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dimanche 7 décembre 2014

Saraline - C'est beau une ville la nuit

C’est beau, une ville, la nuit.
Des badauds, des cabots,
Des clodos, des salauds
Je les vois, ils sont ici.
Des coiffeurs, des voleurs,
Des chanteurs, des bonnes sœurs,
Je les entends, dans la nuit.
Des enfants, des agents,
Des passants, des patients,
Ils sont là, grands et petits.
Des ennuis, des soucis,
Des satisfecit, des mercis,
Ils me suivent, dans la nuit.
Des avants et des après,
Des toujours et des jamais
Ils sont tous là, réunis.
Des espoirs et des déceptions,
Des succès et des démissions,=

Circulent, sans bruit, la nuit.

samedi 6 décembre 2014

Stouf - C'est beau une ville la nuit

Ex nihilo

Les feux illuminent les temples, les tambours rythment les danses et le peuple, sans compter les moments et les heures, boit sans fin le nectar de vie, mange les présents mortels .
Cette nuit la ville fête l'infaillible cheminement des forces cosmique, le sang des vaincus coulera pour la régénérescence des vastitudes divines. Les dieux plongeront leurs racines dans l'infini dualité des pouvoirs sans forme et les mystiques chercheront le Chaos dans les entrailles ennemies.
Cette nuit les rues polies par les ans seront décorées des fleurs les plus rares, mêlant leurs odeurs aux vagues senteurs augustes et sans pitié de la fange humaine. Ici, rien n'est tout à fait ce qu'il semble.
Cette nuit le monde s'endormira dans une chaude lumière où tout n'est qu'ordre et beauté, calme et volupté... dans une froide lumière où tout n'est que désordre et laideur, bouleversement et chagrin.

vendredi 5 décembre 2014

Manoudanslaforêt - C'est beau une ville la nuit

C'est beau une ville la nuit
C'est une aube étrange, la brume cache les immeubles
beau sera le temps aujourd'hui
une lumière perce le brouillard
ville apparaissant à travers
la nuit

jeudi 4 décembre 2014

Blick - C'est beau une ville la nuit

Bar de nuit

Je glissai dans le parking sur les feuilles mortes couleur limace. Les capots luisaient. A l'horizon, sur le plateau argenté de la lune, les immeubles en brique chatoyaient faiblement comme des chopes de bière et les vitres des gratte-ciels paraissaient dans la brume s'entrechoquer comme des glaçons dans des verres à cocktail. À ce vacarme lointain se mêlait la rumeur des mille rayures de la ville, traînées d'éclairage public, de phares, d'enseignes au néon, de câbles et de rails. Le ciel était boueux, saturé de lumières laiteuses.

Je souffre de palinopsie. Aussi, quand je poussai la porte du bar, une voie lactée, qu'avaient fait naître dans ma tête les étincelles gelées du tramway grinçant sur les pavés, éclaboussa l'immense miroir derrière le zinc, où se reflétèrent jusqu'à plus soif et jusqu'à l'aurore les bouteilles d'alcool placées sur des étagères de verre. La serveuse me sourit, je ne venais boire là tous les soirs que pour son sourire, ensuite je regardai ses yeux, ses cheveux que jaspaient de paillettes les spots multicolores pendus au plafond noirci, puis ses mains secouant un shaker, puis son sourire ses yeux ses cheveux ses mains actionnant la pompe à bière. Je regardai aussi ses hanches et ses fesses quand, tout au long de la nuit, mes yeux la suivirent qui traversait la salle par des ruelles entre les tables, portant sur un plateau de lune argentée des chopes et des cocktails, s'arrêtant à des placettes italiennes où des hommes causaient bruyamment, traversant en courant presque des jardins nocturnes plantés de magnolias et de tulipiers rêveurs bercés par le murmure des fontaines, ombre chinoise aux jambes fines sur les murs de vieilles rues envahies d'arroche, d'ombilic et de morelle noire.

Je souffre de palinopsie et redoute les comètes, les étoiles filantes et les filles dont les cheveux s'enroulent trop à mes pensées. Je quittai le bar en titubant à l'heure de la fermeture, alors que l'aube pâle éveillait les autobus dans leurs dépôts au sol de ciment blafard. « Je vous ramène, je vais dans le centre ? ». Mais mes paroles virevoltèrent dans le vent, et longtemps je l'imaginai grimpant des rues en escalier dans la vieille ville, puis des volées de marches couvertes d'un tapis usé de velours vert, une chambre sous les toits d'ardoise, une lucarne par laquelle, sur la pointe de ses pieds nus, talons rougis, elle aperçoit les lumières de la nuit qui d'un coup s'éteignent au jour naissant.


C'est beau une fille la nuit.

Zoz - C'est beau une ville la nuit


~ la ville s'engloutit de pluie, une étoile blafarde vivote dans le noir d'une flaque. Un garçon rentre du trottoir des hommes. Une paillasse sale attend son sommeil migrateur. Il se recroqueville sur son dernier coup de poing, le ventre en bouilli, la bouche encore baveuse et la rue au coin qui ricane de sa rumeur humaine.
Une aiguille amie perce ses globules et le ciel clignote de ses feux orangés et les arbres se mettent à voyager... Cette came l'enlève tout entier plus haut que le plus haut gratte'ciel, sans ailes !
Temps suspendu... amnésie.
Effacé derrière une poubelle, un garçon mort un moment, écroué à sa ville ..

zoz..

Où lire Zoz

Tisseuse - C'est beau une ville la nuit

J’ai beau arpenter
Les rues bacchanales
Comme une fille légère
Je ne croise que des éreintés
Cassés dans leur verticale
Aigris dans leurs affaires


A croire que la ville pailletée
Met à mal
Les allumeurs de réverbères
Et que les néons sont lassés
D’éclairer les dédales
Des rues poussière


Comment ne pas couler
Sous la morne lumière hivernale
Des lampadaires
Et ne pas aller se jeter
Au fond du canal
Des âmes serpillières


A moins d’illuminer
La nuit sépulcrale
Qu’elle devienne solaire
Et d’un coup chasser
Les saisons bancales
A la mine sévère

Chri - C'est beau une ville la nuit

Une ville, les deux

 

C’est beau une ville la nuit.
Ouais, pas mal mais ça, c’est surtout vrai si tu dors pas dehors, parce que, pardon quand tu t’allonges sur un carton et que tu t’enfiles dans ton duvet humide offert par le Secours Catholique, Dieu soit béni, t’as beau être sous le Pont Neuf, par exemple, t’as beau avoir les phares des bateaux mouches comme lampes de chevet, t’as tendance à la trouver un tout petit peu moins belle la ville, la nuit. Si tu veux mon avis.
Ouais, en même temps, pour être honnête, faut dire que tu en profites davantage de la ville, la nuit. Ben ouais, tu dors moins que si tu te couches dans un king size dans une chambre au Ritz. Vrai qu’au Ritz tu la vois pas passer la nuit. À peine allongé et déjà endormi. Alors que là… Et pas qu’au Ritz d’ailleurs. Partout ailleurs aussi, sauf dehors !

Et pis, dans la salle de bain, le pommeau de douche est plus large mais la flotte un poil moins chaude.
Ouais, tu l’as dit.
Devait pas dormir dehors celui qu’a dit ça, hein Robert ?
Devait savoir où coucher, le gars.
Tu l’as dit.

On se souhaite pas bonne nuit, hein mon Robert ?
On se souhaite quoi ? D’être encore en vie demain matin ? Si je calanche, demain soir, veinard, t’auras deux duvets.
T’es un amour, ma poule.


Où lire Chri
Où voir ses photos

mercredi 3 décembre 2014

Daniel Hô - C'est beau une ville la nuit



Un horizon bleu noir
Des ombres s’accrochant sur le sombre
Une perforation de minuscules rectangles jaunes


Dans le lointain de la nuit urbaine
Se filent l’éphémère brocart
De lignes rouges et jaunes


Partant dans toutes les directions
Des lampadaires en rails interminables
Crachent une lumière blanche


A leurs pieds sur l’asphalte gris
Grouille une foule dense
Déambulant sans but bien précis


Brouhaha, cris d’enfants
Rires, chants de poivrots
Résonnent des heures durant


L’air se vomit des odeurs
Des vapeurs d’hydrocarbure
A la marée du port tout proche


Des senteurs de guimauve
Du pralin des marchands ambulants
Et de la frite triomphante


La nuit s’avance
S’étouffe alors le tintamarre
S’estompe la cohue


Arrive enfin cet instant
Du moment tant attendu
Le souffle frais venant du large


Courant les rues désertées
Balayant l’atmosphère poisseuse
Il revivifie avec bonheur la cité endormie

Mamido - C'est beau une ville la nuit

Ce soir, dès le coucher du soleil,
Je sortirai. A chaque fois, je ne sais pas ce qui m’attend…
J’irai par les ruelles, j’irai sur le pavé glissant.
En ville, lors de mes sorties nocturnes, rien n’est jamais pareil.

Je marcherai, tous mes sens aux aguets,
Attentif aux bruits  confus de la cité,
Aux odeurs enivrantes qui sortent des cafés.
Je rejoindrai tous ceux qui font vibrer la nuit,
De leurs chants, de leurs danses et leurs rires joyeux.

Je lèverai les yeux vers les cieux étoilés,
Dissimulés derrière le rideau
Des lumières de la ville. Enfin,
Je m’accouderai au pont pour regarder le fleuve
Egrener les bateaux sur ses flots silencieux.
Et je lui lancerai un bouquet de violettes
En attendant que le jour rosisse le ciel pâle.
Et puis, je rentrerai dormir un peu.


Où lire Mamido

L'arpenteur d'étoiles - C'est beau une ville la nuit

Lyon, 1852

L’hiver traîne déjà ses bottes le long des quais et, au matin, l’eau verte se drape d’une brume montante habitée de silhouettes fantômes. Certains jours, vers midi, la lame froide et bleue du soleil vient trancher le ventre de la ville, dessinant ombres et lumières verticales, acérées. Les ruelles des vieux quartiers se perdent dans l’obscur alors que les façades colorées vives des immeubles, montent aux flancs des collines. Mais bien souvent, en cette année capricieuse, des pluies battantes, brutales comme une malédiction noient tout, et les nuages lourds s’accrochent bas dans les arrières cours ruisselantes.

Paul parle sans cesse. Il parle avec son cœur, avec son regard clair, avec son rire juvénile. Il parle avec sa voix qui parfois se fissure, laissant apparaître des fragments d’homme, des pans de lendemains qui glissent le pied dans la porte de l’enfance. Il se parle à lui-même. Il parle à son ami Joseph sur les pentes vers l’école. A sa colline travailleuse étreinte par les deux fleuves, et qui gronde encore au souvenir de la grande révolte. A son père qui l’embrasse le soir avant de retourner à la façure de soie. Son père penché nuit et jour sur le métier aux fils innombrables qui finiront par embrouiller sa vue. Il parle à sa mère, sourire de miel et regard soleil malgré les mains crevassées et les rides au coin des yeux.

Le violent orage qui ce matin s’est abattu sur Lyon fuit à l’horizon. Presque miraculeusement.
La nouvelle de l’annulation des cérémonies tant attendues pour la consécration de la statue de la Vierge, avait plongé la ville dans la consternation. Mais les pluies ont cessé. Le ciel s’est dégagé. Alors, à la nuit tombante, Paul a pris une bougie qu’il a placée dans un verre. Puis une autre et encore une autre. Puis il a posé ces lumignons sur le rebord de la grande fenêtre. Et il a vu. Il a vu que les fenêtres des immeubles alentour se sont illuminées aussi. Que les gens commencent à descendre dans la rue, tenant d’autres flammes.

Le voilà avec ses parents au milieu du flot. Tous vont sur la colline de Fourvière honorer la nouvelle statue de bronze dressée au sommet du clocher de la petite église. On s’interpelle, on chante. Les cloches de Saint Jean sonnent à toute volée. En quelques instants Lyon s’est embrasée.

Paul ne parle plus. Serré entre ses parents, il tient devant lui une lanterne. La flamme qui danse éclaire son visage rayonnant. Une larme coule doucement. Il l’essuie avec le béret qu’il garde dans l’autre main et avance dans cette foule immense d’hommes et de lumières*

• Nous sommes le 8 décembre 1852, date de la première illumination spontanée de la ville de Lyon. Illuminations qui deviendront plus tard la "Fête des Lumières"


Où se faire une idée du 8 décembre aujourd'hui à Lyon

Emma - C'est beau une ville la nuit


Saxo

Il avait trouvé une piaule dans la vieille ville
au-dessus d'une antique boutique de bondieuseries.
Moi je logeais à la maison des étudiantes,
inexorablement bouclée minuit pétant.
Cheveux en bataille et cœur en fête, (à moins
que ce ne soit le contraire), il me fallait courir
si je voulais rentrer avant le couperet,
Cendrillon aux pieds nus, escarpins à la main…


On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans 1


J'aimais la ville la nuit, tous les chats y sont gris,
filant le long des murs en maraudes sanglantes.
J'aimais le mystère des ombres dans les vitrines,
et surtout ce saxo qui bluesait tout en haut
de cette drôle de petite maison avant le pont.
Il fallait attraper là le dernier tramway.
Car si je le loupais, je devais traverser
à pied un quartier chaud et des plus périlleux.


On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.


Un destin facétieux, comme il l'est bien souvent,
avait rassemblé là, dans un petit enfer,
des gens qui s'étaient étripés sous d'autres cieux.
Un soir qu'à bout de souffle j'avais in extremis
pu sauter sur le marchepied, un gros chat gris
qui courait dans la nuit tira sur le jeune homme
accroupi en boule au fond de la plate-forme.


Mourir pour des idées, l'idée est excellente,

les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez 2


Le saxo étonné a marqué une pause,
et puis il a repris sa mélodie de soie.


1 Qui vous savez
2 G Brassens.…




Où lire Emma

mardi 2 décembre 2014

Littér'auteurs - c'est beau une ville la nuit

SONGE HALLUCINÉ


« Guy, Guy, réveille-toi ! Guy ! Ce n’est qu’un cauchemar ! ». C’est Alexandre qui me battait les joues avec une ardeur inouïe (elles s’en souviennent encore) et comme j’ouvrais difficilement les yeux, je me rendais compte que j’étais suffocant et intégralement trempé.
« Guy ! Réveille-toi ! Tu es complètement ruisselant de sueur ! »

Ce n’était pas dans ma transpiration que je macérais, pendant qu’Alex, opiniâtre, persistait dans ses taloches. Il ne se rendait pas compte que je sortais de l’eau. D’une eau froide... froide... froide... presque gelée... presque tarie... presque morte , dans laquelle je m’étais glissé après être passé devant Les Halles désertes, vides, immobiles, abandonnés, mortes elles aussi, comme l’eau de la Seine, dont je n’avais pas entendu le courant bouillonner sous les arches du pont.

« Guy ! Mais bon sang ! Tu vas émerger ? »

Lorsque j’avais descendu les marches, senti le sable sous mes pieds, la vase… l’eau… Mais quelle heure était-il lorsque c’était arrivé ? Aucune horloge ne sonnait dans les clochers ou dans les monuments. Et ma montre était devenue silencieuse, elle aussi. Plus rien, plus rien, plus un frisson dans la ville, pas une lueur, pas un frôlement de son dans l'air. Rien ! Plus rien ! Mais quelle heure était-il ? Mais que se passait-il ? Je me souviens de mon épouvante… Affamé, j’avais sonné à toutes les portes, que sais-je, vingt pour le moins. Mais en vain ! La sonnerie ne sut jamais réveiller le concierge alors que, de toutes mes forces, je heurtais de mes pieds, de ma canne et de mes mains les portes obstinément closes. Quelle peur !

« Hé ! Guy ! Sors de là ! ».

Pénible cet Alex ! Pas la force de lui expliquer que ça m’est impossible de sortir de là, justement ! J’ai eu tellement peur ! Paris entier dormait, d’un sommeil profond, effrayant. Les rues étaient noires, noires, noires comme la mort. Et je les ai arpentées ! Rue de Grammont, faubourg Montmartre, Place du Château d’Eau. À La Bastille je m’aperçus que je n'avais jamais vu une nuit si sombre, car je ne distinguais pas même la colonne de Juillet, dont le Génie d'or était perdu dans l'impénétrable obscurité. Rue Royale… Personne, cafés éteints. Paris mort, désert. J’avais poussé jusqu’à L’Arc de Triomphe ; de gros nuages noirs s’étendaient lentement sur le ciel. Un ciel d’encre sur lequel, bizarrement, les nuages se découpaient en noir.
« Guy ! Je vais appeler les pompiers !».

Les pompiers ! Alors que les sergents de ville n’ont pas répondu à mes appels au secours ! Et pourtant j’ai crié ! Je criai. Personne ne répondit. J’appelai plus fort. Ma voix s'envola, sans écho, faible, étouffée, écrasée par la nuit, par cette nuit impénétrable. Je hurlai : « Au secours ! Au secours ! Au secours ! ». Mon appel désespéré resta sans réponse.
Elle avait pourtant bien commencé, cette nuit ! Il faisait très beau, très doux, très chaud. Ce doit être hier, puisque le jour ne s’est plus levé, puisque le soleil n’a pas reparu. Mais depuis quand la nuit dure-t-elle ? Depuis quand ? … Qui le dira ? Qui le saura jamais ?

J’entendais la voix angoissée d’Alexandre, voulais le rassurer, mais ne le pouvais pas. Il répétait mon prénom, sans cesse. Impuissant à me rendre à la raison. Pourtant j'aime la nuit avec passion. Je l'aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d'un amour instinctif, profond, invincible. Je l'aime avec tous mes sens, avec mes yeux qui la voient, avec mon odorat qui la respire, avec mes oreilles qui en écoutent le silence, avec toute ma chair que les ténèbres caressent.

Mais cette nuit-là… comment dire, comment expliquer, comment faire comprendre ? Cette nuit-là était devenue si opaque, si ténébreuse, si impénétrable, si éternelle… Je sentais bien que je n'aurais plus jamais la force de remonter... et que j'allais mourir là... de faim de fatigue et de froid. De remonter les berges de la Seine et de sa fraîcheur glaciale.

Maintenant Alex me secouait et je me sentais pantin de son entre ses mains.

Quoi ? Ouvrir les yeux et revenir au jour ? Au jour qui me fatigue, brutal et bruyant ? Alors j’imagine que le soleil baisse et qu’une joie confuse, une joie de tout mon corps m'envahit. Je m'éveille, je m'anime. À mesure que l'ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux.

Et je peux enfin regarder Alexandre, lui sourire. Le rassurer. Lui dire que je revenais d’un terrible cauchemar où, dans Paris il n’y avait plus rien, plus rien, plus un frisson dans la ville, pas une lueur, pas un frôlement de son dans l'air. Rien ! Plus rien ! Plus même le roulement lointain du fiacre, plus rien ! Une ville qui progressivement s’était désertifiée, avait perdu ses couleurs et ses bruits.

Un cauchemar vécu grâce à l’aimable et subreptice complicité de Guy… de Maupassant et Alexandre… Dumas (fils). Je remercie le premier pour sa nouvelle, « La Nuit », parue en 1887 et le second pour son amitié envers Guy.


Où lire Littér'auteurs

lundi 1 décembre 2014

Pascal - C'est beau une ville la nuit

Chicago

A dix-sept heures, quand on dégageait au sauve-qui-peut général des permissionnaires, on courait presque sur la coupée pour attraper au plus vite le bus libérateur. Il ne fallait surtout pas oublier le petit signe de la tête, le salut à nos couleurs, du côté de la plage arrière. On se retrouvait dans ces navettes bondées, celles traversant l’Arsenal jusqu’à la sortie promise. Sans nul regret, on regardait nos navires, emprisonnés au bout de leurs amarres, s’éloigner dans la tourmente grisaillée…

Du Quai Milhaud jusqu’à la Porte Principale, sans une escale, les vrombissements du bus avaient déjà un air d’indépendance. Droit devant, le mont Faron était le rocher guide, le cap à maintenir, pour retrouver la liberté. C’était bon de se réapproprier la tempête de la ville, avec ses clameurs de voitures, ses mobylettes pétaradantes, ses odeurs de baraques à sandwichs, ses immeubles vieillots, ses quartiers chauds, ses passants ordinaires, ses couleurs de linge aux fenêtres populaires.

Débordante, la Porte Principale nous dégueulait dans Toulon. Les rues de la basse ville étaient tellement encombrées de marins en goguette qu’après une certaine heure, il n’y avait plus du tout de circulation. Bateau par bateau, au rythme des bus, nous déferlions en désordre grégaire. Comme des vagues insatiables, les équipages fanatiques se déversaient dans tous les bistrots de la rade. Nous étions comme du sang neuf dans les vieilles veines de la ville, attachés à la perfusion des bars, en échange de notre bonne fortune. La féerie de Toulon, les monuments historiques, les musées, les cartes postales et autres attractivités touristiques, ce n’était pas dans les desseins de notre bourse. Tant que nous le permettait notre maigre solde, on partait en bringue, on partait en piste, à l’unisson heureux de l’ivresse, du burlesque, de l’évasion et de faits d’armes aussi téméraires que fantaisistes.

J’avais dix-huit ans et je me déniaisais tous les soirs dans le dédale des rues du quartier « Chicago ». Aux putains, je faisais la cour, aux diseuses de bonne aventure, je racontais l’avenir, aux vendeuses de fleurs, je cueillais les pétales, aux serveuses, je racontais mes mille escales. On avait nos bars attitrés, nos chansons à boire, nos refrains, nos entraîneuses, nos farandoles. Pour nous tous, loin de nos familles, Toulon était aussi une escale. Pour un temps, on oubliait la ferraille de notre escorteur d’escadre, l’exiguïté des postes, la rigueur militaire, la pitance déplorable, l’enfermement des quarts à la mer, etc.

On trinquait aux heures d’inconscience, à l’irrationnel ordinaire, à la précarité éternelle, au vieux choufe, au plus jeune mousse du compartiment, au prénom de la serveuse, aux vingt ans de l’un, au grade de quartier-maître de l’autre, à la bière fraîche, à la future permission, au prochain voyage, au Surcouf et à ses mécanos de la chaufferie avant disparus en mer. La nuit était bleue, elle était blanche, elle était rouge…

Bien sûr, avec d’autres bordées en maraude joyeuse, on avait nos algarades, nos empoignades, nos travers en lames de fond, mais on s’arrangeait toujours avec des tournées de passion, des rires communicatifs, nos écussons de spécialité rassembleuse et des copains de la même région.

Dans les ténèbres de la rue du Canon, à même le goulot, on buvait des coups de vinasse avec les clochards affalés sur leurs immondes cartons. Nous étions des extraterrestres, ils étaient les autochtones bienveillants, monnayant la circulation des noctambules avec leurs harangues insatiables d’assoiffés. Dans le noir, j’ai encore le souvenir de leurs yeux exorbités, tellement hallucinés, quand ils claironnaient à leur bouteille brûlante des charges héroïques. A la lumière falote des réverbères, on mettait dans leurs mains tremblantes quelques pièces d’or de vingt centimes et nous étions les princes de la nuit.

Alignés comme à la parade, le long du quai Stalingrad, on pissait de concert en éclaboussant les étoiles se baignant dans le port. On se bousculait aussi et il n’était pas rare qu’on se retrouve à l’eau, moitié en riant, moitié en se noyant mais toujours volontaires à la déconnade sidérale. En courant, on bouffait nos vingt ans. On tapait des clopes aux prostituées ; pendant leur bout de trottoir, on leur prenait le bras, on se grisait de leurs parfums capiteux, on se renseignait sur leurs doléances d’ouvrières nocturnes ; elles s’amusaient de notre enfance en caressant nos joues encore imberbes. On s’enivrait jusqu’à la fermeture des bars puis on allait brailler notre soif au Café de la Gare et, enfin, on s’amarrait, naufragés, aux premiers estaminets éclairés de la poissonnerie.

Aux remugles insistants du petit jour, Toulon sentait la garrigue, le caniveau, le rance, le croissant et le journal du matin. On s’échouait à une terrasse de bar fraîchement ouverte. Au fond des poches, il nous restait toujours quelques pièces qu’on mettait en commun pour boire un café. Au bout de leurs néons fatigués, les devantures clignotaient encore. Elles réfléchissaient sur la mer leurs pâles attractions en se diluant aux brillances envoûtantes du début de l’aurore. Sur la darse, des chimères lointaines tout enveloppées d’une aura vaporeuse, semblaient se moquer de nos haut-le-cœur. Comme des meneuses de revue, impudiques, elles se déhanchaient lascivement en ouvrant leur voile devant nos regards malades. L’ivresse festive s’évaporait lentement. Finis les flonflons, la dérive mirobolante, l’impétueuse Liberté. D’avoir tant juré après

Dieu, nous étions aux portes de la crise de foie… Aux teufs-teufs réguliers des premiers pointus, encouragés par des mouettes assidues, des pêcheurs s’éloignaient dans le clapot de la mer bleue saphir. Dans l’arsenal, des bateaux de guerre en partance s’essayaient pendant leurs sirènes et leurs sifflets.

Et puis, inéluctablement, il était sept heures à l’horloge de la Porte Principale. On courait presque pour attraper le bus accapareur, celui qui nous ramenait fatalement jusqu’à notre escorteur. Dans les fenêtres de la navette, le mont Faron s’éclairait du premier soleil. De leurs vitres éblouies, des immeubles haut perchés étincelaient de lumière ; les clameurs de la ville se réveillaient derrière nous. J’avais des frissons de Grandiose. J’avais encore dans les yeux les falbalas de la nuit, ses guirlandes bariolées, ses pavés humides martelés à notre cadence effrénée et ses effervescences extraordinaires…

CristelD - C'est beau une ville la nuit

Lumières…


Des taches lumineuses
Sur un fond mural,
Inégal et sombre.

Des sons résonnent
Épars, divers, puis,
Doucement, s’assourdissent.

Un nocturne silence
S’étend : au firmament
Percent des étoiles.

Claudie - C'est beau une ville la nuit

Les néons de ma ville
Donnent des couleurs
Aux fantômes de la nuit.

Tiniak - C'est beau une ville la nuit

NUIT, T'AI (veste et pull)

Où t’es-tu cachée, dis
Pépite feue Jaune-Or ?
As-tu grimpé la rue
son dos cambré à l’ouest ?
Je t’ai perdue de vue
mais j’ai gardé ta veste
à mon coude, sans pli
elle respire encore

Le Soir qui m’accompagne
a le vent douceureux
Il n’entend rien aux chants
des pavements frivoles
où je vais – garnement
loin de sa vieille école
mener fière campagne
chez les noctambuleux

J’emploie les intervalles
à te chercher, Pépite
à la carre du jour
gisant au pied du mur
dans le moindre alentrou
des porches, des toitures
et tout l’Ornemental
des balcons émérites

Mais le Soir – ce fêtard !
m’est plus accaparant
Il me saisit l’oreille
ou par le bout du nez
m’entraîne dans sa veille
d’échos e ricochets
à crisser du regard
sur la craie mollissant

Ça s’ouvre – sans magie
tant de lieux sont faits pour !
’faut glisser l’étincelle
en gage à leur entrée
pour de vertes chandelles
je t’ai donc oubliée
l’épaule travestie
de futiles atours

Je songe avec le Soir
à de nocturnes chaires
dans cette orangeraie
aux juteux abattis
nous caressons la craie
déjà bien assouplie
aux flancs de ses couloirs
les soupirs éphémères

Car la nuit a surgi
en son grand apparat
pour sceller notre sort
jusqu’à notre heure dite
Il n’est plus, là, dehors
nul port où ne s’invite
le souffle court, le cri
d’anonymes combats

Pépite que j’honore
taisant combien je t’aime
au plus fort du carnage
et sans urbanité
je ne sais plus ton âge
- ma nuit l’aura figé
comme le nom des morts
habite les poèmes

Quelle veste, dis-tu ?

Où passer votre (vos) nuit(s) insomniaques

Vegas sur sarthe - C'est beau une ville la nuit

Fremont street

Quand vous en aurez assez d'écouter un gondolier (gondolier) chanter sa barcarole en poussant sa barque sur le Grand Canal du Venetian, que vous aurez trop tremblé pendant l'éruption (eruption) du volcan du Mirage et que vous vous serez assez rafraîchi à la chorégraphie des fontaines (fountains) du Bellagio sur un air de Sinatra ou de Pavarotti... alors quittez le Strip - les trottoirs surchauffés de Las Vegas Boulevard - et en dix minutes vous serez sur Fremont.

La rue Fremont (Fremont street) est une des rares rues piétonnes du centre-ville de Las Vegas.
Le touriste de base n'en verra peut-être rien, attiré comme un papillon de nuit (moth) par le luxe et les attractions spectaculaires qui jalonnent le Strip depuis le MGM et le NewYork-NewYork jusqu'à la tour géante de Stratosphère... et c'est ballot (stupid, idiot).
Arpenter la rue Fremont c'est s'immerger dans l'ancien cœur de ville (antique downtown) du Vegas des années cinquante (fifty-fifty) et c'est à s'en taper le cul par terre (hit the ass off)... d'ailleurs qui vous empêche de vous asseoir au beau milieu de la rue (sit in)?
Vous n'y serez que mieux installé pour assister au spectacle qui anime chaque heure les quatre cent mètres de sa voute lumineuse aux douze millions de leds, le fameux Fremont Street Experience qui vous en mettra plein les yeux et les oreilles au son de Queen, des Doors ou de Bon Jovi (Queen, Doors, Bon Jovi)!
Oubliez quelques instants le gâchis énergétique que représente cette débauche de lumières et laissez-vous aller (let yourself go).

Loin de rivaliser avec le Caesar Palace (Celine Palace), le Bellagio ou le Wynn mais rien qu'en prononçant leur nom le Four Queens, le Stardust ou le Golden Nugget's évoquent aussitôt l'époque sulfureuse où alcool, argent et prostitution succédèrent à la grande dépression et à la Seconde guerre mondiale.
Vous allez y croiser des célébrités increvables : Sinatra, Elvis (The King) mais aussi De Niro et Nicholson enfin... leurs sosies qui n'accepteront un selfie (selfie) avec vous que contre quelques billets verts (ten box).
Quittez la voute lumineuse et entrez dans un de ses vieux casinos où l'odeur du cigare colle aux épaisses moquettes (thick carpets).
Dans le dédale d'un millier de machines à sous, vous trouverez peut-être celle qui vous décrochera le jackpot (jackpot). En tout cas une serveuse court vêtue (waitress) viendra forcément vous offrir une boisson (Margarita frozen) dans l'espoir de vous voir prendre racine (glue, scotch).
 
Kit Carson? Ca vous dit quelque chose? Oui, celui des cartoons, if you want.
Lui et John Fremont - explorateurs et pionniers (Pioneer, Yamaha) de la conquête de l'Ouest - sillonnèrent les plaines du Nevada bien longtemps avant tout ça et doivent aujourd'hui se retourner dans leurs tombes (turn in their tombs) à la vue d'un tel spectacle!

Vous êtes repu du bruit et de toute cette foule? Prenez un peu de hauteur en vous éloignant en direction du mont Charleston ou en montant sur la colline de Henderson, vous y verrez briller le 'Silver State' d'une lumière incomparable et le rayon laser du Luxor comme un phare éclatant dans la nuit (beacon in the night).
On aime ou on aime pas, mais c'est ça Vegas.

Où voir déambuler Vegas sur sarthe

Jacou - C'est beau une ville la nuit

Vienne


Cette ville, la nuit, ma ville, la mienne
La mienne avec toi, pour toi, la tienne
Sans toi la nuit est noire, ma nuit, la mienne
Ta nuit avec moi, lumière dans le noir
Ma lumière dans la nuit, ma ville et toi
Toi, pour que ma ville soit lumière,
Et que, dans la nuit, je sois tienne,
Ce soir, avec moi, il faut que tu viennes.
Où lire Jacou

Semaine du 1er au 7 décembre 2014

La semaine passée vous avez pris le 18h45. Mais pour aller où ?

Nous allons supposer que vous vous êtes retrouvé dans une ville. Or selon le titre du livre de Richard Bohringer :"C'est beau une ville la nuit" !

Écrivez cette pérégrination (ou celle de votre personnage) dans la ville de votre choix (réelle ou inventée), mais obligatoirement de nuit !

En prose ou en vers, votre texte devra nous parvenir à l'adresse habituelle impromptuslitteraires(at)gmail.com avant dimanche 7 décembre minuit.