dimanche 18 février 2018

Semaine du 12 au 18 février 2018 - D'un océan à l'autre

Toute la semaine dernière le chat nous a fixé.
Or c'est un animal qui alimente bon nombre de superstitions, comme chez les gens de mer...
Nous allons donc peut-être retrouver quelques amis félins embarqués à bord de ce nouveau thème : "D'un océan à l'autre".

Faites-nous voyager, quitte à chavirer !
Et que vous ayez le pied marin ou pas, vos bouteilles à la mer doivent nous parvenir d'ici dimanche 18 février minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

Joe Krapov - D'un océan à l'autre


ID-ÎLES

D’un océan à l’autre et d’archipel en îles
Se nouent au gré des flots d’étonnantes idylles :

Alexandre et Fani, Wallis et Futuna,
Saint-Pierre et Miquelon, Saint-Paul et Amsterdam,
Gilbert et Victoria, Dominique et Graham,
Antigua, Barbuda, Désirade et Cuba ;

Anticosti, Kagalaska, Galapagos,
Babeldaob, Komsomolets, Anacapa,
Calédonie, Mindanao, Hispaniola,
Archipel des Chronos, Espiritu Santos…

D’un océan à l’autre en dépit du tangage
Se nouent au gré des flots d’étranges mariages :

Marie Galante au Petit cul de sac marin
Avec le roi Guillaume un jour d’aléoutiennes ;
Prince de Galles, épris d’Annette Kerguélen,
Noces prévues à l’été de la Saint-Martin.

Maurice, Adélaïde, Hélène, San Miguel,
Loyauté, Abondance, Oléron, Tuamotu,
Tahiti, Tatihou, La Tortue, Kangourou,
Grenadine, Sandwich, noce en blanc aux Seychelles


















Bréhat, Belle-île-en-Mer, Groix, Sein, Ouessant, Molène
Mariannes du Nord, Vierges, Amirauté,
Ascension, Glorieuse… A Pâques ou Trinité,
Aux Îles-sous-le-vent jamais ne Tombelaine !

D’un océan à l’autre et d’archipel en îles
Se nouent au gré des flots d’étonnantes idylles !

Stouf - D'un océan à l'autre

 Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là.

Au fait,dans quel océan tu vivais alors ?
Dans le Pacifique mon amour.
Et moi ?
Un océan de conneries.
Ah oui c'est vrai … que je suis con !


vendredi 16 février 2018

Lira - D'un océan à l'autre

Vastes océans

Vaste océan de l'ignorance
Où se baignent nos vanités
Nos certitudes et nos préjugés
Abreuvoir de nos illusions
Paravent fragile de nos peurs
Notre consolation
Quel vent nous soufflera
Le premier doute
La première question
Qui ose jusqu'aux grèves
Du vaste océan de la connaissance
Au bord de notre risque
Sa vague nous éclabousse
De rires et de pleurs
De crainte et de plaisir
Nous n'en aurons jamais fini
Notre nuit est immense
Et notre barque est si petite

Marie Kléber - D'un océan à l'autre

Au cœur des océans du monde


Dans l’eau, s’égarent les âmes

De ceux qui partent

Sous le bleu des océans

Les corps s’entassent

De l’un à l’autre

On oublie les vies

Disparus les espoirs

De ceux qui osent rêver d’absolu

L’eau claire devient noire

Le ciel se voile

La mort inonde les océans du monde


Où lire Marie Kléber

Célestine - D'un océan à l'autre

Entre deux mers…
***

Ce matin, deux heures de réunion pour écouter la sainte parole nous parler dans un jargon de plus en plus insupportable pour moi, au fil des ans, des « modalités de mise en place du projet d'école »...Cela fait trente ans, que les Jargonos de l'Eduknatt nous bourrent le mou avec ce « machin ».  
- Rhôô ! Célestine !
- Mais si ! Pas d'autre mot, pour désigner cette usine à gaz à laquelle il nous faut nous coller régulièrement, tous les trois ans, rempli de chiffres imbitables, et qui nous fait suer sang et eau pendant des heures, pour finir dans un placard. De précieuses heures volées à ce qui fait le sens de notre métier. Un océan de banalité, de phrases creuses…

Mon projet d'école à moi, il est simple. Il tient en quelques aphorismes qui ont été inventés par de géniaux prédécesseurs. L'art du questionnement de Socrate,  Mens sana in corpore sano chez Juvénal, la substantifique moelle de Rabelais, et «  je n'enseigne pas, je raconte » de Montaigne. Enfin le « lire, écrire, compter » le mantra de Jules, auquel j'ajouterais volontiers « penser, créer, rêver. »
Alors à certains moments, aujourd’hui, j'ai pratiqué l'évasion intérieure. Arpentant mes landes bien-aimées, buvant à grands traits l'air chargé de bruyère et de sel en tremblant sur mes jambes, ivre de trop d'oxygène. Pour éviter de me noyer dans les barbarismes à deux balles, synergie, ressources, conceptualisation, indicateurs, cadre de référence...
Je sais, madame l'Inspectrice, je n'ai pas le positionnement idoine. Est-ce ma faute si vous ne parvenez pas à m'émouvoir avec vos paperasses imbuvables, vos tournures alambiquées, si j'ai le syndrome de Zazie qui me chatouille gravement, et qu'à toutes vos phrases j'ai envie de répondre « Mon cul » d'un air ingénu et frondeur ?
Alors j'ai rêvé. J'ai fait la mauvaise élève. Tout ce que les « conseilleurs pédagogiques » nous somment d'éviter chez nos élèves: je me suis ennuyée avec bonheur. Et j'ai trompé mon ennui en m'asseyant devant l'océan, les yeux emplis de vert, de bleu et de gris. Ouessant... ce mot est venu me caresser l'âme de ses sonorités cotonneuses...C'est impressionnant, cette force mentale qui nous permet de nous abstraire au point de devenir sourd. La logorrhée de Jargonos s'est perdue dans le fracas des paquets de mer sur le phare de la Jument.
Et je repense à ce beau film, qui se passe dans le paysage-même de ma rêverie. Et à cette petite phrase :
« Qui voit Ouessant voit son sang » …
Bigre ! J'espère survivre quand même à la rédaction du projet d'école...

jeudi 15 février 2018

TomTom - D'un océan à l'autre

Jandia, Fuerteventura
 
Oui, « je me suis noyé dans le bleu de ses yeux » est une phrase bateau. Pourtant la métaphore n’est jamais infondée. J’ai rencontré Leyla – non pas Elsa ! – dans un endroit des plus banals. Car aujourd’hui encore, les Tinder, les Happn et les AdopteUnMec ne sauraient remplacer la bonne vieille rencontre amoureuse sur le lieu de travail. Faire ses courses au Franprix de la rue d’Avron où n’a certes rien de très flamboyant, mais la réalité se teinte de poésie sans crier gare lorsque, les yeux rivés dans l’océan des yeux de la nouvelle caissière, je peinai à sortir ma carte bleue et à composer le code. Si à l’époque on m’avait dit que j’allais prendre autant de plaisir à faire mes courses tous les soirs pour retrouver ma caissière attitrée, j’aurais ri au nez du Cassandre. Mais dans un premier temps, mon destin me sembla tout sauf funeste. J’avançais pas à pas dans ma conquête, car pêcher un gros poisson dans ses propres eaux n’est jamais chose aisée. Pour la belle, je n’étais qu’un client parmi tant d’autres, qu’une accumulation d’articles sur un tapis roulant, qu’un consommateur de passage qu’on salue avant de lui demander s’il paye par carte ou en liquide. Or malgré l’effet liquéfacteur de son regard, je pris un jour mon courage à deux mains et proposai à Leyla – j’avais décroché son prénom une semaine auparavant – de boire un verre après la fermeture de la supérette. J’avoue m’être senti très faible quand elle accepta avec un grand sourire. Je me rappelle encore de ses mots « Pourquoi pas ? ». Ce premier succès fût le résultat d’un travail de longue haleine, à coups d’exploration minutieuse de ses horaires, de ses études qu’elle payait grâce à ce petit boulot, des avantages et inconvénients de celui-ci, etc.

Ce premier rendez-vous se passa à merveille. Avec la lumière tamisée de ce petit café place Gambetta, je pus enfin me concentrer sur ses paroles sans me sentir happé par ce bleu ensorceleur. Ensorceleur, oui, c’est le mot. Car en plein jour, en plein soleil d’hiver, celui qui brillait le jour de notre premier baiser sur un banc des Buttes-Chaumont, je devenais aussi irrationnel que le plongeur attiré par la profondeur de l’océan au moment même où, manquant d’oxygène, il devrait remonter d’urgence à la surface. Je ne voyais que ses yeux, sa beauté pourtant toute relative. Peut-être était-ce mon sentiment de solitude au moment de la rencontre qui favorisa ma lente noyade ? Sans doute, mais une chose est sure : j’ignorai les mises en garde de tous ces proches à qui je présentais Leyla. Les « elle a l’air tellement intéressée », ou encore les « elle ne t’aime pas » et autres « elle n’est pas du même milieu social que toi, ça ne peut pas fonctionner » apparaissaient à mon esprit déjà perdu par l’amour comme des paroles de jalousie. J’étais persuadé qu’un couple amoureux rendait jaloux jusqu’à ses meilleurs amis et je ne voulais rien entendre.

Un jour de printemps, la houle agita cette belle et calme étendue bleue. Cela faisait déjà un peu plus d’un an que nous étions ensemble. En pleine préparation d’un petit weekend en amoureux en Normandie, Leyla insista lourdement pour que nous allions à Deauville. J’avais beau lui répéter que la plupart des hôtels affichaient complet, qu’il ne restait que les palaces hors de prix et que Honfleur conviendrait parfaitement, il n’y avait rien à faire. Apparemment, Madame voulait du luxe : se pavaner dans le XXIe arrondissement de Paris, au milieu des somptueuses résidences secondaires qui décorent le littoral. Je ne cédai pas car malgré ma situation confortable de cadre supérieur, je n’avais pas les moyens pour assouvir le caprice de Bel-Amie. Je vous laisse imaginer sa tronche de mille nœuds pendant tout le weekend.

À partir de cet épisode, j’ouvris alors les yeux et compris rétrospectivement un certain nombre de choses. Leyla choisissait toujours des restaurants haut de gamme pour nos petites sorties romantiques, me laissait la couvrir de cadeaux tandis que la plupart des femmes que j’avais fréquenté auparavant tenaient à leur indépendance financière. Ainsi la houle laissa rapidement place aux vagues lorsque je mis à l’épreuve la soupçonnée courtisane. Plus de luxe, mais avec lui s’envolèrent aussi le calme et la volupté au milieu desquels notre relation naviguait avant ma prise de conscience. Ce fût donc avec une certaine distance parfois teinté d’irascibilité que Leyla accueillit ma nouvelle politique de rigueur composée de restaurants bon marché et de raréfaction de cadeaux.

Dévasté par une telle instrumentalisation de ma personne, je quittai donc le sublime Titanic et largua vaillamment les amarres par SMS. Il me fallut de nombreux et tristes mois avant de retrouver le goût à ce voyage parfois tourmenté qu’est l’amour. Mais j’y parvins. Après quelques aventures en eaux troubles, mais jamais plus sans perdre le Nord, je rencontrai la jolie Marion grâce au site AdopteUnMec. Elle avait les yeux marron, Marion, un regard à la fois bienveillant et effronté. Contrairement à la beauté de Leyla qui n’était qu’une promesse de naufrage, la mignonnerie de Marion laissait présager des instants doux et joyeux à une vitesse de croisière. Je compris grâce à – et non pas à cause de -  Leyla que je n’avais pas le pied suffisamment marin pour m’aventurer dans les océans de la passion amoureuse. Heureusement que j’ai appris ma leçon et suivi ma boussole vers une étendue moins bleue, mais plus calme, celle de l’amour pacifique. Heureusement que je suis passé d’un océan à l’autre. 

Où lire TomTom

JCP - D'un océan à l'autre

Laputa selon Miyazaki  

Zarya 

L’espace sans frontières qu’un pâle soleil dore
Laisse voir sur les flots une nouvelle aurore ;
Et son filet plié, le pêcheur prend la mer,
Habité dans son âme de sentiments amers.

Un vent nouveau se lève qui jamais ne souffla,
Apaisé brusquement d’inquiétants calmes plats ;
La mer prend des couleurs venues du fond des âges,
Et les houles croisées portent de noirs présages.

L’homme se voit soudain entouré de lueurs
Que seul l’Enfer de Dante connut dans ses horreurs :
L’océan déchainé ouvre et recoud ses failles,
Et montre à la lumière le fond de ses entrailles.

C’est dans des fumées lourdes qu’une nouvelle terre
Paraît à l’horizon, pyramide enflammée
Qui grandit et s’étale : une île neuve est née,
Et l’on voit reparaître de fins rayons solaires.

L’éruption qui s’apaise laisse l’homme approcher ;
Il parcourt à pas lents son empire précaire,
Et malgré ses sandales qui brûlent au rocher,
Il se dit souverain de la nouvelle terre.

Mais d’un substrat léger, l’îlot soudain s’envole,
Abandonne les mers, accoste en des régions
Où l’homme sacré dieu réunit des légions,
Dicte partout sa loi, tue pille vole et viole.

Il est dit qu’un géant, dont l’île heurta le chef,
D’un coup de pied vengeur aurait botté sa nef
Vers les lointains des cieux jusqu’aux régions lunaires,
Où il vogue sans fin sur des mers de poussière.

Quant à moi je suis sûr qu’autrefois Laputa*,
L’île avide d’azur existerait encore -
Sous le nom de Zarya**, et connaît seize aurores
Quand nous n’en avons qu’une : la vérité est là. 

* Sous la plume de Jonathan Swift, Gulliver la connut.



** La Station Spatiale Internationale, nommée Zarya.


Capture écran du lundi 12 à 18h35 sur « Stellarium »
 (passage invisible, nuit incomplète).