un chalet romantique, et un vieux monsieur en chapeau de paille arrosait minutieusement des rosiers croulant de fleurs. J’étais conquise. Il me reçut avec un sourire triste, caressa la tête de son Voltaire (eh oui !..) Vous ne vous étonnerez pas d’apprendre que je suis devenue l’heureuse propriétaire de ce lieu un peu paradisiaque, et l’heureuse compagne d’un Voltaire qui ne pouvant suivre son maître à la Maison de Repos, consentit à rester là où il avait toujours vécu et m’accepta  comme résidente.

samedi 14 octobre 2017

Gene M - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir erré longtemps dans la campagne, l'esprit en déroute et la
peur au ventre, je m'effondre , épuisée, près d'un buisson. Je réalise
que je m'agrippe à mon sac avec une force insoupçonnée. Ma main semble
s'être métamorphosée en serre d'oiseau.

Le buisson se présente comme une petite niche de verdure à l'aspect
confortable.Je m'y terre avec soulagement. Je ramasse quelques
branchages qui jonchent le sol de la petite cabane improvisée et je
bouche l'entrée tant bien que mal. Ce petit abri provisoire va me
permettre de reprendre mes esprits. Mes idées sont encore confuses.

Comment tout a t-il basculé ? Un week-end avec des collègues de
travail sympa, une jolie villa dans une campagne vallonnée et
verdoyante....
Ce matin... Contrairement aux autres, j'ai voulu prendre une douche et
me préparer avant le petit déj..

Fraîche et parfumée, mon sac à la main, je me sentais d'humeur joyeuse
lorsque je descendis l'escalier. L'absence de bruit me sembla un peu
étrange. Une sourde inquiétude s'empara de moi. Je continuai à
descendre lorsqu 'une odeur métallique et écoeurante me cueillit
littéralement.

Le sang, du rouge partout ... Les trois autres filles gisaient dans
une mare de sang, les yeux ouverts et la gorge tranchée.
Une terreur animale s'empara de moi. Je m'enfuis aussi vite que
possible, n'importe où, droit devant moi...

Je quittai ma niche environ une heure après, je repris le chemin avec
une idée fixe : Trouver la police ou la gendarmerie, et raconter
l'indicible.

Je reprends la route et je suis la ligne indécise des arbres. Au delà,
il y aura bien un village où je pourrai demander du secours...

vendredi 13 octobre 2017

Joe Krapov - Sur les pas de Jacottet

Comment se centon lorsque Gogol rit ?

Après avoir longtemps erré dans la campagne,
Bien tard, quand il se sent l'estomac écœuré,
Fantasque, un nez poursuit Vénus au ciel profond
Et dit : "Je suis la ligne indécise des arbres
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Des lichens de soleil et des morves d'azur.
J'ai vu des archipels sidéraux et des îles,
Un bateau frêle comme un papillon de mai
Qui dans le bercement des hosannah s'endort ».



La Meuse à Charleville-Mézières le 10 juillet 2017

Après avoir longtemps erré dans la campagne,
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer.
Dans la campagne en rut qui frémit solennelle
L'air s'emplit du lointain nasillement des danses.

Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant :
Telle un fil de glaïeuls au vol des libellules
La nature s'éveille et de rayons s'enivre.
La terre, demi-nue, heureuse de revivre,
A des frissons de joie aux baisers du soleil.

On sent, dans tout cela, qu'il manque quelque chose
Du grand désert, où luit la Liberté ravie
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits :
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées ?
Cette bête qui sue du sang à chaque pierre ?

Quand, des nefs où périt le soleil, pli de soie,
La Nuit vient, noir pirate aux cieux d'or débarquant,
Et, dans ce lourd sommeil, met un rêve joyeux ;
Lorsque tout s'engourdit sous le ton gris des cieux
Nous avons quelque chose au cœur comme l'amour !


Arpenteur d'étoiles - Sur les pas de Jaccottet


Le mont Pilat (dans la Loire)

Sur le flanc est, de hautes collines, presque montagnes, surplombent un Rhône encore impétueux. Des plateaux d’herbes et de hautes futaies aux hivers rudes, s’infléchissent au sud, vers la Haute Loire et l’Ardèche. Naguère des poignées de jeunes gens croyant à la liberté, s’y sont battus becs et ongles.
A l’ouest, le granit affleure, et le temps a creusé des défilés qu’on dit "gouffres". Et puis, dominant une vallée industrieuse, une terre hésite entre la douceur méditerranéenne et la rudesse du massif central. C’est là que, près d’un col où dorment encore quelques vieilles fermes de pierres. Mon enfance s’est cachée, dans ce coin du Pilat où je vais encore parfois pour laisser vagabonder mon âme. La nostalgie panse certaines plaies.

Je revois mon père qui sautait de pierre en pierre pour me faire rire, et me faire voir comme il faisait à mon âge ; à cet âge où être triste est un pêché. On écoutait les oiseaux qu’il reconnaissait. Du haut du Paraqueue, on cherchait le toit de la maison : quelques tuiles rouges au creux d’un jardin, perdu entre d’autres. On ramassait des champignons dont il savait tous les prénoms en latin. Moi, le lendemain, j’avais une version et je ne savais rien.

Mes souvenirs m’emportent. Je pense à Norbert et à Frédéric avec qui je peinais à pédaler vers Chaubouret puis vers l’Oeillon. Dans les lacets de La Valla, vingt fois j’ai remporté le tour de France. Frédéric est couché sous une pierre grise. Norbert vit quelque part à Berlin ou aux Marquises. Tournent sans cesse les saisons.

Je me suis souvent promené solitaire, rêvant en regardant les traces cotonneuses des avions qui dansent. C’était le temps ou je ne savais pas qui j’étais, sinon un songe de vie. Ni passé, ni futur, à peine un présent, impalpable.

Il y a encore les longues marches, garçons et filles, de Saint Martin à Jasserie. Les fous rires n’en plus finir, et les airelles un peu acides qui coloraient en bleu acier nos baisers à la dérobée. Baiser volés, baisers rendus. Plus tard, un peu plus tard, au creux des chemins presque ignorés, les premières gentilles, leurs jupes froissées, leur parfum de vanille. Là, se cache aussi mon adolescence.

Il y a l’odeur des pins, des feux de bois, de le terre humide, des étables sombres.
Il y a des cris lointains, les bruits de la vallée feutrés dans l’air du soir, les aboiements d’un chien dans les collines en face, le foin si riche de la fin du printemps. Sous un pin écrasé de chaleur, la Méditerranée sommeille dans l'odeur du serpolet. Quelques pas plus avant, une forêt profonde où frissonnent encore mes peurs enfantines. Et puis, somptueux décor, au détour d'un chemin ou d'un virage, les Alpes éclatantes viennent barrer l'horizon bleu.

Ce raccourci du monde n’est pas loin, ni mon enfance à laquelle j’appartiens.
Et  je suis la ligne indécise des arbres...

Le Pilat

Le col de l'Oeillon

Le Mont Blanc

Célestine - Sur les pas de Jaccottet

« Après avoir longtemps erré dans la campagne »....De Georges Van Dal, XVII° siècle. Ecole flamande Baroque.

Le tableau est mis en lumière délicatement sur sa cimaise, savamment éclairée de l’intérieur par des diodes aux tons chauds.
A cette heure de l’après-midi, la salle des « Flamands méconnus » est parfaitement déserte.
J’observe le tableau. Le clair-obscur en est superbe. Des yeux, je suis la ligne indécise des arbres, leurs frondaisons croulant sous un ciel gris lourd de nuées. L’herbe semble de velours brun.
Mais ce qui me fascine, en fait, dans ce décor, c’est cette femme rousse, au grain de peau incomparable, dans sa robe de taffetas. On dirait une porcelaine de kaolin.

Qui est-elle ? Et pourquoi ce regard mélancolique semblant crever la toile comme une flèche jusqu’à mon cœur pour demander de l’aide ? Pourquoi est-elle hagarde, échevelée, frissonnante ? Pourquoi a-t-elle erré ainsi dans cette campagne automnale et lugubre ? Poussée par quelle sombre nécessité ?
A la naissance de ses seins lovés dans leur écrin de brocart, un collier de trois rangs de perles noires magnifie son teint laiteux. Il forme comme une barrière de « corps, aïe ! » interdisant au regard de descendre dans le sillon mystérieux de son corsage.
Je m’abîme depuis de longues minutes dans la contemplation du tableau, quand un rire doux comme un grelot retentit derrière moi. Je me retourne, surpris. Je n’avais pas entendu approcher quiconque.

Une jeune femme rousse me sourit. Sa peau de lait semble phosphorescente dans la pénombre du musée. Quelques mèches de feu s’échappent de son chignon. Son collier de perles palpite sur sa poitrine.
Interloqué, je regarde à nouveau le tableau. C’est alors qu’il me faut constater que la femme n’est plus à sa place, là, devant les arbres. Elle s’est comme effacée de la toile. Elle a disparu corps et biens.
Faisant volte-face à nouveau, pour témoigner de mon incompréhension à la belle inconnue, je ne peux que constater que celle-ci s’est évaporée également.

J’en suis là. Je n’ai pas d’explication. Ne comptez pas sur moi pour vous dire qu’il y avait des champignons à la cantine ce midi. Ou que j’ai abusé de quelque substance interdite brouillant les sens…

Qu’est-ce qu’on fait ? On se tait en le laissant dans son abîme de conjectures, ou on lui dit qu’il n’est qu’un personnage de Célestine créé pour un impromptu littéraire ?

Où lire Célestine

Tiniak - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne
y ai laissé mon pagne et quelques rêves mous
l'idée d'une compagne avec le cheveu roux
armée de francs courroux, quand la rage la gagne

Madame, aux cent virages...
Ô Très Chère au sang frais
l'est doux, votre visage
mais quel piège y logez !

Oublieux au grimoire
je réfute les mots
que j'avais dit, tantôt
par des ratures noires

Restez là ! pour entendre
vous, issue de la ferme
mais aux formes si tendres
quel est votre épiderme

Eh, chérie ! C'est du flan
et pas du meilleur cru
ce que tu m'as vendu
et sans prendre de gants

Toi ? Tu es l'araignée
en confort, sur la toile
tissée comme une voile
sur un navire à quai

Tant va la cruche à l'eau
que c'est du pain béni
pour les tristes dénis
trempés d'Amaretto

Oh, c'en est trop ! C'est bon ! Va jouer dans ta cour...

Où plonger dans son ventre...

mercredi 11 octobre 2017

Tiniak - Sur les pas de Jaccottet

J'avançais, à mon pas - ce festin !
par de magnifiques miroirs
qui se renvoyaient mes espoirs
pour quelques histoires, sans tain

J'allais mon train, dans la forêt
me demandant : quel horizon
murmura qu'il n'est de raison
qu'entre les ombres dans l'allée ?

Un blond papillon, brun dessous
et des ocres doux plein les yeux
vint me caresser le cheveu
(et pas pour m'y chercher des poux)

Je le chassais d'une main molle
vu que j'étais un rien pensif
que j'avais oublié mes tiffs
et que je cherchais mon école
dans les feuillages
où frétillait, d'en haut, le sang blanc d'un mirage

Quelques champignons m'interrogent...
Je leur réponds, le cœur troublé
Ma réponse n'a pas d'effet !
Ils montent grignoter ma loge

Disiez : « La vie est dégueulasse »
Léo Malet, Jacquottet, frères...
perclus d'horreurs z'et de misères
Mais, cette forêt, c'est du strass !

Et voici que je suis la ligne
indécise des arbres morts
pour l'insensible à ce décor
pas à pas, pour y voir un cygne
rogner son aile
et me narguer, gracile et pâle, principiel

Où choper un cygne parlant

Lilousoleil - Sur les pas de Jaccottet

La maison de l'enfance




Après avoir longtemps erré dans la campagne, je me suis retrouvé enfin sur le chemin tant cherché et devant Elle !
Je ferme les yeux et la magie opère.
Je revois cette grande maison cossue, presque carrée, un toit à quatre pentes et ses fenêtres rondes en œil de bœuf.
Je revois les volets de bois peints en vert jade et la porte d’entrée aux montants en chêne verni. Je revois le rosier grimpant croulant sous les abondantes inflorescences qui dispensent un parfum puissant, subtil mélange entêtant de rose de Damas et de pointe citronnée.

J’ouvre les yeux et j’aperçois une petite fille qui court en riant aux éclats sans chaussures ni chaussettes dans la pelouse dont les brins d’herbe lui grattouillent et lui chatouillent la plante de ses pieds nus. Elle se dirige vers la silhouette accroupie près du mur en pisé derrière la maison. Un chapeau de paille sur la tête, il « grabotte » son potager avec tant de soin. Elle se souvient de son « parrain » qui lui expliquait les secrets de la nature.

Les larmes me viennent aux yeux. Pourtant je ne suis pas d’une nature nostalgique. Le passé ne m’intéresse pas. Le passé, je ne peux le changer. Abandonnée à la naissance, j’ai grandi d’abord dans les pouponnières de la DASS. Je suis un dossier estampillé en rouge et en gras « non adoptable ». Les rouages administratifs, je ne les connais pas. Tout ce que je sais c’est que pour moi foyers et famille d’accueil se sont succédés.

Mes paupières se referment ; Julie. Je suis Julie, ce prénom, une carte dans le couffin. Comme j’étais une gamine docile, à qui on s’attachait facilement, on me changeait de familles de temps en temps de peur que l’affection de mes accueillants ne me soit nocive ! Mais j’ai vite compris que c’est en travaillant à l’école que je me forgerai mon identité.

Est-ce un hasard si, aujourd’hui, je me se retrouve ici : les yeux mouillés, je suis la ligne indécise des arbres. Et si cette maison était à vendre !

Où lire Lilou

Pascal - Sur les pas de Jaccottet

A la pêche

Je suis la ligne indécise des arbres ; le long du sentier, elle est mon guide quand je relève la tête. Sur leurs cimes, l’aube s’immisce en décorant l’horizon de guirlandes encore somnolentes. Pourtant, en coulisses, les falbalas du petit matin s’affûtent, les dorures s’astiquent, l’or se fond et se farde, les flamboyants s’intronisent. Précipités, enthousiastes, triomphants, je les devine dans l’ordre exalté du jour naissant.

Maintenant, la noirceur fantomatique se morcelle en impressions tenaces. La nuit s’effiloche ; son agonie renvoie dans les chaumières les amants et les maîtresses. Après le Sabbat des Ténèbres, faussement fidèles, les ombres se décollent, se détachent, s’arrachent et retrouvent leurs sujets ; fautives et harassées, elles se glissent à leurs pieds comme des épouses repentantes. Encore lascives, elles s’ébrouent aux frissons du petit jour, ces honteuses vestales ; ici et là, on peut sentir leurs parfums obsédants, derniers témoins fragrants d’une nuit de bacchanales. Les couleurs se projettent dans les décors, les oiseaux ont des allants de ténors, les sous-bois découvrent leurs trésors.

Tout à coup, tous les instruments de la Nature s’alignent et s’élèvent à l’unisson de la même note. Aux toc toc toc péremptoires d’un pic vert, comme une baguette de chef d’orchestre réclamant le silence sur son pupitre, le soleil entre en scène et ouvre le grand bal du jour.

Les arbres retrouvent du volume, ils se grandissent, ils s’épanouissent ; à la brise de l’air, en bruissant, ils ont même l‘emphase de discours printaniers ; leurs feuilles ont tant à dire. Aujourd’hui encore, l’honneur est sauf. En signe d’allégeance, les ombres au bercail ont empesé de bijoux de rosée leurs branches alourdies ; emprisonnés dans l’aiguail, on peut voir des toiles d’araignées en parures de diamants, des lits de mousse où d’inestimables perles se prélassent, des nymphes balbutiantes, irisées de lumière, comme des timides sylphides surprises pendant leurs intimes ablutions matinales…

Je l’entends plus que je ne la vois ; elle est là… ma rivière...

mardi 10 octobre 2017

Stouf - Sur les pas de Jaccottet

Emile Jacottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne et regarder passer les lunes, depuis… 1890 … c'est pas d'aujourd'hui. Mon prénom c'est Emile.
Ch'uis né ici, mes parents ont toujours vécu ici, mes grands parents aussi. Maintenant, à cet âge ci, qu'est ce que vous voulez … on se repose !

Avec la douce Léonie et notre vieille chèvre Joséphine et son bouc Emilio, aussi Théodore not'e vieux ch'val, je suis la ligne indécise des arbre et accompagne notre tribu brinquebalante vers ailleurs. Après on revient à la ferme, tout ça c'est pour que Théodore et les autres aient pu se baigner dans le lac de la reine blanche et calmer leurs maux de corps.
C'est le p'tit fils Oscar qui nous a dit que c'était bien, au moins une fois par jour.

Faut point faire trop de bruit dans la cour pour pas réveiller les poules quand on revient au soir et certains entrent dans l'étable où les attend la Luzerne et le foin pour dormir. Nous c'est la cuisine pour avaler la soupe patates groseilles et un yaourt fait … à l'ancienne, par ma belle Léonie.
Après on monte les escaliers et c'est la chambre où notre vieux lit, qui craque un peu, semble pressé de s'endormir aussi, l'édredon est d'accord.
J'enfile la chemise de nuit de mon grand père et le bonnet de nuit de mon arrière grand-père, Léonie seulement une robe de nuit de sa tante Adelphine et les draps et l'édredon des oies nous accueillent gentiment.

D'un seul coup j'ai comme vingt ans de y a longtemps lorsque la Léonie me prend la main.
Je gaule comme un cerf ! ;o)

Ange - Ode à Emile

lundi 9 octobre 2017

Tisseuse - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne
Au gré du courant de mes pensées vagabondes
Je me délestais de mes peines et fêlures
Comme s’en vont brindilles dans le fil de l’onde

Je repeignais la tristesse qui m’accompagne
Avec l’attention d’un artiste en miniatures
Puisant dans le minéral et le végétal
Pour en extraire tous les filons de dorure

Comme un orpailleur dans cette douce nature
Prodigue et généreuse à mes yeux fatigués
Je me chargeais ainsi de matière vivante
Dans l’élan instinctif de ma part animale

Fourbue par cette marche mais régénérée
L’esprit délassé de ses rancœurs infécondes
La terre m’avait légué son énergie vitale
Je ne pouvais que m’en sentir reconnaissante

Laura Vanel-Coytte - Sur les pas de Jaccottet

« Après avoir longtemps erré dans la campagne »

Après m’être reposée parmi les moissonneurs de Brueghel dans un paysage à dominante
Forcément jaune ; après avoir admiré l’arc-en-ciel sur la paysage vert de Millet qui peint
Aussi une sieste Inspirée de Brueghel, une sieste qui inspira Van Gogh, toute jaune.
Pissarro a lui aussi peint aussi un paysan qui fait la sieste sur une meule.
Et me reviennent alors en mémoire la série des « Meules » de Monet qui a inspiré Kandinsky ses propres « Meules » qui initient l’art abstrait.
Dans la campagne anglaise, j’ai rencontré « Mr et Mme Andrews », peints par Gainsborough.
Avec John Constable, j’ai admiré « Malvern Hall » qui se reflète dans un lac.
Avec Edward Hopper, j’ai emprunté une « Route du Maine » où le vert domine.
Dans une clairière ombragée, je me suis assise à côté d’une femme peinte par Corot.
Avec le peintre et d’autres personnes, je me suis rendue à l’église de Marissel.
Joachim Patinir a marqué l’histoire du paysage en y plaçant son « Saint Jérôme. »
A St Rémy de Provence, je me suis arrêtée un instant pour regarder Van Gogh peindre
Un champ jaune et des cyprès verts qui se reflétaient en nuançant le ciel bleu.
Brueghel a peint une scène que n’ai vue qu’en peinture mais qui me fait vivre
Plus intensément avec ses « Chasseurs sous la neige », l’art fait aussi cet effet.
J’ai marché le long du « ruisseau » peint par Courbet dans des paysages francomtois
Après avoir longtemps erré dans la campagne

Où lire Laura Vanel-Coytte

Andiamo - Sur les pas de Jaccottet

(Je ne sais pas qui est ce Jaccottet... Il est vrai que je ne sais pas grand chose, mais bon si je savais tout (ou presque) on m'appellerait le Pic de la Mirandole, qui au passage a dévissé à 31 ans, alors hein ?)

Arbres à cames.

Après avoir longtemps erré dans la campagne... Moi ça me laisse rêveur, je suis né à Paris, ai toujours vécu en ville, même ma maison de campagne est en ville, j'ai fait comme Alphonse Allais j'ai mis la ville à la campagne, et lycée de Versailles.
Et puis la campagne ça manque sérieusement de CO2 vous ne trouvez pas ? Quant aux particules (ta sœur) je n'en parle même pas, dé fi ni ti ve ment la cambrousse ça n'est pas pour moi.

Je suis la ligne indécise des arbres.......
Avec des copains nous étions allés visiter la Mecque de l'automobile, (quand j'écris La Mecque : les barbus calmez vous) J'ai nommé MULHOUSE et le musée des frères Schlumpf.

Ils étaient trois, des fondus de l'automobile, ils se sont ruinés ainsi que leur entreprise afin de réunir un nombre incroyable de voitures, un temple, le saint des saints, même Andiamette et sa copine étaient béates d'admiration devant ces chefs d'œuvre... C'est dire, biscotte mon épouse et la mécanique, hein ?

Car il n'y a pas que des autos dans ce musée, des moteurs restaurés aussi, avec leurs tubulures en cuivre pour certains ou en acier nickelé ou chromé (à l'époque le chrome n'était pas interdit) des purs joyaux ! Je songeais aux agiles P4 Ferrari que j'avais eu la chance de voir au Mans en 1967, j'étais placé juste au-dessus du stand Ferrari (grâce à un coup de piston) Je songeais disais-je aux rangées d'arbres à cames en tête de ces fabuleux V12 , dont la ligne, chaque came en prise directe avec une des 3 soupapes par cylindre, n'était pas imprécise du tout contrairement à ce qu’écrit ce Jaccottet de malheur !


Semaine du 9 au 15 octobre 2017 - Sur les pas de Jaccottet

Tout enguirlandé que vous l'avez été toute la semaine écoulée, nous vous proposons à présent de vous évader en choisissant, à votre guise, pour incipit et/ou excipit un ou ces deux vers de Philippe Jaccottet, extraits de son recueil "L'effraie et autres poésies" :
1- Après avoir longtemps erré dans la campagne
2- Je suis la ligne indécise des arbres

Qu'il soit en vers ou en prose votre écrit devra nous parvenir avant dimanche 15 octobre à minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com
Et vous aurez la possibilité, si vous le souhaitez, de nous envoyer plusieurs textes pour ce thème...