dimanche 17 décembre 2017

Semaine du 11 au 17 décembre 2017 - Allumer


Après avoir tourné la page la semaine dernière à tort ou à raison, nous vous proposons d'en écrire une nouvelle sur le thème de votre choix en utilisant ces 5 mots évocateurs d'une idole qui s'est tue :
allumer souvenirs noir envie promettre
Vous aurez jusqu'à dimanche 17 décembre minuit pour nous envoyer votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

jeudi 14 décembre 2017

Marie - Allumer

Attention, danger ! (triolet)

Mes souvenirs sont explosifs,
Surtout n’allumez pas la mèche !
Promettez-moi d’être attentifs,
Mes souvenirs sont explosifs.

Le noir s’abattrait, décisif,
Sur votre envie, pauvre flammèche ;
Mes souvenirs sont explosifs,
Surtout n’allumez pas la mèche !

Où lire Marie

mercredi 13 décembre 2017

Joe Krapov - Allumer

24000 baisers

Bon, ce n’est pas bientôt fini tout ce tintouin autour des gens qui meurent ? Je rappelle qu’il est interdit, chez moi, de parler de médecine à table ! Si j’allume le bouton de la radio ce n’est pas pour entendre le panégyrique d’académiciens décédés, la nécrologie de chanteurs opticiens ou les louanges de patrons de journaux soutenus par la soutane !

Qu’ils reposent en paix ces braves types mais de grâce, ne me demandez pas d’allumer le feu, même si je viens d’en enflammer trois d’un coup, et de broyer du noir avec le survivant ! Excuse-moi partenaire ! Ce n’est pas l’envie qui me manque de fermer le poste pour rester gai. Simplement après le journal de France-Culture, une station déjà très nécrophile en temps ordinaire, j’ai l’habitude de ripper sur le jeu d’Emile Euro sur France-Inter parce que j’adore les quizz. Surtout les questions bleues de M. Krapov, de Rennes : « Y a-t-il un s à quizz quand il y en a plusieurs ? Y a-t-il un pluriel à buzz ? Est-ce que la bombe Pliz ? ».

C’est pourquoi je ferai l’impasse sur Jean d’Ormesson, Johnny Hallyday et François-Régis Hutin et je consacrerai mon éditorial de ce jour à tous les enfants qui sont nés la semaine dernière !

Vous venez d’entamer votre voyage au pays des vivants. Vous voici, derrière l’amour, arrivé-e-s sur la terre promise comme un chant d’espérance à la création du monde. Maman a perdu les eaux puis quelque temps après vous avez déclaré « Ouiiin ! Ouiiiin ! » à la douane de mer.

C’est une chose étrange à la fin que le monde et au début aussi ! Vous dites « au revoir et merci » à madame Placenta et on vous colle une claque sur les fesses ! De là vos premiers soupçons que je comprends très bien.
- Hey, Joe, demandez-vous, si on commence à bastonner dès maintenant on va finir les bras en croix avant d’avoir commencé à goûter à la saveur du temps. Les coups, ouais, ça fait mal !

Mais non, les gars les filles ! Simplement n’ouvrez pas grand le guide des égarés, n’écoutez pas les souvenirs souvenirs aigris de la génération perdue et bégayante, les prêches ou les litanies de ce sorcier maudit. Ne cédez pas à la fureur de lire la presse, délaissez le caniveau, ouvrez de vrais livres, écoutez vos musiques, vivez à tout casser ! Soyez les fils de personne, la fille aux cheveux clairs, profitez à fond de votre enfance, cette île sur laquelle Casimir mène la grande vie !

Le monde entier va sauter un jour où l’autre mais on s’en fout ! Il ne faut pas arrêter pour autant le jeu que tu joues. Tu es là. Dis-toi que tu as de la chance, qu’on trouve le bonheur à San Miniato , dans les illusions de la mer ou dans le vent du soir. Vis tes tendres années à fond, je te promets qu’elles peuvent durer longtemps, très longtemps ! Il n’y a rien à jeter, le temps ne fait rien à l’affaire, à tout âge le ciel nous fait rêver, la fille à qui je pense me rend aussi dur que du bois et aussi drôle que Dutronc.

En vrai, faites comme vous voulez ! Vous pouvez chercher les anges dans le regard des autres… ou pas ! Chaque vie est un rêve à faire et pour d’aucuns, parfois la Cadillac ou l’Eldorado. Si c’est du vent, il te permet de rester libre. Si c’est l’Himalaya tu peux chercher à y emmener Laura ou Gabrielle ou suivre l’étoile solitaire. C’est au plaisir de Dieu, ne pontifiera plus François Régis !

Vivez vos vies, vivez la Vie ! Tous les hommes en sont fous et les femmes aussi !

Moi, il faudra oublier ma voix de révolté, mon discours qui a la forme du testament d’un poète. Johnny est mort, Jean d’Ormesson ne va pas mieux, François-Régis Hutin n’enfoncera plus de portes ouvertes avec ses éditoriaux passe-partout et moi je vis toujours, nananère ! Le plus immortel des quatre n’était pas celui qu’on pensait !

Garçon, de quoi écrire, s’il vous plaît !

Où lire Joe Krapov

Marie Kléber - Allumer

Elan de vie

Tu te tiens là, blotti
Au creux de mes souvenirs
Le cœur rempli d’envies
Chacune d’elles, prête à me propulser
En pleine lumière
Fini le noir, terminée la nuit
Qui abolit l’espoir
Tu aurais pu me promettre la lune
Je t’aurai suivi
Je t’aurai regardé
Allumer en moi
L’étincelle
D’une nouvelle vie

mardi 12 décembre 2017

Estelle - Allumer

Rallumer le feu
flame-1363003_1280 pixabay

Allumer des bougies, ainsi chasser le noir,
Etre là réunis, une lueur d’espoir,
Souvenirs adoucis, sans perdre la mémoire,
Se promettre la vie, même s’il faut parfois choir,
Renouer avec l’envie, passer outre les déboires,
Le feu qui rejaillit, l’ultime victoire.

Où lire Estelle

Marité - Allumer

Louise, Léon et Johnny

- Mais il fait noir ici. Tu es là Louise ?
- Oui.
- Qu'est ce que tu fabriques ? On se croirait dans le cul d'un, enfin, dans un trou. Tu es où ?
- Là.
- Où, là ? Allume nom d'un chien.
- Non.
- Pourquoi ? Mais ma parole, tu pleures. Il est où Léon ?
- Me parle pas de Léon. Me parle pas de Léon !

Odette tourne le bouton et la lumière fut. Euh, la cuisine s'éclaire. Odette n'en croit pas ses yeux. Louise git sur le sol au milieu d'assiettes cassées, de sauce tomate dégoulinant, de saucisses à moitié mangées.
- Beurk ! C'est dégoûtant. Tu es tombée ?
- Tombée ? Tu veux rire. Léon est rentré tout à l'heure, complètement pompette. Et quand je dis pompette...Ivre-mort plutôt.
- On est en semaine. Et d'habitude, Léon ne va pas se saouler la gueule en semaine ?
- Mais Léon ne se saoule pas la gueule. Tu n'as pas honte de traiter ton frère comme ça ? Il va boire un apéro avec les copains le samedi seulement, tu le sais bien.
- Tu le défends ? Pourtant tu viens de me dire qu'il est rentré ivre-mort. Et on n'est pas samedi que je sache.
- Eh bien là il a fait une exception figure-toi.
- Il avait une raison ? Explique.
- La raison ? Ah, je vais te la donner la raison. La mort de son idole.
- Johnny ?
- Déjà, il m'a cassé les pieds tous ces derniers jours avec ses disques, la télé, les journaux. Voilà pas qu'il s'est fait la banane. Je te demande un peu. A son âge. Regarde, il a ressorti de je ne sais où les vieux posters et les a placardés sur tous les murs de la maison.
- Que veux-tu ! Les souvenirs ressurgissent. Tu l'aimais pas, toi Johnny ?
- Si. Bien sûr que si. Il me faisait pleurer quand il chantait sa Marie. Mais tout de même. Y a des limites.
- Essaie de comprendre Louise. Mon frère s'identifiait à Johnny. Léon et moi avons été élevés par notre tante Berthe, tu le sais bien. Comme Johnny. Enfin, sa tante ne s'appelait pas Berthe mais... Il a le même âge que Johnny. Et puis, il lui ressemblait un peu à dix sept ans. D'ailleurs, avoue-le : c'est bien cette ressemblance qui t'a attirée toi aussi ? Un bel ange blond, mon frère. - Odette sourit avec tendresse - Quand il a commencé à travailler aux abattoirs, il a économisé pour s'acheter une méchante guitare...
- Arrête. Tu sais quoi ? Ce matin, il est allé décrocher le crucifix au-dessus de notre lit pour se le mettre autour du cou. Avec de la ficelle. Tu vois le tableau ? Tu es sa sœur mais avoue que ça dépasse les bornes.

- J'ai envie de te dire que je le comprends.
- Et c'est pas tout : il y a la Paloma.
- La Paloma ? Mais c'est pas une chanson de Johnny ça !
- T'es bête. La motocyclette, la Paloma. Figure-toi qu'il est allé la récupérer au fond du poulailler où elle croupissait. Tu aurais vu l'état. Sa couleur dorée écaillée, la selle bi-place en léopard mitée...Il s'est mis en tête de lui rendre ses années de gloire. Il a passé la semaine à la nettoyer, la repeindre...
- Tu ne vas me dire qu'elle pétarade quand même ?
- Non. Mais il a promis de la remettre en état de marche.
- Tant mieux. Ça va l'occuper un moment. Mais raconte, qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? Léon ne t'a pas frappée ?
- Oh non ! Jamais Léon ne m'a brutalisée. Seulement, tu sais bien que l'alcool le rend chagrin. Quand il est arrivé, il pleurait...De gros sanglots. Même quand il a perdu sa Mirette, sa chienne de chasse, la meilleure, la plus fidèle, il n'a pas pleuré autant. La mort de Johnny le tourneboule que ça en frise le ridicule, tiens.

- Allons. Allons. D'abord, pourquoi es-tu allongée par terre ?
- Comme je te le racontais, Léon est arrivé en pleurs. J'ai eu le malheur de hausser les épaules. Il l'a mal pris et il a balayé la table d'un revers de manche en me traitant de grosse dinde. Remarque, c'est de saison ! Je ramassais une assiette et j'ai glissé sur la sauce tomate juste quand tu es entrée.
- Pas grave du moment que tu ne t'es pas blessée. Mais où est Léon ?
- Il est parti se coucher en éteignant la lumière.

A ce moment, Léon sort de sa chambre, un peu honteux, va embrasser sa Louise en lui demandant pardon. Puis il se tourne vers sa sœur.
- Alors, sœurette, on se le danse ce twist ?

Souvenirs, souvenirs,
Il nous reste ses chansons...

Mamée - Allumer

Une idole s’est tue …

Une idole. ? Une idole qui s’est tue ?
S’agirait-il de Johnny ?
On l’appelait l’idole « des jeunes »…
Normal que je me pose la question …

Johnny, si tu es « l’idole qui s’est tue »
Alors je ne te connaissais pas assez
Ou bien je manque de sensibilité …
Mais, sincèrement, je ne t’ai pas adoré

Lorsque j’étais dans le noir
Tu n’as rien allumé en moi
Même si dans les souvenirs évoqués
Tu parlais d’amour, de bonté, de générosité

Peut-être ne t’ai-je pas assez écouté ??
Mais l’envie ne m’a jamais taraudée…
Peut-être suis-je passée à côté ?
Peut-être n’ai-je pas su t’interpréter ?

Enfin tu as beaucoup donné
A ceux qui t’ont aimé
Repose-toi maintenant
Je te le souhaite sincèrement.

Et pardonne-moi, Johnny
De ne pouvoir te promettre
De demander au Père Noël
Qu’il mette dans mes souliers …

Ton dernier CD …

Stouf - Allumer

Noir c' est noir, il n' y a plus d'espoir.

Le noir de mes souvenirs et l'envie de promettre l'idéal, de jouir encore et encore de cette noirceur
qui m'occupe, me semble propices à allumer gaiement un nouveau brasier de verbiages anodins
sans intérêt.
Oh et puis non ! :o) 

Tisseuse - Allumer

J’ai cru tant de fois allumer
L’envie de vie
J’ai dû tant de fois promettre
De faire sans démettre
Tendue jusqu’à trembler
Au risque de sombrer
Dans des fracas et des cris

Mais sur ce quai de gare
Une nuit noire
Emplie de brouillard
Rappelle des souvenirs
Des scénarios du pire

Juste partir à pied
Ce train n’est pas le mien
Juste partir à pied
Et chercher d’autres mains
J’ai encore dans le cœur des rêves fous
Que je confie au vent
Peut-être qu’il m’entend

Pouvoir léguer le trésor inouï
D’un rire d’enfant
Savoir aimer la senteur infinie
D’un trait d’encens
Incarner enfin l’envie
Des jours doux
Jusqu’à la nuit des temps

Vegas sur sarthe - Allumer

Supplique d'un oublieux

Je sais qu'un jour il fera noir, un noir à en oublier jusqu'à ses souvenirs, bien sûr j'aurai envie d'allumer au risque de me griller tout à fait mais ce jour-là promettez-moi d'éclairer ma lanterne...

Où lire Vegas sur sarthe

Cacoune - Allumer

Affamés

allumer de noirs désirs
enflammer le plaisir
se laisser juste séduire
s'abandonner au désir

les frontières, abolir
ma raison, défaillir
mon envie, dessaisir
mon appétit, rejaillir

laisser l'autre saisir
le cœur, le corps, envahir
lui donner mon choisir
s'abandonner à l'avenir

et jusqu'au plus loin s'ébaubir
à l'unisson de deux corps, s'épanouir
jusqu'à se promettre, s'évanouir
oublier demain, les souvenirs, enfouir

juste un besoin, fuir

lundi 11 décembre 2017

Laura Vanel-Coytte - Allumer

Allumer

Allumer une bougie à nos fenêtres pour l’Immaculée Conception, fête des lumières
Allumer une bougie devant la crèche, Avent, attente, suivre l’étoile jusqu’à NOEL
Fêter les années où je n’ai pas allumé de cigarette, me demander comment j’ai fait ce soir-là
Pour éteindre ma dernière cigarette, boire des bulles ou un café, pleurer sans volutes

Chasser les mauvais souvenirs comme une odeur de tabac froid, allumer le présent
Aborder l’avenir avec confiance, mobiliser une fois encore fois toute ma volonté
Pour me désintoxiquer de la culpabilité, se débarrasser de mes addictions aux remords
Utiliser les bons souvenirs comme moteur de confiance à toujours raviver.

Ne plus craindre le noir du sommeil comme un puits où tomber dans les angoisses
Fuir le noir des obsessions, les idées noires qui tournent en boucle dans la tête
Cracher mon monstre, vomir le pire pour digérer les paroles qui blessent
L’écrire pour y croire, le faire, s’y tenir comme pour l’arrêt du tabac

Comme une envie de tout foutre en l’air pour construire le dernier mur
De ma vie avec toi, repartir sur de bons rails pour arriver à une gare
Où poser des bagages trop lourds, garder juste nos baisers et caresses
Comme une envie de rotonde avec des locomotives qui circulent

Te promettre, me jurer comme on ne m’y reprendra plus, les pièges
Du sang, des vieilles attaches qui ressemblent à des entraves
Promettre de t’aimer encore, toi, me recentrer sur toi, reprendre des forces
Pour affronter le pire possible mais jamais sûr, envie d’avoir envie.

Chri - Allumer

Sur l’île.

Quand elle a appris la nouvelle (tout fini par se savoir, toujours et partout) elle s’est retournée. Deux fois. C’est que ça lui a fait
un choc, elle qui n’avait guère bougé depuis une dizaine d’années. Et puis la colère en elle s’est allumée :

Je m’appelle Marie Héloïse Montabord. J’étais si tranquille. Nous étions tous tellement au calme, à deux pas du bleu étincelant, couchés dans le sable blond, sous nos jolies tombes blanches. Ceux de l’Île venaient nous voir quand ils pouvaient. Il faut dire qu’ils venaient surtout après le passage des cyclones pour voir si rien n’avait bougé. Ils débarrassaient les allées des débris apportés, ils ratissaient le sable blanc, ils retapaient ce qui avait besoin de l’être et tout redevenait comme avant calme, paisible, fleuri des ces grandes fleurs exotiques et pas avec ces chrysanthèmes minables. Pourquoi ont-ils fait ce choix là ? J’ai peur en imaginant tous ces métros qui vont débarquer avec leurs blousons noirs, leurs lunettes noires, leurs fringues noires, leurs souvenirs noirs, leurs âmes noires alors qu’ici la couleur du deuil c’est le blanc… Et puis, la nuit, s’il se met à crier oui parce que pour moi, il crie même si vous vous dites qu’il chante. Enfin qu’il chantait. Désolée, ma musique à moi ce n’est pas la sienne. Sur la mienne, on DANSE, à deux, enlacés avec volupté alors que sur la sienne on se trémousse, on gigote, on s’agite. Seul à plusieurs mais seul. Il va falloir que je me bouche les oreilles. Je viens de voir qu’ils allaient le mettre à deux pas de chez moi, la tombe à côté. Ils ont commencé à creuser depuis deux jours.

Je sens, je sais, je devine que je vais être piétinée par des va-et-vient incessants et je n’ai pas envie de ça, je veux juste continuer à me reposer en paix. À mon âge on aspire plus qu’à ça, le calme et là j’y étais dans ce petit cimetière de Saint Barthélémy.


Quand il sera là il faudra que je lui fasse promettre de ne plus chanter ou alors seulement des
biguines gentilles.

Saura-t-il faire ça ?

Où lire Chri
Où voir les photos

Manoudanslaforêt - Allumer

Allumer la lumière, en ce matin blême
Sur les souvenirs
Chasser le noir qui les entoure
Envie de ne conserver que les meilleurs
Promettre, à cette aube, de vivre heureux

Andiamo - Allumer

Allumer le feu.

Le feu... Le feu Johnny Halliday, ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud du Missouri, ils sont venus en souvenir du bon vieux temps du Rock n' Roll !
Il y a des blancs, des noirs... OH ! Sorry, là bas on dit des "blacks", mais on s'en fout !
Ils avaient tous envie de le voir, le "Frenchie" , le Froggy ! Alors l'idole, sitôt franchi le tunnel étincelant, il les a vu, depuis le temps qu'il en rêvait, il y avait Eddie Cochran, Buddy Holly, Jimi Hendrix et sa gratte diabolique, Little Richard, et même le précurseur Bill Haley, et bien sûr tout de blanc vêtu, la "banane" impeccable sur sa tête d'ange, "Le KING" !
Dans la pièce à côté, il avait l'air bien con Lucifer avec son barbecue minable, car eux, les vrais Rockers ont véritablement allumé le feu !
Puis à la fin de leur bœuf, ils ont tous regardé Johnny dans les yeux, soutenant un instant son regard si bleu :
- Tu vas nous promettre quelque chose, man
- J'écoute...

- Ne plus jamais chanter Davy Crockett avec sur le sommet de ton crâne, son bonnet à la con !


Pascal - Allumer

La Lorada

Raoul, chti pur malt, était et est encore le plus fervent des aficionados de Johnny ; depuis tout gamin, il suivait son idole à travers les émissions de variétés, les quarante-cinq tours et tous les magazines yéyé de la Presse. Sa chambre était constellée de posters, ses discussions n’étaient que pour lui ; il n’avait de cesse de raconter le premier concert auquel il avait assisté et cette révélation inouïe qui avait ceint son Johnny d’une auréole de Dieu. Un peu rocker, un peu bagarreur, un peu danseur de twist mais, toujours grand inconditionnel, il marchait dans les traces de son idole comme le seul exemple réel et viable pour affronter dignement sa vie et l’avenir.

Après l’obtention de son permis moto, pour faire sa place au milieu des bikers de sa ville, il s’était mis dans la tête d’aller trouver Johnny à Ramatuelle pour, ni plus ni moins, lui réclamer son blouson de motard. Connaissant ses largesses, il était sûr de revenir avec quelque chose, ne serait-ce qu’une poignée de mains, un tee-shirt, un simple autographe, n’importe quoi qui puisse officialiser sa rencontre avec son idole, devant les collègues.

Inconscient, comme un défi, il avait lancé à la cantonade : « Moi, je ramènerai le blouson de Johnny sur mes épaules ! Il avait déclenché l’hilarité générale de ses collègues vautrés sur leurs puissantes bécanes. « Hé Raoul, tu peux bien promettre, t’as même pas de moto !... » lui assenèrent-ils en sirotant leurs bières…

Comme l’espoir fait vivre, il a pris la route, Raoul. Au début des vacances de cette année-là, un casque sous le bras, pour si des fois on le prendrait en moto, il est descendu en stop sur la Côte. Journées pluvieuses, nuits dans les talus, routiers sympas, sandwichs rassis, petits matins frisquets, cafés tièdes, c’était les pierres du gué posées sur son parcours initiatique.

Dans le Var, il a découvert le soleil comme il ne brillait jamais dans son Nord ; d’une vitre de portière descendue, il a respiré des parfums capiteux qu’il n’avait jamais sentis. Tout à coup, devant lui, il a vu la mer ! Si bleue, elle dansait avec des reflets scintillants le long des golfes clairs ! Toulon, Hyères, La Londe, Le Lavandou, Le Rayol, Cavalaire, La Croix-Valmer, Ramatuelle, tous ces noms de villes et de villages sonnaient comme les refrains endiablés de « Gabrielle ».

Un complaisant automobiliste le laissa au bord de la route, la fameuse D93, sa Route 66 à lui. Le fabuleux quartier de l’Oumède, avec ses extraordinaires propriétés nichées dans la pinède, sa vue imprenable sur les plages de Pampelonne, l’hacienda mexicaine nommée « La Lorada », c’était sa destination.

Comme un gamin perdu dans la foule, dépaysé, il était sur une autre planète. Ici, rien ne ressemblait à ce que son imagination lui avait préparé pendant sa traversée du pays.

Dans ce présent d’apocalypse, écrasé sous la fournaise, assourdi par les cigales tapageuses, drogué par l’odeur capiteuse du bitume fondant, mélangée à celle des pins parasols, attiré par les mirages des plages de sable blanc alentour, dévisagé par les touristes étrangers rougeoyants, déboussolé, il erra dans les rues et les chemins. Enfin, à force d’obstination, il se retrouva devant l’immense portail de la « Lorada »…

Si loin de son Nord, la tête lui tournait. Il ne savait même pas si son idole était là, dans sa maison ; comme un berger guidé par son étoile, il avait poursuivi son intuition, se disant que la chance pouvait se trouver de son côté. Pourtant, confronté à la réalité brutale, les rondes des flics, les vigiles omniprésents, les gardes du corps baraqués comme des bêtes de foire, les curieux arpentant à longueur de journée le devant de la propriété, il se dit qu’il aurait bien peu de chance de rencontrer son Johnny…
A ce seul moment du périple, il se sentit floué, comme si on lui avait menti, comme si tous ses posters scotchés sur les murs de sa chambre n’étaient en fin de compte que de la poudre aux yeux, comme si le père Noël n’existait pas… Un instant, un instant seulement, sa fidélité sans faille vacilla sur ses bases ; l’envie s’était diluée. En plein doute, il renia son idole, lui trouvant même les défauts de la richesse pompeuse, celle qui éloigne à jamais des adorateurs les plus tenaces…

Il s’était aménagé une petite planque, pas loin de la demeure de l’artiste ; il y passait ses journées et ses nuits, oubliant souvent de se restaurer. De toute façon, les bières et les casse-croûtes étaient hors de prix. Le soir, il allait se laver dans la mer mais il ne s’attardait pas à cause de cette immensité tellement troublante ; assis sur le sable, il préférait admirer les couchers de soleil, les mirages, ces teintes nimbées qui déclinaient la journée avec des assortiments de couleurs qu’il n’avait jamais vus. Dans le noir de la nuit, il dormait la tête sur son casque, remplissant ses rêves avec les étoiles qui couraient au-dessus de sa tête…

Quand, animé par une télécommande lointaine, le portail s’ouvrait, il n’avait d’yeux que pour l’intérieur de cette propriété féerique. Un matin, tôt, l’artiste sortit dans la rue au guidon de sa bécane ; il le reconnut facilement à cause des franges de la veste qui ondulaient le long des manches, de ses lunettes de soleil et de ses cheveux blonds qui dansaient dans le vent. Avant qu’il n’esquisse un seul geste, Johnny était passé près de son antre. Au bord de la route, Raoul avait les mains sur les hanches, tout heureux d’avoir vu son idole de si près ; quel souvenir fabuleux, se dit-il, il en avait des frissons intenables. Cela le récompensait au-delà de tous ses sacrifices…

Là-bas, la moto s’était arrêtée ; elle fit demi-tour et revint lentement sur ses pas… Raoul regarda derrière lui pour voir s’il était vraiment le seul sur cette route ; Johnny s’arrêta à sa hauteur, il voulait du feu pour allumer sa clope ! Il tremblait, notre aficionado nordiste, ses jambes avaient du mal à le tenir ! Il ne fumait même pas pour lui offrir sa flamme !
Dans un souffle, réunissant tout son courage, il lui raconta son extravagante expédition ! Les privations du bord de la route ! Les nuits à la belle étoile ! Les sandwichs un jour sur deux ! La quête de son blouson des Hell’s Angel comme un impossible challenge !...

Johnny mit son engin sur la béquille ; il semblait amusé par l’arrogance sincère de cet improbable fan sorti de nulle part. Tout enivré de l’enchantement dans lequel il planait, Raoul lui parla de la mer fabuleuse, des couchers de soleil mirobolants, des bières hors de prix et de la grande place des motards dans son Nord natal ! Ha, s’il avait pu retenir le petit matin pour allonger son discours ! Interdit, ayant réalisé l’ampleur de ses mots, il se tut, tout à coup gêné par la sollicitation astronomique qui lui avait échappé des lèvres…

L’artiste se taisait, peut-être ému par toute cette authenticité naïve ; il avait ce genre de rictus qui donne d’office le bon dieu sans confession. C’est pour cela qu’on est tous amis avec Johnny, même si on ne le connaît pas ; on a tous un refrain d’une de ses chansons à siffloter au tournant de la journée ; on a tous cette idée du grand frère qu’il est de par sa grande notoriété interposée…

Conquis, il se défit de sa veste à franges et la tendit à Raoul : « Prends-la, je l’ai ramenée des US récemment, ce n’est pas mon blouson des Hell’s mais c’est tout comme… » dit-il en souriant. Comment refuser ?!... Sans bien réaliser l’événement, Raoul l’avait endossée sur les épaules. Le cuir sentait Johnny, il avait les formes de Johnny ; tout fier, il tourna sur lui-même pour affoler les franges, le temps d’un fabuleux manège…
Apercevant le casque de Raoul, l’artiste lui demanda où était sa bécane. « Mais je n’en ai pas, je suis venu en stop… » « Prends mon Harley, tu la mérites… »

Il était comme ça, notre Johnny national, plus généreux que princier, le cœur sur la main, offrant au plus acharné de ses supporters la même chose qu’à lui-même…

Raoul ne pouvait accepter mais Johnny allait se fâcher ; il se retrouva posé sur la selle de la puissante monture tel un chevalier anobli. « T’es sûr que tu n’as pas de feu ?... » insista Johnny en tirant sur sa clope… « Il y a quelques billets dans la poche intérieure de la veste, tu as de quoi rentrer chez toi… » rajouta t-il…

Je crois qu’ils se prirent dans les bras comme deux potes qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps, l’un souhaitant à l’autre un bon retour et l’autre remerciant l’un avec des mots forcément pas assez forts pour exprimer sa gratitude. Après, je ne me souviens plus exactement le déroulement de cette aventure parce que j’avais les yeux qui pleuraient…

Tout à coup, j’ai entendu une pétarade de moteur, le claquement rugueux du passage de la vitesse et j’ai entrevu la moto qui s’éloignait dans un fin nuage de fumée bleue, la même couleur que la Méditerranée, tout à côté…

Marité - Allumer

Chère âme.


J'ai envie d'allumer la petite lampe de mon cerveau, de sonder mes souvenirs pour tenter de comprendre le pourquoi du comment et je promets de ne pas te laisser dans l'expectative. Ce serait trop bête, trop noir et ça ne me ressemble pas.

Bien à toi.

dimanche 10 décembre 2017

Pascal - Une page qui se tourne

Johnny

En première page, et en immenses caractères noirs, l’annonce du décès de son idole lui saute aux yeux ; tout à coup, il fait nuit ; tout à coup, plus rien n’a d’importance ; tout à coup, c’est la fin du monde. La catastrophe l’assomme ; une partie de lui reste paralysée comme si elle ne voulait plus avancer. Terrible tsunami, la vague intempérante du désespoir vient de le submerger ; lui, le grand gaillard aux bras tatoués, aux biceps proéminents, à la barbe grisonnante, au bandana en travers du front, frissonne avec des intenses tremblements qu’il ne peut contenir. Tous ses gestes sont dans le désordre ; il a fait tomber le sucre à côté de sa tasse et il touille dans le vide…

Le cinquantenaire pleure au bord de sa table, les larmes débordent par-dessus ses lunettes noires ; au diable, son ego. Mais il le savait qu’il était malade ! Il le savait qu’il se battait ! Les dernières nouvelles étaient même optimistes ! Il était confiant ! Son idole a toujours relevé les défis jusqu’à les porter à la victoire ! Il peut bien relire les articles, les apprendre, les arranger dans un ordre plus optimiste, ils ne changent pas une virgule ; comme un film au dénouement triste, ils finissent toujours par cette tragique annonce.
Irrésistiblement, ses larmes agrandissent encore les caractères du journal, rendant la nouvelle encore plus terrible… 

Ce matin, comme tous les autres, il avait enfilé son blouson, son casque et ses gants ; il avait donné un coup de kick à sa machine et il avait avalé du bitume, comme ça, juste pour le bonheur de la liberté en deux roues. Il avait garé sa machine devant son bar habituel, commandé son café, et ce p… de journal traînait sur la table d’à côté…

Des milliers d’images en couleur, et autant de musique en stéréo, défilent derrière ses yeux et troublent son entendement chamboulé. « l’Olympia », « Pour moi la vie va commencer », « Sylvie », « Le Stade de France », « Que je t’aime », son premier quarante-cinq tours, son premier « Salut les Copains », son premier poster, les interviews, les émissions de variété, tout se mélange sans qu’il ne puisse arrêter la roue emballée de ses souvenirs…

Et son premier autographe ! Celui qu’il n’a jamais eu ! Il y a des années, après la fureur du spectacle, les décibels des « L’Envie, Marie, Laura, » et toutes les autres, il était resté des heures à attendre son idole, à la sortie d’un concert ! Bravant les intempéries, il n’y avait plus que lui dans la rue redevenue sombre. Il s’était rechanté inlassablement « Le Pénitencier, Ma Gueule, Noir c’est Noir » et toutes les autres, comme des ritournelles qu’on ne peut pas s’enlever de la tête. Bien sûr, c’était prévu, il s’achèterait le dernier trente-trois tours, celui de cette tournée avec les « Mirador, Sarah, Je T’attends » et toutes les autres, comme des prières qu’on écoute en boucle…

Tout à coup, un type un peu grand, un peu blondinet, était sorti par une petite porte dérobée ; une boucle d’or brillait sur un coin de son oreille. Une cannette de bière dans une main et une clope dans l’autre, le nez en l’air, il regardait les étoiles comme s’il les connaissait. Un garde du corps, avait-il pensé, tout en se planquant un peu mieux derrière sa bécane de l’époque. Son idole allait sortir… Et si c’était Lui ? ne put-il s’empêcher de penser, tant ses espoirs rallumés l’avait appelé et rappelé pendant ces interminables heures d’attente…

Enfin, il se décida… La star tirait tranquillement sur sa clope quand il arriva à sa hauteur. Imaginez la tête du plus fervent de ses supporters ! Il touchait le Graal ! Devant ses yeux, il voyait tous les numéros gagnants de la Loterie Nationale ! Il pouvait toucher son héros, son mentor, son Dieu ! Pour un peu, il se serait mis à genoux devant son idole !...

Le chanteur souriait avec un de ses sourires qui met naturellement dans sa poche un public chauffé à blanc de quatre-vingt mille personnes ; magnanime, il lui tendit sa bière. « Prends et bois, c’est ma bibine… » pensa notre inconditionnel disciple, en attrapant machinalement la bouteille. Il avait tant de questions à poser, et l’artiste tant de silence à opposer en échange, qu’il en oublia ses demandes. Pourtant, il aurait bien aimé lui raconter qu’il connaissait toutes ses chansons par cœur, qu’il avait tous ses disques, ses affiches, qu’il l’avait suivi pendant toutes ses tournées, qu’il avait souvent oublié de manger pour pouvoir se payer un billet d’entrée ; il voulait lui confesser qu’il pensait, qu’il respirait, qu’il dormait, qu’il vivait Johnny, en un mot ; il se dit que l’artiste savait tout cela…

Ils partagèrent l’instant en communiant avec cette même clope ; la fumée blanche qu’ils soufflaient avait la même haleine. Comme deux potes qui s’apprécient ils discutèrent ; ils discutèrent des étoiles, de la fraîcheur de l’aube et de la tiédeur de la bière. Affable malgré la fatigue, Johnny lui donnait une représentation grandiose ; l’éclat de ses yeux bleus en était les spots les plus brillants. N’est-ce pas le devoir d’une véritable légende que de l’entretenir ?

La bouteille de bière était vide, la clope était consumée jusqu’à brûler leurs doigts. Un autographe ! Un autographe ! Rien qu’un seul pour justifier cette extraordinaire rencontre ! Autrement, jamais on ne le croira ! Ni l’un ni l’autre n’avait un stylo ! Johnny lui serra chaleureusement la main comme s’ils étaient deux potes, comme s’ils allaient se revoir ; tel un extraterrestre regagnant sa planète, il lui fit un dernier signe amical et il disparut derrière la petite porte dérobée…

Tout s’effondre et tout s’illusionne en ruines, le ciel n’est plus bleu, le vent n’est plus tiède, l’horizon n’est plus irréel, ni rempli d’intentions futuristes. Concasseuse, la brutale solitude est effroyable ; il vient de croiser la Mort, son baiser a un goût de sang dans sa bouche.

Ce matin, il voudrait ne s’être pas levé, il voudrait reculer l’échéance de ce jour funeste, il voudrait ouvrir les yeux pour sortir de cet effroyable cauchemar.

Le long du trottoir, son Harley rutilante lui fait des appels de phare, quand un rayon de soleil s’attarde sur le chrome des échappements ; il l’a rejointe, a ouvert une des deux sacoches, en a extirpé un objet précieusement protégé dans des chiffons propres. Puis il a déballé son trésor-fétiche ; en regardant le ciel, et comme s’il embrassait un vrai ami, dans un cérémonial d’autel, il a porté à ses lèvres le goulot d’une bouteille de bière vide depuis si longtemps. Puis il a rangé ses reliques sacrées dans la sacoche. Enfin, il a enfourché sa machine, enfilé son casque, emballé son moteur et il est parti en pétaradant dans l’Aventure du Néant. Il ne reste dans l’ambiance qu’un peu de brouillard d’échappement bleue et les pages du journal qui tournent à l’envi des courants d’air…  

Stouf - Une page qui se tourne

Avis à la population

Mesdames et messieurs, vous n'êtes bien sûr pas sans savoir que parfois une page se tourne dans toute vie d'être humain. Johnny est mort !
Que dis-je, il ne s'agit pas là d'un être humain mais d'un dieu.
Sa vie sur terre est terminée et celle d'ailleurs l'attend elle a déjà commencé.

Ainsi je vous propose de vous recueillir à genoux devant votre télé TF1 afin d'honorer le début de putréfaction de son corps lors de son dernier voyage sur terre.
De lever bien haut vos bras vers le ciel et puis de plier votre corps afin que votre front touche le sol. Les handicapés physique assis dans un fauteuil roulant ou allongés dans un lit en sont bien sûr dispensés.
Bientôt monsieur le curé Macron fera son discours afin de discourir et vous pourrez zapper et continuer votre vie dénudée de tout intérêt mais emplie de crétineries accablantes.
Vous pourrez même l'écrire sur un blog impromptu.

Elle n'est pas belle la vie ?
Cependant, la société Borniole and co que je représente vous propose, à moindre frais, un dernier voyage collectif merveilleux, une nouba d'enfer, un suicide salvateur dont vous vous souviendrez durant toute votre mort.

Vive Johnny... d'ailleurs, une amie émigrée d'un territoire français entouré par la mer et qui se nomme Saint-Barthélemy et qui vit chez nous puisqu'elle n’a plus rien depuis que passa une certaine Irma m'a dit tout à l'heure.

- Bah … votre Johnny va être enterré chez nous ?
Qu'importe, nous n'en sommes plus à une catastrophe prés.

You tube (Hubert Félix Thiéfaine)

samedi 9 décembre 2017

Mamée - Une page qui se tourne

« Tourner une page » …

La vie est un livre !
De jour en jour il s’écrit !
D’année en année, il grandit !
Une page en ouvre une nouvelle
Dont une autre dépendra à son tour.

Tourner les pages du livre de la vie
Est un geste sage…
En prenant bien le temps
De savourer au passage
L’éventuelle douceur d’un moment.

Tourner une page du livre de la vie
C’est en ouvrir une autre
Sans oublier la précédente
Dont elle dépend évidemment.

Tourner une page de notre vie !
Parfois pour oublier un dur moment…
Parfois pour pardonner …
Parfois pour mieux aimer…

Tourner les pages sans regret
Sans rancune ou culpabilité
Simplement avancer dans le livre
Continuer l’histoire jamais terminée …

Après un éventuel conflit,
Tourner cette page de notre vie
Surtout sans la déchirer !
Ce qu’elle dit nous a appris…
Elle devait être écrite
Nous a fait avancer !

Tournent, tournent, les pages du livre de la vie …
Qu’elles aient été douces ou amères,
Qu’elles aient apporté joie ou tristesse
J’aimerais pouvoir encore en écrire quelques lignes,
En tourner quelques pages …

Lilousoleil - Tourner la page

Elle avait attendu quelques minutes dans le hall de l’immeuble tout en jetant un œil sur les boites aux lettres. Elle ne reconnut aucun nom… A quoi s’attendait-elle au juste ? Que le monde s’arrête de vivre, que le temps arrête de s’écouler ? Arrivée au quatrième étage la porte de l’appartement était restée la même ; elle le sut en voyant la petite écaille de vernis, celle-là même qu’elle avait faite un jour avec sa clef. Derrière elle la concierge attendait. Nouvelle elle aussi !  Qu’attendait-elle ? Ah oui un pourboire certainement ; pauvre Mélanie, elle avait perdu les bons usages, les bonnes habitudes ! Elle n’avait pas demandé à ce qu’on lui  porte ses valises, elle avait juste demandé les clefs que la secrétaire de l’avocat avait déposées chez le gardien. La femme avait fait le ménage…. Vite fait car à l’intérieur rien … l’appartement était vide. Tout avait été enlevé, les jolis meubles de la chambre, la bibliothèque dont sa mère était si fière…Il n’y avait que les meubles de cuisine sûrement qu’on n’avait pas pu les desceller et dans la salle de bain un rideau en plastique, détail trivial trempait dans un bac à douche sommaire et méconnaissable.  Pourtant l’appartement avait été aéré aucune odeur de renfermé ne flottait. D’une voix blanche, elle remercia la concierge qui glissa dans sa poche le billet de 20 euros que Mélanie lui tendit. Elle avait du mal avec les euros ; quand elle avait été incarcérée on avait encore les francs et la conversion lui était difficile. Elle ferma la porte, le verrou avait été changé remarqua-t-elle. Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit un placard, vide, pas un verre…. Elle avait soif, elle but dans ses mains au robinet dans l’évier, se dirigea vers la porte-fenêtre dont elle tira le store ; il grinça un peu puis finit par accepter de se relever. Un pas, elle fut sur le balcon, large, recouvert de tommettes grises, il donnait dans la cour intérieure, elle reconnut la fontaine qui à cette époque ne coulait pas, les pavés usés, les arcades qui donnaient accès aux entrées d’immeubles, les arbres qui faisaient le bonheur des chiens. En face d’elle une trouée entre les constructions ouvrait sur la petite place dite de la République, au loin le parc… C’est alors qu’elle entendit au dessus d’elle un bruit, un bruit familier, le bruit jamais oublié. D’un bond, un chat roux atterrit sur le balcon… Il s’approcha d’elle d’abord méfiant, il la flaira puis se frotta contre ses jambes.  Les larmes aux yeux, elle se baissa, et murmura : « Brave Perlette, tu es toujours là, tu as vieilli mais tu n’as pas changé… Tu dois avoir quinze ans au moins ». Elle frissonna tout à coup malgré l’air tiède et allégé du printemps ; il lui fallait ouvrir ses valises. L’une contenait sa maigre garde-robe, l’autre quelques papiers importants et quelques livres… Il lui fallait tourner la page !

TomTom - Une page qui se tourne

Idole des jeunes des années soixante
Devenue symbole des vieux d'aujourd'hui
Ces baby-boomers à la vie arrogante
Observant leur descendance peu épanouie

Dans une France terne et conservatrice
Le rock and roll il a su populariser
Et la jeunesse il a soudain électrisée
Lui, disciple francophone du King Elvis

Infidèle, exilé fiscal et flambeur
La sincérité de l'homme l'a emporté
Et des nombreux excès aux histoires de cœurs,
Tout un pays le guette : une star est née.

Un jour, le ventre du Roi fît de l'ombre au rock
Mais son beau double hexagonal reste debout
Et face aux modes, s'entoure de jeunes loups
Prêts à lui offrir de nouveaux tubes chocs

Des sosies fanatiques aux snobs parfois cruels
Tous se passionnent pour la santé du mythe
De chutes en rémissions on le croit immortel
Tandis qu'il prépare un concert insolite

Le gros crabe n'atteint ni voix ni charisme
Mais éteint le corps de l'étoile dans la nuit
Pleurent des millions d'amours, des millions d'amis
Ainsi disparut Johnny, héraut de Memphis.

Où lire TomTom

vendredi 8 décembre 2017

Jacques - Une page qui se tourne

Une page qui se tourne

Une année. Assez conventionnellement, et avec une incertitude liée à la longitude à laquelle je me trouve à cet instant, advient la remise à zéro des statistiques, et la cohorte des résolutions qui deviennent applicables. Vite, oublier l’année écoulée, et repartir d’un bon pied.
Encore une page qui se tourne.

Un mois. Une période plus floue, le premier jour travaillé, le virement de l’employeur et la trésorerie domestique qui redevient sans histoire, la perspective des anniversaires, des commémorations, des vacances : tous ces jalons, récurrents, qui font que ce mois n’est pas le même que le précédent.
Encore une qui se tourne.

Une semaine. C’est lundi, écrire le numéro de la semaine au feutre fluorescent jaune, et repasser le tour des lettres au stylo noir pour en accroître la lisibilité, en haut d’une nouvelle page du cahier. Au propre comme au figuré, encore une page qui se tourne.

Un jour. Blême, pas encore levé d’ailleurs. La routine du matin et sortir dans la nuit de l’hiver.
Encore une page qui se tourne.

Une heure. Longtemps, j’ai guetté la remise à zéro synchrone des minutes et des secondes, virginité fugitive de la datation, et dans le compte à rebours de la journée qui s’étire, fastidieuse.
Encore une page qui se tourne.

Une seconde. Diastole, systole. Chaque seconde, la contraction du ventricule gauche propulse dans les artères environ cent millilitres de sang fraîchement oxygéné, apportant une seconde d’espérance de vie supplémentaire. Chaque seconde, la contraction du ventricule droit expédie le même volume pour nettoyage dans les poumons, qui le débarrassent du gaz carbonique, et tant pis pour l’effet de serre.
Toujours, une page qui se tourne.

Dans l’indifférence ordinaire, soupir noyé dans une histoire pleine de fureur et de bruit.

Où lire Jacques

Gene M - Une page qui se tourne

Johnny est mort, une page se tourne. Andiamo en a si bien parlé que je n'ajouterai pas grand chose.
Il avait surgi dans ces années 60 si corsetées, si pleines de préjugés et nombre d'ados avaient été séduits. Avec lui, c'était l'Amérique, aussi bien James Dean que  Presley !
Johnny, une tornade qui avait balayé la torpeur des années 60.

Une page qui se tourne, cette expression pour moi rime avec Jamais Plus !
Et cela m'emplit de mélancolie.

Célestine - Une page qui se tourne

L’amer de l’amour

Ah mon doux Arpenteur quel regret que la vie !
On passe et on se lasse et un jour on s’éveille
Et l’on trouve, au matin une amère merveille :
On aimait. Et malgré cet amour, on partit…

Quelle erreur de quitter un homme tel que toi !
Un gourmand de l’amour, un esthète des sens…
Tu savais me donner, me frôlant de tes doigts,
Un plaisir qui menait jusqu’à l’incandescence.

Ce que nous aimions tant, mon amour, souviens t’en,
C’était, main dans la main, d’arpenter cette plage,
Et sur le sable fin, nous remontions le temps,
En jouant à nos jeux d’enfants pas vraiment sages.

C’est dans le clapotis de la vague naissante
Que tu déshabillais mon corps brûlant de toi.
Et que tu m’emmenais sur des hauteurs troublantes,
Où l’écume des jours trahissait mon émoi…

Ah ! Que n’ai-je gardé cet amant émérite
Qui savait les caresses et retenait le vent ?
Pourquoi ai-je tourné cette page maudite
Te laissant à jamais comme un soldat errant ?

Que n’ai-je retenu tes mains sur mes rondeurs,
Ta bouche sur mes seins et ton corps dans le mien ?
Et que n’ai-je souri à tes élans de cœur
Plutôt que de partir comme l’ombre d’un chien ?

Pourquoi ai-je donc fui le bonheur de tes bras
De peur qu’il ne se sauve au bout de la jetée ?
Et voilà, aujourd’hui la vie me jette à bas
Comme l’ancre rouillé de ma stupidité.

Où lire Célestine

jeudi 7 décembre 2017

Assoula - Une page qui se tourne

La page se tourne

La page se tourne
Le couple a éclaté
Elle lui dit sans détour
Qu’elle va le quitter


Ç’aurait pu être une belle histoire
Mais la page se tourne
Un couple mixte, un enfant, de l’amour
Mais elle a tout tenté, Il est trop tard

Elle part avec valises et souvenirs
Prise de vertiges, tout tourne autour d’elle
Ainsi la page se tourne
Elle ne veut plus souffrir

Elle ne laisse rien derrière elle

Les murs retiendront ses pleurs sourds
Elle part libre comme l’air
C’est ici que la page se tourne


Où lire Assoula

Arpenteur d'Etoiles - Une page qui se tourne

L’amour à la mer

L’amour s’est couché nu sous ta source féconde
Et longtemps le soleil a caressé tes reins ;
Plus vaste que la mer, une houle profonde
Emprisonna ton ventre pour le nouer au mien.

Longtemps j’ai voyagé aux plages de ton corps,
Ancré aux rochers blancs de tes hanches mouvantes,
Mes yeux dans ton regard, comme au cheval son mors,
Dompté par la douceur d’une cruelle amante.

Dans ce temps suspendu mes lèvres t’embrassaient :
De toutes tes senteurs, je devais m’enivrer,
Et le monde en entier alors se réduisait
Au baiser doux-amer de ton souffle salé.

Longtemps j’ai vu danser, comme les soleils se couchent,
Les orbes somptueux de tes seins métissés,
Dont les pointes tendues n’échappaient à ma bouche,
Que pour y mieux venir et se laisser aimer.

Puis enfin tu cambras ton arc de satin
Pour goûter en tremblant l’au-delà du désir,
Laissant, les yeux mi-clos, les vagues de tes reins
Inonder doucement mon semblable plaisir.

Et je compris alors, à l’étrange sourire,
Aux ombres bleues venues dessous ton regard lourd,
Au voile de ta voix, que cet ardent soupir
Tournait une autre page à ton livre au long cours.

Désormais vieux soldat d’une guerre non faite
Je traîne mes regrets sur les quais de l’ennui,
Recherchant sans espoir, de défaite en défaite,
Une écume d’amour dans des larmes de pluie.

Cacoune - Une page qui se tourne

C'est une page qui se tourne.
Il le faut. Elle le doit.
Elle me file depuis trop longtemps entre les doigts.

J'ai tenté de la suivre ligne à ligne.
Lentement. En me laissant le temps.
En oubliant mon sentiment d'urgence qui trépigne.

Mais ma tête reste lourde et vide
d'espoirs mais pas de lendemains morbides...

J'en perds le fil. Encore et encore, jusqu'à ne plus la distinguer.
Rien qu'un tourbillon noir et blanc,
en fous mouvements,
accélérés, projetés...

Un paysage flou, à travers une vitre de pluie, brouillé
Qui ne laisserait entrevoir que des lambeaux délavés.

Voici venu mon avenir, floué,
La page et le livre, floutés.
Les mots dans ma gorge, coincés.
Mes émotions sur mes joues, pleurées...

NON !
Je ne pleure pas...

Non...
Je ne pleure pas, je m'essore l'âme.

Non.
Je ne pleure pas, je nourris mon psychodrame...
Trop lourd, mon bras cède sous le poids de l'arme.
Et le livre tombe...

...

Plus tard, vient le soleil. Il se lève.
Sa main tendre me tire d'un rêve.

Près de moi, il l'éclaire.
Le livre est ouvert.
La page est toujours là...
Elle ne se tourne pas.
Elle me défie de son regard qui n'est que lumière.
Elle est en fait plus blanche qu'un matin froid d'hiver...

Mais où est Cacoune ?

mercredi 6 décembre 2017

Tiniak - Une page qui se tourne

Paginaction

Une ombre s'effare au tableau
de mes genoux, crus, sur la règle
Je tourne à la classe le dos
avec, en bouche, un goût de seigle...

Ne suis pourtant pas si bête - aïe !
Juste indécis, main droite ou gauche ?
Mais, du bureau qu'elle chevauche
maîtresse nous tient pour bétail !

Eh, je t'en fous des républiques !
Tu verras, quand j'aurai grandi...
Je te donnerai la réplique
sur le théâtre de ma vie !

Prenons, pour exemple, l'Histoire...
Mon ancêtre est donc un gaulois
Bon... Suceur de mangues ? de poires ?
ou de quelques choubidous, ha !?!

Allons z'enfants nous sacrifier
près de l'autel de Calliorne
pour satisfaire un Boulanger
ridicule sous son bicorne

Goo goo g' joob ou tralala ?
Pas à moi, on ne la fait pas...
J'entends faire de Différence
un patronyme au pays France

Et voici qu'une page tourne
et rameute son Epinal...
(il me reste un bout de Cantal
qui n'ira jamais à Melbourne !)

Sans déconner, les gars, les filles...
Petit œil... Grand œil... C'est nos billes
qui nous ont ouvert un espace
où mourait l’affreux mot de "race" !

Eh, polémique chiffonnade…
quel pouvoir veux-tu exercer ?
Celui d'aimer ou d'amasser ?
Relis mieux ton Marquis de Sade !

Ta parole inique se vautre
sur une galette d'épeautre
un brin de lin - pas de colza !
dont se consolent tes forçats !

Oublie-moi, ou mets-moi z’au four…
J'ai cet amour que tu ignores
pour un Jodel* contre l’âme-hors
qui te façonne un bel atour

Un habit fait de tromperies
couvrant tes épaules flétries
d'avoir courbé souvent l'échine
pour mieux fomenter tes rapines

Renonce vite à tes espoirs
moins noirs que le sont mes ancêtres
Un sang fraternel veut renaître
et s'échange par le regard

Nan, c'est trop tard ? Tout est En Marche… ?
et se bâtit - sans voie ? une arche
anticipant tous les déluges
qu'ont causés tant de subterfuges ?

Eh, va mourir dans le sous-bois
de ces îlots sans foi ni loi
où tu ne sais que promener
ton dédain de l'humanité !

Une page tourne et je crains
que l’Ombre y trouve son festin

*(voir à "Jodel" et "Boris Vian")

Où s'indigner, avec amour et force, de temps en temps

Joe Krapov - Une page qui se tourne


Qui se mêle de pluie et de vent ?

C’est l’automne. Le vent s’engouffre dans la rue du Quai. Dans le caniveau il y a un cahier bleu avec des feuilles à petits carreaux. Au passage du vent une page se tourne. On peut y lire, posés par une main qu’on devine enfiévrée, les mots suivants :

Toi qu’il a ravie au lit, livide Livia, quel talent à l’Italien, tel Lulli, que nous n’avons pas ? Est-ce que son Mickey mousse ? Sa tagliatelle est-elle magique ? Elle glose et glisse sur la glaise pour que tu glousses comme l’Anglaise qui se glace en son église ?

Arrivé sur le port le vent change de direction. Une autre page se tourne.

Avec elle j’aurais parcouru le monde en tous sens. Les quatre points cardinaux n’auraient pas eu plus de secrets pour nous que les quatre filles du Docteur Marsch ou crève. J’aurais escaladé en sa compagnie les sept collines de Rome : l’Aventin, le Palatin, le Trissotin, le Picotin, le Quirinal, le Capitole et le Pactole. Bref j’étais tombé éperdument amoureux d’Isaure Chassériau dont le portrait peint par Amaury-Duval est conservé au Musée des beaux-Arts de Rennes.

Le vent décide alors de tourbillonner au-dessus de ce cahier. Une page se tourne encore

Bon, c’est l’histoire d’un gars qui va acheter son pain à la boulangerie tous les matins. Mais comme il est un peu myope et qu’il est séduisant cependant, il ne s’aperçoit pas que la jolie boulangère est prête à lui donner son 06 et plus si affinités. Alors, comme la situation perdue et que le 45 tours ne peut pas dépasser 2 mn 45 elle lui prend un rendez-vous chez un ophtalmo qui lui prescrit d’acheter des lunettes. Et donc, le lendemain de cet achat il retourne à la boulangerie et en un éclair il la trouve très chou, il l’épouse et ils font fortune en lançant une chaîne de pâtisseries pour bobos sans gluten.

Maintenant la fureur du vent est apaisée. Sa lecture le met en joie. Une dernière page se tourne.

Le cri de Tarzan commence la journée : «Aouaouaaaaah !». Celui de Jane hurlant «A table ! Le puma aux betteraves est servi !» la termine.
La vie des baobabs est une succession de palabres mystiques auxquelles leur feuillage n’entrave que couic.
L’éléphant rêve d’un régime amaigrissant, la girafe d’un restaurant gastronomique.
Qui ne consulte pas l’horaire avant de sauter risque de rater la liane de 8 h 47.
Qui a été saisi par une oreille et entraîné dans un maquis ne doit pas s’attendre à ce que le gorille lui fasse écouter ses vinyles de Brassens. Ce serait trop facile !

Maintenant le vent est tombé sous le charme de cette écriture drolatique. Il note l’adresse, « 15, rue du Quai », puis s’en repart dans les hauteurs. Il s’insinue par le dessous de porte dans la chambre où dort Eole sous les draps.



Dans la rue du Quai il s’est mis à pleuvoir. Et pas qu’un peu : la pluie est diluvienne. Elle trempe et détrempe tout, elle cochonne et détruit tout, elle lave et délave l’écriture, l’encre déteint, les feuilles du cahier bleu se collent et se décollent à jamais. Tout ce qui ruisselle des toits et des gouttières aboutit dans le caniveau et le cahier, tel un bateau ivre, est emporté par ce torrent jusqu’à la bouche d’égout la plus proche.

***

- Vous imaginez ? Là, ce n’est que mon cahier d’écriture nomade mais si le vent et la pluie ont fait pareil avec les manuscrits africains de Rimbaud ?
- Arrête de nous bassiner avec ça, Joe Krapov ! Le Harrar, c’est comme la Bretagne, il n’y pleut jamais. Et puis tiens-le toi pour dit : Rimbaud n’a plus pondu de poésie après 1875. Il a arrêté d’écrire. Et si toi tu pouvais faire pareil, tes cahiers paniqueraient moins en songeant à leur devenir !

Andiamo - Une page qui se tourne

Une page s'est tournée, il n'avait que quatre ans de moins que moi, il m'a accompagné durant cinquante huit ans !

Je n'aimais pas trop le Johnny des débuts, mais comme les bons crus il se bonifiait avec les années.

Bon au-delà de la peine je pense sérieusement que Satan, le Diable, Iblis Pazuzu, le Malin, et toute sa clique vont avoir l'air con avec leur feu de camp, quand Monsieur Halliday va allumer le sien !

  
(Ch'tiot crobard Andiamo)

Marité - Une page qui se tourne

Lettre à mon amie d'enfance.

Il faut que je te dise tout ce qu'il restait à dire entre nous. Tu n'aimais pas les débordements. Quels qu'ils soient. Et encore moins les démonstrations d'amitié. Tu ne peux imaginer ma peine quand, tout à coup, à l'adolescence, tu t'es mise à me tendre la main quand nous nous rencontrions. Tout comme tu la tendais à toutes les personnes de notre entourage. Je n'ai pas compris alors cette habitude que tu avais prise et je t'en voulais un peu. Mais nous ne connaissions pas les effusions : nos familles ne nous avaient pas appris les gestes d'amour et d'amitié. Je trouvais quand même ce revirement un peu bizarre puisque nous nous embrassions avant.

Simplement, je pense que tu ne voulais pas que l'on te touche. Même tes plus proches. Ce n'était pas de la répulsion puisque ton sourire éclairait toujours ton visage ouvert et rieur. Je n'ai jamais osé te demander les raisons de ce changement. Mais je crois aujourd'hui deviner des choses pas très saines. Tu me parlais parfois du mari de l'institutrice qui rôdait dans les parages quand tu conduisais ton troupeau au pré. Est-ce cela ? Comment aurais-je pu imaginer ? Nous étions aussi innocentes l'une que l'autre. Si tu as souffert à ce moment là, tu as supporté ce traumatisme seule. J'étais ta meilleure amie. J'avais remplacé la sœur que tu avais perdue quelques années plus tôt. Tu as sans doute pensé que je ne te croirais pas ou que je ne pouvais pas comprendre. Je ne sais pas comment j'aurais réagi, c'est vrai mais j'aurais sans doute dû parler, t'interroger malgré tout. Nous aurions partagé ton désarroi et ce secret entre nous aurait davantage scellé notre amitié.

Tu es partie à l'université pendant que j'entrais dans le monde du travail. La vie nous a séparées pendant de longues années. Nous n'avons pas réussi vraiment à renouer le contact, nos univers étant totalement différents. Mais je sentais, lors de nos rencontres, remonter les souvenirs et je voyais sur ton visage qu'il en était de même pour toi. Je ne t'ai jamais oubliée et tu es indissociable de mes années d'enfance et d'adolescence.

Tu es partie il y a peu sans me dire au revoir. La maladie t'avait rendue sauvage. Tu ne voulais pas que l'on voit ta déchéance. Je n'ai pas pu t'accompagner le jour où l'on t'a conduite au cimetière de notre village. Et à vrai dire, je n'en n'avais pas envie. C'était rendre définitive ta disparition et avec toi enterrer des morceaux de notre jeunesse commune. Je pensais ainsi pouvoir occulter ta mort, la braver, afin qu'elle ne fasse pas obstacle à la mémoire.

Mais je me trompais. Un défi. Un déni stupide. Et étrangement égoïste. Aujourd'hui, quand j'évoque mon enfance, il me vient tout de suite à l'esprit cette cassure, ce manque de toi. Je le sais, je dois faire mon deuil et tourner la page afin que cette entrave disparaisse et que je pense à toi sereinement.

Te souviens-tu de ce poème de Hugo que nous récitions ensemble "Demain, dès l'aube" ? Alors, oui, j'irai demain sur ta tombe déposer un bouquet de houx. Je te raconterai nos collines noyées dans le brouillard. Nous les aimions toutes deux d'un amour inconditionnel. Je te raconterai notre village désolé par ce temps hivernal. J'essaierai, moi, de ne pas être triste. J'évoquerai pour toi d'autres jours où nos petites montagnes flamboyaient sous le soleil des vacances, nos courses à travers bois, nos baignades dans le ruisseau, nos fous rires et nos premiers émois d'adolescentes. Je te parlerai de nos fermes voisines et des soirées de juin embaumant l'herbe fraîche et le foin sec. Tu vas sourire si je te parle des cerisiers où tu aimais grimper comme un garçon pour cueillir les fruits que tu lançais à mes pieds en te moquant de ma couardise. Sais-tu que j'ai maintes fois souhaité que tu tombes ?

Je raviverai pour toi nos souvenirs communs, les premiers et sans doute les plus importants : nos familles, nos mères surtout qui nous gâtaient quand elles le pouvaient, l'école où nous aimions apprendre parce que tout était nouveau pour nous, nos camarades, nos jeux avec trois fois rien. Mais qu'importe ! Nous n'avions pas besoin de jouets : galoper dans la campagne nous suffisait. Je suis sûre que tu sentiras ce parfum d'enfance où baignaient nos vies mêlées. J'ai besoin de renouer le lien par delà ta mort. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

mardi 5 décembre 2017

Chri - Une page qui se tourne

Clap de fin.

C’était une jolie fin d’après midi d’automne. Le ciel pluvieux qui ne nous avait pas épargnés ces derniers jours avait fait place à un ciel de traine, un ciel habité qui répandait sur le monde et le jardin une lumière douce aux pupilles et tendre aux branches des arbres maintenant presque nus. J’avais balayé une fois encore la terrasse des derniers rouges, ratissé quelques feuilles esseulées dans le vert de la pelouse gorgée d’eau, nettoyé les pots des grappes mortes de la vierge vigne, sorti, pour la faire sécher, la bâche qui allait servir à protéger du froid les lauriers et autres plantes qui passeraient l’hiver dehors, sous elle. Dès que le soleil avait commencé à s’approcher de l’horizon, le frais avait très vite remplacé la tiédeur de l’air et, bien que les cimes des arbres soient maintenant baignées dans une lumière enveloppante, tout intimait l’ordre de se mettre à l’abri. Surtout ce froid sur les épaules en sueur. On allait protéger nos cœurs des rigueurs de l’hiver à venir. Un ou deux derniers coups de balai, un ou deux allers retours vers le fond du jardin, vers le tas de compost, viendra vite l’heure du rangement des outils et de l’allumage du feu sous une casserole pour un thé attendu. Il faudra, juste avant, enfourner quelques bûches sèches dans la cheminée, trouver un briquet dans cette maison de non fumeur, ce ne sera pas le plus facile, et la faire ronfler, la cheminée. Le ciel commencera à s’assombrir quand un nuage posé sur l’horizon cachera le soleil généreux de cette fin de journée. Le bain chaud aura fini de couler que l’eau du thé, en frissonnant à gros bouillons, fera trembler la casserole et toute la cuisine avec. J'en aurais profité pour mettre à réchauffer du petit salé aux lentilles pour le soir, en cette saison c'est le mieux qui puisse se pointer sur une table. J'ai mis au frais une bouteille de Côtes du Rhône blanc, les Arbousiers du domaine de la Réméjeanne à Cadignac. (Oui, oui avec le petit salé...on est chez soi, on boit ce qu'on veut!). Une fois sec, propre et ne sentant plus si mauvais, on pourra glisser dans le lecteur un CD de Nathalie Dessay et dans le même temps allumer un poste de télé puisqu’on y diffuse un match de rugby entre l’Afrique du sud et le Pays de Galle. Deux endroits où soit dit en passant il doit faire bon d'y promener son passeport à condition de l'avoir sur soi... Il suffira de couper le son des commentaires pour que la perfection ne me flotte pas trop loin des deux oreilles.

J’ai posé la théière sur la table basse, les gallois menaient de trois points, une bûche de chêne me chauffait les pieds. J’étais allongé au long du canapé, en travers, la tête au fin fond d’un bon kilo de plumes. Le chat des voisins miaulait à la porte fenêtre, malgré son insistance éhontée, je ne l'ai pas laissé rentrer: Tous ces poils ambulants qui ne demandent qu'à se séparer de leur Maître! Merci bien!

Sur un des airs de Bellini, les gallois ont marqué un essai merveilleux, d'un mouvement en première main, au large, en contre, avec un redoublement de passes d'école et, pour finir d'un cadrage débordement d'une toute efficace beauté. Quand il était pratiqué ainsi ce jeu atteignait des sommets. Il était capable de vous inoculer des lumbagos foudroyants en vous faisant bondir comme un geyser d'enthousiasme du plus profond d'un canapé... profond. J’avais sur les jambes une couverture en fourrure polaire blanche mais c’était surtout une question de confort, le thé était, maintenant infusé comme il fallait qu'il le soit. Je ne pensais ni à la noirceur du monde ni aux éclats de lumière qui pouvaient en surgir parfois, comme ceux venus d'outre atlantique, la semaine écoulée. Cette fin de samedi était une fin d'un samedi en paix. Au moins pour notre région et un peu au-delà. Le ciel avait rosi de derrière le grand nuage, une pie a traversé le jardin en roumégant. Dans la pièce, la voix de Nathalie se disputait avec l’odeur du thé mais elle avait fini par vaincre. En prenant toute la place, elle rendait l'air incroyablement sensible. J’ai fermé les yeux quelques secondes pour mieux attraper toutes les notes. Et, c'est à cet instant précis que ça s'est passé. Dans le simple éclat d'un incandescent brin d'écorce de chêne qui a failli foutre le feu au canapé…

La page s’est tournée.
D’un coup, sans grand fracas, la nuit est tombée. Ce jour là n'existerait plus.
Jamais.