mardi 18 juillet 2017

Pascal - Un vrai festival

Le Tour de France 170717

Demain, le Tour de France bouclera sa seizième étape à Romans. C’est l’effervescence dans notre localité, un grand chamboulement, un coup de vent nerveux, à la morosité ambiante de la ville dans ce juillet brûlant qui boute des arbres les premières feuilles jaunies.
Ici et là, quelques lourds camions de la caravane du Tour ont déjà envahi les esplanades ; dans un désordre indescriptible, toutes les places de parking sont prises d’assaut. C’est un grand cirque déplaçant toutes ses roulottes dans un ordre hermétique aux profanes. Demain, cette ruche laborieuse récupérera ses abeilles après leurs pérégrinations dans nos collines et nos vallées. Sur la place Jean Jaurès, les grands chapiteaux se déplient, les barrières de sécurité s’allongent, les premières banderoles défient le vent.
Comme un parfum sans âge, il y a dans l’air un je ne sais quoi de Merckx, d’Hinault, d’Anquetil et de tous les grands coureurs qui ont forgé l’âme du Tour de France ; ils sont là, dans les drapeaux qui claquent, sur la ligne d’arrivée fraîchement peinte, le long des balustrades alignées comme à la parade.

Je suis rempli de fierté de savoir que ma ville va s’offrir aux caméras ; la planète aura les yeux posés sur nous. Sur toutes les chaînes, les journalistes vont nous raconter en long et en large ; ils vont braquer leurs objectifs, prendre des photos, filmer, interviewer tout ce qui est romanais. Ils parleront de nos héros, de nos collines, de notre climat et de nos spécialités culinaires. Du gratin dauphinois à la pogne, des tommes de chèvre aux ravioles, on mettra l’eau à la bouche au monde entier.
On verra couler l’Isère et ses méandres bleutés sous le Pont Vieux ; on aura des images sensationnelles de notre Saint-Barnard auréolé de soleil. Je suis sûr que notre bonhomme Jacquemart va avancer son heure pour nous marteler sa cloche pendant le sprint final !
Au terrain des Chasses, c’est la noria des hélicoptères qui prend ses marques ; leurs zonzons nous font lever la tête ; on dirait des libellules découvrant un nouveau champ de fleurs. L’ambiance est tendue, l’événement est d’ampleur internationale ; nous accueillons le Tour de France : nous serons à la hauteur du rendez-vous…

Si je pouvais, j’ôterais tous les graviers de la route, je cacherais tout ce qui est moche, j’astiquerais les monuments, raviverais les statues, embellirais les massifs, pour conforter ma ville aux yeux du monde. J’espère que l’ombre de nos vieux platanes saura rafraîchir cette fantastique odyssée. Les terrasses des cafés vont afficher complet ; la bière et les sirops couleront à flot pour rassasier les badauds et les aficionados. Les restaurants vont s’empiffrer des touristes affamés et de tous ceux qui suivent assidûment la grande boucle.

Demain, il faudra que je me pince pour être sûr de ne pas rêver…
C’est le grand festival ! On fignole nos pancartes ! On peint la route avec les noms de nos héros ! On a repéré nos emplacements les meilleurs pour voir passer la course ! On va prendre d’assaut la caravane publicitaire ! On hissera le petit sur nos épaules, on enfermera le chien au garage et on placera mémé chez sa copine pour ne rien rater du spectacle ! Le soleil sera de la fête, comme le vrai héros de cette aventure de cyclisme, il ne voudra pas manquer de briller intensément sur ma ville, ma place, mon boulevard, ma rue ; il va allumer des guirlandes scintillantes sur tous les balcons…

Demain, j’ovationnerai tous les vélos même si je ne vois rien de leur passage ! J’espère que nous serons nombreux pour les célébrer parce que c’est chez nous que cela se passe ! On ne va pas bouder notre plaisir ! Merci ! Merci à tous ceux qui ont permis cette extraordinaire manifestation ! Au diable les pisse-froid, ceux qui ne voient que le dérangement à leur train-train quotidien ; aux oubliettes les renfrognés, l’opposition rabat-joie et sa morosité jalouse ; au rebut les grippe-sous, ceux qui croient qu’ils payent l’arrivée du Tour de France en ville avec leurs seuls impôts ! Romans tutoie la dimension internationale, touche le firmament ; laissez-nous approcher, un instant, ces étoiles filantes fonçant sur l’asphalte de notre boulevard !...

On va applaudir à tout rompre, crier notre joie, taper dans les panneaux publicitaires et plébisciter nos héros français ! Aux coups de klaxons péremptoires des motards ouvrant la route, on va allonger le cou, on va se mettre sur la pointe des pieds, pour être les premiers à apercevoir les coureurs ! On va commenter leurs exploits ! Les accréditer avec nos louanges les plus enthousiastes ! « C’est untel qui est devant ! » « Il est sur le grand plateau ! » « Allez Poupou ! »

Pendant le passage du peloton, les maillots bleus, rouges, verts, jaunes, vont se confondre le temps d’un sensationnel brouet multicolore ! Ce sera le feu d’artifice sur la place Jean Jaurès ! Dans le courant d’air de leur passage, peut-être que je sentirai la sueur de leur courage ! Peut-être que je serai éclaboussé par un bidon jeté contre le trottoir ! Peut-être que je reconnaîtrai l’un ou l’autre !

De la tête aux pieds, né de mes émotions exacerbées, un grand vent de frissons va m’envahir ! Je me sentirai tout petit devant tous ces valeureux sportifs ! Je verserai une larme de bonheur parce que c’est Romans, parce que c’est Froome, parce que c’est l’ambiance, parce que c’est la réalité. Là, au milieu de la foule en délire, baignant dans une indicible dimension, des paillettes plein les yeux, je serai ébloui…

4 commentaires:

  1. D'un petit fascicule tu as su faire un grand Romans ];-D

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  2. j'ai eu l'impression que tu le revis comme le petit garçon que tu as été un jour dans l'attente du Tour de France :)

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  3. Arpenteur d'étoiles18 juillet 2017 à 20:11

    un très beau texte sur le tour de France et l'arrivée à Romans aujourd'hui
    (j'avais aussi écrit sur le tour de France "le sacre de l'été", peut-être que tu l'as lu)
    - et sinon j'avais un client formidable à Romans, Chambost matériaux de construction

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  4. Tu ne rateras rien du mythique festival d'été qui attire les passionnés au bord de nos belles routes! Profite bien

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