Après avoir longtemps erré dans la campagne, j’ai pris un
sentier de traverse qui menait à la
clairière. Une mare effleurée par un rayon de soleil m’attira vers le banc de bois un peu boiteux.
Et je fus bien.
Certes, je n’avais pas trouvé le chalet à vendre qu’on m’avait chaudement
recommandé. Il était entretenu avec
amour par son vieux propriétaire qui s’exilait dans une Résidence pour
personnes âgées, devenu incapable de donner à ses innombrables fleurs les soins
attentifs requis. Je le regretterai certainement. Mais je me sentais harassée
par les chemins de traverse que j’avais empruntés un peu à la légère et
j’allais renoncer à poursuivre mes recherches quand un chat déboula presque à
mes pieds, issu d’un buisson et saupoudré de gouttes d’eau. Nous nous saluâmes.
Il était de bonne compagnie, et me rendit mes caresses en se frottant contre ma
jupe d’été avec énergie et tendresse. Et quand il s’éloigna, je le suivis
naturellement.
Il n’alla pas loin. Moi non plus. Nous étions devant un
chalet romantique, et un vieux monsieur en chapeau de paille arrosait
minutieusement des rosiers croulant de fleurs. J’étais conquise. Il me reçut
avec un sourire triste, caressa la tête de son Voltaire (eh oui !..) Vous ne vous étonnerez pas d’apprendre que je suis devenue l’heureuse
propriétaire de ce lieu un peu paradisiaque, et l’heureuse compagne d’un
Voltaire qui ne pouvant suivre son maître à la Maison de Repos, consentit à
rester là où il avait toujours vécu et m’accepta comme résidente.
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dimanche 15 octobre 2017
mardi 26 septembre 2017
Lorraine - La magie des miroirs
LA MAGIE DES MIROIRS
Le miroir est magique. Regardez-le : je lui souris, il me rend mon sourire ; je suis soucieuse, il est soucieux, je lui tends la main, (non, il ne la prend pas ) il fait exactement le même geste, à la seconde près. Il est « moi », Lui n’est qu’un reflet sans consistance..
Nous sommes habitués à le considérer comme un objet. En réalité, chaque miroir est aveugle à son don de double vue.. Il s’en va de par le monde répéter son petit miracle équitablement semblable dans les chaumières ou dans les châteaux. Les femmes surtout l’apprécient, les hommes lui jettent un coup d’œil rapide, ni les uns ni les autres ne se doutent du prodige qu’ils viennent d’interroger.
Quelquefois le miroir se brise en petits morceaux coupants. Vous me direz : « Voilà la preuve qu’il n’est pas un reflet, mais une « chose puisqu’il se casse». Pardon, ces débris sont le prolongement du miroir intact et ne cessent donc de n’être qu’un reflet sans consistance.
J’espère que vous êtes convaincus ?
Le miroir est magique. Regardez-le : je lui souris, il me rend mon sourire ; je suis soucieuse, il est soucieux, je lui tends la main, (non, il ne la prend pas ) il fait exactement le même geste, à la seconde près. Il est « moi », Lui n’est qu’un reflet sans consistance..
Nous sommes habitués à le considérer comme un objet. En réalité, chaque miroir est aveugle à son don de double vue.. Il s’en va de par le monde répéter son petit miracle équitablement semblable dans les chaumières ou dans les châteaux. Les femmes surtout l’apprécient, les hommes lui jettent un coup d’œil rapide, ni les uns ni les autres ne se doutent du prodige qu’ils viennent d’interroger.
Quelquefois le miroir se brise en petits morceaux coupants. Vous me direz : « Voilà la preuve qu’il n’est pas un reflet, mais une « chose puisqu’il se casse». Pardon, ces débris sont le prolongement du miroir intact et ne cessent donc de n’être qu’un reflet sans consistance.
J’espère que vous êtes convaincus ?
mardi 4 octobre 2016
Lorraine - En un soir chaud d'automne
Quand, les
deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne
De qui
rêviez-vous donc ? Le sofa soutenait votre tête bien faite
Vous étiez
comme un ange et souriiez, jeune homme
A qui, a quelle
femme, à quelle aimable fête ?
Vous ne le direz pas. Le tableau pour toujours
Sa tait sous vos yeux clos. Je serai la passante
En ce Musée discret, qui
m’arrêta un jour
Devant ce sommeil tendre et
inventa l’absente
Celle à qui vous rêvez depuis plus de cent ans
Un repos immortel évite la souffrance
Elle n’est plus qu’une ombre et s’efface le temps
Du sommeil bienheureux et l’écho d’une danse
Libellés :
En un soir chaud d'automne,
Lorraine
mardi 20 septembre 2016
Lorraine - Traîtres mots
Il est de ces moments où la tête, vidée de tout, n’est plus qu’un réceptacle d’émotions, d’idées saugrenues, de somnolence, d’imaginaire invasif, pour tout dire d’abandon.
Est-il paradoxal qu’en de tels instants surgissent, sans queue ni tête, des images ou des associations qui ponctionnent, semble-t-il, le peu de raisonnement qui nous reste ? Je connais régulièrement ce phénomène.
Je me vois, à l’aide d’un câble, motoculter un navire de plaisance boutoué de belle manière par une force herculéenne. Au fond de moi, j’en ai une vague conscience, je hais ce travail farfelu. Même si l’outil tubulaire que je manipule prestement m’aide un peu. Je préfèrerais réoccitaniser le sud de la France malgré mes piètres connaissances de la langue d’oc qui m’entraîneraient aussitôt dans un bégaiement éperdu. Je sais que nous possédons des millions de neurones pour venir à mon secours. Mais ils ne sont pas expansibles et c’est là que le bât blesse.
Est-il paradoxal qu’en de tels instants surgissent, sans queue ni tête, des images ou des associations qui ponctionnent, semble-t-il, le peu de raisonnement qui nous reste ? Je connais régulièrement ce phénomène.
Je me vois, à l’aide d’un câble, motoculter un navire de plaisance boutoué de belle manière par une force herculéenne. Au fond de moi, j’en ai une vague conscience, je hais ce travail farfelu. Même si l’outil tubulaire que je manipule prestement m’aide un peu. Je préfèrerais réoccitaniser le sud de la France malgré mes piètres connaissances de la langue d’oc qui m’entraîneraient aussitôt dans un bégaiement éperdu. Je sais que nous possédons des millions de neurones pour venir à mon secours. Mais ils ne sont pas expansibles et c’est là que le bât blesse.
J’envoie ce texte aux Impromptus. Peut-être y comprendront-ils quelque chose ?
mardi 13 septembre 2016
Lorraine - Chaque paysage est un état d'âme
PAYSAGE
« Chaque paysage est un état d’âme » (1), il dessine en nous à traits délicats le parfum nomade du papillon bleu et là-bas, le clocher effilé dans le ciel d’été. Un instant, une seconde suffisent : nous recevons la grâce qui décorsette le cœur et l’ouvre à toutes les perceptions.
Les jours heureux sont constellés d’images un peu magiques. Mais, ne nous y trompons pas, les jours difficiles sanglotent quelquefois sous le même soleil qui, hier, chantait le bonheur. Le paysage est identique, c’est nous qui lui prêtons notre souffrance.
Et nous permet peut-être d’affirmer qu’au-delà du propos de Henri-Frédéric Amiel existe une autre réalité : « Chaque état d’âme est un paysage ».
« Chaque paysage est un état d’âme » (1), il dessine en nous à traits délicats le parfum nomade du papillon bleu et là-bas, le clocher effilé dans le ciel d’été. Un instant, une seconde suffisent : nous recevons la grâce qui décorsette le cœur et l’ouvre à toutes les perceptions.
Les jours heureux sont constellés d’images un peu magiques. Mais, ne nous y trompons pas, les jours difficiles sanglotent quelquefois sous le même soleil qui, hier, chantait le bonheur. Le paysage est identique, c’est nous qui lui prêtons notre souffrance.
Et nous permet peut-être d’affirmer qu’au-delà du propos de Henri-Frédéric Amiel existe une autre réalité : « Chaque état d’âme est un paysage ».
(1) Henri-Frédéric Amiel.
Libellés :
Chaque paysage est un état d'âme,
Lorraine
jeudi 8 septembre 2016
Lorraine - En attendant la pluie
PLUIE MULTIPLE
Pluie aux reflets d’argent
Nue
comme un soir d’automne
Tu
baignes dans l’étang
Ton
ombre qui frissonne
Pluie
aux baisers glacés
Sur
mes bras ta morsure
Brûle
comme un passé
Dont
la douleur m’emmure
Pluie
au goût de chagrin
Doucereuse
et amère
Tu
dérobes au jardin
Le
miel et la bruyère
Pluie
aux arbres tordus
Quand
le vent carillonne
Ton
murmure n’est plus
Qu’un
doux chant monotone
Et
puisque s’est noyé
Ton
parfum saltimbanque
Le
rire déployé
De
ta folie me manque
Libellés :
En attendant la pluie,
Lorraine
mardi 19 juillet 2016
Lorraine - Les ombres et la lumière de l'été
Les ombres de la nuit se faufilent en silence
Dans le soir diapré qu’embaume le jasmin
L’été a pris d’assaut la belle effervescence
Des rosiers épanouis à l’entrée du jardin
Je sais que dès demain s’éveillera un monde
De lumière jouant sur l’étang endormi
Allumant le chemin qui va à la rotonde
Et le cygne posé sur le gazon fleuri
Mais quelquefois l’été se joue de la lumière
Et sous les sapins drus dessine leur grande ombre
Engouffrant sa fraîcheur jusque dans les chaumières
Et tapissant les murs de silhouettes sombres
Le soleil et la nuit joueront la grande scène
Des saisons opposées aux contrastes jumeaux
Les ombres et la lumière comme un fruit qu’on égrène
Chanteront tout l’été leur délicat duo
Dans le soir diapré qu’embaume le jasmin
L’été a pris d’assaut la belle effervescence
Des rosiers épanouis à l’entrée du jardin
Je sais que dès demain s’éveillera un monde
De lumière jouant sur l’étang endormi
Allumant le chemin qui va à la rotonde
Et le cygne posé sur le gazon fleuri
Mais quelquefois l’été se joue de la lumière
Et sous les sapins drus dessine leur grande ombre
Engouffrant sa fraîcheur jusque dans les chaumières
Et tapissant les murs de silhouettes sombres
Le soleil et la nuit joueront la grande scène
Des saisons opposées aux contrastes jumeaux
Les ombres et la lumière comme un fruit qu’on égrène
Chanteront tout l’été leur délicat duo
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Les ombres et la lumière de l'été,
Lorraine
mardi 12 juillet 2016
Lorraine - Des pieds et des mots
Le vice-amiral était beau et l’avait toujours été, bien avant de faire carrière dans la marine française. Pour tout vous dire, alors jeune universitaire il était entré dans les ordres, par goût du recueillement et de la musique d’église. Il était pieux et sincère, nul n’en doutait, et pourtant … il jeta le froc aux orties !
« Le coeur a ses raisons que la raison ignore » Et ce cœur s’éveilla un soir que, par hasard, il passait distraitement à pied devant la porte d’une taverne voisine. Une artiste russe chantait et jouait de la balalaïka. La nostalgie qui s’échappait de la musique le retint malgré lui, étonné, attentif, puis séduit. Oui, je dis bien « séduit », comme peut l’être un homme. Il entra donc dans la taverne.
Il se disait confusément que Satan rôdait dans les parages, mais une force inconsidérée l’assit juste devant l’estrade et leurs regards se rencontrèrent.
Ils n’eurent pas besoin de mots. A minuit, il accompagna sa matriochka, lui offrit une merguez sur le coin d’un comptoir, et son cœur pour la vie.
Une vie qui changea du tout au tout lorsqu’il devint sous-amiral, vous pensez bien. Un bateau n’est pas un bidule ; il y consacra donc toutes ses forces, tout son temps, compensant son absence par des fleurs qu’il envoyait à chaque escale à sa poupée russe : des roses, des œillets, des bouquets garnis parfois d’un chrysanthème. Un soir qu’il épépinait mélancoliquement une pomme (à l’aide de son vide-pomme), il reçut un télégramme « Suis partie. Adieu ». Il n’en fut pas particulièrement étonné. Ni malheureux. Il entra dans sa cabine, écouta la "Messe en si mineur" de Jean Sébastien Bach et s’endormit en paix. Comme tous les soirs.
« Le coeur a ses raisons que la raison ignore » Et ce cœur s’éveilla un soir que, par hasard, il passait distraitement à pied devant la porte d’une taverne voisine. Une artiste russe chantait et jouait de la balalaïka. La nostalgie qui s’échappait de la musique le retint malgré lui, étonné, attentif, puis séduit. Oui, je dis bien « séduit », comme peut l’être un homme. Il entra donc dans la taverne.
Il se disait confusément que Satan rôdait dans les parages, mais une force inconsidérée l’assit juste devant l’estrade et leurs regards se rencontrèrent.
Ils n’eurent pas besoin de mots. A minuit, il accompagna sa matriochka, lui offrit une merguez sur le coin d’un comptoir, et son cœur pour la vie.
Une vie qui changea du tout au tout lorsqu’il devint sous-amiral, vous pensez bien. Un bateau n’est pas un bidule ; il y consacra donc toutes ses forces, tout son temps, compensant son absence par des fleurs qu’il envoyait à chaque escale à sa poupée russe : des roses, des œillets, des bouquets garnis parfois d’un chrysanthème. Un soir qu’il épépinait mélancoliquement une pomme (à l’aide de son vide-pomme), il reçut un télégramme « Suis partie. Adieu ». Il n’en fut pas particulièrement étonné. Ni malheureux. Il entra dans sa cabine, écouta la "Messe en si mineur" de Jean Sébastien Bach et s’endormit en paix. Comme tous les soirs.
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Des pieds et des mots,
Lorraine
mercredi 6 juillet 2016
Lorraine - Le temps de vivre
LA FUITE
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler les pierres
Il fuyait la belle Adeline
Et il enjamba la barrière
Là-haut chantaient les mandolines
Célébrant comme une prière
Les parfums et les mousselines
De la trop belle aventurière
Dans son tutu de ballerine
Dansant sous l’œil des douairières
Elle ensorcelait, la féline
Hobereaux, barons et notaires
Qui lui offrît la zibeline
Et ces bijoux pleins de lumière ?
La nuit descendait, sibylline
Il mit son cœur en bandoulière
Adieu, perfide Messaline
Et si au bord de ma paupière
Perle une larme cristalline
Sois en sûre : c’est la dernière.
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler les pierres
Il fuyait la belle Adeline
Et il enjamba la barrière
Là-haut chantaient les mandolines
Célébrant comme une prière
Les parfums et les mousselines
De la trop belle aventurière
Dans son tutu de ballerine
Dansant sous l’œil des douairières
Elle ensorcelait, la féline
Hobereaux, barons et notaires
Qui lui offrît la zibeline
Et ces bijoux pleins de lumière ?
La nuit descendait, sibylline
Il mit son cœur en bandoulière
Adieu, perfide Messaline
Et si au bord de ma paupière
Perle une larme cristalline
Sois en sûre : c’est la dernière.
mardi 28 juin 2016
Lorraine - L'art de faire sa valise
Je pars. Sans retour. Mon bagage est léger : quelques hardes, quelques regrets, la couleur des souvenirs, la lumière du bonheur, le poids des larmes. Et ta photo.
Tu n’es plus. Derrière moi, j’ai refermé la porte. Vivre a-t-il encore un sens ? Je m’en vais pour fuir la souffrance. Mais on n’échappe pas à la souffrance, je le sais aussi. Des vacanciers me côtoient, le toit de leur voiture croule sous le poids des malles. Ils emportent leur présent, leurs robes, leurs sandales. Comme je me sens légère !
Demain, j’arriverai à la rivière où l’eau coule si claire, si tintante, que je faisais silence en moi pour l’écouter. Tu te souviens ? Je m’arrêterai peut-être à l’auberge. Peut-être…. Demain ?...
Libellés :
L'art de faire sa valise,
Lorraine
mardi 31 mai 2016
Lorraine - La chasse au trésor
Je le devine, je le flaire, je l’entraperçois, je le traque, je le coince, non, il m’échappe ! Et pourtant, il était là, tout chaud, tel que je l’imaginais, prêt à rejoindre les autres, docile, coloré, brillant de sa propre lumière, exactement comme je souhaitais.
J’enrage. Un peu, pas trop, je sais qu’il reviendra, il me suffit d’un peu de patience. Mais de patience, je n’en ai guère. Alors, je change de point de vue, je modifie un peu ma recherche, et soudain le revoici, il me saute aux yeux, je l’attrape, je l’insère… Et je continue ma phrase.
La chasse au trésor, pour moi, se réduit à la chasse aux mots. Une aventure intérieure, en quelque sorte, mais qui m’apporte quelquefois la douce impression de vivre un rêve.
mardi 24 mai 2016
Lorraine - Le poète est voleur de feu
Le poète est voleur de feu
Le soleil ébloui sur les Baux de Provence
Ou l’orage du soir déchirant le ciel gris,
L’envol d’un oiselet comme un cri d’espérance,
Les couleurs du printemps et leur charivari,
La fille au bord de l’eau, une première danse,
Les feux de la St Jean et le premier baiser,
Les jardins de Monet, de l’amour la cadence
Boutent le feu au cœur du poète grisé.
Tous les feux de la vie, complainte ou ritournelle,
Vibrent comme un brasier dont il vole l’écho
Pour chanter à son tour le bonheur qu’il épèle
Comme des mots d’amour au brûlant crescendo
Le soleil ébloui sur les Baux de Provence
Ou l’orage du soir déchirant le ciel gris,
L’envol d’un oiselet comme un cri d’espérance,
Les couleurs du printemps et leur charivari,
La fille au bord de l’eau, une première danse,
Les feux de la St Jean et le premier baiser,
Les jardins de Monet, de l’amour la cadence
Boutent le feu au cœur du poète grisé.
Tous les feux de la vie, complainte ou ritournelle,
Vibrent comme un brasier dont il vole l’écho
Pour chanter à son tour le bonheur qu’il épèle
Comme des mots d’amour au brûlant crescendo
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Le poète est voleur de feu,
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mercredi 11 mai 2016
Lorraine - Un étrange parfum
LE PARFUM
Un étrange parfum flottait dans le couloir du château. L’ombre s’arrêta. La clarté blafarde de la lune l’inonda un instant et dessina sur le mur la cape et le panache rouge de son chapeau mousquetaire.
- Pardieu ! murmura le cadet de Gascogne. Ils l’ont fait !
Il le connaissait bien, ce « parfum d’Aubervilliers » où se mêlaient sournoisement l’ail et la cigüe, l’oranger et le chanvre. Un parfum maudit, vénéneux, qui prend la tête et la fait chavirer jusqu’à la chute fatale.
- Ils vont tuer la comtesse !...
« Ils » c’étaient les gens du lieu, les balourds, les petits fermiers, les gueux qu’une soldatesque brutale travaillait depuis plusieurs jours, menaçant, pillant, allumant des torches dans les granges nocturnes, menaçant de bastonnades et de torture les nonchalants ou les rebelles. Ces hordes appartenaient au Comte de Montvert : il voulait les immenses champs de lavande qui entouraient le château, il voulait le moulin, le pressoir, le château et la comtesse Bianca elle-même. Sa résistance heurtait l’orgueil insensé ; le bruit courait qu’elle serait à lui, morte ou vivante.
Le mousquetaire enjamba les escaliers, entra dans la chambre où Bianca chancelait déjà, évanouie. Il l’enveloppa dans sa cape, sortit par une porte dérobée, retrouva son cheval , y installa la jeune femme et ils partirent vers l’aventure et le bonheur.
C’est une légende qu’on raconte les soirs où un étrange parfum rôde sur les champs de lavande. Alors, les vieilles se signent et regardent la silhouette du château qui, dans l’obscurité, semble encore cacher en ses recoins d’anciennes effluves du « parfum d'Aubervilliers ».
mardi 3 mai 2016
Lorraine - Gri-gri
Elle n’a pas de grigri, elle n’en a jamais eu. Ou
peut-être que si, mais sans le savoir.
Elle avait 9 ans quand son papa lui offrit une
poupée en celluloïd, noire et affublée d’un pagne, comme c’était la mode du
moment. Elle ne l’aimait pas beaucoup, cette poupée, mais n’en dit rien pour ne pas peiner ce papa déjà malade et qui mourut quelques mois plus tard,
les laissant seules, sa maman et elle . Son frère aîné faisait son service
militaire (deux ans à l’époque) chez les chasseurs ardennais, Il fallait tenir jusqu’à son
retour quand il retournerait au travail.
Elles eurent faim et froid. Pour se réchauffer
peut-être, elle glissa la poupée dans la poche de son manteau. Curieusement, sa
présence la réconfortait. En sortant de l‘école, elle la serrait fort, comme
une retrouvaille. Quand elle avait envie
de pleurer, elle la serrait fort, comme une consolation; quand elle étudiait de
toute son âme pour sortir un jour de l’impasse, elle la serrait fort, comme une
promesse.
Elle n’a jamais su si la poupée lui avait
porté chance. Mais aujourd’hui, se retournant sur son passé, elle le croit.
mercredi 13 avril 2016
Lorraine - La concierge
LA CONCIERGE EST A L’ OPERA
J’avais oublié mes clefs chez moi sur la table. Ma femme était aux chutes du Zambèze. Je me trouvais idiot devant la porte fermée quand soudain je me dis : « La concierge doit avoir un double ».
Je dégringolai les escaliers et frappai fort sur le carreau de la loge.
- J’arrive, répondit une voix chantante
J’étais énervé. « Dépêchez-vous, s’il vous plait, je suis pressé ».
J’étais surtout anxieux. Pourrait-on ouvrir ma porte ? Devrais-je appeler un serrurier ? A cette heure-ci, ce serait difficile. La fillette qui sortit de la loge ne me connaissait pas. Moi non plus.
- Qu’est-ce que vous voulez ? dit-elle, boudeuse.
- Où est ta maman ?
- Partie. A l’opéra avec son ami. Ma tante et moi, on la remplace.
La tenture qui séparait le studio en deux s’écarta et une belle fille au yeux verts me sourit :
- Le double de vos clefs ? Mais elles sont là, dans l’armoire vitrée, regardez…
Oui, pendues chacune à son crochet, bien alignées avec leur n°. J’étais sauvé, quand la voix chantante mit les points sur les i.
- Oui, mais l’armoire est fermée à double tour et maman emporte toujours les clefs quand elle part…
Je me laissai tomber sur une chaise. Compatissante, la tant m’offrit un verre de porto ; nous trinquâmes.. Je n’étais plus hors de moi, mais quand même suffisamment nerveux encore. Que faire, sinon aller dormir à l’hôtel ? J’avais perdu assez de temps, une demi-heure sans aucun doute. Une demi-heure qui a suffi pour que j’arrive au carrefour en même temps que la camionnette conduite par ce fou de Gérard, le fleuriste. Il ne m’a pas raté.
Je suis à l’hôpital, la jambe surélevée par un levier, la tête enturbannée, des tuyaux partout. Gérard vient me voir. C’est gentil de sa part parce qu’il paraît que j’ai tous les torts.
Ah oui ! ma femme m’a écrit que je ne devais pas l’attendre. Elle a rencontré aux chutes du Zambèze un de nos voisins, absolument charmant, plein de fric qu’il a gagné à la loterie. Je ne sais pas si je suis malheureux. La sœur de la concierge vient me voir et prétend que je m’améliore tous les jours. Aujourd’hui, j’ai fait quelques pas dans le couloir, appuyée à elle. Elle est très douce.
Quand je sortirai, elle m’aidera à défaire ma valise. Et la sienne…
J’avais oublié mes clefs chez moi sur la table. Ma femme était aux chutes du Zambèze. Je me trouvais idiot devant la porte fermée quand soudain je me dis : « La concierge doit avoir un double ».
Je dégringolai les escaliers et frappai fort sur le carreau de la loge.
- J’arrive, répondit une voix chantante
J’étais énervé. « Dépêchez-vous, s’il vous plait, je suis pressé ».
J’étais surtout anxieux. Pourrait-on ouvrir ma porte ? Devrais-je appeler un serrurier ? A cette heure-ci, ce serait difficile. La fillette qui sortit de la loge ne me connaissait pas. Moi non plus.
- Qu’est-ce que vous voulez ? dit-elle, boudeuse.
- Où est ta maman ?
- Partie. A l’opéra avec son ami. Ma tante et moi, on la remplace.
La tenture qui séparait le studio en deux s’écarta et une belle fille au yeux verts me sourit :
- Le double de vos clefs ? Mais elles sont là, dans l’armoire vitrée, regardez…
Oui, pendues chacune à son crochet, bien alignées avec leur n°. J’étais sauvé, quand la voix chantante mit les points sur les i.
- Oui, mais l’armoire est fermée à double tour et maman emporte toujours les clefs quand elle part…
Je me laissai tomber sur une chaise. Compatissante, la tant m’offrit un verre de porto ; nous trinquâmes.. Je n’étais plus hors de moi, mais quand même suffisamment nerveux encore. Que faire, sinon aller dormir à l’hôtel ? J’avais perdu assez de temps, une demi-heure sans aucun doute. Une demi-heure qui a suffi pour que j’arrive au carrefour en même temps que la camionnette conduite par ce fou de Gérard, le fleuriste. Il ne m’a pas raté.
Je suis à l’hôpital, la jambe surélevée par un levier, la tête enturbannée, des tuyaux partout. Gérard vient me voir. C’est gentil de sa part parce qu’il paraît que j’ai tous les torts.
Ah oui ! ma femme m’a écrit que je ne devais pas l’attendre. Elle a rencontré aux chutes du Zambèze un de nos voisins, absolument charmant, plein de fric qu’il a gagné à la loterie. Je ne sais pas si je suis malheureux. La sœur de la concierge vient me voir et prétend que je m’améliore tous les jours. Aujourd’hui, j’ai fait quelques pas dans le couloir, appuyée à elle. Elle est très douce.
Quand je sortirai, elle m’aidera à défaire ma valise. Et la sienne…
mardi 16 février 2016
Lorraine - Entre le tic et le tac
TIC-TAC
Un duo surprenant m’éveille cette nuit
Dans le silence obscur, comme on scande une course
Le tic-tac du réveil fait soudain tant de bruit
Que je n’entends que lui et mon cœur qui s’essouffle
Je ne me trompe pas, l’un des deux hurle « Tic » !
Et le « Tac » se rebelle : « Tu n’es plus le premier, ,
Nous sommes des jumeaux. C’est dit et pathétique
Mais désormais c’est toi qui sera le dernier »
J’écoute, je m’y perds ; pourquoi cette tactique ?
Le silence sourit et c’est du tac au tac
Qu’il intervient soudain sur un air de musique
« Bien envoyé ! » dit-il. « Un beau coup de Jarnac ! »
Tic ou tac ? Tac ou tic ?.. Ces frères ennemis
Tricotent les instants sur le cadran serein.
Ils voyagent en copains. Pas d’embrouillamini
C’est donc un cauchemar ! Je le comprends soudain
Ils comptent de nos vies les heures éphémères
Et de leur trot menu scandent l’éternité
Quand nous arriverons à l’instant mortuaire
Leur tic-tac endeuillé cessera de tinter
Où lire Lorraine
Libellés :
Entre le tic et le tac,
Lorraine
mardi 26 janvier 2016
Lorraine - Fantastique
L’auto a fait une embardée
Ciel, j’ai perdu mon air sérieuxMon sac, mes souliers, Oh! mon Dieu
En quoi me suis-je transformée ?...
J’ai là des roses et des cerises
Et des chansons dans mon chapeau
Un chat blanc qui fait le gros dos
Et des envies de gourmandise
J’ai des parfums venus d’ailleurs
Des lampions pour les soirs d’hiver
Des rubans bleus, des rubans verts
Et des jabots de Monseigneur
J’ai dans la tête un chant d’été
Aux mains des gants de filoselle
Un jupon court de demoiselle
Et sur mes lèvres la gaîté
Je vais nu-pieds dans le cortège
Qui nous entraîne tous ensemble
Vers le destin qui nous rassemble
Pour un dernier tour de manège
Et si j’agite un tambourin
Comme la folie qui chantonne
Je ne suis pas cette personne
…Et j’ai retrouvé mon chemin.
Où lire LORRAINE
J’ai là des roses et des cerises
Et des chansons dans mon chapeau
Un chat blanc qui fait le gros dos
Et des envies de gourmandise
J’ai des parfums venus d’ailleurs
Des lampions pour les soirs d’hiver
Des rubans bleus, des rubans verts
Et des jabots de Monseigneur
J’ai dans la tête un chant d’été
Aux mains des gants de filoselle
Un jupon court de demoiselle
Et sur mes lèvres la gaîté
Je vais nu-pieds dans le cortège
Qui nous entraîne tous ensemble
Vers le destin qui nous rassemble
Pour un dernier tour de manège
Et si j’agite un tambourin
Comme la folie qui chantonne
Je ne suis pas cette personne
…Et j’ai retrouvé mon chemin.
Où lire LORRAINE
mercredi 20 janvier 2016
Lorraine - En pente
CE CHÂTEAU
Ce château… Quel est donc
son nom ?
Il est debout dans ma
mémoire
Il a cent ans, il a mille
ans
Il prie comme à l’Offertoire
Il a la couleur des
chevaux
Qui martelaient le
pont-levis
De son escalier rond en
pente
Descendaient gentes damoiselles
Les jours de gaîté et
d’amour
Il a toujours des
meurtrières
Bigles comme un regard
truqué
Ce château du pays de
France
Craquèle comme un banc
d’église
Dort dans mes yeux et dans
mes mains
Dans mon souffle qui s’en
souvient
Et dans mes mots, lorsque j’y
pense
Il s’engloutit dans le
passé
Il rêve pourtant de
lumière
Le son d’un violon fané
Me dit que tout est
éphémère
Et je referme mon château
Qui s’accroupit au bord de
l’eau
mardi 12 janvier 2016
Lorraine - Rimes volées
Légère et court vêtue, du vert sur la paupière
Elle allait son chemin vers la place St Pierre
Diantre, dit le suiveur, qui vient-elle voir ici ?
Intrigué et curieux, il y alla aussi
Devant lui, à deux pas, munie d’une truelle,
Preste elle s’engagea dedans une ruelle
Aux pavés incertains, jusqu’au plan de gazon
Qui tapissait le sol autour d’une maison
Des gens entraient, sortaient, leurs truelles chauffées
Dégoulinaient de pâte et lançaient des bouffées
Gourmandes de pain cuit.
Il entendit. « Merci
Pour la fête je vends les gâteaux que voici «
Il prit donc la truelle et tel le rouge-gorge
S’adapta aussitôt. Pour la belle à la forge
Il renonça alors au
voyage en steamer
Et, unis pour toujours, vécurent au bord de mer.
mercredi 23 décembre 2015
Lorraine - Foire aux thèmes
Quatrième proposition :
Je suis entrée dans la ronde
Celle que l’on
veut : fête, concours, révolte…à chacun la sienne, tout est permis.
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