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dimanche 12 mai 2019

Adel - Un scénario


Brévissime scénario

   Extérieur jour
   Une villa californienne , un 4 juillet 1950 et quelques

Le soleil darde ses rayons au dessus de la pelouse et de la piscine turquoise ; dans un transat jaune citron, Miss Lily O' Sullivan, ex Miss Colorado,( qui a pris quelques kilos depuis son heure de gloire), lit  un numéro presque récent du Reader's Digest; elle porte un bikini rose à pois blancs et d'énormes lunettes de soleil ; elle laisse tomber sa revue, et prend sur la petite table en forme de cœur un verre contenant un daïkiri, qu'elle termine en faisant de grands « slurps » avec sa paille (rose à pois blancs, assortie au bikini)
Passe un vieil apache à la tenue passablement négligée, sa coiffe en plumes est un peu déplumée et un peu de travers, ses mocassins ont connu des jours meilleurs...

                                 Miss Lily 
                  Dites moi, Oiseau-qui-pue-des- pattes...

                                 L'Apache
                   Hugh, Maîtresse, moi avoir déjà dit que moi pas m'appeler Oiseau-qui-
                   pue-des-pattes, mais m'appeler Oiseau-poilu-des-pattes !

                                 Miss Lily 
                   On s'en fout, Oiseau-Machin, ne vous ai-je pas demandé de tondre ?

                                 L'Apache
                    Hugh, Oiseau-poilu-des-pattes  avoir tondu très bien, Maîtresse Oiseau-
                    bec-trop-plein-de-mots : vous vérifier !

Il siffle trois fois, et on voit arriver, la queue basse, ce qui a dû ressembler à un très petit chien quand il avait des poils, mais tient plutôt à présent de l'axololt géant

                                Miss Lily : au bord de l'apoplexie,elle se précipite néanmoins pour prendre la pauvre chose dans ses bras, elle hurle :

                      Saloperie de peau-rouge flétri et puant, vous êtes renvoyé ! Foutez
                       immédiatement le camp et terrez-vous au fond de votre tipi, avant que
                       ma tondeuse ait ratiboisé tout ce qui dépasse de votre immonde
                       carcasse !!!

                                 L'Apache, digne 
                        Oiseau-poilu-des-pattes être très content  rentrer chez lui, où sqaws
                        pas porter vilaine chose couleur saumon avarié, et plus jolies à
                        regarder, HUGH !

Il redresse fièrement sa coiffe et part en chantant « I'm a poor lonesome indian boy, going back to his home, sweet home... »

vendredi 10 mai 2019

Lilousoleil - un scénario


Au défilé de mode


Elle n’en peut plus. C’est aujourd’hui le grand jour ; elle va être couronnée Reine de la montagne sacrée pour la deuxième année consécutive.

En ce 4 juillet de l’année 2000 et des poussières plus les mois de nourrice de la belle, la chaleur est insupportable. Joséphine transpire comme jamais et elle aimerait bien défiler en maillot mais la pudeur oblige une robe de soirée. La sienne est en satin vert jade cousue des propres mains d’une grande dame qui porte toujours des chapeaux ronds comme ceux des Bretons.

Seulement voilà, rien ne se passe comme prévu. Le défilé est prévu pour 17h dans les jardins d’un grand hôtel de luxe. Un vieil apache, Geronimus, oui  il a des ancêtres latins, s’est chargé de tondre la pelouse,  son chien, un petit roquet blanc  baptisé Riquiqui assis sur la tondeuse. Distrait par  toutes ces demoiselles parfumées et attifées, il tourne presque  de l’œil et ne voit pas Riquiqui s’éloigner et se soulager sur une marche herbeuse.

Et lorsque la Belle Germaine, toute de vert vêtue et chaussée de talons vertigineux s’approche en tête de cortège , elle glisse sur une crotte bien faite, et c’est le dos maculé et en compote qu’elle doit défiler. Inutile de dire que la couronne lui échappa !


Où lire Lilou

jeudi 9 mai 2019

Marité - Un scénario

Fête au village.

Ce dimanche 4 juillet, Jarennes, un tout petit hameau d'une cinquantaine d'âmes, perdu dans les collines des Monédières se réveille sous un soleil éblouissant. Déjà, les bénévoles, venus de toutes les communes avoisinantes, s'activent sur le grand pré où, comme chaque année se dresse un immense chapiteau. En effet, ce modeste village attire toujours plus de visiteurs. Pas besoin des réseaux sociaux. Cela fait longtemps que le bouche à oreille fonctionne à merveille et que tout un chacun veut participer aux réjouissances. Tellement que les organisateurs ont dû mettre un frein aux réservations et refuser des inscriptions. On vient de loin pour la fête de Jarennes. Même de Limoges.

On a peine à croire qu'autant de gens se rassemblent ici. On se demande ce qui les attire : la beauté du paysage alentour, la gentillesse des gens, le programme toujours renouvelé et quelquefois insolite, le bon repas servi en soirée, le bal, le splendide feu d'artifice.....Bref. Il y a aujourd'hui, comme d'habitude un monde fou à Jarennes. On assiste à la fête en famille. Les enfants ne sont pas oubliés : des jeux les attendent sur le pré et on peut faire confiance aux jeunes de la commune pour amuser les gamins. Ils ont réinventé les attractions anciennes : jeu de quilles, tir aux boîtes de conserve, mât de cocagne, bilboquet, toupie...On surprend sur le visage des grands parents un air de nostalgie et de tendresse.

On s'apostrophe entre amis retrouvés. On s'interroge autour d'une bière fraîche et essaie d'en savoir un peu plus sur le spectacle produit à partir de 15 heures . Mais les bénévoles restent discrets et gourmandent gentiment les curieux : « un peu de patience, voyons. Si on vous dévoile tout, vous n'aurez plus de surprise ».

C'est le grand moment enfin. Des pétarades se font entendre au loin. Finalement, nous allons assister à un défilé. Bientôt passe devant nos yeux amusés un cortège pittoresque. En tête, « nez de cochon » le vieil autobus à galerie de Milou. Il servait après guerre à conduire les paysannes des petits villages au marché, place de la cathédrale à Tulle pour y vendre leurs volailles, œufs, beurre, légumes, cèpes. Je l'ai emprunté quelque fois dans mon enfance. Il ne faisait pas bon s'asseoir avant d'avoir payé sa place à Anna, l'épouse de Milou. Grande, sèche, une grosse natte brune enroulée autour de sa tête et une sacoche de cuir portée en travers de sa poitrine plate, elle m'intimidait avec ses manières brusques et son franc parler. Qui dérapait parfois. Comment peut-il encore avancer, cet ancêtre  de car ? Pour la circonstance, il a été repeint en jaune vif et a fait son plein d'enfants déguisés qui chantent à tue-tête.

Mais oui. Je ne rêve pas. Attelée à deux chevaux de trait, s'avance la roulotte des bohémiens qui s'arrêtaient dans la commune autrefois. Sylvestre et Amélie, les deux plus grands des enfants fréquentaient mon école quand ils étaient de passage. Un jour d'hiver, les parents ont dû abandonner leur maison ambulante pour des raisons de santé. Qui donc avait récupéré leur bien ? Elle est encore en très bon état cette roulotte. De bonnes âmes lui ont rendu une belle jeunesse et elle passe devant nous, superbe avec ses couleurs vives et ses rideaux tout neufs. Un couple de (faux) gitans conduit fièrement l'attelage.

Viennent ensuite des engins, motorisés ou non, incroyables d'audace et d'ingéniosité. Tout le monde rit de bon cœur et applaudit. Il y a même, accroché à un tricycle, piloté par un polichinelle, un landau rétro dans lequel s'époumone un gros bébé à moustache, un béguin de dentelle rose sur la tête. Il brandit un énorme biberon rempli d'un lait à la couleur bizarre qu'il tête de temps en temps.

Arrive enfin, dans un bruit de tondeuse à gazon, le dernier char. Ne l'ayant pas encore aperçu, je me doutais que l'indien terminerait le défilé. Ici on appelle Francisco l'indien. Il faut dire qu'il n'a aucun besoin de déguisement pour ressembler à un vieil apache : cheveux longs et noirs, yeux perçants, pommettes hautes et cette peau burinée du visage virant au brun-rouge. Pour la circonstance, il a revêtu sa veste à franges et posé sur sa tête un bandeau garni de plumes. Francisco ne se fait jamais prier pour jouer le rôle qu'on lui assigne depuis qu'il habite la région. Il aime raconter que ses aïeux appartenaient à la tribu des Mescaleros au Nouveau Mexique. Qui sait  s'il ne dit pas la vérité ?

Il conduit un drôle de kart, avec un moteur Briggs et Stratton, fabrication maison naturellement. Juste derrière lui, assise sur un vieux siège de moissonneuse que Francisco a installé sur son engin, trône sa squaw. Elle n'a rien d'une indienne notre Raymonde. D'ailleurs, aujourd'hui elle se veut femme fatale, genre Marilyn. Et elle a – presque – réussi Raymonde ! D'où sort-elle cette invraisemblable robe à paillettes  bien trop étroite pour elle ? Et cette couronne dorée ? Elle arbore une belle écharpe sur laquelle on lit : « Miss Jarennes 2015 » Elle balance nonchalamment une ombrelle blanche d'une main et de l'autre, elle sert contre elle son york toy, un chien tellement riquiqui qu'il disparaît totalement derrière son ruban rouge.
Bon. Si Francisco a oublié de se peinturlurer, Raymonde, elle, a forcé sur le maquillage. Et ma foi, elle fait davantage penser à Monsieur Carnaval qu'à une reine de beauté. Qu'importe ! Elle et son Francisco sont, comme chaque année, les rois de la fête. Et ils le valent bien.

Vegas sur sarthe - Un scénario

Cheyenne et Donald

« On doit être le 4 juillet » constata ce matin-là le vieil Apache que ses parents avaient singulièrement baptisé Cheyenne «on dirait bien que les colons se préparent à célébrer le meurtre d'autrui pour le chapardage de nos terres »
En effet dans chaque community, chaque rue, chaque jardin ça empestait déjà le hamburger, la mauvaise bière et le hot-dog.
Il raccourcit machinalement la laisse de « Donald » son chien riquiqui, un chihuahua importé de l'état du même nom et que ces «yankies» auraient grillé sans sourciller pour le glisser entre deux buns !
Les drapeaux flottaient à chaque fenêtre dont certains à bandes bleues en référence à un fameux coloriage d'un président légèrement déconnecté des symboles républicains!

Cheyenne tourna au coin de Park Avenue sur la 116ème Rue barricadée pour la traditionnelle course de tondeuses à gazon dont le premier prix allait être une reine de beauté … à moins que ce ne fut l'inverse ; Cheyenne détestait les courses quelles qu'elles soient.
« Qu'importe » soupira t-il, l'une et l'autre seraient vibrantes, rugissantes, bien carrossées et comme chaque année le vainqueur serait comblé... ou déçu.
Comme Donald se mettait à tirer de manière inhabituelle pour un chien riquiqui, Cheyenne tenta de le calmer d'un sifflement bref mais Donald tirait toujours, le poil hérissé et la gueule écumante.
Devant eux des groupes bruyants surgis des rues adjacentes convergeaient vers Long Island où serait tiré le feu d'artifice... mais il n'était que 11 heures du matin !

« On est bien le 4 juillet » soupira ce matin-là le vieil Apache traîné par Donald son chihuahua importé de l'état du même nom.
« Je me demande si j'ai bien fait de t'acheter ces croquettes chinoises » grommela t-il en tirant vainement sur la laisse.
La veille, une taxe douanière sur les croquettes NestorBio venait de changer la donne …

Maryline18 - Un scénario

Un ruban dans mes cheveux

le soleil disparaissait déjà, derrière les collines, à quelques centaines de mètres du campement. Les femmes en tuniques de coton amples, entouraient le foyer circulaire et soufflaient sur les braises pour qu'elles reprennent. Les préparatifs allaient commencer pour la grande fête qui devaient durer une bonne partie de la nuit. L'air était doux dans la vallée, des chauves-souris tournoyaient au dessus des huttes faites de branchages et d'écorces d'essences diverses. Les enfants jouaient bruyamment, les hommes se reposaient, fatigués de leur journée de chasse.
Le fils du grand chef Apache, choisirait sa promise quand la lune serait là.
Trop d'attentions m'entouraient depuis le matin pour feindre ignorer que j'étais l'élue de son coeur. Sans mots prononcés par aucunes des femmes de la tribu, elle s'étaient pourtant affairées à me rendre la plus désirable possible, et cela depuis le lever du jour. Après une immersion dans l'eau vive de la rivière qui coulait en contre bas, des soins dignes d'un institut de beauté m'avaient été prodigués, suivis de massages prolongés avec une huile de lavande, sauvage et embaumante. Ma peau était plus douce qu'un pétale de rose, plus veloutée qu'une pêche, plus parfumée qu'un champ de fleurs des plus odorantes. Mes longs cheveux avaient été soigneusement lavés, selon des coutumes ancestrales, puis épouillés et tressés. Des bracelets d'étoffes colorées et enchevêtrées, soulignaient mes chevilles fines et mes avant-bras. Un maquillage confectionné avec des ingrédients aussi naturels que secrets, réhaussait mes pommettes. Une cushma d'un beau orangé enveloppait mes formes généreuses.
L'ambiance était joyeuse et familiale ; des rires illuminaient les visages. Tout était prétexte à la moquerie bienveillante, à la taquinerie. On fredonnait des airs, transmis de mères en filles et on sifflotait pour masquer les paroles oubliées. Le jeûne de la journée nous rendait légères et nonchalantes mais nous savions que le repas du soir nous comblerait jusqu'à satiété. Au menu il y avait une soupe de poissons, du singe, des patates douces et des fruits.
Riquiqui suivait de près les préparatifs en jappant gaiement. Il devinait que cette nuit, quelques beaux morceaux de viandes lui seraient offerts, une aubaine pour ce chien qui ne mangeait pas toujours à sa faim. Un mélange de bois brûlé, de fumet de poisson et d'herbes aromatiques s'élevait bientôt en volutes dansantes, au dessus de la marmite. Assise en tailleur, j'humais ces bonnes odeurs en me rapprochant du feu, jusqu'à ce que sa forte chaleur me rougisse les mains et les joues.
Cette nuit, une page allait se tourner. Un très beau chapitre de ma vie allait commencer. Cet homme, bon, droit, courageux et aimant me ferait sienne. Je serais à lui, comme la pluie à la terre, désormais, indispensable à son bien-être. Je l'arroserais de mille façons pour qu'il m'offre le meilleur. Les fruits de notre union se déclineront en autant de bons moments partagés, qu'une ondée matinale possède de gouttes d'eau. Avec mon arrosoir plein d'amour je noierai ses craintes, de vivre un hiver sans baisers. Mes averses de bons sentiments s'infiltreront par les fissures de son coeur trop timoré et emmèneront ses esquisses de projets vers des océans de possibles... Nous sèmerons main dans la main, les graines d'un bonheur tant désiré, écrit, sur les pages de la destinée. nous nous soutiendrons pour ne pas sombrer dans les ornières de l'indifférence silencieuse.
Quelques mots échangés me laissaient présager un futur tellement fertile. Notre union faisait maintenant partie des choses naturelles, de celles qui coulent de source, ce n'était plus qu'une question de temps. La nuit allait sceller nos regards amoureux, nos élans hésitants, nos âmes qui s'étaient reconnues... Les étoiles, nos témoins pour toujours, illumineraient nos lendemains pour doucement guider nos pas sur des chemins fabuleux.
La chaleur me fît glisser dans une douce torpeur. Je m'allongeai sur l'herbe tendre. Bientôt, les corps des hommes sautaient et tournaient autour du feu. J'entendais leurs chants qui m'enveloppaient, qui m'appelaient et je sombrai dans une transe troublante et sensuelle. Il s'approcha et noua un ruban carmin sur l'une de mes nattes. Par cette simple attention, il me désigna, me choisit comme sa reine de beauté, comme son alliée, comme son trophée le plus cher, au yeux de tous. Un trouble immense et une fierté nouvelle me traversaient.
Alors, un ronronnement se fît entendre, tout d'abord lointain, puis de plus en plus fort, de plus en plus près, jusqu'à m'importuner, jusqu'à me sortir de ma douce léthargie. En ouvrant les yeux, je scrutai, interdite, les murs de ma chambre d'adolescente, tapissés d'un paysage bucolique et répétitif. Je me redressai, me penchai, et allongeant le bras, je saisis sur le sol le masque aux longues tresses acheté la veille sur une brocante. Au calendrier mural, le feuillet du 3 juillet 1979 attendait d'être détaché. Je le jetai sur le lit et accrochai à sa place mon deuxième visage. Celui d'un être aimé. Je me levai et ouvris largement la fenêtre. Le soleil brillait déjà, le voisin en profitait pour tondre sa pelouse trop haute. Je respirai par une grande inspiration cette odeur d'herbe fraîchement coupée et descendis saluer Riquiqui, mon caniche blanc toujours affamé !

Emma - Un scénario

Ecrans noirs




C'est un motel sur la route 66, qui va à Santa Fe, ou du moins qui allait, parce que plus personne ne passe par là ; d'ailleurs les pompes à essence ne servent plus à rien depuis longtemps.
Film à petit budget, série B, le décor n'est même pas fini, les collines où flotte encore le fantôme du dernier chaman, Geronimo, le vieil Apache, sont à peine esquissées.
Le motel s'appelle Bagdad café, parce que le type avec des mains énormes assis sur le fauteuil à bascule rentre d'Irak. Il s'appelle Sam Bates, et il est né un 4 juillet, (ce qui n'a pas le moindre intérêt).
Il rentre d'Irak, avec un éclat de métal dans le crâne, ce qui lui vaut une pension et quelques hallucinations. Peut-être une vocation de serial killer, on ne sait pas, lui non plus.
Le plus clair de son temps, il le passe au sous-sol à empailler des bestioles, rats de pampa, serpents, et dernièrement Woolfy, le chien riquiqui de Rebecca, défunté d'un accident de tondeuse.
La dame en rose à la fenêtre, c'est elle, Rebecca, une ancienne reine de beauté dont les photos en permanente choucroutée ornent le bureau d'accueil, entre la bannière étoilée, et une peinture représentant Lincoln graciant une dinde, à la fois daube et fake.
Il l'a ramassée à Woodstock, il serait plus juste de dire qu'ils se sont ramassés mutuellement.

Quelqu'un va dire "action !" et ils vont se mettre à parler.
Rebecca à la fenêtre crie que le dîner est prêt.
Sam essaie d'animer la conversation avec des clients imaginaires.
Son père a fait la Corée, ça c'était du lourd.
- Il vit encore, le vieux, vous savez ? Quelque part dans le Montana, avec trois chèvres et une jambe de bois. Du moins, je suppose, parce que ça fait quinze ans que j'ai pas entendu parler de lui.
Mais son père à lui, Jack, c'te vieille canaille, lui, je l'aimais bien. Il avait fait le "D Day". C'est une tradition de famille, vous voyez. Il était resté accroché par son parachute sur un clocher. Après ça il avait été le chouchou de ces dames. "Petites femmes de Paris oh la la !" (en français dans le texte)
Ça, c'était une belle époque !
Alors Sam se met à chanter "ah le petite vin blanc"
Et il rit. Tout seul.
Mais il déraille, Sam, à cause de l'éclat de métal qu'il a dans le crâne. Parce que s'il avait bien regardé le modèle des pompes à essence, il comprendrait que c'est lui qui va bientôt rester accroché au clocher d'une église de Normandie.

Ils vont se mettre à parler, à moins...
A moins que surgisse un malfaisant avec une mitraillette : tac tac tac tac tac, les cervelles vont gicler sur les murs, fiction pulpeuse. Dans ce cas on ne saura jamais ce qu'ils allaient dire, ni s'ils avaient quelque chose à dire.
Mettons que le malfaisant soit momentanément retenu. Sur un autre coup ou un autre plateau.

Rebecca vitupère :
Sam, regarde-moi ! Parle-moi, Sam, as-tu vu Woolfy ? Réponds-moi, je deviens folle. Ou alors repars à la cabane, va-t'en sur le lac, et restes-y. C'est aussi bien, si tu ne veux plus me parler.
Réponds-moi !
Pourtant tu sais bien l'ouvrir, ta grande gueule, avec tes crétins d'amis en robe blanche d'America first ! Qu'est-ce que tu crois ? que t'as sauvé la patrie parce que ton fils a été réduit en bouillie au Vietnam ? Il était même pas patriote, Charlie, tout ce qui l'intéressait, c'était les filles et sa moto !
Y'a pas que toi qui souffres, Sam, tu crois pas que j'ai hurlé, moi aussi, cet hiver, quand tu m'as laissée seule dans cette grande baraque ?


Ils vont se mettre à parler, à moins...
A moins que ce ne soit pas une toile qu'on se fasse, mais une toile.
Une vraie accrochée à une cimaise.
Et précisément une toile de Hopper.
Dans ce cas les personnages ne disent rien.
Ils attendent.

Mister K - Un scénario

  • Alors ?
  • Pas faciles les négociations.
  • Ah bon ?
  • Ils n’ont pratiquement rien lâché. Pas convaincus. C’est moins « avance sur recettes » que « recul sur pognon » ...
  • Et tout tombe à l’eau ou pas ?
  • Non. J’ai réussi à garder quelques miettes.
  • Raconte !
  • D’abord, Le côté remake ne leur a pas plu.
  • Mais quel remake ?
  • L’arrivée du train en Gare de la Ciotat transposée conquête de l’Ouest. Union Pacific, tu vois l’truc. Et fête de l’Union. Inauguration, un truc géant, mais allégorique aussi, quoi !
  • Pfff
  • Toi, t’es là, tu veux raconter une super histoire, ils n’y croient pas. J’ai senti qu’ils n’avaient pas confiance, qu’ils me sentaient absolument incapable et incompétent pour tout raconter en 50 secondes. Même format que l’original pourtant !
  • Ah, les bœufs ! Alors ça va donner quoi ?
  • Ce sera le 7 mai au lieu du 4 juillet. Moins cher, qu’ils disent, et j’ vois pas pourquoi.
  • Et puis ?
  • Comité d’accueil, Rintintin, trop cher et on n’a pas les droits, on prend Riquiqui alias Rikiki. Pas question non plus de grand express, pas de locomotive, un demi-wagon pourri et là j’ai dit non. Question d’honneur.
  • Oui, je te comprends.
  • Finalement, ce sera une tondeuse.
  • …
  • D’occase.
  • Et pour le reste ?
  • La reine de beauté au milieu des majorettes qui fait partie du Comité d’accueil pour inaugurer la ligne, pareil ça a été non, encore pareil, encore trop cher.
  • Du coup tu fais comment ?
  • Ils m’ont filé la Noiraude, une vache recalée du Salon de l’Agriculture.
  • Là, il y a de l’abus.
  • Qu’est-ce que tu veux que je te dise. Ils m’ont quand même dit ok pour le Vieil Apache qui vient manifester « symboliquement » pour la défense des territoires.
  • Ah au moins, t’as pas lâché !
  • Oh, presque, ce sera juste une pancarte avec une tête d’indien peinte, qu’agiteront deux ou trois « manifestants ». Je ne sais pas trop où les placer dans la scène. Parce que…
  • Oui ?
  • J’ retrouve pas bien mon scénario original, si tu veux, avec le bruit d’un train en fond sonore, je montre , juste à côté d’un pré avec la Noiraude qui broute tranquille, une tondeuse pilotée par un vieux jardinier indien, poursuivi par Rikiki. Les spectateurs, ça pourrait bien leur passer au-dessus … non ?

mardi 7 mai 2019

Tiniak - Un scénario


Scénario pour tout un fromage

J’aime à voir sinuer, entre les fins copeaux de Comté, les reflets verdâtres et veloutés de l’huile d’olive quand, du pouce et de l’index, je fais légèrement osciller ma tartine de pain grillé pendant la pause pub de mon film du soir. Dans ces plages de publicité indigeste, je déteste en revanche voir ces femelles béates devant le prochain bien de consommation sur lequel vont se ruer nombre d’écervelées désespérément en quête d’un brin de reconnaissance. Reconnaissance de quoi donc ? De leur uniformité normée ? Peuh… !

Après le dernier film du soir, j’aime prendre l’air, quel que soit le temps et marcher dans le quartier où je réside depuis plus de trente ans de célibat résolu. Je jette un œil aux nains de jardin du voisin, celui du 40bis, voir s’il n’aurait pas fait une nouvelle acquisition de ces pitoyables mochetés qu’il vient briquer tous les matins avant de se rendre au boulot et le soir au retour, sous le regard flétri de mièvrerie que lui prodigue sa vieille bique de mère, derrière son rideau brodé, par-dessus la jardinière de géraniums rabougris. A pleurer…

Battre lentement les cartes de ma patience, un grand bol de café ravissant mes narines tandis que la radio égraine ses émissions, aussi matinales que je le suis, me procure un plaisir savoureux. J’aime y manifester lascivement la plénitude de mon quotidien solitaire contre les vaines turpitudes qu’assènent, avec une obstination quasi obscène, les prétendues « nouvelles du jour ». Quid novi sub sole ? Des nèfles ! La litanie des bassesses, du pain, des jeux… Du flan !

Elle s’annonce fort belle, cette journée. La lumière est à s’y dissoudre ! On dirait un 4 juillet dans un film américain à gros budget. J’ai bien l’intention de la mettre à profit car demain, à la Maison de Quartier, se tiendront des sélections (des sélections… !) pour désigner la future Reine des Pétasses de notre région. Je file droit vers le fleuve avec, encore en tête, les images confuses et vivement colorées de mon dernier rêve; un de ceux que j’affectionne particulièrement, où je promène, flanqué de mon Âne-Chien, par des rues saturées d’odeurs et sous le vert couvert d’arbres bavards. L'entièreté de mes sentiments s'y répand. Délice !

Ramdam comme prévu, le lendemain matin ! En fermant les volets, j’entrevois l’autre benêt du 40bis sortir son chien ridiculement minuscule dont la clochette tintant à son collier a le don de m’exaspérer. Le jour durant, je me contenterai de l’ombre douillette et enfumée de mon meublé. Pourvu que les voisins n’aient pas la mauvaise idée de jouer de leurs tondeuses durant ma sieste ! Au moment de fermer les yeux, je tends le bras vers la radio qui bruisse sur le guéridon près du canapé. A peine si j’entends les derniers mots du bulletin des actualités…
« …Drame aux élections de Miss Normandie : l’élue du jour a été retrouvée à l’aube, près du fleuve, le corps massacré et odieusement mutilé. Des témoignages concordants lèvent la piste d’un individu aperçu portant un nain de jardin, passablement ensanglanté et figurant le célèbre chef Apache, Jéronim… » - OFF -

 
Peinture d’Art Brut – ©Jaber (Al Mahjoub)