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samedi 1 décembre 2018

Jacou - Le chemin de l'école


Souvenirs desséchés

Café au lait avalé,
Au-revoir à mes poupées.
Elles en avaient de la chance,
Pas d'angoisse de ne pas bien savoir leurs leçons.
De réussir les divisions,
Toujours bien habillées, le sourire aux lèvres,
Elles ne se saliraient pas pendant la récré,
Pas de taches sur le cahier, ni d'accrocs au tablier.
Réprimandes et punitions,
Privée de récréation.
Vite, vite, les retrouver le soir.
Oublier les mauvais moments,
Raconter, entre copines, instants privilégiés,
Confidences et secrets,
Du lourd fardeau de la journée se débarrasser,
Enfin jouer.

mardi 20 novembre 2018

Jacou - Petit Larousse 2019

Conversation à baguettes rompues

- Je peux peut-être vous renseigner ?

- Oui, merci. Je cherche un grill.

- Nous avons ce nouveau modèle, leTeppanyaki Jaksch, fabriqué au Japon.

- Je n'aime pas les sushis.

- Les sushis ne se font pas cuire, monsieur.

- Ah, bon ? Mais quand même, je n'ai jamais su manger avec des baguettes.

- Question de savoir-faire, peut-être ?

- Ce doit être ça. Savoir-faire culinaire.

jeudi 5 avril 2018

Jacou - La fée Chocolat


Dans le chocolat, tout est bon.
On peut le fumer, sans craindre la pollution,
Ni encrasser nos poumons.
Les médailles, même en lot de consolation,
Nous apprécions.
Liégeois ou viennois,  dégustons,
Ainsi, nous voyagerons.
En mousse, les babines nous pourléchons.
En un éclair, nous nous pâmons,
Et d'une religieuse, qu'en deux bouchées, nous dévorons.
Et ces tablettes, moulées à Bayonne, nous désirons.
Ah!  pour une barre, nous bondissons.
Quand au pain au chocolat,  attention,
A aucun moment ne le confondons,
Avec la chocolatine de ma région.

vendredi 30 mars 2018

Jacou - Les petits métiers


"POD’LAPINPO ! POD’LAPINPO !"

Pod’lapinpo, comme je le nommais, me terrorisait.
Un homme, barbe hirsute, vêtements en désordre, une femme à ses côtés, un chien, formaient, pour la petite fille que j’étais, un tableau effrayant.
Ils remontaient la Grand Rue, (rue Victor Hugo), poussant une charrette, récoltant des peaux de lapins.

"Mes royans ! Mes royans frais !"
De mes vacances d’été, impasse Mauvezin, autre litanie. Une femme, voix rauque, vantait un poisson de Royan. Intriguée, je ne comprenais pas pourquoi elle  faisait le déplacement du port de Royan à Arcachon, où, me semblait-il, en abondance, étaient péchés des poissons. Qu’avait de plus cette sardine, pour venir de si loin ?

Les jeudis, jours sans école, se passaient parfois à Bordeaux.  Les après-midi, coup de sonnette attendu : « Le caillé. »
Un homme, arrivant de la périphérie de Bordeaux, cela lui faisait bien une trentaine de kilomètres, transportant, à l'arrière de son vélo, bidons de lait de  brebis, et petites fioles.
Sur la table de la cuisine de ma grand mère, l'attendait un grand saladier, dans lequel il versait le lait ; et rajoutait ses potions magiques*. S’accomplissait un miracle. Le contenu du récipient se solidifiait, offrant une surface lisse et miroitante. Alors on pouvait déguster ce délicieux mets, légèrement vanillé,  consistance légèrement  ferme,  fondant dans la bouche. 

* Plus tard, je compris que c'était de la présure et des parfums, vanille ou citron (peut-être, aussi framboise ou fraise...)

mardi 13 mars 2018

Jacou - Poires et raisins

Mise en scène

Bon sang, qu'est-ce que j'ai faim !
Je croquerais bien dans un de ces fruits.
Muuuum, le jus de la pomme qui poisse mon menton.
"Angèle, t'es toute moustous" disait ma mère.
Madame lorgne de ce côté.
Impossible !
Elle se régale bien, elle ! Pourquoi j'y aurais pas droit, moi !
Prendre une goulée de ces grains, laisser craquer la  fine peau et savourer la chair rafraîchissante.
Mais je m'égare.
Astique et frotte, ces pommes luisent bien assez.
Cette poire qui n'arrête pas de tomber.  Et puis, si je la laissais là. J'ai autre chose à faire.
Monsieur aura qu'à essayer, lui.

jeudi 8 mars 2018

Jacou - Le pied à l'étrier

Mettre le pied à l'étrier

Bien chapeautée,
Plumes dans le vent,
Panache obligé,
Tournure et bel équipement
Me voici sanglée.
Ce jour, d'équitation,
Ma première leçon.
Longs jupons,
Bottines à petits talons,
On nous présente.
Bel étalon,
Poils blonds,
Croupe fièrement bondissante,
Narine frémissante,
Jambes musclées,
Fermement  campé,
Poitrail généreux.
Il me scrute, m'évalue,
Suis-je rétive, ou bien soumise,
Belle et avisée compagne,
Cavale d'occasion, ou fidèle amazone.
Installée sur la croupe,
Rênes retenues, ivresse animale,
Un instant, éblouie, je ressens encore
Effleurant les dentelles, ses mains,
Délicatement, soutenant mon pied,
Pour le mettre à l'étrier.

Où lire Jacou

jeudi 8 février 2018

Jacou - Le chat me fixe

Le chat me fixe

Dans la gadoue,
Embourbé jusqu'au cou,
Je rampe, aperçois un trou.
M'y faufile, à croupetons,
Bruits de succion,
Aperçois l'horizon.
Las, ma vue empêchée,
Ma fuite barrée,
Se dresse poils hérissés,
Furieux, un animal.
Menaçant est son râle.
Moi, figé horizontal,
De boue empêtré,
Nul repli espéré,
Tente d'y remédier,
Au félin, ainsi m'adresse:
" Bien le bonjour, Votre Altesse,"
A ces mots, sa moustache, un rictus  redresse,
Ses yeux prenant féroce lueur:
" Suis Raminagrobis, mangeur de souris à ses heures,
Et de vous, ferais volontiers mon quatre heures."
Sitôt dit, sitôt agit.
C'était compter sans soudaine frénésie,
Qui mon corps prit.
Reculant prestement,
Le vilain animal, à ma suite, entraînant,
De ses griffes me défaisant.
Celui-ci, poils englués,
Tente de les lécher,
Sa langue en reste empâtée.
Le voilà tout hébété, furieux,
Offrant spectacle curieux,
Statuaire, greffier malgracieux.
Impuissant spectateur,
Au grand bonheur,
De souris et rats rigoleurs,
Dansant pas chassés, entrechats,
Sans qu'il ne bronchât.
Soudain, de sa gangue, se débarrassa.
Tel un ressort, jaillit de la glu,
Menaçante, ongles pointus,
Une patte griffue.
Cris et stupeurs, sauve qui peut
Petits rats, à qui mieux mieux
S'enfuient, désordre et pas d'adieux.
De ce remue-ménage profitant,
Je m'esquive tout autant,

Sans faire révérence ni saluant.