samedi 17 mars 2018

Célestine - Poires et raisins

Rencontre


Le soleil de mars jongle avec la grêle. De longues traînes orange, de drôles de nuées filandreuses enflamment l’horizon ouest, tandis que le ciel au large se fait noir de Chine. J’aime cette plage grise, loin du monde. Un grain s’annonce. Et j’ai froid. Une silhouette apparaît soudain, comme un songe, sur la frange mousseuse entre sable et vagues. Une femme, nappée dans une robe de sucre d’organdi, une femme à la démarche étrange, comme flottant au-dessus du sol.
Je dois partir. Avant qu’elle ne me voie. Je suis trop laid. Mes cicatrices vont l’effrayer, c’est certain. Je ne suis pas de ceux qui peuvent enjôler les filles. Mon accident a fait de moi un monstre grimaçant. Un pitoyable Quasimodo, au visage ravagé comme un champ de mines.
Mais je trébuche en heurtant un rocher et je hurle à la mort de mon ongle de gros orteil. Et voilà Esmeralda qui s’approche. Je panique. Bon sang, ma cheville ! J’ai le cœur en bataille.
Bonjour, ça va aller ? dit-elle en souriant. Le lagon turquoise de ses yeux me fascine. Leur éclat me perce de part en part.
Moi c’est Angel, sans e. Et vous ?
Bon sang, pourquoi ne fuit-elle pas avec cette mine épouvantée et ce haut-le-cœur que mon apparition déclenche toujours ?
Euh…moi c’est Léo. Sans espoir.
Devant son sourcil froncé, je n’ose pas lui raconter ma vie, la voiture en flammes, le basculement en un instant, les mois d’hôpital, ma vie de paria. Angel regarde la mer en souriant toujours. Sa main rose et douce glane machinalement les grains de sable sur mon bras. Son parfum m’étourdit. Son corps parfait…Elle est belle comme un tableau de Monet, une corbeille de fruits défendus, pommes rouges, poires sucrées, grains de raisins juteux…je défaille. Un éclair fait craquer le ciel.

C’est une longue histoire…Mais parlez-moi plutôt de vous…
Oh, moi, j’essaie simplement de lutter …
Lutter ?
Oui, lutter dans un monde qui n’est pas fait pour les aveugles.

Où lire Célestine

21 commentaires:

  1. Comme tu parles bien des corbeilles de fruits défendus, et cette Esmeralda et son Quasimodo sont bien attendrissants

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    1. Il s'avèrera que les fruit ne lui seront plus défendus...
      Car c'est une histoire vraie que je raconte. Dans le village de mes parents, l'homme le plus laid du village avait épousé une fille super belle. Il était gentil, prévenant, elle était aveugle, et leur histoire est la plus belle que je connaisse. Ils ont vécu ensemble pendant plus de cinquante ans...Attendrissante, c'est le mot.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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    2. Merci beaucoup Annick.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. Un film à voir absolument, pour son esthétique,et le sujet qu'il traite en plein accord avec ton billet : "Au revoir là haut".

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    1. Je l'ai vu et j'ai adoré.
      Splendide. Du grand Dupontel.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  3. Plein d'émotion - et crescendo brutal vers l'inattendu à la dernière phrase, très beau texte inspiré.

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    1. Ah...JC, je suis en plein accord avec mon billet du jour sur mon blog...
      J'aime l'inattendu. Merci pour tes mots.
      Bisous émus.
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  4. La reine de l'inattendu m'a encore tuer ! Deux natures mortes pour le prix d'une... histoire d'amour ! On a encore fait une affaire !

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    1. Hé hé ! La force de l'amour !
      Merci cher Oncle.

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  5. La force de l'amour c'est quand il dépasse l'enveloppe physique; quand il va au delà de la carcasse. Quand il s'étend à tout l'être. On ne voit bien qu'avec le coeur, c'est vrai. La beauté de l'être ne se réduit pas à son aspect extérieur . Et je sais Céleste combien ta beauté rayonne en tout ce que tu écris et nous donnes a lire comme ce beau récit qui rappelle tant celui de la Belle et la Bête.....et pourtant, tu le dis , ton récit évoqué un fait réel et beau.
    Merci pour ce partage

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    1. Merci Petrus. C'est gentil d'être venu poser tes mots par ici.
      Bises étoilées
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  6. Ch' uis fatigué par le travail ... je crois que je vais être bientôt dcd ... viens en au fait, c' est quoi le résumé de ton histoire ? ;o)

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    1. Le résumé ? On ne voit bien qu'avec le coeur...
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. C'est très sensible et pour tout dire, cela n'est pas en désaccord avec Monet dans le cadre d'une plage ! Sans doute eut-il fait abstraction des amoureux et de leur belle histoire ? C'est bien que Célestine en ait brossé les fines et tressaillantes luminescences...

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    1. Oui j'ai sûrement été influencée par les merveilleuses plages de Monet...Ces chariots de nuages, ces grèves vides au bord d'une mer aux couleurs indéfinissables...
      Merci pour ces tressaillantes luminescences. ;-)
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  8. c'est très beau j'aime beaucoup

    avec oui une fin inattendue et aussi une utilisation si belle du tableau
    oui des mots à défaillir

    je t'ai mis un petit lien en com'
    sous mon teske


    bisous cavaliers
    :)

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    1. Merci pour le lien, cher Cavalier des Origines
      J'ai aimé ton antre aux pies.
      Bisous emballés
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  9. Jusqu'à la chute, je dis bien JUSQU'À LA CHUTE, j'ai pensé au merveilleux film "Angela" de Luc Besson.

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    1. Je n'ai pas vu le film, mais la bande annonce m'apprend que la fille s'appelle Angel...Je suppose que c'est pour cela :-)
      Bises
      ¸¸.•*¨*• ☆

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  10. L'ironie du sort qui agit à l'aveugle... En voilà une belle déclinaison, à la Maupassant (mot passant ? mais pas sans raison !). Bien joué, très chère étoile ☆ ;)

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