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samedi 10 novembre 2018

Tiniak - Le singe qui aimait les livres

Monkey Gone To Heaven


RESIDENCE LE PARADIS, nov. 2018

St Pierre : - Bon, Thomas, écoute... Je te laisse faire le tri parce que, là, j'y arrive plus, là. Nan, mais tu crois ce que tu vois ?
St Thomas : - Oki, Pierrot. Je gère. Tu retournes sur la Lune ?
St Pierre : - Vouiche. En mode face cachée, mais vouiche.
St Thomas : - Grand bien te fasse, Pierrot.
St Pierre : - Juste... Tu fais gaffe, hein ? Tu ouvres l'œil...
St Thomas : - Et pas le crédule, voui voui. T'inquiète...
St Pierre : - Allez, tcho !
St Thomas : - Tcho, Padrino !

***

Peu après sur terre...

Monkey1 : - Mougniiih, guili. Wouhouhou, gniga gniga !
Monkey2 : - Kignaa ! Kignaa ! Scoubidouah !
Monkey Free : - Vos gueules, les poites ! J'ai une revue de presse sur le feu, là, vu ?
Monkey1 : - Grrgnnn !
Monkey2 : - Grrgnnn !

***

Peu après, au Paradis...

St Thomas : - Euh, vous êtes qui ?... Voire, quoi ?
Monkey Free : - Un abonné de Libé et des Echos (notamment) qui s'est fait trucider par deux abrutis de mes congénères, au caractère anal (parfois), fat (souvent) et bête (par nature).
St Thomas : - Oui, et... ?
Monkey Free : - Ben, rien... Juste, je vois pas bien ce que je fais là, sur ce nuage humide qui me fraîchit le fondement, alors que je devais rendre ma revue de presse à chaud pour France TV à 4h GMT.
St Thomas : - Si j'en crois ce que je vois, vous avez bien morflé, quand même.
Monkey Free : - 'Semblerait bien que j'en sois mort, même.
St Thomas : - Sûr... C'est bêta, pour un mal alpha, quoi. Même si ça tombe au poil.
Monkey Free : - Pardon ?
St Thomas : - Ben... Avec vous, ça me change de l’ordinaire. Vous pouvez pas savoir, hein. Je vous en excuse, mais vous n'imaginez pas le boulot que je me colte avec les humains, leurs guerres plus ou moins déclarées, leurs crimes, leurs attentats... j'en passe... Bref, c'est l'enfer !
Monkey Free : - Ah, bon ? Parce qu'à l'entrée de la résidence, c'était marqué...
St Thomas : - "Paradis", oui, je sais. C'est juste pour prévenir les mouvements de panique lors des arrivées. En fait, ici, c'est le purgatoire.
Monkey Free : - ... ?
St Thomas : - La gare de tri, quoi.
Monkey Free : - Bon. Et on fait comment, maintenant ?
St Thomas : - Aucune idée. D'ordinaire, j'accueille des humains, mais là...
Monkey Free : - Mais là, quoi ?
St Thomas : - Ben... Je voudrais pas vous blesser, hein ? Même si vous êtes déjà mort, hein. Et quand bien même vous voudriez passer pour un Portugais, vous êtes quand même trop poilu pour faire un homme acceptable. Et puis, ces lèvres, ce pouce, ce cul bas... Nan. Y a pas, ça passe pas.
Monkey Free : - Et donc ?
St Thomas : - Ben, ça vous dirait pô de redescendre... de l'arbre ?
Monkey Free : - Quel arbre ?
St Thomas : - Laissez tomber.
Monkey Free : - …Comme un fruit ? De l'arbre ?!
St Thomas : - Mmmmpff.... Bougez pô, 'faut que je consulte...
Monkey Free : - Faites donc. J’ai encore quelques feuillets à essuyer d’un regard inculte.

***

Peu après, depuis la Lune...

St Pierre : - Mais, bordel, Thomas ! Tu fais chier, quoi !
St Thomas : - ...
St Pierre : - Les humains ! On ne prend que les humains, merde !
St Thomas : - Beeeen....
St Pierre : - Quoi ?!
St Thomas : - Bon ben, voilà : depuis que vous êtes parti, y a un nouveau mouvement qui se répand, sur tous les boulevards Weygand, pour n'en pas prendre (de gants !) à exiger qu’il faille considérer l'animal comme l'égal légal de l'homme, rien moins !
St Pierre : - Oh, bordel !
St Thomas : - Ça , je vous l’ fais pô redire, patron. Mais quand même…
St Pierre : - Ok, c'est quoi le problème ?

***

Peu après, où l’on sait…

Monkey Free : - Bonjour, monsieur.
St Pierre : - Pierre ! Saint Pierre !
Monkey Free : - ... ? Nnnn d'accord. Mais encore ?
St Pierre : - Bon, je n'irais pas par quatre chemins - vu que, d'ici (et d’ailleurs), il n'y en a que trois : vous… n'avez rien à faire là.
Monkey Free : - Ah... Et donc ?
St Pierre : - Eh ben, je vous renvoie sur Terre. Illico !
Monkey Free : - Oki, d'acc' ! Prego, Mæstro…
St Pierre : - Juste une question : c'était quoi l'objet de votre revue de presse ?
Monkey Free : - "Que croire, aujourd'hui, d'une information livrée, contre force abonnements et monnaie de singe, par la jungle des véhicules, papiers, fibreux, pigeonneux z’ou virtuels ?".
St Pierre (soupirant pour lui-même) : - Mmmpff... C'était bien la peine de se casser le cul à rédiger un Nouveau Livre, tiens !
Monkey Free : - ... !!??
St Pierre : - Laissez tomber !
Monkey Free : - Ouais, pas pigeon, j’ai pigé ! …Comme le fruit de l'arbre.
St Pierre : - Et merde... Je pense que je vais me refaire une toge.
Monkey Free : - Ah, pour ça, je peux vous conseiller une bonne machine.
St Pierre : - ... !!??
Monkey Free : - Oh, genre comme vous, classique et pas chère : de marque Singer.

Jacques - Le singe qui aimait les livres

Voilà une belle journée qui commence.
C’est important de bien formuler, dès le matin, un tel constat. Cela permet de créer une dynamique qui va nous porter jusqu’au soir : de bonne humeur, j’ai avalé mon petit déjeuner de fruits et me suis mis en route pour mon travail.
J’aime mon travail.
Chaque matin, je traverse la ville par les chemins de verdure jusqu’au centre historique et là, dans un vaste bâtiment de pierre de taille, imposant, même si, aux standards de l’époque de sa construction, on l’eût trouvé un peu maniéré.
Mais peu importe : j’y pénètre par une petite entrée, discrète et sécurisée, et une succession de couloirs et de portes m’amène dans l’immense espace de cette bibliothèque.
J’aime cette bibliothèque.
On dit qu’elle contient plus de cent millions de documents, mais ce sont les livres, parfois vieux de plusieurs siècles, qui me fascinent.
Je commence ma journée par une inspection visuelle, flânant le long des galeries de bois à contempler l’alignement des reliures, humant l’air, attentif à la moindre odeur de moisissure suspecte. La base du travail de conservateur.
Dix ans que je suis à l’affût du moindre signe d’altération de cette mémoire irremplaçable des siècles de civilisation qui nous ont précédé.
Les chroniques du Grand Basculement ont disparu, les Hommes ayant eu l’inconscience de les confier aux seuls ordinateurs, et les transcriptions réalisées plus tard de la tradition orale sont sujettes à caution. Tout ce l’on sait est là. Ici et dans une poignée d’établissements semblables aux quatre coins de la planète – une expression un peu loufoque puisqu’elle est ronde, mais les Humains semblaient l’apprécier et nous l’avons conservée.
L’Humanité, qui nous a façonné pour lui survivre, dans le remords tardif de la destruction de nos écosystèmes, a disparu depuis des générations.
Ainsi, j’inspecte.
Il m’est aisé de me déplacer à vive allure jusqu’aux plus hauts rayonnages, car les capacités de mes ancêtres arboricoles me sont parvenues intactes. Je peux ainsi transporter sans aide mécanique les vieux volumes que je peux entretenir avec déférence.
Et même lire.
J’aime lire ces livres.
Les derniers Hommes nous ont laissé en héritage de gènes modifiés pour que nous puissions articuler un langage complexe et améliorer l’efficacité des zones cérébrales correspondantes. Malheureusement, ils n’ont pas eu le temps de nous apprendre la lecture. Ils ont disparu avant, ironie du sort, eux qui savaient modifier la nature au niveau atomique ont été anéantis en quelques années par une poignée de protéines, un prion.
Il nous a fallu plusieurs générations à nous, les Grands Singes, pour retrouver le mécanisme du déchiffrement.
Quelle révélation !
Nous avons pu nous approprier toute l’humanité qui s’est peu à peu dévoilée. Ses rêves, ses perversions, ses peines et ses joies. Ses aveuglements. Nous avons compris cette cupidité inouïe, cette oscillation perpétuelle entre solidarité et rejet de l’autre, cette schizophrénie ontologique qui a créé tant de drames et nous avons appris.
Nous avons appris de leurs erreurs, nous avons compris leurs joies, nous avons partagé le beau.
Grâce au legs précieux de ces livres.
Comment pourrais-je ne pas les aimer ?

vendredi 9 novembre 2018

Lilousoleil - Le singe qui aimait les livres

Entre conte et réalité

Parc de la Tête d’or – Lyon –

Owa était une jeune guenon adorable, toute noire avec un pelage doux et brillant. Son regard rempli de malice pétillait comme des bulles de champagne. Seulement Owa devait s’adapter à sa cage. Alors oui je sais les animaux sauvages ne devraient pas être en cage et  sûr qu’elle aurait préféré courir et grimper dans les lianes avec ses congénères mais cette femelle  avait été trouvée un matin, abandonnée probablement par un cirque de passage. Récupérée par le zoo du Parc de la Tête d’Or elle avait été élevée au biberon, elle  adorait son soigneur qui lui rendait bien. Très sociable, espiègle et  câline, elle faisait la joie des enfants qui s’amassaient  près de sa cage pour l’admirer. Il faut dire qu’elle était particulièrement intelligente. 
Un jour  qu’elle dégustait une sucette au caramel, sa friandise préférée, dont elle avait pris soin de bien déplier le papier pour le jeter ensuite dans sa petite corbeille, elle entendit son soigneur. Elle sursauta quand son amoureux s’approcha et prudemment elle posa, avec moult précautions, sa sucette en équilibre contre le mur pour ne pas la souiller et se jeta dans les bras de son « amoureux ». Ce jour là, il avait dans une de ses poches un livre qui tomba dans les douces effusions. Surprise et curieuse, Owa quitta les bras protecteurs et se précipita sur nouveau machin. Elle le tourna, l’ouvrit, le referma, le sentit et l’ouvrit encore. Elle se mit à le feuilleter, elle admira des images, les lettres  en suivant avec son doigt ; elle regarda l’homme debout près d’elle, puis replongea dans le livre. Elle l’emporta l’objet dans son coin et ne le lâcha plus. 
Le lendemain, les promeneurs purent l’observer au milieu d’une pile de livres,  d’albums et même une biographie de Socrate. Personne, pas même son « amoureux » ne put reprendre les ouvrages. Elle était fascinée par tous ces signes.
Owa est-elle devenue une grande lectrice ? En tous cas tous les jours lui apportait une nouveauté qu’elle découvrait avec gourmandise.  De là à penser qu’elle savait lire et philosopher il n’y a qu’un pas.

PS ; Owa a vraiment existé ; hormis la partie "lecture " l'histoire est vraie. 

Joe Krapov – Le singe qui aimait les livres


LA VIE EST UNE JUNGLE !

- Un singe qui lit ? Pourquoi pas un Jean-Claude qui lit, pendant que tu y es ? Je n’y crois pas une minute à tes faribonoboles, Jane ! Voilà encore un beau bonobobard de bonobobo d’aujourd’hui ! De la défèque news à tous les étages ! Et qu’est-ce qu’il lirait, ton singe qui aime les livres ? Du Pierre Macaque-Orlan ? Du Romain Gorille ? Le Livre de la jungle de Kipling ? Un singe en hiver ? Ouistitikend à Zuydcotte ? Le sapajournal de Jules Renard ? Les Chimpanzés de Pascal ? Parole de Tarzan, tu lis trop l’Echo des savanes, Jane !
- Ils lisent le code de la route de Jean-Jacques Rousseau !
- Le code de la route de Jean-Jacques Rousseau ! Mais c’est la fin de tout, Jane ! C’est l’apocalysse, Carpentier !
- Tiens regarde toi-même, il y a des extraits :


- Grotesque ! Simiesque ! Un code de la route ! Pourquoi pas une constitution et un code civil pendant qu’on y est ?! Pourquoi pas une planète rien que pour eux ?! Partis comme ils sont tu vas voir qu’ils vont nous inventer des taxes sur le gazole et des impôts sur les gazelles ! Tiens je préfère aller bosser du dos que d’en entendre davantage !
Tarzan descendit de l’arbre, monta dans sa Jaguar qu’il avait garée le long du trottoir. Il vérifia qu’il avait bien son coutelas attaché à son pagne. Il était d’humeur à descendre du singe mais il se retint. Il fit vrombir le moteur et partit en trombe car il ne fallait pas qu’il rate la liane de 8 h 47 à la gare.
Au loin les pumas piaillaient dans ses betteraves *.

* Merci à Edgar Rice Burroughs et à Pierre Vassiliu pour les personnages.

Maryline18 - Le singe qui aimait les livres

Un singe qui lit...ça n'existe pas !
Pieds nus sur la moquette si douce, on courait d'une chambre à l'autre jusqu'à ce qu'elle manque de patience…
Pour faire cesser le chahut qui promettait de s'éterniser jusqu'aux dernières de nos forces, maman montait nous gronder. Quand j'y repense, notre égoisme était à la hauteur de notre innocence. Il me semble encore entendre sa voix :
-" vous allez arrêter d' faire le singe !"
Elle grimpait lentement jusqu'à l'étage, fatiguée de sa journée à s'affairer pour qu'on ne manque de rien. J'ai le souvenir précis de la bonne odeur d'artichauts qui cuisaient doucement sur la cuisinière à charbon, et dont l'odeur si familière me réjouissait, quand je rentrais de l'école. Maman n'avait comme compliments de ses efforts, que nos assiettes vides et notre bonne santé. Ses plats étaient simples mais bons. Elle savait faire, comme sa mère lui avait "enseigné", et ma foi, il n'y avait rien de plus à dire (pas de photo du plat sur le "net" !), tout était dans l'ordre des choses...Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître !
C'était des jambes lourdes et douloureuses qui arrivaient jusqu'à nous. Avec une mine entre la colère et le rire, elle se pinçait les lèvres pour ne pas pouffer en nous voyant si "sages"! Elle prenait alors dans l'armoire, les quelques livres que nous possédions. Certains nous avaient été offerts en récompense d'un bon classement scolaire, d'autres pour Noël.
Alors, la magie des livres captait nos attentions et nos petits corps s'apaisaient. Nous arrêtions de "faire le singe" et nous écoutions les histoires. Un singe qui lit, ça n'existe pas...alors pour ne pas en devenir un, je feuilletais toujours le même illustré, en m'appliquant à déchiffrer tous les mots. C'était l'histoire de deux petits rats, l'un habitant la ville et l'autre les champs. Si je le retrouvais dans la même collection, il me semble que je le reconnaîtrais, même après toutes ces années...

Mapie - Le singe qui aimait les livres

Le singe songeur

Très sincèrement, je trouve un peu pénible cet animal trop proche qui ressemble en tout point à ce que je n'ai pas envie de ressembler. Trop nu, aux membres longs mais peu agiles, au menton fuyant, au faciès peu avenant. Cette grimace qu'il appelle sourire mais qui ne dit rien... Ses mimiques tout en retenue...  Il use de ses dix  doigts avec parcimonie, trouvant que tout est plus sale que lui...

En fait, je me demande s'il est fini... C'est un peu comme s'il n'avait pas encore accès à sa vraie nature... 

Ses petits sont sympas toutefois... Ils grimacent, ils poussent des cris, roulades et galipettes... Ils ont du potentiel, de quoi devenir tout comme moi.... mais ils sont petits, ceci explique cela... 

Alors effectivement, il a du talent cet animal, il est vrai. Car à la lecture de ses écritures,  je perçois ce qu'il est ou pourrait être...   Il relate dans ses bouquins avec précision et parfois même avec passion, des faits qui ne sont pas, mais qu'il voudrait qui soient.. ou pas...

Peut être sa nudité le force-t-elle à s'habiller de toutes ces pages ... Trop froid, trop pudique, trop complexé... Il lui faut se couvrir derrière une forêt de mots ou d'autres dessins qu'il tricote et taille à sa mesure pour mieux se protéger.

Oui sincèrement, je me dis que cet animal pourrait m'être un peu moins pénible, s'il acceptait ne serait ce qu'un peu de ce qu'il est.

jeudi 8 novembre 2018

Marité - Le singe qui aimait les livres

 Zak, le singe de Bali.

- Trop grande, trop petite; les cousins ont décidément les yeux écartés et une grosse tête. Ah zut ! celle-ci, j'ai cassé une branche et à celle-là il manque un verre. Pfff !  Et cette paire là, à quoi  peut-elle servir ? A faire beau sans doute. Ces étrangers, je ne comprends pas pourquoi ils aiment autant les choses inutiles.

Zak, un vieux singe balinais explore sa caisse réservée aux lunettes. Fébrilement, il les examine une à une pour trouver la paire qui peut lui convenir. Ce ne sont pas les provisions en la matière qui  font défaut : toute la famille lui fournit chaque jour des lunettes et en ce moment, les cadeaux du genre affluent, chacun s'apercevant que son parent souffre d'une déficience oculaire galopante.

On le lui a pourtant assez seriné, surtout sa compagne : "Zak, tu passes ta vie dans les livres. C'est mauvais pour ta vue. Sors un peu de ce temple, va t'aérer, voir du monde. En ce moment, les touristes pullulent et les regarder se marier à la mode de chez nous ne manque pas de piquant." 

Pendant que ses congénères passent le plus clair de leur temps à rançonner les visiteurs du temple de Pura Pulaki où la troupe réside, Zak, lui, se pelotonne dans une vieille couverture près de "sa pile". C'est ainsi qu'il nomme le tas de brochures qui encombre toute une partie de son gourbi. Bien installé, il commence à feuilleter un livre au hasard. Sa pile ! Parlons plutôt d'un amoncellement disparate, brouillon et surtout très sale. Qu'importe ! Zak est fier de ses trouvailles accumulées au fil des années et les garde jalousement. Malheur à ceux qui s'en approchent ! Alors que dans sa tribu, on vole pour manger, lui vole - ou plutôt volait quand il le pouvait encore - surtout pour s'instruire. Un sage quoi ! 

D'autres, parmi les siens collectionnent indifféremment les appareils photo, les chapeaux, les casquettes et maintenant les téléphones portables qu'ils jettent sans plus s'en soucier. Zak collectionne les livres.  Et il les couve précieusement. Il aime les toucher, les feuilleter. Il les hume, les tourne, les retourne, les ouvre, les ferme. Il aime corner les pages et même les arracher. Il manie son feutre préféré d'un vert luisant pour annoter, souligner, biffer. Il n'a pas de préférence particulière. Tout lui plait : romans, biographies, policiers...Cependant, il a un faible, une passion  pour les livres d'images. Toute la journée, il compulse, étudie, déplace un à un les ouvrages et "sa pile" change de coin et de forme, pour son plus grand plaisir.

Depuis quelques temps, Zak choisit les "large vision" mais hélas, il y en a peu. Qui aimerait se promener avec de tels ouvrages ? "Sûrement pas ces touristes qui veulent à tout prix cacher leur décrépitude, particulièrement en vacances pense amèrement Zak. Bon sang, il va falloir que je reprenne du service moi qui m'en croyais définitivement exempt. Il faut absolument que je trouve une paire de lunettes convenable. Mes amis  m'apportent n'importe quoi. On n'est jamais mieux servi que par soi-même."

Zak devient vieux et l'agilité lui fait cruellement défaut. Aussi, il évite désormais les chapardages sous peine de recevoir un mauvais coup. Sa famille pourvoit à son alimentation et rien ne manque. Bananes, mangues, gâteaux etc... arrivent toute la journée. Sa compagne lui apporte des livres qu'elle va directement voler sur les serviettes ou dans les sacs de plage. Il n'en manque donc pas.

Zak serait parfaitement heureux si ses yeux ne lui jouaient de plus en plus un vilain tour lui donnant de méchantes céphalées qui le font souffrir. Il faut y remédier. Il lui est impossible de se passer de ses chers livres et du bonheur qu'ils lui procurent. 

Un matin, Zak se décide à agir. Il se poste tant bien que mal sur une petite colonne à l'entrée du temple et attend. Lunettes de soleil, non, ça ne va pas. Lunettes de vue, non plus. Jumelles, pas mieux. Il possède déjà tout ça.  Il faut autre chose, mais quoi ? 

Zak commence à s'impatienter, son dos lui fait mal. Il va partir, dépité, quand il avise une femme approchant de sa colonne pour en examiner de près les sculptures. Elle manie un objet qu'elle porte en sautoir. Un gros verre rond qui lui fait un œil de bœuf. Zak a compris : c'est exactement ce qu'il lui faut. Il tend le bras et attrape le sautoir-loupe d'un geste vif. Il manque tomber en descendant de son perchoir mais il a le temps de se sauver avant que la dame, surprise, reprenne ses esprits et se mette à crier.  

Si vous allez à Bali, ne manquez pas de chercher dans le temple de Pura Pulaki un vieux singe trônant parmi un monceau de livres, sa jolie loupe dorée autour du cou. Personne n'a eu le cœur d'enlever ce bijou à Zak, le macaque bibliophile, surtout pas mon amie Bernadette.

mercredi 7 novembre 2018

Mister K - Le singe qui aimait les livres

Le singe aimait les livres,
Les livres le lui rendaient bien
Ils se mettaient en quatre
À plus d’un titre
Et notre quadrumane appréciait les mémoires d’un âne
Frémissait devant le chien des Baskerville

Le singe aimait les livres
Au début, il débutait, c’est normal
Il se mélangeait un peu avec les singes promptus
Avec les chiens panzés et puis les poneys de singe
Et même s’il laissait les vipères au loin
il appréciait les sourires et les hommes

Le singe aimait les livres
Il avait tout compris, le plaisantin
Il allait à la bibliothèque et faisait son malin
Avec force grimaces
« Ah tiens voilà où sont passés mes arbres,
En tranches avec de nouvelles feuilles ! »

Le singe aimait les livres
Et en vrai il savait
Qu’il ne fallait pas tirer sur l’oiseau moqueur
Le singe aimait les livres
Il s’y plongeait les absorbait
Comme une éponge

Le singe aimait les livres
Sa maman était trop contente
Elle avait son singe sage en famille
Le singe aimait les livres
Son préféré c’était
La planète des hommes

Le singe aimait les livres
Il tirait les couvertures à lui
Toujours les mains dans les poches

Annick SB - Le singe qui aimait les livre

Autodafé …

Le singe avait froid
Le singe avait perdu son animalité
Le singe désirait se réchauffer
Le singe singeait l’homme
L’homme qui disait savoir brûler
Le singe suppliait dans son songe d’humanité

Le singe avait faim
Le singe avait perdu sa pitance
Le singe désirait manger
Le singe singeait l’homme
L’homme qui savait chasser, cultiver, cuisiner
Le singe suppliait pour avoir quelques denrées

Le singe avait soif
Le singe avait perdu sa rivière
Le singe désirait boire
Le singe singeait l’homme
L’homme qui savait mettre l’eau en bouteille
Le singe quémandait l’eau qui coule comme source

Le singe était usé
Le singe observait l’homme qui n’avait plus rien à proposer
Le singé était exténué
Le singe observait l’homme qui n’avait plus rien à proposer
Le singe était abusé
Le singe observait l’homme qui n’avait plus rien à proposer
Le singe était privé
Le singe observait l’homme qui n’avait plus rien à proposer
Le singe se taisait
Le singe observait l’homme qui n’avait plus rien à proposer
Le singe plaignait l’humanité …
Le singe aurait bien aimé lire sa liberté mais le livre de Vie avait été brûlé …
Autodafé…

mardi 6 novembre 2018

Panserbjorner - Le singe qui aimait les livres


Le singe qui aimait les livres

Maman disait de moi que je suis un singe. Parce que je bougeais tout le temps. Parce que j'aimais grimper aux arbres. Parce qu’à l’école, moi je préférais voir rire les autres, inventer mes histoires,… Et je ne voulais pas qu’on formate mon esprit comme l’école aime tant le faire. Je suis un singe, et on m’oblige à apprendre à voler. Je ne sais pas. Je ne saurai jamais. Alors je suis un singe. Juste un amuseur public. Juste une coquille vide. Enfin, ça, c’est ce qu’ils disent, eux, les « grands », les adultes. Parce que les autres enfants, ils m’adorent. Et leur tirer un simple sourire, même en coin, un regard de soutien, ça fait du bien. A eux, comme à moi. Je le sens, je le sais. Je ne sais juste pas l’expliquer.

On perd notre capacité à trouver mille façons d’utiliser chaque objet, de vivre chaque instant en grandissant. Je le vois bien. Les jeux se perdent, la sensibilité se perd au profit de l’uniformisation, de la bien-pensance. Tout est standardisé. L’école, la famille, le travail, ce qu’on doit faire, dire,… Mais moi je ne vois pas les choses comme ça. Je ne veux pas perdre ça. Je me bats pour maintenir ma naïveté.

J’aimais bien monter aux arbres. Encore, et encore plus haut. Maman me disait tout le temps de redescendre. Plus je montais, plus elle voulait que je descende. Et plus elle m’appelait, plus je grimpais. « Encore, je veux vous voir sous un autre angle. Je ne veux pas de votre ordre social, je ne veux pas de vos lois injustes, que vous-même vous ne savez pas expliquer. » 

Au final, je ne sais pas expliquer grand chose… Vous avez raison. Je ressens plus que je ne sais les choses… Et je lutte contre tout ce que vous voulez m’imposer. Je ne me laisserai pas enfermer dans votre monde, dans votre vie. Si seulement vous pouviez voir le monde comme je le vois…

Et puis un jour, je suis tombé dessus. Un vieil homme qui était décédé, ses enfants avaient mis ses affaires sur le trottoir. Belle image: on se débarrasse du papy trop lourd, comme on se débarrasse de ses affaires, trop encombrantes… Ou peut être est-ce le contraire… Allez savoir. En tout cas, là, à coté du carton, il y avait ce truc tout rapiécé, dépecé, mi vivant mi mort. Je l’ai pris dans les mains. Je n’arrivais pas à savoir ce que c’était au premier abord. Ça puait, ça partait en lambeaux. C’était bizarre. C’était lourd. Et … Ça avait tout l’air d’un truc que je n’aimais pas. Et puis il a glissé de mes mains. Il s’est … ouvert … j’ai reconnu immédiatement… Ils appelaient ça « un livre ». J’en voulais pas. Je me suis toujours débrouillé sans. J’ai détourné le regard d’abord, fier de ne pas m’être fait avoir par cet objet qui dicte une parole unique. Il y en avait plein l’école des trucs comme ça… Je ne voulais pas avoir à faire à un autre truc de cette espèce. J’ai continué mon chemin, les mains dans les poches, le sourire de dédain et de conquérant collé au visage. Je ne m’étais pas fait prendre par leur « livre ».

Un coup de vent. Un bruit de papier, comme un souffle qui m’a arrêté. Et j’ai cru entendre un truc. Alors je me suis retourné. Et là… mon regard fut irrémédiablement accroché par ce que le vent venait de faire découvrir à mes yeux. Dans le livre… Il y avait des dessins dedans. Des dessins qui me parlaient. Je me suis approché, j’ai hésité, longtemps… Mais je me suis quand même baissé. J’ai ramassé le livre dont certaines pages commençaient à tomber… Et j’ai regardé de plus près ce qui me semblait impossible. Il y avait bien des dessins dedans. Des dessins qui me parlaient. Qui racontaient. Je les ressentais, je les comprenais. Il y avait des animaux grimés en humains, des humains qui ressemblaient plus à des animaux qu’à des Hommes. Ça m’a fait rire, moi qui était celui qui faisait rire d’habitude. Ça m’a touché. Comme rien auparavant. Je l’ai feuilleté rapidement. J’ai regardé autour de moi… Personne. J’ai mis le livre dans mon manteau et je suis parti.

Je suis monté au sommet de mon arbre, en bon singe que j’étais. J’ai rouvert l’ouvrage, et j’ai littéralement plongé dedans. Mon sourire de vainqueur de tout à l’heure fut chassé par tellement de grimaces différentes. Je fus transporté par la profondeur de ces dessins. J’ai ressenti des choses que je n’avais jamais ressenties avant, d’une telle intensité. C’en était hypnotisant, addictif. J’étais devenu l’ivre du livre. Je me suis mis à lire ce qu’il y avait d’écrit à côté. Ça parlait de gens dont les noms m’étaient inconnus : Granville, Doré et tant d’autres.
Un livre qui parlait d’illustrateurs. J’en avais jamais entendu parler… Du dessin plus fort que du texte… Alors qu’on nous bouffe la tête en nous disant que seul les livres sans images valent la peine, au risque d’être un très péjoratif « bébé ». Je me retrouvais dans les histoires de ces artistes, de ces passeurs d’émotions, dans les méandres de leur vision du monde et de la société, dans leur envie de ne pas se conformer et de vouloir à tout prix montrer le monde au-delà des mots et des apparences si chèrement défendues à leur époque. Ils voyaient des choses que les autres ne voyaient pas, ils ressentaient ce que les autres ne comprenaient même pas. Ils croquaient au sens propre le monde, et en rendaient différents morceaux choisis au travers de leurs dessins, caricatures, illustrations. Ils transformaient le monde. J’ai dévoré leur vie, leur univers, comme si je n’avais jamais mangé. C’était si bon !!! Si bon de voir que dans le monde il existe de telles personnes, que je n’étais pas seul au final à voir les choses différemment. Même deux siècles plus tard, ils ont su transformer mon propre monde.

Alors ont commencé mes fouilles. Il fallait que j’en sache plus. Toujours plus, sur ces gens qui voient le monde autrement. Je me suis mis à lire, de manière effrénée. A aller sur les trottoirs, les quais, à rechercher partout les moindres livres un peu oubliés, un peu abîmés, les vrais livres comme j’aimais dire. Et je les dévorais, et plus je les dévorais plus ils me déformaient, et me formaient, me faisant oublier mon paradigme premier, mes problématiques, me faisant me questionner encore plus sur le monde, sur les autres.

Au sommet de mon arbre, des livres plein les branches, je m’envolais. Mes yeux s’ouvraient. Mon cœur se débarrassait de ce qui l’harassait depuis toutes ses années. Mes poumons s’ouvraient à des vents de libertés et de renouveau. J’entendais toujours ma mère m’appeler. Et je ne redescendais toujours pas de mon arbre, mais là, c’était différent. Je l’ai regardée gesticuler, pousser des cris. C’est là que j’ai compris : Je n’étais plus singe. C’était eux, eux tous en bas, qui étaient les singe de ce monde, à jouer la comédie, à imiter sans inventer, à faire de ce monde uniquement ce qu’il était déjà auparavant, dont les actions sont purement pavloviennes. Mais non, je me regarde. Je leur ressemble tellement à première vue. Je suis singe aussi. Mais… moi, je suis le rusé qui a été trouvé par les livres; je suis le malin qui a su se trouver et trouver le monde dans les livres; je suis l’adroit qui voit désormais le monde tel qu’il est et pas tel qu’on lui présente; je suis le singe qui aime les livres…

Adel - Le singe qui aimait les livres

      SINGE RIT

Ce singe qui aimait lire, tirelire
Il lisait pour sourire, pour rire ,
Pour se marrer, rigoler, se poiler,
Se gondoler et se désopiler

Et toute la journée, tir aux dés
Le singe souriait, riait,
Se marrait, rigolait, se poilait,
Se gondolait et se désopilait !

Je vois que parmi vous, tirelou
D'aucuns aimeraient savoir, vieux tiroirs
Ce que lisait le Singe, pince à linge ?

Quand vous aurez appris, tireli
A parler singe, lire singe et tutti quanti
Vous en saurez plus long, tir aux pigeons !

lundi 5 novembre 2018

Andiamo - Le singe qui aimait les livres


Arrêtez de nous singer.

Vous vous demandez, mais qu'est ce qu'un singe peut lire ? Vous ne vous posez pas la question "mais savent ils lire" ? Ignares que vous êtes, nous sommes vos ancêtres, ne l'oubliez pas, regardez Lucy elle ressemblait davantage à une pensionnaire du zoo de Vincennes plutôt qu'à Brigitte Macron... Quoique.
Allons réfléchissez, je suis en train de lire : "Un singe en hiver" de cet excellent Monsieur Antoine Blondin, vous voulez un petite anecdote concernant Antoine Blondin ?
Il suivait le Tour de France en tant que journaliste, Monsieur Blondin était un adorateur de la Dive, un jour alors qu'il se "reposait" sur un coin de table, la tête dans ses bras, on lui frappe sur l'épaule :
- Monsieur Blondin il y a là Monsieur Merlin (le promoteur) qui désire vous parler.
Blondin relève légèrement la tête, ouvre une paupière et articule :
- Merlin ? Le mur ?
Evidemment nous avons tous en mémoire l'adaptation faite pour le cinoche par Monsieur Henri Verneuil, avec Jean Gabin et Jean Paul Belmondo, notamment la scène de la murge ramassée dans un claque...
- Quartier maître Quentin du corps expéditionnaire d'Extrême Orient, et le matelot Esnault Lucien, veuillez armer la jonque, nous appareillons...
Nous tenions encore la vedette dans l'excellent film de Terry Gilliam, sorti en 1995 "L'armée des douze singes", avec Bruce Willis en vedette, excusez du peu !
Bien que vous nous méprisiez un peu, si, si (pas l'impératrice hein ?) j'en veux pour exemple quelques une de vos citations :
Arrête de faire le singe, singer une attitude, le mec faisant contre poids sur les side-cars s'appelle "le singe", on n'apprernd pas aux vieux singes à faire la grimace, le taulier dans une boîte on l'appelle "Le singe", etc...
La planète des singes, un film sorti en en 1968 avec Charlton Heston d'après le roman de Monsieur Pierre Boulle paru en 1963, nous y avons la vedette, nous y prenons notre revanche sur les humains qui nous ont jusqu'alors fort maltraités.
Merci à Madame Diane Fossey qui a su rendre hommage à nos grands frères les Gorilles, dans un excellent documentaire "Gorilles dans la brume". Sigourney Weaver y interprétait Diane Fossey, qui fut lâchement assassinée.
Enfin pour la bonne bouche un film un peu dérangeant "Max mon amour" du Japonais Nagisa Oshima, avec Charlotte Rampling, ce film raconte une histoire d'amour entre une femme de la "haute" et un singe, un film à voir absolument. Aucune séquence licencieuse, dans ce film fantastique.
Et puis sachez enfin que l'exploitation sans vergogne de notre image, tant par les romanciers que par les metteurs en scène, ne nous a pas rapporté un fifrelin, nous avons été payés en monnaie de singe, si j'ose dire.

Un ch'tiot crobard afin de vous faire sourire.

Laura Vanel-Coytte - Le singe qui aimait les livres

Je ne ressemble pas ….


Je ne ressemble pas à ce singe que les livres semblent apaiser

Les livres ne m’apaisent pas ; ils ne font que m’exciter.

Je ne ressemble pas aux lecteurs que les mots calment

Je ne ressemble pas au malade que la lecture soigne

Les livres me rendent plus folle, plus libre et aliénée

Les livres  nourrissent mes insomnies et n’apaisent pas mes céphalées

Je ne ressemble pas à ce singe que les livres semblent apaiser

Je suis addict et ne fais rien pour décrocher de cette drogue de la curiosité.

Vegas sur sarthe - Le singe qui aimait les livres

On a braqué le singe qui lit

« Ça c'est passé où ? » demanda l'inspecteur La Bavure, le téléphone rivé à l'oreille.
« Au 6 Place du Tertre... à Montmartre, chef » répondit Ouatson « vous verriez le foutoir... »
La Bavure ne tenait pas à voir le foutoir, il voulait juste qu'on mette les pognes sur les ouistitis qui l'avaient contraint à sortir du lit en pleine nuit.
Il repoussa la couette sur le fessier callipyge de Ouatelse qui ronflait
comme une toupie. Personne ne devait savoir au 36 Quai des Oeufs Frais que le chef couchait avec sa subordonnée.

La Bavure connaissait bien la boutique haute en couleurs, mi bric-à-brac mi brocante, mi librairie. Il s'ébroua au bord du lit ; oui, ça faisait beaucoup de mi mais l'extravagance d'Emile Boyer, son propriétaire au temps des années folles – fils de chiffonnier, anarchiste, peintre et marchand de frites – ne le laissait pas indifférent et il adorait flâner dans le quartier.
« Qu'est-ce qui s'passe ? » marmonna Ouatelse sans même ouvrir les yeux.
« On a braqué Le singe qui lit » répondit La Bavure « Rendors-toi »
« Au zoo de Vincennes ? » lança t-elle en émergeant des brumes de sa nuit.
La Bavure soupira : « Non, à Montmartre »
Elle lui tendit ses lèvres : « Y'a un zoo à Montmartre, maint'nant ? »
« Rendors-toi » se contenta t-il de dire et, résistant à la tentation il fila vers la salle de bains.

« Vous verriez le foutoir... » répétait Ouatson « tous les bouquins en haut des étagères ont été bouffés... tout le reste est intact... et y'a ni échelle ni escabeau... des monte-en-l'air chef, des funambulistes ! »
Bien que tout à fait réveillé La Bavure n'entravait rien à l'affaire.
Quel taré avait bien pu grimper au plafond pour bouffer des bouquins ?
« Interrogez les voisins du Singe qui lit, Ouatson» aboya La Bavure, agacé.
A l'autre bout, ça bafouillait : « Euh... le singe Killy, chef ? C'est qui ça ? »
La Bavure soupira : « Ouvrez vos châsses Ouatson et lisez l'enseigne... vous verrez que vous êtes à la librairie du Singe qui lit... interrogez le voisinage et rappelez-moi»

« Si c'est un singe qu'a fait l'coup, chef... sans doute qu'y cherchait un magot » crut bon d'ironiser Ouatson.
La Bavure s'apprêtait à exploser quand Ouatelse déboula dans la salle de bains, vêtue de sa seule toison pubienne.
Il lui jeta une serviette à la hâte et reprit : « C'est pas une heure pour les calembours, Ouatson ! Y'a jamais eu d'singe dans cette boutique »
Mutine, Ouatelse lui renvoya la serviette au visage.
« Ni gorille, ni chimpanzé, ni orang-outan, ni macaque, c'est clair ? » tonna t-il en repoussant fermement Ouatelse.
Elle eut une moue de dépit et reprit le chemin de la chambre en ondulant des hanches.

La Bavure transpirait : « Pour votre gouverne Ouatson, autrefois les compagnons typographes étaient surnommés les singes et il se trouve que le proprio était typo, compris ? »
Ouatelse s'était retournée : « J'ai une copine qu'adore les bouquins, elle dévore tout c'qu'elle trouve... alors, pas étonnant que votre type ait tout bouffé »

Sur ce postulat tout féminin La Bavure referma la porte de la salle de bains.
Ouatson avait cru percevoir une voix féminine : «Vous n'êtes pas seul, chef ? »
La Bavure toussa : «Bien sûr que si. Vous avez autre chose, Ouatson ? »
« Euh... oui chef, notre ouistiti a bouffé tout l'rayon des D... »
« Quel rayon Dédé ? Gide, Malraux ?»
« Le rayon des D, chef... de Darwin à Dutourd»
La Bavure soupira : « Darwin... décidément on est cernés par les singes ! »
« Viens te coucher mon biquet» geignait Ouatelse
Finalement qu'importait qu'un macaque ait dévoré Charles et sa théorie sur l'évolution des espèces, qu'importait que l'homme descende du singe ou la femme de la babouine, La Bavure – dit mon biquet – succomba à la seconde sommation... pourvu qu'au 36 on ignore sa relation. 

Semaine du 5 au 11 novembre 2018 - Le singe qui aimait les livres


Fini de se décarcasser, un peu de lecture au coin du feu à l'image du singe qui semble bien paisible.  Que vous fassiez le singe, que vous racontiez son histoire en prose ou en vers,  vos textes devront nous parvenir  à l'adresse habituelle :
impromptuslitteraires[at]gmail.com 
d'ici dimanche 11 novembre.