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vendredi 22 juillet 2016

Gene M - Les ombres et la lumière de l'été

C'était l'été : un bel été bleu et chaud qui promettait des jours heureux et insouciants.
La ville s'étalait, paresseuse, le long de la baie dans cette ville méditerranéenne. La lumière éclatante de juillet baignait la cité alanguie.
Jamais on n'avait pensé aussi peu à la mort.

La nuit, la lumière artificielle prenait le relais : les enseignes incandescentes des bars et des discothèques jetaient leurs feux sur une population jeune et joyeuse.
Parmi cette belle jeunesse se détachait une jeune fille éclatante de vie, au charme insolent. Chacun de ses pas faisait virevolter, avec grâce, sa jupe de gitane. Dans son sillage, sa petite sœur à la silhouette enfantine aux formes peu marquées la suivait. Elle avait tellement envie de vivre la vie de sa sœur !

L'homme, tapi dans l'ombre d'un buisson regardait fixement devant lui :
un prédateur, concentré sur sa petite proie.

Le lendemain matin, on retrouva la petite sur la plage, morte, ressemblant à une poupée désarticulée.

Pascal - Les ombres et la lumière de l'été

Pêcheur d’Islande 

Notre Romans-sur-Isère n’a rien d’une station balnéaire ; celui-là, comment a t-il fait son compte pour se retrouver à l’amarrage d’une table, sous les bâches tendues de mon cher bistrot du dimanche ? En été, je croyais que ce genre de personnage ne fréquentait assidûment que la plage du Coco Beach, les bars mutins d’Ibiza et les boîtes de nuit appropriées, un peu partout dans Paris. Mais c’est sans doute moi qui ne sors plus assez pour le réaliser ici et là. Il n’empêche ; il a peut-être son voilier à quai le long de l’Isère, le bonhomme…

Indéniablement, ce dimanche matin, c’est la vedette de la terrasse ; on dirait un moniteur d’éducation physique, un monsieur univers du milieu du vingtième siècle, propulsé à la terrasse de ce café d’aujourd’hui. Vêtu d’une marinière flambante, d’un pantalon en toile délavée et de petites chaussures marines en cuir bleu-souple, il semble tout droit sorti d’un roman de Somerset Maugham. Tellement cliché, tellement stéréotypé, tellement bien propre sur lui, il pourrait être la vedette d’une pub de Jean Paul Gaultier.
Son polo le serre aux entournures ; sentant mieux ses muscles, il gonfle les biceps, fait rouler ses pectoraux, rentre le ventre, comme des gestes habituels, des poses à l’adresse de photographes invisibles.
Ce quarantenaire passé a une belle gueule carrée de gentil méchant, avec des rides savamment calculées à chacun de ses sourires enjôleurs ; il est beau, il est preux, il est ténébreux, il sent le sable chaud ; il doit avoir un succès fou auprès des femmes. Il a le sourire blanc-salin du loup de mer ; chaque fois qu’il ouvre la bouche, ce doit être pour raconter des aventures de déferlantes. On sent le courage à chacun de ses gestes, surtout quand il touille son café, le petit doigt en l’air…
Les poils blonds de ses bras frisent en presque désordre ; ils sont comme un champ d’avoine qui attend la caresse du soleil matinal. Sur sa peau bronzée, on peut voir un beau tatouage aux nuances multicolores, un arc-en-ciel peut-être, mais dont la haute teneur philosophique ne trouve pas ma traduction.
Il porte des Gay, non, des Ray Ban d’une autre mode sur les yeux et quand il les ôte, on dirait la Mer des Caraïbes dans ses pupilles. Il éblouit, il irradie, il étincelle ; à chacun de ses regards circulaires, on dirait un phare altruiste au chevet des âmes en perdition de la terrasse. Façon pirate, il porte aussi un petit foulard rouge autour du cou et une boucle d’oreille en or qu’il tripote souvent comme pour s’assurer qu’elle est toujours là. Il a des colliers aussi ; des fines nacres arc-en-ciel aux reflets d’îles paradisiaques, portées comme des trophées, qui s’agitent aux mouvements de leur beau capitaine. Sa montre ? Une épaisse Rolex en or véritable, mille carats ! Butin de ses derniers pillages, des bagues et des bracelets figurent aussi dans son arsenal de grand séducteur…

Un instant, j’aimerais lui ressembler pour avoir la chance de harponner, moi aussi, quelques belles femelles attirées par tous ces falbalas de miroir à alouettes. Aussi, je me languis de voir la sirène que ce pêcheur d’Islande, forcément bien loti, a naturellement dû prendre dans ses filets…

Cette femme extraordinaire, cette Aziyadé, je l’imagine tellement fabuleuse, tellement exceptionnelle, tellement radieuse. Vous savez, c’est ce genre de personnage qu’on ne croise que dans ses rêves les plus fous, si bien qu’on ne sait plus s’ils sont des enchantements ou des cauchemars, tant leur attraction furieuse est aussi merveilleuse qu’inaccessible.
C’est peut-être une gravure de mode, la couverture d’un magazine parisien, un mannequin à la mode, à la solde des plus grands couturiers ! Elle a le visage aux mimiques parfaites, les cheveux courant jusqu’à ses reins, la silhouette digne d’une statue de Rodin, une magnifique paire de seins ; quand elle sourit, tous les jeunes rayons du soleil apprennent à briller et quand elle rit, les petits oiseaux du quartier revisitent leurs gammes aux sons de la gaieté !

C’est sûr ! Elle va s’asseoir à sa table, lui donner un petit coup de genou connivent, poser sa main dans la sienne comme un signe de reconnaissance amoureux ! En échange, il va lui murmurer des secrets, des chemins d’îles aux trésors, ceux qu’elle cache si peu sous son petit chemisier ! Pris dans la tourmente de l’Amour, ils vont peut-être s’embrasser et, par-delà, faire gicler dans le ciel plein d’étoiles filantes ! Les ondulations des feuilles de platane ont déjà des soubresauts d’éclats de lumière sur la place !
Et puis, bras dessus, bras dessous, je les regarderai disparaître dans la chaleur de la matinée ; ils vont traverser l’esplanade comme on marche sur la mer, et je me retrouverai seul, tel un Robinson sur son île, à l’ombre de mes illusions. Les nuages de l’Ouest vont cacher le soleil, tuer le clinquant des couleurs, taire les petits oiseaux et je me réveillerai dans la torpeur de mes draps affalés…

Il cocote, le flibustier ; il a dû tomber dans son flacon de Drakkar ; la chevelure à peine grisonnante, la barbe de trois jours, le teint hâlé, c’est aussi dans sa panoplie de Cupidon des plages. Il croise et décroise les jambes comme pour ne pas laisser le temps aux fourmis laborieuses de l’ankyloser. Il tire sur sa longue cigarette blonde mais il n’avale jamais la fumée ; il la recrache aussitôt comme des intenses signaux d’indiens, sur le sentier de l’Amour, qu’il lance innocemment à l’entourage…

Soudain, son visage s’éclaire ! Il se lève, le charmant naufrageur ! C’est la belle de son cœur qui vient rassurer son preux pêcheur ! Il piaffe, il geint, il bout, il s’empresse, le bel harponneur ! Caché dans le fond du bar, mon angle de vision ne me permet pas encore d’admirer sa conquête. A voir toutes ses simagrées, je devine la belle amazone toute proche… J’aimerais tant avoir cet emballement… Enfin, elle apparaît. Elle porte une marinière assortie à la sienne ; sans doute, un membre de son équipage, me suis-je dit. Elle porte aussi une belle barbe, un petit chien dans les bras, des muscles saillants, un jean moulant et ses éclats de rire caverneux font peur à tous les petits oiseaux des platanes ! Ils vont s’embrasser ! C’est sûr ! Maintenant, les nuages vont rappliquer de l’Ouest en courant ! Les éclats de lumière se cachent déjà ! Regardez les ombres contrites ! Elles fondent sur le bitume ! Lové contre une bite d’amarrage, c’est un bateau à voile et à vapeur qui doit faire relâche dans le port de Romans…

L'Arpenteur d'étoiles - Les ombres et la lumière de l'été


Un souvenir inoubliable

L’été 1977 hésitait entre ombres et lumière, entre fraicheur et soleil de plomb. Isabelle avait quatorze ans. Grande, mince, des cheveux châtains et des yeux bleu outremer, elle jouait funambule sur le fil de l’adolescence. Les vacances étiraient doucement des journées d’ennui, dérivant de promenades en lectures, de rock en disco, de silence en infinis bavardages. Et pourtant, elle allait vivre une étonnante aventure. Sa grand-mère l’avait invitée à la rejoindre pendant une quinzaine de jours au cœur du mois d’août, en Sicile. C’était son premier grand voyage.

Arrivée à Palerme, la grand-mère, hautaine, élégante, autoritaire mais débordante d’amour pour sa petite-fille l’emmena vers une cité proche de la capitale, berceau de la famille.
Elle lui résuma l’histoire de sa vie : l’arrière-grand-père possédait des terres immenses et d’importants domaines agricoles et viticoles. Gouvernante pour les enfants, domestiques, train de vie noble et bourgeois. Mais cet homme brillant était passionné par le jeu, en particulier par le poker. Joueur invétéré, il perdit peu à peu sa fortune. La famille d’Isabelle rentra dans le rang des gens "normaux", tout en conservant une aura, un infini prestige et un respect incommensurable de la population.

Quelques jours plus tard, la fête de l’assomption allait occuper toute la ville. Une procession considérable parcourait les rues jusqu’à la mer. La très belle statue de la Vierge sortait de la grande église sur une sorte de brancard porté aux épaules des hommes. Un voile blanc, ample et long accroché à la couronne de la Vierge recueillait des billets que les fidèles épinglaient tout au long du parcours.
La veille de la fête, les organisateurs vinrent voir la grand-mère d’Isabelle. Une sorte de conciliabule auquel elle ne comprit pas grand-chose. A la fin de la discussion, sa grand-mère lui expliqua qu’elle devrait accompagner la Vierge sur le brancard, en robe blanche et la tête ornée d’une couronne de fleurs. C’était un honneur pour la famille et également pour son arrière grand-oncle qui fut cardinal. Elle n’eut pas le choix de refuser.

Le 15 août, Isabelle traversa la ville sous les bravos de la foule, accompagnée par les cantiques chantés à pleine voix. Sous un soleil somptueux, elle était l’incarnation de sa famille et de la Vierge, dans l’ombre brûlante du voile qui se couvrait de billets, dons généreux voués aux œuvres.

Ce récit est une histoire véridique vécue par une amie proche.

Où lire l'Arpenteur

jeudi 21 juillet 2016

Lilousoleil - Les ombres et la lumière de l'été

Elle a perdu sa lumière. Ce matin encore, elle regardait son nounours bleu avec son sourire enfantin, les fossettes au creux des joues. Elle avait dans les yeux tous les ballons rouges de l’aube d’une vie. Le soleil avait dardé ses rayons toute la journée.  Elle avait contemplé entre ombre et lumière, les reflets de la lune dans le lac. Elle avait imaginé un avenir, elle serait mannequin ;  elle serait maîtresse d’école ;  elle serait infirmière ou aventurière comme ces filles, parties en bateau et dont elle lit les aventures  qui voguent au milieu des vagues vers Corfou, Rhodes…Enfin loin…
Ce soir, elle serre son ours, son livre est tombé,les pages sont froissées. L’ombre est tombée ; noire ; une aile de corbeau l’a enveloppée, l’a envahie… Les larmes salées inondent ses joues forment des petites rigoles dans ses fossettes, des perles de lumière  explosée. Les ballons rouges ont éclaté.
Demain sera un autre jour,  la lumière reviendra, elle prendra une  autre couleur mais jamais plus, elle n'aura cet éclat d'innocence.


mercredi 20 juillet 2016

Célestine - Les ombres et la lumière de l'été

Juillet. Ils sont assis sur le long balcon surplombant la vieille ville,  devant le crépuscule naissant. Les murs semblent d’or.
Elle ferme les yeux à demi devant l’aveuglante clarté du couchant. Lui fixe crânement le soleil qui descend face à eux, dans un plongeon silencieux de lumière poudrée, comme une grosse orange éclatée. Le ciel s’ocre. Puis blanchit.
L’ombre envahit peu à peu les ruelles, pressant le pas des passants.
C’est beau, une ville qui éclaire une à une ses lampes comme autant d’étoiles. Tu sais, chacune semble raconter un morceau d’histoire. Comme celles du ciel.
En bas la rue bourdonne d’une rumeur sourde.
Le vent se lève. Tiède. Presque chaud. Le balcon se moire d’ombres violettes allongeant la silhouette des cyprès en pot de grès.
Le vent glisse sur sa peau, sur ses seins qui frissonnent. Son chemisier de soie blanche claque comme une voile sur la mer. Ses cheveux volent dans ses yeux.
La nuit recouvre chaque façade de son drap de velours sombre.
Ça sent la tubéreuse, et le lys. Ah, et le jasmin aussi, par moment.
La lune semble une rognure d’ongle luisant au-dessus des arbres. Ils rient de cette image. Leurs mains se serrent.
Ils sont bien. Seuls, dans cet instant d’éternité splendide et quotidienne.


Où lire Célestine

mardi 19 juillet 2016

Lorraine - Les ombres et la lumière de l'été

Les ombres de la nuit se faufilent en silence
Dans le soir diapré qu’embaume le jasmin
L’été a pris d’assaut la belle effervescence
Des rosiers épanouis à l’entrée du jardin

Je sais que dès demain s’éveillera un monde
De lumière jouant sur l’étang endormi
Allumant le chemin qui va à la rotonde
Et le cygne posé sur le gazon fleuri

Mais quelquefois l’été se joue de la lumière
Et sous les sapins drus dessine leur grande ombre
Engouffrant sa fraîcheur jusque dans les chaumières
Et tapissant les murs de silhouettes sombres

Le soleil et la nuit joueront la grande scène
Des saisons opposées aux contrastes jumeaux
Les ombres et la lumière comme un fruit qu’on égrène
Chanteront tout l’été leur délicat duo

Vegas sur sarthe - Les ombres et la lumière de l'été

Mes siestes

A l'heure où - ventres pleins et esprits empégués
les adultes opéraient leur sieste crapuleuse
nous étions condamnés à la pause ennuyeuse
séquestrés au dortoir sans espoir de fuguer.

Trépignant sur le lit je restais éveillé
recomptant les moutons et bâillant aux corneilles
je grimpais aux échelles embrasées de soleil
que lançaient les volets disjoints sur l'oreiller.

J'étais un baroudeur , un Joffrey de Peyrac
et Angélique avait les yeux de ma cousine
rien ne me résistait, pont-levis, sarrasines.

Un jour je dirais tout, je viderais mon sac
je leur dirais mon bois, ma hutte, mon marais
mais pour l'heure, exalté, je gardais mes secrets

Kakushi Ken - Les ombres de l'été

   Il y a un monde à la fois près et loin de ton monde... Laisse-moi te décrire celui-ci…

   Lorsque tu arrives par l'espace, tu as une vue extérieure admirable. Tu peux voir une planète bleue qui se lie à l'or des terres lointaines dans une palette claire et foncée. Tu pénètres alors dans l'atmosphère et, tel un vaisseau spatial, plus tu t'approches du sol plus l'air devient accueillant : frais et chaud à la fois.
   Au contact du sol, tu réalises qu'on est en été, sur un bord de mer.
   Le soleil ne force pas trop, histoire de ne pas brûler ta peau ni aveugler la pupille de tes yeux. Laisse tomber ton scaphandre de sécurité et enfile plutôt des vêtements légers... La brise marine caresse ton corps et t'invite à plonger dans l'eau vivante... La côte est ombragée jusqu'au pied de la mer, ou océan, vas savoir…
   Ce monde semble parfait. Tout est équilibre et paix. Pourtant, sous cette apparente plénitude couve l’ouragan le plus gigantesque que tu puisses imaginer… Si tu croises un autochtone, il te dira que « Oni » vient de l’ombre, de l’obscurité. Un maelström effroyable qui arrache l’âme et évide les corps…
   Puérile croyance de gens qui ne regardent pas plus loin que le bout de leur nez !

   La vérité est que lorsque tu nages dans cette eau immense, la joie au cœur, des monstres peuplant tes cauchemars nagent dans les profondeurs… Là où tu foules de tes pieds ravis le sable chaud et parfumé ; il foisonne des serpents dont la seule morsure t’ôterai la vie dans des souffrances innommables… Lorsque tu te régales de fruits cueillis aux arbres, de méprisables vermines ont pondu leurs larves qui basculent dans ton organisme via ton œsophage et ton estomac. Lesdites vermines parfois mangent leur hôte de l’intérieur…
   La nuit, qui aveugle la plupart de tes sens et met en alerte tes peurs, est opaque, silencieuse, comme si elle était à l’affût. Les lucioles s’éteignent lorsque tu n’es pas en symbiose avec la nature, le vent porte ton odeur à la faune sauvage qui s’éclipse en un mouvement silencieux sous la lune… Les oiseaux de nuit te regardent étonnés de te voir tendu… Le moindre bruit te fait sursauter, le vent qui forcit te fait froncer les sourcils : « est-ce l’ouragan promis qui s’approche ? »

   Ainsi ce monde n’est pas ton monde. Il ne s’agit pas de s’imposer et de le changer selon ton envie ; mais bien d’être à l’écoute de ce dernier et de s’imprégner de lui.
   Le concept du « Oni » est une « opposition » qui est en toi, et seulement en toi. Ta vérité n’est point la vérité ; tout comme la mienne ne l’est pas non plus…
   La lumière, l’ombre ? Ces deux là font un monde. Elles sont agoniste et antagoniste ; parfaites facettes d’une même pièce. Les deux se mélangent comme le jour et la nuit, lorsque vient l’aube ou le crépuscule…
   Qui saurait alors prétendre démêler ces deux là lors de cette fusion ?
   Mensonges et vérités, secrets et révélations ne sont que ce que nous interprétons : notre monde… Il n’est sans doute pas LE monde dans lequel nous sommes...

lundi 18 juillet 2016

Fred Mili - Les ombres et la lumière de l'été

J'étais en embuscade, face au soleil couchant, sur les bords de Seine. L'appareil réglé, prêt à appuyer sur le déclencheur, en rafale.
Je voulais un contrejour. Une fille qui me ferait appuyer sur le bouton comme un malade, pour immortaliser l'instant.
J'avais une idée précise de celle que je voulais même si cela n'avait que peu d'importance, face au soleil.
Je souhaitais qu'elle ait les cheveux longs, les yeux en amande, qu'elle soit grande et mince, qu'elle vienne de gauche pour aller vers la droite et non l'inverse, qu'elle tourne la tête vers moi et qu'elle me fasse un grand sourire, illuminant son visage.
J'étais impatient, voire fébrile. J'avais une idée très précise de ce que je voulais obtenir avec la collaboration de cette inconnue. 
L’œil dans le viseur, j'étais ébloui par le soleil. Il ne passait que des hommes ou que des filles trop petites, ou trop enrobées.
En fait je captais malgré tout les images de chaque passant, ce qui me permettait d'affiner mes réglages, mais ma princesse ne se présentait pas.
Pourtant en face de moi le soleil déclinait, il semblait vouloir partir ailleurs, de l'autre côté de la terre et tirer sa révérence.
Parfois ébloui, je pris pourtant l'homme en vélo, la femme enceinte promenant son bébé dans la poussette, l'homme en djellaba avec sa barbe plutôt longue, une petite fille en bicyclette, le jongleur qui avançait en lançant ses quilles, le jeune footballeur dribblant un adversaire imaginaire, la vieille femme élégante avec son chapeau sur la tête enfin tout ce qui se présentait entre moi et le soleil.
En place depuis une heure, je m'impatientais. Je pensais au naturaliste, caché au bord d'une étendue d'eau, attendant de saisir l'envol d'un canard.
Je n'étais pas capable d'attendre aussi longtemps sans m'énerver.
Cependant sur ma carte memoire les photos s'entassaient. J'enrageais. La patience n'est pas ma vertu principale. De plus j'avais des paillettes de toutes les couleurs dans les yeux à force de fixer la lumière au travers de l'objectif.
Je laissais l'appareil bien à plat sur la rambarde puis allumais une cigarette pour faire passer le temps et réhabituer mes yeux à la lumière du jour.
Soudain une fille passa, presque celle que j’espérais. J'attrapais trop rapidement mon appareil et déclenchais dans l'urgence face à l'astre éblouissant. Hélas, les photos n'étaient pas nettes.
Je pestai. Rageur je jetai mon paquet de cigarettes par terre et l'écrasai d'un talon furieux. Je m'en voulais de m'être laissé distraire par un vice incontrôlable. Le paquet malmené laissa apparaître les filtres orangés d'un côté et les cigarettes éventrées d'où s'échappaient le tabac à peine blond.
Je me résonnai.
Je voulais une silhouette dans l'ombre face à la lumière du dieu Ra. Je savais que ce n'était pas évident surtout lorsque la photo était déjà composée dans la tête.
Il ne restait qu'à la prendre, qu'à saisir l'instant.
Je ne faisais que de la photo de rue et de ce fait je savais qu'il fallait mitrailler pour avoir une ou deux belles photos réussies.
J'attrapais la bouteille d'eau dans mon sac sans décoller l’œil du viseur et bus comme un ivrogne en mal de sa potion. Je me massais les reins, la position que je m'infligeais faisait souffrir ma vieille carcasse.
Je me relevai me massant le bas du dos comme je pouvais. Je jetai machinalement un coup d’œil à gauche et je la reconnus aussitôt.
La voilà. C'était elle.
Mes reins plièrent avec difficulté lorsque je me collai derrière le viseur, mon doigt tremblait sur le déclencheur.
J'étais prêt malgré tout. 
L'exaltation me fit sourire nerveusement. Je laissais approcher, affinant la mise au point. Elle tourna la tête vers moi. Exactement l'image que je souhaitais.
Je souriais en appuyant.
Pas de réponse.
Je réessayai.
Toujours rien.
J'éteignis l'appareil, le rallumai.
La batterie était suffisamment chargée.
La carte Sd était déjà pleine.
La jeune fille me fit un coucou du bout des doigts, accompagné d'un sourire éblouissant. Avait-elle compris que je n'avais pas pris une seule photo d'elle ?

dimanche 17 juillet 2016

Semaine du 18 au 24 juillet 2016 - Les ombres et la lumière de l'été

8 mots qui vous ont donné du fil à retordre et qui nous ont offert de vrais plaisirs de lecture.

Pour ce dernier thème avant la rentrée nous vous proposons ceci : les ombres et la lumière de l'été

L'été est une saison où ombres tamisées et riches lumières cachent ou révèlent tant de choses. A vous de nous conter une histoire (vers ou prose) où les secrets se dérobent dans les ombres et se dévoilent en pleine lumière sous le soleil brûlant.