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vendredi 18 décembre 2015

DJ- Noël en couleurs

Le rêve de Joseph.


Joseph se réveille au milieu de la nuit et son rêve se délite sitôt qu'il ouvre les yeux. les quelques images qu'il retient - un long manteau rouge, une cheminée, des paquets multicolores... et cette curieuse mousse blanche et froide qui couvre les rues et les toits bizarrement pentus des maisons – sont tellement abracadabrantesques qu'il désespère y trouver un sens. Il faut reconnaître qu'il n'est pas savant. Il a un bon métier, charpentier - on aura toujours besoin de poutres et de planches. Mais de là à comprendre les rêves...


Joseph tend l'oreille. À cette heure, la ville est silencieuse. La nuit doit être douce ; la lune éclaire les toits en terrasse, les jardins exhalent leurs parfums. Une belle nuit pour les amoureux... Voyons, Joseph, reprends-toi, tu es papa, maintenant. Tu as un fils, un premier-né, qui dort à côté de sa mère !
Il prend une longue inspiration. C'est une chance d'avoir pu être hébergé par des bergers. Aussi, quelle idée ont eu les romains d'organiser ce recensement qui a fait accourir à Bethléem du monde des quatre coins de la province ? Ils sont fous, ces romains ! Quelque effort qu'on fasse, il est impossible de les comprendre.
Somnolent, Joseph se retourne et songe : est-ce qu'on comprend les gens ? Ce qu'il voudrait, lui, c'est comprendre les bêtes. Ce que jappent les chiots qui batifolent devant son atelier, ce que stridule la cigale du jardin, ce que zinzinule la mésange nichée dans l'acacia de la cour, ce que flûtent les merles de l'oliveraie, ce que blatèrent les chameaux du caravansérail, et même à quoi songent les crabes qui trottent en biais sur les plages de la mer Morte.
Décidément, le sommeil le fuit. Il se lève, tente quelques pas précautionneux dans l'obscurité. Patatras ! Il se prend les pieds dans un balai, tombe sur les présents amoncelés le long du mur, trébuche sur la cassolette d'encens, manque renverser la bouteille d'essence de navet, bouscule la jarre de myrrhe, piétine le pot de benjoin, s'étale sur la boite de guimauve... Ouf, le tintamarre n'a réveillé personne !
Mais qu'est-ce qui leur a pris, aussi, à ces trois visiteurs du soir ? Débarquer en pleine nuit, passe encore : l'hospitalité est sacrée. Mais venir les bras chargés d'offrandes, c'est trop. Il a cru un moment à une erreur. Mais ils ont insisté. Et ils ont l'air si bons, si savants. Eux sauraient expliquer son rêve. Joseph aimerait bien en discuter avec eux, mais il a peur de passer pour un niais.
La poussière dorée qui s'élève des pots renversés lui chatouille le nez. Voilà qu'il entend des voix qui percent le silence... ça vient de l'étable, juste à côté, où logent les trois visiteurs. Ce doit être eux : des savants, ça peut parler toute la nuit. Curieux, Joseph se rapproche de la cloison et saisit des bribes d'un dialogue :
"Mais rends-toi compte que cette herbe d'or, Balthazar dit qu'il en a une pleine cassette. C'est l'occasion ou jamais d'essayer.
Ainsi, l'herbe d'or - l'herbe magique qui permet aux hommes et aux bêtes de se parler - ne serait pas une légende ? Ainsi, les savants sont comme lui, désireux de comprendre les animaux ? Joseph tend l'oreille :
- L'herbe d'or... même si elle existe, à quoi pourrait-elle nous servir ?
- Mais, à les comprendre enfin.
- Parce que tu as vraiment envie de les comprendre ?
- Mais oui, ils savent forcément des choses qu'on ignore. Ils n'ont pas été créé en vain.
- Enfin, écoute-les un peu, c'est toujours la même chanson. Ça, une langue ? Au mieux, du baragouin. Pas même de la musique."
Au jugé, Joseph attribue la voix la plus grave à celui qui s'appelle Melchior et l'autre à... voyons, Gaspard.
"Et même si nous arrivions à les comprendre, quelle égalité y aurait-il entre eux et nous ? Ils ne font que proliférer et manger ! Rien ne les intéresse à part eux ! Regarde-les vivre : des rats, des chameaux, des souris, des rapaces, des pigeons, des moutons, des loups, des requins, des étourneaux, et je te parle même pas des maquereaux et des grues... que sont-ils d'autres ?"
Décidément, Melchior ne mâche pas ses mots. Toujours chuchotant, il ne laisse même plus à Gaspard le temps de répondre :
"Dis-moi combien de poètes, de comédies, de romans - des classiques pas trop mièvres - ont-ils donné au monde ? Et puis cette manie de se couvrir de tissus ou pire, de la fourrure des autres, quelle honte !"



Tissu ? Fourrure ? Mais de quels animaux parlent-ils ? N'y tenant plus, Joseph ouvre la porte et pénètre dans l'étable éclairée par la lune. Parmi la lente houle des moutons silencieux, trois couvertures rebondies signalent Melchior, Gaspard et Balthazar profondément endormis.
Mais alors, qui parlait ?
Près de la mangeoire qui déborde de foin, l'âne et le bœuf - mâchant avec ostentation - louchent curieusement vers Joseph puis détournent la tête, l'air entendu.

Pivoine - Noël en couleurs

La table


Il y a une verrière, à l'entrée de la cour, chargée de cristaux de la dernière averse de neige, et la masse translucide et grise, teintée d'une idée de bleu ou de jaune, donne une lumière irréelle à l'intérieur de la pièce à vivre. Le soir tombe de plus en plus tôt, mais l'on ferme les rideaux, et l'on est chez soi. 

Les parents ont monté le sapin et la crèche de la cave, et la petite fille regarde son reflet dans sa boule préférée, d'un vert sombre et émeraude. Il y a aussi un poisson aux écailles dorées, et deux minuscules cafetières, fines et fragiles. Et de vraies bougies.
Plus tard, c'est elle qui garnira la crèche, fabriquée à la maison avec une vieille mangeoire, même si, chaque année, un peu de paille disparaît. L'ange a toujours son bout d'aile cassé et recollé, et le petit Jésus fait penser aux Jésus en sucre qui garnissent les cougnous aux raisins ou à la cannelle de noël.
Le chat s'approche, et, tout content de trouver une maison à sa taille, l'adopte, en compagnie de Marie, Joseph, le boeuf et l'âne, des moutons et des bergers... 
Cette année-là, il a neigé. Les enfants montent tôt dans leur chambre – il n'y a pas de télé à la maison, juste la radio et un tourne-disques. Elle s'endort difficilement. Elle tend l'oreille pour percevoir les bruits qui viennent d'en bas, et celui, si caractéristique, des noix et des cacahuètes que les parents déversent dans des compotiers de cristal. Noix du Brésil, de Grenoble, de pécan, achetées chez l'épicier Dessy, au centre-ville. Là où l'on trouve aussi des marrons glacés, de la crème de marrons vanillée de chez Fauchon, pour la bûche au moka et aux marrons, et enfin, des fruits confits entiers, en pyramide symétrique, comme un tableau de perles de couleur teintées d'argent... Gourmandises de fin d'année – d'autant plus précieuses qu'elles leur semblent, à ce moment-là, rares... 
Et puis la nuit se fait plus profonde, plus lourde, elle dépose son livre et tente de s'endormir. Mais le sommeil, lui est léger, haché, elle s'éveille souvent, à minuit, deux heures, trois heures. L'horloge ponctue régulièrement ses heures d'attente. Son frère dort au second étage et elle l'attend. Avec impatience. Tôt le matin, alors qu'il fera encore noir, il descendra, elle le rejoindra sur le palier, elle tâchera de ne pas faire grincer les lattes du parquet, un peu disjointes, et ils descendront jusque dans le vestibule... Passeront par la cuisine, sans rien allumer, puis dans le « living », et là, ils allumeront le lustre et la pièce, transfigurée, offrira sa table, revêtue de la plus belle nappe, et des cadeaux de noël, soigneusement disposés, qu'ils espèrent depuis si longtemps... 
Depuis quelques années, en plus des jeux d'enfant, petit magasin repeint, dînette en porcelaine, garde-robe pour les vêtements des poupées, locomotives et wagons de chemin de fer, on a fait une place aux disques et aux livres, aux albums du Père Castor, puis aux histoires de Rouge et Or, à la chère collection Souveraine, à la bibliothèque Amitié Histoire, au Premier livre d'art, au Premier livre de poésie, et puis, parce qu'on est dans les années soixante, quand même, à une Skipper rousse, à une Francie « coloured », à des robes d'après-midi, à des manteaux rouges bordés de fourrure blanche, à une valise jaune pour les vêtements et même à un train Lego, pour elle qui a toujours rêvé d'un train. 
Puis, ils commencent à lire ou à jouer, les parents descendent, et certes, il faut s'interrompre, s'arracher au plaisir, pour aller à la messe... Puis, ils vont faire une promenade, en forêt de Soignes, le long des étangs gelés – ce n'est pas si souvent qu'il neige à noël. Et puis, ils rentrent à la maison, et l'après-midi du 25 décembre, se poursuit, heureuse, tellement heureuse, inoubliable... 
Avec des lumières, une chaleur, des brillances, tout un chatoiement, tout un amour, qui tout d'un coup, lui étreint la gorge et met des larmes au bord de ses yeux...

jeudi 17 décembre 2015

Clise - Noël en couleurs

A  Noël, le sapin était bien plus grand que moi,
Je me souviens d’un sapin vert très foncé
Et qui sentait bon la forêt
Avec de simples guirlandes multicolores
Quelques fragiles boules rouges, bleues, jaunes
Mais surtout, ce dont je me rappelle
Ce sont les vraies bougies,
Installées  dans des pinces en fer
Nous les attachions bien droites
Sur  les branches les plus épaisses.
Nous les allumions une à une
Avec une extrême prudence
Munies de très grandes allumettes
Les spéciales Noël !
Pour atteindre les branches du haut les parents
Nous hissaient  dans leurs bras.
Puis le moment que j’attendais
C’était quand tous les cierges magiques
S’enflammaient  et crépitaient dans le noir
Un instant magique, qui illuminait
Les cadeaux déposés sous le sapin.
Quand les bougies avaient bien fondu
Maman sortait son étouffoir…
Un petit chapeau  pointu en fer au bout d’une tige
Et le jeu consistait à éteindre toutes les bougies
Une à une et surtout de n’en oublier aucune !
Je me souviens que ce sont ces petites bougies
Qui animaient tout le sapin, elles valsaient dans les boules
Elles réchauffaient les yeux, elles sentaient si bon….
Ces petites flammes de joie.


Pascal - Noël en couleurs

Père Noël


Ce fut enfin la fameuse nuit de Noël...

Depuis des jours et des jours, les guirlandes accrochées dans le salon dansaient avec mes allées et venues enjouées devant le sapin illuminé. Et mes courants d’air, ces insatiables chahuteurs, éclairaient avec nombre de pétillements révélateurs d’autres  éclaboussures bigarrées. Les lumières incessantes couraient sur les meubles et les murs à ma cadence enfiévrée…

On attendait tous le père Noël, surtout moi…

J’avais mis mes petits souliers cirés sous les branches de l’arbre, bien en évidence, entre les multiples boules décoratives. Quand je m’approchais trop près de l’une d’elles, elle déformait outrageusement mon visage en le peignant de bleu chimérique, de rouge expressif ou de vert inquisiteur !... Ma figure curieuse, étonnée, soucieuse, s’arrondissait en évaporant mes sourires conquérants et, quand je me reculais précipitamment, presque épouvantée, ma tête disparaissait dans les décors flamboyants du salon…

Un sapin, c’est gigantesque quand on est une gamine. On n’en prend jamais la mesure et c’est pour cela, qu’à travers les ans, il perdure sans perdre une épine…

Mais oui, j’avais fait ma lettre au père Noël !... Mais oui, je m’étais appliquée !... Je m’étais servie de tous mes plus beaux crayons de couleur !...Je lui avais dessiné des paysages avec le soleil dedans pour qu’il ait moins froid pendant la nuit du Réveillon !... J’avais même badigeonné ma feuille avec du vert prairie, du tendre, rien que pour donner l’envie impérieuse à ses rennes de venir se régaler sur la pelouse devant ma maison !...

J’avais astiqué toutes les chaussures de la maison, toutes !... Pour notre père Noël de ce soir, ce serait le signe évident d’une famille heureuse vivant dans la brillance de ses pas assurés !... J’avais passé des heures à les lustrer impeccablement…

C’est ma marotte. J’aime le parfum du cirage et la brillance du cuir fleuri en échange. Perdant la notion du temps, je passe la brosse sur les coutures, les bords des semelles, les motifs et les décorations, avec d’infinies caresses insatiables.
Chaque petite boîte de cirage a ses effluves particuliers, ses sensations de distance posées sur la chaussure en réparation de propreté ; elle a ses impressions d’herbe ou de goudron, de pierre ou de trottoir, d’école ou de bureau, de magasin éclairé ou de ruelle sombre… Et puis, j’use du chiffon à lustrer !... Je m’acharne jusqu’à une « je ne sais quelle » tolérance invisible qui assagit enfin mon ardeur ; peut-être parce que je me vois dans la fleur épanouie du cuir…
Je soigne de tout mon coeur toutes les chaussures de la maison et, par delà, je soigne aussi tous ceux et celles qui les portent, avec le même amour. C’est ma manière à moi de leur dire à tous que je les aime sans détour…

Tous les préparatifs étaient en place. On avait posé, sur la table du salon, un verre de lait et une papillote au chocolat. Le père Noël pouvait même s’asseoir un moment dans le fauteuil le plus confortable, celui que je poussais avec force et obstination, depuis des semaines, jusqu’à la porte d’entrée et que maman reculait  pourtant ostensiblement à chacun de ses passages !...
Tous les bibelots appliqués de la cheminée semblaient attentifs aux instants magiques ! Les vases ?... C’était comme s’ils tendaient dangereusement leur fragile cou de faïence pour mieux apprécier publiquement le déroulement du spectacle !... Les portraits encadrés des aïeux ?... Attentivement, ils suivaient du regard tous les faits et gestes de la maison !... Même le grand oncle asticotait le guidon révérencieux de sa moustache avec une surprenante application !... Les fines statuettes ?... Elles s’étaient alignées dans un parfait garde-à-vous et, sur la pointe des pieds, ces curieuses surveillaient l’ambiance clinquante du moment magique. Même la poussière semblait être tout un lot de pépites décorées d’or !...

La bougie d’ambiance posée sur le coin du guéridon animait tous ses invités en gesticulant doucement avec son opiniâtre petite flamme dansante !... Les ombres invitées  se déplaçaient inlassablement ; furtives ou précieuses, emballées ou dissimulées, lascives ou empressées, elles se posaient çà et là, sur les détails cachés, dans les interstices réveillés ou glissaient gentiment sur les lattes du parquet lustré, en leur offrant quelques secondes  de vie lumineuse… Les impressions enchanteresses se fabriquaient comme des billets clandestins, sur la planche de mes souvenirs, en fabuleux butin…

C’était la première fois que j’allais le voir. Minuit…

Tout à coup, on a frappé à la porte… Mon sang s’est glacé, mon cœur palpitait une chamade extraordinaire et mes tantes, en devanture de sauvegarde connivente, souriaient… Je m’étais cachée dans leurs robes de soirée mais je ne pouvais pas m’empêcher de surveiller cette fameuse entrée. J’écarquillai les yeux, plus déterminée que jamais à le rencontrer enfin… Toute la maison s’était immobilisée, obnubilée par ce paroxysme fantastique !... Le sapin resplendissait, les bibelots dansaient et les ombres complices étaient en pleine sarabande !… Les aïeux revivaient !...

Maman a ouvert la porte…

Le père Noël était là, joyeux, bien en évidence ; j’entendais même les grelots dissipés de ses rennes piaffant d’impatience… Il avait sa hotte, accrochée sur ses épaules, toute garnie de mes jouets tant espérés !... Ma poupée clignotait avec ses cils en détresse !... Mon ballon rouge réfléchissait toutes les lumières affolées de la maison !... Mon cheval à bascule piaffait d’impatience avec ses rênes appelantes !...

Par je ne sais quel mystère de petite cireuse de chaussures, j’ai regardé ses souliers : l’habitude sans doute de reconnaître, à l’évidence, celui qui les porte par la brillance équivoque des reflets apprivoisés… Et je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer :

« Ho, gentil père Noël, tu as les mêmes chaussures que mon Papa !… »




mercredi 16 décembre 2015

Fred Mili- Noël en couleurs

Pti Pierre et Laurette

Pti'Pierre trépignait derrière les carreaux. Il regardait la neige tomber et comme chez tous les enfants ce moment était très excitant.
Au loin la montagne était recouverte d'un tapis blanc hivernal. Les cailloux du jardin, eux étaient encore visibles. Petit Pierre portait déjà ses moufles, son bonnet et son écharpe, prêt à se jeter sous la neige.
À huit ans, c'était un vrai petit montagnard et la neige le stimulait. Sa mère avait quelques difficultés à tempérer ses ardeurs. Il n'était pas nerveux mais plein de vie. La vieille luge en bois de son père trônait devant l'entrée à côté de la sienne, en plastique bleu.
Du haut de son jeune âge, il ménageait son père. Il savait qu'utiliser sa luge lui faisait plaisir mais rien ne valait sa coque en plastique, plus stable, plus  rapide et surtout plus maniable. Cependant il avait toujours en mémoire les descentes mémorables, accrochés au ventre de son père, son écharpe rouge claquant au vent.
Sa mère l'initiait au ski, ancienne championne régionale, elle lui avait tout appris du chasse-neige au slalom à l'art du tire-fesses.
Pti'Pierre était prêt à bondir. La neige il l'attendait huit mois par an et en profitait le reste du temps. Le froid n'avait pas d'importance pourvu qu'il glisse à toute vitesse en ski ou bien en luge.
Et lorsque papa était devant, filmant ses exploits,chassant la neige de ses skis Pti'Pierre était ravi de se revoir pendant les longues soirées d'été.
Laurette, son amie, sa rivale, celle qu'il aimait en secret était aussi une montagnarde. Elle le défiait tout le temps, par jeu ou par… Elle faisait battre son cœur. Il l'aimait quand il la battait sur un piste de vitesse, il l'aimait quand elle enroulait ses bras autour de lui et posait sa tête sur son épaule, confiante, son corps collé derrière le sien. Il l'aimait quand il était derrière elle sur la luge, les bras autour d'elle et les mains qui s'agrippaient où elles pouvaient.
Laurette  aimait sentir sa chaleur, son odeur. Pti'Pierre était aux anges quand il pouvait effleurer sa poitrine toute plate même si les gants laissaient toute la place à l'imagination. Pourtant  même le toucher de ses petits seins n'avait plus d'importance si elle défiait toute les lois de la gravité et descendait la piste bien plus vite que lui. Il rageait, jetait ses gants et tapait du pied sur la neige comme un taureau en rut. Il manifestait sa colère sans aller trop loin. Il savait où s'arrêter, depuis l'enfance elle avait fixé les limites.
Il la regardait, furieux, elle le regardait confiante. Elle aimait le pousser dans ses retranchements, sûre de son emprise. Elle savait qu'elle serait sienne le moment venu, son instinct lui dictait comment se faire désirer, comment ne lui accorder qu'un baiser fraternel, comment ne pas être soumise.
Elle riait de ses mains qui se baladaient sur son corps ostensiblement, ça n'avait pas d'importance, son corps de petite fille informe n'avait pas de réaction puis au travers de ses gants… il pouvait rêver.
Laurette  avait sa potion magique, sa manière de … elle le manipulait facilement, lui claquant un baiser sur ses lèvres. Il s'apaisait subitement.
Pti'Pierre aimait la neige mais ce qu'il aimait encore plus c'était l'été au bord du lac quand Laurette à demi-nue dans son bikini étalait son corps au grand jour. Il la désirait ouvertement. Elle provoquait ses émois mais s'il posait même par inadvertance les mains contre son corps, c'était sans appel, une gifle claquait sa joue sans préambule. Elle apaisait la douleur cuisante du bout de la langue, le serrant contre elle  comme si dans sa tête, elle connaissait déjà tous les codes de l'amour.

Pti-Pierre enfila son anorak … Il avait seize ans depuis quelques jours. Elle et lui vivaient en pension toute l'année et ne se retrouvaient que pour les vacances. Quand il pensait à elle Pti'Pierre se frottait la joue, un vieux tic. Il n'avait qu'une hâte, celle de descendre en luge accroché à elle, là était son seul plaisir. Quant à Laurette le bonheur qu'elle éprouvait, la rendait folle. Il pouvait à loisir promener ses mains sur elle, elle était sûre qu'à la fin de leurs études il lui passerait la bague au doigt. Elle savait déjà que l'été prochain, au lac, elle se baignerait sans maillot de bain.    


  

Ecri'turbulence - Noël en couleurs

Dis, petit Pierre, les vois-tu ces lutins qui batifolent dans l'herbe ? Je vais te dire une légende ; elle te semblera peut-être un peu mièvre et abracadabrantesque, mais tu verras qu'elle est porteuse d'espoir.
"Il était une fois, dans un pays magique, un peuple d'elfes. Certains, les svartálfar, vivaient au centre de la terre et ils étaient particulièrement malveillants et diaboliques. D'autres, les ljósálfar, évoluaient dans les airs ; au contraire ils étaient sympathiques et gracieux. Tu penses sans doute que ceux que tu vois danser autour de nous font partie de la deuxième famille. Eh bien, ce n'est pas tout à fait ça !
Si, aujourd'hui, ils dansent au son d'une musique que nous ne pouvons pas entendre, il n'en fut pas toujours ainsi. Les elfes d'en bas menait aux ljósálfar une guerre implacable. Le combat était inégal : l'inspiration des elfes noirs était sans limite pour les martyriser. Ils prétendaient que le petit peuple d'en haut faisait dans la guimauve, qu'il jouait la comédie et, surtout, que les champignons de toutes les couleurs qu'il brandissait en guise d'ombrelle propageait la rouille-balai de sorcière dans les sapinières, une terrible maladie qui tue les arbres. À l'approche de Noël, comme en ce moment, la guerre était déclarée ouvertement : les svartálfar sortaient la nuit, armés de louches pour attaquer les ljósálfar.
Tu te doutes bien, petit Pierre, que l'égalité entre les deux peuples n'était pas respectée !
Les elfes  d'en haut décidèrent de réagir, mais, tu sais, maintenant que tu les connais, que leur stratégie ne pouvait pas être belliqueuse : ils étaient complètement incapables d'une quelconque méchanceté ! Ils se réunirent en conseil.



Leurs conseils se déroulaient en chanson. Ce n'est pas vraiment classique, mais chez eux c'était ainsi ! La réunion résonnait de baragouinages (pour nous… parce qu'entre eux, pas de problème de liaison). Les svartálfar, goguenards et sarcastiques, se gobergeaient et hurlaient au navet, en se tapant sur les cuisses. Mais les ljósálfar avaient le cœur tendre et c'est dans la rouge délicatesse des coquelicots qu'ils trouvèrent la force d'imaginer leur roman de résistance.


Ajouter une légende
Ils conçurent un projet séraphique, absolument imparable. Chaque elfe d'en haut décida de tomber amoureux d'un elfe d'en bas.
Au début, ce ne fut pas simple ! Ils se mirent à conter fleurette à leurs antagonistes, complètement éberlués. Comment repousser tant d'angélique tendresse ? Toutes leurs détestables stratégies n'eurent plus de prise sur la joie de vivre des elfes d'en haut, qui les emmenaient voleter de fleurs en fleurs. Comme Noël approchait, ensemble ils cueillirent des baies d'églantier dont ils se servirent pour décorer les sapins de la sapinière (l'occasion de s'apercevoir qu'ils n'étaient pas malades, contrairement à ce que prétendaient les svartálfar) ! 


La nuit du 24 décembre fut enchanteresse et paradisiaque !
C'est ainsi que le petit peuple d'en bas quitta pour toujours les ténèbres souterraines et maléfiques. La paix régna définitivement au pays des elfes."


 Pourquoi, soupira Petit Pierre, ne sommes-nous pas des elfes ?

Où voir les  Illustrations Margaret Winifred Tarrant (http://www.artnet.com/artists/margaret-winifred-tarrant/past-auction-results )






Anne de Louvain-la-Neuve - Noël en couleurs




Un père Noël de saison


C'est dingue de se dire que si la neige n'avait pas existé, le père Noël n’aurait sans doute pas eu l’air de ce qu’il est aujourd’hui. C’est un fait avéré, et prouvé scientifiquement, il aurait, sans aucun doute aucun, ressemblé à n’importe qui. C’est n’importe quoi, non ?


Peut-on en effet une seule seconde l’imaginer dépourvu de son gros bonnet rouge à pompon blanc, pompompidoum ? Un père Noël sans couvre-chef et sans lunettes de sagesse, c’est comme un cochon sans sa queue en tirebouchon, il manque un petit quelque chose. Sans barbe blanche ? Une preuve irréfutable que l’homme a de l’expérience, qu’il n’est pas né de la dernière pluie, que nenni, et qu’il en a dans les guiboles et dans le ciboulot !


Emmitouflé de son bel habit rouge matelassé 100% mérinos, une ceinture de cuir de première qualité ceint une taille formidable. Des gants ont récemment remplacé les moufles, bien plus pratiques pour la distribution des jouets, des cadeaux, des bonbons, tandis que des bottes de géant, pointure 49, complètent un personnage à la hauteur de nos imaginaires d’enfant. Iconoclastes jusqu’au bout, nous pourrions aussi l’installer en pleine rue, circulant pédibus cum jambis : c’est sans compter sur ses rennes nordiques et costauds, ainsi que sur un traineau tarabiscoté toujours plus performant à la glisse entre les nuages et atterrissant délicatement sur les toits sans en arracher une tuile, quel bol !


Si vous me posez la question, donc, peut-on un instant valider la thèse d’un père Noël sans l’attirail qui va avec ? la réponse est non. Et je vous explique pourquoi.


Le coup de génie qui, à jamais allait changer sa vie et celle de toute la planète était une invention révolutionnaire, la neige ! Blanche, elle peut en l'espace d'une nuit transformer n'importe quels paysage, cité, baraquement, usine, caravane, décharge, trou perdu en sublimités poétiques pures et immaculées. Dans son époustouflante splendeur, cette poudre ne s'inhale pas sauf si l'on a envie d'essayer des sensations extra fortes pas comiques. Elle peut se condenser afin de permettre à tout enfant ou adulte d’envoyer des missiles à la tête de compagnons de récrés ou de voisins, de parents, amis ou ennemis. Cette délicate composition a de multiples pouvoirs : paralyser le trafic, pousser dix fois plus lourd qu'elle dans les talus, se sculpter pour devenir bonhomme, se déguiser en miroir pailleté.


Une marque déposée plus tard, attifé comme il apparait désormais, le père Noël circule avec l'équipage ad hoc, adapté à la poudreuse, à la compacte, à la fondante, dans le blizzard, dans le brouillard, gel ou pas.


En période de vacances, l'espace de quelques mois, c'est un inconnu que l'on croise, affublé d'un short à fleurs, d'une chemise 100 % polyester à manches courtes. Au-dessus de sa tête chauve et d’un menton impeccablement rasé, un panama. Un collier de graines séchées autour du cou et chaussé de sandalettes en plastique, le voilà qui monte sur son scooteur, accompagné de son fidèle Milou, un pékinois ridicule qu’il case dans un panier en osier entre ses pieds. Le père Noël plus que probablement est un beatnik de plage, un mai soixante-huitard avant, pendant et après les lettres Peace and Love et/ou pire, un fumeur de joints occasionnel ?


Si la neige disparait, il sera contraint de ranger ses vêtements au placard pour toujours et, fonçant à fond de train du bout de la rue sur sa vespa pétaradante, à moitié nu, il demeurera un n’importe qui que des lunettes de soleil seules préserveront dans l’anonymat, alors que, tendus vers ce moment unique dans l’année, les petits comme les grandes personnes, veulent encore croire aux mystères d’un vieux barbu curieusement sapé, drapé de neige, dans la magie de la dernière des quatre saisons.

Où lire Anne de Louvain-la-Neuve

mardi 15 décembre 2015

Pascal - Noël en couleurs

C’était pendant les vacances de Noël et pendant toute la légitime excitation de la fin de l’enfance. Maman préparait le sapin avec les bons soins décorateurs de mes deux sœurs empressées. Les cartons déballés de l’année dernière ? Je ne pouvais que les regarder ! Chaque fois que je voulais rajouter quelque chose sur une branche épineuse, elles me rabrouaient comme quoi ce n’était pas le bon endroit, la bonne couleur, la bonne hauteur, la bonne figurine ! Les guirlandes brillantes et multicolores ? Ce n’était même pas la peine que je m’approche ! Elles avaient déjà prévu leurs cheminements dans la forêt de l’arbre ! Les boules si fragiles ? Je n’avais pas le droit d’y toucher et si l’une d’elles était seulement fendue, c’était forcément de ma faute ! Et la crèche ! C’était pareil ! Je devais être le mouton enragé dans le troupeau. En remuant, pendant un de mes brusques jeux, j’aurais peut-être renversé le berger, ses rochers et la cabane en paille…

Les recommandations de ma mère et les regards noirs de mes sœurs n’étaient là que pour reculer l’échéance de mes embellissements illicites. J’attendais qu’elles s’en aillent de la pièce pour revisiter le sapin et ses décorations. Ho, bien sûr, je ne dérangeais rien qui puisse me condamner mais j’organisais des retrouvailles heureuses entre les figurines, les guirlandes et les boules enjoliveuses. Je les faisais discuter ensemble, au coin du bois, et ma voix prenait tous les tons d’une conversation en catimini de petits  lutins facétieux. J’aimais bien me regarder dans ces sphères en couleur ; leurs déformations de miroir caricatural avaient quelque chose de surréaliste et, pourtant, il me semble que c’est naturellement moi, aujourd’hui…

Il sentait bon, notre sapin de Noël. Maman savait le choisir dans la forêt du magasin.
Facilement, il touchait le plafond avec son étoile filante ; il exhalait sa condition de conifère avec ses parfums capiteux et quand on rentrait dans la pièce, on réalisait toute son importance en chavirant du plaisir des cadeaux bientôt dessous… Pour ne pas être en reste et décorer à ma façon notre sapin, je cirais les chaussures de toute la maison, toutes celles qui pouvaient se retrouver là, à l’orée du grand jour !...  Après la distribution, j’avais récupéré le papier des papillotes de tous, je les avais remplies avec des billes d’école et avec un fil de laine, je les avais pendues sur une chaise de salon, tout à mon goût de décorateur ! Cela m’occupait des heures, cette aventure d’ornement…

C’est fou comme les choses éphémères durent longtemps dans la tête d’un gamin ; tout s’incruste de façon indélébile, avec une précision sans faille. Je sais le sourire de telle petite poupée, l’allant jovial de tel père Noël en papier, la flamme de telle bougie, le regard de tel bibelot, coincé entre les épines. A cette heure de souvenance, je pourrais me rappeler de chacune des belles décorations de notre sapin. Je pourrais même dire où, précisément, elles se trouvaient pendant leur étalage de Fêtes. Chacun de ces petits objets participait au grand spectacle de Noël. Ils avaient tous une importance d’ornement extraordinaire qui conférait aux festivités à venir des moments enchanteurs. Je passais des heures devant notre sapin ; je l’apprenais comme on apprend une récitation. Il était le point de départ de tous mes rêves ; j’étais bien à côté de lui comme on peut l’être avec un véritable Ami. Souvent, je voulais le prendre dans mes bras…  

Dans la télé, on avait annoncé de fortes précipitations de neige pendant ces vacances. Cela faisait râler mon père, à cause de son boulot, des congères et de la conduite hasardeuse de son auto. Pourtant, sans le montrer vraiment, je crois qu’il était content pour nous. Quand il sortait le chien, il s’habillait comme s’il était sûr d’un blizzard imminent dans notre chemin. A son retour, je surveillais l’état de son manteau, ses impressions de baromètre et ses réflexions de froidure. Pour nous faire plaisir, peut-être qu’il commandait la neige avec tout son pouvoir de papa…

Maman, pour rester dans la normalité de l’hiver, avait saupoudré notre sapin avec de la poudre de flocons ! Il y avait même des stalactites factices pendues au bout des branches, les pères Noël emmitouflés avaient la goutte au nez ! Quand la guirlande clignotait, tout s’éclairait en rouge, en bleu, en jaune, vert, du sous bois du sapin jusqu’aux pointes de ses aiguilles ! Partout, c’était des pépites d’or et d’argent aux intenses scintillements féeriques !

Sans cesse, j’allais du sapin à la fenêtre de la pièce pour surveiller les précipitations à venir. C’était enchanteur, cette notion imminente des flocons embellisseurs de notre quartier. Les éléments allaient plus vite que mon imagination. En y repensant, c’était des moments gigantesques. Je courais jusque dans les chambres pour surveiller les nuages passants ! A l’insu de mes parents, j’ouvrais le portail du garage, j’allais dans la rue, je regardais le Ciel et je les appelais avec mes prières d’enfant !

Dans l’âtre de la cuisinière à charbon, brûlaient des petites pommes de pin et c’était tout un assortiment d’effluves sensationnels qui traversait la maison. Les mille pétillements du feu avaient une insolente consonance de festivités imminentes. Chaque seconde était heureuse comme si la vie n’était plus qu’une suite d’événements merveilleux. On avait tous des sourires de connivence ; de ces sourires qui savent à l’avance, tout des grands moments de Noël. Les jouets, ils ne seraient là que pour les conclusions, l’apothéose, le bouquet final de tout ce déploiement de Bonheur…  

La veille de l’Avènement, dans notre petite rue, j’observais le ciel, toujours en train d’espérer sa neige et ses cristaux de poudreuse. Sans nulle pitié, ma sœur aînée, cette vile sorcière, m’a alors rigolé au nez en me racontant que le père Noël n’existait pas, que c’était nos parents, les faiseurs de cadeaux, les vrais préparateurs de la fête avec ses guirlandes et de tout le tralala ; je n’avais qu’à aller voir sur l’armoire de leur chambre pour m’assurer de ses dires de rapporteuse…

J’ai escaladé une chaise et sur la pointe des pieds, j’ai tâtonné le dessus de la vieille armoire. Quand des larmes ont perlé à mes yeux d’affranchi précoce, dehors, il s’était mis à neiger…


Clémence - Noël en couleur

L'arbre magique.

Septembre avait admiré les  cartables multicolores. 
Octobre s'était amusé des pitreries de l'écureuil roux. 
Novembre avait déjà besoin de petites vacances, blanches. 
Décembre scintillerait avec  ses rouges et ses ors.
C'est ainsi que se déroule l'année scolaire chez les petits, se dit-elle en admirant les vitrines féeriques. Que vais-je encore inventer cette année ? Il y a eu le sapin traditionnel, rouge et or, le sapin argenté et blanc poudré, il y a eu le sapin bleu et myosotis, il y a eu le sapin aux pommes rouges et aux oranges parfumées, il y a eu le sapin fleurs de papier dentelle et boules de papier de soie….
Elle était à cours d'idée pour ce Noël. Laisser l'initiative aux enfants ? Ils apporteraient ce qu'ils voudraient, au risque d'un brin d'anarchie et de traditions bousculées….
Les jours passaient et rien ne se passait. Aucune idée, aucune demande, aucune proposition. La magie de Noël était en grève. La classe ne se transformerait pas en palais de merveilles cette année.

- Ce n'est pas possible ! Il faut réagir !Mais comment ?
Elle se prit à dessiner de gros points d'interrogations en lavant le tableau avec l'éponge ronde. La corvée terminée, elle jeta l'eau sale dans l’évier. Elle aurait voulu se débarrasser pareillement de sa déception et de sa frustration….
Le lendemain, les enfants découvrirent un spectacle insolite : un seau d'eau vide sur une table.

- Maîtresse ! Le seau ! Il attend son arbre magique !!!
- Ça n'existe pas les arbres magiques !!!
- Mais si, ça existe ! D'ailleurs, dans mon livre...

Après avoir laissé les enfants s'exprimer de tout leur saoul, elle dut admettre que rien n'avançait. Alors, elle suggéra :
- Et si nous  fabriquions cet arbre magique ?
Et tous entrèrent dans la danse !
Des branches mortes. On alla au bois tout proche, on trouva, on rapporta, sur les épaules !
Ça devait tenir debout. On battit  plâtre. On habilla le seau de papier crépon vert. On planta.
Il fallait  habiller les branches d'argent. On déchira le papier alu en rubans , on enroula, on admira.
Les mains applaudissaient…mais il manquait encore quelque chose.
On contourna, on découpa, on décora, on assembla.
Des dizaines d'oiseaux colorés se posèrent délicatement sur les branches, d'autres voletèrent…

Les yeux brillaient. La fête s'invitait joyeusement.
Il fallait encore dessiner, colorier et peindre, recopier, distribuer…
Il fallait aussi préparer les biscuits et les truffes !

Cette année, Noël scintilla de mille couleurs ...

Lilousoleil - Noël en couleurs

Allongée dans son lit, Joséphine avait beau fermer les yeux, le sommeil la fuyait. En cette veille de Noël, elle se revoyait toute petite à l’orphelinat. Elle pensait à ces soirées où tous assis en rond, les gamins écoutaient les plus grands lire des histoires. Cela parlait de neige, de Saint Nicolas qui avait offert des bonbons et des chocolats…Cela parlait d’un Père Noël tout habillé de rouge qui passait la nuit avant Noël, à courir de cheminées en cheminées pour déposer quelques présents. Ici à l’orphelinat on n’avait pas de cadeaux, en ce temps là, une orange ou une clémentine  que,  par jeu,  il fallait décrocher du  sapin enrubanné de guirlandes colorées et brillantes,  représentaient un véritable bonheur.. Les plus âgés d’entre eux, reconnaissaient les décors qui ne variaient pas d’années en années. Joséphine se leva, enfila son peignoir en soie, mis un peu de musique ; le requiem de Fauré, pas vraiment un chant de Noël mais tellement beau et apaisant. Le temps passait…Elle n’avait pas écrit une ligne du conte que cette année, elle avait promis de lire en ce soir de Noël à l’Orphelinat. Au fil des années, la simple réunion était devenue une fête ; et comme chaque année les « anciens » revenaient pour conter aux petits des histoires.
Mais que conter d’autre que cette  magie qui lui semblait usée. La messe de minuit si on était croyant, la neige, les souliers, le père Noël, la cheminée, le sapin décoré de boules rouges symbolisant des pommes. Des pommes ! Des pommes ; l’idée fit son chemin.
Il était une fois, dans la forêt un petit sapin vert tout recouvert de neige. Dans le grand froid un écureuil roux y trouva refuge. Soudain des cris et des rires d’enfants résonnèrent faisant écho au bruit d’une tronçonneuse. Puis dans un grand fracas le petit sapin s’abattit  et dans une fumée blanche s’éléva au dessus de lui. Des mains solides le tirèrent et le chargèrent sur un traîneau. Il glissa au milieu des prairies embrumées et fut  emporté dans le village voisin. Le petit sapin qui avait retrouvé ses belles couleurs vertes fut installé devant la porte d’une maison tandis que son locataire un peu effrayé restait tapi au milieu des branches épaisses et odorantes.
De nouvelles petites mains s’approchaient. En deux temps trois mouvements, il se para  de petits morceaux de lard, de boules de graines, de noix et noisettes, et de grosses pommes rouges. Des enfants jouaient à celui qui en accrocherait le plus. Que le petit sapin vert était heureux, il était vraiment beau. Il s’imaginait déjà racontant son aventure aux copains. Noël, il avait été sapin de Noël. N’était-ce pas là ,  le rêve de tous les petits sapins ?
Plus tard dans la nuit, des petits animaux vinrent prudemment y trouver refuge et nourriture.
L’écureuil, décida de grimper tout en haut, à la cime. Là installé avec une noisette, il entendit soudain un joyeux tintement de clochettes.. Il sentit un souffle, une brise légère, balayer l’air.  Il  aperçut une silhouette rouge.
Aux cris de joie des enfants, le petit écureuil sut qu’il n’avait pas rêvé.
Quant au petit sapin, il attendit patiemment, se retrouva plus tard dans le jardin le tronc enfoncé dans la terre. Reprendra-t- il vie ? On peut le croire comme on croit au Père Noël.


Nounedeb - Noël en couleurs

La petite oursonne verte.

     Vous souvenez vous de Boucle d’Or qui, effrayée à son réveil, s’était sauvée de la maison des trois ours ? Cependant ceux-ci ne lui voulaient pas de mal. Chez les ours les étrangers sont bienvenus. Ils auraient voulu la retrouver et l’inviter à boire un bon chocolat au miel, plutôt que de la soupe. Ils auraient voulu lui offrir quelque chose pour qu’elle oublie sa peur.
     Mais quel cadeau ? Que savent les ours d’une petite fille ? Cependant ils se mirent en quête par les chemins de la forêt au cœur de laquelle ils avaient fait leur maison.
     Au détour d’un sentier, le petit ours découvrit, accrochée à une ronce, une peluche rose. Elle avait été tellement cajolée et suçotée qu’il lui manquait une oreille. – « Le doudou de Boucle d’Or ! Elle l’a perdu lorsqu’elle s’est enfuie ! » s’écria le petit ours. Il faudrait lui en offrir un autre. C’était le meilleur cadeau qu’ils puissent faire. Mais quelle idée de doudou pouvaient avoir des ours ? Une pomme de pin ? Un rayon de miel ?
Dans les forêts les premiers jours de l’hiver, si courts, sont propices aux mystères, et les sombres nuits plus encore. Trottant, pleins d’ardeur, sur les chemins du rêve, ils découvrirent le plus ravissant sapin qu’on puisse imaginer : petit, touffu, gai et frisé. Ils s’assirent devant lui sur leur derrière et fermèrent les yeux.
     Et là, de toute leur petite âme, ils imaginèrent ; et leurs imaginations se croisaient, se quittaient, s’enroulaient, se tricotaient jusqu’à former une tresse si forte que lorsqu’ils ouvrirent les yeux, ils virent que le sapin était devenu une ravissante petite oursonne de peluche verte.
     Sans un bruit, ils la cueillirent ; sans un bruit, ils allèrent la déposer devant la maison de Boucle d’Or. Sans un bruit, ils retournèrent se coucher. Le grand ours dans son grand lit, le moyen ours dans son moyen lit, et le petit ours dans son petit lit.
  Ah ! C’était la nuit de Noël…


lundi 14 décembre 2015

Vegas sur sarthe - Noël en couleurs

Interférences


Mon sapin connecté est une zone blanche
sa guirlande “branchée” fonctionne à l'induction
aux ordres du wifi, d'une programmation
qui venue des Enfers déclenche l'avalanche

Car au coin de ma rue un sans-abri bivouaque
une borne wifi travestie Père Noël
payé quelques euros, un homo-gratuiciel
qu'une fourbe start-up exploite, belle arnaque!

Ce matin j'ai coupé le wifi capricieux,
assis le sans-abri devant l'âtre joyeux
le sapin est éteint mais je gagne un copain

On a pendu nos voeux aux branches pitoyables
de quelques photophores fait naître l'incroyable
J'aurai fait cette année le plus beau des sapins

Où lire Vegas sur sarthe

Laura Vanel-Coytte - Noël en couleurs



Père Noël


Je te trouve plutôt sympathique, toi et tout l’imaginaire que tu véhicules avec tes rennes et tes lutins dans ton paysage magique. Je me souviens avec bonheur des NOELS de mon enfance avec mes chaussons montants de petite fille comme souliers et ma grand-mère pour me tenir la main. Nous allions à la messe de Minuit et il faisait très froid. Le lendemain, ma deuxième grand-mère venait et nous jouions à des jeux de société : jeu de l’oie, dominos , lotos , dames etc. Beaucoup de ces jeux étaient dans une valise en bois. Comme maintenant, beaucoup de cadeaux étaient des livres ; une année, j’ai eu un circuit de train que j’aimerais au moins revoir ne serait-ce que pour le montrer à mon mari.



Où lire Laura

Chri - Noël en couleurs


En arrivant dans l’immeuble, l’enfant avait attrapé une boule rouge et brillante accrochée au sapin installé dans le hall pendant l’après midi et l’avait enfouie dans sa poche. En attaquant les dernières marches avant le dernier étage, il s’était dit que ce soir, ils seraient peut-être là avant lui et puis après avoir fait le silence sur le palier, il avait su que ce serait comme les autres soirs. Alors, il avait sorti sa clé de son cartable et il avait ouvert la porte, puis il était entré. Il avait sorti la boule de sa poche et l’avait posée là sur la commode. C’était bientôt Noël et pour lui rien ne changeait.
Il avait filé dans la cuisine, à l’aide d’une chaise il avait attrapé le pot de saleté à tartiner, une tranche de pain qu’il avait recouverte de pâte, il avait ouvert le frigo, en avait sorti une bouteille de jus d’orange et il s’en était vidé une longue rasade puis, sa tartine à la bouche, il avait traversé le long couloir menant à sa chambre. D’un coup de pied il avait poussé la porte et il était entré. Madame Flamand avait dû venir dans la journée, tout était si bien rangé. Le petit bonhomme avait englouti sa tartine après avoir allumé le superbe écran plat qui trônait sur un meuble et assis par terre sur une moquette épaisse après avoir coupé le son, il s’en était désintéressé. Il avait renversé la boite en métal dans laquelle il y avait ses figurines préférées, il avait ouvert plusieurs  livres, il avait descendu sur le sol une étagère entière de peluches, il avait sauté sur le lit pour lui redonner un aspect un peu moins ordonné et puis assis à nouveau, dans le silence de sa chambre, il s’était ennuyé. Il n'aimait pas les soirées, mais il aimait encore moins les soirées d'hiver. Les autres saisons, il pouvait encore monter à l'étage au-dessus et jouer dans le jardin en terrasse, voir le vol des oiseaux, être dehors. Il s'y ennuyait moins. Enfin moins que ce soir. Il attendait un appel de sa mère. Tous les soirs, vers dix huit heures trente, son portable sonnait. Il savait que c’était elle, il savait aussi qu'après ce serait l’heure de la douche. Parfois, il en recevait un autre au moment d’éteindre les lumières, mais celui-là n’était pas certain. Il dépendait du temps qu’elle pouvait lui consacrer. Dès qu’elle avait raccroché après deux ou trois phrases rapides pressées par le temps manquant, il allait à la salle de bain et se lavait puis se mettait en tenue de nuit. Alors, vers les dix neuf heures c’est la porte d’entrée qui sonnait et derrière, la voisine de l’appartement d’à côté, Madame Krispolls, comme il l’appelait, s’y tenait un plateau à la main. Il ouvrait, elle entrait et sans se baisser pour l’embrasser, elle allait poser le plateau sur la table basse du salon. Il y avait dessus son repas du soir. Un bol de soupe, deux morceaux de ce pain suédois croquant et puis d’autres trucs à manger. Cuisinait bien la Krispolls? Se faisait livrer? Elle repartait presqu’aussi tôt en lui disant de ne pas veiller, de se coucher à l’heure convenue et elle disparaissait.
Voilà comment se passaient tous les soirs d'école de ce petit bonhomme là. Le matin, il se réveillait seul, se  levait seul et sur la table de la cuisine, un autre plateau l’attendait. Il pouvait aller embrasser ses parents juste avant de partir mais s’il ne les réveillait pas c’était aussi bien. Un taxi l'attendait en bas de l'immeuble pour l'emmener à l'école de l'autre côté du parc. En aucun cas il n'avait le droit de le traverser seul. Si le taxi ne venait pas, il devait remonter chez lui. Il n'avait jamais osé braver cet interdit, mais du toit terrasse, là haut il observait souvent la masse verte des arbres de l'immense parc. Un jour il le traverserait à pied cet océan Terrifique, je me le jure... Le vendredi soir, ses parents recevaient  dans des diners interminables et là, il ne pouvait pas rester à table avec tous il fallait qu'ils parlent entre adultes. Il devait donc aussi les laisser dormir le samedi matin et ne les voyait apparaître que vers onze heures pour un « brunch » qu’ils prenaient ensemble et c’était un des rares moments de la semaine, voire le seul où ils étaient réunis, mais il sentait bien que sa vie ne les intéressait pas vraiment. Alors, il n'en disait rien.
Ce soir là, assis contre le montant de son lit, il  racontait sa journée à un tricératops en plastique vert quand il a vu sur le rebord de la fenêtre, à l’extérieur, un chat noir  se frotter à la vitre. La bestiole allait et venait le long du carreau et semblait miauler à chaque fois qu’elle faisait demi-tour. Bien qu’il n’ait absolument pas le droit d’ouvrir cette satanée fenêtre, on était au sixième, il n’a pas hésité longtemps. Avec un immense sourire, il a grimpé sur le fauteuil du bureau et l’a ouverte. Le chat, un tout  jeune chat,  a sauté sans la moindre hésitation dans la chambre et est venu se frotter à ses jambes. L’enfant l’a laissé faire. Puis la bestiole a sauté dans ses bras et s’est mise à ronronner comme une chaudière au fuel. Le gamin s’est alors aperçu que le petit noir avait une étoile dorée comme peinte sur le plastron. Une jolie étoile à cinq branches toute brillante sur la fourrure noire. Un chat peint s'est-il dit ça n'est pas banal et ça l’a fait sourire. En vrai, il était tout heureux de cette présence. Il est allé dans la cuisine, il a posé une noix de crème à l'huile de palme sur une soucoupe et l’a apportée au chat qui l’a léchée. Et puis, ils ont joué. Jusqu’à l’arrivée de La Krispolls. Juste avant d’aller lui ouvrir, le gamin a mis le chat dehors. La voisine repartie, l’enfant est revenu voir à la fenêtre mais le chat n’y était plus. Le gamin a passé une sale journée : Et s’il ne devait pas revenir ? Et s’il ne le revoyait plus jamais ? Il n’a réapparu que le lendemain soir. Et ce n’est que là que l’enfant s’est aperçu qu'il n'avait pas affaire à un chat ordinaire. Après avoir un peu joué ensemble, après la noix de pâte à tartiner, les deux se sont posés un peu. C’est à cet instant que c’est arrivé. En le caressant, l’enfant a pensé à un jouet qu’il aimerait tant avoir... Alors dans un pfffouiit éblouissant, l’objet est apparu sur la moquette de la chambre. Un peu surpris et quand même apeuré, l’enfant a, un peu plus tard retenté la manœuvre et même résultat. Quand il caressait le chat noir en pensant à un jouet, le jouet apparaissait et le bonhomme pouvait jouer avec. L’arrivée du plateau du repas a fait disparaître tous les jouets nouveaux sous le lit du gamin. C’est le seul endroit qu’il a trouvé pour les cacher mais la voisine ne rentrait jamais dans sa chambre. Et puis des jouets, il y  en avait déjà tellement qu’on ne risquait pas d’en remarquer quelques uns de plus.
L’enfant a très vite trouvé le parti qu’il pouvait tirer de cette rencontre avec le chat. Il allait en apporter à l’école et se faire des tas d’amis. Le lendemain, il a glissé sous son blouson deux ou trois jeux vidéos qu’il avait obtenu en caressant le chat la veille au soir. Quand il a franchi la porte il a juste entendu un pfffuiit et s’est senti plus léger. Les jouets avaient disparu. Il a réessayé le lendemain et là encore, ils se sont comme évanouis. Les jouets ne passaient pas la porte. Il devait les laisser dans sa chambre.  Il était le seul au monde à pouvoir jouer avec eux. Il ne pouvait même pas le raconter à ses copains de l'école, ils ne l’auraient pas cru. Peut-être même qu'ils l’auraient traité de vantard. Donc, il devait garder pour lui tout ce qui  était arrivé avec la venue du chaton. Vis à vis des autres, ça n’avait, alors, plus grand intérêt.
Il a été déçu quelques heures. Mais quelques heures seulement. Quand il est rentré, le soir, le chat était là derrière la vitre et l’attendait. Puis le soir suivant, puis encore le soir  d’après. Le vrai miracle de cette affaire bien plus fort que tous les jouets de la terre c’est qu’il avait maintenant une présence sûre, un ami avec qui jouer, sur qui compter et qui pouvait compter sur lui. Evidemment, il s’en est occupé comme il le fallait. Il a partagé son plateau repas et surtout, surtout il n’a plus jamais ressenti ce terrible sentiment de solitude qui l’étreignait quand il rentrait de l’école.
L’autre ne s’était pas fait prier pour dormir sous la couette, ni rester au chaud à l’intérieur.

Ce n’est que la veille de Noël que l’enfant s’est aperçu qu'en même temps que ses dons, le chaton noir avait perdu la petite étoile dorée sur son plastron... 
Il ne l’a pas cherchée,  il savait, désormais, où la trouver.

Il savait que c'est en eux deux qu'elle brillait...¨

où lire Chri

Semaine du 14 décembre au 20 décembre 2015 - Noël en couleurs

Vous avez passé la semaine devant un Monochrome alors vous aurez forcément envie de couleurs, de lumière, de guirlande ; Noël approche à grand pas et si nous n'avons pas la neige, nous nous contenterons de vos récits, de vos poèmes ou de vos petits contes pourvu qu'ils soient légers comme les bulles de champagne et comme vos âmes d'enfants.
Comme  d'habitude vous avez jusqu'au 20 décembre minuit pour nous conter vos Noëls en nous envoyant vos textes à l'adresse habituelle : impromptuslitteraires[at]gmail.com