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samedi 14 avril 2018

Stouf - Higelin en chemin

J'ai fumé avec Jack

Ce jour là j'étais pressé par le boulot dans la rue d' Arcueil à Gentilly et c'était vers la fin des années 80 dans l'autre siècle. J'avais enlevé ma cravate et portais ma veste de costard sur le bras gauche parce que y avait du soleil chaud en ambiance et je trouvais que les lunettes italiennes Persol que m'avait offert ma femme me seyaient grandement.
Quoi, qu'étais ce donc ce que je vis tout à coup ?
Mon bon Jack Higelin qui tournait unpeu nerveusement en rond devant la vitre éclatée de ce snack bar où son pote hier au soir s'était planté dans une sale histoire … oups mais nan, c'était juste devant la porte d'un petit studio d'enregistrement sympa où j'avais été invité un jour par une jeune chinoise qui avait des intentions malsaines à mon égard et aux quelles je ne puis bien sur pas résister. Oui ben, je suis un cochon ordinaire, ok !
Attiré par ce mec que j'aimais depuis mon berceau puisque maman branchait toujours un microsillon du Jack lorsque j'avais du mal à m'endormir, je changeais de trottoir pour lui demander ce qui se passait.
- Bah … pas grand chose, je suis toujours aussi clostro et je peux pas rester plus d'une demie heure à répéter dans un lieu clos. T'as pas une clope gars ?
Du coup on a fumé quelques chameaux en causant de n'importe quoi et quand il allait rentrer dans le studio il m' a dit :
- Ch'uis certain que tu sais jouer de la gratte et que t' as une voix, viens on va se faire un bœuf !
- Ben non gros, j' ai point le temps … faut que je vais à Orly attendre ma p'tite Suzy qu' arrive du Boing de 15 h 33 tout droit du Minnesota.
- Cool mec ,j' vais en faire une chanson rien que pour toi.
- Je toucherai des thunes ou quoi ?
- Que dalle.
Oh zut
En fait y a aussi la fête à Lulu à la Courneuve où c'est qu'il ne voulait point chanter et que tout à coup ...

Jacques - Higelin en chemin

Tu ne peux pas comprendre...

C’est un moment de détente au milieu d’une belle journée.
L’ambiance est cordiale, presque joyeuse, après une longue matinée de réunion pour une fois productive.
Le téléphone, bridé depuis des heures dans le bâtiment imperméable aux ondes, retrouve le monde et en collecte avidement les nouveautés.
Je n’y prends garde, la discussion est animée. Nous marchons le long d’une allée de gravier blanc qui serpente entre les pins landais.
Deux avions décollent et la conversation est étouffée par le hurlement des réacteurs, et comme tout le monde je profite de l’interruption pour jeter un œil distrait, au cas où, à ce qu’il insiste pour que je découvre, ce truc qui se prétend malin.
Je regarde l’écran et je ne comprends pas la dépêche du « Monde »
Higelin est mort.
Les deux Rafale disparaissent au loin.
L’espace acoustique de nouveaux à eux, les oiseaux se remettent à chanter.
Je suis là, sur cette allée paisible qui contourne un bunker, au milieu des oiseaux qui chantent dans les pins, et Higelin est mort ?
J’aimerais m’asseoir dans l’herbe, cueillir un pissenlit le souffler dans la brise à peine perceptible et pleurer l’ami qui soigne et guérit, mais au milieu d’une base aérienne, ça ne se fait pas, Monsieur, ça ne se fait pas.
Tombé du ciel.
Au milieu d’une base aérienne.
Tiens, ça l’aurait fait sourire, j’en suis convaincu.
J’en souris, moi aussi.
« Qu’est-ce qui te fait sourire ? »
« Higelin est mort... »
« Et ça te fait sourire ? »
« Tu ne peux pas comprendre... »

mercredi 11 avril 2018

Chri - Higelin en chemin


Le courant.

Soir de concert en province. L’autre chantant fou s’y donne. Le spectacle n’a pas vraiment commencé. Les musiciens sont sur scène prêts à jouer. On les devine. La salle est surchauffée d’impatience. Des Mona Lisa klaxonnent.
Le noir se fait, les gens hurlent leur joie de le voir apparaître, de l’entendre. C’est qu’ils savent à qui ils ont affaire. Si l’on peut dire. Affaire est un mot grossier. Pour lui. Et sans doute pour eux. Ils y sont déjà venu, ils savent la générosité, la folie et le voyage.
La lumière ne revient pas. Le temps se fige. L’attente dure, pèse, inquiète.
Sa chevelure arrive d’entre le rouge des rideaux. Il explique sans micro à capella. Le transfo a sauté. Panne électrique, putain plus de courant. On va jouer quand même. On va pas se laisser emmerder par du fil électrique.

Et là le miracle. Intense et beau. Barry Lindon vitaminé.
Le rideau s’ouvre devant chaque musicien une bougie ou trois. Dans la salle le silence respectueux descend. La musique démarre.
Il a chanté trois heures sans électricité, dans le presque noir et c’était lumineux, puissant et merveilleux.

L’ambiance était électrique, il était LE courant. Continu. Inoubliable et fou. 

Où lire Chri

Manoudanslaforêt - Higelin en chemin

Mon enfant, ma fille, mon fils
Pars surtout ne te retourne pas
Grandis, ris, cours, aime, vis
Pars fais ce que tu dois faire sans moi
Tombe, pleure, tente, chute, vis
Quoi qu’il arrive je serais toujours avec toi
Mon amour t’as mis sur le chemin de la vie à toi de le suivre
Alors pars et surtout ne te retourne pas

Pascal - Higelin en chemin

Jacques Higelin

Electron libre, homme-orchestre, touche-à-tout, fou chantant, saltimbanque, Jacques Higelin avait mille cordes à son arc pour réussir, sinon triompher. Tombé du ciel, cet empêcheur de tourner en rond embrassait naturellement les causes perdues ; je l’aurais bien vu apporter son soutien aux zadistes, aux migrants, au désarmement, aux baleines, aux abeilles…  

Ange ou démon, bourgeois-bohème ou conservateur, talentueux ou travailleur, génie ou imposteur, précurseur ou imitateur, lui-même ne pouvait se satisfaire d’une seule étiquette ; il fut écrivain, acteur, chanteur, compositeur, militant, révolutionnaire, soixante-huitard, amuseur, musicien, rocker, illusionniste, girouette, toujours à contre-courant des modes et des traditions. Rempli d’énergie, ce visionnaire donnait de la futilité aux choses graves et de l’ampleur aux choses insignifiantes.

Clown, improvisateur, esthète inclassable, aiguilleur des sens, chantre en liberté, grain de sable dans l’horlogerie des choses établies, opportuniste surfant sur la vague de la célébrité, camelot de l’Amour, sur le marché de la gloire éphémère, cet Exalté de la Vie, cet amoureux des feux de la rampe, ce rebelle aux louanges vendait ses talents avec un enthousiasme sans cesse renouvelé. Insatiable, phénix ou éternel ado, il multipliait les rencontres, se nourrissait des divers courants musicaux, se remettait en question. De pirouettes en sauts périlleux, ses prises de position politiques et humanitaires ont redoré son blason au fil de sa carrière et le doux réfractaire ne refusa pas les honneurs.

En avance sur son siècle, il a traversé la vie comme une étoile filante, laissant briller derrière lui les paillettes de la renommée. Souhaitons-lui la main de la plus belle des hôtesses de l’air pour retourner jusqu’au Ciel. Balthazar, Melchior, Gaspard, tenez-vous bien, voici Higelin…


Célestine - Higelin en chemin

Le château de sable


Au pays des aurores australes, au bord d’un lac, poussait un grand château tout droit. Ses tourelles et ses donjons avaient la couleur fauve du sable des contrées lointaines.
Une magicienne menait au vent son équipage de chevaux palominos dans un poudroiement de poussière d’ocre, portée par le tourbillon salé de l’air marin, et caressant de ses doigts son violoncelle. En un geste suave, comme le lui avait appris la vieille Belindra. La sorcière aux cheveux bleus.
Elle arriva au pied du château, où trois blondinets dormaient sur le pont-levis, bercés par les paroles d’un homme au visage d’ange. C’était un conteur de fables, un de ces enchanteurs qui font rêver les enfants d’envols superbes, de météorites et de lumière d’or à travers les nuages.
Les sons du violoncelle envoûtèrent l’enchanteur. D’un seul coup d’archet magique, qui frappe d’un amour gigantesque le cœur de ceux qui le croisent, il fut subjugué par l’ardente beauté sauvage de la magicienne, un don que ses marraines fées avaient versée en élixir dans son berceau de nacre et de pin.
Elle le prit par le bout du cœur.
Ils firent de ce jour-là un rêve velouté, une cathédrale d’amour, sous les constellations étonnées. Et allongés au bord du monde, nus sous la lune, l’âme envoûtée, ils unirent leurs souffles et leurs teints d’albâtre. Deux petites coupes de champagne en cristal éclairaient la nuit de leurs bulles dorées.
Mais au matin, la magicienne disparut, évanouie dans la brume ensoleillée.
L’enchanteur garda sur sa langue le goût divin de l’éphémère.

Joe Krapov - HIgelin en chemin

ALERTEZ LES BÉBÉS !

Alertez les bébés ! Qu’ils se préparent à déployer le drapeau de la colère ! Qu’ils se le disent : il n’y aura pas suffisamment de champagne pour tout le monde ! Et pas plus de caviar pour les autres !

Alertez les bébés ! Il faut qu’ils viennent au monde avec la rage en dedans, qu’ils se préparent à la croisade des enfants ! Qu’ils se prévoient un vieux bras de fer avec un univers pourri dans un no man’s land irradié !

Alertez les bébés ! C’est aujourd’hui, la crise ! La planète Terre est un boxon où l’ange et le salaud doivent se côtoyer, où les robots parlent de l’amour sans savoir ce que c’est et où trois tonnes de TNT font plus d’effet qu’une symphonie des droits de ‘homme.

Alertez les bébés ! Qu’ils gardent un œil sur la bagarre, qu’ils aient le courage de vivre, la fuite dans les idées ! Qu’ils se méfient de ces prophètes proclamant « Ce qui est dit doit être fait » et qui le font ! Qu’ils ne croient pas ceux qui promettent « ‘Demain ça s’ra vachement mieux » surtout si je vous arrache les yeux !

Alertez les bébés ! Ils vont tous faire l’objet d’une fiche anthropométrique. Pour peu que les flics fassent de l’excès de zèle ils devront danser la java des chaussettes à clous dans la gueule, coincés entre deux gares, huit jours en Italie avant retour chez eux ! Bonjour le coup de blues ! Autant fumer tout de suite sa dernière cigarette !

Alertons les bébés ! Criez, priez, les bébés ! Pas question qu’en plus vous exprimiez votre vague à l’âme ! Avouer « Maman, j’ai peur ! » serait faire preuve d’un sérieux manque de classe. Si tu as un poil dans la main, Bébé Cadum, fais demi-tour ! Pars en arrière ! Chope la soupape, envole-toi sur les ailes du silence ! Commencer une phrase par « Je rêve… » sera bientôt illicite. Ça l’était déjà d’ailleurs à l’époque de Martin Luther King.

Alertez les bébés ! Moi aussi un beau jour je suis tombé du ciel et j’ai souvent lu sur le menu de ma vie : « Aujourd’hui : blues ». J’aurais bien voulu les aider, les bébés, car en théorie on est là pour ça mais j’suis qu’un grain de poussière, un conquérant de l’inutile, un petit gars du genre tête en l’air, un Buster K. de pacotille. Quand je vois mon portrait dans la glace, je n’ai qu’une seule envie c’est de retourner dans mon aéroplane blindé. Chaque soir, en entrant dans mon lit, j’entends résonner l’hymne aux paumés et je me dis : « Encore une journée de foutue !».



Alertez les bébés ! Le minimum que je puisse faire pour eux, c’est de les prévenir, les bébés : Jacques Higelin ne sera pas plus secourable que moi. Il vient de nous dire « adios ! ». Il ne sautera plus six pieds en l’air, tel un aviateur dans un ascenseur. Exit le captain Bloody Samouraï ! Crashé en beauté, le captain Dodécaphonique Dada ! Fin de la chanson !

Ah la la ! Quelle vie qu’cette vie ! Alertez les bébés ! Un autre fou chantant vient de nous quitter. Si vous voulez vivre agréablement, il ne faudra pas Trénet à le remplacer ! On a mis Jack in the box et on a mis la boîte sous terre. Ci-gît une star.

Merci pour tout, Monsieur Jacques ! 

Où lire Joe Krapov

mardi 10 avril 2018

Marité - Higelin en chemin

Aujourd'hui blues.

Monté au ciel,
Paradis originel
Sans aucun bagage
A travers les nuages.

Il a mis les voiles
Pour aller vers les étoiles.
Face aux dieux, tête en l'air
Il chante encore des vers.

Loin de ce monde qui déraille
Il nous dit bye, bye, bye.
Ici son rêve s'achève. Adieu.
Il est mort, qui dit mieux ?

La Licorne - Higelin en chemin

Tu pars, tu pars...
 Oh, tu pars...tu pars...
 Et tu ne te retournes pas...
 Tu nous laisses avec ...
 des mots fantasmagiques et des notes musifolles
 Des airs qui mettent la tête à l'envers et le reste à l'endroit
 Tu nous laisses avec...
 nos ressouvenirs qui s'envolent
 Et des myriades de moments si fous, si purs
 Qu'on se les passe en boucledor
 Et qu'on les garde comme un trésor
 Tu nous laisses, le cœur en contrefiture
 ...des allumettes au fond des yeux
 Avec l'âme en tourtinade
 Tout près d'un piano à queue..
 Car tu pars, tu pars
 Et tu ne reviendras pas...
 Puisque tu pars derrière le voile
 Va dire aux anges et aux milliards d'étoiles
 Que nous, petits grains de poussière
 Perdus dans le ventre de l'univers
 Nous pleurons notre poseur de girouettes,
 Notre grand frère, libre et poète
 Celui qui mettait notre cœur en fête...
 Et du yaourt dans la vinaigrette
 Celui qui nous était tombé du ciel
 Un jour de danse, un jour de chance
 Celui qui balançait ses notes irrévérentielles
 Comme autant de lueurs d'avance...
 Dis-leur que ta folie nous manque déjà
 Qu'ils ont bien de la chance là-bas
 D'accueillir Jacques et ses ritourterelles
 Et que la nuit promet d'être belle...
 Car tu étais fils de la terre et du vent
 Un rebellenfant dans l’œil du firmament
 Tu avais du cœur, tu aimais la vie
 Et la mort ne te faisait pas peur...

lundi 9 avril 2018

Laura Vanel-Coytte - Higelin en chemin

Champagne ! 

Pour célébrer l'homme qui m'accompagne,
Champagne !
Avant de partir avec Nerval en Allemagne,
Champagne !
En chantant avec Elvis au bagne,
Champagne !
En voyant la maison de grand-mère en Bretagne,
Champagne !
A la ville, à la campagne,
Champagne !
Pour fêter à Reims le sacre de Charlemagne,
Champagne !
Pour arroser les Jardins de Cocagne,
Champagne !
En bâtissant avec Nerval, des petits châteaux en Espagne,
Champagne !
A qui perd, gagne,
Champagne !
A la mer, à la montagne,
Champagne ! 

Où lire Laura Vanel-Coytte

Annick SB - Higelin en chemin


Il est toujours là … 

Partir sans se retourner.
Tu ne sais plus si c’était sur la pointe des pieds ou en claquant la porte.
Qu’importe ! 
« -Pars ! » 
Une injonction ?
Un conseil ?
Un défi ?
Qu’en as-tu compris ?
L’as-tu vécu comme un ordre, une délivrance, une liberté, un voyage sans borne ou tout simplement comme le signe d’un amour véritable qu’il t’offrait malgré toutes les déchirures , malgré le froissement de tes idées floutées par la vie, par la fatigue, par le sang ?
A la vie à la mort, l’as-tu vécu comme un trésor ?
Es-tu revenu sur tes pas ?
As-tu pu opérer une conversion ou es-tu resté dans la passion, dans les larmes, dans la friction, dans l’émotion ?
As-tu osé embrasser l’infini, et laisser sur le chemin  les regrets, l’amertume des souvenirs pour ressentir la joie du pardon, du don de soi, du don d’amour ?
Dis nous, raconte-nous pourquoi ce chant a bercé tes soirées, tes nuits et t’a à ce point bouleversé ?
Sais-tu qu’en chaque situation de ta vie tu l’as fredonné l’air de rien, du bout des lèvres et du fond de ton cœur ?
Te prenais-tu pour l’enfant qui joue ?
Pourquoi as-tu été touché à ce point par cette voix rauque et cette simple cadence ?
Qu’as-tu revécu dans ces paroles, dans ces questions ?
Pensais-tu naïvement qu’elle ne parlait qu’à toi cette chansonnette lorsque tu l’écoutais ?
T’es-tu enfin senti particulier, appelé ?
Au fond de toi as-tu saisi l’honneur extrême de la connaissance du chagrin partagé par toute l’humanité ?
Cela t’a-t-il réconforté ?
S’est-il transformé en Paix sur le chemin de ta déroute ?
Pars, surtout, surtout ne te retourne pas !
Il est toujours là … 

Je crois que c’est le chant le plus évangélique qui soit dans la bouche d’un rocker disparu
Le chant de l’espoir suprême
Celui qui prend le chemin du départ, sans se routurner, pour mieux revenir à l’endroit aimé
...
Peut-être , qui sait ?
Pars ! 

Où lire Annick SB