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dimanche 9 juin 2019

Alainx - C'était donc 8h du matin


Ha, la belle saison !

C'était donc huit heures du matin au début du mois de juin qu'il avait commencé à neiger. Beaucoup de gens s'en étonnèrent. Pensez donc, neiger en juin sous ces latitudes,  cela ne se produisait quand même pas très souvent. Exceptionnel, plutôt. Maryse leva les yeux au ciel : —  Ànotre époque, il ne faut plus s'étonner de rien !
En levant les yeux, elle découvrit cette énorme masse noire qui assombrissait l'horizon et se dirigeait vers elle lentement. C'est absurde, mais elle pensa à cette saga qui eut son succès à cheval sur le XXème et le XXIe siècle. Son père lui en avait parlé : « la guerre des étoiles » où il était question d'une étoile noire. Paraît que les récits d'anticipation finissent par se réaliser.

D'habitude, il ne neige pas avant la mi-juillet. Mais enfin, peut-on encore vraiment parler d'habitude. La neige tombait drue, les flocons s'épaississaient de minute en minute. La couche au sol atteignait déjà quelques centimètres et cela ne faisait qu'à peine un quart d'heure qu'elle tombait. Maryse pensa : — Il ne pourra certainement pas rentrer cette nuit. Par ce sale temps les navettes ne seront pas autorisées à voler.

Parfois Maryse  rêvait aux journées ensoleillées qu'elle avait connues enfant, aux petites fleurs rouges des champs. À quoi bon se montrer nostalgique. Les temps changent : tout le monde le disait.

Elle ouvrit son placard alimentaire. Il ne lui restait que trois paquets de nourritures synthétiques. De quoi tenir trois jours, donc. Cela devrait aller puisque le camion auto-livreur était prévu pour demain. Elle tenta de chantonner dans sa tête pour calmer son angoisse. En effet le DFQ (diffuseur musical de quartier) avait cessé de fonctionner vers minuit. Ce système automatisé tombait le plus souvent en panne au mauvais moment. La dernière fois il avait fallu plus de 15 jours pour trouver un dépanneur qui savait encore comment fonctionnait ce genre d'engins.

La neige tombait compacte à présent. Bientôt ce serait sous forme de picots pointus de glace, comme l'an dernier. Elle se souvint même que c'était arrivé le 15 août vers 17 heures. Heureusement, plus personne ne sortait dans les rues. Il y avait eu trop de blessés les années précédentes.

Marité - C'était donc 8h du matin

Lòt, après l'orage.

C'était donc 8 heures du matin au début du mois de juin. Je me levai tôt, prise d'une terrible démangeaison que l'on appelle ici champignonite aiguë. Cette singulière maladie frappe les corréziens au début de l'été et en automne. Je pris le chemin de Lòt, chaussée de bottes en caoutchouc, un panier d'osier au bras, mon Opinel dans la poche et mon bâton de houx à la main.

La matinée s'annonçait claire, lavée de l'orage de la veille.  Des fumerolles éparses montaient du fond de la vallée pour s'accrocher et se perdre peu à peu au flanc des collines. La nature, un temps endolorie par les bourrasques, reprenait ses droits, brillante et odorante. Une belle journée en perspective pour courir la campagne.

Je regardais le ciel et je me disais que lui aussi avait ses humeurs. La veille,  colère en bleu-ardoise, incendié d'éclairs et aujourd'hui tout doux en bleu-dragée avant de s'affirmer bientôt et prendre la couleur bleu-cobalt de l'été. A peine quelques nuages légers et joufflus le parcouraient nonchalamment masquant parfois un soleil pâle, encore une caresse  mais qui ne tarderait pas à infliger les brûlures de ses rayons sur la nature et les gens.

La dernière averse avait creusé de larges flaques sur la piste cabossée. Les arbres en bordure se miraient dans l'eau qui stagnait dans ces minuscules mares, lui donnant une teinte verdâtre. Les genêts croulant sous leur  floraison jaune d'or encore toute mouillée de pluie me fouettaient les mollets au passage. J'avançais,  m'emplissant les poumons de toutes les senteurs de la terre humide, des foins coupés,  de la mousse, des fleurs des talus...Je me penchais parfois, attirée par les minuscules taches vermeilles sur fond vert des fraises des bois. J'en cueillais en évitant la limace rouge et baveuse se hâtant vers son déjeuner ou en me prenant les doigts dans une toile d'araignée  d'où glissaient de fines gouttelettes scintillantes. Tout en marchant, je savourais ces fruits sucrés et parfumés à la menthe sauvage. 

Les oiseaux aussi avaient repris leurs incessants et éperdus pépiements dans les haies où ils s'étaient réfugiés la veille, silencieux, à l'abri des déferlements rageurs de l'orage. Ils me frôlaient au passage, allant et venant à tire-d'aile,  pressés de nourrir leurs petits affamés. J'observai, sur une branche de chêne, le rituel amoureux de deux tourterelles se caressant du bec et se faisant force courbettes. De belles démonstrations d'amour simples et naturelles comme sait en donner à profusion la nature. 

Je débouchai bientôt sur l'étroit sentier qui rejoignait les ruines du moulin. Je longeai sans m'attarder la rive droite de la Vimbelle aux eaux gonflées pour vite atteindre le bois de pins sylvestres où j'étais sûre de débusquer quelques bolétales bruns et rouille. Je sentais déjà leur odeur suave. La chasse allait commencer. 

Il s'agit bien de chasse avant la cueillette. Il faut de la patience pour débusquer le champignon qui se cache derrière une fougère, quelques feuilles mortes oubliées, un pied de bruyère. N'allez pas croire – je dis ça pour les Parisiens qui n'y connaissent rien – qu'il suffit d'aller au bois pour remplir son panier ! Plein d'éléments entrent en ligne de compte pour trouver cette manne limousine : la période allant de paire avec les phases de la lune, un temps humide et chaud, il faut aussi que la terre ait « fleuri »...Enfin je ne vais pas vous dévoiler tous mes secrets.

Je trouve assez facilement les cèpes. J'ai du flair comme un chien à truffes. J'allais lentement, maniant doucement mon bâton. Je ne tardai pas à découvrir quelques beaux spécimens tout frais. On ne pense à rien dans ces moments là. On est tout à son plaisir. 

J'étais tellement occupée, accroupie près d'un arbre, à couper le pied d'un gros bolet, laissant ainsi la partie porteuse du mycélium sur place pour de futures repousses que je ne vis n'y n'entendit la harde de sangliers qui traversait le bois et venait directement sur moi. Parmi eux, une femelle et ses marcassins et je sais qu'il peut y avoir du danger dans ce cas.

Abandonnant panier, cèpes et bâton, je courus me réfugier dans le creux d'un vieux châtaignier providentiellement à proximité. Je laissai passer les animaux grognant et fouissant la terre, écrasant au passage ma corbeille et saccageant ainsi ma précieuse récolte. 

Je ne pus que constater les dégâts. Ce matin là, je revins les mains vides à la maison, fait exceptionnel. Mais je me consolais en pensant qu'à défaut d'omelette, je m'étais régalée, tapie dans le creux de mon arbre, à la vue de la petite famille déambulant tranquillement dans le taillis. 

On ne rentre jamais bredouille d'une promenade à Lòt.

Lilousoleil - C'était donc 8h du matin

C'était donc 8h du matin au début du mois de juin

Levée de bon matin, Manon avait décidé de partir à la recherche du temps perdu. Comme elle ne savait évidemment pas où il était perdu, sinon elle ne serait pas partie à sa recherche, elle chercha sur internet. L’ami wiki l’envoya piocher dans des définitions aussi fantaisistes que réelles du temps puis tomba sur un certain monsieur Proust, Marcel de son prénom (elle qui ne connaissait que Gaspard soi-disant humoriste) qui en avait écrit tout un roman ! Elle lut quelques paragraphes, bailla lourdement, s’ennuya mais ne trouva pas de piste pour ce fameux temps perdu. Et puis d’abord fallait-il chercher le temps astral ou le temps sidéral ; vaste question. 
Elle prit une carte pédestre, chercha les meilleurs chemins. Elle prit boussole, bouteille thermos, une loupe, deux citrons,  du pain d’épices, des pastilles de  menthe ; ah, oui aussi des pansements pour les ampoules.
Elle s’engagea sur le chemin caillouteux derrière le moulin de la galette ; en fait c’était celui du pépère Martin, un descendant probable de maître Cornille.  Elle n’avait aucune idée du temps qu’elle avait perdu à tourner et tergiverser avant d’enfiler chaussettes et baskets.
Ses pas la menèrent dans une clairière, où des touffes de plantes odoriférantes émergeaient ça et là. Elle cueillit des brins d’herbe fraîche et les mâchouilla, fit deux pas en avant, trois en arrière, s’arrêta pour écouter les chants des oiseaux, en particulier un merle moqueur mais ne vit pas de cerisier. Plus loin quelques marguerites sauvages ouvraient les corolles blanches et rosées. Elle les effeuilla murmurant des « je t’aime, un peu, etc., tomba sur à la folie » et se dit que Max finalement l’avait lâchement abandonnée et  ne la kiffait plus du tout.  Elle se posa deux minutes pour examiner à la loupe les fleurs essayant de se souvenir de ses leçons de  choses. En s’agenouillant elle aperçut des fourmis qui cheminaient, travailleuse et courageuses. Elle observa leur manège un moment puis elle s’assit, posa son sac à dos, s’en fit un oreiller et regarda le ciel où s’étiraient des nuages blanc. Elle vit un mouton, la carte de France, un poisson, une cuillère…puis … puis le sommeil l’envahit.
Bien plus tard, elle reprit sa route, fit le chemin en sens inverse ; ne retrouva pas le temps perdu. Etait-ce vraiment du temps perdu ? Elle fredonna la chanson de Barbara ; le temps perdu ne se rattrape plus.

mardi 4 juin 2019

Maryline 18 - C'était donc 8h du matin

Coquelicots, campanules, etc.

C'était donc huit heures du matin, au début du mois de juin. Sur le chemin des collines, sous le soleil encore timide, les coquelicots s'éveillaient, déployaient leurs pétales flamboyants. En jupettes pourpre, sur leurs longues tiges, fièrement dressés, ils s'étiraient et se balançaient, caressés par un vent léger.
Rosaline, s'était levé tôt pour aller remplir ses panier d'osier. Ce matin, le bleu du ciel semblait s'être échoué à ses pieds. Quelle merveille, ce tapis de campanules, comme tombées de l'azur en centaines d'étoiles bleuies ! Elle y cueillait les fleurs avec précaution. Elle y ajouterait de belles tiges de lavande et quelques beaux cornets de gentiane ondulés.
La rosée s'était déjà évaporée, la journée s'annonçait chaude. Avant de garnir son deuxième panier, celui réservé aux herbes médicinales et aux baies, elle s'offrit une pause. Assise au milieu des oeillets et de l'ail sauvage, elle mordit dans son pain garni d'un fromage de chèvre fondant. Un curieux papillon s'approcha alors et s'éleva aussitôt. Il tournoyait au dessus de sa tête. Ses ailes noires intriguèrent la jeune femme. Voulait-il lui faire découvrir d'autres senteurs ? Il partit et revint près d'elle, comme pour l'inviter à une promenade impromptu.
Aussitôt rassasiée, elle le suivit, insouciante, mais il s'arrêta brusquement devant la grotte, celle où résidait Madame Nezcrochu, la sorcière aux maléfices tant redoutés depuis des lustres. Une forme presque inhumaine, puante et récitant des litanies incompréhensibles, à chaque rencontre fortuite.
Rosaline recula d'un pas, tituba et se cogna sur la sorcière qui ricana en constatant sa peur. Son front ruisselait et son coeur battait à lui rompre la poitrine. Elle crut un instant s'évanouir.
-Que lui voulait-elle ?
L'oeil malicieux et perçant, la sorcière s'approcha. Rosaline sentit l'odeur forte de son haleine écoeurante. Elle ferma les yeux de peur de croiser son regard noir.
-Bonjour ma belle, je t'attendais ! Hi, Hi, Hi...!
Sa voix rocailleuse glaça instantanément son sang. Son rire rebondit en échos sur les flancs des collines alentour. Elle en fut comme paralysée, de longues minutes.
-J'ai une bonne nouvelle pour toi ma belle...Un oiseau de toute beauté se posera sur ton panier et picorera ta plus belle fraise !  Son chant t'ensorcellera, Hi, Hi, Hi...! Grace à lui, tu seras riche !
Etonnée par la teneur de la prédiction qui semblait être plutôt de bon augure, Rosaline retrouva la force de déguerpir. Elle laissa tomber de nombreuses fleurs dans sa fuite. Il lui fallait maintenant, en cueillir d'autres pour confectionner les bouquets qu'elle vendrait bientôt au marché. Retrouvant peu-à-peu son calme, elle pensa à ramasser de la joubarde pour se protéger des maléfices que Nezcrochu aurait put chuchoter dans son dos.
Des fraises, la sorcière avait bien parlé de fraises...Il lui fallait en trouver de toute urgence ! Rien de plus facile, elle connaissait les coins aux framboises et aux baies de genévriers, elle trouverait bien quelques fraisiers sauvages ! Il lui fallait aussi du plantain, pour ses graines recherchées et ses feuilles au subtil goût de champignon, et aussi du raifort, de la menthe, de la citronnelle, quelques orties et des fleurs de camomille.
Elle se sentait dans son élément, tout occupée à sa cueillette.
Les fraises étaient succulentes...Mais comment reconnaîtrait-elle l'oiseau fabuleux, celui qui la rendrait riche ? Un oiseau ne possédait aucune fortune, si ce n'est celle, évidente, de la liberté ! Voulait-elle parler d'une autre forme de richesse ?  Une belle énergie guidait ses gestes et accompagnait ses réflexions.
De retour au village, alors qu'elle disposait ses compositions florales et ses herbes aromatiques sur un tapis de fougères séchées, elle leva plus d'une fois le nez en l'air pour surveiller l'arrivée, à tire-d'aile, d'un mystérieux oiseau. Elle l'imaginait assez grand, avec des plumes multicolores et une certaine élégance en vol. Sur une belle assiette, elle déposa l'offrande rouge et sucrée.
Pendant toute la saison des fraises, elle recommença. Puis vint celle des cerises et puis celle des mirabelles. A chaque fois elle disposait les plus beaux fruits dans l'assiette. Toutes sortes d'oiseaux arrivaient pour s'en régaler, en échange de remerciements sifflotées. Ainsi atterrissaient sur le tapis de fougères : perdrix, pic verts, mésanges, tourterelles, pies bavardes...  
Elle ne prit conscience, que des semaines plus tard, de la nature de cette nouvelle richesse. Chaque jour, elle espérait cet oiseau merveilleux. Chaque matin elle se levait, le coeur en fête, et mettait tout son amour à choisir les plus beaux fruits, en pensant à cette rencontre.
Cette vieille et laide sorcière avait allumé en elle l'étincelle de l'espoir.
Tous les oiseaux, aussi communs soient-ils étaient devenus ses amis, elle n'était plus seule à présent...Ils l'accompagnaient maintenant dans les forêts, à la recherche de champignons et de noisettes.
En secret, elle continuait à regarder quand même le ciel...

Mapie - C'était donc 8h du matin

C'était donc 8h du matin au début du mois de juin... 


En cette saison, les oiseaux nous réveillent tôt et le soleil, s'il darde ses rayons, a la fâcheuse tendance  à agiter les particules en suspend  dès 6h30.

Donc, rien d'insurmontable, sauf que là... le soleil n'y était pas... pas de beaux jours depuis une semaine..et la mer agitée ressemblait à une dalle de béton mouvante.  
Si l'on ne peut prédire ce qu'il va se passer à 8h en début du mois de juin, on peut tout au moins essayer de le programmer. Et croyez moi, c'est vraiment ce que j'ai tenté de faire. Les horaires de marée étaient parfaits, il ne me restait juste qu'à prendre une pelle et creuser un sillon . Les filles aiment ça,  les symboles.. Je le sais. Et je voulais qu'elle sache que pour elle je changerai le cours des choses, j'embellirai le monde, je construirai l'avenir... J'allais écrire l'histoire...
Elle...  C'est Perrine...
Elle vivait chez sa tante à Cricqueville en bessin... petite ville inconnue,  pour qui ne l'a jamais traversée.  Cela dit, qui a croisé Perrine  à Cricqueville ne peut que se souvenir de l'endroit... Elle avait les yeux noisettes  et ses baisers étaient  frais et collants comme les embruns du matin. J'en étais tombé raide dingue  juste après les vacances de Pâques. Il était évident que c'était la bonne.. 
J'enfourchais mon vélo, enfin celui que mon grand frère m'avait confié, et qu'il ne reprendrait plus. Puis je me dirigeais vers la plage. Sous le regard goguenard de soldats en faction, je creusais , je traçais nos prénoms et entourais d'un cœur  le tout,  suffisamment en recul  pour que l'eau n'efface pas  trop vite l'alliance que je gravais.
Lorsque Perrine irait regarder la mer... elle découvrirait à coup sûr la trace de mon passage sur ce lieu désert, à l'abri de la folie des hommes... C'était simple mais tellement évident.  Déballer sur le sable mes sentiments, le cœur vaillant... Perrine n'y résisterait pas!  Le monde était à moi, à nous !


Si l'on ne peut prédire ce qu'il va se passer à 8h en début du mois de juin, on peut tout au moins s'en souvenir...   Je ne sais pas ce qui explique que l'on m'ait laissé tracer sur le sable mon message ce 5 juin 1944... Sans doute étais-je l'élément rassurant , celui qui rendait le lieu anodin, presque " normal"... Toujours est-il  que  le souvenir que j'ai tracé ce matin là, n'a jamais été lu . 

Mon histoire n'a pas eu le temps de marquer le cœur de Perrine. Aujourd'hui, quand je repasse sur la pointe du Hoc , mon histoire  se mêle à la grande Histoire... J'étais un enfant, et je me souviens. J'avais le cœur brisé.

Tiniak - C'était donc 8h du matin

Beatnik blues


C’était donc huit heures du matin, au début du mois de juin. Après une nuit passée sur une mer mauvaise, mais pis qu’un cor au pied du fantassin, je me posais enfin sur une dune lunaire, cernée de cratères par un réveil brutal et ravageur ; je posais un cul, quoi. Et, du sable, j’en avais plus que plein la raie ! J’avais la gorge sèche d’en avoir tant bouffé avant d’arriver là. Tu parles d’une promenade balnéaire ! Impossible de regarder en arrière, en plus. Mes yeux se perdaient entre mes lacets, à recompter mes pieds, pour en être bien sûr. Deux, c’est pas compliqué à vérifier, vous me direz. Ben si ! Demandez à Herb’, Johnny, Ted, Farouk, Jonasź ou Léon – ce Léon, quel con ! il est resté sur la plage à chercher le sien, le droit, en gueulant « t’es où, connard ! » et en français dans le texte, if you please!

C’était donc huit heures du matin, au début du mois de juillet. Brooklyn se remettait à peine de ma gueule bois. Bob avait dégueulé sur ses dernières pattes de mouche; il eut du mal à en faire une chanson, cette fois-là. Au réveil, il était furax, ‘fallait voir. Et que je t’engueule Alec qui fumait de tous les côtés en marmonnant quelque mantra. Et que je te secoue Joan qui ne réagissait plus – elle avait pas l’habitude de se murger autant, la déesse. Et que je t’incrimine un complot du FBI… La totale. Jack et moi, on était pétés de rire à le voir gigoter comme un guignol de foire au square Trousseau. Huit heures du mat’, c’est cool ! Giorgio va nous faire crédit d’un café si on lui achète un paquet de brunes.

C’était donc huit heures du matin, au début du mois d’août. L’endroit grouille de
junkies chevelus et puants, moins intéressés par ce qui se fomente dans cette fabrique d’art-à-tout-vat que par les minous défoncés qui font vibrer leurs poitrines peinturlurées, dans des danses – accordons-leur – transcendantales. L’Europe est un lointain fantasme que l’on s’emploie à célébrer et dénigrer, tout un, dans nos fièvres expérimentales, à quoi nous agrippons notre dédain suprême des « valeurs supérieures » qu’on nous sert en burgers, en pâtée, oui !

C’était donc huit heures du matin, au début du mois de septembre. Quand j’y pense, je tremble encore. Je me réveille en garde-à-vue, les mains ourdies de sang séché – le mien ? On me présente au Detective Malooney… Putain, pas lui ! Et, pour un simple graffiti, il me ressort tout mon dossier. Pourtant, il a fait le Viet-Nâm. Merde, il devrait comprendre. Ouais… Encore un cuistot !

C’était donc huit heures du matin, juste à la fin du mois d’octobre. Je n’ai jamais autant aimé les fleurs qu’en Normandie, mais pas ici, bordel ! Pas ici ! Une pelletée de sable, une pierre et ça ira, merci.

C’était donc huit heures du matin, au début du mois de novembre. Hare ! Hare !

lundi 3 juin 2019

Andiamo - C'était donc 8h du matin

Le bouillon

C'était donc 8h du matin au début du mois de juillet et Athanase s'était levé en ce joli matin de juin de l'an de grâce 1956.

Le  samedi...  Non ça n'est pas raviolis ! Employé à la compagnie d'assurances "La Musaraigne" dont la devise est : "nous ne sommes pas des blaireaux", le siège au sein duquel il œuvre en tant qu'adjoint du sous-chef de bureau, est situé rue Laffitte, cette rue (je dis ça pour les bouseux) offre une vue superbe sur le Sacré Cœur.
Lui et son épouse Proserpine habitent rue de la Grande Truanderie, dans le quartier des Halles (les anciennes, hein).
C'est sur la pointe des pieds qu' il quitte son modeste appartement du sixième étage, sans ascenseur évidemment, il se retrouve sur le trottoir jonché de feuilles de laitues, fanes de poireaux, tomates éventrées, les balayeurs sont à l'œuvre afin d'effacer les traces du marché nocturne du "ventre de Paris" .
Quelques grossistes de la rue Saint Denis finissent de ranger leurs entrepôts, à cette heure on fait vraiment des affaires, quelques fruits et légumes à consommer rapidement, sont littéralement bradés, Athanase, le sait et en profite, il connait pratiquement tous les grossistes de son quartier.
Il passe chez Robert l'épicier de la rue  Rambuteau, achète une petite boîte de bouillons "KUB" . C'est en sifflotant qu'il rentre chez lui, au bas de son immeuble, Lulu la ventouse, décolleté généreux, et jupe fendue jusqu'à son paradis, attend le chaland, un petit "salut Lulu" au passage, elle lui rend son bonjour d'un grand sourire.
Athanase grimpe les six étages, et c'est un peu essoufflé qu'il ouvre la porte vachement bien écaillée de son appartement.
Proserpine dort encore, elle est un peu souffrante Proserpine, elle a dû choper un coup de froid la semaine dernière, à pratiquer des furtifs de porte cochère en plein courant d'air, ça ne pardonne pas. C'est une sacrée luronne Proserpine, sous ses airs de bigotte, elle a une gueule qui ne bouffe pas que du Bon Dieu !
Il en a un peu marre Athanase de porter les cornes, parfois il se demande s'il passerait sous le Carrousel ! Mais tout de même il va lui préparer un bon bouillon, voyons,  il est neuf heures, il sera prêt dans deux heures... Tout va bien.

Assis devant la table de la cuisine, un vieux journal étalé devant lui, il épluche soigneusement, carottes, poireaux, patates, navets, verse le tout dans un faitout, ajoute sel et bouillon Kub, puis se dirige vers le plus haut placard, monte sur un tabouret et saisit un sachet, alors il  verse par dessus le délicieux assemblage de légumes, deux bonnes cuillères d'une poudre blanche, c'est de la strychnine, au siège de la "Musaraigne" on s'en sert parfois afin d'éliminer les rats qui prolifèrent... Des rats au siège de la Musaraigne, c'est un comble non ?

Laura Vanel-Coytte - C'était donc 8h du matin

C’était donc huit heures du matin au début du mois de juin.
Comme en mai, avril et mars, je ne ferais pas d’alexandrins.
Comme en février, je saupoudrerais de poudre de perlimpinpin
Mes vers de mirliton sans les transformer en vers d’airain.
Comme en janvier, je regarderais des soaps français et américains ;
C’est mon côté midinette équilibrant ma tendance « quartier latin. »
Comme en décembre, je te caresserais des yeux et des mains.
Comme en novembre, je lierais des polars et des essais très fins.
Équilibrant l’horreur et la beauté ; le sérieux et le badin.
Comme en octobre, je verrais des expositions du proche au lointain.
Je regarderais le monde qui m’entoure avec la même faim
Comme en septembre, je t’embrasserais des pieds aux seins
Et j’admirerais ton respect, ta passion et tes trains.
Comme en août, j’aurais mal du matin au soir au matin
Je forcerais, lutterais, fatiguerais de la tête jusqu’aux mains
Comme en juillet, j’irais au cinéma : art et essai argentin
Partagera mon temps avec un cinéma moins mondain.
C’était donc huit heures du matin au début du mois de juin.


Où lire Laura

Vegas sur sarthe - C'était donc 8h du matin

Déboussolé

C'était donc 8h du matin au début du mois de juin contrairement à mars où il n'eut été que 7 heures du matin puisque j'avais avancé les pendules d'une heure dans la nuit du 30 au 31 mars, nuit où je restai éveillé pour voir ce qui se passait à 2 heures pétantes – l'heure où l'on pète, dirait Germaine – lorsque brusquement nous perdons une heure chaque année pour la retrouver 6 mois plus tard ce qui fait que je ne dormirai pas non plus dans la nuit du 26 au 27 octobre pour voir ce qui se passera à l'instant précis où je rajeunirai brutalement d'une heure, après quoi je m'endormirai du sommeil du juste avec la satisfaction d'avoir récupéré mon dû, cette heure qui n'appartient qu'à moi et que j'aurai occupée à attendre l'événement bi-annuel et non pas bisannuel comme le prétendent ces incultes qui confondent 2 fois par an et tous les 2 ans !
En 2021, à la même heure où j'écris ces lignes il sera 8h du matin au début du mois de juin tout comme en mars ou en octobre puisqu'il y aura un changement pour le changement d'heure au point qu'il n'y aura plus de changement ni pour moi ni pour les incultes et je vais donc enfin pouvoir dormir toute l'année sur mes 2 oreilles même si ça n'est pas si aisé que ça à faire comme dirait Germaine qui elle dort en chien de fusil à l'encontre de toutes les règles de sécurité... il est vrai que statistiquement l'endroit où l'on meurt le plus souvent c'est dans un lit mais pourquoi tenter la faucheuse ?

Je sais qu'en 2021 je dormirai sur mes 2 oreilles mais que d'un œil, on n'est jamais trop prudent.

Semaine du 3 juin au 9 juin 2019 - C'était donc 8 h du matin

Vous étiez partis sur l’instant oui mais

"C’était  donc 8h du matin au début du mois de juin "

Nous vous proposons cet incipit qui commencera votre récit.  En prose ou en vers, envoyez nous vos textes à l'adresse habituelle

impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 9 juin minuit.