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dimanche 22 novembre 2015

Blj73 - Comment ne penser à rien ? (suite)

Comment ?
Comment ne pas penser ?

Se poser
S´allonger
Respirer

Se poser
S´allonger
Écouter

Se connecter

Bruits
Corps
Son
Porter...
Porter son attention

Ralentir
Ressentir

Intérieur
Extérieur
Odeurs
Saveurs

Toucher...
Goûter

Communier

Emotions
Sensations
Juste...

Juste laisser

Apprécier...

Laisser...
Laisser s´écouler

L'instant...
L'instant...

L´instantané.

vendredi 20 novembre 2015

Bricabrac - Comment ne penser à rien ? (suite)

Ne penser à rien,
Oui mais comment ?
Ma tête est vide
Je n'ai pas d'id
Ée

Ne penser à rien,
Oui mais comment ?
J'ai ma kalach
Qui de guerre lasse
Et de guerre lâche
Ment

Ne penser à rien,
Oui mais comment ?
Car tout s'est tu
Lorsque j'ai tu
É

Lorsque je tu
Hais
Je ne pensais à
Rien
Oui mais pourquoi ?

Ne penser à rien,
Oui mais comment ?
Ma tête est vide
Je n'ai plus d'id
Ée

L'Arpenteur d'étoiles - Comment ne penser à rien ? (suite)

C’est tard le soir, une rue sombre
La pluie noire dessine les barreaux
D’une prison …
Des ombres, des ombres.

Je m’en vais seule,
Sur des trottoirs mouillés
La ville me jette à la gueule
Ses néons crus, aux flaques mêlés.

Il y a longtemps on se croisait
Insouciants et volages,
Sous le soleil du mois de mai,
Comme deux oiseaux quittant leur cage.
On s’est aimé à la folie
Avec passion, avec rage,
On s’est aimé à la folie
Sans le souci des ciels d’orage.

Et puis hier des hommes en noir
Venus d'ailleurs ou de l'enfer
Ont surgi armes aux poings
Le temps s'est suspendu
Pour que la mort
Tue la vie.
Ils ont jeté le voile
Sur notre histoire

Tout doucement, baignée de larmes,
J'ai dû refermer nos valises.
Tu es désormais un ange
Perdu dans la nuit grise.
Et me voilà au bord du fleuve
La pluie est froide comme un tombeau.
Dessous, les eaux qui tourbillonnent
Murmurent ces derniers mots :

Adieu, mon ange, adieu mon héros,
Adieu mon amour, adieu ma vie
Le fanatisme a refermé les pages
De nos deux vies liées ...
Dommage

Et le mur et le vertige
Et le silence et le vide
Dans mon cœur
Dans mon âme

Comment ne pas penser
A la musique de ta voix
A la lumière de ton regard
Au parfum de ton corps
Aux éclats de ton rire
Qui demeureront
Toujours, toujours, toujours ...

Gene M - Comment ne penser à rien ? (suite)


Ne penser à rien pour ne pas avoir mal
Ne penser à rien pour ne pas avoir peur
Impossible
Une minute de silence
Des heures et des jours dans les pleurs
Des mois et des années dans la peine
Et le reste de la vie à s'interroger : Pourquoi ?

jeudi 19 novembre 2015

Jérôme - Comment ne penser à rien ? (suite)

Lapins lunaires

« Excusez-moi, le garçon range la terrasse, je peux partager votre table ?
J’acquiesce, le nez sur la page blanche de mon carnet.
– Pas facile de s’abstraire du monde, hein? Faudrait pouvoir penser à rien. Vous me direz, pas facile de penser à rien. Sûr. Faudrait prendre de la hauteur. »
Décidément, ça m’apprendra à essayer d’écrire au bistrot, la nuit.
Le gars continue :
« Pas facile de prendre de la hauteur. Pourtant, il y a forcément un moyen. Pas un avion, ni un hélicoptère, hein. Un truc rien qu’à soi. Moi, par exemple, là, j’ai les semelles bien à plat sur l’asphalte du trottoir. Mais attention, ça frémit en-dedans, sous la plante des pieds. Quand on y pense, il suffit d’une pression du pied, d’un mouvement de la cheville, d’un coup de talon, d’une poussée des mollets, et hop, on saute. Vers le haut, bien sûr. »
Bien sûr. Pour ajouter à mon désarroi, le garçon rabat vers nous deux noctambules qui soliloquent ensemble sur la raréfaction du lapin sauvage ou d’élevage. Je gribouille consciencieusement pour me remparer de leurs élucubrations conjointes. Mon compagnon de table, que la qualité de mon silence n’impressionne pas, reprend de plus belle :
« Chacun selon ses moyens, hop ! un bond de la hauteur d’une marche, d’un tabouret, d’un escabeau – du tranchant de la main, il échelonne les niveaux présumés. Jusque-là, c’est rien du tout. Mais arrivé en haut de ce saut, au moment de redescendre, faudrait pas abdiquer, tâcher moyen de dire zut à la pesanteur, et hop, prendre l’envolée d’un voyage vertical. Rêve de poète ? Je ne crois pas : qui, de sa vie n’a pas envie de contredire, rien qu’un instant, ce destin pesant, cette tyrannie imbécile ? »
Comme je ne réponds toujours rien, il se tourne vers les amateurs de lagomorphe et continue à leur intention :
« Alors sauter. Hop. Bondir. Comme un lapin, tiens. Et puis ne plus redescendre, monter encore, dépasser le rebord de la table – la main s’élève à mesure -, dépasser la façade, franchir la cime des arbres, laisser loin les toits, abandonner au sol les montagnes, lâcher les plus hauts oiseaux, se hisser aux nuages, en cavale entre les cumulonimbus et les cirrus. Et là, avec les quatre horizons pour soi tout seul, voir de tout en haut, toute petite, si petite, la terre comme une belle balle ronde.
Et, une fois hissé là-haut par les chaudes ascendances, sentir filer le souffle doux du vent sur la peau, attendre le friselis des bourrasques, bercé dans la longue houle des alizées.
C’est pas tentant ? Surtout, ne plus respirer la poussière rechapée des villes, ni la poudre des chemins. Ne plus subir la bousculade des rues ; ne plus rien savoir des claquements des portes qui se ferment ; ne plus entendre les rantanplans des Va-t’en-guerre. Faire son nid au dos des nuages, et, la nuit, voisiner les étoiles. »
Puis il fixe le ciel noir au dessus de nos tête, et, d’une voix lasse :
« Hein, ascensionner l’azur, même d’ébène, ça serait pas beau ? C’est si déraisonnable ? Bien sûr, faudrait un bon coup de talon et puis de la volonté. Le coup de talon, ça se travaille, mais la volonté…
Encore une pause. Du doigt, il montre la lune.
– Pourtant, c’est pas possible que ça soit impossible d’aller là haut. D’ailleurs, la raréfaction des lapins dont vous causiez, faut peut-être pas chercher plus loin. Réfléchissez : renard, civet, fourrure, myxomatose, feutrine, chasseur, ils ne manquent pas de raisons de fuguer, et d’une. Et de deux, ils ont les jarrets qu’il faut pour sauter. Et de trois, qu’est-ce qui nous dit qu’ils n’ont pas la volonté ? Ricanez donc pas, si on y songe bien, qu’est-ce qui ressemble plus à un terrier de lapin que les soient-disant cratères lunaires ? Si ça se trouve, ils sont déjà nombreux là-haut…
Vexés, les voisins rétorquent :
– Le jarret ça se discute, mais pourquoi nous on aurait moins de volonté qu’un lapereau ?
– Hein ? – Chiche ? – Alors ? Hop ? »
Les mots se perdent dans le bruit de chaises remuées qui m’arrache au vide de mes pensées. Ouf, voilà qu’ils s’en vont enfin. Je redresse la tête pour saluer, poli quand même, mais la terrasse est vide et la rue silencieuse. Même pas l’écho d’un bruit de pas. De surprise, je manque lever les yeux au ciel.
Mais je n’ose pas regarder en l’air.

mardi 17 novembre 2015

JCP - Comment ne penser à rien ? (suite)

L'art du Rien
ou : Des difficultés du non-penser dans le rien-faire

De plume ou bien d'archet, de pinceau, de burin,
Admirables soient-ils, ces arts là ne sont rien
Auprès des vacuités de cet art salutaire -
Hélas bien mal aimé - : celui de ne rien faire.

Banni d'Occitanie, risée des Amériques,
Cet art des plus abstraits, où rien ne se pratique,
Exige un esprit fort et des talents certains ;
Et qui veut s'y risquer doit se lever matin.

Rien faire et le bien faire se gagne à rude école,
Car sous l'acte proscrit, l'esprit qui caracole
S'en vient troubler la paix du rien faire absolu,
Qui meurt sous le boutoir des pensées superflues.

Voyez s'il est ardu le chemin du rien faire :
Qui apaise son corps croit bien y parvenir ;
Or, calmer du mental jusqu'au moindre soupir -
Faisant le vide en lui - voici la grande affaire !

On comprend là combien l'art fragile se perd ;
Qui tient son corps en paix sous un mental rétif
Est dompteur d'étalons et n'a rien d'un oisif :
Le rien faire bien fait est affaire d'expert...

Où lire JCP 

Pascal - Comment ne penser à rien ? (suite)

Les Étincelles

Simple mouton bêlant dans ce monde d’assassins, encore une fois tellement couard, je me dédouane, je me soustrais, je remets tout sur la faute des autres…

« Bientôt les attentats feront plus de morts que les accidentés de la route : où nos dirigeants placeront-ils leurs radars ?!... Pour ses seuls intérêts, ce gouvernement de Vichy a asservi les Français sous le joug de l’occupation barbare !... Avec nos impôts, les allocations familiales et toutes les aides sociales, ces terroristes tuent sans vergogne les Français qui les ont nourris !... C’est cette démocratie de poudre aux yeux, faite d’atermoiements, de consensus, de politique hasardeuse, d’intérêts financiers, d’entente illicite, d’hypocrisie et de lâcheté, qui a enfanté ce monstre de DAESH !... Où est le Bureau de Recrutement pour que je m’engage contre l’Etat Islamique et tous ses terroristes ?... »

En fin de compte, ma vie n'aura servi à rien si mes petits-enfants se font massacrer simplement parce qu'ils sont français et mes aïeux, là-haut, ils ne vont pas me recevoir avec des petits gâteaux !... Nos parents se sont battus avant notre naissance ; nous nous battrons après la naissance des nôtres. De toute façon, j’en crève de cette inertie ; j’en ai mare de cultiver mon bout de jardin, de regarder cette télé abrutissante, ces faits divers alarmants et d’attendre mon cancer comme le seul combat de ma vie. Mon père m’a laissé son fusil de chasse. Etait-ce un signe ? Quand sonnera l’heure, j’irai me mettre à la disposition de la première barricade. Cela restera un détail de l’Histoire ; ce sang versé devra être l’encre du Traité de leur Liberté…

Je suis KO debout. Des étincelles obsédantes tournent autour de ma raison sans jamais vouloir se poser un seul instant ; c’est l’âme de chacun des assassinés qui cherche le repos auprès de mes impressions hallucinées. Le silence est pesant parce que nul écho ne vient encourager mes piètres salves de propos pensants. Je pourrais m’évanouir du présent, en avalant des tonnes de tranquillisants, en débouchant quelques bonnes vieilles bouteilles de remontant, mais je veux rester lucide, garder la tête froide, agoniser vivant…

Là, pendant cette mortification cancérogène, pour tous ces martyrs, je veux trouver des issues de secours, des gilets pare-balles, des dons d’esquive, d’autres emplois du temps, des obligations contraignantes les empêchant tous d’aller se faire massacrer ! Si j’avais pu, j’aurais acheté tous les billets du Bataclan, tous les menus des restaurants des Xe et XIe arrondissements ! Je les aurais empêchés d’entrer et de consommer ! « Mais n’y allez pas, c’est un concert de musique de merde ! La bouffe, c’est que du réchauffé ! Revenez donc demain ! Je vous offrirai toutes les places ! Vous commanderez n’importe quel menu, c’est moi qui régalerai !... » J’aurais volé tous les instruments des musiciens ! J’aurais coupé le courant dans tous ces quartiers ! J’aurais demandé à Dieu un utopique cessez-le-feu ; au ciel, un orage chargé d’éclairs, de pluie et de tonnerre, à faire tomber tous les anges de leurs nuages ; à la terre, de trembler jusqu’au matin ! J’aurais peint le Sacré Chœur en bleu, la tour Eiffel en blanc et Versailles en rouge, pour offrir aux badauds nuiteux des distractions ailleurs ! J’aurais déclenché des alertes à la bombe pour que les flics bouclent tous ces putains de quartiers ! Si j’avais pu, j’aurais mis des balles à blanc dans les chargeurs des meurtriers ; comme des vulgaires pétards, les déflagrations auraient amusé les fêtards ! Au milieu des confettis multicolores, on se serait tous embrassés de saine Fraternité, comme pour fêter une nouvelle année !...
Petitement, je ressasse tous les scénarios possibles ; à cette heure de tuerie, la Sy-rie et la France pleure. Où est l’Égalité ?... Je me sens plus impuissant qu’un matador en tenue de papillote, sans un seul taureau à pourfendre, dans une arène sanguinolente…

J’ai froid, l’holocauste est glaçant ; rien ne pourrait me réchauffer ; ces morts, il me semble les avoir tous sur la conscience. Parce que, sans arrêt, je me mords les lèvres, j’ai le goût du sang dans la bouche ; c’est celui des victimes de ce désastre. Devant moi, ils défilent à la fanfare d’un tumulte ouaté. Un par un, ils lèvent la tête ; ils me toisent, ils me soupèsent, ils me mésestiment, ils me rejettent ; je les écœure… Je ne peux pas soutenir leurs regards gênants et quand un jeunot hagard insiste et me frôle le cœur, avec ses gémissements légitimes, je voudrais m’enfoncer sous la terre. Les gyrophares sont bleus, les linceuls sont blancs, la scène est rouge…

Je voudrais leur crier : « Pardonnez-moi, je n’ai pas su entretenir la France pour vous la laisser aussi « propre » que nous l’ont donné nos aïeux ! Je suis le seul responsable ! Je me suis caché au milieu du troupeau bêlant, croyant être protégé par les seules victoires des guerres d’antan ! Je ne suis qu’un vulgaire épicurien, un bon à rien ; j’ai profité de chaque instant, remettant à d’autres les futurs naufrages, fermant les yeux à tous les signaux d’alarme, bouchant les oreilles à tous les avertissements !...  Je ne disais rien, je ne pensais à rien !... » Et tel un benêt maquilleur, pour échapper encore à mes obligations, je leur montrerais ma carte d’électeur comme les seules palmes de l’héroïsme...

Je n’arrive pas à avaler ma salive ; colère et abattement, torpeur et dégoût, l’équilibre avec mes larmes brûlantes est précaire. Aujourd’hui, si le ciel est bleu, mes nuits sont blanches et mes yeux sont rouges…

Maestitia - Comment ne penser à rien ? (suite)

PARIONS SUR LA VIE
(et si c'est pas sûr, c'est quand même peut-être)

Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie vu de tes yeux à toi? Toi qui n'en finis pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n'était. Toi qui n'en finis pas de t'amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans mon genre ne savent plus voir. Toi qui n'en finis pas de te frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu'elle t'a déjà donnés. Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie vu de tes yeux de tout petit chaton? Est-ce qu'elle fait mal parfois quand tu loupes ta dernière pirouette, dis-moi comment fais-tu pour toujours retomber sur tes pattes? Est-ce que tu t'y sens à l'étroit souvent, dis-moi comment fais-tu pour ne pas me détester d'amocher ta liberté? Celle à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ceux qui se drapent de larmes à mesure que la bêtise humaine l'effrite. Dis-moi, il ressemble à quoi le monde pour que derrière la fenêtre tu crèves d'envie d'aller coller ton museau dedans? Dis-moi, est-ce que ton soleil brille fort, dis-le moi je t'en prie, mes yeux à moi depuis vendredi ne distinguent plus rien qu'une interminable nuit qui n'en finit pas de tomber. Dis-moi, tu dois me trouver bien bête à laisser le temps filer en chialant sur le canapé, hein? Toi qui la prendrais bien ma place, pour aller farfouiller dans les moindres recoins du monde, et sûrement que tu les y dénicherais ces foutus fragments d'humanité ; pour aller jouer avec le brouillard et sans aucun doute que tu le dissiperais en même temps que la haine et la peur, et peut-être aussi que t'arriverais à le faire voir aux yeux qui n'y arrivent plus : ton soleil qui brille fort. Dis-moi, y a-t-il quelque chose de mal à préférer être bête parfois, si le genre humain ça ressemble à ça? Et toi qui regardes par la fenêtre et que je ne parviens plus à lâcher des yeux depuis, je t'assure que si je le pouvais je te la céderais volontiers, ma foutue place que je ne sais plus occuper qu'à moitié. Alors, je te regarderais baisser la poignée de la porte d'entrée, la claquer entre mon museau et tes pieds. Alors, je miaulerais à la mort à la vie à t'en fendre le cœur, si ton cœur n'était pas déjà pris par ce parfum de liberté dont la cruelle humaine que j'étais se pensait en droit de te priver. Alors, je t'en voudrais un peu pour la forme et puis, je retournerais vaquer à mes occupations. Et je n'en finirais pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n'était. Et je n'en finirais pas de m'amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans ton genre ne savent plus voir. Et je n'en finirais pas de me frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu'elle m'a donnés. Et le museau collé à la fenêtre, de ce monde en morceaux je ne distinguerais qu'un soleil qui n'en finit pas de briller. Et de mes yeux de tout petit chaton, le conditionnel je le mets en bouteille.

Tisseuse - Comment ne penser à rien ? (suite)

Dans le désert de mes limites
Toutes mes pensées s’effritent
Et tombent à mes pieds
En lambeaux familiers


Ma tête est vidée
De ses obsessionnelles embardées
Mon regard est creux
Depuis peu


Plus de sauvages questions
Ni d’improbables intentions
J’apprends à écouter le silence
Immense

lundi 16 novembre 2015

Lily - Comment ne penser à rien ? (suite)

Il faudra bien trouver
La force de sourire
La force de s’aimer
La force d’avancer
Demain

Il faudra bien dormir
Manger, rire et s’enlacer
Embrasser les joues des nouveaux-nés
Faire des voyages et des projets
Demain

Mais ce soir
Comme ne pas pleurer
Serrer les dents et grelotter
Faire des adieux sans s’effondrer

Ce soir,
Comment oublier pour une heure
Une minute ou même moins
Ce soir, dites-moi,
Comment ne penser à rien ?

Zoz - Comment ne penser à rien ? (suite)

~ taratata

et bang !

et le silence se dépose tout doucement comme une nuit noire sur un carnage rouge, plus rien de bouge... Plus rien à panser, tout est écrit, tout est déjà pensé ..

zoz ..

Cacoune - Comment ne penser à rien ? (suite)

je ne pense à rien

allongée sur l'eau, les bras étendus de chaque côté de moi, je fixe la course des nuages, la douce brise d'été me pousse à flots, le silence m'entoure, je n'ai plus de corps, plus de vie, plus de soucis, plus d'amours, plus d'ennemis,

je ne pense pas
donc je ne suis pas

assise, où ? on s'en fout, les yeux dans le vague, les oreilles comme recroquevillées, le temps passe sans me bousculer, je n'ai plus d'être, plus de demain, et surtout hier n'a pas existé

je ne pense pas
donc nous ne sommes pas

débout, scotchée aux images qui défilent sur l'écran de TV, mon cerveau a cessé de fonctionner, son programme n'avait pas prévu à court terme d'assimiler de telles horreurs, les bras ballants, des fourmis montent le long de ma colonne, les fourmis de mes réactions primaires, l'envie de saisir mon enfant, de lui demander pardon, de le fourrer dans une grande malle et de l'expédier loin, le besoin de trouver une solution...

pas de majuscule, pas de point,
pas de début, pas de fin

je ne pense pas
donc je fuis

faut trouver autre chose, les ga's, ça ne marche pas

Chri - Comment ne penser à rien ? (suite)

Ils.

Ils sont montés dans des voitures, ils ont traversé le pays, ils sont venus en douce, en silence, en cati-mini, ils se sont  rendus dans des quartiers plein de vie, de jeunesse joyeuse, d’insouciance légère, ils ont armé leurs engins de mort et de sang glacial, ils ont tiré des balles dans le dos de nos enfants désarmés qui écoutaient de la musique, mangeaient en terrasse, riaient, échangeaient, buvaient un verre avec leurs amis… Ils ont tiré sur nos enfants. Ils les ont transpercés de balles, déchiquetés, coupés, troués, achevés, les uns après les autres, en prenant leur temps, en y revenant, en recommençant, en rechargeant leurs armes, en ne s’occupant nullement de savoir sur qui ils tiraient. Ils ne tuaient ni des juifs, ni des musulmans, ni des catholiques, ni des gens de droite, ni des gens de gauche, ils tuaient des enfants, nos enfants, qui s’amusaient un vendredi soir dans Paris…
Ils l’ont fait froidement, implacablement, longtemps très longtemps. Pas un seul instant ils ne sont dits : On ne peut pas faire une chose pareille, ça n’est pas possible, pas humain. Presque certain qu’en tirant ils n’ont pensé à rien. À rien d’autre qu’à tirer. Eux, ils ont su penser à rien…
Puis, leur folie furieuse exprimée, leurs crimes, leurs carnages, leurs entreprises de destruction terrifiantes accomplis, à bouts de munitions, à bouts de leurs arguments ils se sont fait exploser.
Et vous savez quoi ? Ils étaient eux aussi des enfants.
Et nous voilà maintenant, les survivants, les épargnés, les vivants avec notre infinie tristesse, avec nos larmes pour un oui, pour un non, avec notre rage, avec nos questions, avec nos peurs… C’est qu’il nous reste des enfants…
Quel autre assassin va venir nous tirer dessus ? Où ? Quand ? Dans quel quartier ? Dans quelle ville ?
Et ce sentiment d’impuissance terrible parce que  nous n’avons pas su les protéger nos enfants, ni  d’eux même ceux là qui ont tué.
Et nous sentons bien que ce n’est ni la force, ni la violence, ni une surenchère à la haine qui pourra régler ça définitivement…
Parce que c’est bien ce que nous voulons. La paix. Qu’à la folie dure s’oppose la raison douce.
Définitivement.

Jacou - Comment ne penser à rien ? (suite)

Une journée parmi tant d'autres.
  • Moi, je sais à quoi tu pensais. Si on sortait?
  • Pour faire quoi?
  • Rien; faire autre chose que tourner en rond.
  • On peut tourner en carré, si tu veux.
  • Que t'es bête!
  • Ben quoi? C'est vrai, ça!
  • Au fait, quel jour on est?
  • Le treize novembre 2016.
  • Ça me rappelle quelque chose...
Où lire Jacou

stouf - Comment ne penser à rien ? (suite)

-Le rien ne s'offre qu'à ceux qui s'offrent eux-mêmes au rien,dis-je négligement à cette femme de rien.
-Hein ? Demanda t-elle.
-Ah non...1 est déjà quelque chose,ça ne va pas !
-Oh tu me gonfles stouf chéri,c'est pas parce que j'ai pas envie...queuuue,tu dois me faire ta tronche de méchant !
Là...elle marqua un point ma mie.
D'un seul coup,la folle de femme que j'aime depuis toujours,me demanda.
-Ca ne te dirait rien que demain nous allions à l'aéroport ?
-Lequel ?
-Celui de Saïgon, ducon ! Pfuui...fais pas ton débile !
-Ooooh, toi très gentille...tu veux un nem ? Insistais-je ignoblement.
-Je te rappelle que Claudine,notre petite fille chérie part demain pour l'université de Barcelone,avec Erasmus.
-Quoi ? La p'tite part de nous même ? C'est qui cet Erasmus, un jeune salopard fumeur de joint,un étudiant fasciste du caudillo ou cet ancien chanoine réformiste (ça ne se peut pas,il est mort depuis bien longtemps) ?
-Mais elles sont où les clefs de la voiture ?
-Allez viens chérie...c'est dans la poche !

Jas123 - Comment ne penser à rien ? (suite)

Au sommeil ou à la tombe
Comme il est tranquille, l'enfant !
Le gisant dans son bloc de pierre, il ne remuera plus, c'est promis.
Et la sérénité, et la paix de l'esprit n'atteint son degré supérieur, que dans les rêves dénués de logique, ou mieux encore lorsqu'au sein du corps froid, pas un neurone n'est en activité.

Djaff123 - Comment ne penser à rien ? (suite)

Comment ne pas penser quand tout nous y contraint
Même sans volonté
Tout être sur cette terre se plie à ce refrain
Comment y échapper, comment y mettre fin

Exister c'est penser le philosophe nous dit
Me voilà bien coincé car si j'ai bien compris
Si je veux m'arrêter il faut dire au revoir à la vie

Mais vivre moi je veux et si penser je dois
Je vais en faire un jeu dont j'invent'rai les lois

Tiniak - Comment ne penser à rien ? (suite)

Une heure à table

Les doigts tout bien rongés d'inénarrable
l'œil poli, cependant, sur la joue
aux lèvres, une bourgeoise moue
qui dit qu'il a su ranger son cartable
je vois flou

Elle... ne viendra plus arborer son fanal
- ce ruban à sa jupe au pli dominical...
Il fait trop chaud, peut-être
quoique l'herbe soit douce et tendre sous le hêtre
ma Cousine
et sa danse au-devant du fumet des cuisines

C'est quinze août sur la nappe
une fièvre me happe
la confrérie hennit
meugle, frétille, jappe
et pas moyen, d'en préserver mes ouïes !

Oh, dis !
Que feras-tu de ces agapes
quand, le cul au bord de la trappe
pas loin d'honorer son dédit
là, vers le plus profond du puits
tu plieras ta serviette
voisine à la serine tête
mais - oullah ! grosse bague...
avec ton époux près de toi comme une blague ?

Et ça poursuit, sans la fourchette
(orné de superbe Entre-Nous)
le verre aussi gras que la joue
les mains plongées dans sa bêtise
un propos exempt de franchise
le pied massant quelque braguette

Une trompette pleure ailleurs
- est-ce un cornet en si bémol ?
Vous me disiez z'à bonne école
et me fais l'effet d'un menteur

Mais quand finira ce repas !?!

Bon, je ne verrai pas ma joie
- pas dans l'heure...
Allons, goûtons cet autre plat !

Cet autre
tandis que l'alentour se vautre
sur ses ris
encombrés d'aucun Aujourd'hui
tant que chantent
à leurs n'oreilles
des Lendemains z'épais sous leur charpente
vermeil

C'est novembre et semblable
à passer, sans broncher, bien plus d'une heure à table

Semaine du 16 au 22 novembre 2015 - Comment ne penser à rien ? (suite)

Depuis ce vendredi soir 13 novembre Paris est groggy, vos administrateurs également et sans doute certains d'entre vous.
Nous avions d'abord songé à programmer une « semaine de silence » en hommage aux victimes de ces attentats mais nous voulons aussi laisser à ceux qui le souhaiteraient le loisir de prolonger le thème de la semaine passée : »Comment ne penser à rien ? »

»Comment ne penser à rien ? » ou ne rien dire du tout, ce choix est le vôtre jusqu'à dimanche 22 novembre minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com