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lundi 8 janvier 2018

Feldspath - 13 desserts

Dans cette maison perdue au milieu des champs, j'étais persuadée que mon « Bonne année ! » serait prophétique, persuadée qu'avec tout le cœur que j'y avais mis, l'année dans laquelle nous venions de basculer ne pourrait être que bonheur. Bref, j'avais bu. Mais pas seulement, les vapeurs de l'amitié et la fièvre de mes 18 ans à venir me tournaient la tête, et c'était bien.
Quelques jours plus tard, nous partions pour Londres. J'ai aimé cette ville, entièrement. J'ai aimé ses monuments, j'ai aimé sa Tamise, ses pubs, ses quartiers tous si différents, sa reine, ses photos de sa reine, ses tasses avec sa reine, ses musées gigantesques et ennuyeux, ses fish and chips, ses lumières, son rythme, sa vie. Et puis, au milieu du séjour, ça m'a... Je ne sais même pas vraiment pourquoi, parce que, comme j'allais l'écrire sur les nombreux carnets que je remplirais à partir de cette date, c'était déjà arrivé par le passé, ça arrivait tous les jours un peu partout dans le monde. Mais puisque, apparemment, ça n'avait pas choqué que moi, il devait y avoir quelque chose. Il devait vraiment s'être passé quelque chose d'anormal. Des gens avaient été tués. C'était tout. Je ne les connaissais pas.
Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que, d'après les informations déformées et différées qui nous parvenaient, les balles avaient dû éteindre leurs consciences alors que nous visitions les cachots de la tour de Londres, satisfaisant notre curiosité morbide pour la diversité des instruments de torture ayant existé. Et puis l'éloignement, sur une place les fleurs et les crayons spontanément déposés autour d'une petite tour Eiffel, la visite de la ville qui se poursuivait, la suite des événements appris par sms, la minute de silence dans le hall d'un musée.
Le séjour s'est terminé, nous sommes rentrés. Et, encore fatiguée d'une nuit dans un bus agité, j'ai enchaîné, dans ma petite ville, sur une marche comme il y en a eu un peu partout. J'avais rarement vu autant de gens dans ma ville.
Janvier est passé, février est arrivé, avec son Bac blanc. Mon année de terminale s'est vite terminée, j'ai pleuré la fin du lycée, et entre oraux louant la liberté et le droit de créer, entre permis et mention, j'ai quitté ma folle meilleure année.
Premier travail d'été et plongeon sans retour dans les études supérieures ; en novembre j'avais presque oublié, qu'on pouvait mourir pour la musique qu'on aimait, ou pour un simple verre de plus à la sortie d'un café.
Si à 17 ans j'ai appris qu'on risquait d'être tué pour son engagement et ses idées, à 18 j'ai compris que son simple plaisir pouvait signifier la fin des idées, mais ce au milieu de ma plus belle année. Alors le 31 décembre 2015, comme tous ceux qui ont suivi, j'ai souhaité avec conviction, une « Bonne année ! »