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dimanche 15 mai 2016

Lilousoleil - Un étrange parfum

Un étrange parfum flottait dans les couloirs de cette bâtisse à l’abandon. Dès qu’elle eut mis  le pied dans l’entrée, une sensation oppressante la saisit. 
Ce parfum elle l’identifia sans hésitation ; un mélange de chocolat, d’eau de javel, de crésyl et aussi oui, mais oui de lilas. Unique…
Ce matin-là, elle avait décidé d’aller sur le terrain voir une construction ancienne «  à retaper » qu’un ami agent immobilier lui avait indiquée. Elle, la restauration de vieux machins c’était son truc, son job. 
Le coin lui sembla familier ; quelques images floues sortirent de  sa mémoire. Elle ferma les yeux pour laisser ses souvenirs l’envahir ; la magie fit le reste.
Flashback
Elle a quatre ans, 
Elle revoit cette grande maison cossue, presque carrée, un toit à quatre pentes et ses fenêtres rondes en œil de bœuf. 
Elle revoit les volets de bois peints en vert jade et la porte d’entrée aux montants en chêne vernis. Elle revoit le rosier grimpant croulant sous les abondantes inflorescences qui dispensent un parfum puissant, subtil mélange entêtant de rose de Damas et de pointe citronnée, le long de la barrière le lilas sauvage dont les épis mauves se délitent au gré du vent…
Derrière ses paupières closes une petite fille court en riant aux éclats, sans chaussures ni chaussettes dans la pelouse dont les brins d’herbe lui gratouillent et lui chatouillent la plante de ses pieds nus. Elle se dirige vers la silhouette accroupie près du mur en pisé derrière la maison. Un chapeau de paille sur la tête, il « grabotte » son potager avec tant de soin. Elle se souvient de son « parrain » qui explique si bien  les secrets de la nature. 
Les larmes lui vinrent aux yeux. Pourtant elle n’était pas d’une nature nostalgique. Le passé ne l’intéressait pas. De passé, elle en a si peu. Abandonnée à la naissance, elle avait grandi d’abord dans les pouponnières de la DASS. Elle était un dossier sur lequel un tampon rouge s’étalait en gras « non adoptable ». Les rouages administratifs, elle ne les connaissait pas. Tout ce qu’elle savait c’est que pour elle foyers et famille d’accueil s’étaient succédé. 
Ses paupières se referment ; Julie. Elle s’appelle Julie, ce prénom, une carte dans le couffin l’indiquait. C’était une gamine adorable, le genre auquel on s’attachait facilement si bien qu’on la changeait de famille de temps en temps de peur que l’affection que les accueillants lui portait ne soit nocive. Intelligente et douée, elle comprit très tôt que c’est en travaillant à l’école qu’elle arriverait à être quelqu’un. Puisqu’elle n’avait pas d’identité, elle devait se la forger. 

La petite fille, c’était elle. Dans cette maison, un demi douzaine de gamins orphelins ou pensionnaires vivaient là, souvent de passage. Elle était restée un an puis… Son destin était ailleurs. Julie respira à plein poumons… si c’est à vendre alors ?

samedi 14 mai 2016

Jacques - Un étrange parfum

Un étrange parfum flottait dans les couloirs… Et ce n'était pas l'odeur habituelle de toilettes sur-fréquentées, de café froid et de mauvais sandwiches.
Ce n'était pas non plus l'odeur des ordinateurs poussiéreux et surchauffés, ni le mélange habituel d'effluves corporelles dans cet espace de travail surpeuplé.
C'était le parfum de la terre chaude mouillée par la pluie, que je sentais pour la première fois cette année, qui ravivait le souvenir des après-midi d'orage en Provence.
Je me suis arrêté net au milieu du hall de l'immeuble. Revenant d'une réunion, je tenais à la main mon cahier de notes et de l'autre, un gobelet de café presque froid que j'avais rempli à la cafetière de la salle de conférences. La petite tisanerie, au rez-de-chaussée de l'immeuble, était déserte.
J'ai hésité.
J'étais déjà en retard pour la réunion suivante.
Un pas en avant, puis deux, et je me suis de nouveau arrêté, et j'ai changé de direction.
J'ai posé mon cahier sur l'une des tables rondes, près de la baie vitrée. La tisanerie donnait sur une terrasse, au-delà de laquelle s'étendaient les jardins de l'immeuble d'habitation voisin. Je contemple cet espace de verdure enthousiasmé par le printemps, les hordes de gastéropodes se lançant on se demande bien pourquoi à l'assaut de la façade.
J'ai fermé les yeux pour ne rien perdre de ce parfum si exotique dans cet univers de béton pas même fonctionnel.

Mon téléphone portable vibre et me rappelle que je suis en retard. Je le pose sur la table à côté du cahier de notes, du gobelet de plastique et son fond de café froid.
J'ai mal.
Depuis des semaines je me sens oppressé, je souffre de cet enfermement dont je ne vois pas l'issue.
D'un pas mal assuré, je me dirige vers les portillons qui limitent l'accès au bâtiment aux porteurs d'un badge correctement configuré.
Je sors.
Passé les portes automatiques, le parfum de la terre mouillée de pluie est là, il soulage ma respiration difficile, comme si l'évocation d'un peu de nature aidait mes poumons à se mieux remplir.
Je prends une poignée de terre dans le bac en ciment qui héberge un lot de fleurs qui ne survivront pas à l'été.
Comme moi.
La douleur dans la poitrine revient avec force. Ma vision se trouble, et avant de m'effondrer, je porte la terre mouillée à mon visage, trouvant du réconfort dans cette petite victoire, que le dernier parfum que j'aie perçu ne soit pas l'odeur rance d'une moquette sale dans un « open space » hostile.

Tiniak - Un étrange parfum

Défragration

Un étrange parfum flottait dans les couloirs
venteux d'un vilain soir à finir au couteau
sur la jute plissée de l'horizon rougeaud
où le printemps peinait à se faire valoir

C'était plus qu'une odeur puisque c'était fleuri
avec une rousseur poivrée en suspension
Je m'y recomposais une bénédiction
(le grassouillet regain d'une présence amie)

L'orient rafraichissait les plis du fleuve gourd
Je n'aurais pas tenu bien longtemps sur la rive
avec la goutte au nez, à trier ma lessive
Alors, je l'ai compris : le vent me jouait des tours !

D'étranger, le parfum devint une évidence
Ce fut comme une transe et je m'y égarais
Une défragration s'emparait de me sens
Amour et Abandon dans un même bouquet

Où se curer le nez sans y mettre les doigts

vendredi 13 mai 2016

Gene M - Un étrange parfum

Un étrange parfum flottait dans le couloir. C'était un parfum élégant, subtil qui ne cadrait pas avec le couloir sombre et lugubre de l'hôpital.
Cette fragrance m'était familière, je le savais...

Soudain, les murs s'effaçèrent et des visions de villes exotiques éblouissantes de soleil et de ciel azur surgirent de ma mémoire. Des souvenirs enfouis s'imposèrent à moi. Et toujours ce parfum qui était lié à ces images éclatantes de vie.

Je revis le jeune homme que j'aimais et qui m'aimait. La vie, à cette époque avait les couleurs de la passion et de la rage de vivre, rouge, bleu intense ou encore vert électrique,
Je me revis, main dans la main, avec K, marchant dans les ruelles alanguies sous le soleil d'une petite île grecque.

Ce parfum maintenant je le situais, il avait été mon favori pendant des années, ces années où j'avais voyagé en Orient. Ce parfum, à base de jasmin, était en osmose avec ces pays du Sud et d' Asie mineure que je traversais.

Mais un mystère demeurait : Ce parfum n'existait plus depuis au moins vingt cinq ans ...Je me souviens, à l'époque, avoir déploré l'arrêt de sa fabrication.

Alors illusion olfactive ou profonde nostalgie pour les années enfuies ?

jeudi 12 mai 2016

Marité - Un étrange parfum

Derrière la porte, le mystère.

Un étrange parfum régnait dans les couloirs. Je retrouvais les odeurs familières de la vieille maison mais s'y mêlait cette fois quelque chose de subtil et d'indéfinissable qui mit immédiatement mes sens en alerte.

Quand je revenais dans mon village natal je ne manquais jamais de me rendre "chez l'Anglaise". C'était le nom que tout le monde donnait à cette ancienne demeure, autrefois résidence d'été d'une famille bourgeoise de la capitale.

Après le décès, dix ans auparavant de la dernière occupante que les villageois appelaient respectueusement Mademoiselle Lili, plus personne ne fréquentait les lieux de plus en plus délabrés.

Ma famille possédait une clé qu'un cousin vivant à l'étranger, un héritier sans doute, lui avait confiée pour je ne sais quelle raison. Peut être pensait-il se dédouaner d'un fardeau trop encombrant. Il avait vendu tous les meubles de belle facture et les objets de valeur. Le piano de la vieille demoiselle était parti aussi et avec lui une part de mes rêves d'enfant.

Chaque fois que je prenais le chemin de la maison, le souvenir de mes jeunes années me submergeait. Combien de fois avais-je parcouru la distance qui la séparait du hameau, attirée par sa présence insolite, tant elle était différente et son nom plein de mystère pour moi. Mais c'était surtout la demoiselle qui m'intriguait. Je l'épiais, se promenant dans le parc où régnait un fouillis indescriptible. Elle avait acquis deux ou trois chèvres qu'elle suivait tranquillement. Elle portait des hardes rescapées d'un temps où elle s'habillait certainement de vêtements de prix. De la dentelle déchirée couvrait à peine sa poitrine maigre et elle ne quittait jamais un manteau de fourrure mité et sans boutons d'où dépassaient ses jambes violettes, égratignées par les ronces et chaussées de sabots en caoutchouc. Malgré la pauvreté de sa mise, une indéniable classe émanait d'elle et je percevais cela bien que très jeune. Elle me fascinait.

J'avais hâte qu'elle enferme son cheptel parce que je savais qu'ensuite, elle allait se mettre au piano.

J'avançais alors jusqu'à la grande porte d'entrée, toujours ouverte, pour ne pas perdre une seule note de musique. Un ravissement pour mes jeunes oreilles. Je restais là malgré l'odeur douceâtre, écœurante qui provenait de la grande pièce - située au bout du premier couloir - où elle vivait principalement. Cette odeur, ou plutôt ces odeurs, jamais je ne les oublierai : à celle, âcre, de la suie venant de la cheminée presque toujours sans feu, se mêlait étroitement le parfum suri des pommes que la demoiselle entassait dans des cagettes sur une table.

Je reconnus ces effluves, ce matin là quand je poussais la porte. Elles imprégneraient pour toujours sans doute les lieux. Mais je n'arrivai pas à définir celles provenant de l'autre couloir qui desservait les chambres et la bibliothèque. Plus j'avançais cependant, plus je distinguais des senteurs de lilas. Étrange alors que tout était fermé. S'y mélangeait un remugle de chien mouillé. Des grognements m'immobilisèrent net. Il y avait un chien dans la bibliothèque.

Après quelques secondes d'hésitation, je décidai d'en avoir le cœur net. J'ouvris la porte. Et je les vis. Lui, le chien d'abord. Roulé en boule sur une vieille couverture, il me regardait de ses yeux jaunes. Puis elle. Une jeune fille brune, plutôt une adolescente, penchée sur un livre. Elle releva la tête. Ne sembla pas surprise par mon arrivée inopinée. A peine amorça-t-elle une moue réprobatrice. Je la dérangeais.

Il fallut bien qu'elle m'explique les raisons de sa présence cependant. Elle me dit venir d'un village voisin et aimer par dessus tout la vieille maison. Tout comme moi. En un éclair, je me revis au même âge. Aurais-je alors osé franchir le seuil de la bâtisse si elle avait été inhabitée ? Peut être, après tout. Elle avait profité d'un carreau cassé à l'arrière pour ouvrir la fenêtre et entrer. Elle avait découvert la bibliothèque et ses vieux livres et depuis, elle venait régulièrement. Pour lire, pour rêver. Il ne manquait ici que de la musique m'assura-t-elle. Cette jeune fille, c'était moi. Je lui racontai alors la demoiselle et son piano.

Quand je me réveillai, le soleil dardait ses derniers rayons sur le vieux parquet noirci et le parfum des lilas s'engouffrait par la fenêtre grande ouverte sur le parc. La clé de la maison brillait dans ma main. J'étais seule. Avais-je rêvé ?

L'Arpenteur d'étoiles - Un étrange parfum


Le retour de Yaddo


Un étrange parfum flottait dans les couloirs de l’immense spatioport de Luxcity1. Yaddo avait passé près d’une semaine dans cette ville inondée de lumière. Mais chaque soir, après le coucher consécutif des deux soleils, la ville entière descendait dans les entrailles de la planète. La vie souterraine nocturne faisait resurgir d’autres mondes. Avec Joe Krapov, le chef de la police, Yaddo avait pu côtoyer presque toutes les strates de cette société cosmopolite et cosmogonique. Il commençait à comprendre la complexité inouïe de l’imbrication politique, économique, culturelle et religieuse de Luxcity1. Cette mégapole étourdissante capitale de la planète 278 et plaque tournante de presque tous les couloirs spatio-temporels, était devenue le passage obligé de toutes les transhumances universelles.

Il lui fallait attendre plusieurs heures avant de prendre sa bulle opaque, le trafic cosmique étant particulièrement dense. Il errait dans le spatioport, se connectait de temps à autres à sa memories-bank pour compléter ses déductions, ses réflexions et ses intuitions, et communiquait avec Mona Lisa sa compagne aux yeux orangés. L’odeur subtile que Yaddo avait détectée le perturbait infiniment. En effet, ce parfum lui rappelait Azaïs, l’anthropo-reptilis avec laquelle il avait eu une liaison brève mais intense sur Treetown6, ville-arbre aux ramifications infinies et au gigantesque enchevêtrement des feuillages.

Or, Azaïs avait été sans doute enlevée au matin de leur folle nuit. Il était presque persuadé que ceci avait été manigancé par la secte des NAM (Nostalgiques des Anciens Mondes). Ce mouvement secret et ésotérique souhaitait revenir à l’origine humaine et se réapproprier Terra Mater, creuset indéniable de l’humanité. Néanmoins, Yaddo avait toujours gardé une amitié forte, et depuis sa plus tendre enfance avec un personnage nommé « l’Arpenteur ». Ils avaient fait leurs premières armes ensembles, dans les sections spéciales. Yaddo était devenu l’un des plus célèbres agents interlactiques, mais l’Arpenteur avait décidé de revenir sur Terra Mater.

Yaddo entra dans un des espaces réservés aux agents de la gouvernance galactique. Que pouvait-il faire à présent ? Revenir sur Terra Mater, via l’antique base 72525XR située sur la face cachée de la lune. Cette base mythique qui avait vu le départ des premiers explorateurs, fonctionnait encore mais avait été quasiment oubliée par le pan gouvernement. Une fois là-bas il était très simple de se téléporter sur la planète terre car plusieurs sas d’arrivée existaient encore. Alors il décida d’aller là-bas, de rencontrer l’Arpenteur, et de tenter de tirer au clair les raisons de la disparition d’Azaïs.

Ce qu’ignorait Yaddo, c’est que l’Arpenteur et Azaïs étaient amoureux, que Azaïs n’avait pas été enlevée mais avait fui Treetown6 pour rejoindre Terra Mater, et que son vieil ami était un des dirigeants des NAM.

Lorsqu’il sortit de l’espace réservé, Yaddo repensa à la curieuse tache de lumière au flanc de la montagne bleutée qu’il avait vue à son arrivée sur la ville. Il imagina qu’il devait y avoir un lien entre cette lumière et Azaïs. En revanche, l’odeur parfumée flottant dans le spatioport avait disparu.

mercredi 11 mai 2016

Clémence - Un étrange parfum

Une obsession toute autre...

Un étrange parfum flottait dans les couloirs. Et ce n'était ni l'odeur huileuse de l’ascenseur, ni l'odeur de la moquette fatiguée.
En quelques secondes, je fis une nouvelle fois, un bond dans mon passé pas trop lointain. Je revoyais la maison  blanche au toit d'ardoises  et aux fenêtres basses. J'entendais le crissement du gravier sur le chemin qui conduisait à la porte de la cuisine vitrée dans le haut.
Je sentais la poignée sous mes doigts et un léger déclic. J'entrais, je déposais les clés dans le vide-poche en criant « C'est moi ! Tu es là ? » ….bien que je savais qu'il était de retour ...

Et c'est cette odeur que je retrouvais, étrangement,  dans les couloirs. Quelques années plus tard en me rendant  dans mon bureau de directeur. Bureau qui jouxtait la salle de réunion où serait présente mon épouse.

La journée se passa normalement, bien que je me permis quelques distractions ayant pour objet « le parfum étrange ». Etais-je le seul à l'identifier parmi toutes les odeurs qui flottaient dans l'air de ce vieil immeuble ? Il semble que oui, car aucun commentaire, aucune allusion ne filtrèrent à ce propos.

Les jours s'écoulaient, tranquilles en apparence. En revanche, mes sens étaient continuellement en éveil. Je zappais, je feuilletais, je m'agitais...

Un mois plus tard, je me décidai. Sur mon temps de pause, je me rendis à la Grande Galerie Commerciale. J'entrai dans une  parfumerie. Je fis part de mon souhait et m'en allai avec un paquet enrubanné et un échantillon.

Les jours ne me semblaient plus aussi tranquilles. J'étais obsédé par cette odeur, présente et absente. Un soir, mon épouse me parla « parfum » en requérant mon avis sur ces parfums capiteux et désuets alors que j'étais un inconditionnel du vétiver.
- Franchement, cela m'irait pas ! Pas envie de passer pour un ringard...lui répondis-je assez vertement. De quoi clore ce sujet.
Elle  ne releva pas ce commentaire désobligeant.

Deux mois plus tard, elle dut s'absenter une semaine, pour son travail . Lorsque qu'elle fut de retour, elle ressemblait à une souris fouineuse et heureuse. Mon cœur s'emballa, mais je me trompais. Elle reprenait simplement possession des lieux en véritable maîtresse ! Elle replaça, réajusta, rectifia, réorienta...

Mon manège, très discret, répondit néanmoins au sien. Je vérifiai le contenu de ma poubelle et la position de mon agenda sur mon bureau. Je m'assurais du verrouillage de mon portable et de la netteté du col de mes chemises et de ma veste. Mais je ne laissai rien paraître, que du contraire. 
J'étais le mari attentionné, quasi parfait. Mais derrière cette image de papier glacé se cachait un tout autre homme.

Et puis vint le soir où  j'eus l'intuition que le piège se mettait  en place.
Elle m'informa qu'elle organiserait un dîner  le vendredi, avec quelques amis. Je lui souris. 

Le vendredi, je rentrai, vers vingt heures. Agacé par les informations que j'avais reçues.
La table était dressée pour deux. 
Elle avait  passé une petite robe noire. 
Je déposai le paquet enrubanné près de son couvert.

Je la regardai fixement. 
Elle ouvrit la bouche. 
Je ne lui laissai pas le temps de dire un mot et demandai :
- Depuis combien de temps as-tu renoué avec mon frère ?

Lorraine - Un étrange parfum

LE PARFUM         

Un étrange parfum flottait dans le couloir du château. L’ombre s’arrêta. La clarté blafarde de la lune l’inonda un instant et dessina sur le mur la cape et le panache rouge de son chapeau mousquetaire.

    - Pardieu ! murmura le cadet de Gascogne. Ils l’ont fait !

    Il le connaissait bien, ce « parfum d’Aubervilliers » où se mêlaient sournoisement l’ail et la cigüe, l’oranger et le chanvre. Un parfum maudit, vénéneux, qui prend la tête et la fait chavirer jusqu’à la chute fatale.

    - Ils vont tuer la comtesse !...

    « Ils » c’étaient  les gens du lieu, les balourds, les petits fermiers, les gueux qu’une soldatesque brutale travaillait depuis plusieurs jours, menaçant, pillant, allumant des torches dans les granges nocturnes, menaçant de bastonnades et de torture les nonchalants ou les rebelles.  Ces hordes appartenaient au Comte de Montvert : il voulait les immenses champs de lavande qui entouraient le château, il voulait le moulin, le pressoir, le château et la comtesse Bianca elle-même. Sa résistance heurtait l’orgueil insensé ; le bruit courait qu’elle serait à lui, morte ou vivante.

    Le mousquetaire enjamba les escaliers, entra dans la chambre où Bianca chancelait déjà, évanouie. Il l’enveloppa dans sa cape, sortit par une porte dérobée, retrouva son cheval , y installa la jeune femme et ils partirent vers l’aventure et le bonheur.

    C’est une légende qu’on raconte les soirs où un étrange parfum rôde sur les champs de lavande. Alors, les vieilles se signent et regardent la silhouette du château qui, dans l’obscurité, semble encore cacher en ses recoins d’anciennes effluves du « parfum d'Aubervilliers ».                                                                                                            

mardi 10 mai 2016

Clémence - Un étrange parfum

Obsession.

Un étrange parfum flottait dans les couloirs. Et ce n'était ni l'odeur huileuse de l’ascenseur, ni l'odeur de la moquette fatiguée.
En quelques secondes, je fis un bond dans le passé. Je revoyais la maison  jaune au toit de tuiles et aux fenêtres à quatre battants. J'entendais le crissement du gravier sur le chemin qui conduisait à la porte de la cuisine vitrée dans le haut.
Je sentais la poignée sous mes doigts et un léger déclic. J'entrais et je criais : « C 'est moi ! », qu'il y ait quelqu'un ou non. Le vendredi, j'avais le droit de monter à l'étage pour aider ma marraine à « faire sa chambre ». Sur la commode, il y avait un objet qui me fascinait : une boule de verre rose translucide à laquelle était reliée une poire avec une pampille. Lorsque j'avais « bien travaillé », ma marraine ouvrait un tiroir, en sortait un flacon et me laisser respirer. Je ne trouvais pas de mots pour exprimer ce que je ressentais, alors, je disais simplement : « Ça sent bon, bon »

Et c'est cette odeur que je retrouvai dans les couloirs, quarante-cinq années plus tard.
C'est aussi cette odeur que je suivais en me rendant dans la salle de réunion jouxtant le bureau du boss, qui, en l'occurrence, était aussi mon conjoint.

La journée se passa normalement, bien que je me permis quelques distractions ayant pour objet « le parfum étrange » . Non qu'il soit étrange par sa nature, mais par sa présence en ces lieux.

Les jours s'écoulaient, tranquilles en apparence. En revanche, mes sens étaient continuellement en éveil dès que je rentrais à la maison. J'errais d'une pièce à l'autre. Humant distraitement une orchidée, un pull, une veste…

Un mois plus tard, sur le temps de midi, j'entrai dans une grande parfumerie. Je fis part de mon souhait. 
- Je désire retrouver un parfum que je sentais quand j'étais enfant…
La découverte fut rapide et la vendeuse me proposa un échantillon. 

Les jours ne me semblaient plus aussi tranquilles. J'étais obsédée par cette odeur  et je voulais lui en parler. Avoir son avis sur ces parfums assez capiteux et désuets alors que j'étais addict aux fleuris-orientaux.
- Franchement, cela ne t'irait pas. Il faut un certain style…
Ne voulant pas ouvrir les hostilités, je ne relevai pas ce commentaire désobligeant.

Deux mois plus tard, je dus m'absenter – pour mon travail – une semaine. Lorsque je fus de retour, je détectai immédiatement « le » parfum. Mon cœur s'emballa. Je m'empressai de vérifier dans ma trousse de toilette, l'échantillon était intact. Je passai nerveusement ma main dans mes cheveux en me traitant d'idiote. J'allais peut-être découvrir un petit paquet à côté de mes couverts…

Rien. Mon manège recommença. Je jouai au détecteur d'odeur : ses vêtements, le panier à linge, et même la corbeille à papier. C'est alors que mon sang se figea. Je trouvai une note de restaurant au total aussi époustouflant que le menu pour deux.

Je ne laissai rien paraître, que du contraire. J'étais quasi parfaite, mais derrière cette image de papier glacé se cachait une détective féroce. J'accumulais les preuves, en silence.

Et puis vint le soir où je tendis mon piège.
Je l'informai que j'organiserais un dîner  le vendredi, avec quelques amis. Un léger rictus déforma sa bouche.

Le vendredi, il rentra , passablement énervé, vers vingt heures. 
La table était dressée pour deux.
J'avais passé une petite robe noire.
Je m'étais parfumée avec cet « étrange parfum ».

Il me regarda fixement.
Il ouvrit la bouche.
Je ne lui laissai pas le temps de dire un mot et j'attaquai :
- Depuis combien de temps as-tu renoué avec ton ex ?
- Ma pauvre, tu es folle ! Il est grand temps de te faire soigner….
- Il est temps effectivement que je me sauve ….

Chri - Un étrange parfum

Un étrange parfum flottait dans les couloirs ...
- C’est pas mal comme début, c’est bien, même, mon chéri, on est plongé dans une ambiance, on a la curiosité piquée, mais quel est donc ce parfum se dit-on. On a envie d’en savoir davantage, c’est bien, tu as avancé…Bravo, je te félicite ! Du reste, si tu me permets, puisque tu me demandes, je trouve qu’on a une indication un poil trop précise si tu emploies parfum, tu nous guides vers un point plutôt désigné, ne vaudrait-il pas mieux, pour commencer, parler d’odeur, ça reste plus diffus, plus vaste.

Un parfum déclenche toute une série d’images, on est dans le plaisir, la finesse, le subtil alors qu’une odeur nous laisserait dans le mystère, Non ? Qu’en penses-tu, toi ?
- Heu, je ne sais pas.
Et puis, cet « étrange », là qui vient. Ce qui est étrange c’est ce qu’on ne connaît pas donc « inconnu » me paraîtrait bien, aussi. Pourquoi étrange ?

Et, dis, excuse moi deux secondes, mon amour, c’est bien « flottait » que tu as écrit ? Un parfum, une vapeur qui « flotte » je ne sais pas pourquoi mais moi, ça freine, ça me fait sortir du truc, toi, ça ne te dérange pas plus que ça ? C’est peut-être moi. Qu’une odeur soit posée au-dessus de quelque chose et qu’elle ne s’y enfonce pas, ça ne te semble pas bizarre ?
Le contraire de couler en somme ? Un parfum ne coule pas, il flotte ?
- Tu en es là ? C’est une façon de parler, je veux dire qu’il se répand comme une trace d’huile sur une surface.

- Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux qu’elle plane, ton odeur… Elle serait dans l’air, diffuse, presqu’imperceptible, elle planerait autour des choses et des gens comme une nappe de brouillard, sans réelles limites, sans début ni fin, elle serait là autour mais sans contours… À toi de voir, c’est toi l’écrivain… Pendant que j’y suis, tu comprendras que je ne dise trop rien des couloirs mais là encore ça nous entraîne vers quelque chose d’assez précis, si tu parlais de pièce, de maison ou mieux de bâtisse tu resterais davantage dans le vague, le suggéré, le mystérieux…

Aussi, écoute :
Une odeur inconnue planait dans la bâtisse…
- Qu’en dis tu ?
- J’en dis que c’est dans un couloir que ça se passe, que ta phrase ne ressemble à rien, qu’elle est moche, qu’elle ne sonne pas. Pire qu’elle chante faux.

Avant de lui asséner le mot de grâce, il l’a regardée droit dans les yeux et lui a envoyé :
- Dis tu vas me disséquer tout le bouquin de cette manière ou bien je t’aurais étranglée avant ?

Célestine - Un étrange parfum



La réponse de la bergère

*
 
Un étrange parfum flottait dans les couloirs
Je l’avais repéré du fond de ce tripot
Où je bossais le soir pour payer mon écot
En servant aux clients leur petit café noir

Il me fallait pour ça tourner la manivelle
D’un vieux moulin au mécanisme réfractaire
Ah j’aurais préféré jouer du limonaire
Que de suer à m’en faire péter la rondelle

Qu’il avait l'air mignon en tendant sa timbale
Je sentis le désir m’allumer comme un feu
Et son regard me mit le corps au bord des yeux

Il m’a aidé à dégripper la manivelle
Il sentait le benjoin, le musc, la citronnelle
On était beaux et fous, on avait la fringale !

JCP - Un étrange parfum


Rencontre en sous-sol

Un étrange parfum flottait dans les couloirs, et je m'abandonnai un long moment au silence qui y régnait, troublé seulement de temps à autre par le grondement plus vif de la circulation, qui parvenait assourdi. Plongés dans le noir, les lieux étaient sinistres, et je déplorai un moment l'incursion aventureuse, qu'une force irrésistible me poussait cependant à poursuivre.

Soudainement parue, une manière de penser inattendue se faisait jour en moi, déplaçant l'idée du comportement face au danger vers des régions nouvelles, où régnait autrefois le plaisir sans partage des moments heureux, chassés aujourd'hui par une crainte raisonnée dont le bien fondé m'échappait. Et je ressentais comme improbable tout retour au réseau des sens, comme au cheminement de la pensée tels qu'ils étaient encore en moi la veille en me couchant. Un bouleversement sans dommages paraissait s'être produit en moi, dès la porte entr'ouverte du sombre couloir, et je sentais courir sur mon épiderme une vague de fourmillements heureux - sans raison apparente.

Curieusement, aucune fatigue ne se faisait sentir à l'issue de cette nuit mouvementée, où le repos avait eu tant de mal à s'insinuer parmi cette foule de cauchemars nouveaux, qui m'avaient assailli la nuit durant, bouleversant mon esprit. Et c'était bien une intelligence nouvelle qui se faisait jour en moi, puissante, rapide et sereine à la fois, ignorante de l'hésitation comme du doute, simple exécutrice des clartés du présent, qu'aucun état d'âme, je le sentais bien, ne viendrait entacher.

On eût dit que mon mental, investi seulement par les froideurs de la conscience pure au service exclusif de la décision juste, avait été libéré de toute pesée de solutions, exempté du raisonnement permanent, et des lourdeurs cérébrales qui sont le lot éreintant de nos sociétés modernes. Ainsi soulagé du fatras des pensées inutiles, mon pouvoir de résolution paraissait décuplé, alors que, entièrement confiant en mes capacités, une incroyable sérénité s'emparait de moi.

Et l'obscurité de ces couloirs inconnus où j'avançais depuis un long moment déjà, en frôlant la paroi sans y trouver d'interrupteur, faisait naître en moi le sentiment paisible de celui qui retrouve les lieux familiers, à l'issue d'une journée bien remplie. Et bien que le parcours dans les ténèbres me soit inconnu, je dus bien constater que mes lèvres affectaient un demi-sourire - que je n'avais pas le sentiment de leur imposer.

De même les effluves chauds, rassurants et renouvelés par vagues, qui couraient à mes côtés encourageaient mon avancée vers un inconnu qu'hier j'aurais fui - aujourd'hui familier sans jamais l'avoir connu... Et, loin de m'effrayer, l'incroyable paradoxe me faisait désirer avec une vivacité folle les rencontres que j'aurais craint la veille.

C'est alors que je le vis.
Il avançait à pas légers dans l'obscurité, mais je distinguais nettement sa silhouette. M'apercevant soudain, il se figea dans une attente bienveillante. Considérant que tel était le rite en ces lieux coupés du monde, je m'arrêtai de même un instant, puis effectuai un pas mesuré vers l'inconnu. Celui-ci répliqua ; je répondis d'un pas plus rapide, et nous fûmes enfin face à face, tous sens en éveil et moustaches entrecroisées, dans le salut coutumier aux habitants de ces couloirs - là.

Car il faut que je vous dise - où avais-je décidément la tête - que, ce matin, au saut d'un lit que je trouvai bien haut, et me faufilant sous un drap tout imprégné de l'odeur terrifiante qui la veille était pourtant la mienne, par je ne sais quel prodige, je me suis vu au matin métamorphosé en rat d'égout.

Il paraît même que je suis beau.

Vegas sur sarthe - Un étrange parfum

Corps à corps


Un étrange parfum flottait dans les couloirs
des volutes flottaient au dessus d'un réchaud
on entendait tourner le cylindre-tuyau
le café torréfiait dans l'antique brûloir.

La fille échevelée tournait la manivelle
brassant à tour de bras les fèves réfractaires
on eut dit la harpie jouant du limonaire
et son chant stridulant me vrillait la cervelle

Que j'avais l'air nigaud en tendant ma timbale
ses yeux me disaient Viens, sa croupe Je te veux 
et sa bouche pulpeuse en moi a mis le feu.

Ensemble on a tourné la grande manivelle
et d'étranges parfums flottaient, immatériels
féroces, veloutés, sauvages cannibales...


Pascal - Un étrange parfum


La fin du monde

Un étrange parfum flottait dans les couloirs. C’était un mélange d’éther, de médicament, de pommade, de drap, de peinture, de fer, et de toutes ces odeurs qui empestent tellement qu’on voudrait brûler ses vêtements à cause de leur attachement de désespérées. L’entrée principale étant fermée à cette heure nuiteuse, j’étais passé par les Urgences…

Pour rejoindre l’hôpital, j’avais roulé à tombeau ouvert ; je me souviens des hurlements du moteur, des crissements dans les virages, des freinages violents et de l’odeur âcre du caoutchouc des pneus sur le bitume. Dans le faisceau des phares, la campagne se découpait en jaune brutal et disparaissait aussi vite dans un tableau noir férocement lavé à l’éponge des tourmentes. Comme dans un mauvais film, je me regardais conduire ; mes gestes étaient affreusement mécaniques ; toutes mes attentions étaient empreintes d’évidence morbide, de désolation sidérale, de funeste avenir. Je voulais nier l’évidence, reculer l’inéluctable ; je voulais le refuser, le réfuter, l’ignorer, refouler cet inexorable à d’autres calendes…

A travers les fenêtres grandes ouvertes, le tumulte des courants d’air s’engouffrant dans la bagnole avait des puissants effluves de moisson, d’herbes chaudes et de gravier goudronneux. Toute la violence du vent bousculait les images de mes impressions mélancoliques ; elles arrivaient en trombe en défilant en désordre. Je pensais à tous les mots gentils que je ne lui avais pas écrits, par oubli, futilité ou paresse, et c’est cela qui me renversait. Je pensais à tous les je t’aime que je ne lui avais pas dits, par orgueil, insouciance ou inadvertance, et c’est cela qui me faisait le plus mal. Je pensais à nos retrouvailles d’antan, nos embrassades, nos épanchements, et à mon air détaché, celui supérieur, celui de l’imbécile parvenu, comme pour lui signifier que j’étais un homme, maintenant loin de ces effusions familiales, et c’est cela qui me chavirait…

Le cadastre du ciel était illuminé d’étoiles brillantes aux scintillements fabuleux et cela me gênait qu’il soit si beau, si constellé, si exubérant, pendant ces moments si terribles. Je les voyais doubles ; innocentes, elles dansaient leurs sarabandes enjouées dans le pare-brise ; amusées, elles sautaient aux mêmes soubresauts que la voiture ; insensibles, elles étaient d’intenses falbalas volatiles dans cette pénombre si féroce…

Je serrais les dents pour ne pas pleurer et je pleurais pour ne pas serrer les dents. Je répétais son nom sans cesse parce qu’il allait tomber en désuétude dans ma bouche de vieil enfant. Là-bas, l’Hôpital de Romans brillait de ses guirlandes de lumières nocturnes comme un vaisseau extraterrestre posé en pleine nature. J’aurais voulu être partout sauf pendant ce périple de chemin de croix. Tout à coup, j’apprenais à devenir orphelin ; je découvrais l’apocalypse ; toutes mes pensées tombaient en ruine…

Je flottais dans les couloirs ; je bousculais les potences, les brancards et les chaises roulantes vides, stationnés sur mon passage ; comme si je la sentais encore, comme si elle me guidait encore, je savais tout de la géographie des lieux ; je m’enfonçais sans nul hasard dans le dédale des étages. Au fur et à mesure de cette insoutenable traversée, comme un mouchoir émotif, j’imprimais tous les moindres détails des décors : ces visages hagards, ces gémissements harassés derrière des portes entrouvertes, ces lumières rouges clignotantes devant les chambres, ces quelques blanches infirmières blasées, ces ombres enfichées sous les chaises d’attente, ces longues enfilades de néons inquisiteurs et ce terrible silence de cathédrale sans Dieu miséricordieux. Je voulais y semer quelques prières savantes ou blasphémer des phrases inconvenantes, pour tenter d’équilibrer mon âme et pour noyer cet implacable. Je transpirais, j’avais envie de vomir, je ne trouvais plus ma respiration, j’avais les yeux en feu, le goût revenant du sang dans la bouche…

Je suis arrivé dans sa chambre ; mon cœur s’est arrêté de battre. Les mains croisées sur le ventre, les yeux fermés, elle était inerte comme sont tous les gisants épuisés après leur dernière bataille ; son visage était froid et enfermé dans un bandage, quand je l’ai embrassée du bout d’un baiser-marmaille. A la source de la fin du monde, mes larmes s’étaient taries, même si je reniflais encore, devant la dépouille de ma maman…

lundi 9 mai 2016

Laura Vanel-Coytte - Un étrange parfum

Un étrange parfum flottait dans les couloirs :
Je relisais les « Fleurs du mal » de Baudelaire
Entre la « charogne » et « Harmonie du soir. »
J’attendais l’heure de mon oral en humant l’air.

L’air de rien, j’étais « El Desdichado » de Nerval
Et j’étais persuadé qu’après mon passage
Je serais « Le dormeur du val » de Rimbaud :
Malgré mon travail, je croyais au ratage.

Un étrange parfum flottait dans les couloirs
Je fus appelée au peloton d'exécution
Mais le tirage me conduis vers le reposoir
De Baudelaire et ses parfums de religion.

Religion de la poésie auquel j'adhère :
Spleen ou idéal , peu m'importe ;
Je lui voue mon âme « Tout entière »
Comme Nerval, l'ivoire m'attire vers sa porte.

Fred Mili - Un étrange parfum

Ainsi soit-il !

Un étrange parfum flottait dans les couloirs. J'étais comme un souris agitant mes moustaches dans tous les sens.
L'odeur m'était familière.
Je n'oserai ici entrer dans les détails.
J'aimais cette odeur.
Elle me ravissait.
Depuis hier elle n'avait pas quitté mon studio.

Fière de moi je l'avais dénichée au Paris'bar. On y faisait toute sorte de rencontres. J'étais une militante active et j'avais subi quelques mauvais traitements lors des manifestations pour le mariage pour tous.
J'étais lesbienne, certes. Mon sexe était ouvert à toutes fantaisies. Tous les objets sexuels étaient les bienvenus dès lors qu'il s'agissait d'une femme pour les manipuler. 
J'étais une inconditionnelle du double dong, partager une pénétration avec une autre fille était jouissif. Ce qu'aucun homme n'était capable d'apprécier.

En aucun cas je n'étais une hommasse. Bien entendu j'avais été mal baisée et bien des fois. Le pilon brise le mil. Je suis lesbienne parce que la langue d'une femme répond à mes attentes.
Jamais pressée.
Fureteuse.
Attentionnée.
Mon clitoris était sensible. Il s’épanchait « rivièreusement ».
J'assumais.
Pourtant.
Je voulais un enfant et le faire dans ces conditions était irréalisable.
J'envisageais bien des solutions.
Qui me heurtaient.
Mes premiers combats furent contre mes parents. Mon père se tétanisa, incapable d'accepter celle que j'étais.
Sa fille… Une…
Choqué.
Ce n'était pas dans son éducation.

Je fus surpris par l'attitude de ma mère. Si mon homosexualité la déroutait elle mit tout en œuvre pour m'aider. Sa tolérance me surprit. Son éducation judéo-chrétienne ne l'avait pas préparé à cela. Elle ne comprenait pas. J'étais sa fille. À ce titre j'avais tous les droits.
Que je fus enceinte troubla mon père. Il vieillit d'un coup, s’émacia s'enfermant dans un mutisme obsessionnel.
Mon fils est né naturellement. Je n'ai aucune idée de qui est le père tant je me suis livrée à maints assauts.
Je l’élève seule.
Ma sexualité est entre parenthèse. Mettre mon enfant au monde fut douloureux. On ne m'y reprendra plus.
Elle est magnifique. Lui donner le sein est un plaisir aussi douloureux qu'exceptionnel. Prendre un bain avec elle est extraordinaire.
Mon seul regret est que mon père soit mort le jour où j'ai donné la vie. 

Où lire Fred Mili

dimanche 8 mai 2016

Semaine du 9 au 15 mai 2016 - Un étrange parfum

Un étrange parfum

Après porte-bonheur, gri-gri, ou même superstitions, nous vous proposons cette semaine de commencer votre texte par cet incipit :

Un étrange parfum flottait dans les couloirs ...

Tout devient possible : histoire d'amour, policière, d'horreur, faites vous (et faites-nous) plaisir. Vos imaginations sont sans limite !

Vers ou prose, à votre choix, bien entendu, à nous envoyer à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires[at]gmail.com
Mais n'oubliez pas que dimanche 15 à minuit, les couloirs seront définitivement condamnés ...