samedi 24 juin 2017

Stouf - Amphibocycle

Apabovélo (surtout si tu sais pas nager)

Et ta sœur ?
- Grooos … tu sais ce qu'est un Amphibocycle ?
- Un quoiii , longue maigre moche frangine ?
- C'est un Water Bicycle, espèce de nulos, t'as qu'a chercher sur Googleu !
- Goût de quoi … pfff … vous les grandes laides vous êtes nulles en zortografe !

- Ouais ben nous au moins on a des amoureux et toi t'es tellement imbécile que même à Noël dans plein d'années t'auras même pas un cadeau sous le sapin et y'aura pas de sapin !
- Hoiiin … t'es méchante, j'veux pas ête mort, chu'is qu'un enfant !
… Excuse moi frangin, chuis qu'une conne, j'voulais pas dire ça … chuis qu'une conne !
Smaaaaaaaack !



 

vendredi 23 juin 2017

Bricabrac - Amphibocycle

Vélobiographie

Cette année-là, j’avais 7 ans de plus que le siècle. À l’université de Vincennes, j’étudiais la féedulogie pour complaire à ma mère, qui disait qu’à l’aube du XXme siècle, un jeune homme moderne devait maîtriser cette science. Mais je redoublais la première année, car, à vrai dire, je séchais les cours magistraux du premier cycle dans l‘amphithéâtre, préférant essayer mon amphibocycle sur le lac Daumesnil. J’avais le projet de devenir explorateur. J’étais plein d’insouciance et si gai que

Je riais aux éclats des sonnets de Vegas,
Qui battra le record de Lope de Vega,
Lequel en écrivit trois mille au Siècle d’Or.


J’aurais aimé faire le tour du lac, mais craignais de me perdre. Amarré près du temple bouddhique, l’hydravion de L’Arpenteur était posé sur l’eau, tel une libellule. Je m’approchai. Il était affairé à la visite prévol. Timide comme une antenne d’escargot, je bredouillai

Qu’à défaut de sextant, comme en marine à voiles,
Un conseil de sa part sur la marche aux étoiles...
Mais il lança l’hélice et ma voix se perdit.


M’éloignant du rivage entre les touffes de littorelle et les joncs fleuris, j’aperçus Tisseuse, très chic dans une robe cousue main par une fauvette couturière, mais le front plissé par les jacinthes et les soucis d’eau, en équilibre sur une feuille de lotus, et qui lançait sur l’onde

De jolis vers, qui fusaient comme des gerris
Entre les nymphéas, la laîche et les iris
D’eau, tressant des poèmes joyeux ou songeurs.


L’après-midi finissant, déjà Lilousoleil dorait les frondaisons. Ah, Lilousoleil ! Longtemps, je m’étais pavané comme le paon bleu du lac, car tout le monde disait qu’elle tournait autour de moi, jusqu’à ce que Galilée,

En cours d’astronomie, démontrât le contraire,
Soit-disant, c’était moi, qui, pareil à la terre,
Tournais autour de Lilousoleil. Balivernes,
Sornettes et billevesées de Jules Verne !


Cette année-là, le siècle tenait ses promesses d’inventions et de paix. Mais quand il eut 14 ans, moi 21, on assassina Jaurès au Café du Croissant, et le monde en fut à jamais retourné. Je dus abandonner mes redoublements en féédulogie. On m’envoya étudier la maréchaldulogie sur le front de l’est, tandis que mon amphibocycle rouillait dans un fossé, à Saint-Maur-des-Fossés.

mercredi 21 juin 2017

Laura Vanel-Coytte - Amphibocycle

Amphibocycle : le miracle pour quelqu'un qui ne sait que faire de son corps,
Empêtré entre ses bras et ses jambes qui lui posent un problème de coordination.

Amphibocycle : le miracle pour quelqu'un que la gravité entraîne vers le bas
Malgré le port de tête, haute et fière, se tenir droit comme on lui a appris

Amphibocycle : le miracle pour éviter les chutes qui font perdre la face
Alors que faire bonne figure est la seule manière de sauver les meubles

Amphibocycle : le miracle de flotter sur l'eau alors que le fond attire
Flotter alors les poches chargées de cailloux du passé plombent

Amphibocycle : le miracle quand la tête haute permet de quitter les angoisses
Pour s'envoler avec les ailes des livres et de la connaissance, la curiosité allège

Où lire Laura

Joe Krapov - Amphibocycle

Succession entrepreneuriale à la mode de Bretagne

Se chante sur l’air du « Capitaine de Saint-Malo »

Le capitaine du pédalo
Ali Alo
Qui reliait Brest à Saint-Malo
Ali Ali Ali Alo Quel rigolo !

Il avait l’air un peu falot
Ali Alo
Il buvait l’chouchen au goulot
Ali Ali Ali Alo Quel alcoolo !

Il pédalait sur un Peugeot
Ali Alo
Mais c’était un as au pageot
Ali Ali Ali Alo Quel gigolo !

Il avait l’air un peu bigot
Ali Alo
Sa femme s’appelait Jeannick Longo
Ali Ali Ali Alo Quel marigot !

Il allait au triple galop
Ali Alo
Sur la surface bleue des flots
Ali Ali Ali Alo Quel matelot !

Il a publié un brûlot
Ali Alo
Sur l’art d’essuyer les bibelots
Ali Ali Ali Alo Quel ramollo !

L’aurait dû tirer les tarots
Ali Alo
Il se serait méfié de Turgot
Ali Ali Ali Alo Ah quel ballot !

Car son fils, un fou du mulot,
Ali Alo
Vient de lui piquer son boulot
Ali Ali Ali Alo Quel sale minot !

Il dézingue à tire-larigot
Ali Alo
Les cachalots, les paquebots
Ali Ali Ali Alo L’affreux marmot !

A coups de fusil Chassepot
Ali Alo
Et de lancers de javelots
Il a hérité du magot Ah quel culot !

Ces histoires de requins sur l’eau
Ali Alo
Qui se disputent un pédalo
A la force de leurs cuissots - Ça m’scie les pattes ! -

Ça ne m’a jamais emballé :
J’suis hydropathe
Je préfère lire Alphonse Allais
Et déguster du Clos-Vougeot Incognito.

Qu’ils fassent du bruit dans Landerneau
Ali Alo
Et se gavent de far aux pruneaux !
Moi je suis bien mieux dans ma peau près d’mon tonneau !

Où lire Joe Krapov

mardi 20 juin 2017

Tisseuse - Amphibocycle

Pédaler sur l’eau
Pas au ras des pâquerettes
Comme un chamallow

Sur une vraie bicyclette
Dominer d’en haut
Renoncules et massettes

Et les potamots
Que j’imaginais, simplette
Venir d’un poulbot

Un régal pour les esthètes
Et les passereaux
En costume ou en jaquette
Que c’est rigolo

Je me ballade follette
Au son des crapauds
Qui poussent la chansonnette
Dans leur marigot

Mais ces images, pauvrette
Autant que roseaux
Libellules et fauvettes
Réduites à zéro

Par la pollution abjecte
Rejet Seveso

Andiamo - Amphibocycle

L'amphibocycle.

Quelle invention fabuleuse ! En voyant cette image j'ai tout de suite pensé à l'exxxxxcellent film de Robert Dhéry "Le petit baigneur" un Robert Dhéry déjanté, mettant au point des inventions toutes plus farfelues les unes que les autres. Un De Funès au mieux de sa forme, je l'ai vu et revu, je ne m'en lasse pas, Andiamette non plus !

Et puis surprise que vois je dans les impromptus ? L'AMPHIBOCYCLE ! Une invention digne de Pierre Dac, et de son "Biglotron" qui s'en souvient ?

Une année j'étais allé au concours Lépine avec mes enfants très jeunes alors, quelle rigolade devant certaines inventions, manquait plus que la casserole carrée pour empêcher le lait de tourner !

Tenez il y avait un mec qui présentait un système permettant de passer du ski de randonnée, au ski de descente, bonne idée, sauf que pour faire la permutation il fallait se livrer au démontage de certaines pièces à l'aide de clés 6 pans dites clés "Allen" !

Alors j'ai demandé au Monsieur s'il pratiquait le ski, car se servir de clés Allen avec des gants et de surcroît dans la neige et le froid : "Bonjour les coulisses de l'exploit" !

Revenons à notre amphibocycle (au passage il n'y a que les impromptus pour nous balancer des sujets pareils) cette géniale invention remonte à 1909, et tout le monde (sauf moi) ignore qu'il y a eu une course organisée en 1910 dans une petite crique à l'embouchure d'un modeste fleuve situé entre Dinard et Saint Malo, pas moins de 9 engagés étaient présents, et cette course fut nommée : LE TOUR DE RANCE !

Où lire Andiamo

lundi 19 juin 2017

Jacou - Amphibocycle

L'amphibocycle

- Enfi ! Tu vois ce que je vois ?
- Mais que tu es grossier, ce matin!
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait encore ?
- Oh, rien, juste tu as dit enf...voilà, à cause de toi, j'ai failli le dire.
- Boh ! C'est pas méchant !
- Enfi ! Beau! Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre !
- Hé-bé! Je te dis pas d'entendre, je te dis de reluquer.
- Reluquer quoi ?
- Là, l'amphi !
- Tu recommences !
- Mais non, j'ai pas dit enfigueille, j'ai dit amphi, comme amphithéâtre, amphigouri, amphi...
- Ah ! Tu veux parler de ce truc. Comment t'as dit déjà? Enfi..., non amphi...bof, c'est qu'un cycliste qui pédale sur l'eau.
- Bof !?! C'est tout ce que tu trouves à dire. Ça t'étonne pas, toi, un gonze à vélo, qui pédale sur l'eau.
- Cela doit être une variante du pédalo.
- Pédalo ? Qu'es aco ?
- Ben c'est un amphibocycle amélioré*.
- Hé-bé ! C'était pas la peine de faire toute une histoire pour mon amphi, non, enfi, toi aussi, tu l'as dit.
- Ce n'est pas un enfibocycle, mais un amphibocycle, du terme grec amphibie, signifiant pouvant vivre sur terre et dans l'eau.
- Enfi !

* Le pédalo, pas du tout amphibie (amphigourique, l'explication de notre savant , au sujet de l'engin uniquement aquatique**), est né en 1810, alors que l'amphibocycle a été inventé en 1909.
**- Enfi! Lui dites pas, vous me le mettriez encore fumace.

Où lire Jacou

Semaine du 19 au 25 juin 2017 - Amphibocycle

La nuit gourmande s'achève et maintenant c'est l'heure de faire de l'exercice avec cette invention qui a de l'avenir l'amphibocycle.  
A vous de nous raconter son histoire en vers, en prose comme vous le voulez mais avant dimanche 25 juin 2017...

à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com


vendredi 16 juin 2017

Célestine - Une nuit gourmande

Nuit gourmande


On ira marcher les pieds nus dans la luzerne, au frôlement velouteux des lapins qui, comme au vieux moulin de Daudet, s’enfuiront à notre approche dans la nuit tremblante de clarté. Mais l’un d’eux, peut-être, restera là, son regard étonné en bandoulière.

La lune décidera qu’il fasse un peu jour au-dessus de la prairie. Juste un peu. Pour rire. À la barrière de bois peint flotteront des cheveux d’anges, en oriflammes au-dessus de nos têtes.

Tu souriras quand je murmurerai dans ton cou des mots doux, des mots fous, des mots bijoux.

Tes dents adamantines seront dans ton visage comme de petits cristaux de lumière furtifs.

Chut ! Écoute ! Il y aura les parfums de la nuit, en avalanche, le foin, le jasmin, l’achillée qui nous chatouillera les narines comme un poivre. Les sons des oiseaux et le murmure des herbes.

Je serai poupée de porcelaine et de satin, tu seras magicien aux ailes douces. Je serai cerise de mes lèvres, pommes et framboises de mes seins, tu seras pain chaud et doré de ton buste, de tes bras. Tu auras un goût de brioche. Nos fruits gorgés et pressés s’emmêleront, en salade, en marmelade, en macédoine de caresses, en salmigondis de baisers. Mon corps de lait nuage. Ton corps de café brûlant. Et tout en haut, au zénith, Vega Deneb et Altaïr piqueront de leur grâce scintillante le plafond céleste de la plus belle des chambres d’amour.

Ce sera un festin.

jeudi 15 juin 2017

Marité - Une nuit gourmande

Les nuits gourmandes de Monsieur Paul

Juste minuit. Le réveil de Monsieur Paul le tire d'un sommeil agité. Dans une demie torpeur, il se dit que non, il n'ira pas. Il est fatigué. Il sait que ce printemps timide peine à vaincre les derniers soubresauts de l'hiver. Sa détermination habituelle faiblit avec la pensée que dehors, le froid sévit encore. Zut !

Il s'étire. Ses jambes fourmillent. Dans sa tête, se mettent à défiler des images précises. Il jubile. Bien sûr, il ira. Une sorte de frénésie le saisit. Il se lève, réchauffe un café très fort qu'il a préparé la veille, l'avale en vitesse et revêt ce qu'il appelle sa "tenue de camouflage" : imperméable informe, chapeau défoncé et baskets éculées. Il n'oublie pas son grand cabas et le voilà prêt à affronter la nuit et ses surprises. Go !

D'un pas pressé, il regagne les beaux quartiers de la ville, maudissant cet éclairage public trop vif qu'il qualifie de gaspillage. Qui donc, à cette heure, a encore besoin d'une telle profusion de lumière. Lui ? Sûrement pas. Mais il se rassure. Il sait bien que le dimanche soir surtout les gens ne traînent pas. Ils dorment sans doute, récupérant pour affronter la semaine qui arrive avec tous ses tracas. Il se glisse dans les ruelles d'un pas élastique et se coule comme une ombre le long des trottoirs. Il ne craint rien et surtout pas la police effectuant des rondes qui le prend depuis longtemps pour un clochard tranquille. Il fait tout ce qu'il faut pour cela. La nuit, tous les chats sont gris !

Il peut commencer. Il choisit une première poubelle. Méthodiquement et sans faire le moindre bruit, il la vide de son contenu qu'il inspecte minutieusement. C'est la bonne période et le bon moment. Au printemps et pendant le week-end, on s'astreint au grand ménage. On vide les placards qui, décidément n'ont pas capacité à s'élargir. Il faut faire de la place pour tout ce que l'on projette d'acheter. On a envie de changer de décor, croyant ainsi pimenter sa vie. Ah, cette société de consommation se dit Monsieur Paul !

Monsieur Paul étouffe un petit rire de plaisir. "Là, ma belle, tout doux. Viens. Montre-toi un peu". Il élève au-dessus de sa tête l'objet convoité, l'essuie amoureusement et le dépose avec précaution au fond de son sac. Une magnifique prise. Encore un fils indélicat qui s'est débarrassé de cette merveille faisant partie des trésors de la famille. Il marmonne en replaçant les détritus dans la poubelle. Plus de respect !

Plus émoustillé que jamais, Monsieur Paul continue sa quête gourmande. Il a du flair. Il délaisse quelques boîtes à ordures qu'il ne "sent" pas et s'enfonce plus avant dans le quartier. Son intuition le guide et le trompe rarement. Ici. Monsieur Paul pose sa besace. Il fouille sans se presser. La récompense ne se fait pas attendre. Il examine sa trouvaille d'un œil averti. Pas besoin de voir très clair. Au toucher, Monsieur Paul sait à quoi il a à faire. Pas aussi racée que la première, mais il n'attache pas une grande importance à la valeur de l'objet. L'essentiel pour lui n'est pas là. Il veut surtout empêcher une mort certaine. Et bien voilà, et de deux triomphe-t-il !

Monsieur Paul, malgré sa passion, sait se montrer raisonnable. Ça ira pour aujourd'hui. Et puis les éboueurs vont bientôt sévir. Il regagne tranquillement son domicile. Il va se recoucher un peu. Mais avant, il ne peut s'empêcher de déposer ses "friandises" ou "péchés mignons" comme il les appelle sur la table du salon. Il les caresse comme des maîtresses choyées. Il siffle de contentement. Deux belles pièces !

Monsieur Paul ne sait s'il rêve ou s'il anticipe les bons moments qu'il va s'octroyer tout à l'heure. La nuit prochaine quand tout sera calme. Il se voit devant son établi, sa double lunette loupe sur le nez, entouré de ses chers outils. Ceux qui l'ont accompagné toute sa vie : brucelles, tournevis, couteaux, clés, pinces, marteaux…

Il ouvrira délicatement le ventre de ses princesses, fouillera avec volupté leur intimité, guettant le moment où elles vont répondre à ses désirs par un tic-tac frénétique ou langoureux. Quelle jouissance !

Les deux petites dernières iront ensuite rejoindre le harem de Monsieur Paul dans la chambre réservée à cet effet. Elles côtoieront avec bonheur pendules en cristal taillé, en bronze, en marbre, dites d'officier, pendulettes en porcelaine polychrome ou en écaille, Cartels aux chimères, les bien nommées et préférées de Monsieur Paul. Un peu de poésie en toute chose !

Monsieur Paul s'endort apaisé et heureux. Il aura encore beaucoup de nuits gourmandes. Il le sait.

Tisseuse - Une nuit gourmande

Nuit d’étoiles
Nuit souriante
Le ciel se voile
La lune vient confiante

Il ne faudrait qu’un cœur amarante
Pour trouver cette heure ardente
Se sentir alanguie
En fantasme et en vie

Toute à ma gourmandise
De cette heure exquise
Où l’on peut paresser
Sans se lasser

Je me suis glissée
Presque enivrée
Dans des songes insensés
Qui m’ont fait chavirer

mercredi 14 juin 2017

Bricabrac - Une nuit gourmande

Émission spéciale

Nous sommes rentrés assez tôt dans l’après-midi du dimanche. Nous avions quitté la ville dans la nuit de samedi pour rejoindre la côte, épuisés par la campagne à perte de vue. La loi nous contraignant au silence, cette courte escapade avait été maussade, et c’est avec soulagement que nous avions repris l’autoroute pour rejoindre notre fief, où nous avions prévu de passer la soirée.

L’appartement était encombré par les télévisions du monde entier, coréenne dans le salon et la chambre à coucher, mais aussi japonaise, dans la cuisine, et chinoise dans la salle de bains, où nous nous arrêtâmes pour effectuer quelques retouches dans la cabine de maquillage, tout en lorgnant vers les écrans de contrôle, sur lesquels on pouvait voir nos nombreux invités qui arrivaient par d’interminables couloirs.

Mon mari s’enferma dans son boudoir, qu’il appelle son QG, avec sa garde rapprochée : dictionnaire de rimes, livre de recettes, rebrousse-poil et tire-larigot. On croyait savoir qu'il ferait une intervention en début de soirée. Ma femme se retira dans son alcôve avec ses plus proches conseillers : dictionnaire de citations, guide des millésimes et des accords mets-vins, brûle-pourpoint et va-comme-je-te-pousse. On prévoyait une prise de parole peu après 20 heures.

Il était temps de préparer le buffet. Nous nous affairâmes à la cuisine électorale. Nous avions prévu quelque chose de simple : quiches aux salicornes et aux écrevisses, roulés de pomme au crabe, artichauts poivrades rôtis au chorizo, et flans de laitue au curcuma. En dessert, minifiadones au broccio, pavlovas aux framboises, verrines de fraise à la crème mousseuse d’acacia, et pêches pochées à la crème citronnée.

Quand les premiers résultats tombèrent – attention, ce ne sont que des estimations, à prendre avec prudence - (résultats dont nous avions connaissance, en fait, depuis le péage de Buchelay grâce à quelques appels passés à des sources bien informées), et que tout fut consommé, bisque, velouté potiron aux ravioles croustillantes, à quoi certains journalistes sous-entendirent des brisures de châtaignes, la soirée commença vraiment.

« On attend une déclaration d’un instant à l’autre, vous nous le confirmez ? »

Je vis apparaître mon mari sur la mezzanine, appuyé à la rambarde et tapotant le micro. « On m’entend, là ? » Il y a toujours en lui cette anxiété, cette crainte que je ne l’écoute pas. « Vas-y, chéri, tu es à l’antenne. » « Allez-y, nous sommes en duplex. »

Effectivement, nous habitons un grand duplex, c’est pratique pour les émissions spéciales. « Je vous interromps, il semble que ma femme s’apprête à faire une déclaration. » Elle s’avança, tenant une feuille blanche à la main. « C’est laquelle, la caméra ? Je suis dans le champ ? » Elle feint parfois de redouter que je la regarde moins qu’autrefois, alors que je n’ai d’yeux que pour elle.

Leurs premiers mots se perdirent dans le brouhaha ambiant, ce sont les aléas du direct. Ils attendirent que le silence revînt, sans se quitter du regard ni cesser de sourire. « Je t’aime », dit-il. « Moi aussi, je t’aime », murmura-t-elle. Leurs visages étaient radieux.

« Que va-t-il se passer, maintenant, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ? »

Il se passa que nous mîmes tout le monde dehors, les candidats, les militants, les experts, les cameramen et les preneurs de son, les curieux et les badauds, et éteignîmes tous les postes. Puis nous dînâmes en tête-à-tête, nos doigts se chargeant des traits d’union, avec un verre de Monbazillac, en écoutant des Gymnopédies et des Scènes d’enfants. Ensuite, nous allâmes dans notre chambre, mon amour, où nous continuâmes la fête à huis clos.

mardi 13 juin 2017

Joe Krapov - Une nuit gourmande

AU BOUT DE LA NUIT CROQUIGNOLE

- Il faut voir comme la Nuit est gourmande ! Tout ce qu’elle s’envoie dans le cornet et dans la voie lactée ! Ce qu’elle engloutit de croissants de Lune ! Elle ne fait pas de quartiers ! Jamais dans la demi-mesure. Il lui faut sa ration quotidienne de cette pâtisserie astrale car sinon, bonjour l’humeur : rien ni personne n’est plus sombre qu’une Nuit sans lune.

Son appétit de sucreries est si féroce que les gazelles s’enfuient à son approche afin de préserver leurs cornes.

La Nuit aime les éclairs qui zèbrent le ciel d’orage des étés et la dotent d’un beau pyjama à rayures. Sans aucune reconnaissance, elle les avale à la vitesse de Guy L’Eclair.

La Nuit dévore la galette tout autant que les financiers et les mendiants. On appelle ça la Crise. 1929 et 2008 sont des fringales célèbres de la Nuit. Il eût mieux valu pour tout le monde que ces financiers, florentins ou pas, le sussent ou les vissent venir, mais non. Elles arrivent sans tambour ni crumpets et tout le monde est douillonné sauf la Nuit qui se régale de nos déconfitures. L’économiche n’est pas une science exacte.

La nuit est une ogresse iconoclaste. Peu lui chaut la religion. Jésuite, sacristain, alleluia, colombe de Pâques, religieuse, pet-de-nonne et même Saint-Honoré, tout est bon pour son estomac qui ne croit que ce qu’il broie. Elle bouffe du curé, nantais ou pas, à tous les repas. N’en faisons pas tout un fromage, nous sommes déjà rendus au dessert.

Que vous soyez Congolais, Oranais, gens de Paris, Brest, Pithiviers, Monaco, Vitréais, Tropéziennes, que vous preniez la navette de Marseille ou fassiez des vers de mirliton à Rouen, sachez-le, un jour la nuit vous avalera, bande de glands et de struffolis ! Surtout vous, les boulets de Metz !

Il faut voir comme la Nuit est gourmande en lumière. Ce qu’elle nous coûte en énergie. Mais nous sommes déraisonnables, aussi ! Plutôt que d’aller dormir lorsqu’elle tombe et profiter de sa sagesse – car la Nuit porte conseil – nous voulons à tout prix éclairer ces merveilleux chemins qui mènent à l’opéra. Nous désirons élire la Reine de la Nuit, vérifier que tous les chats ne sont pas gris, voir dans nos cinémas, « sur l’écran noir de nos nuits blanches » « Queue de castor et Pompe à huile » et tant pis si les acteurs sont un peu tartes !

Mais c’est du flan, tout ça ! Dormez plutôt en paix, braves gens ! Le jour devrait suffire à notre bonheur. Lui n’est pas gourmand en lumière. Un seul gros projecteur en forme de brioche dorée dans la gueule et tout le monde est content. « Viens nous voir à Ganassouinda, y’a du soleil et des nanas ! ». Pas besoin qu’on lui découpe à l’emporte-pièce, dans le tissu du ciel, des sablés en forme d’étoiles pour y voir ! Ne dit-on pas « Clair comme le jour » ? « Bon comme le pain » ? « Simple comme bonjour » ? « Sans chichis » ?

La Nuit, laissons la faire son voyage, on la trouvera au bout, comme disaient Céline Renaud et Louis-Ferdinand Saint-Malo-Alanagecécostaud. Cette gourmande est une ogresse qui se nourrit de forêts noires, de cris de loups, de peurs d’enfants. Laissons-la faire sa chasseresse, remplir son chariot, allumer son fourneau, remplir sa casserole, déguster sa baguette de mesure de jade, sacrifier à l’autel de la gourmandise nocturne. Il faut bien que tout le monde vive et ça n’a rien de gênant : il n’y a même pas de lumière à l’intérieur de son silencieux réfrigérateur !

Nous, bien au chaud dans les draps, serrés l’un contre l’autre, on n’est pas bien, là, mon chou ?
- Eteins la lumière, mon amour ! Je vais te faire un truc qui te laissera baba !
- Oui, Charlotte ?
- Je vais te dévorer, mon bichon !

Où lire Joe Krapov

Jérôme - Une nuit gourmande

Un ciel de neige.
Un arbre gris.
Un maigre corbeau noir, perché.
Trop haut pour le maigre renard blanc – encore plus maigre que le corbeau – qui, au pied de l’arbre, fixe l’oiseau et lui lance un regard noir.
Une envie de rôti de corbeau lui tenaille le ventre.
Il a si faim qu’à défaut, même du fromage blanc et du pain bis feraient son affaire.
Las, le maigre renard s’enroule autour de la faim grise qui mord son ventre blanc et ferme un instant ses yeux noirs.
Voilà que derrière ses paupières, le corbeau grandit dans le ciel gris ; et que de ses ailes naît une vaste nuit noire percée d’étoiles – les miettes de pain bis ? – où roule une haute lune ronde et crémeuse.
Mais trop haute, bien trop haute pour le renard.
À quoi servirait de se plaindre ?
Il préfère rêver un matin vert et roux, orné d’un soleil jaune et d’un vrai repas chaud – pas du fromage blanc ou du pain bis, mais un vrai repas de renard avec trois entrées et quatre plats fumants, viandes rouges, pot-au-feu où nagent de mauves navets et des carottes oranges, chapelet de saucisses roses, et puis du pain doré, du vin rubis, un plateau de fromages bleus, des raisons verts ; et encore des pistaches, des tartes fauves et des compotes de fruits incarnats – ; un repas si copieux qu’il le partage volontiers avec le corbeau.
Passe la nuit noire.
Vient le matin gris.
Le renard blanc ouvre l’œil.
Que voit-il ? Un ciel de glace, un arbre gris.
Mais plus de corbeau : envolé, le piaf noir !
Plus maigre encore que la veille, le renard jure, mais un peu tard.

Où lire Jérôme

lundi 12 juin 2017

Arpenteur d'Etoiles - Une nuit gourmande

Le jeu de toutes les gourmandises.

L’été offrait le dais velouté d’un ciel sans nuage, piqueté des premières étoiles. Quelques voix lointaines venues du petit port caché par un ourlet voluptueux de la côte, montaient dans l’air du soir, soulignant un peu plus le calme du vieux parc. Un chat sorcier apparaissait et disparaissait dans les massifs ombreux. Une légère brise amenait par bouffées les notes adoucies d’un piano jouant du jazz.

Il avait dressé la table au bout de la terrasse que bordait la majesté souple et rectiligne des grands cyprès. Il avait choisi une nappe blanche très simple, tombant jusqu’à terre, et deux chandeliers d’argent. Puis il avait placé les nombreux verres, flûtes, timbales, avec un soin presque religieux, veillant à leur parfait alignement. Il avait enfin disposé des corbeilles de pain et de l’eau fraîche.

Il l’avait appelée la veille : " êtes-vous libre demain soir ? – oui – venez à la villa vers vingt heures – j’y serai – ah, ne mettez pas de parfum … s’il vous plait" Il avait entendu la légère hésitation, puis : "d’accord, à demain"
Il savait qu’elle ne s’attendait à rien, ce qui signifiait qu’elle était prête à tout.

Enfin, elle fut là. Diaphane apparition en robe de soie marine, une vapeur de cheveux blonds encadrant son visage ambré. Il l’installa sur une chaise à haut dossier et murmura à son oreille "je vous convie à la découverte de nous-même".

"Nous allons jouer à accorder nos vraies gourmandises. Vous avez devant vous une carte où sont nommés les vins et alcools dont nous disposons. J’ai ici autant de fromages portant chacun un numéro. Vous choisissez un numéro. Je vous donne le nom du fromage. Vous devinez le vin que j’ai imaginé pour lui. Si vous faites erreur, je vous embrasse où bon me semble. Si vous trouvez, vous faites de même avec moi. La règle vous convient-elle ? " Elle, dans un sourire sérieux : " Oui "

Le jeu commença.
Elle trouva sans hésiter le champagne blanc de blanc pour accompagner les dés d‘un parmesan de deux ans d’âge et elle posa doucement ses lèvres au bord de sa tempe, sur le fin réseau rieur du temps qui passe.
Il lui fut facile d’associer le comté et quelques noix avec un Château Chalon chambré : sa langue joua un instant avec le lobe d’une oreille.
Elle butta sur le cidre avec le camembert et il baisa le bout de ses doigts si longs. Puis il goûta l’intérieur de son poignet quand elle préféra un Aloxe Corton à un Chablis pour déguster un Brie à cœur. Il la laissa effleurer la veine bleutée de son cou lorsqu’elle perçut l’accord parfait Epoisses et Meursault.
Il eut sa revanche en appuyant sa bouche à la commissure de ses lèvres car elle ne sut marier le Stilton avec un vieux Xeres.
Puis elle osa un peu de Calvados avec un Livarot colonel et s’aventura sur le torse bronzé. Elle savait qu’un Chavignol ne pouvait qu’être à son aise avec un Sancerre et qu’un Pouligny Saint Pierre révèlerait toute sa grandeur d’âme avec un Pouilly fumé un peu vieux. Elle mordit la chair de son épaule.
Elle ne put se décider avec le Roquefort qu’enlaçait la subtile douceur du Maury, et il sut le goût de sa peau, juste à la naissance des seins.
L’Ossau-Iraty trouva naturellement son Jurançon et elle embrassa le creux de ses reins. Il pensait avoir porté l’estocade avec un fromage de brebis corsé, mais elle devina le muscat de l’île de Samos. Elle l’emporta enfin avec l’évidence d’un munster enchanté par un gewurztraminer vendanges tardives et une pincée de cumin.

Ils terminèrent avec un vieux banyuls sur un sorbet au chocolat amer.
Ils en savaient déjà beaucoup, et l’un sur l’autre et sur eux-mêmes.

Alors ils se goûtèrent tout entier et la nuit les enveloppa de sa douce magie.
La lumière du matin les trouva endormis dans un lit défait.
Le chat ronronnait paisiblement à leurs pieds.

Vegas sur sarthe - Une nuit gourmande

Sonnet gourmand

Une île surnageait sur le plafond flottant
le ventilo bruyant brassait la Chantilly
une quiche ventrue faisait des gargouillis
mon ventre distendu en faisait tout autant

J'ai repoussé du pied les draps en millefeuille
et reconnu sitôt l'odeur des pets-de-nonne
à moins que ce ne fut la tourte berrichonne
un fâcheux avait mis mon lit en portefeuille

D'un fumant waterzooï émergeait un poulet
sur les murs caramel coulait un kouign-amann
alors a retenti le chant du pétomane

Sur un gros financier fondaient des madeleines
je devais décamper, m'enfuir à perdre haleine
je n'aurais jamais dû reprendre un cassoulet


Andiamo - Une nuit gourmande

De bar en bar, de grandes avenues en ruelles sordides, je crois bien que j’avais frotté ce soir-là plus de zinc qu’un curé peut en bénir !

Deux ou trois échassières, qui en cuissardes, qui en escarpins, bas résilles et jupe au ras du trésor, attendaient le micheton.
Elle est entrée, fraîche, souriante, incongrue dans ce décor poisseux.

-Un mêlé-cass a-t-elle commandé au loufiat mal rasé, la clope « Boyard papier maïs » faisant corps avec ses babines violacées.
Rien qu’à son air abruti, j’ai tout de suite compris que la petite venait de lui parler en Inuit !
-C’est de l’eau-de-vie avec du cassis, plus d’eau-de-vie que de cassis, servi dans un verre à Martini. Tu mets des glaçons au moment de la préparation, mais tu ne les laisses pas dans le verre… Verstehen ?.

Une boisson d’une autre époque dis-je à la femme en me tournant vers elle tout en lui décrochant mon sourire à 4, 95, celui qui faisait chanstiquer les rombières, quand je n’avais pas dépassé la date de consommation.
-Une boisson d’homme aurait dit Audiard, poursuivit la belle rousse, car elle était aussi rousse qu’un tas d’rouille, au moins ça changeait des filasses rencontrées, celles qui pensaient qu’un coup de blond allait leur retirer une dizaine de berges, et la loi de la pesanteur hein ? Elles en faisaient quoi ?

On a parlé de tout, de rien, de « Trou du cul premier » qui venait d’être élu président, de ce quartier des halles qu’elle n’avait pas connu « avant », les petits troquets dans lesquels on servait le Muscadet quasiment à la pression ! La gratinée des petits matins, au milieu de la faune des louchébèms, grandes blouses autrefois blanches, tachées de résiné. Seules les prostiputes, étaient encore présentes, moins nombreuses toutefois.

Je m’appelle Adeline, Adeline Ferrero, et vous ?
-Mario Rodatti.
-Vous êtes Rital itou ?
-Si peu, ça remonte à mes arrière-grands-parents, je ne parle pas une broque de la langue de Dante, ou alors deux mots quand je suis bourré, trois sous la torture.
Ma réflexion l’a fait sourire, un si joli sourire. Mais vous, Ferrero, vous êtes apparentée au chocolatier ?
-Oui c’est vrai, nous sommes cousins germains !

Elle a siroté son mêlé-cass, moi j’ai terminé mon Bourbon, nous nous sommes regardés… On s’arrache ?
Elle a acquiescé, on boit un verre chez moi m’a-t-elle demandé ?.
-Excellente idée, mais je ne suis pas en état de conduire.
Ma voiture est là, une Giuletta sprint de 1959 était garée, une pièce rare !
Moteur 1300 cc, arbres à cames en tête, freins ventilés, une merveille pour son époque !
-Ah mais, voilà un connaisseur, et j’apprécie vivement.

Je suis monté, elle a embrayé sans sauvagerie, il faut ménager la vieille Dame a-t-elle murmuré à voix basse, et surtout ne pas la vexer !
Elle habitait rue de la Pompe, décidément cette gonzesse avait plus d’un talent…
Un chouette appartement au deuxième étage, ascenseur « à l’ancienne » avec porte en fer forgé, pas très sécurisant, mais un charme fou.
Elle m’a installé dans un superbe canapé second empire, en compagnie d’un Armagnac hors d’âge.
Un peu plus tard elle est apparue, seulement vêtue d’un déshabillé transparent, elle s’est plantée devant moi, a lentement fait glisser le voile…

Aux endroits sensibles de son corps magnifique, elle avait disposé des touches de Nutella, une nuit gourmande m’attendait.

Laura Vanel-Coytte - Une nuit gourmande

Nuit gourmande
Nuit de toutes les demandes
Nuit câline
Nuit d’amour
« Où l'on croit rêver jusqu'au petit jour
1 ! »
Nuit gourmande
Nuit de toutes les demandes
Nuit câline

Ma grand-mère me chantait des nuits câlines
Et je rêvais d’une nuit gourmande
Où tous les sens en sarabande
Seraient comblés en parties fines

Je faisais ma commande

Dans un catalogue érotique
De caresses exotiques
A un père NOËL de contrebande

J’étais déjà grande

Mais je me rêvais géante
Maîtresse ébouriffante
D’une nuit gourmande

J’enfilais ma houppelande

De petit chaperon rouge
Mais j’étais déjà dans l’offrande
De claques et de bouges

Nuit gourmande
Nuit de toutes les demandes
Nuit câline
Nuit d’amour
« Où l'on croit rêver jusqu'au petit jour
2 ! »
Nuit gourmande
Nuit de toutes les demandes
Nuit câline
 
1 http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2017/06/12/anny-flore-nuits-de-chine-1955-5953418.html
2 http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2017/06/12/anny-flore-nuits-de-chine-1955-5953418.html

Où lire Laura

Semaine du 12 au 18 juin 2017 - Une nuit gourmande

Nés quelque part très certainement, nous avons depuis lors vécu des jours et des nuits, que nous ne saurons compter par respect pour nos différents âges :)
D'ailleurs, ne pensons-nous pas comme ce cher Corneille : "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années."

Mais cessons là nos digressions pour revenir au thème de la semaine !
Autobiographie ou pure imagination, nous vous proposons de nous décrire, en prose ou en vers, ce que vous entendez par : "Une nuit gourmande".

Bien entendu votre texte devra nous parvenir avant dimanche 18 juin minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

samedi 10 juin 2017

Arpenteur d'Etoiles - Né quelque part

Une étrange histoire

Il arrivait parfois que l’on sente la maison bouger.
Elle avait alors des frémissements de bête traquée entrevoyant une possible échappatoire, des frissons profonds puis, lentement, elle semblait se mettre en mouvement pour quitter sa gangue de pierres grises et glisser sur le tapis de feuilles jaunes et brunes attendant la putréfaction. En ces moments là chacun se murait dans un mutisme absolu, comme si la simple évocation d’un semblable phénomène allait déclencher le bris des amarres et l’inconcevable voyage. Nous restions immobiles, dans la position où nous avait surpris le premier tremblement. Puis tout s’arrêtait et nous reprenions nos occupations, sans faire allusion jamais à ce qui s’était produit, comme si sa négation en extirpait l’évidente réalité et la dématérialisait.

Ce matin là, il n’en était rien. Les persiennes mi-closes sur une promesse de bienveillante sérénité, le léger froissement des grands arbres alentours à peine caressés par la brise automnale, le doux ronronnement du chat s’enroulant sans cesse dans nos jambes pour tenter de nous faire admettre qu’il avait faim, tout annonçait le calme d’une journée propice aux tendres alanguissements.

Elle sortit avec la petite qui étrennait une démarche aléatoire et chaotique, toute environnée de rires clairs. Elle s’assit à la table de fer, prépara près d’elle une autre chaise et installa sa fille sur ses genoux. Lui, sortit à son tour portant un plateau plein du simple bonheur de croissants tièdes et d’un café fumant. Il retourna dans la maison et revint aussitôt avec la petite chaise en bois que lui même avait quand il était enfant.

La petite se tourna vers sa mère en plissant le front, puis vers son père, envisagea enfin d’un air soucieux la chaise dont la tablette était ornée d’un boulier usé et défraîchi. Puis elle leva les yeux au ciel, plissa les paupières, infléchit sa bouche remplie de pure enfance et commença à pleurer. Sa mère sourit et la fit sauter sur ses genoux pour la distraire d’une tristesse enfantine qu’elle jugeait inutile et bien futile.

Après avoir regardé à nouveau sa mère avec désapprobation, elle prit une profonde inspiration et modula un cri inattendu, suraigu. Une bande d’étourneaux s’éleva des hautes branches dans une arabesque compacte et s’en alla tourner au dessus de la campagne où ils semblaient plus perdus encore que nulle part ailleurs. Le cri se prolongea par une stridulation étrange et s’arrêta net, laissant les parents ébahis d’une telle violence.

Alors cela arriva. La petite se tourna à nouveau vers sa mère et lança d’une voix blanche :
- Mère, vous ne comptez pas me faire asseoir sur cette antiquité branlante et disgracieuse, j’espère !

Celle à qui s’adressait cette phrase lapidaire ouvrit de grands yeux au regard vide et s’évanouit.
Son mari se précipita, tremblant d’une crainte quasi religieuse mêlée à l’étonnement et à la colère.
La petite observa ses gestes maladroits, sa main tapotant la joue blême, son bras la soutenant et finalement l’amorce d’un mieux aller chez sa mère émergeant de sa catatonie. Elle se dressa et s’adressant à l’homme à genou :

- Et vous, Père, je vous serai gré d’aller préparer quelques rôties pour le petit déjeuner, ce qui me semble préférable à ces croissants luisants d’un beurre de piètre qualité.

La maison émit une sorte de grognement, un râle rauque accompagné d’un souffle sépulcral.
Puis tout rentra dans l’ordre. Les parents se redressèrent arborant un air interrogatif et un peu stupide, les oiseaux regagnèrent en piaillant l’abri des feuillages teintés d’ocre, la petite reprit son babillage enfantin et adorable et accepta sans rechigner de s’installer dans la vieille chaise paternelle.

Cependant, le père entra dans la maison d’une démarche mécanique et, quelques instant plus tard, flottait l’odeur rassurante du pain grillé.

Dans le grand salon, le visage austère et compassé d’Estelle portraiturée par un petit maître du dix-neuvième siècle, semblait éclairé d'un étrange sourire où se devinait une forme d'ironie narquoise.

La petite fille était née le même jour que la grande tante, bien évidemment au vingt et unième siècle.


vendredi 9 juin 2017

Dib - Né quelque part

Il était né quelque part, mais ne savait pas où. Au plus loin que pouvait aller sa mémoire, il se revoyait dans cette maison familiale, aux grands murs extérieurs couverts de lierre, sa chambre donnant sur le jardin où il avait passé tellement de temps à shooter dans un ballon ou à observer les insectes. Des parfums l’attiraient parfois, sans qu’il ne sache pourquoi. Des couleurs également. Tout le monde lui trouvait un goût certain pour les couleurs criardes. C’était inexplicable, et il les portait bien.

Il n’était pas le seul enfant à avoir vécu dans cette grande maison. Il y avait aussi Youssouf, Pablo, Piotr et Anh Dhung. Que des garçons. Une sacrée fratrie ! Ils s’entendaient à merveille, tous ces joyeux lurons. Quelque chose d’indescriptible les liait à jamais, sans que ce ne soit un lien de sang. Un lien intemporel, transcendant cultures et frontières. Ils étaient tous nés quelque part. Et ils étaient tous d’ici, inexorablement.

jeudi 8 juin 2017

Marité - Né quelque part

Mes racines, mes amarres.

Je suis née dans le lit de mes parents. Suis-je arrivée trop vite ? Ou bien ma mère a-t-elle voulu que son premier enfant voit le jour, comme elle avant moi, dans la maison familiale ? Je n'ai jamais pensé à poser la question. Aujourd'hui, cela me semble curieux alors même que toute la fratrie après moi est née en clinique.

J'ai toujours été fière d'avoir poussé mon premier vagissement dans cette vieille maison. Comme une singularité en quelque sorte. J'ai l'impression qu'elle m'avait choisie, moi, la première née, pour perpétuer la descendance de la famille qu'elle abrite depuis deux siècles. Les temps ont changé et ça n'a pas été le cas. Pourtant, il me semble qu'elle et moi avons toujours un secret commun. Il me semble qu'elle a pour moi des attitudes bienveillantes. J'allais dire : des regards. Je suis certaine que les maisons possèdent des yeux. D'ailleurs dans les dessins enfantins - qui sont les plus parlants - on remarque qu'une maison ressemble souvent à un visage avec la porte et au-dessus deux fenêtres qui figurent la bouche et les yeux, puis un toit en guise de chevelure. Je crois que les demeures qui ont vu naitre, grandir, mourir dans leurs murs des familles depuis plusieurs générations sont comme un ventre. Je suis aussi issue de ce ventre hospitalier et jamais, tant que je serai en vie, le cordon ne sera coupé. Nous respirons à l'unisson, elle et moi.

Cette maison porte en son sein la joie, la tristesse, la douleur, les rires et les pleurs de mes ancêtres et les miens aussi. J'y ai vécu l'enfance et l'adolescence. Elle ne m'appartient pas mais je sens que moi je lui appartiens. Chaque fois que je franchis son seuil, j'éprouve ce sentiment étrange de faire partie de ses murs. Comme si j'atteignais mes racines.

J'avais à peine six ans quand maman m'a dit que j'allais avoir une petite sœur. Ou encore un frère ! Mes sentiments étaient partagés entre joie et colère. Je trouvais que ça commençait à bien faire tous ces bébés braillards qui monopolisaient l'attention de tous et particulièrement celle de ma grand-mère que je n'avais plus pour moi seule. Finies les belles histoires qu'elle me racontait : elle n'avait plus le temps. Mais une sœur. Pourvu que ce soit une sœur ! Peut être que ça ne serait pas pareil. Peut être que j'allais pouvoir moi aussi m'en occuper. Puisque maintenant j'étais "grande". Tout le monde l'affirmait.

Je demandais fréquemment où se trouvait le futur rejeton. On me répondait bien sûr qu'un garçon venait d'un chou et une fille d'une rose. Chaque jour, j'allais inspecter le jardin. Mais si les choux grossissaient, je ne remarquais rien qui ressemblât à un bébé dans le potager. De même pour les roses qui s'épanouissaient, fanaient mais n'enfantaient pas. Etonnant ! D'autant que je voyais, dans le même temps, ma mère s'arrondir.

A la campagne, dans une ferme, on assiste tous les jours à des naissances et cela semble naturel pour les enfants qu'un veau sorte de la vache, un agneau d'une brebis. Avec les bribes de conversations que je glanais ici ou là, je commençais tout doucement à comprendre.
Quand maman est revenue avec ma sœur, j'ai été tout à fait sûre, en voyant son ventre plat qu'il n'y avait pas de différence entre les animaux et les hommes en ce qui concerne les naissances. Même si je n'ai rien dit.

Ma sœur a hérité de notre vieille maison. Finalement, c'est elle qui lui est restée fidèle puisqu'elle ne l'a jamais quittée. Elle a su l'embellir tout en lui gardant son caractère. La bâtisse le mérite.

Elle ne m'a pas tenu rancune de ma désertion. C'est toujours avec un grand bonheur que je reviens dans son giron. Je m'y sens chez moi, plus près de ma famille et de mes souvenirs d'enfance qu'elle garde en mémoire dans ses pierres.

mercredi 7 juin 2017

Joe Krapov - Né quelque part

BALLADE DES GENTILÉS QUI SONT NÉS QUELQUE 

PART

C’est fou, tout ce qu’il faut connaître
Une fois qu’on est tombé(e) des nues,
Qu’on a eu l’idée saugrenue
- Et c’est là la question ! – de naître !

C’est fou ce qu’il faut retenir
De vocables très dispensables
Si tu ne voyages qu’en ta chambre,
Si tu joues les anachorètes.

Dès que tu es né quelque part
On t’attribue une étiquette.
Ça donne tous ces noms bizarres
Qui nous encombrent un peu la tête.

Je connais des Clodoaldiens
Des Stéphanois, des Saboliens,
Des Parigots, des Arrageois,
Des Montiliennes et des Lillois.

J’ai retenu Burkinabé,
Moscovite, Guatémaltèque,
Péruvien, Néo-Zélandais,
Iowanien, Sarde, Lisboète,


Wallon, Flamand, Tchouktche, Fléchois,
Mongol, Malgache, Tahitien,
Stambouliote, Vénézuélien
Et Castelthéodoricien.

Y’a des Bourguignons dans la Sarthe
Et des Ch’tis dans l’Ille-et-Vilaine.
Il y a des Alsaciens à Sienne,
Des Castéloriens en Lorraine,

Quelques Portugaises à Sablé,
Des Ivoiriens à Nouvoitou,
Des Angevins à Dieulefit
Et des Qataris près de Nantes

(Ou des canaris près des tentes ?).

Mais je n’ sais pas comment on nomme
Ceux qui sont nés dans une étable
Ou dans une valise en carton
Comme Linda qui est née De Suza
Et l’abbé qui est né dessous X
A Carhaix plus deux.

Et celui que l’on a trouvé
Dans un berceau des bords du Nil,
S’il n’est pas né de Cléopâtre
Changera-t-il la face du monde ?
Je n’en Carolomacérien
Comme disait Jean-Arthur Rimbaud.


Et, j’avoue, j’ignore toujours
Le nom des natifs de l’Utah,
Le gentilé des habitants de Tombouctou
Et de ceux de Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch,
La dénomination de celle
Qui est sortie tout habillée
De la cuisse de Jupiter.


MORALITÉ :

Peu importe là où t’es née,
Athéna,
Si tu me fais mourir de rire
Ou de plaisir.


Ainsi en soit-il à la ronde
Citoyennes, citoyens du monde !

Célestine - Né quelque part

« Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu’on m’eût regardé, et qu’on m’eût mis en occasion d’ouvrir la bouche. Mais, si quelqu’un, par hasard, apprenait à la compagnie que j’étais Persan, j’entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : « Ah ! Ah ! Monsieur est Persan ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? »
Montesquieu, Lettres Persanes.

***

Ma grand-mère maternelle descendit un jour à dos d'âne de son village piémontais pour s'en aller épouser un étranger de la grande ville. Un monégasque, pensez...quelle honte. Ils s'installèrent à l'étranger, en France, dans un village de montagne où ceux d'à côté étaient appelés en patois local des « estrangers ». Ma grand-mère paternelle avait quitté sa verte Erin natale pour partir étudier à l'étranger comme jeune fille au pair, elle épousa un Stéphanois qui s'était expatrié à Paris dans le quatorzième.

En se regardant dans les yeux, tous ces étrangers allaient se mettre à se reproduire dans des concerts de soupirs et d'anges radieux. Cela donna mon père et ma mère, qui à leur tour se rencontrèrent par un de ces miracles fortuits dont la vie est friande, et que l'on appelle parfois le hasard, et parfois (quand on n'a pas de poésie) la nécessité.

Forts de ces secrets, et sachant trop bien d'où chacun venait, dans la famille, comme ébloui sans doute par ce prodige, on nous éleva dans l'amour de la différence. De toutes les différences. Un jour, à l'école, ma copine Joséphine se fit traiter de « négresse » et de « cacao » par des garnements qui lui rajoutèrent d'aller « boire du lait ». Je découvris alors ébahie que Joséphine était noire, je ne m'en étais jamais aperçue.

Elle est à toi cette chanson, toi l'étranger, qui sans façon, d'un air malheureux m'a souri, avec ta gueule de Métèque, de Juif errant, de pâtre grec, et quand la mer se ramène avec des étrangers, homme ou chien c'est pareil : on les regarde naviguer et dans les rues d'Lorient ou d'Brest, pour les sauver, y a toujours un marin qui rallume son voilier... Brassens, Perret, Moustaki, Ferré, Hugo...on chantait en bagnole pour oublier qu'on avait mal au cœur dans les virages, et rappelez-vous qu'on est toujours l'étranger de quelqu'un, disait mon père, qui entonnait son poème favori avec le ton de Jouvet et de Sacha Guitry à la fois : « C'était un espagnol de l'armée en déroute, qui se traînait, sanglant, sur le bord de la route, et vise au front mon père en criant : « Caramba! » Le coup passa si près que le chapeau tomba et que le cheval fit un écart en arrière. Donne-lui tout de même à boire, dit mon père.»

Et l'enfant qui naîtra un jour aura les couleurs de l'amour contre laquelle on ne peut rien.

Où lire Célestine

mardi 6 juin 2017

Jacou - Né quelque part

Née quelque part

Née dans les choux,
Pas du tout,
Née dans une rose,
Cela m'aurait fait tout chose.
Venue au monde dans une cuisine,
Et toute en pleurs, était la voisine.
Dehors, orages et trombes d'eau,
On dut, la sage-femme, aller chercher à vélo.
Plus de bus, et les taxis, ça coûtait cher,
Aussi, aujourd'hui, d'ailleurs.
Attendue, pressée, ma mère l'était.
D'une table, sauter décidait.
Sitôt, cela fit son effet.
Quelques heures avant le petit déjeuner,
Me voilà, faisant mon entrée.
Née quelque part, girondine devenant,
Cette région, je l'aime tellement,
Même si, comme mes parents,
Choisie, ne l'ai point,
Et avoir parcouru, et connu autres charmants coins,
Toujours, ici me sens bien, lorsque je le rejoins.


Vegas sur sarthe - Né quelque part

Tra la la la lère


Il parait que j'ai longtemps hésité entre venir par le siège et par la présentation transverse pour finalement débarquer de façon banale c'est à dire par voie basse ce qui au passage n'empêche nullement de brailler à tue-tête.

On dit que j'aurais braillé un mot de trois lettres mais quand d'autres auraient braillé Oui ou Non, j'avais parait-il braillé Kir!

Et me voilà tout étonné, déjà façonné dans le moule, formaté à la mode bourguignonne parce que né – Dieu seul sait pourquoi – sur cette Côte liquide, sur ce grès couleur de miel qui brille au couchant et qui d'après moi a donné son nom à la Côte d'Or.

A quoi ça tient les racines? A un mot de trois lettres?
A dix centilitres d'un apéro né d'un chanoine bon vivant? A un blanc-cass? 
Le vrai blanc-cass, m'sieurs dames c'est un tiers de vin blanc cépage aligoté et deux tiers de crème de cassis à 20°. Ajoutez-y un bon tiers d'accent bourguignon – on n'est pas à un tiers près – en rrroulant les 'R' et vous êtes au parrradis!!
Concernant le rrroulage des 'R' il fallait que cette singularité soit d'importance pour que Molière dans son Bourgeois Gentilhomme en ait fait une description prrresque chirrrurrrgicale:
“L'R se prononce en portant le bout de la langue jusqu'au haut du palais, de sorte qu'étant frôlé par l'air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une sorte de tremblement : 'Rrr'.

A quoi ça tient les Rrracines? A une façon de mettre sa langue dans son palais ou encore à une façon de chanter son bonheur d'être là à la moindre occasion.
Quiconque sait chanter “Tra la... Tra la... Tra la la la lère...” en approchant les mains en forme de coupe à hauteur de sa trogne pour les faire tourner comme si on regardait à travers est déjà un pro du ban bourguignon.
Avec mes cousins on le pratiquait à notre manière c'est à dire d'une seule main pour pouvoir en même temps pincer les fesses des filles... ce qui nous valait aussi des calottes.

En cherchant bien on trouve d'abord ses racines au fond de l'assiette; j'ai toujours vu les anciens rafraîchir leur restant de soupe avec une grande rasade de Passetoutgrain comme une sorte de rituel ancestral.
Mais d'où ça sort ce Chabrot ou Chabroù?
Un lointain cousin des Baux de Provence qui connaissait Mistral par cœur soutenait que l'expression venait de cabroù parce qu'on boit dans son assiette comme le ferait une chèvre.
Bref bouc ou biquette, peu m'importait, j'ai fait comme les autres... des grands Slurp!

J'aurais pu naître dans n'importe quel endroit normal, un endroit où les fontaines pissent de l'eau fraîche et bien non... à Dijon la fontaine du Bareuzai – notre Manneken-Piss bourguignon vêtu d'une simple feuille de vigne – “pisse” du vin une fois l'an pour les fêtes de la Vigne.

A l'ombre de mes racines j'ai grandi et puis j'ai fini par en avoir une grosse... une vraie, cadeau de l'oncle Hubert le jour où il est revenu de la ville avec une Choillot toute neuve. Ce jour là, Vindiou! j'ai eu droit à un cours magistral sur l'invention de Jean et André Choillot, deux bricoleurs de génie qui avec une caisse, deux roues et un attelage de vélo allaient révolutionner le monde de la carriole attelée et du même coup faire de moi le plus fier des gars du village.

Si on ne choisit pas ses racines on en prend tout le bon et on s'accommode du moins bon.
Les racines c'est un joyeux pêle-mêle, de “la paulée” – le banquet de fin des vendanges – de la saint Vincent tournante qui n'a rien d'obscène, de la vente à la bougie des Hospices de Beaune, des Chevaliers du tastevin et leur drôle de coupelle à dégustation, bref comme disaient mes ancêtres :”Les coutumes comme les femmes, sont faites pour être respectées... et bousculées aussi”.

lundi 5 juin 2017

Bricabrac - Né quelque part

Paramnésie

Je suis né quelque part à Tonnerre
De là me vient mon goût des orages
Des éclairs et des coups de foudre

Je suis né quelque part à Sol
À moins que ce ne fût à Pluie ou Vent
Un jour de pluviôse ou ventôse
J’en gardai une inclination
Aux jeux du temps et des saisons

Je suis né quelque part à Disiaque
J’y acquis l’amour des oiseaux
Disparus l’oiseau vert et le tec-tec
La zirondel des Mascareignes
Leurs tombes sont sous les fougères
Des arbres de la forêt primaire
Bois carotte bois perroquet
Bois de cœur bleu ti bois de senteur

Je suis né quelque part à Noïa
Maintenant je m’en souviens
C’était quelque part à Guay
Sur les rivages du Paraná
Avant mon exil à Paris

Stouf - Né quelque part

V'là monsieur Ying, le chinois proprio du bar tabac au numéro treize de la rue d' Hauteville qui saute en l'air et fout un grand coup de karaté dans la loco à la con. Ouf ! Le trome stoppe net. Tous les gens dans la station crient « Hourra ! » et retournent à leurs smartphones.

Du coup les pompiers et le SAMU viennent voir si par hasard ça va avec monsieur Ying mais c'est râpé et direction l'institut médico-légal du quai de la Râpée.

Bon, ben je me baisse vers Bouba et je lui tends la main pour qu'y r'monte sur le quai, nom de dieu il est lourd. Oh ! pis cette chanson de vieux dans la sono de la station me casse les « hum hum ... » . Maxime le Forestier, y pouvait pas y rester dans sa forêt le vieux barbu qui pue ?

Né quelque part on l'est tous et moi c'est Ripas, j'ai maman Rose et mémé gaga et maintenant j'ai Bouba qu'est comme mon frère, j'aime bien cette vie là.

Tiens, sur le quai d'en face y a Waêl mon pote qu'est plus vieux, il est Libano-Palestinien Bouddhiste de Montreuil et il va surement vers la gare du nord et le TGV vers Anvers pour livrer discrètement quelques diamants à des clients feuges. Dans le temps (y a un mois, parce que je suis jeune tout de même ) j' ai encore fait le guet pour lui lorsqu'il rentrait par derrière, dans la cour de la bijouterie. Quand y r'venait y l'avait l'air inquiet et y m'demandait :

- Tout va bien Moulefrite ?
- Zyva Waël, y a juste un chinois qui vient de passer mais c'est un pote, monsieur Ying.
- T'es sûr ?
- Ouais, y a deux jours, y m'a invité à manger des nems dans son apart pa'ce que j'avais ramené sa p'tite fille de notre école, une autre nana avait fait v'nir ses frères à cause d'une histoire de partie de billes qu'elle avait perdue. J'ai réglé l'affaire grâce à Momo, un grand balaise de onze ans qui me devait un service et qu'a distribué quelques baffes.
- Je ne sais pas comment tu fais, moi les chinois je les confonds tous !

Après, j'ai eu quartier libre à la pâtisserie Berthillon, c'était convenu avec Waël.

Ça y est, Bouba est de nouveau sur le quai et il rend sa poupée à la p'tite fille qui lui fait un gros bisou, maman Rose qui me tenait par la ceinture pour pas que je tombe a la larme à l’œil droit et s'écrie :
- Il a de la chance le petit Bouba, il est le preux chevalier d'une belle princesse et moi j'ai bien un bel écuyer de fils mais pas d'amoureux de mon âge !

A ce moment le Bob philosophe il repasse à not'e niveau avec son troupeau d'étudiants et file vite fait un p'tit papelard à maman avant de continuer à marcher. Mama fait une tête super contente en lisant, avec Bouba on s'regarde étonné et on s'fait un clin d’œil complice. En fait on s'doute que c'est un 06 de tel ou un mot doux pour un rencard.

Plus tard.

Voilà … Avec Bouba et Rose on vient de se becqueter une sacrée plâtrée de glace vanille-fraise des bois-noisettes avec du caramel et une tonne de chantilly, pour Bouba c'est la première fois qu'il mange une vraie glace aussi bonne et il déserre un peu sa ceinture et pète un coup en croyant qu'on a pas remarqué. Tu parles Charles … allez, c'est mon frangin, faut faire avec !;o)))

- L'addition est pour monsieur Waël … comme d'habitude ?
- Nan monsieur Moshé, c'est maman Rose qui paye … mais vous nous f''rez bien un prix d'ami ?
- Bien sûr, une réduction de juif, 10 % de réduction et j'augmente le prix de 20% ! Ah ah ah … mais non je plaisante monsieur Moulefrite … Allez c'est cadeau parce que demain c'est le premier jour de Pessa'h et qu'on est fermé !

Merdre, j'me suis gourré sur toute la ligne ... Berthillon c'est à l'ile Maurice, euh l'ile st Louis qu'est pas le coin des feuges. Bon ben tant pis, on s'est éclaté dans les marais et pi ch'uis qu'un gosse après tout ;o)))


Andiamo - Né quelque part

TERRA INCOGNITA

Soyons honnête (une fois n'est pas costume, disait ma bignole d'Aubervilliers), cette histoire m'a été inspirée par le B.D de Gotlib : "le journal d'un conquistador"

Je viens d’atterrir, j’ai vraiment eu beaucoup de mal à m’extraire de cette capsule.
Le voyage a été relativement long ! Mais les ingénieurs avaient vraiment tout prévu, semi-hibernation, tuyau d’alimentation, relié directement à mon appareil digestif, pareil pour les évacuations !

Ce monde dans lequel je viens d’atterrir est étrange, tout semble noyé dans le brouillard. Je dors beaucoup, sans doute le voyage et surtout cette extraction de la capsule, vraiment très éprouvante !

Il faudra que je commence à travailler, je ne sais pas vraiment quelle est ma mission, les instructions sont assez vagues.

J’ai trouvé de la nourriture, une espèce de gros fruit, tout doux et tiède, d’une agréable odeur, je le porte à ma bouche, un liquide onctueux et très nourrissant en sort.

Je mange trop, il faudra que je fasse attention, car après chacun de mes repas, j’éprouve l’irrésistible besoin de dormir.
Je ne sais ce qui m’attend, ni quand je pourrai repartir, d’abord retrouver la capsule, mon vaisseau spatial !

Plusieurs fois par jour, une entité, toujours la même, se penche sur moi, une sorte de gazouillis est émis d’une ouverture, très rouge, avec des rangées de choses très blanches, situées en haut et en bas de cette ouverture, cette entité me change, cela me gêne, mais comment faire ? Le flexible qui se chargeait de mon alimentation et des évacuations a été coupé !

Mes yeux commencent à s’habituer à mon environnement, il semble assez restreint !
Tout à l’heure l’entité m’a murmuré quelque chose comme BBBBBBé.. béééé je crois.

Plusieurs jours que je suis ici. Hier, mon univers a basculé, l’entité a ouvert une sorte de hublot, et j’ai vu au-delà de ce petit univers que je croyais fini, ce monde semble beaucoup plus vaste que je le pensais !

Aujourd’hui l’entité a tenté de communiquer avec moi, elle m’a saisi avec ses deux grands bras terminés chacun par cinq tentacules, l’ouverture rouge s’est approchée de mon oreille et a murmuré : MA…MAN !



Je crois que je ne retournerai jamais d’où je suis venu.

Tisseuse - Né quelque part

Je suis née quelque part
Dans une boule de billard
Dans un drôle de boudoir
Peut-être même un fumoir

Mais non c’était plutôt
Entre deux quais de gare
Coincée dans les cigares
Oubliée des cageots

Je suis née quelque part
Dans une page d’histoire
Rien à dire rien à voir
Et même rien à boire

C’était tôt ou plus tard
Mais c’était quelque part
Tout près du mini bar
Ou bien dans un hangar

Je suis née quelque part
C’est la seule chose de sûre
Au beau milieu d’un car
Ou au pied d’un grand mur

Qu’y a-t-il d’autre à écrire
Qui se nomme hasard
Qu’il n’y a rien de pire
Que de ne pas savoir

Laura Vanel-Coytte - Né quelque part

Les liens du sang
Sont-ils plus importants
Que ceux du cœur
Tissés au petit bonheur
  
Des rencontres
La famille
Est-elle sacrée ?
Ou est-ce l’amitié ? 

L’amour et la passion
De nos relations
Qui fonde notre vie 
Je dirais oui

Aux liens du cœur
Ceux que le malheur
Renforce sans oublier
Le plaisir de se retrouver.

Où lire Laura

Semaine du 5 au 11 juin 2017 - Né quelque part

Les couleurs et les sentiments se sont mélangés toute la semaine écoulée, et pourtant, comme le chante Maxime Le Forestier dans "Né quelque part", "on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille...".

Nous souhaitons que vous vous laissiez inspirer par cette chanson pour écrire un texte, en prose ou en vers, que vous pourrez nous envoyer à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 11 juin minuit.

samedi 3 juin 2017

Bricabrac - Couleurs primaires ... et sentiments

Paco Tille et Apis

J’ai été amoureuse de Paco depuis l’école primaire. Quand il jouait avec ses copains dans la cour de récréation, je ne regardais que lui, qui soulevait dans sa course le sable doré. Quand la cloche sonnait, il me rejoignait à l’ombre des marronniers, où le soleil plantait ses banderilles à travers le feuillage, et me donnait un baiser furtif. Puis, avant que nous courions nous mettre en rangs, il prenait entre ses doigts mes nattes noires nouées d’un ruban rouge, comme les cornes d’un taureau, et s’amusait à s’en faire des moustaches. Parce qu’il voulait grandir vite et m’épouser. J’en suis sûre.

Les années passèrent. Je devins son aficionada. Je l’accompagnais le dimanche, quand il allait courir des capeas sur les places des villages. Les maisons fermaient leurs volets rouges, on disposait des charrettes pour faire une talanquère, une cour de ferme servait de toril. Lorsque les fauves sortaient, leurs naseaux fumaient d’essaims d’abeilles, et sous leurs sabots s’envolait une poussière ocre. Il avait adopté pour toréer le nom de Paco Tille, mais son amour pour moi était trempé comme l’acier bleu d’une épée. Je l’aurais juré.

Le jour arriva enfin où Paco prit l’alternative, aux arènes d’Aix-en-Bretagne. C’est moi qui nouai la cravate de soie rouge de son habit de lumières, sur sa chemise blanche à jabot. Qu’il était beau, avec sa veste et son gilet bleus brodés, sa culotte jaune moulante aux cordons tressés, et ses bas roses. Quand il fut prêt, sa toque en astrakan crânement posée sur son petit chignon postiche, il tint à se rendre à la chapelle. J’eus un mauvais pressentiment. Juste la peur qu’il s’abîmât en prières.

Lorsqu’à cinq heures de l’après-midi, sous la faïence azulejo du ciel que rayaient les éclats des cuivres de la banda, Paco pénétra dans l’arène au centre de sa cuadrilla, je lui lançai l’œillet rouge que j’avais mis dans mes cheveux, et qui s’abattit à ses pieds, sur le sable chauffé à blanc, comme un bouvreuil en sang. Puis à la fin du paseo, le paso doble s’arrêta, et l’on n’entendit plus que le vent qui ratissait la piste. Mais au moment où l’on fit entrer Apis, le premier taureau, je ne pus m’empêcher, pour encourager mon amoureux, de crier que j’épouserais le vainqueur du combat. Mais qu’est-ce qui m’a pris ?

Et comment pourrais-je jamais oublier Paco, qu’on emportait à l’infirmerie sur une civière, vidé de toutes ses couleurs ? Apis m’emmena le soir même dans sa ganadería. Je ne nie pas sa bravoure, ni son tempérament de fuego. Une autre que moi fondrait quand il me regarde amoureusement de ses yeux placides, mâchant de l’avoine jaunâtre et de la crételle des prés, mais qu’y puis-je si, dès qu’il s’approche, son haleine de flouve odorante m’écœure. Il a beau m’encoquelicoter de cadeaux et m’embleuetter d’attentions touchantes, je n’en peux plus de ces prairies barbouillées d’un mélange de bleu et de jaune qu’on appelle le vert. Une fois couché le soleil, ni rouge, ni jaune, d’une étrange couleur entre les deux, la noctuelle des moissons porte l’estocade à mon sommeil, la rouille brune m’étreint, et l’ennui m’envahit comme du séneçon. Est-ce ma faute, si ce n’est pas très olé olé ?