mardi 8 janvier 2019

Marité - Cadeau empoisonné


Le service à café.

N'ayant pas eu beaucoup de cadeaux durant mon enfance, j'ai toujours par la suite apprécié le geste. Il m'est arrivé bien sûr qu'un présent me plaise plus ou moins mais j'ai fait contre mauvaise fortune bon cœur sachant combien il est difficile de faire plaisir sans se tromper. Non, je n'ai jamais reçu de cadeau empoisonné au sens propre du terme. Mais, cet été, j'ai été le témoin involontaire d'une altercation faisant suite à un cadeau de Noël.

Alors que je déambulais entre les étals d'un vide-grenier près de mon domicile j'ai été attirée par des soucoupes et tasses à café joliment disposées sur un napperon de dentelle. Je m'approchai du stand tenu par une jeune femme qui, visiblement se débarrassait de choses qui ne lui convenaient pas ou plus puisque certains objets n'étaient même pas totalement déballés.

J'ai cru un moment avoir découvert la perle : un service Royal Albert. Je tenais à la main une tasse pour en examiner l'origine quand une jeune femme, arrivée derrière moi m'a arraché la porcelaine. Stupéfaite, je me tournai pour lui dire ma façon de penser quand je la vis soudain brandir la tasse sous le nez de la vendeuse.
- Comment oses-tu te débarrasser du cadeau de Noël de maman ? Si elle voyait ça....J'en suis malade !
- Pas de quoi te rendre malade.
Après quelques instants de gêne, la vendeuse se détourna pour couper court mais sa sœur revint à la charge en constatant que la vente englobait aussi d'autres objets offerts.
- Tu ne manques pas d'air ! Tu revends tous tes cadeaux ? C'est comme ça que tu remercies ceux qui   veulent te faire plaisir ?
- Assez. Ils  te plaisent tous, toi, les cadeaux que tu reçois ? Je suis désolée mais maman cherchait d'abord à se faire plaisir à elle. Elle savait que je trouve toute la vaisselle à fleurettes kitch. Et toi aussi, tu le sais. Je me demande depuis le temps pourquoi tu ne la dissuadais pas. Puisque vous vous entendiez si bien elle et toi. Cadeau de Noël ou pas, je ne vais plus me forcer à garder ces horreurs. Que je me croyais obligée de sortir quand elle venait à la maison.
-  Mais le service à café, c'est son dernier cadeau de Noël quand même ! Tu pourrais au moins le garder en souvenir. Je ne te comprendrais jamais. Tiens, tu es sans cœur.

Voyant la vendeuse blémir et me lancer un regard peu amène, je m'empressai de les laisser à leur dispute. D'ailleurs, le service à café n'était qu'une pâle copie d'un Royal Albert.

7 commentaires:

  1. tu montres bien, dans cette anecdote, de quoi le cadeau est constitutif et à quelle interprétation relationnelle il amène : comment suis-je aimé ? quelle place je tiens dans la famille ou le groupe d'amis ? est-ce qu'on tient à moi ? est-ce que l'autre me connait réellement, dans mes besoins, mes goûts, mes passions ?
    il y a les cadeaux qui montrent le niveau de richesse de l'un, qui marque une empreinte sur l'autre, qui tyrannise le 3ème...
    et bien heureusement il y a les cadeaux affectueux, touchants, choisis avec cœur et sensibilité :)

    dans ton introduction par contre tu nous dis "j'ai toujours par la suite apprécié le geste", montrant que l'intention de faire plaisir pour toi surpasse tout le reste :)

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    1. Tisseuse : je suis toutes les fois impressionnée par la façon que tu as d'interpréter mes textes avec tellement de justesse. On dirait que tu me connais sur le bout des doigts et ça me touche parce que c'est l'expression d'une très grande sensibilité.
      j'adore faire plaisir, encore là tu ne te trompes pas alors j'imagine, sans doute bien des fois à tort - que tout le monde est comme ça. ;-)

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  2. C'était à Brive la Gaillarde sans doute ? Un récit que n'aurait pas désavoué l'ami Georges ! ];-D

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    1. Andiamo : sais-tu qu'il existe ici une vraie légende concernant Brassens ? Est-il venu à Brive ? Il semblerait que oui. Mais au moment de donner son nom à la Halle Brassens, lieu d'un très beau marché, tout le monde en mairie a pesé le pour et le contre : il ne fallait pas se mettre la gendarmerie à dos...

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  3. C'est amusant, je les comprends ces deux soeurs... l'une comme l'autre finalement... car même si leur point de vue est différent, il y a un sujet, un vrai sujet derrière ces tasses à café. ;-)

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    1. Mapie : cette histoire est vraie. J'étais tellement stupéfaite par la violence de la dispute que je restais là, "pinquée" comme on dit ici.

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  4. Albert aurait pu intervenir royalement en médiateur décaféiné pour calmer le jeu !

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