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samedi 8 avril 2017

Stouf - Avoir un bon copain

Hugues mon frère !!!

Souvent dans ma rue je rencontre mon meilleur pote Hugues qu'est devenu chelou avec l' âge, il se promène en costard cravate dernier cri de chez Hugo Boss et godasses chaussettes de chez ch'sais pas, à 3000 euros minimum et lorsqu' il sort de son 4X4 il marche vite … alors qu' il n'a que quelques dizaines de mètres à faire pour rentrer dans son chez lui où l'attend sa dixième femme (non j' exagère !) .

- Salut gros, ça gaze ?
Je sens bien qu'il est gêné, qu'il n'a pas le temps que le rythme de la ville c'est ça son vrai patron, mais il stoppe tout de même … je suis son meilleur et seul pote.
- Salut gros, franchement, sincèrement. Tu sais bien que je t'aime sans être pédé, que je f'rais tout pour toi, que sans toi ma vie n' aurait pas été la même mais … j'ai pas l'temps aujourd’hui' hui.
- Merdre, tu fais chier gros, t' as jamais d' autres jours tranquilos que le Dimanche matin après ton Jogging. Bon, ben à Dimanche 11 heures devant chez Denis, le bar où on prendra un apéro !
- Okay, vivement Dimanche … merdre, v'là que je me prends pour Michel Drucker !

Là on se marre comme des baleines et nous sommes bien contents de nous être revus … comme des milliard de fois dans nos vies de copains.

Faut dire que quand je suis arrivé dans la rue, j' arrivais d'ailleurs, complètement à l' ouest et je ne connaissais personne … à l' âge de dix ans, c'est pas cool en vérité. Dans la cours de l' école v'là un gros plouc qui me prend la tête entre ses deux grosses battoirs et qui me demande :
- T' es qui toi, sale con, avec un air méchant qui me faisait peur avec son œil droit qu' était blanc, comme crevé.

Puis, par derrière moi j' entends une voix qui s' exclame fermement et de façon tranquille :
- Fait pas chier neunoeil, c' est mon pote, le fils des nouveaux au bout de ma rue !

Ben v' la le neunoeil qui me lâche et se taille à l' autre bout de la cours afin d' angoisser une p'tite nouvelle qu' est perdue elle aussi et qui sera ma femme d'amour tout le restant de notre vie, ma Christine.
- T' as un chlasse copain ? qu 'il me demande le gars que je ne connais pas encore, j'ai des lianes à couper pour faire ma nouvelle cabane dans la forêt
- Ouais, l' Opinel de mon onc Marcel le breton, mais … tu veux pas redégager neunoeil qu' embête la fille au bout de la cours et lui demander à elle si elle veut venir avec nous construire la cabane ?

Wouaaaah … j' me sens tout bizarre d' avoir parlé comme papa parfois et j' aime bien la réaction d' Hugues le balaise qui me dit que c' est ok.
Rétrospectivement j'sais même point comment je me souviens si distinctement de la scène.
Ça discussionne fort à l'autre bout de la cours et pour finir v'là mon Hugues qu'arrive avec la fille qui rigole ( le rire sera son letmotiv toute sa vie … jusqu' a sa mort ) et elle me fait la première bise sur la joue du reste de ma vie. Cool...
- Bon, on y va ? Demande Hugues.
- Où ? Demandons nous de concert.
- A la source dans la forêt où c'est que j' ai besoin de vous mes potes pour construire no'te cabane.
- Moi j' ai mon opinel ! Dis-je.
- Moi j' ai une tonne de Smarties dans mon sac, dit Christine.

Ouais cool … ça devient comme le premier jour du reste de notre vie !

Célestine - Avoir un bon copain

Ma maîtresse a des grâces de chatte au lit le matin sous l'empyrée céleste noyé de nuages brumeux où elle passe ses nuits de jade et de velours. Elle traîne derrière elle un mystérieux parfum, une atmosphère suave et moite de roseau et de fleur, embellie chaque jour des promesses d'un nouveau jour.

Ma maîtresse aime les fables que raconte le ciel à travers les étoiles. Elle écoute festoyer dans la Voie lactée d'improbables dieux grecs, se battre à coup de tonnerre galactique Hercule contre Orion. Elle court sous la feuillée à demi-dévêtue dans l'espoir d'apercevoir dans un coin de l'azur Circé ou Perséphone. Et les tempêtes qu'elle préfère sont celles du soleil.

Ma maîtresse noie dans le lait son paradis et mon enfer, accrochant des éclairs de lune à son corsage et des diamants à ses yeux pâles d'avoir trop veillé. Des vagues de songes lui prennent l'âme tandis qu'elle contemple l'horizon infini, et quand elle me caresse sous ses doigts alanguis, j'aimerais être son ami, son amant, son mari ! Mais je ne suis qu'un chat. A peine, pour elle, un bon copain…

Et demain elle me quitte pour aller retrouver ses bonheurs d'astronome ... Son septième ciel ...
O Betelgeuse, et Altaïr, princesse de la nuit, et Vega la rebelle en toge de brocart, et toi Antarès au cœur si flamboyant, ne me la prenez pas trop longtemps, j'aime tant ses caresses et le feu de ses mains sur mes pattes endormies.

Où lire Célestine

Saraline - Avoir un bon copain

« Avoir un bon copain,
Voilà ce qu’il y de meilleur au monde, onde,onde !! »

Ce refrain-là, je l’ai tant entendu quand j’avais encore des nattes (que je détestais parce qu’elles me valaient de trop longues heures de démêlage, tirage de cheveux…) que je suis incapable de dire autre chose que ce qu’elle disait cette chanson des années trente !

Je me souviens surtout que mon père insistait beaucoup sur « C’est plus fidèle qu’une blonde… »

J’en ai oublié presque tout le reste, je me souviens seulement que c’était un air « martial » et entraînant… et que mon père disait l’avoir apprise lors des marches qu’il effectuait avec ses « copains » du chantier de jeunesse.

…et je vous parle d’un temps… ou le mot copain avait encore un sens, même une fois sorti des cours de récréation de l’école élémentaire.

vendredi 7 avril 2017

Tisseuse - Avoir un bon copain












Trois p’tits ballons
Liés par de petites mains
Trois p’tits ballons
Parlent à nos cœurs enfantins

Trois p’tits ballons
Nous disent la fête
Trois p’tits ballons
Se paient notre tête

Trois p’tits ballons
Font penser aux copains
Trois p’tits ballons
Pour alléger le chemin

Trois p’tits ballons
L’amitié à tout crin
Trois p’tits ballons
Ça tient à un brin

Trois p’tits ballons
S’étalent sur un mur
Trois p’tits ballons
Qui nous rassurent

Trois p’tits ballons
Un peu triste c’est certain
Trois p’tits ballons
Il n’y aura plus personne un matin

(écrit au lendemain de l'anniversaire de mariage de mes meilleurs amis)

jeudi 6 avril 2017

Arpenteur d'étoiles - Avoir un bon copain

Un bon copain et une bonne copine, voisin, voisine ...

Nous sommes au milieu des années soixante. J’ai l’âge de l’apogée de l’enfance. Dans la plénitude de l’expérience acquise, juste avant les tourments existentiels et hormonaux de l’adolescence.

La petite Odette adorable et drôle. Nous sommes voisins et amis comme on peut l’être à cet âge. Sans concession, sans calcul non plus. Son frère s’appelle Yves. Il est brillant, ingénieux, habile et plein d'humour. Il doit avoir trois ou quatre ans de plus que moi. Nous jouons sans cesse ensemble. Il imagine des scènes, nous distribue les rôles. Toi tu serais paysan, toi infirmière, moi chanteur. Un jour je fus « agent de maîtrise » en ignorant fichtrement de quoi il s’agissait. Mais j’étais assez fier de ce titre dont je sentais confusément qu’il put représenter une certaine autorité, ou pour le moins une vague compétence. On bâtit des constructions audacieuses en Mécano. On joue avec nos Dinky toys et Norev, avec des soldats en quantité. Aussi des cyclistes qui avancent à coups de dés sur le carrelage, ou à coups de billes dans le jardin. Je me souviens aussi d’un jeu d’échec géant en carton et papier.

Yves a une chambre bien à lui. Les murs sont couverts de photos de ceux que l’on commence à appeler les « Idoles » et d’une collection ahurissante de porte-clefs. Il lit Salut les Copains et un magazine extraordinaire : "Top". J’ai conservé, je crois les avoir encore, bon nombre de numéros de cet opuscule hebdomadaire (ou mensuel, je ne sais plus) de petit format. Il regorgeait d’informations sur les vedettes et les sportifs de l’époque (Hervé d’Encausse avait atteint la hauteur fabuleuse de quatre mètres vingt cinq en saut à la perche), mais aussi sur l’actualité au sens plus large. Pour ma part, j’étais abonné à Record, émanation de Bayard ô combien catholique. C’est pourtant là que parurent les premières bandes d’Iznogoud, du professeur Rosbif de Gotlib et les premiers dessins de Dubouillon.

Bref. Le propos n’est pas là.
Dans la chambre d’Yves il y a un Teppaz et plein de quarante-cinq tours. Il y a aussi un transistor rouge et beige, avec sa grosse roue en plastique permettant la recherche des stations. On écoute SLC passionnément, jamais d’accord sur les qualités comparées de Sylvie et de France Gall, de Françoise et de Sheila., d’Adamo et de Richard Anthony. On mange des Regalad et on boit du Pschitt citron. Yves lui, est fou d’un groupe devenu mythique : les Shadows. A longueur de jeudi, on écoute Apache, Kon Tiki, Shadoogie … Ils accompagnent un autre mythe de la variété britannique : Cliff Richard. C’est du rock bien propre sur lui, plus Beatles que Stones. Mais, ce qui fascine Yves, ce sont les guitares. Une Fender « Stratocaster » et une basse « Precision Bass » (comme si c’était hier). On dirait aujourd’hui, « des trucs de ouf », ou « qu’ils déchirent leurs races », ou encore « de la zik qui le fait grave ». Nous on disait qu’ils étaient vachement bath …

Profitant de l’atelier de son père au sous-sol de la maison, Yves décida de se fabriquer une guitare électrique. Ce qu’il fit en quelques semaines. Elle était jaune, brillante. Il avait bricolé un micro placé sous les cordes, un vibrato, une pédale ouah-ouah et une espèce d’ampli nasillard mais qui remplissait sa fonction première : faire du bruit. Avec un ami de son âge, Robert (comme quoi on peut être yé-yé et avoir un prénom à béret basque) il se mit à jouer les tubes de ses idoles. Pas si mal. Pas très bien non plus, mais tout le monde était content. Ils étaient les rois incontestés du mediator. Ecoutes, répétitions, écoutes, répétitions … Puis un jour : concert. Ou plutôt ultime répétition, juste pour la grand-mère … et nous bien sûr.

La grand-mère, c’est une petite dame à mise en plis qu’elle recouvre prudemment d’une caroline en plastique transparent les jours de pluie. Manteau en ratine beige et cabas pour le marché. Des lunettes toujours perdues quelque part, mais un œil frisant et bien souvent un gâteau au four. Bref c’est Mémé Schmidt et puis c’est tout. Elle se plie à peu près à tout ce que ses petits-enfants veulent, compris devenir une fan de roquanrol qui fait bien du bruit mais j’ai aussi été jeune à leur âge, alors pensez donc. Elle serait plus Jean Lumière ou Luis Mariano si on lui demandait son avis, mais on lui demande pas et la voilà devant l’ampli et les deux godelureaux concentrés quoiqu’un brin hilares. Ça fait un mois quelle les écoute essayer de jouer et qu’elle entend, malgré elle, les disques des vrais musiciens (les chats d’Oze, mais c’est où Oze ?).

Première mesure et pas une fausse note, pas un dérapage, pas une erreur de rythme. C’est carré, propre, presque joli. A la fin du morceau, elle se lève, applaudit et félicite les musiciens. Mais Mémé Schmidt elle a plus d’un tour dans son sac.
- Tiens, c’était pas mal, jouez encore, mais une autre chanson, celle qui a un nom bizarre, un truc avec nougat … Malaise dans le groupe. On tente un repli
- Heu, on l’a pas répétée celle-là, on peut refaire Apache, si tu veux, Mémé ..
- Non, non, la chanson du nougat. Mémé insiste.

Bon ! On se concerte dans le groupe (ils sont deux, je le rappelle) et on tente l’intro de Chattanooga choo choo. Cacophonie, outrage, déception et petit sourire du public.

Et oui, mes petits, je ne me fie plus aux apparences à mon âge, pensez donc ! Je l’ai bien vu le fil du tourne disque derrière vous …

Et voilà toute l’histoire, bien innocente je le confesse.


Bricabrac - Avoir un bon copain

Copain comme cochon

Quand je rentrai des collines, le représentant m’attendait dans la cour. Il voulait savoir si j’avais réfléchi depuis la fois dernière. Bien sûr que j’avais réfléchi. Je n’ai personne à qui parler de toute la journée, alors je ne fais que ça, ruminer. J’étais même arrivé à la conclusion que si je gardais l’idée de semer la luzerne sous couvert, il fallait que je la sème sous orge de printemps, qui est peu sensible à la verse, ou bien sous tournesol, à condition de choisir une variété demi-précoce. Il fallait le faire avant Pâques, afin qu’elle soit vigoureuse au moment des saints de glace et de la lune rousse. J’avais tâté le sol, il était correctement ressuyé. Si le temps restait à l’est, comme semblaient l’annoncer les nuages pommelés du côté de Sens, je pourrais commencer demain. Au semoir ou à la volée ? Cela dépendrait de la météo. J’espérais surtout que le vent serait sec. Mais aux offres que m’avait faites le représentant la semaine passée, à son catalogue et aux promotions du mois, je n’avais pas eu le temps de penser. Je ne me rappelais pas non plus dans quel coin de la grange j’avais pu fourrer les échantillons qu’il m’avait laissés.

« Ça ne fait rien, dit-il. Cherchez pas, j’en ai d’autres. » Je le trouvais louche. Son œil droit était tourné vers Migennes, le gauche vers Ferrières-en-Gâtinais. Si je renonçais à semer la luzerne sous couvert et m’orientais vers un semis classique, je pourrais, après un bon chaulage de redressement, ensemencer la parcelle en jachère, où ne poussent à ce jour que des cosmos et des phacélies. Je pourrais aussi l’associer à de la fétuque ou du sainfoin pour améliorer les rendements. Quand s’ouvriront les fleurs violettes, en juillet, ce sera beau. Pour l’heure, il y avait de grands champs rectangulaires, les uns du jaune bouton d’or du colza, d’autres du carmin du trèfle incarnat. J’avais l’impression d’avoir étendu ma lessive sur l’herbe des collines, des draps immenses et colorés qui ondulaient sous le vent. Il suivit mon regard. Je me demandai si son strabisme faisait que ses nerfs optiques, en avance sur la saison, mélangeaient à la fourche les légumineuses et les crucifères pour le fourrage de mes placides bœufs charolais.

« Vous êtes bélier ou capricorne, demanda-t-il ? Cherchez pas, j’ai votre dossier. Taureau, c’est ce que je pensais. Et un peu de laitières, si je me souviens bien. » Je l’ai mieux observé, quelque part entre le mufle et les naseaux, faute d’avoir sous la main un filet à papillons pour attraper ses yeux, dont l’un observait les formes des nuages, leurs croupes lourdes qui moutonnaient en direction de Joigny, et l’autre contemplait les pissenlits et les primevères fleurissant entre les pavés. Depuis le temps que je vis seul, j’avais l’esprit émietté comme la terre d’un bon lit de semence, où ma pitié soudain poussa dru. Qu’il ne soit pas venu pour rien. « Qu’est-ce que vous avez, qui me sortirait de ma solitude ? » Il s’anima comme sous l’aiguillon du bouvier et courut à sa voiture garée sous l’orme de la cour, dont le hayon était levé.

« Cherchez plus, attaqua-t-il, j’ai ce qu’il vous faut. » Il sortit du coffre une pleine volière de hérons garde-bœufs, tout juste arrivés de Tanzanie, en plumage nuptial, la tête et le dos orangés, le bec jaune. « Au printemps, vous ne les verrez jamais blancs comme des aigrettes. Ils vous donneront un coup de main au pâturage, à picorer les tiques et les taons » Chafouin, je fis mine d’hésiter, ce qui le fit charger à nouveau. « J’ai un cochon, aussi, venez voir. Le dernier. On médit à tort de son caractère. Comme copain, il n’y a pas mieux. » Le cochon attendait patiemment, sans grogner, sur le siège passager. Lui ne louchait pas, mais il avait les yeux tristes. Cela créa un courant de sympathie entre nous qui me décida. Nous topâmes, les quatre doigts de sa patte ongulée dans ma main calleuse. Depuis ce jour, je n’eus qu’à m’en féliciter, car jamais il ne s’en dédit.

Vegas sur sarthe - Avoir un bon copain

Aquarium N° 112

Ca doit être ça avoir un bon copain... avant ça je savais pas, j'en avais jamais eu.
On se croisait dans le couloir pour les transferts et moi j'attendais son clin d'oeil roublard comme un rayon de soleil dans nos mornes journées.
Je ne sais pas comment il a fait pour échanger son bracelet avec celui de mon voisin mais on est enfin réunis, aquarium contre aquarium.
Un bon copain c'est celui avec qui on se comprend sans se parler quand tous les autres s'essaient aux Areu pour faire plaisir aux visiteurs qu'on appelle des parents.
C'est lui qui m'a appris à amadouer le petit personnel pour avoir une couche propre, lui qui m'a appris à repérer les tétines au bisphénol A, lui qui m'a appris à simuler les convulsions quand la grosse vache est de service de nuit...
Sans lui je serais rien qu'un baigneur emmailloté parmi les baigneurs, un poisson dans son bocal chauffant, un numéro sur un bracelet en plastoc.
Chaque jour il m'apprend des trucs, des trucs de la vie – même si on sait pas vraiment ce que c'est que la vie – comme ne pas avoir peur la nuit, comment pisser en l'air à l'heure du bain et jouer avec le périscope, comment mettre ses doigts dans ses oreilles quand ça braille trop à côté.
Il dit que notre amitié est indéfectible parce qu'on a été expulsés le même jour dans le même bloc césarienne. Je sais pas ce que ça veut dire indéfectible ni césarienne mais j'ai envie de le croire parce que ça me fait du bien.
Ceux qui lui rendent visite en le regardant bizarrement c'est comme ma famille et c'est tant mieux parce que j'en avais pas avant.
Je sens qu'il va être plus qu'un bon pote, un frérot.
En ce moment on s'entraîne pour combattre le baby-blues; il dit que ça arrive pas seulement aux mamans mais aussi à nous et qu'on va bientôt sortir.
Je savais pas qu'il fallait sortir deux fois mais si c'est le prix à payer pour ne plus subir la grosse vache moustachue du service de nuit.
J'espère qu'on s'en va au même endroit tous les deux parce que je supporterai pas qu'on soit séparés; ça va être relou vu qu'il a pas le bon bracelet mais je lui fais confiance puisque c'est le principe quand on a un bon copain...

L'équipe de nuit vient d'arriver... je me ferais bien une petite convulsion!

Où lire Vegas sur sarthe

mercredi 5 avril 2017

Arpenteur d'étoiles - Avoir un bon copain


Quatorze ans (1968) et deux amis très chers

Le long des couloirs de l’imposant collège, glissent les ombres des pères en soutane et les rangs des pensionnaires. J’ai quatorze ans, des copains une vraie raquette de tennis Donnay, un vrai ballon de foot Duarig. Un printemps de cerisier en fleur, immense et bruissant d’abeilles ivres de pollen. Pourtant j’apprivoise doucement celle qui ne me quittera plus, la solitude.

Ma famille c’est d’abord Elle : un doux visage encadré de cheveux blancs, un regard bleu si tendre, un tablier gris toujours en mouvement devant le fourneau à barre de laiton, un parfum de lavande. L’image simple d’un amour simple. Elle, c’est ma grand-mère.

C’est la classe de la communion solennelle, selon la tradition de l’institution mariste où je suis depuis six années. Trois jours de retraite dans un couvent perdu dans la nature. La vie en communauté, les cellules monacales, beaucoup de sport, des moments de réflexion, les messes, les prières, la chorale élévatrice et vibratoire. Ensemble on chante les cantiques en latin mais, quand les guitares sortent enfin de leurs housses, on chante également ceci :

Quand tous les affamés
Et tous les opprimés
Entendront tous l’appel
Le cri de liberté
Toutes les chaînes brisées
Tomberont pour l’éternité.


Je l’ai vécu ainsi, candide et confiant. Au retour, le collège est clos. Tous les établissements scolaires sont fermés. Grève générale dit-on. La cérémonie aura lieu malgré tout. Des dizaines de prêtres, une armée d’enfants de chœur en surplis blanc et nous en aubes avec croix de bois et cierges, et les grandes orgues de la chapelle. Le soleil traverse les somptueux vitraux classés et nous habille d’or et d’azur. Au repas, la famille, mes chers cousins, un ami. Il en reste deux photos pâlies, prises dans le jardin.


Quelque part à Paris on dit « sous les pavés la plage ». On écrit sur les murs « il est interdit d’interdire ». Partout on entend barricades, Sorbonne, Nanterre, cocktails molotov. Un général président et lettré ressuscite la « chienlit » pour l’effarement admiratif des journalistes. J’ai déjà renoncé à comprendre comment va le monde. Je lis Pagnol et Tintin, Sherlock Holmes et Bob Morane, Colette et Giono. L’oreille collée au transistor rouge et beige, le jeudi après midi, j’écoute Europe numéro un :

Nights in white satin
Never reaching the end
Letter I’ve written
Never meaning the send


Ecoute Frédéric, écoute. Nous avions vingt huit ans à nous deux.
Ecoute depuis le jardin sous lequel tu dors :
Let me take you down, 'cause I'm going to Strawberry Fields.
Nothing is real and nothing to get hungabout.
Strawberry Fields forever …


La révolution est en marche.
Ecoute, Norbert, écoute. Plus tard on sera pilotes de longs courriers.
Ecoute depuis Berlin, ou depuis les Marquises :
Alors chu reparti, sur québecair, transworld, northern
Easthern, western pi pan american
Mais ché pu ou j’chu rendu …


C’est l’année de mes quatorze ans, et la vie s’écoule, remplie de mes rêves d’avenir.

lundi 3 avril 2017

Andiamo - Avoir un bon copain

Ti’pote.

Moi, quand j’étais petit, j’étais pas bien grand ni gros. J’ai grandi mais pas trop grossi. J’causais bien, mais ça suffit pas toujours de bien causer pour éviter les pains. Mon pote qu’on appelait « Ti’Pote », lui, y causait pas bien, mais les pains y les donnait bien.

Moi qui causais plutôt bien, j’y expliquais à Ti’pote les mecs qui m’avaient emmerdé. J’lui expliquais tellement bien (j’expliquais bien, t’aurais vu !) que Ti’Pote y faisait aussi sec une distribution de bourre-pifs, un festival de claques dans la gueule !

Un teigneux, Ti’Pote, et une allonge commack, y s’expliquait à sa manière, t’aurais vu la gueule de l’explication quand le malappris y s’tamponnait le tarbouif avec son tire-moelle rougi par le résiné !

Y m’disait : « mate son tire-moelle, on dirait la balançoire à minets de ma frangine quand elle a ses ours » ! Moi j’savais pas c’que c’était, une balançoire à minets, j’me disais que les greffiers chez Ti’Pote y z’avaient bien d’la chance d’avoir une balançoire. Et puis les ours et sa sœur, j’voyais pas bien ce qu’ils foutaient ensemble. Alors, pour ne pas avoir l’air con, je ricanais bêtement, faisant celui qu’avait tout gambergé.

Son Dab à Ti’Pote, il était terrassier, un métier tellement dur qu’il obligeait les pelleteurs à descendre 6 à 7 litres de rouge par jour, du rouge de chez « Pinard Boutique », sinon y pourraient pas tenir le coup, m’expliquait Ti’Pote. Tu vois, mon vieux, c’est pas qui lichtronne, non, mais c’est comme qui dirait forcé !

Un peu comme les travailleurs de force pendant et après la guerre qui avaient droit à des cartes de ravitaillement plus conséquentes. Car il fallait qu’ils prennent des forces justement. Son père à Ti’Pote y prenait des forces en faisant des repas liquides en quelque sorte… Enfin, c’est comme ça que j’voyais l’truc.

Sa mère à Ti’Pote, au début, j’ai cru qu’elle était peau rouge, elle avait la tronche vermillonne, vu qu’elle astiquait le comptoir de l’épicerie-buvette en face de chez moi. On n’avait pas le téléphone à l’époque, mais des buvettes, ça oui ! C’est là que les gens y causaient, c’est mieux que de jacter dans un bout de plastique et puis ça faisait vivre l’épicier.

Sa mère, donc, elle était drôlement consciencieuse, elle restait à frotter le zinc jusqu’à épuisement, vu qu’elle sortait vachement fatiguée. Pour rentrer chez elle, elle devait tenir les murs. Elle était drôlement courageuse, sa Manman à Ti’Pote.

Il avait des frangines, y z’étaient beaucoup dans leur deux pièces cuisine au bout de ma rue, six ou sept à s’entasser là-dedans. Un jour, sa sœur, elle a vachement grossie, on a demandé à Ti’Pote pourquoi qu’elle grossissait comme ça ?

C’est la première fois que je l’ai vu gêné, il a bredouillé… Trop bouffé, gros ventre comme les lapins quand y z’ont becqueté de l’herbe trop fraîche, sauf que ma frangine c’est des épinards qu’elle a bouffé. Après ça, sa frangine on l’a appelée Popeye, même qu’elle faisait la gueule. Et puis, un jour, on l’a vu la frangine à Ti’Pote, elle promenait sa boîte d’épinards dans une poussette, même qu’elle gueulait vachement la boîte, et qui fallait la changer six fois par jour !

Ti’Pote, il avait un vocabulaire rien que pour lui… Fallait suivre ! Tiens, il avait un vélo, il l’avait équipé avec une fourche cospique à ressort, et même que Ti’Pote il freinait du frein dans les descentes de côtes… Son père aussi, il les descendait les côtes, celles du Rhône surtout.

Et puis il aimait bien les films de Lélardi (Laurel et Hardy) même qu’il s’asseyait sur un nétrapontin quand y’avait plus de fauteuils de libres. Y causait pas bien mais qu’est ce qu’on s’marrait !

Et puis, un jour, Ti’Pote, il est revenu avec une belle cocarde : bleu, blanc, rouge la cocarde. Dessus, y’avait écrit : « bon pour les filles ». Il avait été reçu au conseil de révision, je crois bien que c’était la première fois qu’il était reçu quelque part. Parce que faut dire que personne ne voulait le recevoir, biscotte le gant de toilette, ils se le passaient chez lui, ils se le passaient seulement.

Il était tout content, Ti’Pote, il allait partir en Algérie, lui qu’avait jamais quitté sa banlieue pourrie, il jubilait. J’vas voir la mer qu’il braillait, j’vas prendre le bateau ! Puis il aurait un beau costar kaki, et la panoplie qui va avec, un flingo avec des vraies bastos, lui qu’avait connu que les lance-pierres bricolés avec des « chibrières » comme il disait. Y s’voyait toujours dans sa rue à jouer aux cow-boys et aux Indiens, y s’doutait pas de ce qui l’attendait.

Ça a dû drôlement lui plaire à Ti’Pote, le soleil, la mer, les palmiers, ça a dû drôlement lui plaire à Ti’Pote, parce qu’on ne l’a jamais revu.

Chri - Avoir un bon copain

J’aurais traversé l’Aubrac en pirogue s’il me l’avait demandé.

Non seulement j’aurais caché le cadavre, mais en plus, avant, je lui aurais collé un coup de bougeoir sur la tête et dans le coin du salon s’il avait fallu.

J’aurais déchiré mon manteau en deux s’il avait été assis dans un courant d’air frais. Je lui aurais donné volontiers les clés de ma voiture même s’il n’avait pas eu son permis. J’aurais échangé avec lui ses acouphènes contre tous mes Bach, sa polyarthrite contre ce qui me restait de souplesse, sa scoumoune contre mes anges gardiens s’il l’avait demandé. J’aurais aimé être à ses côtés pour bien me taire, pour s’en dire, pour s’en boire, pour s’en régaler, pour y être, simplement, entièrement, définitivement. Je lui aurais offert des fleurs à chacun de ses anniversaires. Je me serais tenu là où il aurait eu envie que je sois, à côté, distant, éloigné, proche… Je me serais oublié, je me serais rappelé à lui, je l’aurais laissé tomber du balcon, du pont puis j’aurais été là pour le ramasser, dakiner ses plaies, réduire ses fractures, plâtrer ses membres. Je lui aurais lu des livres s’il avait perdu la vue, j’aurais goûté ses plats si on lui avait coupé la langue, je lui aurais coupé sa viande s’il n’avait pas été végétarien. J’aurais été, pour lui, mieux que son frère, mieux que sa sœur et bien au-dessus de ses cousins germains. Je l’aurais appelé Jeff, L’Auvergnat, Train-Train enfin, j’aurais fait comme il voulait, je me serais foutu un peu de son nom, de savoir s’il en préférait un à un autre. Pour moi, c’était LE mien. Je lui aurais dit du mal des femmes si une l’avait quitté, du bien des hommes si un l’avait secouru, du bien de Dieu s’il avait eu la foi, de notre terrible condition s’il avait été athée. Je l’aurais secoué s’il avait été hésitant, calmé si ses nerfs lui jouaient des tours.

Je lui aurais donné mes coins à champignons si j’en avais eu, j’aurais adopté son chien s’il n’en avait plus voulu. J’aurais arrêté de fumer s’il avait eu une sale tâche au poumon…

Ce gars là, celui que j’appellerais pudiquement mon bon copain, avec une manière de ne pas trop vouloir en faire, ce serait en vrai un ami, MON ami à moi, ce genre de type là, ça ne se trouvait pas dans une botte de foin, ça ne se croisait pas à tous les ronds points de coins de rue, ça ne s’inventait pas d’un coup de palette magique, cet homme il ne me restait plus qu’à le rencontrer…

Ce n’était pas le plus facile.

Laura Vanel-Coytte - Avoir un bon copain

Avoir un bon copain, c’était bien
Mais il est mort et j’avais du chagrin

Avoir un bon copain, c’est sans doute bien
Mais je suis plus douée pour les câlins

Avoir une bonne copine, j’ai testé
Mais ça s’est toujours mal terminé

Avoir un bon copain, c’est t’avoir toi
Mon meilleur ami, c’est toi

Je sais que c’est beaucoup pour toi :
Ami, amant, mari, tu es tout pour moi

Avoir un bon copain, pour te soulager
Ce sont les livres qui me font exister

Apprendre et alimentent ma curiosité
Du monde et de toi qui est ma priorité.

Semaine du 3 au 9 avril 2017 - Avoir un bon copain

"Avoir un bon copain" (ou une bonne copine, c'est selon) est le thème que nous propose cette semaine Andiamo !

En poésie ou en prose, à votre choix, votre texte doit nous parvenir d'ici dimanche 2 avril minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com