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mercredi 12 juin 2019

Maryline18 - 14 ans et demi

Le baiser apéritif

...Le plus beau des baisers n'était pas celui de mes quatorze ans et demi, et pourtant, il avait troublé tout mon petit être, tout juste sorti de l’œuf.
...Le plus beau des baisers n'était pas celui à moitié volé et si mal donné, ce grand soir où j'avais maladroitement décidé de jouer dans la cour des grands, non...
...Le plus beau des baisers n'était pas non plus cet autre, parmi d'autres payés cash, sans m'être assurée qu'il leur restait de la monnaie à me rendre, non ...
Le plus beau des baisers est celui que je t'ai préparé et qui effacera tous les autres...Ceux des rêves avortés, des illusions bafouées, des soirées perdues, des années traînées...
Ce baiser ne ressemble à aucun autre et ne supporterait aucune comparaison. Il n'est pas une reproduction, une imitation, ni une malfaçon. Il ne fait pas non plus l'objet d'un caprice, qui perdrait tout son intérêt tout juste après avoir existé, non...
Ce baiser aura toute la douceur que j'ai gardée précieusement pour ton coeur. Il aura la couleur de ta solitude, la beauté de nos incertitudes et l'éclat de notre abandon. Je le rêve si fort...tu sais ! Il nous surprendra, nous envolera, nous délivrera de cette imposture qu'est cette vie sans amour.
Il aura sans doute aussi, le goût salé de mes larmes pour l'éternité...

mardi 4 juin 2019

Maryline 18 - C'était donc 8h du matin

Coquelicots, campanules, etc.

C'était donc huit heures du matin, au début du mois de juin. Sur le chemin des collines, sous le soleil encore timide, les coquelicots s'éveillaient, déployaient leurs pétales flamboyants. En jupettes pourpre, sur leurs longues tiges, fièrement dressés, ils s'étiraient et se balançaient, caressés par un vent léger.
Rosaline, s'était levé tôt pour aller remplir ses panier d'osier. Ce matin, le bleu du ciel semblait s'être échoué à ses pieds. Quelle merveille, ce tapis de campanules, comme tombées de l'azur en centaines d'étoiles bleuies ! Elle y cueillait les fleurs avec précaution. Elle y ajouterait de belles tiges de lavande et quelques beaux cornets de gentiane ondulés.
La rosée s'était déjà évaporée, la journée s'annonçait chaude. Avant de garnir son deuxième panier, celui réservé aux herbes médicinales et aux baies, elle s'offrit une pause. Assise au milieu des oeillets et de l'ail sauvage, elle mordit dans son pain garni d'un fromage de chèvre fondant. Un curieux papillon s'approcha alors et s'éleva aussitôt. Il tournoyait au dessus de sa tête. Ses ailes noires intriguèrent la jeune femme. Voulait-il lui faire découvrir d'autres senteurs ? Il partit et revint près d'elle, comme pour l'inviter à une promenade impromptu.
Aussitôt rassasiée, elle le suivit, insouciante, mais il s'arrêta brusquement devant la grotte, celle où résidait Madame Nezcrochu, la sorcière aux maléfices tant redoutés depuis des lustres. Une forme presque inhumaine, puante et récitant des litanies incompréhensibles, à chaque rencontre fortuite.
Rosaline recula d'un pas, tituba et se cogna sur la sorcière qui ricana en constatant sa peur. Son front ruisselait et son coeur battait à lui rompre la poitrine. Elle crut un instant s'évanouir.
-Que lui voulait-elle ?
L'oeil malicieux et perçant, la sorcière s'approcha. Rosaline sentit l'odeur forte de son haleine écoeurante. Elle ferma les yeux de peur de croiser son regard noir.
-Bonjour ma belle, je t'attendais ! Hi, Hi, Hi...!
Sa voix rocailleuse glaça instantanément son sang. Son rire rebondit en échos sur les flancs des collines alentour. Elle en fut comme paralysée, de longues minutes.
-J'ai une bonne nouvelle pour toi ma belle...Un oiseau de toute beauté se posera sur ton panier et picorera ta plus belle fraise !  Son chant t'ensorcellera, Hi, Hi, Hi...! Grace à lui, tu seras riche !
Etonnée par la teneur de la prédiction qui semblait être plutôt de bon augure, Rosaline retrouva la force de déguerpir. Elle laissa tomber de nombreuses fleurs dans sa fuite. Il lui fallait maintenant, en cueillir d'autres pour confectionner les bouquets qu'elle vendrait bientôt au marché. Retrouvant peu-à-peu son calme, elle pensa à ramasser de la joubarde pour se protéger des maléfices que Nezcrochu aurait put chuchoter dans son dos.
Des fraises, la sorcière avait bien parlé de fraises...Il lui fallait en trouver de toute urgence ! Rien de plus facile, elle connaissait les coins aux framboises et aux baies de genévriers, elle trouverait bien quelques fraisiers sauvages ! Il lui fallait aussi du plantain, pour ses graines recherchées et ses feuilles au subtil goût de champignon, et aussi du raifort, de la menthe, de la citronnelle, quelques orties et des fleurs de camomille.
Elle se sentait dans son élément, tout occupée à sa cueillette.
Les fraises étaient succulentes...Mais comment reconnaîtrait-elle l'oiseau fabuleux, celui qui la rendrait riche ? Un oiseau ne possédait aucune fortune, si ce n'est celle, évidente, de la liberté ! Voulait-elle parler d'une autre forme de richesse ?  Une belle énergie guidait ses gestes et accompagnait ses réflexions.
De retour au village, alors qu'elle disposait ses compositions florales et ses herbes aromatiques sur un tapis de fougères séchées, elle leva plus d'une fois le nez en l'air pour surveiller l'arrivée, à tire-d'aile, d'un mystérieux oiseau. Elle l'imaginait assez grand, avec des plumes multicolores et une certaine élégance en vol. Sur une belle assiette, elle déposa l'offrande rouge et sucrée.
Pendant toute la saison des fraises, elle recommença. Puis vint celle des cerises et puis celle des mirabelles. A chaque fois elle disposait les plus beaux fruits dans l'assiette. Toutes sortes d'oiseaux arrivaient pour s'en régaler, en échange de remerciements sifflotées. Ainsi atterrissaient sur le tapis de fougères : perdrix, pic verts, mésanges, tourterelles, pies bavardes...  
Elle ne prit conscience, que des semaines plus tard, de la nature de cette nouvelle richesse. Chaque jour, elle espérait cet oiseau merveilleux. Chaque matin elle se levait, le coeur en fête, et mettait tout son amour à choisir les plus beaux fruits, en pensant à cette rencontre.
Cette vieille et laide sorcière avait allumé en elle l'étincelle de l'espoir.
Tous les oiseaux, aussi communs soient-ils étaient devenus ses amis, elle n'était plus seule à présent...Ils l'accompagnaient maintenant dans les forêts, à la recherche de champignons et de noisettes.
En secret, elle continuait à regarder quand même le ciel...

mardi 28 mai 2019

Maryline18 - Partir sur l'instant


Sauve qui peut !

Les astres ne me promettaient pas une journée épanouissante, mais cela ne m'inquiétait pas réellement . Tout en buvant un café, j'écoutais mon horoscope, plus, pour m'en amuser qu'autre chose.

Pourtant, ce matin, le désordre sidéral qui semblait désorganiser les nuages autant que les étoiles, traverser les mers, jaillir des profondeurs pour, dans un élan presque extraordinaire, toucher le ciel, me parut plus glaçant qu'un simple courant d'air.

La météo joue, aussi, paraît-il, un rôle important dans les décisions spontanées.

Je crois que l'impulsion du "sauve qui peut", m'est venue quand je l'entendis décrire la naïade dont il venait de rêver, à son collègue Jérôme, au téléphone.

- Elle était si belle, grande et blonde aux yeux bleus...avec des jolies lèvres pincées...et sa voix si...cristalline ! T'imagines, Jérôme, bosser avec une sirène avec de longues jambes en guise de queue de poisson, une bombe en attente de nos compliments, avenante avec chacun de nous !?

- Et patati et patata...
 
Je n'ai pas écouté la suite de son monologue de pauvre exalté. J'ai passer mes doigts dans ma tignasse châtain frisée, enfilé un vieux jean et protégé mes lèvres pulpeuses d'un baume au goût de framboise. Je l'ai regardé une toute dernière fois, du haut de mon p'tit mètre soixante. Il me faisait presque pitié : la cinquantaine, mal rasé, jouant au possédé du démon de midi...(ou de minuit), peu importe ! Je ne lui ai pas laissé la chance de croiser une dernière fois mon regard.

Mes beaux yeux bruns en amandes, m'ouvraient le chemin vers un monde bouillonnant, où j'avais tant à découvrir encore. J'ai entendu la porte claquer derrière moi. Mon cœur battait si fort... J'ai pris une grande respiration. L'air était frais et sentait bon. J'étais de nouveau libre, libre et...belle, loin de ses critères de beauté réducteurs, alimentant ses fantasmes.

mardi 14 mai 2019

Maryline18 - Flânerie

Le moulin sans elle


Le moulin sans ailes, n'entend plus le vent,
Ni la ritournelle, des amours d'antan.
Il se meurt pareil, à un goéland
De papier, ficelle, un jouet d'enfant.

Sur ses murs dressés, des espoirs blessés,
Des larmes de sang, d'oiseaux égarés.
Sans ses bras manquant, des promesses tombées,
Là bas, parsemées, remplaçant les blés.

Le moulin sans elle, est une aberration
Une ruche sans miel, une contre- façon...
Sa fièvre éternelle, lui donne des frissons,
Et brûle en ses meules, bercé d'illusions...

Sur sa terre aride rien ne germera... (plus)
A part des orties où dorment les rats.
Nul épi de blé, si beau si doré,
en lui n'explosera, comme par le passé.

lundi 22 avril 2019

Maryline18 - La dernière séance

La fin sera belle… 

Dans les centres villes désertés, de nombreux cinémas ont fermé leur rideau de fer. Nous avons le droit maintenant au "grandiose", aux salles si grandes qu'à peine nous y pénétrons, nous sombrons dans l'anonymat le plus absolu.
Pourtant, partout autour de nous, au delà de nos regards absents, détournés ou gênés, les histoires continuent. Oh, les mises en scènes ont perdu de leur merveilleux mais si vous tendez l'oreille, les dialogues ont gagné en sincérité. J'aime ces ambiances feutrées, riches d'essentiel.
Derrière des rideaux entrebâillés qui laissent entrer une lumière amie, au milieu de décors personnalisés, des acteurs fatigués d'avoir trop tourné se racontent, soutenus par des coussins brodés. Les effets spéciaux ne sont pas nécessaires pour captiver mon intérêt. Ce qu'ils ont à me raconter est si beau, si émouvant, si vrai.
- A quel style appartiennent ces films ?
Mais, à tous les styles réunis : les intrigues, si bien tissées me surprennent, les passages tendres, si imagés trônent sur des bahuts en chêne...Le jeu des acteurs n'en est plus un, ils sont merveilleux d'authenticité. Le paraître n'a plus la cote, le temps est compté alors il ne faut plus le perdre en futilité. Oui, le temps qu'il reste devient si précieux... , autant que les confidences et que la confiance que m'offrent ces acteurs délaissés, passés de mode.
Oh, bien sûr que je connais la fin de chacune de ces histoires, hélas, et vous aussi, mais leur ajouterons-nous la musique réconfortante de notre voix ou alors l'odeur suave d'un muguet fraîchement cueilli, ou juste la chaleur d'une main serrée ? Quel vision de notre monde auront les jeunes générations si nous négligeons les décors et les scripts de ses "fin d'histoires"...
La vie ne peut-elle être belle jusqu'à la fin ? Une utopie, vous empresserez-vous peut-être d'ajouter...Et bien, certes, laissez moi travailler à rendre cette illusion envisageable ou je perdrai la motivation qui me fait me lever chaque jour.
Tant que les trois lettres du mot fin ne s'afficheront pas sur l'écran de ma vie j'en écrirai l'histoire. Vous qui avez déjà quitté la salle, par ennui peut-être, et bien vous allez manquer la fin et c'est tellement dommage...
La vie est ainsi faite, alors qu'on la voyait, ( plus résigné que satisfait, on peut se l'avouer, on est entre nous...), coulant paisiblement sous le pont des années, un vent nouveau peut venir tout changer.
Le ciel alors se teinte de bleu, d'un bleu si troublant que mon coeur s'émeut. La fin sera belle...

lundi 15 avril 2019

Maryline18 - Pas de brouillon


En bateau…

La vie s'écrit, se lit, se joue, se vit en direct et c'est tant pis s'il y a des dérapages, des ratures, des parenthèses et des points de suspension...Les pages blanches ne demandent qu'à être noircies : d'erreurs, de surprises, de cris d'exclamations et de points d'interrogation. Alors soyons spontanés, imprévisibles, aventuriers, comme les héros d'un feuilleton chaque jour improvisé. Laissez-moi vous emmener...Fermez les yeux, imaginez...Laissez-moi vous raconter, une fois encore sans avoir fait de brouillon, une belle histoire...

...Ce n'était peut-être qu'un mauvais rêve, après tout, oui, cela ne pouvait-être que cela...Ce contraste de la lune si ronde, si belle, arrosant de ses rayons si lumineux cette eau profonde, menaçante, insondable, en continuels mouvements.

Les flots, si calme à notre départ, cognaient maintenant, méchamment sur l'étrave de l'embarcation. Telle une coquille de noix, bousculée par une mer d'encre, le voilier semblait si vulnérable, seul à lutter contre tous, contre tous les éléments déchaînés. << Combien de temps tiendrons-nous ?>>

Epuisée, pour me tenir éveillée, accrochée au gréement, instable, de ce bateau à la dérive, j'énumère les points positifs de la situation. Je me félicite, une fois encore, de garder la tête froide.

-Premièrement, ta blessure semble superficielle bien qu'elle ait beaucoup saignée.

-Deuxièmement, la trousse de secours contient tout ce dont j'ai besoin, dès que tu reprendras connaissance, je changerai ton pansement improvisé à l'arcade gauche.

-Troisièmement, on a emporté de quoi tenir plusieurs jours, il suffira de rejoindre la cabine pour manger un morceau et reprendre des forces. tout ira mieux ensuite. On s'en sortira...tu verras...

Je sais, c'est moi qui ai eut l'idée de cette balade en mer. je voulais de l'inédit, du merveilleux, rien que pour nous deux...Se contenter de marcher sur la plage, cela aurait été bien trop banal. Je ne voulais pas du déjà fait, du déjà vu. Je voulais lire l'admiration dans ton regard, l'émerveillement. J'espèrais que tu me trouves des qualités d'aventurière, je voulais t'éblouir...C'était idiot, peut-être...Je le sais maintenant, mais...on s'en sortira...tu verras...

Je te protège de mon ciré, Je cale ta tête sur mes genoux, je prends ton pouls. Les battements de ton coeur me rassurent, ça c'est le quatrième point positif ! Je te réchauffe les mains, le visage, du peu de chaleur qu'il me reste. Tu vas revenir à toi et tu m'offriras ton plus beau sourire. Tu cacheras ta peur et inventeras des solutions, comme toujours... Tu m'expliqueras comment tenir la barre, consolider le mât, préserver les voiles...Mais aussi comment positionner la quille, l'espars, la bôme, ou encore, comment enrouler les cordages...Tu seras mon Capitaine, je serai ton moussaillon...Et puis, fiers de nous, de notre force, de notre connivence, quand on rentrera on invitera nos amis et on revivra toute l'histoire en exagérant notre courage et en minimisant nos peurs. On leur donnera des conseils, au cas où...On s'en sortira,tu verras...

Le ciel semble moins menaçant. Crois-moi, la tempête va s'essouffler, arrêter de s'acharner sur nous, comme un chien enragé qui ne voudrait pas lâcher prise. J'ai dû me briser la cheville en tombant, j'ai mal. Je m'agrippe, tente de me redresser, en vain. Une terrible douleur m'assaille, je feins de l'ignorer mais elle m'assène un grand coup sur toute la jambe. Impossible de me relever, j'ai des suées, chaudes puis froides, qui me courent sur tous le corps. Ma vue se brouille, mes oreilles sifflent, je suis si faible sans ta force...<< Qu'est-ce qu'on va devenir ? >>

<<On s'en sortira...!>>

Est-ce bien toi qui viens de prononcer ses mots ? je me retourne, tu ouvres les yeux ! Je me blottis sur ton torse, tu m'enserres doucement dans tes bras, je laisse couler mes larmes. Je me leste de mes doutes et de mes craintes. J'attends que tu m'expliques, tu sais toujours ce qu'il faut faire...Je réalise combien je t'aime à cette instant précis, combien j'ai besoin de toi, combien je te fais confiance...

Je voulais te soigner mais les rôles s'inversent. Tu retrouves les forces nécessaires, celles que tu avais mises de côté pour cette nuit, justement...Tu me soulève et me portes jusqu'au lit minuscule de la cabine. Tu caresses ma joue, me dis de ne pas m'inquiéter, que tout ira bien, que les secours vont arriver et qu'on ira finir la nuit dans un quatres étoiles !

On commandera des croissants pour le petit déjeuner et un jus d'oranges pressées, sans oublier le café, de l'arabica de tout premier choix, s'il vous plait !

Alors que te moques gentiment de mes exigences, et comme par miracle, j'entends un moteur et des hommes qui braillent : <<Ho...hé... !>>

-<<On est sauvés, tu vois, on a eu raison d'y croire...Après la tempête revient toujours le beau temps !>>

Tu veux toujours avoir le dernier mot mais cette fois ça me fais rire et j'en oublie la douleur ! Les sauveteurs des mers s'étonnent de notre sang froid. Enroulés dans deux grosses couvertures on sirote un thé. Décidément, rien ne se passe jamais comme prévu...Tu me fais un clin- d'oeil et je t'entends leur demander : <<Vous n'avez pas d'oranges pressées ? >>

vendredi 12 avril 2019

Maryline18 - Curieux évènements

L'oiseau au plumes pailletées d'or...

 Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique, se sont produits en 1970, à Bagnoles-de -L'Orne, dans le Sud de la Normandie.

Afin de se faire connaître, des peintres de la région, aussi talentueux que méconnus, exposaient leurs toiles, cette année là, dans les locaux jouxtant les thermes de la station, en pleine essor.

Comme on le sait tous, la curiosité peu jouer de drôle de tours, mais, pouvait-elle, au balbutiement de son exploration secrète, le deviner...Elle voulait juste approcher l'artiste, comprendre ses motivations, s'abreuver à la source claire de sa sensibilité ainsi offerte. chacun de ses coups de pinceau, devenait une information précieuse. Elle n'existait, à cet instant précis, que pour le comprendre et l'accompagner dans sa quête de couleurs et de lumière. Mais, aussi passionnée qu'imprudente, elle sombra dans l'abîme de ses questionnements, submergée par ses émotions les plus pures, emportée par ses élans les plus forts et les plus sincères...

... Pourtant, tout se déroulait comme prévu. le personnel, sur son trente-et-un, apportait aux visiteurs, cocktails et toasts. Ces derniers s'extasiaient comme il convenait avec des grands "oh"! Des dames, en tailleurs élégants et chapeaux de paille, maquillées avec soins pour l'occasion, parlaient fort pour s'attirer les regards des néophytes subjugués.

Cependant, le lendemain, Cathy, manquait à l'appel. Après deux jours de recherches, une enquête policière fut ouverte. Cours d'eau et étangs, furent sondés, sans résultat. Elle ne pouvait pas s'être volatilisée, tout de même ! Si douce et patiente, si appréciée des curistes, sa disparition inquiétait et laissait un vide douloureux. Le dernier témoignage indiquait qu'elle avait été vue en train d'admirer longuement un tableau représentant un voilier.

Des tableaux de voilier, ce n'était pas ce qui manquait... Jusque là, aucun fait ne permettait d'orienter les enquêteurs. Pourtant, un acheteur se manifesta au bout de deux semaines. Il déclara que son tableau présentait des imperfections qu'il n'avait pas remarquées le jour du vernissage : Le ciel alors tout éclairé d'un soleil flamboyant, s'assombrissait et au comble de sa déception, un curieux brouillard se répandait sur la toile.

Celle-ci fut mise sous surveillance afin d'en élucider le mystère. Rien de probant ne ressortit de toutes les expertises menées. Bien vite, à défaut de preuves rassurantes, une rumeur prit les chemins de la ville et parcourra les plaines alentours.

...On raconta que Cathy, aimantée par la beauté du tableau, se serait approchée plus près, beaucoup trop près, si près qu'elle serait tombée à l'eau ! Un radiesthésiste aurait même affirmé, après avoir promener son pendule de long en large sur la toile, qu'elle était bien là et qu'elle nageait depuis des jours ...

La nuit, des appels à l'aide remplissaient la pièce où le tableau était entreposé. On raconta aussi qu'elle tentait, depuis son immersion dans les eaux sombres, d'atteindre le voilier où elle avait aperçu un plaisancier. Nageait-elle à contre courant...? La distance qui les séparait s'avèrerait-elle être un obstacle à leur rencontre ou alors, la force des éléments ainsi que la magie des sentiments, joueraient-elles en leur faveur ? Autant de questions restaient sans réponse tandis qu'elle se débattait en retrouvant, au fin fond d'elle même des forces insoupçonnées. Malmenée par les flots, elle tentait de garder la tête hors de l'eau. Il était, à priori, la seule personne pouvant la secourir.

Alors que le peintre s'était infiltré, une nuit, en catimini près de la toile, il entendit les appels de la jeune femme épuisée, entrecoupés de sanglots et eut une idée : Il se saisit de sa palette de couleur et dessina un superbe oiseau aux plumes pailletés d'or.

Le lendemain, il revint et dut se pincer pour être sûr de ne pas rêver. L'oiseau avait repêché Cathy et l'avait déposée sur le voilier. Le brouillard s'était dissipé et le bateau voguait paisiblement sous un beau soleil. L'oiseau reprenait son envol ! Les appels nocturnes cessèrent aussitôt. Le peintre eut l'autorisation de reprendre le tableau que des centaines de curistes voulaient voir à chaque belle saison, intrigués par l'histoire romanesque, mais il veillait que nul ne dérangea la quiétude de ses protégés. Il rajoutait un peu de bleu ici ou là dans le ciel, soufflait sur les voiles les jours sans vent et rêvait de partir, lui aussi, un jour, dans l'un de ses merveilleux paysages...