lundi 16 juillet 2018

Semaine du 16 au 22 juillet 2018 - Cahiers de vacances

Voilà revenu le temps des vacances, et pour beaucoup d'enfants des sempiternels cahiers du même nom !
Cauchemar, trompe-ennui des heures chaudes, ou nostalgie, que vous inspire le concept du cahier de vacances ?

En prose ou en vers, racontez-nous vos joies ou mésaventures, réelles ou imaginaires, avec les dits cahiers, et envoyez-nous vos textes à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com d'ici dimanche 22 juillet minuit, date à laquelle les Impromptus suspendront leurs jeux d'écriture durant 5 semaines.

dimanche 15 juillet 2018

Semaines du 2 au 15 juillet 2018 - Histoire d'escargot

Le coup de chaleur qui s'est abattu sur nous est certainement difficile à vivre pour les gastéropodes.
Cependant, le titre d'un album de littérature de jeunesse de Claude Boujon déclare que "Les escargots n'ont pas d'histoires".
Laissez-vous inspirer par cette affirmation en nous racontant, a contrario, une ou des histoires d'escargot (vous avez la possibilité de nous envoyer plusieurs textes pour ce thème).
Et comme ces petites bêtes ne sont pas particulièrement véloces, nous programmons ce thème pour les 2 semaines à venir :)

En prose ou en vers votre texte devra nous parvenir d'ici dimanche 15 juillet à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com !

vendredi 13 juillet 2018

Marité - Histoire d'escargots


La mésange au grand cœur.

...La mésange, ravie d'avoir rendu service à un plus petit qu'elle, retourne au jardin et à ses occupations. Elle a fort à faire. Il faut préparer le nid pour accueillir ses beaux œufs d'un blanc laiteux tâché de roux qu'elle ne se lasse jamais d'admirer orgueilleusement.

La pauvrette doit d'abord subir les reproches de son mari qui a déjà accumulé un grand tas de brindilles et de mousse dans le creux du poirier pour la construction du foyer.
- Encore chez la voisine, la grive musicienne ? Toutes les deux...pour chanter...vous vous posez un peu là. Pendant ce temps, n'est-ce pas, le travail reste en plan.
- C'est toujours pareil se dit la mésange si je m'absente deux minutes, il est incapable de se débrouiller seul. Il aurait pu commencer à bâtir. Mais non. Tous les mêmes ! Enfin, mettons-nous à l'ouvrage.

Elle se garde bien d'expliquer le pourquoi de son absence. Monsieur se moquerait d'elle. Et la mésange de s'activer en zinzinulant joliment. Un regard à droite, un regard à gauche, redresser d'un rapide et adroit coup de bec une ramille qui dépasse. Il faut que ce soit absolument parfait. C'est une question d'honneur. Il manque juste un peu de laine de verre pour réchauffer l'intérieur. Il doit y en avoir dans les recoins sous le toit de la maison. Un coup d'aile :  voilà ! Terminé !

Alors qu'elle se penche pour admirer son ouvrage, la mésange aperçoit des lignes et des lignes de bave dans le carré de salade. Intriguée, elle remarque un escargot qui se promène lentement, passant et repassant sans cesse, laissant derrière lui quantité de mucus luisant.
- Qu'est ce qu'il fabrique celui là ?  Encore un dérangé pense-t-elle. Décidément, c'est le jour.
Curieuse, la mésange apostrophe le gastéropode :
- Alors, tu travailles pour un laboratoire de cosmétique ? Tu produits de l'anti-rides ?
- Ne plaisante pas, s'il te plait. Je suis l'escargot de Mapie et je m'ennuie. Personne ne m'aime. Alors je laisse des traces pour qu'enfin quelqu'un me suive.

La mésange, compatissante, observe tristement l'escargot et l'interroge : 
- Où sont donc passés tous ceux de ton espèce ?
- Hier, pendant la pluie, ils sont  partis en promenade. Je n'ai pas suivi. En ce moment j'ai le moral en berne vois-tu. Envie de rien. Sauf d'un peu d'amitié. Mais ça...
Personne n'est revenu de l'escapade. Peut-être ont-ils trouvé un autre garde-manger. Ou sont-ils prisonniers d'une boîte à chaussures au fond du jardin. Je me sens encore plus seul maintenant. Que vais-je devenir, pauvre de moi.

- Ne t'inquiète pas. Nous allons trouver une solution répond gentiment la mésange. Et si nous passions une petite annonce ?
L'escargot, soudain ragaillardi :
- Eh, en voilà une bonne idée ! Mais comment y parvenir ?
- Procédons par ordre veux-tu ? D'abord trouver un écritoire. Ce morceau d'écorce fera l'affaire. Il est léger et très plat. Grimpe dessus et applique-toi à bien former tes lettres. Que ce soit lisible.
- Qu'est-ce que j'écris ?
La mésange, un peu agacée :
- A toi aussi, il faut tout mâcher. Prends des initiatives, que diable. Il ne suffit pas de se plaindre, il faut aussi agir.
- Ne te fâche pas. Tu sais, je suis tellement lent et toi, si vive...Mais j'y pense, tu pourrais être mon amie ?
- Tu crois que je n'ai que ça à faire peut être ? Je vais pondre mes œufs tout de suite. Puis, il faudra nourrir la marmaille etc...etc... Je veux bien rendre service mais c'est tout. Je te promets quand même de régulièrement déplacer l'écriteau dans le jardin jusqu'à  ce que tu trouves  un ami. Ça te va ? Allez, au boulot !

Laborieusement, encouragé sans cesse par la mésange, l'escargot écrit en belles lettres brillantes :

                                UN ESCARGOT  SOLITAIRE
                                CHERCHE AMI SALIVAIRE
                                POUR BAVER DE CONCERT.

A ce jour, rien de neuf. L'escargot, trop difficile, rejette systématiquement toutes les candidatures. La mésange, entre deux becquées, transporte la pancarte d'un bout à l'autre du jardin. J'ai peur qu'elle se lasse. Mapie, demande à ton escargot d'être un peu plus cool, quoi !

mercredi 11 juillet 2018

Marité - Histoire d'escargot


Un escargot en mal d'amour. 

Au jardin  un escargot polisson
Joue de ci de là le joli cœur.
Au matin, il tombe en pâmoison
Devant une libellule couleur
Or et ambre.

A midi, il darde haut ses cornes
Admire une élégante demoiselle
Joliment posée sur une viorne.
Pas lui, crie la fière coccinelle
Orange à pois.

A seize heures, il ose l'approche
D'un petit papillon léger, léger.
En colère, l'insecte lui reproche
De baver sur ses ailes déployées
Bleu pervenche.

A la tombée de nuit, il s'arrête réjoui
Pour conter fleurette à une araignée.
Très maligne, cette dernière le convie
A tisser avec elle sa toile compliquée
Noire mordorée.

A minuit, il tombe nez à nez
Avec son cousin le limaçon
Qui se moque : assez divagué
Rentre donc dans ta  maison
Rose nacrée.

Non, non, répond l'infortuné escargot
Il me faut trouver quelqu'un à aimer.
De quoi je me mêle espèce d'ostrogot
T'ai-je dit, moi, d'aller te rhabiller
En vert et bleu ?

lundi 9 juillet 2018

Mister K - Histoire d'escargot

Communiqué du Syndicat des Escargots

Ah, nous n’avons pas d’histoires ? Que nenni. 
C’est seulement une question de popularité que nous allons vous expliquer.
Nous tenons à rétablir certains faits historiques. 

Notre syndicat fait partie du CA (Conseil des Animaux) et, cela remonte à de très nombreuses années, pour une réunion fondamentale avec négociations et votes, nous avions un tout petit retard (environ trois semaines) pour la séance. 
Précisons pour notre défense que nous revenions de l’enterrement d’une feuille morte. 
Que la chaussée était glissante et que nous fûmes victimes d’une sortie de route, que les tonneaux 
nous projetèrent dans la devanture d’un bowling, comme des escargots dans un magasin de porcelaine, une fâcheuse coïncidence qui m’est restée en travers de la corne, car je ne joue qu’aux quilles. 
Mais cela n’est rien, ce qui importe, ce sont les principes, les valeurs : être en retard est une chose d’accord, mais de là à se faire dépecer ou déposséder d’un certain patrimoine qui assure notre présence dans la vie de tous les jours, c’en est une autre, et il y a de l’abus. 

Toujours est-il qu’à notre arrivée, nous prîmes connaissance du procès-verbal, et là, les bras nous en tombèrent. 
Nous étions proprement essorés, dégommés, éliminés, épurés des listes au profit de vils opportunistes. 
Rétablissons ce qui a disparu, et vous saurez pourquoi, soi-disant, nous n’avons pas d’histoires… 
Les escargots de Panurge, monter sur ses grands escargots, la politique de l’escargot, un escargot mal léché, avoir l’escargot à l’oreille, détaler comme un escargot, être connu comme l’escargot blanc, avoir un escargot au plafond, avoir des escargots dans les jambes, regarder un escargot voler, quand les escargots auront des dents, être fier comme un escargot… 

A la trappe. 
Ils s’y sont tous mis, un complot ! 

Mais, et ça ils l’ont oublié, ne dit-on pas malin comme un escargot ? Nous avons engagé une procédure, et un baveux - c’est plus sûr- de père en fils mais… ça « traîne ». 
255 ans de procédure. 
Sauf que nous, c’est bien connu, on a le temps. 
Qu’on se le dise. 
La bave des crapauds n’atteint pas les blancs escargots.

Pierforest - Histoire d'escargot

Vu de l’intérieur 

 

Albert était un escargot solitaire et plutôt craintif. Aussi, quand il se décida enfin à sortir de sa coquille, il était déjà passablement grand. Il fut surpris de constater à quel point sa coquille était plus haute et plus grande que celle des autres gastéropodes. Il faut dire que lorsqu’on vit très longtemps sans sortir et sans voir quiconque, on en vient, pour une question de confort, à agrandir toujours un peu plus son espace intérieur. Albert avait ainsi réservé, dans sa coquille, une pièce pour pratiquer le violon, une autre pour les repas, une pour dormir et une autre encore pour lire ou écouter la télévision. Il ne manquait rien à son bonheur, enfin presque rien, si ce n'était d'un petit coin de sa coquille qui lui semblait toujours vide et qu’il n’arrivait jamais à combler. Il en était venu à la conclusion que si rien de l’intérieur ne pouvait combler ce vide, forcément ce quelque chose devait se trouver à l’extérieur. C’est essentiellement ce qui l’avait poussé à sortir pour se procurer ce quelque chose et le ramener chez lui.

Selon Albert, la meilleure stratégie consistait à joindre discrètement les autres escargots, marcher à leurs côtés et les questionner de façon subtile sur ce qui comble les vides. Malheureusement, il réalisa très vite qu’il n’y arriverait pas. Il ne pouvait tout simplement pas tenir leur cadence. Après seulement quelques pas avec eux, son petit cœur battait tellement la chamade, qu’il fut forcé de faire une pause pour reprendre des forces de sorte qu’il fut rapidement distancé. Il manquait visiblement d’entraînement, c’est certain, mais également, puisque sa coquille était plus haute et plus grande, elle était aussi forcément plus lourde à porter. Il devait donc trouver un autre moyen de rencontrer celui ou celle qui répondrait à ses questions en tenant compte de ses limitations.

Bien sûr, il aurait pu s’entraîner fort et développer ses muscles, mais ça lui aurait sans doute pris des mois et des mois et c’était trop long. Il pensa aussi à alléger sa coquille en sacrifiant l’une ou l’autre des pièces aménagées, mais laquelle ? Toutes étaient d'égale importance à son bonheur et à son confort. Alors, puisqu’il n'y avait aucun moyen d’aller au rythme des autres, la solution consistait à faire en sorte que ce soit eux qui viennent à lui. Voilà !

Bon, mais comment s’y prend-t-on pour attirer des escargots se questionna-t-il ? Il avait lu que le désert attire le nomade, l’océan le matelot et l’infini le poète, mais les autres escargots, qu’est-ce qui les attire ? Pour en avoir le cœur net, Albert s’installa dans un buisson, en bordure du chemin et sorti ses jumelles pour les observer discrètement et découvrir ce qui les intéressait. Visiblement, ils passaient l’essentiel de leur temps à marcher de long en large, en parlant, en rigolant ensemble et en faisant ici et là de petits arrêts pour manger un peu de salade. Qu’est-ce qui pourrait alors les inciter à venir vers lui. Qu'avait-il de plus à offrir ? Albert se senti tout à coup un peu triste et dépourvu. Il rentra à nouveau dans sa coquille pour faire l’inventaire de ce qu’il avait à l’intérieur. Il était assez doué pour le violon, c’est vrai, mais ça lui semblait tellement différent de ce que faisaient les autres escargots qu'il craignait d'être rejeté. Les gens ont cette tendance à rejeter systématiquement la différence quand ça les rend inconfortables. Il hésita un long moment, puis se leva et pris une longue respiration, marquant ainsi sa décision de passer outre ses peurs et afficher avec courage ce talent qu'il avait jusque-là gardé à l'intérieur. Il sorti donc d'un pas décidé sans regarder autour de lui, ajusta son violon et commença à jouer la Sérénade Standched de Schubert.

Dès les premières notes, toutes les têtes se tournèrent avec curiosité. Cessant leurs conversations, ils tendirent l'oreille, intéressés, puis s'approchèrent peu à peu autour d'Albert pour l’écouter en silence. À la fin du morceau, ils l’applaudirent très fort et parurent impressionnés, puis, s'éloignèrent tranquillement, reprenant leur marche tout en discutant de sa performance. Satisfait, très fier de lui et le cœur gonflé de bonheur, Albert rentra en souriant à l’intérieur et réalisa tout à coup en se tapant la tête qu’il avait complètement, mais complètement oublié de questionner les escargots sur le vide à combler et puis regardant tout autour de lui, il n'en vit plus aucun.

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