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dimanche 21 février 2016

Célestine - Entre le tic et le tac


Vous êtes vous seulement demandé, un jour,  pourquoi les pendules font tic-tac…

Savez-vous que chaque pendule est un monde étrange ?

 Il m’est arrivé de visiter, lors d’une de ces nuits de lune pleine où tout peut arriver, un de ces mondes.

J’étais en train de regarder d’un œil rendu vitreux par l’insomnie, la grande horloge du vestibule, quand il me sembla que le tic-tac était en train de ralentir. Je n’en aurais pas juré, mais…M’approchant, j’aperçus dans l’angle inférieur gauche une poignée que je ne me souvenais pas d’avoir déjà vue. La tournant par curiosité, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, je fus surprise de me retrouver devant une porte, ouverte sur un long corridor. Mais le plus bizarre est que je ne m’aperçus pas tout de suite que ma taille, telle Alice dans la chambre aux secrets, venait de s’adapter aux dimensions de la pièce.

Au bout du corridor, j’entendis un immense TIC ! qui résonna comme un gong dans tout mon corps, puis je pénétrai dans une grande pièce, et dans un invraisemblable entrelacs de rouages, de leviers, reliés par des entreponts, de minuscules êtres, mi-farfadets mi-insectes, étaient figés chacun dans son attitude, comme une image vidéo en pause.

Pas un mouvement, rien qui ne déparât cet ensemble arrêté dans une harmonie parfaite.

C’est alors que j’aperçus, tout en haut, une plate-forme inclinée sur laquelle deux de ces lutins semblaient installés comme des enfants sur une balançoire à bascule, le bleu en haut, le rouge en bas.

Au bout d’un instant qui me parut une éternité, tout reprit rythme et cadence, le lieu redevint bruissant, les lutins s’affairant en tous sens comme des fourmis, et la balançoire entrepris lentement le mouvement inverse. Quand le lutin rouge se fut retrouvé en haut, et le bleu en bas, donc, on entendit un gigantesque  TAC ! qui me traversa le tympan comme une barre de fer. Puis tout se figea à nouveau.

Encore assourdie, je ne vis pas arriver près de moi l’un de ces lutins qui me dit :

«  Tu connais maintenant le secret. Si tu as la chance de te faufiler exactement juste entre le Tic et le Tac de n’importe quelle pendule, tu pénètres dans le « Hors-Temps ». Un pays où les secondes durent des siècles, et les siècles des secondes. Le pays des poètes, des amoureux, des rêveurs et de tous ceux qui ont le cœur assez grand pour imaginer des mondes doux et parallèles. »

Il m’arrive souvent de me réfugier dans le Hors-Temps. Quand notre vrai monde me fait mal à la peau à en crier. Et j’en reviens toujours le cœur apaisé.

Fred Mili - Entre le tic et le tac

Tac… tac… tac… tac…
Bruit inhabituel. La guitare déversait ses rifs de rocker. Le pied droit droit sur la grosse caisse le batteur battait le tempo.
Tac… tac… tac… tac…
Le bruit venait de derrière. C’était exceptionnel et pourtant saccadé. Les gens autour de toi avaient un comportement bizarre. T'avais fumé un pétard avant d'entrer dans la salle, histoire d'être cool et d'en prendre plein les oreilles.
Tac… tac… tac… tac…
T'étais devant, près des enceintes. T'en prenais un maximum dans les esgourdes. Quel pied ! Tu ne regrettais pas d'être venu. On t'avait dit que ces musicos étaient excellents.
Tac… tac… tac… tac…
Ces bruits t'emmerdaient. Tu ne comprenais pourquoi les gens se jetaient par terre. La ola dans un concert rock t'avais jamais vu ça.
Et puis à côté de toi, le gars s'est pas relevé. C'était étrange l'odeur. T'avais du mal à l'identifier.
Puis soudain dans ta tête, t'as senti un choc étrange. La même chose dans le dos. Tandis que tes genoux pliaient. Sensation inconnue. Tu flottais dans une espèce de brouillard. Soudain plus de musique mais un
Tac… tac… tac… tac…
incessant. Les voix autour de toi t’inquiétaient. Des cris. Pourquoi ?
Une odeur. Quelle odeur. C'était quoi ? Pourquoi tu ne pouvais pas bouger ? Pourquoi t'avais une sensation de chaleur ?
Quelque chose coulait.
Ils parlaient. Hurlaient.
La joue collée au sol tu commençais à avoir peur. Ça a une drôle d'odeur la peur. C'est froid. Ça prend aux tripes. Tu regardes devant et y a rien. Tu vois comme la fumée de cigarettes. Tu plonges dedans. Tu trembles sans savoir. T'as l'impression d'être aspiré.
Puis pourquoi tout est calme ? Pourquoi tout à coup tu vas bien ? Pourquoi tout à coup tu sens plus rien ?
Tu te réveilles dans un lit. Branché de partout. Tu comprends toujours rien. Mais t'entends.
Tic...tic...tic...tic…
L'infirmière prend ton bras. Elle regarde sa montre.
C'est quoi ce bordel.
T'as tellement envie de gueuler. De comprendre. Mais aucun son ne sort. Tu voudrais bouger mais tu peux pas.
Tu sais pas. Tu sais rien. Tu lèves les yeux vers le goutte à goutte. Y a des bulles ou pas ?
Tic...tic...tic...tic…
Ils sont là. Autour de toi. C'est qui ? Elle te ferme les yeux. Sa main sent le désinfectant. Ça roule très vite dans le couloir. Un chariot de compétition. T'as pas le temps de voir les murs. Ils défilent. On ouvre une porte. Des portes. Soudain t'as froid. Le plafond est à cinquante centimètres. Le clac de la porte retentit.
Tu te demandes juste combien de temps s'est écoulé entre le tac...tac...tac...tac et le tic...tic...tic...tic.
 

Tiniak - Entre le tic et le tac

Et tic !
Je suis le pas clinquant sur les pavés couverts
Et tac !
Je suis l'ombre fleurie aux quartiers populaires

Et tic !
Je suis le bras glissant vers la voile amenée
Et tac !
Je suis le nombre d'or égaillant sa nuitée

Et tic !
Je suis l'œil aux abois et sa larme au revers
Et tac !
Je suis le paradis qui lorgne vers l'enfer

Et tic !
Je suis le sein offert aux pauvretés de l'âme
Et tac !
Je suis le paladin en quête d'une flamme

Et je n'ai pour éthique
- autant qu'il m'en souvienne...
que le précieux "dont acte"
des amours souveraines

Ah ! Leur parfum d'Eden...

Où renifler le charme des pendules ? à l'heur !

samedi 20 février 2016

Mel - Entre le tic et le tac

Qui sait la gymnastique
pour arrêter le tic
sans avoir peur d’une claque
de la part du tac
Entre eux c’est un élan
qui ne donne plus le temps
de vivre intensément
Envahis par leurs tocs
les hommes n’en peuvent plus
ils n’ont pas fait de stock
de tout leur temps perdu
Ils n’arrêteront plus
de nous faire avancer
au son du balancier
même si on n’en veut plus
Entre eux il y a contrat
Qu’on ne baisse pas les bras

vendredi 19 février 2016

Clise - Entre le tic et le tac

Entre le tic et le tac
Le temps prend son envol
Inutile de courir
Pour rattraper le temps perdu
Inutile de regarder en arrière
Il est déjà trop tard
Entre le tic et le tac
J’agis, je vis, je suis.

jeudi 18 février 2016

Arpenteur d'Etoiles - Entre le tic et le tac (2)


La surprise du temps


Elle était jeune femme belle, brune et longue. Elle confiait ses rêves aux vents, aux étoiles, à l’infini et à quelques hommes de passage. Elle se perdait dans un regard, s’embrasait pour une main posée, se dissolvait pour une peau aux parfums d’épices et caressait parfois des envies de départ.

Ce soir-là elle marchait dans une avenue bordée de palais florentins, aux murs griffés par les âges et éclairés de cet ocre et de ce vert usé que l’on ne trouve qu’aux fenêtres d’Italie. Cheminait à ses côtés un homme à la silhouette élancée et à la démarche légère. Ils ne se parlaient pas. Elle le regardait de côté ne sachant pas très bien s’il était blond ou brun, beau ou laid. Il l’avait rejointe dans son errance et avait accordé son pas au sien. Elle avait trouvé cela naturel, sans vraiment comprendre pourquoi elle avait accepté sa présence. Peut-être le fin réseau aux coins de ses yeux, ou son profil anguleux, ou cet ineffable sourire qu’elle devinait, ou tout à la fois. Surtout, à chacun de ses regards, elle avait l’impression d‘imperceptibles changements, d’une mèche de cheveux barrant son front qu’elle n’avait pas remarquée d’abord, d’une fine cicatrice à son poignet dont elle aurait juré qu’elle n’était pas là un instant auparavant.

C’est là. Il avait parlé d’une voix feutrée, juste contre son oreille et elle n’avait pas été surprise de le suivre sous une porte cochère, puis dans un large escalier en pierre à la rampe douce sous la main. Ils avaient traversé des pièces immenses où leurs pas résonnaient sur les dalles fraîches. Des tentures surannées pendaient devant des baies vertigineuses qui filtraient le soleil, faisant danser une poussière étrangement dorée. Elle sentait des présences diffuses, éthérées, comme diluées dans l’atmosphère mais n’en éprouvait aucune crainte. 

Tout au bout d’un long couloir, une dernière porte s’ouvrit sur une terrasse écrasée de lumière. Ils s’avancèrent jusqu’à un balustre épais pour admirer une campagne soyeuse et ondoyante, hérissée du pinceau des cyprès dont les cimes lascives dansaient doucement sous une brise tiède. Elle était fascinée par cette houle semblant battre au rythme de son propre cœur, et c’est alors que cela se produit.
Elle se sentit d’abord happée puis aspirée vers la lumière. Des voix, des visages affluaient vers elle devenue souffle. Elle vit les hommes, puis l’Homme, leur vie, les enfants, son départ définitif. Elle se vit petite fille sautant à la corde dans la cour de l’école du village, puis sur les genoux de sa mère adorée, puis le jour de son prix de piano aux côtés d’un père tremblant de fierté. Tout se succédait sans ordre précis, mais les images, les sons, les mots prononcés étaient d’une absolue netteté. Elle se vit fermer les yeux de son amie Jeanne, courir avec Lui sous la pluie de New York, caresser le chien Fred après une marche en montagne, admirer le coucher de soleil sur la grande pyramide, oser frôler les lèvres de son premier amour … Puis tout cessa brutalement …

Elle se trouvait à nouveau sur la terrasse, près de cet homme qui la regardait avec un doux sourire.
- Que s’est-il passé ? Il l’emmena devant un miroir émaillé de taches bronzes et elle découvrit une vieille femme alourdie, à la chevelure presque blanche, au visage ridé et marqué. Elle poussa un cri qui s’étrangla dans sa gorge.
Ne vous inquiétez pas, venez avec moi
Elle le suivit à nouveau, perdue, les épaules voûtées, le pas incertains. Ils reprirent le même chemin et, au fur et à mesure qu’ils avançaient elle semblait s’alléger, se tendre. Son cœur battait plus fort, ses muscles s’affermissaient. Ils furent bientôt dehors, devant la porte cochère.

- Où étions-nous ? Qui donc êtes-vous ? Vous n’avez pas changé, vous ?
Nous étions dans votre vie. Mon apparence est celle que l’on me donne. Je ne change jamais parce que je suis le temps et que je n’existe pas. Les horloges, les pendules, les montres ne sont que des inventions humaines pour vous enfermer dans une logique et rythmer vos vies de leurs tic-tac. Il n’y a rien entre les tics et les tacs

Puis il disparut, la laissant seule, jeune femme belle, brune et longue.
Elle resta un instant devant la porte cochère. Elle ôta sa montre, la rangea dans son sac et reprit sa balade. Le film de sa vie avait duré moins d’une seconde. Juste entre le tic et le tac.



Où lire l'Arpenteur

Gene M - Entre le tic et le tac

Entre le tic et le tac

Un monde,

Entre le tic et le tac

La vie,

Entre le tic et le tac

L'Amour,

Entre le tic et le tac

La mort,

Entre le tic et le tac

La fuite du temps.

mercredi 17 février 2016

Zoz - Entre le tic et le tac

~ j'enferme le temps dans une boîte
le tends jusqu'à ce qu'il éclate en minutes
qu'il compte pour moi le spasme de vivre ..

Nadag - Entre le tic et le tac

Lydia est dans son fauteuil, toute belle dans un chemisier clair.
-          Ah Cécile, ma petite-fille, et toi mon petit Arthur, comme c’est gentil d’être venus me voir !
 -         C’est normal Mémé, bon anniversaire ! On n’a pas tous les jours 92 ans !
 -         Quatre-vingt-douze ans, oui, je n’en reviens pas ! Je me maintiens mais je suis bien fatiguée quand même. Quelquefois je suis comme cette horloge, là, celle qui nous vient de mon pépé de Besançon. Tic, tac, un coup après l’autre, elle va encore son petit train mais on se demande si un jour elle ne va pas tout simplement s’arrêter de battre. Par moments je me sens bien vieille, oui. Mais parlons plutôt de toi, mon petit Arthur, je ne te vois pas très souvent : où en es-tu de tes études ?
-          Eh bien Mémé je suis en terminale ES, je vais passer mon bac cette année.
-          Bravo ! Et qu’est-ce que c’est, ES, comme section ?
-          Economique et Social. On a des cours d’économie mais aussi de sciences politiques, de l’histoire, des langues…
-          Très bien ! Et ça te plait?
-          Oui, c’est très intéressant. J’apprends énormément de choses sur la façon dont fonctionne le monde…
-          Ah tant mieux, parce que moi j’ai souvent l’impression que je ne comprends plus rien à ce monde. Et notre petit Hubert, comment va-t-il ?
-          Tu sais Mémé, le petit Hubert  a vingt-neuf ans maintenant ! Toujours à Londres, toujours dans la finance et ma foi ça va très bien pour lui. Il gagne beaucoup d’argent. Quand il rentre à Paris, que ce soit en avion ou en Eurostar, il voyage toujours en première, et il nous a invités à venir le voir à Londres, on n’a pas encore pu y aller mais on a vu des photos, il a un appartement dans un immeuble tout moderne avec vue sur la Tamise, incroyable !

-          Et alors est-ce qu’il va bientôt nous présenter une fiancée ? Il aurait l’âge, quand même !
-          Oh il n’en est pas question pour l’instant. Il dit qu’il n’aurait pas le temps de s’occuper d’une femme, qu’il travaille trop. Tu sais, trader, c’est un métier de fou !
-          Trader, ça veut dire quoi au juste ?
-          Ça veut dire qu’il fait des transactions en bourse. Il achète des actions, ou il en vend, ça dépend, il faut qu’il anticipe la tendance des marchés et qu’il soit très réactif parce que ça va très vite. Dans ce métier il faut aussi avoir les nerfs solides parce qu’on brasse des millions d’euros !
-          Eh bien !
-          En plus, ça va de plus en plus vite. La dernière fois qu’Hubert est venu, il nous a expliqué ce qu’on appelle les THF, transactions à haute fréquence : déjà, avant les années 2010, on pouvait exécuter une opération sur les marchés en 20 millisecondes,  maintenant ça prend 113 microsecondes ! Tu te rends compte, entre le tic et le tac de ton horloge, on peut opérer des milliers, des millions de transactions ! Tic, tu achètes des actions, tac tu les as déjà revendues !
-          C’est incroyable… mais quel est l’intérêt ?

-          L’intérêt, Mémé, c’est que s’il se débrouille bien, il peut faire gagner beaucoup d’argent à sa boite. Et comme il est intéressé aux résultats, il peut se faire un énorme bonus en fin d’année. Et quand je dis énorme…
-          Eh oui, rajoute Arthur, c’est la magie de la finance : Tic tu achètes des actions, tac tu les revends, l’entreprise a délocalisé, fermé des usines, licencié 2000 personnes mais toi tu n’as vu que la marge dégagée. Tic tu achètes du riz, tac tu l’as déjà revendu plusieurs fois, le prix a doublé et le paysan thaïlandais n’a plus de quoi acheter ses semences pour l’année prochaine, mais tu n’as toujours pas le temps de le voir. Tic, la finance détruit le monde, tac ton bonus augmente alors tu t’en fous ! 
-          Arthur enfin, arrête ! Ton frère n’est pas un escroc quand même !
-          Ah oui, et comment ça s’appelle quand on participe à un mécanisme pourri qui spécule sur tout, sur les moyens de production, sur les ressources alimentaires de base, sur les emplois de pauvres gens et même sur la survie de la planète ? Si Hubert  n’est pas directement un escroc, il est au minium complice et receleur.
-          Enfin Arthur, c’est honteux de dire des choses comme ça. Tu insultes ton frère, ce n’est pas des choses à dire en famille, et en plus tu fatigues ton arrière-grand-mère…
-          Je ne pense pas du tout que ça la fatigue, n’est-ce-pas Mémé ?
-          Oh mon petit Arthur, ma fatigue vient de bien plus loin que ça.
-          Mémé, tu étais bien au syndicat quand tu travaillais à l’usine ? et Pépé aussi, il était délégué syndical, il me l’a raconté quand j’étais petit ! Tu les connais, les méfaits du grand patronat, eh bien maintenant c’est mille fois pire.
-          Ah ça, avec mon René, on en a fait, des réunions avec les copains du syndicat, et des manifs, et des défilés du 1er mai ! On avait de beaux salauds en face de nous, c’est sûr.

-          Eh bien Mémé, tu vois aujourd’hui il y aurait une solution toute simple pour empêcher ces profiteurs de se faire du fric sur notre dos. Il suffirait d’instaurer une taxe sur chaque transaction financière, un tout petit montant, 0,1%, mais qui s’appliquerait à chaque fois : tic tu achètes, tu payes 0,1% à l’état, tac tu vends, tu repayes 0,1% à l’état. Et ça, répété des millions de fois en une heure, tu imagines combien ça ferait rentrer d’argent dans les caisses ? Ah ça les calmerait ces salopards de la finance ! Ce n’est même pas une idée neuve, elle a été proposée pour la première fois en 1972 par le prix Nobel d’économie Daniel Tobin, ce n’était pas n’importe qui, quand même ! Eh bien depuis quarante ans on n’a toujours pas réussi à la mettre en place. C’est qu’ils sont forts, les maîtres de la finance, ils ont des appuis ! Mais le monde est en train de bouger, tu sais !
-          Ecoute Arthur, ça suffit maintenant, calme-toi. Laisse Mémé tranquille ! Bon, ma chère petite Mémé, on va te laisser, tu dois être fatiguée…
-          Fatiguée ? Oui c’est vrai, mais c’est la vieillerie. Mon René a milité toute sa vie, on y a cru, maintenant je ne sais plus. J’adorais quand il me racontait comment ce serait, quand on aurait gagné contre tous ces pourris. Il me faisait rêver, ses yeux brillaient, il était beau… Peut-être que tout ça n’a servi à rien, ou peut-être qu’il faut plusieurs générations pour y arriver, je ne sais pas…Toi Arthur, tu as le même sourire que mon René, tu as l’énergie de la jeunesse, alors si tu y crois, vas-y. Au revoir ma Cécile, et fais confiance à Arthur, c’est un bon garçon. Merci d’être venus, essayez de revenir dans pas trop longtemps, je ne sais pas combien de temps je serai encore là…

Les visiteurs sont sortis, Lydia reste dans son fauteuil. Dans un coin de la chambre l’horloge comtoise bat de son rythme tranquille. Tic, tac. Très vite Lydia s’assoupit. Cette visite l’a épuisée.

C’était en février 2012, elle s’est éteinte deux mois plus tard.

Arthur est devenu membre actif d’ATTAC. Il milite pour que les ressources de la taxe Tobin, quand elle existera, soient affectées au financement de l’aide au développement et de la lutte contre le réchauffement climatique. Est-ce qu’on y est presque ?

En janvier 2013, les ministres européens des Finances ont donné leur accord au lancement d'une taxe sur les transactions financières (TTF) à partir de 2014-2015. Les recettes escomptées variaient entre 10 et 30 milliards d'euros et leur usage était encore très discuté : financement du budget européen (Bruxelles), aide au développement (Paris), éducation (Vienne), trésor national (Berlin). Puis aux dernières nouvelles la commission européenne a annoncé une taxe sur les transactions financières dans l’Union Européenne (UE TTF) qui devait entrer en application au plus tard le 1er janvier 2016.

Le Parlement Européen en a approuvé le principe, il restait juste à fixer les détails de son application.

Nous sommes le 16 février 2016 et je n’ai trouvé dans la presse aucune annonce de la mise en œuvre effective de cette taxe...

Où lre Nadag

mardi 16 février 2016

Laura Vanel-Coytte - Entre le tic et le tac

Entre le tic et le tac des pendules
Qui rythment mon paysage, des bulles,
Des personnages pouvant paraître ridicules
Comme Picsou, le vieil oncle avare,
Riri, Fifi, Loulou, les inséparables,
Tic et tac, les écureuils de mon enfance
Peuplant le magazine des fillettes crédules.
J'aimais lire toutes leurs aventures
Et j'avais même des livres déclinant la formule
De cet univers qui n'était pas encore un parc majuscule.

Lorraine - Entre le tic et le tac

TIC-TAC   


Un duo surprenant m’éveille cette nuit
Dans le silence obscur, comme on scande une course
Le tic-tac du réveil fait soudain tant de bruit
Que je n’entends que lui et mon cœur qui  s’essouffle


Je ne me trompe pas, l’un des deux hurle « Tic » !
Et le « Tac » se rebelle : « Tu n’es plus le premier, ,
Nous sommes des jumeaux. C’est dit et pathétique
Mais désormais c’est toi qui sera le dernier »


J’écoute, je m’y perds ; pourquoi cette tactique ?
Le silence sourit et c’est du tac au tac
Qu’il intervient soudain sur un air de musique
« Bien envoyé ! » dit-il. « Un beau coup de Jarnac ! »


Tic ou tac ? Tac ou tic ?.. Ces frères ennemis
Tricotent les instants sur le cadran serein.
Ils voyagent en copains. Pas d’embrouillamini
C’est donc un cauchemar ! Je le comprends soudain


Ils comptent de nos vies les heures éphémères
Et de leur trot menu scandent l’éternité
Quand nous arriverons à l’instant mortuaire
Leur tic-tac  endeuillé  cessera de tinter

Où lire Lorraine

Arpenteur d'Etoiles - Entre le tic et le tac

Sacré Boris


Un matin il fallut se rendre à l'évidence : le temps avait bel et bien disparu.

Avec une étonnante capacité de réaction, l’ensemble des gouvernements du monde dépêchèrent leurs meilleurs scientifiques pour tenter de comprendre le phénomène. L’univers était en danger de mort, croyait-on, et la race humaine se devait de le sauver. Non pas que l’univers eut été la préoccupation première de ces dernières décennies, mais bien plutôt parce que la disparition probable des hommes à la surface de la terre était une idée insupportable pour la plupart d’entre eux.

Bien entendu, de multiples catastrophes eurent lieu à peu près partout, mais essentiellement dans le domaine des transports. Les horaires n’existant plus, on imagine aisément l’incroyable pagaille et l’imbroglio dans l’organisation minutée des échanges terrestres, maritimes et aériens.

On enterra les morts, on érigea des chapelles ardentes, on lança des milliers de fleurs dans la mer, on indemnisa au plus juste les familles des victimes, puis tout s’arrêta. Tous étaient suspendus aux télévisions du monde entier qui continuaient leurs émissions ad libitum et dans un désordre qui n’étonnait plus personne. Tous attendaient la raison de la disparition brutale du temps et, surtout, le remède que les savants allaient forcément imaginer. Ceux-ci avaient mis énormément de temps pour initier leur travail commun, car afin d’éviter tout dommage irréparable, il avait fallu organiser des téléréunions reliées par satellites, ces derniers étant apparemment les seuls outils de communication fonctionnant encore comme avant.

Il s’avéra bien vite que la terre continuait de tourner à un rythme normal et que, partant, la disjonction du temps n’était pas due à une interruption du cycle des planètes. Cette constatation rassura tout le monde mais n’étonna personne, car on avait bien remarqué que l’alternance des jours et des nuits avait perduré. Ce qui d’ailleurs, laissait perplexe la communauté savante : le temps n’était donc pas lié à l’interaction des planètes, des galaxies et des systèmes stellaires puisque celle-ci existait alors que le temps lui-même n’existait plus. Aucune horloge, pendule, montre n’indiquait quoique ce soit, et pire, l'oscillation du cristal de quartz s’était interrompue également.

On décréta que l’urgence était de retrouver un nouveau référentiel universel suffisamment fiable pour que tous s’y rattache et assez consensuel pour ne fâcher personne. Il fallait recréer artificiellement le temps, ou au moins une matérialisation de son écoulement, si tant est qu’il s’écoulât (seculorum rajoutaient certains plaisantins de mauvais aloi). On entendit même que le temps était une invention humaine, qu’il n’avait jamais existé et que Dieu punissait les hommes par son interruption. Il fallut répondre que Dieu, fut-il tout puissant, ne pouvait interrompre une chose qui n’existait pas auparavant. On rajouta qu’Il serait bien avisé, au passage, de se manifester le plus rapidement possible.

Par ailleurs, on se rendit très vite compte de l’aspect culturel du temps. Le temps des Inuits ou des peuplades de Bornéo est bien différent de celui des traders de la City, des ermites du désert ou des amants longeant les quais à la tombée du jour. La question était terriblement ardue.

Les religions s’emparèrent du sujet arguant que l’éternité était de leur ressort et que les rites conventuels parfaitement maîtrisés depuis des siècles, pourraient devenir le temps universel. Les monastères chrétiens, les lamaseries tibétaines, les muezzins de tout poil et quelques animistes se mirent à sonner les cloches, tourner les moulins à prière, crier en haut des minarets et sacrifier les poulets à heures fixes, se fiant à leurs habitudes pour respecter le rythme séculaire. Ce fut une sacrée cacophonie. Personne ne put s’accorder et les religieux abandonnèrent le terrain se contentant de prier plus ardemment encore, mais à heures plus ou moins aléatoires, pour le salut des hommes.

Les militaires prirent aussitôt la parole : nos armées savent défiler au pas de façon régulière et parfaite. Choisissons une armée d’élite et faisons marcher à une fréquence idéale des hommes se relayant éternellement. Les américains, les européens, les chinois, la garde républicaine et la compagnie royale britannique affirmèrent qu’ils étaient les meilleurs pour avoir l’honneur de donner le temps aux hommes. Une guerre universelle fut évitée de justesse. Les politiques reprirent heureusement la main avant le grand embrasement.

Alors un homme que personne jusque-là ne connaissait, se leva et dit : un seul langage est universel et peut être compris par tous. Ce langage est la Musique. On le traita de vieux fou, puis on réfléchit. L’idée était peut-être la bonne. On demanda à plusieurs compositeurs d’écrire une œuvre dont la durée serait celle de la révolution d’un point fixe de la terre. On choisit un village d’Amérique latine situé précisément sur l’équateur. L’unanimité se fit autour de cette idée, si ce n’est la colère des citoyens de Greenwich qui perdaient ainsi leur principale raison d’exister.

L’œuvre devait se diviser en vingt-quatre opus de durée égale, reprenant vingt-quatre styles de musique de toutes origines. Les artistes s’entendirent à merveille et bientôt le temps avait son opéra universel. Il fallut affiner les réglages, préciser les tempos, répéter des jours durant avec les plus grands instrumentistes du moment pour atteindre la perfection. Enfin, comme le soleil pointait à l’horizon du village choisi, l’orchestre entama la première mesure du premier opus. Lorsque le soleil disparut à l‘opposé, la dernière mesure du douzième opus s’achevait aussitôt suivie de la première du treizième. A l’instant même de sa réapparition, la dernière mesure du vingt-quatrième morceau retentissait. Devant la difficulté à rassembler une nouvelle fois la totalité des exécutants, on avait procédé à un enregistrement unique et en tout point remarquable. Une émission universelle fut programmée pour lancer le nouveau temps humain. L'œuvre ainsi réalisée devait être diffusée en permanence dans le monde entier. Chaque point du globe se calant sur les anciens fuseaux horaires pouvait, en référence à l'heure équatoriale, déterminer alors quelle heure précise il était à tel ou tel moment de la journée. Il serait bien temps par la suite d'inventer une machine l'intégrant et appelée à remplacer les moyens de compter (ou de décompter) le temps.

Après une longue période de tractation en tout genre quant à l’étiquette et à la place qui devait être réservée à chacun, tous les chefs d’état étaient présents, heureux et fiers d’avoir abouti à une solution idéale. Un grand nombre de membres des gouvernements étaient aussi de la fête ainsi que tous les présidents des plus grandes sociétés qui comptaient dans le monde des finances, du commerce et de la consommation, impatients d’être associés à cette œuvre colossale. Dans le grand opéra de Pékin, lieu le plus stratégique du nouvel ordre mondial, ils se tenaient symboliquement la main pour montrer la formidable solidarité qui avait été la colonne vertébrale indispensable à la réussite de cette gigantesque organisation. Devant les peuples massés au pied des écrans géants répartis sur toute la planète, le monde allait enfin recommencer à vivre. La majorité des téléspectateurs se disaient cependant, sans oser l'avouer face à la pensée unique qui prévalait, qu’ils avaient plutôt, pas si mal vécu cette absence de temps.

Dans le silence qui précédait la première note, alors que chacun retenait sa respiration, ont cru percevoir un étrange tic-tac. Rien ne se passa entre les tics et les tacs. Néanmoins, certains s’agitèrent, des têtes se retournèrent, des regards interrogatifs se croisèrent. Le bruit du tic-tac s’interrompit puis une monstrueuse déflagration anéantit d’un seul coup tous les maîtres du monde.

Incrédules d’abord, les peuples poussèrent une immense clameur de joie et une fête universelle et spontanée anima la planète plusieurs jours durant. Peu après l’explosion, les pendules, montres et horloges de l’univers reprirent leur ronde régulière.

Quelque part du côté de Saint Germain des Prés, dans un Paris en liesse, une ombre dit à une autre :
- et bien Tonton, tu as bien réussi ton coup cette fois. L’idée de la musique était vraiment géniale. Ce à quoi l’autre ombre répondit : 

- sacré Boris. Au fond c’était assez facile. Allez viens on va danser le bop. N’oublie pas ta trompette.

Histoire inspirée par la chanson : 
La java des bombes atomiques
Où lire l'Arpenteur

Clémence - Entre le tic et le tac

Moment perpétuel
Son entourage était troublé
C'était devenu une obsession
Il compulsait l'horloge entre chaque tic ­tac.
Un jour, il put nommer son étrange comportement obsessionnel compulsif.
ET depuis, il s'identifie au temps qui passe
TIC TOC TAC TIC TOC TAC TIC TOC TAC.....

Manoudanslaforêt - Entre le tic et le tac

Temps

Incertain

Confus

Temps

Attendu

Certitude

JCP - Entre le tic et le tac














Entre tic et tac 

Le rouage inlassable en la vieille demeure,

Une pendule aimable au temps vouait ses heures.
"- On sait bien grâce à moi s'il est encore tôt
Ou bien s'il est trop tard, le temps voici mon lot,
Disait entre ses dents la pauvre créature,
Affligée du pouvoir offert à sa denture - 
Qui d'un tic faisait naître et de l'autre mourir ; 
D'un tac couler les pleurs - de l'autre offrant le rire.

"- Balancer d'un côté puis balancer de l'autre, 

De mon Seigneur le Temps je suis la triste apôtre ; 
Je n'y puis échapper, ce jour ou bien demain, 
Il est de mon ressort, le pauvre sort humain."

"- Pourtant du tic au tac se disait-elle encore, 

Comme du tac au tic, je crois bien voir éclore 
Une part de silence, où le Temps qui s'oublie 
Délaisse un peu son cours, et rien ne s'accomplit..."

...Aussi dès aujourd'hui puisons près des pendules 

Cette leçon suprême : du tic-tac désormais 
Où se pèse le temps, laissons un peu la paix 
Réjouir notre vie entre ces deux virgules, 
Car du temps sans aiguille où tout semble arrêté, 
Il est bon par moments de se réconforter.

Où lire JCP

lundi 15 février 2016

Vegas sur sarthe - Entre le tic et le tac

Tactique à l'Estaque




Dans sa course initiatique Ulysse le roi d'Ithaque
au royaume de Chronos apprit les mathématiques

Il étudia le tic et apprivoisa le tac
– rien de bien poétique – prit une année sabbatique

Un jour en pleine pratique il crut bien entendre un clac
début de problématique ou de névralgie sciatique ?

D'un sursaut acrobatique il lança la contrattaque
se disant qu'un vilain tic valait bien mieux qu'un grand tac

C'est bourré d'anxiolytiques qu'Ulysse le roi d'Ithaque
prit ses cliques et ses clacs pour un coin plus sympathique

Si vous passez – touristique – entre Marseille et l'Estaque
là est née la thématique entre les tacs et les tics


Tisseuse - Entre le tic et le tac

Entre le tic et le tac 
De la pendule
Vient parfois le crac
Et la chouette qui hulule

Réveil automatique

Je claque et je clique
Au beau milieu de l’oubli
J’avale une tranche de nuit

Et tous ces tics et ces tacs

Que j’entends démultipliés
Pourraient devenir tout à trac
Le métronome de mon passé

Celui qui se ressasse

Quand il devrait être déposé
Celui qui me fracasse
A l’heure où il est bon de reposer

Insomnie mon amie

Pas de panique
Si tu fais dans l’anecdotique
C’est ainsi

Je peux te goûter

Sans me faire dévorer
Seul le temps qui s’enfuit
En paiera le prix

De la lutte à l’harmonie

J’oscille avec parcimonie
Suivant les mouvements
Du balancier de la vie

Je pendule c’est ainsi

Avec ou sans consentement
Je vais du non au oui
Et réciproquement

Lilousoleil - Entre le tic et le tac

Allongée sur le sofa du salon, je laisse dériver mon esprit devant une dure interrogation. Ingénument, j’imagine que je suis un génie tel Newton sous son pommier ou Einstein dans sa cuisine… Et là sans savoir pourquoi en regardant la pendule, je me demande bien pourquoi, les aiguilles tournent toujours dans le même sens ? Et dans l’hémisphère sud, tournent-elles en sens inverse ? Voilà un questionnement digne d’intérêt et qui demande un arrêt sur image. Pendant que je réfléchis profondément à cette éventualité, le tic tac de la pendule s’insinue dans mon cerveau, mais oui j’ai un cerveau, et une autre question fait son entrée : qu’y – a – t-il entre le tic et le tac, entre chaque mouvement du balancier de l’horloge ?

Un inventaire de Prévert ? Pourquoi pas !

La morsure du temps, les années passent et rien n’arrête les tours de cadran des aiguilles.

Les remous de la vie, les blessures et aussi les joies en aller-retour.

Les odeurs des saisons qui passent ; du lilas au muguet, des blés murs sous le soleil de l’été aux moûts des dernières vendanges, des chanterelles aux cèpes, et du fumet du potage d’hiver aux chocolats de Noël.

Les chants des oiseaux ; jusqu’à être sourd les cris des hirondelles, des pies, le chant des merles qui pillent les groseilliers, des mésanges et des rossignols.

Les rires des enfants qui jouent insouciants ou au contraire qui jouent pour ne pas pleurer.

Le scintillement des étoiles de la Grande Ourse qui nous invite à suivre sa route…

File le temps comme la laine sur le rouet…


Entre le tic et le tac de la pendule, dextrorsum il y a des trésors.

Où lire Lilou