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dimanche 18 décembre 2016

Fred Mili - Un plat difficile

J'ai repris l'idée de Célestine pour faire un texte à ma façon avec les mots qu'elle suggérait.

Fête, sapin, étoile, huîtres, guirlandes, boules, rennes, cheminée, lutins, traîneau, grelots, gui, neige, dinde, foie gras, père Noël, cadeaux, bougies, lumières, cadeaux, champagne, houx.

– Merde je me suis piqué le cul avec le houx, brailla la vieille dinde en renversant son verre de champagne.

Pas très étonnant le père Noël sur son traîneau n'avait que sa barbe pour seul artifice et ses grelots s'agitaient chaque fois qu'il se baissait pour distribuer les cadeaux. Les lumières brillaient de tous leurs feux mais sa bougie semblait sur le déclin.

La fête au Club 69 battait son plein alors que chaque mâle tentait de passer sous la porte de verre illuminée de toutes ses guirlandes, sur l'imposte une branche de gui s'étalait, royale, avec pour seul espoir de redorer leur cheminée fatiguée, la franchissant ils espéraient l'impossible.

Chaque année le Club organisait une soirée pour les vieux libertins en mal de souvenirs. De jeunes lutins, flamberge au vent fixant les étoiles s’occupaient des vieilles septuagénaires cherchant à leur offrir un brin de plaisir même si leurs huîtres trop usagées semblaient bien asséchées.

Que les vieux mâles, foie gras en évidence, se jettent sur la corne de renne pour retrouver une fierté disparue n'avait rien d'exceptionnel chacun sait que la neige refroidissait toute velléité, leurs boules n'ayant pas plus de rondeurs que les sacs qui les contenaient.

Seul le sapin restait droit, fier comme un petit banc.

C'était pathétique.


Bricabrac - Un plat difficile

Réveillon

J’étais invité au réveillon. Une fois chez l’un, une fois dans la belle-famille. Ça ne se refuse pas. Je me réjouissais à l’avance de la bûche, qui viendrait après les bouchées à la reine et le boudin. Mais je me perdis dans le quartier et arrivai tard. En outre, j’avais couru les magasins encore ouverts pour trouver des bricoles à apporter, ô trois fois rien, des bagatelles, des breloques, des brimborions, des babioles, quoi. Et une boîte de biscuits roses.

La minuterie s’arrêta sur le palier et, manifestement, s’en alla réveillonner en ville. Je ne lui en fais pas le reproche, c’est Noël. Je décidai de frapper à la porte la plus bruyante, mais j’aurais dû comprendre que je me trompais, car on entendait surtout des hahaha !, des âneries et des aphorismes. C’est Amandine qui vint m’ouvrir, un vrai courant d’air. « Pose tout ça là, me dit-elle. » En m’avançant, je vis Adèle, debout, qui, majestueusement, tranchait un ananas. Autour de la table, j’aperçus Alain, Albert, Alphonse, Adeline, Angèle, Aurore, ainsi qu’une avocette élégante que je connaissais de vue. Je reconnus l’Arpenteur, un collègue, Ali Baba, qui était venu seul, Astérix, seul lui aussi, devant une assiette pleine de restes de sanglier, Assurancetourix, bâillonné en haut du sapin, et beaucoup d’anonymes. J’avais là des amis et des amoureuses, mais Noël est une fête de famille, à la Saint-Sylvestre, c’est différent. Quand ils me virent, un ange passa, qui me cria : « Hé, Bricabrac, tu t’es trompé de porte, c’est celle d’à côté ! »

A nouveau dans le noir, je toquai à la porte de gauche, d’où s’échappait un air de zeibekiko. On ne m’entendit pas. Je poussai la porte. La fête était à son zénith. Zorba dansait autour d’une flûte de champagne, qu’il essayait acrobatiquement d’attraper avec les lèvres. Zorro, tout vêtu de noir, faisait tournoyer au bout de son épée un zeste de Zitrone qu’il avait piqué dans une assiette de zakouski. « Ça va les z’enfants ? », hurlait Zavatta, mais ceux-ci couraient en tous sens en zigzaguant entre les chaises. Il y avait aussi quelques zigotos, et des p’tits zoiseaux qui voletaient tout autour de la pièce en zinzinulant. « Tu as pris la mauvaise direction, Bricabrac », ainsi parla Zarathoustra, qui me zieutait, assis à l’écart comme un vieux sage, et avait remarqué mon état de confusion.

Cette fois, parce qu’il se faisait vraiment tard et pour ne pas lasser les lecteurs, je ne fis pas l’erreur d’aller sonner à la porte un peu plus à gauche, derrière laquelle des yachtmen yankees venus de New York fêtaient Christmas en compagnie de yogis, autour d’une table chargée de yaourts, mais je repartis dans l’autre sens.

Je tambourinai doucement contre la porte sur un rythme de bossa nova et entrai. Le bal avait commencé. Je fis la bise à Bernadette, ma bru, qui valsait dans les bras de Bruno. Une bergeronnette un peu grise sautillait en rythme. « Il ne manquait plus que toi », me dit Babette en me donnant un baiser. Toute la famille était réunie. Les bébés, que le bastringue ne dérangeait pas, dormaient dans leurs berceaux dans une chambre mitoyenne, sous l’œil attendri de Brigitte Bardot, qu’on avait engagée comme baby-sitter. Je fus heureux de voir que les bonobos, qui sont nos cousins éloignés, avaient pu venir. Et même Babar, qui avait quitté son royaume pour passer Noël en famille ! « Au fait, Babar, tu n’es pas venu avec Céleste, elle n’est pas là ? » Il me regarda avec étonnement. « Oh, Bric’, ne me dis pas que tu n’as rien compris à cette histoire ! »

samedi 17 décembre 2016

Célestine - Un plat difficile

Recette : prenez vingt mots familiers de Noël.
Mélangez. Obtenez un conte bien horrible.

Fête, sapin, étoile, huîtres, guirlandes, boules, rennes, cheminée, lutins, traîneau, grelots, neige, dinde, foie gras, père Noël, cadeaux, bougies, lumières, cadeaux, champagne, houx.

***
Cette année ça sent le sapin ! Tante Morticia a décidé de nous pourrir la fête en faisant entre le chapon et la bûche glacée une crise de délirium très gros.

Son dernier verre de Pernod elle l’a bien senti passer dans son foie gras tout gonflé.

Ça l’a envoyée tout droit à l’hosto, en coma éthylique dépassé. Un réveillon cinq étoiles qu’elle nous a offert, la vieille, tu parles d’un cadeau ! Quand on est arrivés, à minuit, on s’est fait enguirlander par l’infirmière de garde, elle avait les boules parce qu’on faisait trop de bruit dans les couloirs. «Debout les morts » ! braillait Oncle Hermann qui s’était déjà jeté trois coupes de Dom Pérignon derrière le nœud pap. « On va m’appeler le veuf Clicquot ! Hips ! »

Les jumeaux Jap et Jan ont fait les lutins, avec leur Q.I. d’huîtres anémiées, ils ont allumé des becs bunsen en guise de bougies. C’était beau, ces petites lumières qui éclairaient le visage blafard de Morticia. Pendant ce temps, cette dinde d’Hérégonde accrochait du houx aux montants du lit et en enroulait du gui autour de la perfusion de la malade. Trop tard ! Le sifflement bien connu de la machine avait un son lugubre en continu qui ne trompait pas.

« T’as l’air d’un renne avec ton nez rouge… Tu t’en es trop envoyé dans la cheminée, ma vieille bique ! » A murmuré Hermann soudain morose comme un traîneau vide sur de la neige carbonique.
Puis il s’est secoué les grelots, et tout en fermant les yeux bouffis de la défunte :
« … Allez, pleurer, ça la fera pas revenir, six roses pour la cirrhose,
et champagne pour les autres! C’est pas le tout, on a une bûche à finir »


Joyeux noël à tous !
¸¸.•*¨*• ☆

Où lire Célestine

Stouf - Un plat difficile

Elsa

Le désespoir est une forme supérieur de la critique, pour le moment nous l'appellerons « bonheur », les mots que vous employez ne sont plus « les mots » mais une sorte de truc à travers lesquels les analphabètes se font bonne conscience.

Elsa avait sommeil tout à l'heure et elle s'est endormie en plein cours magistral de mécanique quantique du prof Christophe Texier de l'université Paris sud (pourtant il caille un peu dans l'amphi, surtout vers le haut des gradins), c'est pas bien.

Ben ouais mais à dix-neuf ans, lorsqu'on aime bien manger dans un bon restau le soir, où la sympa Julia sert un « Lapin chasseur et ses petites pommes de terre », qu'on boit  quelques verres d'un côte de Blaye en Bordeaux rouge, qu'il y a Vladimir qu'a vingt ans et qu'est beau comme un dieu à la tablée et que ça dure jusqu'à pas d'heures... ben on reste et le lendemain c'est dur.

Elle rêve, c'est le sommeil paradoxal, chez papy et mamy en Bretagne et le bonheur dans un jardin au bord de la mer et toute la famille attablée qui rigole, boit et mange « le lapin chasseur » qui s'en fiche puisque il est cadavéré (d'ailleurs ils sont plusieurs parce que y a beaucoup de monde à la table).

Les gosses ont leur tablée un peu plus loin.

Elsa a dix ans et déjà elle se demande plein de trucs dans sa tête. Yannick le binocleu, pourquoi il met son genou droit sur son genou gauche à elle, pourquoi il pleut toujours en Bretagne, c'est vrai que ses vrais parents sont morts et que Josette et Robert ne sont pas ses vrais parents ( c'est Julie son amie, la fille du monsieur qui bosse dans un truc qui s'appelle "ladasse", qui lui a dit) ?

Elsa se met à trembler, elle est agitée dans tout son corps. Chploc... elle réussit à ouvrir un œil.
- OH Corinne, t'arrêtes de me secouer, tu me gonfles ! Y s'passe quoi ?
- Le cours est fini, tu viens avec moi à la cantine, j'ai faim ?
- M'enfin... tu sais bien que je suis anorexique ! Bon okay... je ne le suis plus.

Les nanas sont joyeuses et les gars les matent subrepticement et elles descendent les escaliers pour aller à la cantine.
- Bon dis donc, t'as pris des notes sur le cours ou quoi ? Demande Elsa à Corinne sa copine intello.
- T'inquiète ma grosse, comme d'hab', j'assure ! .

jeudi 15 décembre 2016

Arpenteur d'Etoiles - Un plat difficile


L’invité inopportun

Noël 2005
La maison est chaleureuse et un peu fantastique. Des dizaines de bougies sont disséminées un peu partout et quelques lampes discrètes dans les angles des murs étirent les ombres des objets que leur lumière rencontre. Des photophores colorés descendent des vieilles poutres en bois et font danser leurs reflets dans le cristal des verres et sur la porcelaine fine. Un tulle aérien couleur d’ambre habille l’immense nappe blanche. Le feu dans la cheminée embrase doucement le salon. Le sapin majestueux semble protéger une crèche modeste dans laquelle dort un de nos chats. Des paquets cadeaux attendent tout près dans des emballages dorés.

Nous sommes peu nombreux : quatre adultes et deux enfants, ou plutôt deux adolescents. Les femmes, sœurs jumelles sont belles, un peu coquines, discrètement maquillées. La jeune fille a pour la première fois abandonné ses multiples couches de vêtements pour laisser apparaître quelle femme elle deviendra plus tard : robe noire, quelques grammes de dentelles visibles dans le décolleté sage et des paillettes pour accentuer le regard. Nous, « les hommes » nous avons choisi la version décontractée. Le jeune frère fait étalage, mais dans l’humour, des marques qui attestent de sa tribu du moment. Musique de circonstance, chants de Noël, un peu d’encens, la tête tourne agréablement.

Champagne, puis vendanges tardives accompagnant l’entrée. Puis ensuite, poulet de Bresse aux morilles. Nous parlons des Noëls de nos jeunesses, de l’attente, du vélo rouge que l’on découvre au matin en se baissant sous la table de la salle à manger pour voir, de l’autre côté, le pied du sapin, des oranges et des papillotes. On raconte aux enfants qui font semblant de nous écouter ceux que nous ont racontés nos parents et nos grands-parents. Les Noëls de « pauvres », ceux des gens modestes quand on savait se contenter de si peu, mais où le bonheur était si grand. Quand toute la famille mélomane et musicienne composait une chorale parfaite pour chanter Jésus le Rédempteur. Les messes de Minuit si belles et si … longues. Enfin, tout cela …

Et puis une réflexion anodine. La grande qui s’étonne, qui pâlit, puis qui éclate en sanglots. Son père prend soudain un regard vague. Et puis la faille s’ouvre, une monstrueuse anfractuosité où s’engouffre un torrent de reproches, de non-dits enfin exprimés. L’alcool désinhibe. L’homme devient un justicier, un garant de la morale et des bonnes mœurs, celui qui détient LA vérité, la seule, l’immuable depuis la nuit des temps. Les mots ont été dits, définitifs. Les accusations sont sans appel. Personne n’est innocent ; nous sommes tous coupables d’être ce que nous sommes et de ne pas savoir ou vouloir comprendre.

Les deux sœurs sont montées à l’étage avec les enfants, en larme et en colère. J’écoute seul le long flot de paroles, coupé de pleurs, de gestes brutaux. J’endigue au mieux que je le peux les écarts imprévisibles, les injures dans du verre brisé. Il déchire son couple, le broie, l’écrase et le sanctifie à la fois. Tout y passe, des anciennes histoires aux rares relations sexuelles. Qu’est-ce que j’ai à faire là-dedans, moi ? Que s’est-il passé dans cette fraction de seconde pour détruire une vie ? Après long temps, les mots se firent plus rares, le silence s’installa peu à peu dans une espèce de sidération, d’hébétude.

Il suivit une semaine de tension terrible, de carabine vingt-deux long rifle cachée dans le grenier, de virées folles et solitaires en moto, d’œil au beurre noir, de désespoir et de colère. Et puis plus rien que le silence oppressant de face à face interminables.

Ce soir de Noël, s’étaient invités le désamour, l’incompréhension et la haine. Aujourd’hui tout est consommé ou presque : divorce, séparation. La page se tourne douloureusement, mais malgré tout, elle se tourne.

Dans quelques jours c’est Noël. Un vrai Noël chaleureux et tendre et plein de bonheur …

Pascal - Un plat difficile

Les pâtes de fruit 

"La famille est un plat difficile à préparer. Il y a beaucoup d'ingrédients. Les réunir tous est un problème - surtout à Noël et au nouvel an." Francisco Azevedo.

Tu parles… Selon le degré de parenté, c’est l’octroi, la priorité du repas du 24 au soir ou du 25 midi ; pour les moins chanceux, les moins bien placés, les moins riches, dans la hiérarchie familiale, c’est le 25 au soir. Pareil pour le réveillon du nouvel an. Et puis, cela devient la coutume à ne pas déroger ; untel reçoit tel jour, untel tel repas et untel telle soirée. Sous peine de brouilleries irréparables, les dates sont réservées d’une année sur l’autre… 

La recette de ce plat de résistance ? Les étrennes ! Les beaux-parents de ma fille ont vite trouvé la solution du 24 au soir ! Ils graissent généreusement la patte à leurs gosses et inondent de cadeaux leurs petits-enfants ! Pari gagné à chaque fois ! Même ceux qui habitent loin se débrouillent pour mettre les pieds sous la table à l’heure du repas ! Merde ! Un bon chèque, ça ne se refuse pas et ça met le sourire sur tous les visages !

Et puis, ces chers gâteux friqués, ils ont des ultimatums ! Ils jouent les maîtres-chanteurs ! « Si tu ne viens pas, je donnerai ton chèque à ta sœur et les cadeaux de tes gosses aux siens… » Oui, c’est de l’amour tarifé. Ma gosse est achetée, elle a un prix…

Politiquement parlant, ils ne sont pas franchement d’accord ; il faut juste qu’elle pense à regarder le nombre de zéros sur son chèque pour acquiescer sans broncher aux discours débités par son beau-père. Chef de la maison, il est chez lui, il a tous les droits. Alors, elle se tait. Il a payé pour avoir ses prérogatives, il en profite…

Magnanime, il sert, il réclame les assiettes, il débouche le pinard, il demande d’approcher les verres ! Naturellement, il se vante : « Buvez mon champagne ! Je le fais directement venir de Metz !... Goûtez-moi ce caviar ! Je l’ai commandé à l’épicerie Beluga ! Il est bon ?... Plus c’est cher, plus c’est bon !... Reprenez de la bûche ! C’est le meilleur pâtissier de la ville qui me l’a préparée !... » Il se fendrait même d’un bon rot à la fin d’un plat mais sa femme, l’œil froncé, le foudroie du regard en anticipation dangereuse…

Il prend part à toutes les discussions même si ce qui se dit par les plus jeunes va trop vite pour lui. On ripaille, on a quelques bons mots, on félicite, on s’amuse, parce que, vaille que vaille, la tribu est réunie pour le meilleur et pour le fric…

Le 25 midi, c’est déjà nettement moins festif. D’ailleurs, ils n’arrivent à table qu’après treize heures ; la gratification est moins intéressante… « Y avait les kilomètres !... » « Apéritif ?... » « Non, non… » « Amuse-gueules ?... » « Non, non… » « Resservez-vous !... » « Non, non… » Ils ont des grimaces de mal réveillés et les caprices de leurs gamins, qui ont trop peu de sommeil, électrisent l’ambiance plus que le sapin qui clignote gaillardement sans que personne ne l’admire. Les cadeaux sont à son pied mais on ne songe pas à aller les ouvrir ; on sait ce qu’il y a dedans. Les gamins leur donnent des coups de pied pour jouer au ballon, renversent quelques santons et réclament de rentrer à la maison. On lève le dernier verre de… Badoit en on s’en va…

Le 25 au soir, c’est triste ; il faut supporter leurs gueules de déterrés et on a plutôt envie de leur servir un Alka-Seltzer qu’un verre de Gigondas ; pourtant, on a économisé pour acheter cette fameuse bouteille. Ils ont des haut-le-cœur, ces chéris, en regardant la mayonnaise « fait maison » et leurs gosses dorment sur leurs genoux. En guise de conversation, ils vous bâillent à la figure et leurs yeux clignotent pour ne jamais vous contredire ; ce n’est même pas la peine de parler du dessert parce qu’ils sont à deux doigts de gerber la bûche de la veille… Les papillotes pétards n’amusent personne, et puis, les pâtes de fruit, ce n’est pas bon, on le dit chaque année, et il ne faut surtout pas réveiller les pioupious…

Les blagues tombent à plat, les silences sont pesants et les mastications sont contraignantes. Les cadeaux ? On viendra les chercher un autre jour, pourquoi pas au Noël prochain… Ha, ces cadeaux, ces putains de cadeaux, qu’il a fallu acheter en concertation avec la maman pour ne pas qu’ils aient trop de jouets en double…

Les trois quarts de la bouffe restent sur les bras. Ce n’est pas grave ; on mettra tout dans des Tupperware mais on oublie sciemment de les emporter… Heureusement, la grand-mère a prévu la traditionnelle salade de fruits et on tend les coupes. Bien sûr, les gosses se barrent sans aider à débarrasser la table…

Parce qu’en fin de compte, et entre nous, le repas de Noël, c’est uniquement pour célébrer la réussite des grands-parents. Chacun de leur côté, en guerre interposée, avec les gosses comme soldats au champ de bataille, c’est l’escalade des étrennes, des cadeaux et de tout ce qui peut les attirer dans leur maison. C’est vrai qu’elle est triste, cette grande baraque depuis que les gamins ont déserté le nid ; il faut à tout prix l’égayer, donner encore un peu de sens à cette vie qui s’enfuit… 

Moi, j’aimerais bien avoir ce genre de plainte, j’aimerais bien avoir ce type de problème, pour occuper les fêtes de fin d’année. Je suis veuf, enfin, je suis divorcé, c’est tout comme ; mes gosses ne viennent jamais, je ne peux pas m’aligner. J’habite trop loin et, avec ma retraite de cigale, je ne peux pas me permettre de distribuer à chacun des chèques de soumission. Et puis, ça ne s’invente pas, je n’ai pas les mots chaleureux, le sapin illuminé, la bouteille millésimée à mettre sur la table pour entretenir la magie de l’illusion. Si je me forçais, ça sonnerait faux. Je ne peux réunir autour de moi le parterre de mes gosses hypocrites pour qu’ils écoutent mes discutables leçons de parvenu qui n’est arrivé à rien. Et puis, si ma fille aînée venait exceptionnellement passer le réveillon chez moi, ce serait pour faire sa bonne action et c’est moi qui aurais l’impression imbécile que le père Noël existe…

Jujube - Un plat difficile

Permettez-moi de me présenter simplement, je suis l’œuf mimosa.

On me dispose avec mes semblables sur un plat de faïence blanche listé de bleu, dont la vieille Thérèse est la propriétaire soigneuse. Je ne sais pas si nous sommes sa fierté ou son seul recours, mais lorsqu’elle reçoit la famille, c’est nous qui ouvrons le banquet.

Nous voici donc installés sur la table, bien rangés en rond sur un lit de laitue coupée en chiffonnette.
J’entends déjà les cris d’accueil:

- Ah! Des œufs mimosa! Mamie, tu nous gâtes! Tu les réussis toujours si bien!

Moi qui suis au centre du cercle, rehaussé par un petit tapis de tomate en rondelles, je me dis que j’attire une bonne part de ce compliment, d’autant que je porte une peluche de persil sur chaque moitié pour bien marquer que ma mission consiste à ponctuer l’harmonie de l’ensemble, ce qui me donne une modeste satisfaction.
J’ai entendu une jeunette récriminer:
- Encore des œufs mimosa! Ce que c’est ringard! On se croirait dans les années cinquante!

Oui, Mademoiselle! Je succède à des générations d’œufs mimosa! J’appartiens au patrimoine de la cuisine familiale française! Et je m’en targue! Je ne suis pas servi dans vos boutiques de néfaste food qui vous donnent des boutons ou pire, des bourrelets. Je suis frais, moi, cent pour cent bio puisque j’arrive du poulailler de Thérèse qui nous cueille chaque matin.

Comme mes congénères, je suis né d’une poule bien nourrie qui m’a fait un jaune d’or franc. J’avoue que dans la paille douillette où j’étais chu, dans l’emphase des cris de triomphe de ma mère, je ne prévoyais pas le destin qui m’est échu (c’est vrai, je me plais à quelque rime à l’occasion pour peu qu’on me laisse parler de moi…). Or, voilà que je retrouvai d’autres amis dans le panier où bien que délicatement posés, nous nous sentions un peu choqués. Il faut dire que Thérèse boîte un peu «rapport à ma patte de laine» comme elle dit.

Et on nous mit dans une casserole, dans un bain froid qui peu à peu s’échauffait, devenait brûlant! Gros bouillons, chocs et rebonds, certains en bavaient, mais pas moi qui suis restée intègre et sur mon quant à soi. Un peu de repos me rendit à moi-même, quoique je me sentisse curieusement compact et rigide. Je me dis que je m’étais fortifié dans l’épreuve, sans doute parce que je me souvenais des paroles d’encouragement qu’une vieille poule dispensait à ma mère tandis qu’elle me pondait: «Oui, c’est dur, mais tu le fais! Et tu le fais parce que c’est dur, et comme c’est bien, tu le fais, même si c’est dur! ...» Bref, j’étais devenu œuf dur.

Mais la suite me fut cruelle: pensez à l’humiliation de perdre sa coquille, de se retrouver tout nu en compagnie de mes semblables aussi nus que moi! Et pas moyen d’échanger nos impressions, car une main me cueillit dans le plat, une lame me trancha, une cuillère me vida. J’avais perdu mon cœur d’or, l’intimité réfléchissante de mon être, je n’étais plus que deux barques vides, comme nous tous. Où était passé mon jaune? Avec celui des autres, écrasés sous une fourchette active, et agrégés par une mayonnaise provenant aussi du poulailler. Comme nul œuf ne saurait lire dans les très hauts desseins de Thérèse sans qui ses poules ne seraient pas, ni les œufs, ni tout ce monde plein de hasards et d’épreuves, force me fut de m’en remettre à sa volonté.

Une cuillère me remplit. Je me retrouvais, en ma figure double, empli et rebondi d’un onctueux mélange auquel nous avions tous contribué, rassuré de me ressembler, bien que reconstitué d’une substance plus souple, plus riche, «Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre».

Thérèse nous prodigua dès lors toute sa sollicitude. Une peluche de persil vint rehausser ma belle couleur, et chacun fut placé délicatement sur la salade fraîche, mais à mesure que mes compagnons me quittaient pour rejoindre le cercle, je me demandais si l’on ne m’avais pas oublié. Mais non! On m’avait réservé le centre, sur une rosace de rondelles de tomate de l’effet le plus vif! «Pourquoi moi? Je n’ai pourtant rien fait pour me faire remarquer?» me disais-je, tandis que les couverts de service commençaient leur ballet d’hélicoptère, déposant dans chaque assiette deux moitiés plus ou moins assemblées de mes compagnons… mais ce fut mon tour enfin, je quittai mon jardin de verdure déjà clairsemé et atterris dans l’assiette d’un gamin rechigné qui prétendit qu’il... ne m’aimait pas?!? Son voisin, grand dadais au teint bourgeonné, me renversa dans son assiette et, en quatre bouchées, je fus consommé.

Quand je pense au temps que Thérèse a mis pour nous préparer, à tout ce qu’il m’a fallu endurcir, non, endurer, je regrette ma mère poule qui aurait pu me couver.

mercredi 14 décembre 2016

Jacou - Un plat difficile

Salmigondis

- Julie, ma liste est prête.
- Déjà ! Tu n'as rien oublié ?
- Bon voilà. J'ai invité mon cousin le Maharadjah de Jodhpur, ma marraine d'Oléron, mon oncle Ecossais...
- Tu as un oncle écossais ? Premières nouvelles.
- Mais si, celui qui a une...
- Oui, je vois, la panse de brebis farcie ? Quelle horreur !
- T'inquiète, cette fois, il nous apporte des petits pois.
- Bof, pour un repas de réveillon...
- Pourtant avec la dinde...
- La dinde, quelle dinde ?
- Celle du maharadjah, avec des marrons, en plus.
- Très bien. La suite...
- Ta cousine, pour les œufs...
- Des œufs au plat pour un repas de fête...et puis, comme elle est enceinte...
- Elle est enceinte ? Qui est l'heureux papa ?
- Un Max quelque chose. Tu connais pas.
- Si c'est Max Well, il nous porterait le café. Non, je sais, tu préfères celui de ta Grand-Mère.
- Tu sais bien qu'il n'y a qu'elle qui sait faire du bon café.
- Chez toi, ton père vient. Marie Antoinette sera contente.
- Et moi, alors ?
- Oui, bien sûr; mais elle, il y a longtemps qu'elle n'a pas mangé de brioche.
- Mufle ! A propos ma cousine, c'est Max Imaux, qu'il s'appelle.
- Max et Anne Imaux, charmant couple. Il est végétarien, aussi ? Tu crois qu'on les invite ?
- Si tu as des gros légumes sur ta liste, ils s'entendront très bien.
- Je ne suis pas sûr que les rois mages puissent venir. On verra. On passe au désert ?
- Tu veux dire dessert ?
- Oui, bien entendu. Il y aura mon cousin Nanouk.
- Et alors ?
- Il habite en Laponie. Tous les ans, il se prend une bûche chez le Père Noël.
- J'ai une surprise pour toi. Tu te souviens de mon oncle Harpagon.
- Non, ne me dis pas qu'il apporte des clopinettes. Mon dessert préféré !

Où lire Jacou

Tisseuse - Un plat difficile

A la fin de l’année
Si la famille est rassemblée
Comment faire coexister
Bernard le forcené
Et tante Adèle si pincée
Cette chipie d’Aglaé
Et son frère un peu benêt
Ils risquent tellement de nous barber

La joie de se retrouver
Avec Hervé puis Salomé
Aidera-t-elle à digérer
Les rancœurs, les inimitiés

La guerre est  si vite réveillée
Qu’il est prudent d’éviter
Les sujets barbelés
Ceux qui sentent le brûlé

Pour qui aller voter
Accueillir ou non les étrangers
La question du genre à se poser
Mais avant tout : qui a été le préféré ?

Faut-il planquer ses idées
Dans la trêve imposée
Se laisser étiqueter
Comme gentiment névrosé

S’astreindre à composer
Un repas bien gras bien gorgé
De sacré au risque de dessaler
Et se fendre de présents bien pensés

Ou se laisser doucement gagner
Par la nuit étoilée
Se prendre à croire en l’humanité
Et à l’espoir insensé de nous aimer

mardi 13 décembre 2016

Laura Vanel-Coytte - Un plat difficile

La famille est un plat difficile à avaler

Je n’ai plus assez d’appétit pour me mettre à table avec ma famille
Je n’ai plus assez de patience pour attendre qu’on me passe le plat
Je n’ai plus assez de résistance pour supporter sans broncher les phrases
Assassines qui brûlent l’estomac, le cœur, l’âme et gâchent cette fête
Qui est pour moi, même si je doute, une fête qui se prépare en Avent
Elle se prépare pour moi, comme tout moment de la vie, par des lectures
Sacrées ou non, que l’on croie ou pas à l’Immaculée Conception
Lyon remercie la Vierge depuis des années par des Lumières.

La famille est un plat difficile à avaler quand elle est trop salée
Par les questions sur les cadeaux qui ne plaisent jamais,
Les cartes trop papier, trop numériques, trop avant, trop après
Quand rien ne va plus, je passe le plat et mon tour et je vous laisse

A vos repas trop lourds, trop longs, trop hypocrites, sourires de façades
Devant les rancœurs de tenaces, les mots dits, les mots tus et mensonges
Je n’ai plus assez d’appétit pour me mettre à table avec ma famille
Je préfère les repas en amoureux avec celui que j’ai choisi

Si l’amour est curiosité de l’autre, j’ai longtemps été amoureuse de ma famille
Essayant par papier, appels, attentions, mémoires de leurs vies
De me faire aimer, connaître par eux mais je n’ai plus la force
Ni l’appétit, La famille est un plat difficile à avaler

Andiamo - Un plat difficile

Noël au balcon... De poitrine une fluxion !

C'est NOËL ! Alleluiah ! Les rues endimanchées, les flocons qui voltigent (vous avez remarqué, les flocons voltigent toujours), les sapins enguirlandés, comme vous quand vous ne prenez pas les patins.

Il faut avouer que c'est tout de même casse pieds (dans mon blog je suis moins poli, mais là on ne se connaît pas), surtout quand on fait le réveillon chez soi :
- Le repas onéreux,
- La belle mère envahissante,
- Des dépenses somptuaires en faveur d’adoléchiants boutonneux, et pas toujours méritants,
- ETC... ETC.

Alors voilà, vu m'n'âge avancé, j’ai décidé de vous faire bénéficier de mon IMMENSE expérience dans le domaine du : comment emmerder ceux qui voudraient vous emmerder !

1) Les mômes des autres… Ils sont un peu comme les pets, il n’y a QUE les siens que l’on supporte !
Vos amis, sœurs, frères, etc., vont débouler avec leurs chiards, pour le sempiternel repas de Noël... Noël, sonnez z'haut bois, résonnez musettes, à propos de musette attendez un peu avant d'en prendre une hein ?

Des modèles ! Les mômes de vos frangines et frangins, studieux en classe, polis, ne parlant que si on les interroge. Alors que les vôtres n’en foutent pas une rame, doivent être rappelés à l’ordre pour dire bonjour, coupent la parole aux adultes, mangent comme des gorets : des mômes normaux en somme !

Quoi de plus énervant ? Les parents sont là, étalant les résultats scolaires, montrant comment leur dernière sait bien placer ses mains en couronne. Pensez ! Quinze jours qu’elle pratique la danse « classique » ! Elle est douée, nous a affirmé son PROFESSEUR, lâche l’autre conne de belle-sœur en faisant sa bouche en cul de poule !

Ah ! Ça agace, et il y a de quoi, je vous comprends, je suis passé par là !
Alors voilà, suivez LE conseil d’Onc’ Andiamo.
Laissez les parents étaler les prouesses de leur progéniture acnéique, les gamins jouent ensemble dans la chambre des enfants… Au docteur ? Peut-être ! Allons c'est bon pour l'acné justement.
Puis au bout d’une demi-heure, prenez l’air le plus détaché du monde et déclarez :

- Nous revenons d’un voyage dans les Caraïbes. Patrick et Charlène ne sont pas bien, nous avons pris rendez-vous avec le professeur Mollard, le spécialiste des maladies tropicales, car nous craignons beaucoup, surtout avec le choléra qui sévit dans ces régions en ce moment…

Et là, vous verrez la tronche des deux abrutis virer au vert. Ils prétexteront une casserole de lait oubliée sur le feu et appelleront leurs chers anges, leur intimant l’ordre de se rhabiller et de partir au plus vite !
- Vous ne voudriez pas que notre appartement parte en fumée ?
- Ben non !
- Alors on rentre ! N’embrassez pas vos cousins, et excusez-nous, une autre fois peut-être ? Et tenez nous au courant, ça n’est peut-être pas aussi grave !

Et hop ! Partis. Bien sûr vous n’aviez pas préparé un repas pour huit personnes, seulement pour vous quatre… On est si bien en famille !
La belle-doche qui rapplique pour le réveillon de Noël ?
Une fouineuse qui colle son pif partout ? Plus envahissante qu’Attila, qui en comparaison ferait figure d’invité recommandable ?

Encore une fois LA solution :
Nul besoin de l’inviter pour Noël, de toutes façons elle sera là ! Avec son lot de cadeaux à la con : les cubes en bois avec en imprimé l’alphabet pour votre gamin de dix ans, une dinette en plastique recyclé pour l’aînée de douze ans, qui a lu et relu le Kama-Soutra depuis belle Burette !
Les sempiternels boutons de manchettes pour vous, alors que vous ne portez QUE des sweet-shirts ou des polos.
Et enfin LE parfum à 4,95 pour votre chère et tendre qui finira dans les gogues comme les précédents !
Alors voilà : tendez une corde (assez solide) dans l’escalier de la cave, dévissez l’ampoule du dit escalier, quand jolie maman sera là, au moment de passer à table, déclarez lui d’un air sournois :

- Jolie maman, si vous choisissiez le vin devant accompagner la dinde ? Je connais votre goût exquis, pour le choix des crus. (il n’y a pas de contrepèterie)
Flattée la belle-doche ! Tu penses, elle en mouille sa culotte !
- C’est trop d’honneur mon gendre ! Rétorquera-t-elle d’un air faussement modeste.
Ouvrez lui alors la porte de la cave, appuyez sur l’interrupteur, prenez votre air le plus con (ça ne devrait pas poser de problèmes, j’y arrive parfaitement).
- AH ! L’ampoule est grillée …

Puis effacez vous, en déclarant de votre timbre le plus suave :
- Après vous chère MÂÂÂME !
Jolie maman descend… Et BADABOUM, un joli " roulé-boulé " avec sac de plâtre à l’arrivée !
Dispensez-vous tout de même du :
- Et voilà jolie maman : c’était votre bûche de Noël ! Ce serait tout à fait déplacé.

Alors heureuses et heureux ? On dit merci qui ?

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lundi 12 décembre 2016

Marité - Un plat difficile

L'invité de Noël

- Mes amis, et si on invitait le Père Noël le 25 décembre ? demande Blanche Neige.
- Ah non s'écrit Grincheux. Pas lui. Pas ce bonhomme suffisant qui se croit important parce que les enfants l'adorent. Je vois rouge dès qu'on en parle.
- Je trouve que c'est une très bonne idée dit Prof en replaçant correctement ses lunettes sur son nez. Il est sûrement très érudit et intéressant. En parcourant le monde, il apprend beaucoup sur tous les pays qu'il arpente chaque année. J'apprécierai s'il accepte notre demande.
- J'aurais bien voulu faire la grasse matinée moi, le jour de Noël ajoute Dormeur en s'étirant.
- Si, super ! jubile Joyeux. On va bien s'amuser.
- Atchoum et toi Timide, vous en pensez quoi ?
- Euh...moi tu sais Blanche Neige... répond Timide en croisant et décroisant nerveusement ses mains.
- Eh bien Atchoum ?
- At...At...choum ! C'est pas la grande forme. Faites comme vous voulez.
- Bon. Tout le monde est d'accord. Sauf Grincheux bien entendu. Mais la majorité l'emporte. Nous allons téléphoner à ce brave homme. Prof, passe moi ton smart phone s'il te plait.

Quelques minutes plus tard.
- Parfait les amis. Il a promis d'arriver vers midi. Nous allons décider du menu et du plan de table. D'abord le menu. Qui s'y colle ? Je précise que je m'occupe du gâteau. Je vais confectionner une énorme omelette norvégienne. Elle lui rappellera son pays.
- Et si on cuisinait du renne ? interroge Simplet tout émoustillé par sa trouvaille. Ce serait original.
- Original ? De l'orignal ? se moque Grincheux en haussant les épaules. Tu ne veux quand même pas lui faire manger ses précieux compagnons ? Je propose une dinde bien dodue. Farcie aux champignons. Nous n'en manquons pas depuis que Joyeux se promène en forêt pendant que nous nous échinons à couper du bois.
- Ben, tu vois, je n'ai pas perdu mon temps s'insurge Joyeux en clignant de l'œil. Le Père Noël va se régaler avec mes cèpes.
- Ça suffit tous les deux. Atchoum, pendant que nous dressons la table, va donc chercher une énorme bûche dans le tas de bois. Il nous faut un bon feu dans la cheminée pour réchauffer notre visiteur. Et n'oublie pas de mettre ton cache nez avant de sortir !

- Blanche Neige, je place le Père Noël tout au bout de la table et toi à sa gauche annonce Prof en distribuant de jolies cartes dessinées par Simplet devant chaque couvert. Qui allons-nous placer à sa droite ? Pas Atchoum qui lui refilerait ses microbes. Pas Dormeur qui manque d'élégance à toujours bailler à se dévisser la mâchoire. Simplet, n'en parlons pas. Grincheux, quant-à lui, serait bien capable de critiquer vertement le travail du bonhomme auprès des enfants. Timide serait trop mal à l'aise le pauvre garçon. Peut être Joyeux ? Non. Il va le fatiguer avec ses blagues qui, entre nous, ne sont pas toujours de très bon goût.
- Prof, tu n'es pas tendre avec tes camarades mais j'en conviens, tu es sans doute le mieux placé pour t'asseoir à droite de notre invité. Maintenant, allons sans plus tarder nous mettre aux fourneaux.

25 décembre midi. Une cavalcade devant la maison et un grand coup de frein. Le traineau s'arrête. 

- Le voilà, le voilà ! s'écrient les sept nains agglutinés derrière les carreaux pendant que Blanche Neige se fait une beauté devant son miroir dans la salle de bain.

Tout le monde se précipite devant la porte pour accueillir le Père Noël. Il est très chargé et semble épuisé. Il salue tour à tour ses hôtes en distribuant à chacun un petit cadeau.

Atchoum reçoit une trousse de médicaments (sirop, gouttes pour le nez, pastilles pour la gorge) pour soigner ses rhumes chroniques, Simplet des crayons de couleur, Prof une tablette numérique, Joyeux un dvd des Chevaliers du fiel, Dormeur un oreiller en plume d'oie, Timide un déguisement de Superman pour s'affirmer, Grincheux un traité de philosophie : comment devenir aimable. Ce qui vaut d'ailleurs de sa part un regard noir au bonhomme barbu.

Voilà Blanche Neige, toute pimpante qui s'avance. Mais que se passe-t-il ? Le Père Noël n'est plus le Père Noël. Le Père Noël n'existe plus. La houppelande rouge, les bottes fourrées, le gros bonnet bordé de fourrure, la longue barbe blanche, tout cela s'amoncelle près du sapin.

Qui est ce beau jeune homme qui prend la jeune fille dans ses bras sous les yeux émerveillés des sept nains ? Un cadeau du Père Noël sans doute.

Vegas sur sarthe - Un plat difficile

Noël au Congo




Pas de dérogation les femelles commandent
aux repas de Noël c'est miel et jus de fruits
on prépare à grands cris la messe de minuit
les traînards, les absents seront mis à l'amende

Ici pas de Führer, pas père Fouettard
pour régler nos conflits on a notre technique
au Congo-Kinshasa c'est çui-qui-dit-qui-nique
au risque de passer pour un fieffé queutard

Ce soir c'est du gastro: termites Colombo
mais les plus turbulents sont déjà au dessert
alors on tire au sort notre bouc émissaire

Notre vieux Baraka va devoir s'y coller
se laisser cajoler, gâter, troufignoler
on fait dans le social nous autres bonobos

Semaine du 12 au 18 décembre 2016 - Un plat difficile

Nous approchons à grands pas de la période des fêtes de fin d'année, et nous vous proposons de vous laisser inspirer par cette phrase de Francisco Azevedo : "La famille est un plat difficile à préparer. Il y a beaucoup d'ingrédients. Les réunir tous est un problème - surtout à Noël et au nouvel an." 

En vers ou en prose, votre texte devra nous parvenir avant dimanche 18 décembre à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.