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mercredi 13 juin 2018

Loht - J'ai changé de sexe


Kit

Le Général W. avait les mains moites d’excitation contrariée tandis qu’il triturait la molle chose gisant au creux de son entrejambe. Avec frénésie. La voix d’Esmeralda lui parvint depuis la chambre. Elle répétait pour la troisième fois les paroles de consolation tentant d’excuser la panne par le fait que l’évènement était commun. Surtout dans le chêne de l’âge. Morbleu, quel général ayant placé sa vie sous la mâle étoile de l’infaillibilité saurait le tolérer ? Et que dirait Papa, tout pareillement glorieux et galonné ? Et que dirait grand-père, fleur des matamores sous képi ?

Le Général W. essaya de se concentrer sur les lignes du manuel. Il répéta pour la troisième fois l’opération consistant à tourner dans le sens des flèches la petite languette afin que celle-ci se glisse sous le repli de latex et… Sacrebleu ! Plus facile d’envoyer au front une poignée de bidasse. Il entendit Esmeralda repousser le drap de sur sa peau nacrée et accueillante. Les troupes en repli ! Mais lui, son envie ne l’avait pas quitté de posséder cette femme. Quelle magnifique proie ! Mais elle s’apprête à s’évanouir dans la nuit d’encre et de silence.

Le Général W., contre mauvaise fortune et sous l’imminence de la fuite d’Elle, se décide à faire son entrée dans l’arène aux corps. Après tout, peut-être ne s’apercevrait-elle de nulle anomalie ?

Mais elle s’en aperçut et couronna le moment d’un formidable cri d’épouvante. Habillage sommaire, cris, à nouveau cris. Et cris à la fuite dans l’ombre de la rue.

***

Considérant le sexe vissé à l’envers - bourses en haut - sur son pubis et à la base duquel émergeait la petite languette métallique, Le Général W. songea, mais bien trop tard qu’il aurait du au fil des années avoir l’humilité de s’entraîner à changer de sexe plutôt que de penser que telle panne n’arrive qu’aux individus de basse conception ou hors d’âge.

Puis, le robot galonné W. brancha le câble sur sa hanche et se mit en charge pour la nuit.

vendredi 30 mars 2018

Loht - Les petits métiers

Blancheurs

Aux temps des villes je préfère ceux des champs
C’est toujours la lavandière qui va touchant
Mon coeur de sa silhouette et de son chant
Qu’accompagne très lent celui de la rivière

Tant plus me sied le temps passé que le présent
La blanchisseuse glissant dans le jour commençant
Troublante comme au milieu de l’endormissement
L’image revenante d’un amour de naguère

Lavez mon âme jeune femme lavez plus blanc
Que les habits immaculés des communiants
Et je serai le vanneau à l’aile dans le vent
A nouveau je serai épicé de bruyère

mardi 20 mars 2018

Loht - Ça m'a quand même coûté un bras


Amours numéraires

Une jambe, un bras, le cœur… Et ensuite ?
Que me coûtera de t’aimer, Brulette ?

Voilà que dans l’encre crèvent les Pierrots ;
La Lune en sourit et souffle les cendres.
M’éparpiller, si c’est pour toi, m’éparpiller.
Détissant à petit fil ce qui fut moi.

Une jambe, un bras, le cœur… Et ensuite ?
La ville est inquiète que pleure le poète
Mais les flux ne s’en arrêtent nul instant.

Si je donne un œil ce soir – que pour voir ! –
Pour toi, ma Brulette,
Les larmes d’un seul te suffiront-elles ?

J’aime la clématite, les soirs de Mai
Les moments sucrés des fêtes foraines,
Mais c’est la plus âcre qui détient mon âme.

Que me coûtera de t’aimer, Brulette ?

mercredi 14 mars 2018

Loht - Poires et raisin

CLAIR OBSCUR

L’instant s’allonge et s’allonge à l’infini.

Le cours du temps se fige et la Mémoire mêle ses ombres aux fruits de ce panier. Pommes, poires, raisins… Et ce sont les vergers qui renaissent, tant alourdis de rouille. Règne vaporeux des fantômes ou des songes non distingués.
L’automne est revenant, et revenante ta peine.

Qu’as-tu laissé aller parmi les arbres de ce clos ?

Les souvenirs sont des bouchées amères sucrées. Ils sont le régal autant que l’écœurement, l’alène qui perce le cœur ou la brise qui le berce.

Un tableau en aura fait sourdre un depuis tes profondeurs minérales, qui roule à présent en perle de cristal sur ta joue.

mercredi 7 mars 2018

Loht - Le pied à l'étrier

Prière

Exaltez-vous ! 

Chevauchez en démence tout jour de votre vie ;
Mettez à l’étrier le pied, puis gagnez tout :
L’étoile, la Beauté… Rien si ce n’est pas tout !
Et parcourez votre aire en un vent de folie.

Osez contrarier les usages du monde.
Soyez ou l’on attend l’eau le brasier ardent,
Clamez vos vers au vent et ne vivez qu’en aimant.
Qu’au lit de votre cours la poésie abonde !

Contre le raisonnable, ne troquez pas l’intense.
Vous immolant de joie, brillez à tous les yeux
Et quand j’aurai brûlé la plupart de mon feu,
Accordez-moi sur terre votre dernière danse : 

Exaltez-moi !

mercredi 28 février 2018

Loht - La rumeur

« Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté. »

Charles Cros

Je ne prête pas attention
Au bruit qui monte de la foule
Tant il est vrai que le rimeur
Soulève de fielleux murmures
Sous la moindre de ses foulées.

Pas jamais très bien accordé
A ceux prescrits par la coutume,
Pas jamais de bonne cadence
Ou dans l’attendue direction.

Marcher au pas n’est nullement
Dans mes cordes qui sont de lyres
Et n’ont vocation qu’à chanter
Toutes clartés de l’univers.

Ceci étant dit, le poète
Là fit un dernier entrechat
Un sourire gai puis un triste
Et regagna son coin de Lune.

samedi 24 février 2018

Loht - Lune de sang

J’arrive bien tard au Cercle des Poètes… Quand déjà tous ont tissés à la lyre ou au couteau leurs vertes strophes.

J’ai le brin d’herbe aux cheveux, le limon à la semelle, et ma besace n’est pleine que de sauvages exilées  ̶  ô mes belles poignées de farouches fleurettes !
On me saura rustique avant que j’aie parlé. Et mes mots sans effets ni quinconce tomberont dans un silence mortuaire ainsi qu’une neige au mourir de l’année.

Lors ! Qu’offrirai-je en ces lieux qui ne soit fade au regard, qui ne soit atone à l’ouïe ?

Je m’avance cependant et ouvre grand à deux mains les pans épais de ma chemise : au creux de l’immobile Cercle je donne la chamade, le battement pur et sans emphase de mon cœur d’homme, cette lune de sang larmoyante qu’on sent à fleur de ma poitrine. 

Où mieux connaître Loht