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jeudi 21 décembre 2017

Abagendo - Foire aux thèmes

Les Impromptus sont littéraires. Ils sont brillants, souvent. Mais tout va trop vite…le sujet de la semaine me demande un temps de maturation ; j’ai besoin de le laisser stagner, de le laisser faire roue libre dans un petit coin de ma tête.

Alors ?

Je rêve d’un peu de continuité….d’un petit personnage suffisamment vague pour que tout le monde puisse l’adopter, avec un nom qui ne serait ni d’ici ni d’ailleurs, qui serait homme, femme, enfant ou sage vieillard, au gré de l’Impromptu qui le mettrait en scène…à diverses étapes de sa vie ; pas un extra terrestre, non, car il aurait nos émotions, vivrait avec nous la Saint Valentin, Noël, les élections, pourrait même faire partie d’une chorale, d’un club de randonneurs ou d’athlétisme.

Les participants pourraient repartir à zéro pour une aventure individuelle ou choisir de filer l’histoire d’un autre.

Un truc un peu genre les Shadocks, si vous voulez.

jeudi 3 novembre 2016

Abagendo - Demain

- Je ne veux pas y aller, je ne veux pas y aller, je te dis que je n’y vais pas.

C’est la même chose tous les lundi matin : impossible de faire un pas de plus.

Ça commence le dimanche soir : un malaise diffus ; la certitude qu’elle ne pourrait pas mémoriser ses tables de multiplication, et la certitude que le maître allait les lui faire réciter, comme ça, dès son arrivée, juste parce qu’il savait parfaitement qu’elle ne les savait pas. Non pas qu’elle n’ait pas vraiment essayé. Non, c’est seulement que ça ne restait pas dans son cerveau.

À cette époque-là, on avait cours le samedi aussi. Le samedi après-midi, on avait musique. La veille, le vendredi, donc, elle avait révisé son carnet de solfège : deux petites pages, format 10x15, pleines de portées et de notes. Une horreur, l’angoisse absolue. Il fallait chanter en « disant les notes », pas seulement savoir la mélodie, (ça elle aurait peut-être pu)….. Mais jamais elle n’avait pu lire les notes. Alors, elle employait les grands moyens, écrire au crayon, en appuyant bien fort : do, ré, sol…etc….puis un coup de gomme, et en avant pour le quart d’heure de torture, chanter seule, en battant la mesure, (2 temps, 3 temps ????) en énonçant des notes déchiffrées au hasard.

Alors, non, le samedi après-midi, elle dit aussi qu’elle n’ira pas.

Toutes les veilles sont dures à vivre ; les veilles d’examens, d’interro écrites, les veilles de choses qu’on n’aime pas….

Elle y allait quand même, le lendemain, quand elle était petite. Alors maintenant ? Faudra-t-il toujours y aller, même en rechignant ?

Tous ces « demain » dont la seule perspective tord l’estomac, noue la gorge…faut-il y aller ?

Et elle pense un peu que les « demain » des vieux sont semblables aux cours de solfège ou à la table de multiplication : on y va à reculons. Surtout ne pas demander de précisions…..


vendredi 28 octobre 2016

Abagendo - Racines

Racines
Dans ma famille, on déménageait tout le temps quand on était petits….
On n’était pas bohémiens…on n’habitait pas une roulotte, mais tous les six ou sept ans, mon père décrétait que l’herbe était plus verte ailleurs. Ma mère pleurait, mais ne s’insurgeait pas ; les arguments relatifs à l’avancement, à la vie professionnelle étant sacrés.
Bizarre : moi je partageais la propension à la bougeotte paternelle : jamais aucune nostalgie, aucun regret : tout départ se devait d’être une amélioration. La maison serait plus jolie, le maître d’école plus intéressant, les copains bien plus marrants…..
Parfois, le désenchantement était de taille. Mais ça ne m’a jamais refroidie.
Alors, à l’âge adulte, la question ne s’est pas posée : les racines ? Ça se transplante, le monde est ma patrie, au diable l’esprit de clocher : on s’expatrie, la fleur au passeport, et on trouve tout nouveau tout beau, s’il vous plaît.
Puis est venu un autre âge, d’adulte un peu défraîchi, avec sa cohorte de modifications, de neurones en sursis…enfin…on a parfois du mal à se reconnaître!
Alors ! Maintenant….je m’attendris devant une boîte à biscuits en forme de France, je fais collection de photos des clochers des villages où j’ai vécu ...

                   

Et  j’ai une affection  particulière pour les calendriers français avec les jours fériés spécifiques :
8 mai, 11 novembre, 14 juillet. Enfin je regarde les prévisions météo d’un pays où je n’habite plus !
Ce sont sans doute mes racines superficielles. Rien de bien sérieux. Mais y a-t-il d’autres racines plus profondes ? Est-ce que ce ne serait que ce petit tissu-là qui nous fixerait ?
Je me demande si j’en viendrai un jour à m’acheter une boule de verre avec effet de neige sur une Tour Eiffel ?

jeudi 15 septembre 2016

Abagendo - Chaque paysage est un état d'âme


Les paysages de montagne ne me disent pas grand-chose. À vrai dire, ils me font même un peu peur.

J’ai 14 ans, de l’acné et le derrière un peu trop lourd….La vallée de la Maurienne et le sac à dos, pendant un mois, ont suffi à me rendre dubitative devant toutes les contrées escarpées. La montagne me semble toujours brutale et coupante.

La mer. Pas de doute, c’est beau….Mais…..sur le sable, on a vite trop chaud….L’eau, ça rafraîchit, mais ça m’impressionne aussi un peu.

J’ai trente ans, je participe à un stage d’initiation à la voile….Je passerai quinze jours agrippée à mon banc, je crois même me souvenir que je poussais de grands cris à chaque fois que le coéquipier virait de bord. Pas assez stable, ce petit Vaurien. On ne m’y reprendra pas.

Oui, il me reste la campagne. Pas de doute, je m’y sens bien.
Du plat, du doux, du vallonné. Une rivière lente et paresseuse. S’il peut y avoir des vaches…quelques chevaux et des moutons, encore mieux. Ça ajoute à l’aspect prospère.

Voilà, j’y suis….mon paysage est une affiche électorale !

jeudi 8 septembre 2016

Abagendo - En attendant la pluie

Un été bien sec et chaud

pluie

Lettre de mon grand-père, datée de septembre 2016.

Tu sais, il y a bien longtemps qu’il n’a pas plu, au moins trois cents jours. Peut-être plus. Au début, on a arrosé les plantes les plus fragiles ; et puis maintenant on ne fait plus rien. Le thermomètre frise les 40º tous les après-midi ; que veux-tu faire ?

Ta mère vient de me dire que le jour où la pluie tomberait, elle danserait (nue) sous l’averse ! Espérons une averse nocturne…il y a quand même quelques voisins aux alentours.
Nous sommes tous les deux assez irrités par les présentateurs météo qui semblent se réjouir de ces températures et de cette sécheresse. Le monde est donc bien fou ? Où iront-ils acheter leurs légumes s’il ne pleut plus ?

J’ai en tête une petite musique très douce : le soir quand je ferme les volets : le souvenir des gouttes qui s’écoulaient en surplus de la gouttière, avant, quand la pluie des étés existait. Et puis aussi, alors là, magnifique symphonie : les voitures sur la route dont les quatre pneus font jaillir de bruyants petits geysers.

On a encore de l’eau sans restriction…mais comme on est prévoyants, on se surveille un peu sur les douches et le lave-linge. On nous conseille une douche de cinq minutes ; je pense que nous en sommes venus à une douche de trois minutes …

(J’ai retrouvé cette lettre de mon grand-père, datée de 2016, il y a vingt ans, donc. Je songe avec envie à ses 40º et à ses douches de trois minutes. Nous en sommes actuellement à une heure d’eau par foyer et par jour, et 40º, c’est en fin de soirée seulement. Les migrations climatiques sont notre dernière chance. Mais où aller ?)

mardi 29 mars 2016

Abagendo - Oeuf

Les œufs d’Ernest

Cette histoire d’œuf et ma qualité de bilingue espagnol /français m’empêchent totalement d’aborder ce sujet d’une façon normale. J’en ai des angoisses et des sueurs froides. Vais-je être taxée de grossier personnage sur un site si bien fréquenté ? On pourrait m’accuser d’avoir l’esprit mal placé…Par ailleurs, malgré mon sens de la décence, j’ai du mal à réprimer une sacrée envie de rire.

Et non, vraiment, je ne peux pas envisager d’écrire ce texte sur les œufs sérieusement. Une partie de mon cerveau est trop imprégnée d’espagnol pour rester impassible en entendant ce dialogue, sur un marché, entre un vendeur et sa cliente :
- Vous avez des œufs, Ernest ?
- Oui, ils sont très gros et bien frais, vous pouvez vous servir.

Je me demande vraiment ce que la bienséance recommande.
Comprenne qui pourra !

vendredi 18 mars 2016

Abagendo - Animal



À Mimine rayée, petite chatte perdue.

Tout avait bien commencé pour elle : une mère toute blanche et surdouée, qui savait ouvrir les portes et se promener sur le bord des fenêtres sans tomber… (Juste une fois, mais c’est une autre histoire) ; une bonne ambiance à la maison, des patrons affectueux, (un petit garçon en particulier qui en avait fait sa copine de jeux.) Tout allait bien pour elle : on savait bien qu’elle ne serait pas aussi débrouillarde que sa mère, un peu moins sociable aussi, mais pas du tout agressive. À vrai dire, en y réfléchissant bien, on avait souvent pensé aussi qu’elle était un peu arriérée, ou un peu autiste.
Quand le moment des grands déplacements des vacances est arrivé, il a fallu prévoir un voyage pour deux chats, en voiture, comme nous le faisions chaque été. (En réalité pour deux chattes et un chaton de trois semaines, né entretemps, et après la chute de sa mère, la chatte blanche qui ne tombait (presque) jamais.
Deux paniers, de l’eau, des croquettes…toute une organisation. Ce qui devait arriver arriva : lors d’une halte, on a ouvert les paniers, pour voir comment ces dames supportaient le voyage : on était dans un petit bois, frais et plein de chants d’oiseaux, on n’imaginait pas le drame à venir. Et puis elles avaient peut-être soif. Comme nous.
La mimine rayée a été plus rapide qu’un éclair. Aucun de nous n’a pu reconstituer sa fuite : elle est sortie par une portière à peine entrouverte, par une vitre à peine baissée, on ne sait pas. Et on n’a jamais plus revu sa belle fourrure rayée tricolore.
La détresse de mes fils a été énorme. Et ce dont je me souviens, c’est de nos efforts pour l’appeler, de toute cette culpabilité qui nous est tombée dessus : comment allait-elle survivre sans nous, elle qui était si peu sociable, incapable de s’approcher d’une habitation, n’ayant jamais su chasser de sa vie…
On est restés une heure dans ce bois. Dans la voiture (fermée), sa mère blanche, paisiblement, s’occupait de son chaton. Elle avait, je le savais, la compréhension plus ou moins globale de ce qu’était un voyage. Pas sa fille.
Au retour, un mois plus tard, croyant aux miracles, nous nous sommes arrêtés au même endroit. On a encore appelé. Une grosse détresse pour tous. J’y pense encore.

samedi 13 février 2016

Abagendo - Beatrice Bougredane


Madame,
Voici déjà plusieurs jours que votre nom me hante.
Je vous dois la vérité : vous êtes tombée dans mon existence à un mauvais moment. Comprenez-moi : plusieurs personnes, tout à fait dignes de ma confiance, m’ont assurée que votre notoriété était telle que je devais, pour relever le niveau de mon blog, consacrer au moins un article à votre  œuvre. Or, je suis absolument incapable, en ce moment, de rédiger quoi que ce soit.
Lundi dernier, je ne savais rien de vous, et je sais que dimanche prochain, il sera trop tard pour faire ce panégyrique de circonstance. Un travail d’investigation long et ardu s’impose, les documents vous concernant sont difficiles à trouver, surtout pour moi qui réside loin de tous les lieux où votre action s’est exercée.
Je sais à quel point notre civilisation vous est redevable, et ce que, même moi, dans mes lointaines contrées, je vous dois ; acceptez donc, que faute d’inspiration, de temps et de documentation sérieuse, je me limite à une immersion littéraire et admirative dans les nombreux articles qui vous seront consacrés tout au long de la semaine dans des sites renommés et bien informés.
Sincèrement vôtre.

samedi 23 janvier 2016

Abagendo - En pente


« -Tu es sur une pente savonneuse », me disait toujours ma meilleure copine ; ça me faisait sourire : pas de danger, je contrôle !
« -Mon fils, vous vous engagez sur une mauvaise pente », m’a dit le curé ; alors là, j’ai trouvé qu’il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Pas de panique, j’assure !
D’ailleurs, en y réfléchissant bien, une pente, ce n’est jamais qu’une côte vue d’en haut. On ne monte pas une pente, on ne descend pas une côte. On peut, à la rigueur, remonter une pente, ce qui implique qu’on vient de faire l’opération contraire.
Donc, moi, si je dévale tous les jours, -et quelquefois plusieurs fois par jour- la pente qui me mène à mes coupables penchants (tiens, là aussi, c’est pentu…), on devrait peut-être considérer que mon retour est en côte et que j’ai droit à toutes les absolutions puisque je remonte la pente, je gravis la côte, je m’élève, que dis-je : c’est une ascension, plutôt une assomption puisque mon corps resplendit de telle gloire que vous en seriez ébloui….
Ce qu’il y a en bas ? Tenez la rampe, et agrippez-vous à mes basques, vous le verrez en arrivant.

jeudi 29 octobre 2015

Abagendo - Une photographie


Pas plus anodin qu’un banc.
Et une photo de banc, ça ne tire pas non plus à conséquence….Encore, s’il y avait quelqu’un d’assis, je ne dis pas, ça pourrait être lourd de sous-entendus. On pourrait penser que la personne est quelqu’un de connu, quelqu’un qu’on appréciait assez pour la photographier. Une femme par exemple….une femme de dos, avec de beaux cheveux sur les épaules…blonde, bien sûr. Jambes croisées, elle regarderait l’eau. On ne voit pas son visage, juste un peu de profil, mais on la devine jeune et élégante. Je sais qu’elle va se retourner vers le photographe et lui sourire tendrement. Lui, il va revenir s’asseoir à côté d’elle, sur ce maudit banc. Il lui passera un bras câlin autour du cou, poignet à demi-caché par les cheveux. J’entends d’ici leurs mots sucrés, leurs pépiements émus et écœurants. À son âge, je croyais que c’en était fini de jouer aux amoureux. Est-ce que je m’assieds sur des bancs, moi, pour regarder des couchers de soleil, le bras d’un type autour du cou ? Est-ce qu’on me prend seulement en photo ? Non, bien sûr, pas de chevelure blonde ni de sourire extasié à exhiber.
Bon, je sais, le voir chialer devant la photo de ce banc vide, ça m’a retournée. Je n’aurais jamais dû la lui montrer.  En même temps, qu’est-ce que vous auriez fait, vous, si vous aviez trouvé une photo comme ça, dans une enveloppe blanche, glissée sous l’essuie-glace de votre voiture ?

Il n’a rien voulu me dire. De toute façon, depuis son attaque, je ne comprends rien de ce qu’il me dit.