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dimanche 12 novembre 2017

Tiniak - Sortie de secours

Je me suis assis las du spectacle du monde
à ronger ma faconde avec mes dents gâtées
à recompter mes pieds durant quelques secondes
et le poids d'un ciel creux sur mon cou fatigué

Passe... Passe ! Ombre sale et bien mal assortie
à l'or de ce parvis au magistral déclin
Si jai tendu la main, c'est vers cette souris
qui n'attend que la nuit pour me donner le sein

Que sais-je ? Dois-je encor couler, mah ! Supervielle ?
au creux de mon libelle, et clamer, haut et fort
l'insigne ritournelle : "Eh ! C'est trop tôt, la mort !"

Je demeure assis, là, près du fleuve, ce cours
révoquant des amours la porte de sortie
et la soupe d'orties quand on se prend un four

Où respirer, s'asseoir et dire : c'est mon tour...

samedi 11 novembre 2017

Gene M - Sortie de secours

Agathe courait, volait, légère et joyeuse vers le Musée du Louvre.
Amoureuse, elle était tombée amoureuse d'un jeune seigneur florentin
du XVIème siècle !

Etudiante en art, Agathe avait découvert le tableau un peu par hasard.
Mal situé, dans un coin d'une galerie où les chefs-d'oeuvre
abondaient, il n'attirait pas spécialement le regard.

Toutefois, lorsque l'on s'approchait on était alors frappé par son charme.
Un jeune homme à la beauté ténébreuse posait devant son palais. Une
lumière dorée baignait l'ensemble de l'oeuvre.
Le jeune homme au regard fier souriait de façon mystérieuse, il avait
une dague à la ceinture.

Agathe venait presque tous les jours admirer le tableau exécuté par un
petit maître de la Renaissance. Crayon en main, elle tentait de
reproduire les traits altiers du jeune seigneur.
Mais elle ne parvenait pas à percer le mystère de son sourire.
Il y avait quelque chose derrière ce regard et ce sourire...
Et puis le palais était magnifique avec ses jardins luxuriants...
Agathe avait effectué des recherches sur ce tableau. Qui était ce
jeune homme ?  Ce devait être un Prince pour posséder un palais aussi
somptueux. Mais elle n'avait rien trouvé.

Sa passion pour le tableau devenait envahissante et tournait à
l'obsession. Il fallait qu'elle sache. Elle pressentait que le tableau
détenait un secret à la fois effrayant et attirant...

Un jour, scrutant une fois de plus l'étrange tableau, elle s'aperçut
qu'une toute petite fenêtre était éclairée dans le Palais. Ce devait
être une bougie. Curieusement, elle ne l'avait jamais remarquée...

Ce matin là, Agathe soigna particulièrement sa tenue. Elle voulait
être la plus belle pour son seigneur.
Elle arriva devant le florentin et fut aspirée par un vent puissant
qui venait du tableau.

Lorsqu'elle reprit conscience, elle se trouvait dans une petite pièce
glaciale, éclairée par une bougie. A côté d'elle se trouvait une belle
jeune fille richement vêtue à la mode de la Renaissance. Elles se
regardèrent sans mot dire. La jeune fille semblait terrifiée.
Agathe comprit en voyant son regard se diriger vers un placard d'où
suintait du sang.

Soudain le jeune Prince apparut et Agathe s'aperçut que sa barbe très
noire avait des reflets bleutés.

Mon Dieu , je suis chez Barbe Bleue, ce n'est pas possible, il doit
bien y avoir une sortie de secours......

Turquoise - Sortie de secours

Prenons connaissance d’un jugement rendu
il y a environ un mois
:

"L'adultère commis par une femme est une conduite que la société condamne et condamne fortement",
peut-on lire dans la décision du tribunal de Porto, qui explique
"comprendre la violence de l'homme, victime de cette trahison après avoir été vexé et humilié par sa femme".
"Dans la Bible nous pouvons lire que la femme adultère devait être punie par la peine de mort",
rappelle le texte qui cite également la lapidation de femmes infidèles dans certaines sociétés et une loi portugaise de 1876 prévoyant des peines légères à l'encontre d'un homme qui tuait sa femme coupable d'adultère.

Au cours de la semaine qui a suivi ce jugement, quelques médias ont relayé l’information mais, aujourd’hui, en interrogeant Google sur la question, je me rends compte que les articles traitant ce sujet sont fort peu nombreux, et déjà noyés parmi bien d’autres nouvelles.
J’essaie de comprendre.

Même si le verdict me semble tout à fait inadéquat, je me dis que cette dame a déjà eu la « chance » de voir sa plainte aboutir à un procès.
De multiples questions se poseront encore longtemps.

Combien sont celles dont la douleur s’arrête à la porte du logement familial, dans les couloirs du commissariat ou de l’hôpital, au Portugal, en Europe, dans le monde ?

Pourquoi l’entourage familial, le voisinage, tous ceux qui sont au courant de la situation, se taisent-ils pendant aussi longtemps ?

Comment les médias européens osent-ils s’insurger contre des jugements prononcés en Arabie Saoudite ou en Chine alors qu’ils passent celui-ci presque sous silence ? Comment une référence aussi inadéquate à la Bible ne provoque-t-elle pas une levée de boucliers médiatique ?

La seule réponse qui me vient à l’esprit est qu’il s’agit d’une question de lectorat ou d’audimat. Je ne puis, dès lors, m’empêcher de faire un parallèle avec la campagne « balance ton porc » qui fait fureur depuis plusieurs semaines, aussi bien dans la presse écrite que dans de nombreux débats télévisés.

Ah oui, on parle beaucoup des personnalités publiques salies par les dénonciations de cette campagne : la honte s’est abattue sur tous ces mâles qui ont profité de la situation, les femmes ont enfin libéré leur parole, on entre dans une autre ère.

Ah oui ? Pas pour tout le monde ! L’histoire ne dit pas encore - et ne dira peut-être jamais - comment évolue la situation de toutes ces femmes qui, harcelées au quotidien, n’ont pas accès à tout ce battage médiatique.
Dans les deux cas, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Quelle est la sortie de secours pour toutes les autres ?

jeudi 9 novembre 2017

Célestine - Sortie de secours

Question plantigrade et subsidiaire.

A la piscine, après sa baignade,
Est-ce qu’un ours mouillé
A le droit d’emprunter
La sortie de « sec ours » ?

mercredi 8 novembre 2017

Marité - Sortie de secours

Aux commissions.

Madame Souris vaque à ses occupations.
Munie de son grand panier à provisions -
Il faut bien nourrir ses quatre rejetons -
Elle se dirige vers le placard de la maison.

Elle sait y trouver du fromage en portion,
Du thon, quignons de pain et  pignons.
Elle mettrait bien au menu du sabayon
Et ne dédaignerait pas un peu de potiron.

Ah, nous y voilà ! Ajustons nos lorgnons.
Choisissons avec précision des cornichons,
Du jambon, des oignons. Pas de saucisson,
Ça donne de la tension, même des boutons.

Voyons ! Voyons ! Ne soyons pas trop tatillon
Si les haricots sont habités par les charançons
Cela fera de la viande pour mes petits ratons.
N'oublions pas les macarons et des bonbons.

Je prendrai aussi du sucre, juste un soupçon.
Il faut faire  très attention à l'addiction.
Des champignons, un reste de bourguignon
Vérifions attentivement la date de péremption.

Quoi ? Que se passe-t-il ? Une hallucination ? 
Qu'est ce cerneau de noix posé  sur un bâton ? 
Je vois, je vois, sûrement un attrape-couillon.
On ne va pas y passer le réveillon : filons ! 

Voilà un intrus. Regagnons la canalisation.
Pas du tout envie de jouer à cache-tampon.
Mais impossible de passer devant le trublion.
Il va falloir trouver fissa une autre solution.

La seule sortie de secours se fait par la cloison.
Avançons lentement, avec mille précautions.
Cet avorton, pour lequel j'ai une grande aversion
Serait capable de me croquer comme un trognon. 

Ce détestable chat qui se nomme Tartempion
Me poursuit avec une grande obstination.
Mais pour l'heure, le matou est à la digestion.
Cette fois encore, je vais lui tourner le croupion.

Pivoine - Sortie de secours

Mais où est la sortie de secours ?

Il y en a une sur le palier. La porte est d'ailleurs toujours ouverte. Huit étages à dévaler, par une cage d'escalier en colimaçon. De quoi vous donner le tournis. Et la tremblote. Ce qui me rappelle les visites de beffrois, oui, nos beffrois flamands. Ni tours de cathédrale, ni donjon de châteaux forts, le beffroi était le symbole des libertés communales - dans nos régions. Durement acquises par les citoyens des villes. Des villettes. J'en ai monté des escaliers, et descendu... Mes jambes flageolaient, à l'arrivée.

Ma mère disait "c'est ce qu'on appelle une "fausse-faim" - peut-être que quand on a faim, les jambes tremblent. Je ne sais pas, là, je n'ai pas faim.

Manger! Ah! Même quand on n'a pas faim, voilà une belle sortie de secours.

Manger, oui, ça vous aimez. D'abord, les repas de l'enfance, c'était le moment où la famille se rassemblait dans la cuisine. Le poêle ronronnait... Il y avait le souper tartines - devant vous, deux tasses, celle avec du lait, et celle avec du café noir, pour tremper les tartines dont on avait coupé les croûtes. Les rares buffets familiaux, avec vos cousins préférés, les plaisanteries que les grands s'échangeaient, et votre admiration éperdue pour votre cousine: si grande, si belle, si savante…

Et puis, un jour, vous aimerez faire à manger. Vous avez toujours aidé votre mère, votre frère et vous. Pour la pâte à gaufres, la pâte à quatre-quarts. Les crêpes et les beignets. Il fallait battre les blancs d’œufs en neige. D'abord avec deux fourchettes, puis avec un batteur - mécanique. Pour le quatre-quarts, il suffisait d'attendre que le gâteau soit cuit, mais quand on "faisait des gaufres", dans le gaufrier tellement cuit et recuit... Il fallait surveiller la cuisson, juste pour que cela ne colle pas. Et cela collait souvent. Alors, on faisait une gaufre, rien qu'avec de la farine et de l'eau, et petit à petit, les gaufres sortaient, moelleuses, douces, dorées, de l'amour à ras bord.

Et que dire des séances familiales autour du "bodding" bruxellois ? Tout le vieux pain avait trempé dans la plus grande casserole du ménage, et puis, un soir, il fallait presser le pain - tout le monde était réquisitionné. On le réduisait en fines miettes avec le "passe-vite", et on le mêlait aux raisins mis à tremper dans du rhum (beaucoup de rhum), au sucre et aux oeufs - toujours avec le blanc battu en neige...
Et tout cela cuisait pendant une heure.
La maison embaumait.
On en mangeait pendant plusieurs jours.

Et puis, vous vous êtes lancée... Des mousses faciles, dans un livre de cuisine pour les petites filles, les recettes de "Vive la cuisine jeune", les spaghetti al dente, avec du parmesan, goût salé et piquant, et puis cette encyclopédie de la  cuisine de A à Z que vous avez demandée pour vos quinze ans.

Vous avez rêvé de faire des choses compliquées, savantes, des pâtés - vous n'avez pas trop mal réussi, il fallait juste fixer la dernière petite pièce de l'appareil à hacher correctement, sinon le pâté filait non pas dans le saladier, mais remontait jusqu'à l'ouverture... Du foie gras (mais votre foie gras, gelé, venait de Hongrie et vous n'avez jamais pu le dénerver). Et vous avez refait les gâteaux familiaux, le baba aux bananes, le moka aux marrons... Et ses variantes.

Vous avez visité les cuisines du monde, chinoise (le gâteau aux huit trésors), russe (les pirojkis), mexicaine, viennoise, allemande, indienne, (les raïtas) – et tous les pays du sud confondus. Et même la poule au pot du roi Henri IV. Car voyager dans le temps. Pourquoi pas? Après tout, la pissaladière, avec son mélange d'anchois salés et d'oignons rappelle - lointainement, le garum des Romains. Ah ! Que ce garum vous a fait rêver !

Pourtant, vos narines du XXI ème siècle l'auraient probablement trouvé atroce.

Puant comme un Herve de chez nous? Ou comme le fromage de Bruxelles ? Hyper salé, mais maigre. A mélanger avec des échalotes, un peu de fromage blanc ou frais, du poivre, succulent.

Là, oui, en ce jour morose de novembre, l'idée de manger vous apparaît comme une jolie porte de secours.


Et comme dans un hôtel provençal où vous avez passé de merveilleuses vacances, jadis, vous calligraphieriez bien, au-dessus de votre porte : "l'amour de la table est le dernier des amours. Mais il console de tous les autres". 

mardi 7 novembre 2017

Pascal - Sortie de secours

Martin-le-Preux 

Pendant les Arpètes*, après certaines heures du soir, il ne faisait pas bon se balader seul, s’aventurer sous les ombres des pins parasols, entre les bâtiments déserts, faire mine d’abondance en tirant sur des blondes américaines ou ouvrir sa gueule pour n’importe quoi et n’importe où. Combien d’entre nous se sont fait prendre dans un guet-apens, dans une bousculade, avec quelques gifles sur le museau pour se faire racketter leur paquet de clopes ou de la monnaie…

En groupe de quatre ou cinq, on ne craignait pas grand monde et, le week-end, du foyer à la cantine, de la Cour d’Honneur à la chambrée, je m’arrangeais toujours pour ne pas être isolé. Je venais d’une famille sans histoire, alors je n’en créais pas. Quand j’étais seul, je ne demandais rien à personne, je n’ouvrais pas la bouche, je ne réclamais jamais ; comme un courant d’air pressé, je rasais les murs, je ne levais pas les yeux, je filais doux, transparent, aérien dans les couloirs et sous les arcades de notre institution, laissant aux autres le pouvoir chimérique de leur suprématie musclée…

Pour assurer nos premiers pas dans cette Ecole et ne pas subir les tracasseries de ces plus grands qui traînaient aux alentours, comme des requins affamés flairant une proie facile, c’était bien d’avoir un aîné, un grand frère, un protecteur, pour surveiller les petits pioupious que nous étions.

J’avais un bon bled : Martin ; qu’il m’excuse, j’ai oublié son prénom. Quartier-maître, il terminait ses classes à Rouvière* ; il avait fait partie des censeurs qui avaient corrigé nos copies à l’examen d’entrée à l’Ecole. C’est comme cela qu’il m’a connu ; par le fait de mon nom, des infos sur ma fiche d’inscription et de ma Compagnie, il m’avait facilement retrouvé dans l’Ecole…

Un jour, il avait déboulé dans notre pigeonnier* avec quatre ou cinq potes, pour venir me rencontrer. On aurait dit une expédition punitive, une descente qui va mal tourner, des représailles où, forcément, ça va saigner… A chaque apprenti qu’il rencontrait, il réclamait mon nom… Qu’avais-je fait de si mal pour voir arriver ces « grands » dans notre chambrée ?... Je me souviens de leurs vareuses blanchies par le temps, de leurs bâchis* posés nonchalamment sur leur tête comme des galettes informes et de la peur panique qu’ils insufflaient à notre Compagnie. Ils avaient tous une demi-tête de plus que nous… « Dupont, tu vas t’en prendre plein le pif !... » « Dupont, numérote tes abattis !... » « Dupont, t’es mort !... » C’était dans les pensées funestes de mes voisins de chambrée…

Tout à coup, j’entendis distinctement, d’un cafeteur zélé : « Dupont, c’est la troisième bannette, à gauche !… » A cet instant, j’aurais bien aimé être une souris, trouver le premier trou qui passe et m’y engouffrer sans jamais revenir ! Mieux ! Une sortie de secours qui donne dans une petite rue intemporelle, un labyrinthe, où je connaîtrais seul les méandres pour qu’ils ne me retrouvent jamais, ces bourreaux !...

Je me demandais bien ce que j’étais venu foutre dans cette galère, vu que toutes les rames, j’allais me les prendre sur la figure…

Ignorant tous les règlements, ils avaient les mains dans les poches, des gueules patibulaires, des dégaines chaloupées d’anciens et, comme une volée de moineaux, la plupart des Apprentis de la chambrée s’étaient volatilisés sans demander leur reste… Mais quels protocoles occultes avais-je donc transgressés pour me retrouver tout flageolant devant cet inquiétant tribunal ?...

Les poings sur les hanches, le grand costaud blondin m’interpella sans façon : « C’est toi, Dupont ?... » Il n’avait pas une once de graisse ; les muscles de sa bouche soulevaient même ses oreilles ; quand il bougeait les bras, ses biceps s’arrondissaient brutalement, toujours prêts à se détendre. Avec l’ancre de Marine de sa chemisette cousue sur le cœur, on aurait dit un chevalier en croisades…

Que répondre ?!... C’était indiqué, en grande évidence, sur ma plaque signalétique !... Plus près de toi, Seigneur, c’était le seul refrain qui courait sur mes lèvres tremblantes… Comment allait-il m’accommoder, cet exécuteur des basses œuvres ?... Qu’allais-je déguster en premier ? Un coup de poing ? Un coup de pied ? Un coup de boule ? A l’avance, pour l’avoir déjà pratiqué, je connaissais le goût du sang dans la bouche, les affres pénibles du souffle coupé, les frissons dans l’échine, ceux qui ne trouvent jamais d échappatoire…

J’avalai ma salive : « Oui, c’est moi… »
Avec un large sourire, il me tendit la main en signe de grand bonjour amical ! Il m’expliqua qu’il avait supervisé mes copies, que j’avais eu des bonnes notes à l’examen d’entrée et il s’était aperçu que j’étais de Romans. « Oui, oui, j’étais de Romans !... J’ai fait mes classes à (l’école) Gaillard ! Oui, oui, je connaissais le bar de la Marine sur la place Jean Jaurès ! Le cinéma l’Alhambra et ses nouveaux fauteuils rembourrés ! Ben oui, je connaissais notre Jacquemart, le Pont Vieux et Saint Barnard ! J’ai même fait ma communion solennelle à Saint-Hippolyte !... Je suis incollable sur notre bonne ville de Romans ! Elle me manque tellement !... »

Un bled ! C’était un bled !... Pour un peu, il m’aurait donné l’accolade, Martin ! C’était impeccablement marqué au Rotring* sur sa plaque signalétique… Je lui confiai des nouvelles de chez nous ! Devant chez « Babychou », il y avait des travaux de voirie, le patron du bar du Taxi avait changé son flipper, au Tech*, il y avait de nouvelles classes pour apprendre la godasse, les tanneries embaumaient invariablement la ville !...

Mais oui, le vent du Nord laissait toujours filer ses nuages dans la vallée du Rhône et le soleil les éclaboussait assidûment de lumière ! Mais oui ! Depuis quelques jours, le Pré de Cinq Sous avait mis son manteau blanc sans rien demander à l’hiver ! L’Isère ? Notre Isère avait toujours des mensonges de vieille commère et des chuchotements de belle demoiselle !...

Voyant mon avantage et pour lui faire plaisir, tel un camelot sur la Place de notre marché du vendredi, je lui avais sorti tout le dépliant touristique de notre région. Je lui aurais bien parlé des nouvelles locomotives dans la vitrine de chez « Rivoire », du feu d’artifice tiré sur les quais au quatorze juillet, des énormes cornets au chocolat du « Régal Glace » mais voyant son début de barbe et son attitude de jeune homme, je craignis d’être hors sujet ; j’avais à peine seize ans, il en avait dix-huit ou dix-neuf, autant dire un abysse, celui entre un ado et un début d’adulte avec d’autres intérêts…

Ses yeux brillaient, il hochait la tête et sa bâche accentuait le mouvement de ses « oui » approbateurs ; il était content du résultat de son examen. S’il était mon bled, j’étais le sien et cela lui conférait une responsabilité d’aîné qu’il endossait avec solennité. Comme un roi mage accueillant le messie, dans sa vareuse repliée, il m’avait apporté des paquets de cigarettes, des illustrés, des petits gâteaux de cantine enrobés dans du papier d’argent, et tout ce qui pouvait me manquer quand on se retrouve complètement paumé entre les hauts murs d’un internat militaire.

J’ai serré la main aux autres ; ils avaient tous une poigne à casser des noix de l’Isère avec le poing mais je ne laissai rien paraître à l’écrasement de mes phalanges ; on verrait demain pour tenir la lime à l’atelier… Sans gêne, ils s’étaient posés sur les bannettes* alentour, mettant sciemment leurs pieds sur les couvertures et fumant leurs clopes en foutant leurs cendres n’importe où. Comme une sévère meute de méchants loups en vadrouille, ils laissaient leurs marques, leurs souvenirs impérissables à tout notre bâtiment. Dorénavant, quiconque toucherait à un seul cheveu de ma tête, pourtant rasée, aurait affaire à eux…

Ils m’entraînèrent dans la cour des joutes et on fuma la clope sur le premier banc venu ; il suffit simplement qu’ils grognent et qu’ils montrent les gros yeux pour que les habitués du lieu déguerpissent sans demander leur reste. Martin-le-Preux me donna des conseils d’ancien de l’Ecole ; il avait ses recommandations et, surtout, à la moindre anicroche avec quiconque, aussitôt, je devais en référer à lui, ou à un de ses potes avachis sur le banc. Comme une traînée de poudre enflammée, à travers toute l’Ecole, ça s’était su et j’eus une paix royale jusqu’à la fin des Arpètes. Au Premier Contingent*, ce n’était plus pareil puisque c’est moi qui jouais les anciens…

Arpètes : Ecole des Apprentis Mécaniciens de la Flotte à Saint-Mandrier.
Rouvière : Lycée à Toulon pour préparer le bac S.
Pigeonnier : Compagnie située sous les toits d’un grand bâtiment.
Bâchis, bâche : Coiffure des matelots.
Rotring : feutre à encre noir pour le dessin industriel.
Tech : Lycée technique de Romans.
Bannette : lit.
Premier Contingent : Ecole des Mécaniciens.

Joe Krapov - Sortie de secours

LA SORTIE DE SECOURS EST AU FOND DE L’ESPACE

Sortie de secours !
Sortie de secours !
Sortie de secours ?

Rappel des faits :

Entrée des artistes
(Ou liste des personnages) :
Madame et Monsieur ;
La sœur de Madame, 
actrice de théâtre.

Soirée de gala
Première de la pièce
Théâtre de l’Athénée
Entrée des spectateurs
Rideau de scène rouge
Place de parterre
Fauteuil de velours
Soupirs d’aise

Lever de rideau
Pièce de Feydeau
« Dame de chez Maxim’s »
Claquements de portes
Avalanche de quiproquos
Mots d’esprit
Scènes de ménage
Coups de théâtre
Eclats de rire
Fin de la pièce
Saluts au public
Déluge d’applaudissements

Visite aux loges
Remise de bouquet
Félicitations à la belle-sœur
Présentation au metteur en scène
Bouteille de Champagne
Cliquetis des coupes
Brouhaha de conversations croisées
Trop-plein de gaieté
Ecran de fumée.

Ecran de fumée ?

Ecran de fumée !
Quintes de toux
Mouvement de panique

Pompier de service :
- Début d’incendie !
- Mégot mal éteint ?
- Non, acteurs allumés,
Planches brûlées !
Jeu du feu de Dieu !
Evacuation des locaux !
Sortie de secours !
Sortie de secours !
Au fond du couloir !


Affolement des troupes
Bousculade effrénée.

Résultat des courses :
Chute du portefeuille !

Air frais du dehors.

- Pompier de service ! 
Pompier de service ! 
Incident de parcours ! 
Chute de portefeuille !

- Consignes de sécurité ! 
Entrée interdite 
Risques d’intoxication
Menaces d’effondrement !

Remise à demain
Espoir de retrouvailles
Bureau des objets trouvés
Accueil du théâtre

Retour au parking
Horreur ! Malheur !
Salsa du démon !
Verre pilé par terre !
Bris de glace avant !
Vol d’auto-radio !
Crevaison des pneus !

Station de taxi
Appel assurances
- Cerise ? Groupama ?

Silence radio !
Panne de réseau ?
Non, batterie à plat !

Retour domicile
Tour de clé
Brossage des dents
Pyjama à rayures
Jet de la viande dans le torchon
Etat de sidération
Recherche du sommeil
Insomnie à répétitions

Journée de merde !
Vie de chien !
Théâtre de boulevard ?
Plus jamais de ça !
Relâche !
Fermeture définitive

Désormais dévédés at home
Ou relecture de Proust

Misère de misère !

Sortie de secours ?
Sortie de secours ?
Sortie de secours ?

Où lire Joe Krapov

lundi 6 novembre 2017

Andiamo - Sortie de secours

Sortie de secours.

Putain ça fait un moment que je suis là ! Il fait tout noir, c'est humide, je peux même dire que je barbotte... Carrément, pouah !
Seul point positif : il ne fait pas froid, je dirai même température constante, mais alors qu'est ce que je suis ballotté, ça me file la gerbe, qu'est ce que je fous là dedans ? Si je tenais l'enfoiré ou l'enfoirée va savoir Charles (vieille pub, qui s'en souvient) ? Qui m'a relégué dans ce trou étroit, je ne peux même pas allonger mes guibolles, je suis recroquevillé, pas moyen de pousser les murs... Merdum !
Mais... Mais que se passe t-il ? Quelqu'un a tiré la chasse ? Toute la flotte dans laquelle je baigne depuis belle lurette fout l'camp, j'aperçois une lumière tout au bout, la sortie de secours... Enfin !
Encore un petit effort, pétard de pétard ça coince, c'est pas fastoche, je ne retournerai jamais dans ce truc, sûr Ségur, et j'entends une femme qui hurle... J'ai maaaaaal, ben oui moi aussi j'ai mal.
L'infernale lumière me cueille, je suis sorti, c'est un garçon Madame, gueule une voix d'homme, ben oui il s'attendait à quoi ? Une clé à mollette peut-être ?

Je trouve sa réflexion tellement con, que moi aussi je me mets à gueuler !



Où lire Andiamo

Célestine - Sortie de secours

« Je suis née à quatre heures du matin, le neuf janvier mil-neuf-cent-huit, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. »
Oui j’aurais pu commencer ainsi mes mémoires, mais d’abord, je suis encore un peu jeune pour me retourner sur ma vie, et puis, je suis née plus tard, beaucoup plus tard, et dans un deux-pièces où mes parents s’aimaient comme deux pigeons, qui donnait sur le Garlaban couronné de chèvres de Pagnol. Et pour te dire toute la vérité, je n’ai jamais été trop rangée…
Ah Simone, si tu savais comme être une femme libre est toujours aussi compliqué. Palpitant, certes, émouvant, formidable, tout ce que tu voudras, mais compliqué.
Et encore, je ne me plains pas. J’aurais pu naître au Yémen, ou en Afghanistan sous les talibans, ou au fin fond de l’Afrique, pilant le mil en regardant tomber mes seins vidés comme des outres en peau de zébu.
J’aurais pu être pute sur un trottoir à Manille ou à Tanger, pour d’autres colonies de vacances… J’aurais pu être exposée en vitrine à Amsterdam, ou vendue à la sauvette dans les bas-fonds de Fortalerza. Interdite d’études, de conduite, de téléphone, murée dans un sac, enfermée derrière un grillage, mariée de force à huit ans, violée, excisée, et lapidée ou brûlée vive pour me punir d’adultère…
Mais je suis née comme toi, dans le pays des Lumières, et ton Deuxième Sexe a bercé mon adolescence de rêves flous et beaux. J’avais des fleurs dans le cœur et les cheveux, Hare Krishna à mort, le guide du routard dans la poche. Je fumais des gauloises bleues, la la la…les beaux jours…
C’était bien chez Laurette. Alors je sais, parfois on est un peu difficiles à comprendre (ou à supporter) avec nos hormones en dents de scie, nos lunatismes, notre encombrante féminité. Mais ça devrait pouvoir se régler entre gens de bonne volonté. Je connais des hommes tellement merveilleux, et si soucieux de cet équilibre fragile sur lequel repose l'avenir de notre engeance…
Eh bien, imagine-toi, chère Simone, que plus de cent ans après ta naissance, on est pourtant encore en train de se battre pour ne pas être prises pour des gourdes, des objets, des poupées. Encore en train de crier « ni putes ni soumises » encore indignées, révoltées contre des choses que tu pensais en passe de se résoudre, et dont je t'épargne la liste…
Alors elle est où la sortie de secours, Simone, pour les femmes, et surtout pour celles victimes de violence, tombant sous le joug d’un crétin allumé par son cerveau reptilien ? Faudra-t-il que, comme le disait Jean-Sol Partre, ton vieux complice, nous en soyons réduites, pour qu’on nous respecte, à déclarer :
 
 « Je vais laisser pousser ma moustache » ?

Où lire Celestine

Vegas sur sarthe - Sortie de secours

Courage, fuyons


A force de courir de motel en resort
après avoir joué tout en catimini
aux rendez-vous secrets autour d'un Martini
elle voulut bientôt passer la grande porte.

Elle exigeait des bans, le maire et ses adjoints
une lune de miel à Copacabana
un ryad à Tanger, des boys, un sultanat,
d'amant inopiné je devenais conjoint.

La corde du pendu me tenait haut et court
tandis que Pamela devenait tyrannique,
fini le radada, au lit Adieu la nique!

Un gorille inquiétant dormait devant sa porte,
à mon corps défendant il fallait que je sorte
j'ai pris bien malgré moi la sortie de secours


Laura Vanel-Coytte - Sortie de secours

Sortie de secours ?

Depuis des années, Cannelle cherche la sortie de secours : elle crie « Au secours » mais peu l’entendent.
Qui lui ouvrira l’issue de secours pour sortir des douleurs permanentes et de la fatigue ?
De médecins en médicaments, sa bataille reste vaine : elle court et marche vite
Mais les douleurs toujours la rattrapent et presque tous la jugent coupable.
Non coupable et pas victime non plus : elle n’a pas l’air malade et ne se plaint pas
Alors comme le mouton, qui crie trop au loup, ses appels ne sont pas crédibles.
Devrait-elle se plaindre  pour qu’on lui porte secours  au risque de se perdre ?

Stouf - Sortie de secours

Je est un autre sortie de secours

Je me souviens des séances de lecture que me prodiguait ma frangine qui savait lire et moi pas encore. Cela se passait sous le pommier du jardin les jours de beau temps ou au grenier, que nos parents nous avaient laissé aménager à notre guise, pour les jours de pluie.
Pff … j'en avais ras-le-bol de cette Martine et de son moineau à la ferme ou de fantômette parce que c'était que des histoires de filles.
Je voulais des histoires de cow-boys qui se faisaient mettre une raclée par les indiens ou des histoires de chevaux comme Crin blanc le Camarguais et son ami Falco un petit garçon comme moi.
Donc, j'appris très vite à lire et ma frangine et moi aimions toujours nous réunir sous le toit … elle étudiait alors des livres classiques écrits par des bonhommes avec des grandes barbes, parce que c'était la mode de leur temps. Des vieux quoi !
Ah oui … sur la porte du grenier nous avions cloué un petit panneau « Issue de secours » que j'avais piqué à l'école communale et que papa et maman respectaient puisque lorsque nous étions là-haut ils étaient tranquilles.
Moi, j'avais attaqué la série de Pif gadgets avec Rahan ou Tata et Hercule. Par la suite la frangine n'était plus là car partie habiter dans une cité U pour devenir prof et moi je continuais à dévorer JRR Tolkien ou Jack London ou Le moine de Lewis traduit par Antonin Artaud.
En fait c'était notre havre, notre refuge, une planque où nous passâmes des heures inoubliables, une issue vers l'inconnu des lignes suivantes de notre histoire sans fin.
Bien sûr nous y étions toujours équipés d'un paquet de petits biscuits LU ou d'une douzaine de crêpes, ainsi que d'un bon litre d'orangeade !
Génial… le lieu existe toujours, même si papa fut emmené un jour par l'Ankou et que maman bat un peu la campagne ces temps-ci. La sœurette et moi nous y réunissons une fois par an et personne ne dois nous déranger. C'est un ordre! ;o)

Tisseuse - Sortie de secours

Tourne, tourne, manège infernal
Dans la tête, vide intégral
Pas de prise, pas d’accroche
Pas de bille dans la poche
Pas de sortie de secours

Roulements de tambour
Dans la tête à rebours
Le compteur à mille tours
S’emballe et se goure
Un être pèse si lourd

A bout de corde
Balancier mal réglé
L’avance est monocorde
Tellement peur de sombrer
C’est si vite arrivé

Quand la vie mal cadrée
Se met à déconner
Tout est froid enchâssé
Rien n’est bien balisé
Dans un cœur saccagé

Emmuré, engourdi
Claquemuré, abasourdi
Quelle forteresse
Quelle muraille épaisse
Laissera filtrer l’envie

Quand tout semble sans raison
Comment ne pas sentir ce poison
Qui rend hagard
Retrouver une lueur dans le brouillard
Pour atteindre un nouveau quai de gare

Semaine du 6 au 12 novembre 2017 - Sortie de secours

Vous vous êtes affolés toute la semaine dernière, mais n'auriez-vous pas besoin d'une sortie de secours pour relâcher la pression ?

Nous vous proposons de prendre un bol d'air en utilisant ces 3 mots dans un texte, en prose ou en vers, qui devra nous parvenir avant dimanche 12 novembre à minuit, à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com...

... sous peine d'être définitivement refermée !