dimanche 27 janvier 2019

Semaine du 21 au 27 janvier 2019 - Vie de château !

A présent, c'est Annick SB qui nous propose :

"Vie de château !

Vous est-il arrivé de visiter un château et d’être pris quelques instants dans un étrange rêve du passé ?
Oui, c’est certain, vous avez bien vécu ici il y a quelques siècles.
Racontez-nous, en vers ou en prose, une anecdote nostalgique, dramatique, pathétique… pour nous faire vivre à notre tour une vie de château "

Votre texte devra nous parvenir avant dimanche soir 27 janvier à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

mercredi 23 janvier 2019

Mapie - Vie de château !



"Ah oui ! Tu veux me faire découvrir ta vie de château !"

Moi j'avais dit ça, sans trop réfléchir, un peu moqueur, un rien frondeur... vu qu'elle m'invitait à venir boire dans son nouveau logement.
Elle... C'est Appoline.
Appoline Machin de Truc de Ci de Ça...

Faut dire que quand elle a débarqué dans les bureaux de la société de logistique, elle n'est pas passée inaperçue avec un patronyme pareil...
On m'avait toujours dit que quand on s'appelle" Machin de Truc de Ci de Ça ", c'est qu'on avait de l'argent...et que si Machin de Truc de Ci de Ça vouvoyait ses parents... C'est qu'il y avait de la pierre apparente...
Et là, bingo ! Appoline vouvoie non seulement ses parents, mais également son mari, ses enfants et même son chien , un lévrier racé appelé Léonard.
Là, ça sentait la noblesse, la douceur de vivre, le beau...
Alors, je me suis pris au jeu et j'ai imaginé qu'Appoline respirait l'or et les armoiries, les tentures et les salons en enfilade... Et sans chercher à en tirer le moindre intérêt si ce n'est assouvir ma curiosité et nourrir mon enthousiasme, je me suis préparé à lui rendre visite.
Moi, c'est Etienne Germain. J'ai toujours aimé les châteaux. J'habite à Châteauroux, c'est dire !
J'ai enfilé mon blazer. Celui avec l'écusson sur la poche, et mis un trait de " sang bleu" de Le Galion... (ça c'est pour ne pas dénoter...)
Il faut que je précise que c'est ma première fois.
J'ai bien visité les châteaux de la Loire à vélo, mais les châtelains n'étaient pas là.. alors que là... là....
Bref, j'arrive à l'adresse indiquée par Appoline.
C'était une maison de ville, accolée au Carrefour City...
Et là je me suis dit...
"trop forte !
La noblesse se terre derrière une porte close pour ne pas dévoiler le beau au tout venant... Du château je ne vois plus les murs , mais sans doute , découvrirai-je très vite de très jolies tentures.."
Je sonnais.
Elle m'ouvrait.
Et je découvrais une pièce à peine plus grande qu'un lit clos. Son séjour était certes propre et douillet, mais terriblement petit. D'autant plus, qu'Appoline y vivait avec ses trois enfants. Son mari n'était pas là, ou plutôt plus là depuis que sa mission de 2 mois avait virée en mission à durée indéterminée ...
Mais elle, elle...
Elle restait Appoline Machin de Truc de Ci de Ça.. et vouvoyait ses parents, son chien et son ex.
Ses enfants aussi, mais juste parce qu'ils étaient plusieurs .
La vie de château d'Appoline n'était finalement qu'une vie de château de cartes.
Je suis ressorti immédiatement faire une course au Carrefour City. Quelques cacahuètes grillées à sec et du vin blanc... et vous savez quoi?
L'alcool aidant, je lui ai déclaré qu' Appoline Germain, aussi, cela sonnait bien !

Où lire Mapie

Adel - Vie de château !

Château

Un jeune chat, tôt le matin
Coiffé d'un joli galurin
Trottait vers un château lointain.

Il se réjouissait à l'avance
De ce qui remplirait sa panse,
Festin de poularde, faisan
Turbot, caviar ou ortolans...

Or à peine fut-il arrivé
Qu'il fut fort désappointé,
Ne voyant là qu'un chapelier
Qui lui sembla un peu fêlé
Et une gamine, prenant le thé.
Il y avait bien une souris
Un peu dodue, plutôt jolie
Mais dès qu'elle eut patte au derrière
Elle se planqua dans la théière!

Il s'en allait à petits pas
Quand il entendit «Halte, là !
Serais-tu chat de Carabas ?
Ici des pauvres on n'en veut pas !

Que nenni, rétorqua le chat
Point ne suis chat de Carabas
J'ai reçu une invitation,
J'entends bien finir l'excursion!

Et il s'en fut la mine hautaine,
Mais arrivant à la Fontaine
Ne vit ni belette ni lapin
Qui eût pu assouvir sa faim!

Notre matou reprit sa route
De plus en plus en proie au doute
Quand tout à coup il aperçut
Une taverne fort coquette
Dont le menu semblait honnête
Or en levant les yeux il lut:
«Auberge du Père Lustucru»:

Le greffier qui n'était point fou
Prit ses quatre pattes à son cou:
La chanson était trop connue:
«Plutôt jeûner qu' être pendu,
Peut-être étais-je le festin
Qu'avait concocté le villain !»

Il rentra donc chez sa mémère
Dame Michel, bonne commère
Qui lui avait tenu au chaud
Quelques reliefs d'un bon gigot


On rêve de la vie de château
Lumières, festins, beaux oripeaux,
Mais, méfiance, il se peut parfois
Que de la farce on soit le chat !

mardi 22 janvier 2019

Vegas sur sarthe - Vie de château !

Le dernier visiteur



L'huis s'était refermé sur le gardien pressé
je me trouvai piégé sur le chemin de ronde
où flottait le parfum de dame Frénégonde
que jadis en mon rêve j'avais délaissée

J'étais de Pierrefonds le dernier visiteur
je cherchai prestement le lieu de la mangeaille
à moi poularde grasse et grande boustifaille
quand j'entendis soudain crier au malfaiteur

Sans respit on m'estrille on m'occit, me pourfend
on m'arrache mes braies, me jette aux oubliettes
le beau conte de fées tourne en eau de couillette

La forêt de Compiègne sera mon caveau
Mortecouille ! J'entends des Sauvé, des Bravo
Jacquouille le gardien m'arrache, triomphant


Où lire Vegas sur sarthe

lundi 21 janvier 2019

LoCas - Vie de château !

Chuintement des longues et lourdes robes de taffetas.
Écho des godillots sur chacune des immenses marches de l’escalier
Claquement des lourds volets de bois dans la nuit.
La pierre n'étouffe aucun des bruits.
Elle amplifie les sons, réveille les âmes déjà endormies.
Hululement de chouettes.
Calme et tranquille.
Froide et noire.
La nuit vient de tomber. La lune s'apprête à apparaître.
La flamme de la bougie fait danser les ombres sur les murs.
Poser la main sur les irrégularités de la pierre.
Tenter d'entendre les secrets qu'elle renferme.
Donner vie à ces ombres furtives.
Voir par leurs yeux.
Témoin du passé, les entendre nous le murmurer.
Vacillement de la flamme.
Se hâter dans ce long couloir.
Pousser la lourde porte de bois.
Pénétrer dans la chambre baignée de la lumière orangée des braises de la cheminée
Raviver les brindilles de bois dans l'âtre.
Embrasement et crépitement.
Une douce chaleur réchauffe la pièce.
Glisser sous l'édredon volumineux.
Remettre sa nuit au cœur des pierres du château

Andiamo - Vie de château !

Ah mon beau château.

Une heure du matin, et cet orage qui n'en finit pas, les éclairs illuminent de temps en temps cette route luisante au beau milieu d'une forêt dont je ne connais même pas le nom... Et qui plus est je m'en fous royalement de son blaze !

Quelques teuf teufs, un hoquet, le moteur toussote puis s'arrête, un coup d'œil sur la jauge, l'aiguille reste bloquée à gauche ! Panne sèche, pas comme le conducteur qui a pas mal arrosé son anniversaire avec quelques potes à l'auberge de la table qui recule.

Paumé, je ne sais pas où je suis, mon téléphone, vite mon téléphone... Merdum ! Pas de réseau, putain d'cambrousse, je le savais pourtant, ne jamais s'éloigner à plus d'une lieue de la capitale, au delà c'est le Dakar, le désert des Tartares, les tribus hostiles, le Mato Grosso ! Voilà je suis paumé au milieu de la forêt primaire.

Je sors, relève le col de mon blouson, puis je me hasarde sur un chemin empierré assez large, de chaque côté deux colonnes de pierre, un grand portail rouillé largement ouvert.

Allons-y me dis je, de toutes façons je n'ai pas le choix ! Après une centaine de mètres, à la lueur d'un éclair, je vois au bout de l'allée se dresser la silhouette majestueuse, non je ne rêve pas, c'est bien lui, mille sabords : le château de Moulinsart !

Je grimpe lentement les marches du perron monumental puis je frappe, une ou deux minutes s'écoulent, je frappe à nouveau, la porte s'ouvre enfin, et là je n'en crois pas mes yeux, si je ne portais pas de lunettes je dirais : "je me frotte les yeux". Devant moi dans sa livrée impeccable, gilet rayé jaune et noir, se tient debout raide comme un piquet : Nestor ! Le brave Nestor. Mais... Mais où suis-je ?

- Au château de Moulinsart, Monsieur... Monsieur ?

- Andiamo, appelez-moi Andy ce sera moins conventionnel.

- Certainement Monsieur.

- Dois-je réveiller Monsieur le Comte De Haddock afin de le prévenir ?

- Non mon bon Nestor laissez le dormir, offrez moi un fauteuil, demain matin j'appellerai un garagiste, vous pouvez retourner vous coucher, et excusez-moi pour le dérangement, encore merci.

Je commence à m'assoupir confortablement vautré dans un fauteuil Voltaire tendu de toile de Jouy, quand j'entends des petits claquements sur le parquet, j'allume et que vois-je ?

Milou, c'est Milou qui me regarde en inclinant légèrement la tête et en remuant son moignon de queue, mon bon Milou lui dis-je en lui grattant le sommet du crâne.

J'ai dû m'assoupir, car lorsque j'ouvre les yeux il fait grand jour, les bruits d'une conversation émanant de la pièce d'à côté me parviennent, je m'étire puis je me dirige vers ce qui semble être la salle à manger, j'entre, et là devant moi, attablés devant des bols de café fumant... Le capitaine Haddock, Tintin, la Castafiore, et même Dupont et Dupond ! Debout légèrement en retrait, Nestor attendant les ordres, quel style ce Nestor !

Ce n'est pas possible, Je me pince au moment même où un coup de tonnerre assourdissant me réveille brutalement ! Putain je me suis endormi sur le bord de cette route, tout me revient, le sommeil, la tête embuée par le Juliénas, l'arrêt prudent après avoir rangé la voiture sur le bas côté, tout ça n'était qu'un rêve.

Je mets le contact, l'aiguille se bloque vers la boîte à gants, j'avais fait le plein avant de partir, je démarre lentement, où suis-je ? Après quelques mètres j'avise sur le bas côté un petit bonhomme tout de vert vêtu, un drôle de chapeau rond également vert, posé sur le sommet du crâne.

- Pardon Monsieur, Paris c'est bien par ici ?

Le petit homme regarde attentivement le pendule qui oscille au bout de sa main droite, puis déclare :

- à l'ouest jeune homme, toujours à l'ouest !

Un petit hommage à Monsieur Hergé qui a enchanté mon enfance.