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lundi 10 juin 2019

Adrienne - 14 ans et demi

Mini-Adrienne a quatorze ans et trois mois. Elle passe une quinzaine de jours de vacances à la côte belge avec sa mère, son petit frère et son petit cousin. Comme chaque année au 15 août, pendant que les papas travaillent. La maman du petit cousin travaille aussi. C'est eux qui ont un appartement à la mer.
Quatorze ans et trois mois. C'est un mois d'août particulièrement beau et ensoleillé, on est à la plage tous les jours, on se lie d'amitié avec d'autres. Des "grands" qui acceptent de jouer à toutes sortes de jeux avec le petit frère, le petit cousin.
Puis un jour une dame s'extasie :
- Comment ? elle n'a que quatorze ans, votre fille ? je croyais qu'elle en avait dix-sept !
Pas très futée, la dame, pas très fine psychologue, elle s'enferre dans ses convictions, elle insiste lourdement.
Quatorze ans et trois mois. C'est la dernière fois que l'Adrienne - qui n'est donc plus une mini - a joui d'une relative liberté.
Pas besoin de tchador ni de foulard: on peut très bien s'en passer et obtenir le même résultat.

dimanche 16 septembre 2018

Adrienne - Vieilles pierres

C'était l'époque bénie où mini-Adrienne avait quatre ans et ses quatre grands-parents. Cet été-là était le dernier où toute la famille partait ensemble en vacances en France, parents et grands-parents et la Tantine de 18 ans.

Touristes d'autrefois, de ceux qui ne se promènent pas en short, sandales et linge de corps sous prétexte qu'il fait beau et qu'on est loin de chez soi.

Touristes qui aiment "les vieilles pierres" - c'est une expression qu'ils utilisent souvent - et qui font une tentative d'épuisement des ressources historiques d'une région, en une quinzaine de jours.

Ce qui fait conclure à mini-Adrienne que la France est un pays de ruines. A l'énième site visité, elle soupire et déclare :

- Encore un château cassé !

Elle n'a pas compris pourquoi ça a fait rire tout le monde.

Où lire Adrienne

mercredi 16 novembre 2016

Adrienne - Ascenseur

Quand l'ascenseur s'est arrêté pour Muanza au premier étage, il y avait déjà trois autres personnes dans la cabine, un vieux monsieur et une dame tenant un petit garçon par la main. 
- Regarde, maman! Il est tout noir, le monsieur! 
- Chut, a dit la mère en lançant un regard gêné vers Muanza, qui s'est placé dans un coin après avoir appuyé sur le bouton du 8e. 
Son téléphone a sonné. C'était Rosemund, évidemment.
- Il parle une drôle de langue, le monsieur tout noir, a dit le petit garçon. C'est de l'anglais, ça, maman? 
- Chut, a répété sa mère. Ne dis pas ça, non ce n'est pas de l'anglais. 
Dans l'autre coin, le vieux monsieur rigolait doucement en regardant Muanza, quand tout à coup, après quelques hoquets, l'ascenseur s'est arrêté entre deux étages. 
- Ça y est! s'est exclamé le vieux monsieur. C'est la panne! 
- C'est la faute du monsieur tout noir? a demandé le petit. 
- Chut, non, ne dis pas ça, a soufflé la mère en regardant Muanza avec inquiétude pour la troisième fois. 
Celui-ci tapotait sereinement son clavier pour appeler Atuahene, qu'il les tire de là, quand la lampe s'est éteinte dans la cabine. 
- Je ne veux pas rester dans le noir avec ce monsieur tout noir! a gémi l'enfant. J'ai peur! 
- Ce n'est rien, a dit la mère, tu verras, ça ne va pas durer longtemps. 
- C'est l'affaire de quelques minutes, a renchéri le vieux monsieur. 
L'enfant s'est mis à hurler: 
- C'est la faute au monsieur tout noir! 
L'ascenseur s'est ébranlé, la lampe s'est rallumée. 
- Ouf! a dit Muanza. La dernière fois, on est restés bloqués plus d'un quart d'heure! 
C'est alors que la mère a donné une taloche à son gamin. 
Il n'a jamais compris pourquoi. 

mercredi 26 novembre 2014

Adrienne - 18h45

D comme déclaration

Il prenait comme moi le 18h45 mais je ne le savais pas. Jusqu’à cette chaude journée d’avril où le hasard m'a fait monter dans le même wagon. Je venais juste de hisser à grand-peine mon sac de voyage dans le filet quand je l’ai vu qui me regardait en souriant. La première idée qui m’est venue, c’est que je devais être rouge et échevelée et que peut-être j’avais des auréoles de transpiration sous les bras.
- Tu peux venir t’asseoir ici, si tu veux, m’a-t-il dit en me désignant la banquette en face de lui.
 

J’ai jeté un coup d’œil désespéré à mon gros sac plein de livres et de linge sale.
- Tu peux le laisser là, a-t-il ajouté, tu le prendras quand on descend, ça ne gêne personne.
 

Depuis ce jour-là, nous avons fait route ensemble chaque samedi. J’apprenais à mieux le connaître même si c’était surtout lui qui posait les questions. Quatre ans de plus que moi, ça compte quand on n’en a que dix-huit : il était déjà en premier doctorat alors que moi je n’avais encore rien prouvé. Il me paraissait toujours aussi inaccessible qu'à mes quatorze ans. J’aimais son humour, ses yeux bleus, son nez busqué, son surpoids, sa canine un peu de travers, j’aimais tout.
Toute la semaine je dessinais son profil sur mes notes de cours et le samedi je l’admirais dans le wagon de train.
Il n’en a jamais rien su.

Où lire Adrienne