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samedi 24 octobre 2015

Jérôme - L'ombre de ...

l'ombre d'octobre

L'ombre d'octobre date de la plus haute antiquité, les textes les plus réputés l’attestent : que sont d’autres les ténèbres qui, dès la deuxième phrase de la Génèse, se trouvent au dessus de la terre informe et vide ? On se le demanderait longuement sans trouver de réponse satisfaisante. 
Ceci étant posé, l’ombre s’allonge et octobre frissonne. Elle – l’ombre – a gobé d’une même bouchée et septembre et l’été ; et, de l’autre côté de la fenêtre, elle avale patiemment la ville où l’immuable défilé des gyrophares, dans les rues chemisées d’immeubles et cravatées d’asphalte, aveugle les boutiques ornées de décor en plastique et d’enseignes comme tricotées au néon sur les trouées des impasses. En forêt, elle se faufile sur les feuilles chues, entre les troncs dénudés et les champignons de saisons.
L’arrière-saison a beau s’embellir du dénuement noueux des branches et des incendies de feuillages empourprés – mais que font les sapeur-pompiers ? – , l’horoscope avait promis bien autre chose : la plénitude de réveils légers comme plume, frais comme un baptême dans une église de village, des voyages sans absence – au fond des deux Amériques ou à travers la Transylvanie – , des toilettes chics, un trop-plein d’aventure sans déchirement, bref, un plein bol d’énergique poésie.
Mais aussi, quel idée d’y croire ?
Quel besoin de savoir le nom de l’étoile qui a abandonné le gouvernail de ce ciel vide ?
Pourquoi se torturer avec un nœud de cravate pour se faire une situation ? Et à quoi bon s’inquiéter du passage du temps, de la ronde des jours, des nuits et des planètes qui ramenera aussi bien Pâques, la Trinité et la grande ombre qui plonge ?
Il suffit de se rappeler que pour sept, six, cinq, quatre jours encore, octobre est riche à foison de camion rouge, de vélo, de bus et même de voies ferrées en abondance.
Selon son humeur, il offre d’être tour à tour Jean Valjean savourant un café – douce drogue – au Victor-Hugo devant un parterre de convives et de jeunes femmes, ou Sirène guettant gaiement, en terrasse, la sihouette d’Ulysse coincé dans la cuirasse ajustée de l’autobus de la ligne S.
Même – me croirez-vous ? – il abonde de rêve d’opossum endormis, de mignons okapis glapissant des youpis, de cailloux volubiles, de poules caqueteuses, d’Ankou taciturne, de paons – glouglouteux et stupides princes d’orient – et de longs longs longs tamanoirs aux grands cils noirs ourlés de larmes.
Ainsi accompagné, octobre ne manque de rien – et laissera la grande ombre affronter seule les cruels frimas de novembre qui point.

Clémence - L'ombre de ...

L'ombre de…

L'ombre

Ou absence de lumière
Magique et maléfique
Bienfaitrice et ténébreuse
Reste ancrée au fond de moi
Et hante ma vie

Déjà elle plane
Et envahit l'espace

Lançant ses flèches
Acérées

Pavés d'ironie
Explosant sans cesse
Unissons-nous
Réagissons

L'ombre de la peur ne gagnera pas encore cette fois
Le jour encore se lèvera.

vendredi 23 octobre 2015

L'Arpenteur d'étoiles - L'ombre de ...

L'ombre de mon père s'est posée sur mon épaule, il y a déjà plus de dix ans. Comme un oiseau s'appuie sur une branche pour prendre son envol. Ombre, esprit, âme, fantôme, peu importe le terme et peu importe le temps. Elle revient parfois, protectrice, investigatrice, interrogative, drôle ; elle vient peupler à la fois les souvenirs et le présent.
Ombre constructive et déstabilisante, fondatrice et destructive, artiste et pragmatique.
Un jour je serai aussi une ombre perdue dans l'infini et qui viendra survoler les grands arbres des bordures, les à-pics des falaises, les lacs bleus, les déserts brûlants et les troupeaux de chevaux libres et sauvages. Et nous saurons nous reconnaître, tous ceux que j'ai aimés et que j'aime encor ...

jeudi 22 octobre 2015

Fred Mili - L'ombre de ...

L'ombre de mon corps m'agaçait, Elle jouait la dissidente et me contrariait. Bien sûr qu'elle réussît à me faire peur. Elle ne m'obéissait pas. Je fus désarmé face à ses mauvais tours. La vie ne tenait pourtant pas qu'à une ombre mais celle-ci me rendait d'une humeur noire.
Le premier avertissement, je le reçus alors qu'en ombre chinoise je formais un cœur pour mon amoureuse du moment. Je fus dérouté de le voir transpercé. Je tournais la tête, soulevais le drap, j'éteignis la lumière, sans rien voir. Celle qui faisait battre mon organe, déconcertée, me traita de tous les noms, me gifla puis s'en alla.
J'étais abasourdi. Mon ombre me desservait. .  
Au fil du temps qui passait, cette immonde démiurge, cette ombre malfaisante,  continuait de me harceler. Elle m'obligeait à choisir mon trottoir, le côté mal éclairé celui sur lequel elle ne pouvait rien déformer sauf lorsqu'une soudaine lumière se déclenchait.
J'en étais arrivé là, à me cacher du soleil, de la lumière. Cette ombre me pourrissait la vie et bien entendu elle prit un malin plaisir à continuer de le faire. Ses armes factices avaient dissuadé mes prétendantes . Effrayées elles me quittaient la culotte en bas des genoux, le soutien-gorge abandonné sur ma couette.
Je me masturbais violemment au fond du placard dans le noir le plus complet pour être à l'abri d'une arme tranchante, en proie à des envies irrépressibles. Mes amours impossibles excitaient mes sens. Je ne me contrôlais plus.
Mais mon ombre était là, à l’affût.
Fatalement on m'enferma à l'hôpital psychiatrique. Mes névroses s'amplifiaient. Ma conduite devenait irrationnelle. Le corps médical voulait me protéger de moi-même. Je fus immobilisé par une camisole de force alors que sous la lumière blafarde mon ombre se jouait de moi.
Elle plantait épée, couteau, paire de ciseaux, fourchette imaginaires à chacun des endroits que je ne pouvais dissimuler. Plus je criais, plus mes doses de  neuroleptiques augmentaient, seules réponses médicales à mes tourments.
J'avais peur de mon ombre, elle m’épouvantait.
J'avais peur de mon psychiatre, il m’inquiétait.
Ce thérapeute à la paupière fébrile me surveillait, distraitement, il ne croyait pas à mes angoisses , trop occupé à observer les tremblements de sa main gauche. Son état empirait jour après jour. Peut-être qu'inconsciemment son ombre l'oppressait. J'étais contrit pour lui. Le processus s'inversait c'était surréaliste. Un diable livré aux mains de son homologue.
Ma propre ombre me pourchassait, impitoyablement, sans relâche.
Lorsque je fus enfin libéré de mes entraves, je dévissai l'ampoule du plafonnier pour me protéger.  Accroché à la douille je reçus une décharge électrique, ma main resta comme scotchée à la lampe. De mes cheveux à la pointe de mes pieds, mon corps fut arc-bouté, tendu, presque cramoisi. Mes muscles bandés tremblaient sous l'agression des 220 volts.
Le médecin se curait les ongles, indifférent.
Mon ombre s’agitait. Je la regardais se battre contre la violence de la tension. Elle passait par toutes les couleurs. Elle se décomposa, se liquéfia pour enfin disparaître.

Je m'habituais petit à petit à la lumière, au soleil. Mon absence d'ombre ne me rassurait pas pour autant. Je me sentais abandonné. 

Zoz - L'ombre de ...

~L'ombre des blés déborde du sentier
l'été s'étiole en fripoutis épars
gris de ses neiges à venir
il se décroisse au silence bleu des heures
et l'oiseau à son nid n'est plus ..

Où lire zoz ..

Clise - L'ombre de ...

L'ombre de moi-même
Ne me fait plus peur
C'est la lumière que je hais
Je me cache dans ma propre nuit
Je fuis les éclats de ciel
Les éclats de voix
Je me terre dans ma carapace
A l'abri de la vie
Dans la profondeur
De mon désarroi
Je suis né autre.

Où lire Clise

Jamadrou - L'ombre de ...

« L’ombre du passé ne te poursuit plus, elle t’a rattrapé. Regarde, elle t’attend au tournant. Tu devras lui répondre de ce que tu es aujourd’hui, tu devras enfin t’expliquer avec elle, lui dire qu’un jour tu as fuis voulant échapper à la reproduction inévitable de schémas passés. Tu n’as pas voulu te laisser prendre dans l’imbroglio des mémoires anciennes.
Tu vas enfin pouvoir dire à cette ombre que vivre comme tu vis aujourd’hui, c’est avoir enfin accepté d’être totalement différent de la lignée. Tu as su ne pas reproduire de façon inéluctable les erreurs de tes ancêtres ; cette fidélité familiale là, tu l’as totalement rejetée.
Tu es juste fidèle à toi-même. »
-          Mais qui me parle ainsi? La licorne du bois joli ?
Celle qui fait disparaître le diable quand elle arrive ?
Celle qui vit dans cette forêt où l’été est éternel ?
Celle qui porte un grand rayon solaire, sabre du discernement ?
Cette frêle licorne à la force cosmique qui sert de pont entre deux mondes :
le passé et le futur ?
Licorne si c’est toi qui me parles,  regarde bien, tu n’as rien compris.
Au tournant il n’y a pas qu’ UNE ombre mais tant d’ombres qu’il me faudra des centaines et des centaines de pages pour raconter toutes mes histoires de famille.

Il était une fois…

Anne de Louvain-la-Neuve - L'ombre de ...

Mon cycliste à moi

L’ombre de lui, c’est ce qu’il m’restait quand tout fut cuit. Quand,  il s’en fut au vent mauvais, j’en restai paf, toute tristounette, les bras ballants, les poils en berne, le cœur au puits.
Il avait un sacré braquet,  de vélo cet asticot, il était mon péché, un des sept,  des capitaux.Je m’demande encore pourquoi s’il est taillé, sans tambour, sans un mot, sans trompette, mes carnets de chèques et mes valeurs au bois dormant, échappés, envolés. Lessivée que j’étais, juste mes mouchoirs et mes cheveux ternes pour pleurer la belle histoire, ce beau roman, l’amour toujours et les violons.
M’abandonnant lamentable, pantelante, et flagada, ses paquets de clopes, ses vieilles chaussettes, le lampadaire, un vrai foutoir qu’il me laissait, les cale-pieds, ses cassettes de kungfu, la vieille télé et des briquets. Il ne manquait pas d’air, l’animal, avec intérêt et principal, deux roues voilées, là, et de vagues effluves dans notre nid, aigres. Et la rancune, le parfum de son aftershave,  ses aisselles, l’odeur des pétasses qu’il m’ramenait au lit, quel sagouin ce malappris.
Si seulement, il avait été, aussi beau que le charcutier. J’aurais pu lui trouver des excuses, des  circonstances atténuées. Mais il avait une sale gueule d’emmerdeur patenté, ce p’tit branleur pas distingué, toujours à faire les 400 coups, bombance, et la fiesta, avec ses copains, ses casiers de bière, ses chips au sel, pizza et paprika.Et le saucisson du père Justin, Bridou ou Dodu,  peu importait la qualité pourvu qu’il ait l’ivresse, encore mieux que ses maîtresses, les pieds sur l’canapé, les mégots au débouché.
Si seulement, il s’était comporté en gentleman très distingué, des fleurs qu’il m’aurait rapportées, m’aurait parée de colliers et de bracelets en or, en diamants. Se serait prosterné à mes pieds, m’aurait acheté la terre entière pour m’épater, mais il jurait comme un charretier, mentait comme un arracheur de dents cariées, une plaie, qui ne manquait pas d’air. Il m’avait mise sur le trottoir, j’étais d’accord, j’suis une bonne poire.Quand on aime, on ne compte pas ni son temps ni ses avoirs.
Si seulement m’avait laissé la jouissance dans la masure. Mais en cette matière, pas question de faire bonne mesure. M’avait plumé la toison, mangé la laine sur le dos, ratiboisé dans les fondements. J’en serais bien restée là, tout esbaudie et l’âme en miettes, quand il revint tout de go, me sonner sans tralala pour me demander sans plus de façon, si je pouvais, tels des amis, en souvenir du bon vieux temps, lui prêter ma bagnole qu’il ne m’avait pas chouravée, l’occupant, j’avais du bol, à ce moment-là à mon usage et mes clients bien tarifés.  Encore un peu, c’était à pied que je découvrais le pot aux roses. Son sourire faux, ses yeux pervers, ses mots menteurs, un vrai pari que notre fusion, m'susurra-t-il, une belle alliance que nous formions, toi et moi, nous,le fiel fielleux d’un serpent qui se mord la queue, et ces moments merveilleux, moi et toi, nous,le firmament !
Je lui dis oui, comme toujours et sans morfler, suppliant dernier service, s’il le voulait, le désirait, de faire un bout de chemin, jusqu’au p’tit bois, allez, une dernière fois, un p’tit câlin, une sauterie sans façon, au débotté, et gratuitement,  en souvenir de nos instants, des coups de pédale de mon coureur, mon préféré, mon homme sans peur, mon héros de conte de fées, aussi puissant et aussi fort, un athlète, un pur, un dur.
Si seulement il avait eu deux doigts de jugeote. L’aurait stoppé net le vitriol qui suintait de tout mon corps et j’allais lui servir, en surprise papillote, le menu dégustation, apéritif et mise en bouche, plat de résistance et dessert, mignardises et coucougnettes, emballées en point final, au fond des bois, trois petits tours, et il s’en fut. Sous cinq mètres de terre et de  bonne tourbe. Probablement j’en doutais pas qu’il ferait bientôt un super fumier étoilé, un compost de première qualité, car il demeurerait à jamais, le compagnon, l’amant, le prince charmant et des blattes et des vers et des champignons, des bolets, des cèpes et des amanites tue-mouche.

Où lire Anne de Louvain-la-Neuve

Gene M - L'ombre de ...

Extrait du Journal de Laura

22 Octobre 2014

L'ombre de la femme d'en face me terrifie. Immobile, à moitié dissimulée derrière un rideau, elle semble en embuscade. Je ne vois pas son regard mais je le devine. Fixe, sans émotion, elle ne cille jamais. Je sais que c'est moi qu'elle observe....
Elle se poste, chaque soir, à cette heure particulière que l'on appelle entre chien et loup ; moment où le jour bascule dans un crépuscule naissant et où la mélancolie s'installe.

Pourtant j'allais bien.  J'aime mon nouvel appartement avec ce grand atelier lumineux, et ses fenêtres immenses. Ces belles baies qui permettent à cette ombre de m'observer.....

La chance m'avait enfin souri. Mes collages et dessins avaient été remarqués et j'avais décroché une commande d'illustrations pour un livre de nouvelles d'un jeune auteur prometteur. Je me suis mise au travail avec enthousiasme.

Marc, lui va mal. Il ne me pardonne pas mon début de réussite, alors que son livre n'avance pas. Je suis très inquiète pour notre couple.

27 Octobre 2014

Mon travail avance bien, le premier collage est presque achevé et j'ai une belle idée pour la seconde nouvelle. Je me plonge avec bonheur dans le travail, ce qui me permet d'oublier un peu le reste...

Toujours l'ombre de cette femme dans l'immeuble d'en face.
Un souvenir m'est revenu, issu d'un documentaire animalier.
Un échassier, son long bec tranchant comme un sabre, l'œil froid, en partie caché par un arbuste, guettait une petite proie. Le commentaire assurait qu'il pouvait rester très longtemps à l'affût. Cela m'avait fait froid dans le dos, et j'avais vite changé de chaîne.


30 Octobre 2014

J'avais remarqué le panneau "à vendre" correspondant à l'appartement de l'ombre. Etait-il possible que quelqu'un habite encore l'appartement. J'étais intriguée.

Marc a été odieux une fois encore. Il ne cesse de dénigrer mon travail.
Il a fini pas partir en claquant la porte.

Je m'absorbe dans le travail pour oublier les colères de Marc.
Pourquoi ne peut-il se réjouir de la chance qui s'offre à moi ?


3 Novembre 2014

Je suis encore bouleversée par ce que je viens d'apprendre.
J'ai questionné la gardienne au sujet de l'appartement d'en face, sans parler de l'ombre, bien entendu.

- y a t-il encore quelqu'un dans l'appartement ?

- Non, vous savez, la dame, qui habitait cet appartement, était médium. On disait qu'elle parlait aux morts et qu'elle avait des visions. On l'a retrouvée morte, il y a trois mois. Elle était près de la fenêtre, agrippant le rideau dans sa main. On a dit que ses yeux étaient pleins d'effroi...

Marc m'a frappée aujourd'hui...


Extrait d'un quotidien

Une jeune femme Laura H. a été frappée de plusieurs coups de couteau par son compagnon Marc G. Emmenée à l'hôpital , elle a juste murmuré :
le .. danger à l'intérieur, pas à l'extérieur.


Lilousoleil - L'ombre de

L’ombre de la grande Coco, se profilait dans l’atelier de couture d’Emilienne.
Emilienne est née avec le vingtième siècle. A cette époque, même si l’école était obligatoire il y avait des manquements à la loi. Pourtant Emilienne adorait l’école et chaque fois elle s’y rendait elle travaillait avec plaisir. La maîtresse l’aidait de son mieux. Elle adorait les livres et ne perdait jamais une occasion de lire. Las, les petites filles étaient souvent sacrifiées pour s’occuper des frères et sœurs ou pour aider la mère. Et pour aider la pauvre Emilienne n’était jamais en reste. Faire le ménage dans les maisons bourgeoises comme on disait dans les temps anciens. Les femmes de ménage venaient le matin de bonne heure pour aider les servantes commensales. Entre serpillière et balai, chiffon à poussière et seau d’eau, Emilienne se dépêchait : plus vite le travail serait fait, plus vite elle partirait pour l’école. Les temps ont bien changé.
Un lundi matin en arrivant,  elle apprit par hasard que la petite bonne Vivi, à peine plus âgée qu’elle avait été renvoyée. On chuchotait des mots dans les couloirs ; renvoyée, faute, malfaisante, elle s’est fait biquée, enceinte, un polichinelle dans le tiroir. On riait sous cape de la mésaventure, on se gaussait à petits rires étouffés. Emilienne ne comprit que le mot « renvoyée » et elle eut un pincement au cœur car elle aimait bien Vivi. Personne à part la lingère ne prit la défense de cette petite. Sa mère lui dit de remplacer Vivi en plus de son travail habituel et Emilienne pénétra pour la première fois dans la grande bibliothèque.  L’odeur de papier ancien, de parchemin, de vélin, de cuir et d’encre flottait dans l’air ; l’encre comme à l’école. Elle n’avait jamais vu autant de livres. Elle ignorait que cela puisse exister. Elle dut s’asseoir… Elle avait le tournis. Elle se laissa choir près d’une petite table.
C’est alors qu’elle aperçut un livre ouvert. C’était plutôt une sorte d’album.  Une gravure de mode, un dessin à la plume, montrait un enfant apparemment un garçon qui jouait au sol avec une robe. Elle n’avait jamais vu de petit garçon en robe… Cela ne se faisait que dans la « belle société ». Sur une autre page, elle découvrit une poupée. Elle  fut très émue. D’abord parce qu’elle n’en avait pas ; en fait de poupée elle jouait en cachette avec les petits chats : il y en avait tant autour de l’immeuble, ensuite parce que la robe à volants était magnifique. Elle se souvint, alors que la maîtresse avait un jour expliqué que les poupées n’avaient pas toujours été des jouets mais des mannequins. Elles servaient à exposer les modèles que créaient les couturières. Emilienne tourna les pages à la recherche d’autres modèles, d’autres mannequins.
Coudre, elle savait mais bien coudre, couper et créer elle ne savait pas. Elle se confia à la lingère qui lui conta la vie de Gabrielle Chanel. Emilienne se mit à rêver. Elle eut envie de toucher les tissus, doux, soyeux, chatoyants colorés. Elle eut envie de voir de vraies dentelles. Elle avait tant aimé « Au bonheur des dames » d’Emile Zola. Elle aurait voulu ressembler à Denise…peu importe, elle avait son modèle, elle serait dans l’ombre de la grande Coco elle suivrait son chemin….

mercredi 21 octobre 2015

Pascal - L'ombre de ...

Cauchemars

L’ombre de sa main caressait mon visage pendant ces cauchemars de jeune désespéré. Alors, entre larmes et sueur, les carnages s’argentaient, les orages s’essoraient, les mirages s’estompaient. En brûlant, les chimères arides se disloquaient contre les murs de la chambre ; les monstres alignés s’ennuyaient jusqu’à se dissiper en frissons dans mon dos ; les sables mouvants se refermaient avec la couverture tendue ; j’avais pied dans les abysses insondables du fond du lit ; les déferlantes naufrageuses des draps froissés s’épuisaient ; les plus terribles poisons de gorge sèche avaient leurs antidotes avec un seul verre d’eau ; l’Horreur s’éloignait de ma chambre…

Ma joue se réchauffait lentement. Confidente de cette jeunesse angoissée, maman me murmurait des mots de tendresse, des mots qui repoussent les démons dans leurs forteresses, des mots qui racontent des aventures de chevaliers aux grandes hardiesses, des mots, comme des formules magiques, qui rendorment, loin de toute rudesse…
Bercé encore, j’écoutais la cadence apaisante de sa respiration maternelle ; là, entre les draps dentelle, la nuit redevenait fidèle ; aux anges, je retrouvais les ailes ; aux Enfers, j’avais refermé la porte pénitentielle, à la noirceur des Délires, je voyais la Lumière au bout du tunnel…

Inexorablement, la tiédeur de l’oreiller m’aspirait dans un nouveau sommeil ; le sang ne coulait plus, les loups s’étaient tus, les serpents ne sifflaient plus, les fantômes devenaient superflus, les écorcheurs s’étaient rendus, les monstres étaient repus…

JCP - L'ombre de ...

     


Temps Premier

Ou : "Les amants de la plage"

L'ombre de la mer, dont on apercevait encore miroiter les scintillements bleutés sur le dos de la dune, était tout ce qui demeurait de la vaste étendue des eaux, dont témoignaient encore de pauvres flaques parmi les rochers.
Inexorable, le fluide nourricier avait fui sans pitié l'homme et ses embarcations, couchant celles-ci, désolant celui-là.

On offrit des sacrifices humains, on invoqua les dieux Puissants et, en effet, l'ombre de la mer s'en fut et des eaux bleues, plus belles encore, revinrent pour un temps - avant de se retirer encore et laisser place à l'ombre de la mer.

Un peu de sang versé pour tant d'eau poissonneuse, c'est sous le regard débonnaire des dieux que l'avantageux échange persista longtemps.

Mais hélas, la part des sacrifices humains excédant celle des naissances - et faute de penseurs à écouter -, la terre se dépeuplait chaque jour plus encore.

Et l'on vit bientôt, demeurés seuls au monde, un homme et une femme s'enlacer tendrement, à l'ombre douce d'un Pommier en fleurs* - auprès des flots marins accouru là tout exprès.
Alors que l'ombre de la mer retirée inondait le visage des amants de papillons bleus, on entendit la voix douce d'Ève susurrer à l'oreille attentive d'Adam :
"- Enfin seuls !..."

* "Chargé de fruits mûrs" selon d'anciens Écrits, dûs à d'improbables descendants des amants de la plage qui - pour cause - témoignent de ce qu'ils n'ont pas vu...


mardi 20 octobre 2015

Lorraine - L'Ombre de ...

L’OMBRE D’UN HOMME

L’ombre d’un homme s’est clouée sur mes yeux
Les a fermés au bonheur
Comme on ferme un cercueil
Il est mort et je l’aimais

L’ombre d’un homme est passée devant moi
J’ai marché dans cette ombre
Quelques pas, juste assez
Pour reprendre ma solitude

Il n’est qu’un amour vrai
Les autres sont pépites
Qui brillent et s’éteignent

L’ombre d’un homme s’est clouée sur mes yeux


Où lire Lorraine

Prunelles - L'ombre de...

Tranche de vie

"L'ombre de la rivière a frayé ce matin. Je l'ai vue par paquets se diriger vers la gravière, papa.
Dans deux mois ce sera l'estivage. Demain, je passerai chez les cousins et nous aménagerons un coin, pour installer les ruches en adret sous les pins.

- Je peux venir avec toi ? Il y a des rhododendrons, du sainfoin, des framboises, vers chez Julien ; c'est bon pour les abeilles. D'ici peu les myrtilles seront en fleurs. Les étoiles de l'astrance ... c'est bientôt le moment. On pourra peut-être voir si je peux dessiner les grandes gentianes et les cœurs échancrés du géranium des Pyrénées ? Même si la floraison est tardive, le port de tête de la plante ...

- Il est grand temps pour moi de préparer la migration. Demain, tiens-toi prêt à six heures. On va voir les cousins."


lundi 19 octobre 2015

Lily - L'ombre de ...

L’ombre de ton sourire
Plane sur ma vie
L’ombre de tes soupirs
Règne sur mes nuits

L’ombre de tes silences
Dans le soir m’assourdit
L’ombre de tes murmures
Me berce sans bruit

L’ombre de ton amour
M’éclaire quand je prie
L’ombre de tes adieux
En une larme m’éblouit


Où lire Lily

Albiréo - L'ombre de ..

LA PIPE ET LA GUITARE

L'ombre du crépuscule se répand dans le vieux château. La pluie crépite sur les tuiles. Dans le CABINET DES CURIOSITÉS, ça grince, ça chuchote. C'est l'heure à laquelle les objets s'animent. La pipe de Georges Brassens crachote un nuage bleu :
  • Hum, hum... tu es réveillée ?
La guitare d'Elvis Presley frémit de toutes ses cordes.
  • Maintenant oui, chantonne-t-elle.
  • Entends-tu la pluie sur le toit ? Ça me rappelle le jour où j'ai rencontré Georges, soupire la pipe. C'était il y a longtemps, très longtemps. J'attendais dans la vitrine d'un magasin que quelqu'un veuille bien m'adopter. Le temps menaçait. De gros nuages emplissaient tout le ciel. Je les observais quand un pardessus s'interposa entre eux et moi. Surmontant le pardessus, une moustache, un regard fixé sur moi. Au-dessus du regard, un chapeau. Puis le clic de la porte qui s'ouvre, quelques paroles, une main qui me saisit. Georges, car c'était lui, m'examine, me caresse, me porte à sa bouche et m'achète. À peine sorti du magasin, il bourre ma tête de tabac, craque une allumette. En quelques bouffées, la chaleur, la fumée m'envahissent. Nous flânons, heureux, moi pendue à ses lèvres, quand une goutte me frappe, puis une autre, et encore une autre... La pluie nous rattrape, tourbillonne autour de nous ; les gouttes grésillent sur mon foyer, je m'étouffe. Georges tente de me protéger du bord de son chapeau, mais l'eau gicle sur le tabac incandescent. Au moment où j'allais me noyer, un toit providentiel surgit. Une jeune femme magnifique - elle avait quelque chose d'un ange - nous offre un p'tit coin de parapluie. Elle nous accompagne jusque devant la porte de Georges, nous sourit, nous quitte. Il me semble avoir vu alors une larme rouler sur la joue de Georges... à moins que ce ne soit une goutte de pluie... En tout cas, je sais qu'il a fait de cette rencontre une chanson, sauf qu'il s'est donné le beau rôle. Il raconte que c'est lui qui abrite la jeune femme, mais c'est faux ! Je le sais, j'y étais..
La guitare d'Elvis sonne un la de compréhension :
  • Tu sais, Elvis aussi... Écoute ça : il était très jeune et pas encore connu, mais je l'accompagnais déjà partout. Un jour, on a dormi dans une maison qui louait des chambres aux voyageurs. On y est restés quelques temps, on s'y trouvait bien. Le soir, Elvis me sortait de l'étui, me serrait contre lui et grattait mes cordes de ses doigts experts. La musique jaillissait, je lui offrais des sons nouveaux, puissants, pour porter ses textes. Dans cette maison vivait un jeune garçon aux jambes faibles, cerclées d'un appareillage en métal. Il venait nous écouter, il dansait. Il avait un jeu de jambes plutôt cocasse avec son appareillage. Genoux fléchis, pieds écartés, il tricotait un peu de la guibolle, tout en se déhanchant. Hé bien, tu sais quoi ? Elvis s'est inspiré de cette danse, l'a travaillée, et c'est ce qui a fait une partie de son succès, et aussi de son scandale dans l'Amérique puritaine de l'époque !... L'enfant s'appelait Forrest... Forrest Gump je crois... Il me semble même qu'on a fait un film sur lui...
La guitare se tait dans un vibrato nostalgique. Puff, puff... la pipe souffle un souvenir de fumée. Dans le CABINET DES CURIOSITÉS d'autres objets se racontent. Là-bas, la plume de Jules Verne prend des notes...

Laura Vanel-Coytte - L'ombre de ...

L'ombre de ce(ux)que j'aime

L'ombre des paysages où j'ai vécus et/ou vibrés plane sur moi comme une protection invisible contre la violence et la bêtise du monde. Sans fermer les yeux, juste par la pensée, je retrouve leurs odeurs, leurs couleurs, leurs bruits. Je sens dans ma bouche le goût de noisette des côtelettes d'agneau de Casablanca, je touche le tissu que mon mari fabriquait dans l'usine qu'il dirigeait là-bas. Je sens le vent de la vallée du Rhône ralentir la progression de mon vélo dans la Drôme des Collines. Je prends à nouveau les lacets de l'Ardèche au-dessus de la rivière de montagne qui menaçait de déborder. La basilique de St Quentin se dessine au loin lorsque nous arrivons chez mes beaux-parents. Je frémis de peur et de nostalgie mêlées en passant au milieu des coteaux de Champagne. Je remonte la colline qui mène à l'atelier de Cézanne juste au-dessus d'Aix-en-Provence. Je découvre avec émerveillement la basilique Sainte-Sophie même si je l'ai vu cent fois dans des livres. Je sens mon corps bouger au-dessus des vagues de la Manche dans le ferry vers l'Angleterre. J'échange mon premier baiser dans la forêt noire allemande. A l'angle de la rue montante vers notre villa, le petit cimetière ariégeois apparaît. Je me marie à nouveau en Auvergne: c'était bien , comme un cliché vrai, le plus beau jour de ma vie. La Sagrada Familia est aussi époustouflante dans la réalité que dans la biographie de Gaudi. L'avion descend vers la lagune et Venise surpasse mon imaginaire littéraire et pictural. La bière des petits bistrots de Belgique le dimanche coule dans ma gorge, l'ambiance y est si bon enfant. Nous partons à la recherche de bisons de Lozère mais le brouillard est si dense que tout y disparaît. Je visite la Pinacothèque, le Louvre, le Jeu de Paume, Orsay, l'Orangerie, le Luxembourg, le musée Delacroix, André, Le, Le, le Petit-Palais. Je trotte d'une exposition à une autre, avide d'art.. Je m'arrête devant les œuvres, leurs contours ou les idées qu'elles véhiculent. Le lac Léman s'étire entre Suisse et France, me rendant mon reflet lors de notre premier voyage. J'ai tout de suite aimé Villefranche sur Saône et son musée Paul-Dini. Je mange un steak américain dans un bistrot sympa de la Grand-Place de Lille. Le Palais du Facteur-Cheval est bien l'architecture idéale d'un génie. Je comprends en le traversant pourquoi le Vercors a abrité tant de luttes. Deux séjours sur la Côte d'Azur et Marseille furent pluvieux. Ça n'atténuait pas leur intérêt.
Je pourrais citer d'autres lieux tant les paysages sont ceux de mon âme. Ils me permettent de faire pâlir les moments de doute ou de peur à l'ombre de leur aura.

Où lire Laura Vanel-Coytte

Vegas sur sarthe - L'ombre de ...

Revenante



L'Ombre de Dracula planait sur le château
à en faire trembler la lune grimaçante
on eut dit qu'on buvait aux gorges innocentes,
au mur était inscrit un sanglant... Hémato.

J'ai toujours eu la poisse et comble de déveine
je suis Ô... Nom de Dieu, donneur universel
des vampires la proie crue, à la croque-au-sel
un nectar raffiné coule dedans mes veines.

J'allais périr ainsi quand je lus dans la glace
ce prénom Otaméh signé au rouge à lèvres
qu'une belle de nuit avait calligraphié.

Bien vite au creux du lit je lui chauffai la place
ainsi donc ce frisson n'était qu'un coup de fièvre
je restai sur mes gardes, abruti, mortifié...

Où voir Vegas sur sarthe et sur ses gardes

Jacou - L'ombre de ...

Histoire en ombre.
  • L’ombre de ta main…
  • Tu commences bien, tu plagies Jacques Brel, maintenant.
  • Mais non, je me suis trompée, je voulais dire:« L’ombre de ton chien et l’ombre de ton ombre se mélangent bien. 
  • Ne me quitte pas, ne me quitte pas
  • Mais non je ne vais pas te quitter. Pourquoi tu dis ça ?
Où lire Jacou

Semaine du 19 Octobre au 25 Octobre 2015 - L'ombre de ...


De belles aventures et de superbes textes autour des 4 titres suggérés lors des deux semaines précédentes.
Merci ami(e)s auteures et auteurs pour vos belles écritures.

Cette semaine nous vous proposons simplement de commencer votre texte par cet incipit :
L'ombre de ...

Ombre d'une colline, d'un bâtiment, d'une personne, d'une âme errante, ou de ce qui vous plaira.

Vos imaginations fertiles et débordantes sauront nous surprendre, nous amuser, nous effrayer,
Envoyer vos participations avant le dimanche 25 Octobre à minuit vers à l’adresse mail habituelle : impromptuslitteraires[at]gmail.com