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lundi 8 juillet 2019

Mister K - Discours


Et, chers amis,
Puisqu’il paraît que j’ai cent ans
-Je n’en reviens toujours pas
Et d’ailleurs je ne les fais pas-
Je disais chers amis ici réunis
Puisque l’occasion m’est offerte
Et la brèche ouverte
Et aussi, déclarons-le sans ambages,
Comme vous êtes un peu obligés d’écouter
Par égard à mon grand âge
Je m’en vais vous narrer
Un moment un peu particulier
Cela dura pour moi un peu plus d’une année
Quand pour d’autres la dizaine fut dépassée  
A une époque peut être oubliée     
Vous le savez j’ai beaucoup écrit 
Du plus loin que je me souvienne 
Alors autant que je revienne
A une sorte de parenthèse  
Quinze mois ou seize   
Une incursion que je fis
Dans les littéraires Impromptus
Avant qu’ils ne fussent interrompus
Si le train de ma mémoire ne défaille pas 
C’était en deux mil dix-huit deux mil dix neuf
Et j’y trouvai du sang neuf
Tel un vampire assoiffé de mots, de textes   
Que ce soit à lire
Que ce soit à écrire
Car se retrouvait là une ligue de fins bretteurs
Guettant lundi le moindre signe
Sautant sur la consigne
Et lui tordant le cou parfois par pur prétexte
On n’est pas en reste pour le plaisir des lecteurs
J’y trouvai aussi une belle ambiance
Ça incite à la persévérance et la fidélité
L’auteur – un bien grand mot pour ce que j’écris –
Y fut toujours bien accueilli
Les commentaires en toute circonstance
Y ont contribué
Des signes de partage, de générosité
Et puis les personnalités, les styles,
Je vous souhaite les rivages de telle îles
Que ce soit en prose ou en vers
Son texte expédié par l’électronique courrier

Chacune chacun pouvait se dire 
« A la fin de l’envoi, je touche. »
De quoi être touché
Toutes ces années après…

lundi 24 juin 2019

Mister K - Nouveau partage

Pour l’idée de repartager ces deux participations, la première tombe sous le sens, et la seconde contient aussi le verbe partager. Dont acte !

Impromptu ? (27 septembre 2018)

pour commencer, c’est un espace, c’est ici, on y est bien accueilli, on y pose ce qu’on écrit, quand on a eu envie, et comme ça change toutes les semaines, on n’a pas le temps de s’ennuyer, c’est littéraire oui, il y a des mots des phrases, des textes, des idées, un gros paquet d’idées, pleins de trucs écrits, je ne vais pas vous les détailler, le tout agrémenté de géométrie variable, oui comme pour « l’impromptu musical, pièce instrumentale, il n’y pas de règle de construction imposée », c’est libre, c’est en prose si on l’ose, ou en vers (mais contre rien !) … et j’aime bien…Impromptu, oui, mais encore ?

le thème et la contrainte obligent, poussent dans des retranchements auxquels on ne peut se soustraire, et c’est là que l’improviste surgit, l’improvisé sorte de jazz est là pour peu qu’on le laisse s’installer, un fil presque imprévu pas imaginé qu’on tire, content, qui peut s’étirer ou casser, et c’est l’inattendu, turlututu fétu pointu, qu’on ne soupçonnait pas, l’as-tu vu, un angle ou un schéma, un rythme, une brèche où s’engouffrer, où aller, ce qui tombe sous la main passe par la tête, ça bricole, ça va à la pêche, et puis à un moment, savoir s’arrêter, fermeture éclair, garder des trous, ranger sa pelle, ne pas trop polir pour être honnête, couper court, impromptiser comme on respire vraiment et retenir son souffle, … voilà, fini, plus qu’à attendre … d’être cueilli par ce qu’auront écrit les camarades parce que les imprompteurs des impromptus -découverts récemment -, on les imagine aussi, on les devine un peu, on remarque les styles, en bref on se régale bien !

Plaisirs minuscules (16 mars 2019)

Ephémère ? Trivial ? Insignifiant ? Renouvelable ? Parcellaire ?
Petit ? (Et donc niché ou caché quelque part dans le quotidien peut-être ?)
Invisible ?
Je ne sais pas.
Honnêtement, un plaisir minuscule, je ne sais pas vraiment ce que c’est.

Alors pour tenter de coller à cette expression, pour le plaisir du partage et du clin d’œil, je suis allé pêcher quelques morceaux de l’excellent « How to Be Perfect » de Ron Padgett *

Everything is perfect, dear friend.
—KEROUAC

Dormez un peu.
Ne donnez pas de conseils.
Mangez une orange chaque matin.
Soyez gentil. Vous serez plus heureux.
Faites monter votre pouls à 120 pulsations par minute pendant vingt minutes d’affilée, quatre à cinq fois par semaine en faisant une activité de votre choix.
Espérez tout. N’attendez rien.
Occupez-vous d’abord des choses qui sont à portée de main. Rangez votre chambre avant de sauver le monde. Ensuite, sauvez le monde.
Sachez que le désir d’être parfait est probablement l’expression voilée d’un autre désir, être aimé peut-être ou bien ne pas mourir.
Portez des chaussures confortables.
Extirpez toute trace d’ambition personnelle.
N’utilisez pas le mot extirper trop souvent.
Ne lisez pas le journal plus d’une fois par an.
Regardez les arbres droit dans les yeux.
Ne pratiquez pas le cannibalisme.
Regardez cet oiseau là-bas.

* "How to Be Perfect" from Collected Poems. Copyright © 2013 by Ron Padgett

mercredi 12 juin 2019

Mister K - 14 ans et demi


Quatorze et demi, ce n’est plus quatorze, ce n‘est pas quinze, je suis comme au passage du gué, dans un entre deux finalement, et peut-être bien que ce coup d’œil dans le rétroviseur me renvoie justement à une période, un âge étranges, oui un entre deux qui dirait que le juste milieu n’est pas toujours juste, que l’on ne s’attend pas à grandir plus vite que prévu, quand on se retrouve quelque part où l’on ne se retrouve pas ou plus, qu’on se sait à quoi se raccrocher, car quelque chose a changé, finie l’unité, on ne sait plus à quoi s’en tenir, le cocon n’est plus, et il va falloir nager ou surnager, construire autrement, et tant qu’on ne sait pas, malgré le temps et les détours mieux vaut tenter le gué…

samedi 1 juin 2019

Mister K - Partir sur l'instant

Si l’on me proposait de partir sur l’instant, je me dirais qu’il y a partir et partir, que spontanément ça mérite d’être étudié, car après tout on serait sans doute quelques-uns à le faire, à se poser la question, mais je resterais prudent sur « partir », j’en éviterais soigneusement le côté définitif quant à ma présence sur la planète, au moins pour un temps car je ne maîtrise rien, et je n’exclurais pas à défaut de la privilégier l’idée d’un aller simple, sans retour, ce qui est sans doute le plus réaliste quand on connaît la fiabilité de la SNCF, à supposer bien sûr que ce soit le mode de transport disponible, adéquat et finalement choisi, pour un trajet nullement allégorique où je resterais en vie, voyez-vous, ce qui m’arrangerait, histoire de profiter un peu, de plus je m’interrogerais sur quelques clichés, le « tout plaquer » qui peut me sembler faussement attractif à moins que ce soit de façon transitoire, ou encore l’idée d’aventure au coin de la rue, même s’il faut un coin, j’envisagerais très certainement en pensant à une époque reculée ou future, à une planète lointaine ou un coin inconnu sur Terre, la possibilité d’un voyage dans le temps ou dans l’espace, ce qui avec un peu de chance et de courbure pourrait revenir au même (enfin, quand je dis revenir je me comprends), 
je songerais aussi sérieusement à partir accompagné (et là j’ai une idée, mais c’est privé), même si selon la personne et la destination, et surtout avec l’option retour ou pas, cela pourrait changer la donne, imaginez que je décide de me muer en « bienfaiteur » pour débarrasser l’humanité de quelqu’un de peu recommandable (n’envoyez pas les noms, c’est juste une supposition) même si ça resterait à vérifier,  car rien au bout compte ne garantirait que j’accepte une telle mission sanitaire, à moins que, chaussant mes bottes mentales  pour arpenter l’imaginaire, terrain de jeu favori et extensible à l’infini, magnifique destination ouverte aux possibilités innombrables, je ne finisse par me dire que « L’instant » est le nom de mon voilier, sur lequel, rugissant, je partirais voguer…

jeudi 9 mai 2019

Mister K - Un scénario

  • Alors ?
  • Pas faciles les négociations.
  • Ah bon ?
  • Ils n’ont pratiquement rien lâché. Pas convaincus. C’est moins « avance sur recettes » que « recul sur pognon » ...
  • Et tout tombe à l’eau ou pas ?
  • Non. J’ai réussi à garder quelques miettes.
  • Raconte !
  • D’abord, Le côté remake ne leur a pas plu.
  • Mais quel remake ?
  • L’arrivée du train en Gare de la Ciotat transposée conquête de l’Ouest. Union Pacific, tu vois l’truc. Et fête de l’Union. Inauguration, un truc géant, mais allégorique aussi, quoi !
  • Pfff
  • Toi, t’es là, tu veux raconter une super histoire, ils n’y croient pas. J’ai senti qu’ils n’avaient pas confiance, qu’ils me sentaient absolument incapable et incompétent pour tout raconter en 50 secondes. Même format que l’original pourtant !
  • Ah, les bœufs ! Alors ça va donner quoi ?
  • Ce sera le 7 mai au lieu du 4 juillet. Moins cher, qu’ils disent, et j’ vois pas pourquoi.
  • Et puis ?
  • Comité d’accueil, Rintintin, trop cher et on n’a pas les droits, on prend Riquiqui alias Rikiki. Pas question non plus de grand express, pas de locomotive, un demi-wagon pourri et là j’ai dit non. Question d’honneur.
  • Oui, je te comprends.
  • Finalement, ce sera une tondeuse.
  • …
  • D’occase.
  • Et pour le reste ?
  • La reine de beauté au milieu des majorettes qui fait partie du Comité d’accueil pour inaugurer la ligne, pareil ça a été non, encore pareil, encore trop cher.
  • Du coup tu fais comment ?
  • Ils m’ont filé la Noiraude, une vache recalée du Salon de l’Agriculture.
  • Là, il y a de l’abus.
  • Qu’est-ce que tu veux que je te dise. Ils m’ont quand même dit ok pour le Vieil Apache qui vient manifester « symboliquement » pour la défense des territoires.
  • Ah au moins, t’as pas lâché !
  • Oh, presque, ce sera juste une pancarte avec une tête d’indien peinte, qu’agiteront deux ou trois « manifestants ». Je ne sais pas trop où les placer dans la scène. Parce que…
  • Oui ?
  • J’ retrouve pas bien mon scénario original, si tu veux, avec le bruit d’un train en fond sonore, je montre , juste à côté d’un pré avec la Noiraude qui broute tranquille, une tondeuse pilotée par un vieux jardinier indien, poursuivi par Rikiki. Les spectateurs, ça pourrait bien leur passer au-dessus … non ?

mardi 30 avril 2019

Mister K - La dernière séance


J’y repense
Dernière séance
Triste échéance
Béance
Dans l’enfance
Si j’avais une doléance
J’aurais bien accepté une créance
Sans la moindre préséance

Ça m’aurait changé en toute bienséance
De mornes suppléances
Que je ne nommerai pas déchéance

Et je …

… me souviens j’avais dix ans
Le Vox cinéma de quartier
Dix minutes à pied
J’entamais la collège
J’allais au ciné-club
Une carte qu’on poinçonnait
Dix films dans l’année
Je me recale dans les fauteuils
Je revois les distributeurs de bonbons
Je me souviens d’une panne
Une bobine ça ne tourne pas toujours rond
Et les films c’étaient des classiques
Et c’était magique
Jody et le faon juste le titre
Je sais plus l’histoire
Fantôme à vendre de René Clair
Que je revois un peu
Et puis le plus frappant
Inoubliable et inoublié
Les disparus de Saint-Agil
Michel Simon
Les Chiche Capon…

J’ai su bien des années après
Que le Vox avait été racheté
Puis avait fermé
J’y repense
Dernière séance
Béance
Dans l’enfance

jeudi 11 avril 2019

Mister K - Curieux évènements


Les curieux évènements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en octobre à Neuville.

Le 24 octobre n’était pas un dimanche et resta à jamais une journée particulière.

Monsieur Martin de retour chez lui au matin après quelques jours d’absence releva son courrier, comme à l’accoutumée, un peu avant midi.  
Il comprenait l’unique magazine auquel il était abonné, une carte postale expédiée il y a deux semaines représentant une plage de sable blanc à haute teneur paradisiaque et enfin une enveloppe dont l’ouverture ne manqua pas de le contrarier.
Elle contenait en tout et pour tout la lettre M sur papier glacé, découpée avec soin dans un magazine. 

Monsieur Thomas, le garagiste, décacheta une intrigante enveloppe bleue et découvrit qu’elle renfermait six petits carrés, la totalité des voyelles de l’alphabet, en capitales noir et blanc, découpées dans le journal local.

En plus des deux factures qui avaient passé une nuit très fraîche dans la boîte car elle ne les avait pas ramassées la veille, Madame Dubois reçut un pli cacheté contenant la lettre P.

Chez la famille Richard, c’est le fils aîné qui, en son jour de congé, trouva un B majuscule expédié dans une enveloppe grise.
Mademoiselle Petit attendait tout autre chose que la réception d’un mystérieux D extirpé d’une enveloppe blanche. Cela la rendit fort perplexe et son cœur se mit à battre autrement.  

Cela parut à tous aussi inattendu qu’inexplicable.
L’incompréhension fit son chemin.
Vint l’inquiétude. Oiseau de mauvais augure.
Une menace diffuse d’heures incertaines refaisait-elle surface, onde troublante gagnant la rive ? 

Curieusement, à moins que ce ne soit justement, cela n’avait guère provoqué d’appels, songeaient les gendarmes en allant frapper aux portes.

Les investigations fines, passées les vérifications de routine, n’amenèrent rien qui puisse éclaircir la situation.

En fin d’après-midi, c’est le facteur que l’on trouva inanimé chez lui.
On crut tout d’abord qu’il dormait.
Jusqu'à la découverte d’une tasse vide, sentant le thé, renversé près de lui.
Suicide ?

On s’interrogea. Chercha. Fouilla.
Et l’on finit par retrouver les sacs du courrier de la journée cachés au fond du jardin.
On ne sut jamais pourquoi il avait malgré tout accompli sa tâche quotidienne une ultime fois au pied de la lettre.
Et il y avait une enveloppe dans sa propre boîte.