Ah, j'en ai fait des exercices d'écriture depuis le jour où je me suis penché sur le berceau des Impromptus littéraires, j'en ai suivi des consignes et des consignes, mais s'ils savaient les difficultés que j'ai à les respecter ! Je dois en effet me soumettre, pour y parvenir, à un rituel auquel je ne peux me soustraire bien qu’il me pèse de plus en plus et ne soit plus de mon âge.
Ecrire est un besoin absolu et cependant, il m’est impossible d’écrire si je n’ai pas le bon papier, le bon stylo, le bon moment, le bon état d’esprit, le bon environnement, la bonne digestion et j’en passe.
C’est un véritable déchirement.
Et lorsque toutes ces conditions sont réunies, il me manque encore « l’essentielle » : l’inspiration.
Actuellement, je ne peux la trouver qu’au fonds de la forêt du Massacre, auprès d’un troll dangereux et abjecte, un mufle qui se fait appeler Théo, et dont la fourberie n’a d’égale que son hypocrisie.
Je dois franchir un raidillon couvert de ronces enchevêtrées et lorsque je m’approche de cette clairière où il a pour habitude de festoyer avec ses amis de vulgarité, j’entends l’écho de leurs cris inhumains et sens déjà leur odeur poisseuse. Cette populace servile, dans son admiration craintive, est éblouie par ce troll comme les papillons de nuit autour de la lampe.
Vous commencez à percevoir les difficultés que je rencontre pour respecter les consignes d'écriture et coucher sur le papier mes élucubrations. Je ne doute pas que vous les lirez à présent d’un autre œil.
Mais je ne vous laisserai pas vous immoler davantage au feu de cette question qui vous consume depuis le début de mon récit : comment l’inspiration arrive-t-elle ?
Et bien, pendant les ripailles.
Certes, la nourriture est infecte et les convives résignés essaient diverses combinaisons pour l'avaler le plus rapidement possible afin de satisfaire leur estomac sans offenser trop longtemps leur palais.
Certes, toute cette racaille, issue vraisemblablement des banlieues forestières, a remplacé dans les méandres boursouflés de son cerveau le bon sens et la morale par un gargouillis saumâtre et subjectif qui évolue selon les fluctuations de la température extérieure et leurs doses de produits illicites.
Certes, il y a dans l'odeur ambiante, quelque chose qui rappelle une tannerie dans laquelle des producteurs de fromages corses auraient déféqué sur des carcasses putréfiées après avoir mangé des aliments corrompus.
Certes, certes, certes…
Une seule compensation à cette cataracte d'horreurs. Théo, auquel j’ai glissé un billet sur lequel est inscrit le dernier thème d'écriture des Impromptus Littéraires, s’agite à l’autre bout de la table…
Et sa bouche, largement fendue dans la masse électrifiée de son visage antipathique au dernier degré, mâche et parle à la fois, si bien qu'elle semble un appareil perfectionné pour transformer cette nourriture abjecte en considérations sur l’actualité, la politique, le sexe et le thème dont il vient de prendre connaissance.
Alors, je griffonne fébrilement sur mon bout de papier. Je note, je note et je note encore pour rendre ma copie dans les délais impartis, mais c’est dur, très dur, et ce n'est plus de mon âge.
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mardi 3 février 2015
mardi 27 janvier 2015
jeudi 8 janvier 2015
mercredi 26 novembre 2014
Oncle Dan - 18h45
La belle inconnue
Elle prenait comme moi le 18H45. Personnellement, j'aurais pu prendre également celui de 17H12 ou, lorsque j'étais retenu au bureau pour une raison quelconque, celui de 19H24. Cela m'était déjà arrivé. Mais depuis le jour où je l'avais aperçue pour la première fois, aucune catastrophe ne m'aurait empêché de prendre le 18H45.Elle était d’une beauté surhumaine et je suis effrayé de mon insuffisance à vous en décrire la sublimité.
Elle prenait comme moi le 18H45. Personnellement, j'aurais pu prendre également celui de 17H12 ou, lorsque j'étais retenu au bureau pour une raison quelconque, celui de 19H24. Cela m'était déjà arrivé. Mais depuis le jour où je l'avais aperçue pour la première fois, aucune catastrophe ne m'aurait empêché de prendre le 18H45.Elle était d’une beauté surhumaine et je suis effrayé de mon insuffisance à vous en décrire la sublimité.
Le torrent sombre de ses cheveux magnifiait un visage à arrêter
les pendules et jamais les vibrations d’une rame de train ne firent trembler
ses luminaires au fond de prunelles plus pures. Elle était fine, svelte, avec
des rondeurs d’une volupté presque immorale qu'elle cherchait à dissimuler par
pudeur sous une robe longue. Elle était discrète et silencieuse. Délicate et secrète. Un jour sombre et funeste. Ah, que je maudis ce jour-là !
Alors que J’essayais vainement de m’extraire de l’abîme de son décolleté, un individu
extraordinairement quelconque assis en face d’elle, entama un cortège de
banalités propre à assommer d’un coup un essaim d’éléphanteaux. La jeune fille à l’indicible beauté l’interrompit par un
péremptoire : Ne perdez pas votre temps, monsieur, je suis sourde et
muette.L’individu formidablement quelconque se mit alors à ouvrir
et fermer la bouche en silence, comme un poisson rouge tombé du bocal.
Quant à moi, je battis le record du saut en hauteur, départ
assis. Il me paraissait impossible d’avoir entendu ce que j’avais entendu.
La jeune fille, plus angélique qu’un ange et plus gracieuse
qu’une déesse, se tourna vers moi et me confia : Je lis sur les lèvres et
je suis ventriloque.
Pourtant, remarqua l’individu horriblement quelconque et
vulgaire, vos lèvres bougent !
Pure coquetterie, précisa-t-elle en se levant car le train
arrivait en gare. Elle saisit son énorme sac à main et quitta notre wagon.
Je ne l'ai jamais revue.
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