Le chat me fixe
Dans la gadoue,
Embourbé jusqu'au cou,
Je rampe, aperçois un trou.
M'y faufile, à croupetons,
Bruits de succion,
Aperçois l'horizon.
Las, ma vue empêchée,
Ma fuite barrée,
Se dresse poils hérissés,
Furieux, un animal.
Menaçant est son râle.
Moi, figé horizontal,
De boue empêtré,
Tente d'y remédier,
Au félin, ainsi m'adresse:
" Bien le bonjour, Votre Altesse,"
A ces mots, sa moustache, un rictus redresse,
Ses yeux prenant féroce lueur:
" Suis Raminagrobis, mangeur de souris à ses heures,
Et de vous, ferais volontiers mon quatre heures."
Sitôt dit, sitôt agit.
C'était compter sans soudaine frénésie,
Qui mon corps prit.
Reculant prestement,
Le vilain animal, à ma suite, entraînant,
De ses griffes me défaisant.
Celui-ci, poils englués,
Tente de les lécher,
Sa langue en reste empâtée.
Le voilà tout hébété, furieux,
Offrant spectacle curieux,
Statuaire, greffier malgracieux.
Impuissant spectateur,
Au grand bonheur,
De souris et rats rigoleurs,
Dansant pas chassés, entrechats,
Sans qu'il ne bronchât.
Soudain, de sa gangue, se débarrassa.
Tel un ressort, jaillit de la glu,
Menaçante, ongles pointus,
Une patte griffue.
Cris et stupeurs, sauve qui peut
Petits rats, à qui mieux mieux
S'enfuient, désordre et pas d'adieux.
De ce remue-ménage profitant,
Je m'esquive tout autant,
Sans faire révérence ni saluant.