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samedi 8 avril 2017

Saraline - Avoir un bon copain

« Avoir un bon copain,
Voilà ce qu’il y de meilleur au monde, onde,onde !! »

Ce refrain-là, je l’ai tant entendu quand j’avais encore des nattes (que je détestais parce qu’elles me valaient de trop longues heures de démêlage, tirage de cheveux…) que je suis incapable de dire autre chose que ce qu’elle disait cette chanson des années trente !

Je me souviens surtout que mon père insistait beaucoup sur « C’est plus fidèle qu’une blonde… »

J’en ai oublié presque tout le reste, je me souviens seulement que c’était un air « martial » et entraînant… et que mon père disait l’avoir apprise lors des marches qu’il effectuait avec ses « copains » du chantier de jeunesse.

…et je vous parle d’un temps… ou le mot copain avait encore un sens, même une fois sorti des cours de récréation de l’école élémentaire.

dimanche 26 mars 2017

Saraline - Ma chère Madeleine

Ma chère Madeleine,
Je t’ai cherchée toute la semaine.
D’abord chez le grand Jacques
Qui t’apportais des lilas,
Je n’ai rien vu, ni fleurs, ni Madeleine…
Ensuite à la fontaine :
Il n’y avait plus que ton seau,
Enfin du côté de chez Swan,
J’ai juste trouvé quelques miettes,
Un peu rassises, d’ailleurs.
Et me voilà, en fin de semaine
Un peu désappointée, sans même la possibilité
De revenir en deuxième semaine.

samedi 18 mars 2017

Saraline - Les objets mal lunés


Dans ma boîte à outils, y’a des clous ; normal pour une boîte à outils, me direz-vous ! Oui, mais, dans ma boîte à outils, il n’y a plus que des clous sans tête, ni tête  plate, ni tête bombée, encore moins tête homme. Il  n’y a plus que des clous qui s’entêtent à se dérober sous mon marteau et qui ne sont plus d’aucune utilité puisque je ne peux plus les planter, ni dans le bois, ni dans le contreplaqué.
Comment ai-je pu imaginer qu’on pouvait planter un clou sans lui cogner sur la tête ?
Ça ne vaut pas un clou, tout ça ! J’en ai bien conscience, je suis résolue à y mettre très prochainement bon ordre : je vais me mettre à la tapisserie.

vendredi 3 mars 2017

Saraline - A bout de souffle

Matin de tempête
Bouleaux essouchés, Eole
Dort, à bout de souffle.

lundi 20 février 2017

Saraline - Le pantalon de Paul

Voici le pantalon de Paul, que je lui ai tricoté pour ses 8 mois, et pour vérifier le titre que porte ce modèle, sur le site où je l’ai trouvé : « le monstre qui hante le pantalon ».

Eh oui, Paul est mon petit monstre préféré.


samedi 18 février 2017

Saraline - Elle regardait les flammes

La marmite sur le feu

Caressée par les flammes, la marmite pansue
Soupirait et vibrait, sur le point d’exploser.
Assise près du feu, la fillette joufflue
Hésitait entre peur et curiosité.

Elle regardait les flammes, comme fascinée,
Redoublant de patience, espérant toujours
Que la bête qui grondait comme un forcené
Au fond de la marmite, sortirait au grand jour.

lundi 6 février 2017

Saraline -L'art de perdre son temps

Recommandation

Tu peux baguenauder
Entre les badauds du village
Musarder devant les étals,
Passer ton temps à lorgner
Sournoisement les jolies
Passantes qui flânent
Elégantes et nonchalantes.
Rêve si ça te convient,
Déambule au gré des rues…
Use le temps avant qu’il ne t’use.

mercredi 1 février 2017

Saraline - La lune dans le caniveau

Illusion

Du haut de la rue, au fond du caniveau, il l’avait vue briller, et aussitôt, il s’était mis à faire des projets, comme un gamin qui vient de trouver une grosse pièce dans le caniveau et qui croit qu’elle va lui durer la vie entière.*

Las ! Au moment de s’en emparer, elle lui avait glissé entre les doigts : il ne restait plus que le reflet de la lune dans le caniveau.

*emprunté à La chambre des officiers de Marc Dugain

mardi 24 janvier 2017

Saraline - J'ai rajouté un peu de sel

« Vous êtes le sel de la terre » ai-je appris dans ma jeunesse.

J’ai toujours voulu y croire…
Las ! , je l’ai trouvé bien fade
Celui pour lequel j’ai eu une tocade.
Alors, j’ai rajouté –un peu- de sel.
Et bien m’en a pris :
A la poularde demi-deuil
Ou au poulet en chemise,

Je préfère le coq au gros sel.

jeudi 19 janvier 2017

Saraline - Le doigt sur l'interrupteur

De l’utilité de certains interrupteurs

Il s’assura qu’elle était bien occupée à engranger la dernière récolte de fruits, vérifiant le degré de maturité des dernières poires. Elle rangeait soigneusement chaque cagette, attentive à les poser sur le bon rayonnage, selon leur variété.

Il se dit qu’elle en avait pour un bon bout de temps ; la récolte était particulièrement abondante cette année. Il ferma précautionneusement la porte de la chambre froide et pour une fois, ne trouva pas inutile que la température de ces machines puisse descendre jusqu’à moins 30. Ostensiblement, il positionna l’onglet sur cette position et posa son doigt sur l’interrupteur, juste avant de tourner les talons en sifflotant d’un petit air léger.

Personne ne pouvait l’entendre mais les notes de « Tout va très bien, Madame la Marquise » se perdirent dans le long couloir qui menait au fond de la remise.

vendredi 13 janvier 2017

Saraline - A l'ombre du figuier

Dans le jardin de Balata, me suis promenée,
Dans le jardin de Balata, y’a un figuier
Figuier maudit, dit-on, dans cette île.
Figuier étrange, pour le moins
Avec ses tentacules qui ont l’air de vouloir vous étrangler.
Donne-t-il même des figues, ce figuier maudit ?
Point ne le sais
Mais on m’a raconté d’inquiétantes légendes à son sujet.
Ne dit-on pas, que de nuit, d’étranges pythonisses
Viennent récolter feuilles et racines
Pour concocter des potions propres à ensorceler celui qui en consomme.
Et que penser de ces esprits qui habitent dans les entrelacs des branches et des racines
Et qui vous attendent à la tombée de la nuit pour vous capturer ?
Dans le jardin de Balata, y’a un figuier.
Figuier magique disent les uns, figuier maudit, disent les autres.

Point ne sais, mais je n’ai pas eu envie de m’arrêter à l’ombre de ce figuier.


mercredi 4 janvier 2017

Saraline - La dynamique des verres à pied

Y ‘ a des verres à pied
Dans mon vaisselier
De temps en temps je les entends siffler :
« Flûte, alors, tu veux bien t’ ranger ?
Pousse plutôt ton bidon, vulgaire ballon ! »
C’est la dynamique des verres à pied.

Y’a des vers à pied
Dans mon gros cahier.
De temps en temps, je les entends grogner :
« T’as vu les rimes minables que tu t’ trimballes ?
Oh ! ça va, l’alexandrin, fais pas l’malin. »
C’est la dynamique des vers à pied.

Y’a des vers sans pieds
Dans mon jardinet.
J’les vois s’traîner et s’offusquer, dans les allées,
« Eh ! l’anécique, pousse toi d’mon ch’min
Oh, ça va, l’épigé, cesse d’ la ram’ner. »
C’est la dynamique des vers sans pieds.

vendredi 30 janvier 2015

Saraline - Au fond du jardin

″Fleurpageons
Les rhododendroves
Gyrait et vomblait dans les vabes
On frimait vers les pétunias
et les momerates embradent ″

Si vous écoutez attentivement,
c’est ce que soupire au vent 

ce gros matou vert 
qui, printemps comme hiver
passe son temps à  dormir au fond du jardin.
Un peu plus loin, figé  pour l’éternité,
Lui, qui n’a pas l’air d’un minet
Joue-t-il à chat perché ?
Quant à Grippeminaud
Il se livre au grand saut
Et pendant ce temps, derrière son sourire 
N’entendez-vous pas :

″Fleurpageons
Les rhododendroves
Gyrait et vomblait dans les vabes
On frimait vers les pétunias
et les momerates embradent ″ *

*Emprunté au chat du Cheshire

vendredi 23 janvier 2015

Saraline - Beaux dégâts

Beaux dégâts,
Les grêlons sur le toit de ma véranda ?
C’est gênant, désagréable 
Mais remédiable.
Beaux dégâts,
Les méfaits des ans sur mon vieux minois ?
C’est consternant, désagréable
Et irrémédiable.


dimanche 18 janvier 2015

Saraline - A la sortie du cours d'histoire

Quand on allait chez Célestin
A la sortie du cours de latin
C’était pas pour les déclinaisons
Mais bien pour les inclinations
De Margotte pour Célestin
Ou de Pénélope pour Quentin.
On revisitait le tango
De l’inoubliable «  Jacquot ».

Quand on allait chez Célestin
A la sortie du cours de latin
Le tango allait bon train
L’accusatif se faisait plaintif
Le  nominatif virait lascif
Quand on allait chez Célestin
On y  perdait  son latin.

mercredi 10 décembre 2014

Saraline - J'ai dix ans



La neige et la froidure ont envahi ma campagne depuis plusieurs jours. Le vent, chaque jour, semble apporter de nouvelles pelletées de neige qui s’amoncellent sur les quelque cinquante centimètres de neige qui forment déjà des congères sur les bords des routes et des chemins. Le sol est gelé, mon père doit casser la glace pour puiser l’eau nécessaire aux animaux de la ferme. Je ne peux même plus sortir mon vélo, la couche de neige emprisonne les roues jusqu’au moyeu … Ce jour-là, dès que le ciel se dégage un peu, mon père, emmitouflé dans sa grosse canadienne, la chapka vissée sur la tête et équipé d’un attirail que je ne connais pas ( une espèce de bobine de fil qui me semble énorme et qui contient des petits ronds brillants), vient me proposer de l’accompagner pour l’aider dans une tâche qu’il qualifie de « spéciale ». Il faut savoir que mon père est un grand bricoleur et que plus grand-chose ne m’étonne venant de lui, mais je trouve qu’il fait bien froid, j’étais bien au coin de la cheminée et puis c’est quoi ce machin bizarre, plein de fils et qui brille au soleil ? Mais…, j’ai dix ans, je suis curieuse et je tiens de mon père, j’aime bricoler, inventer, toucher à la nouveauté… Je m’équipe donc comme il se doit : bottes garnies de chaudes chaussettes tricotées main, blouson imperméable doublé d’un énorme gilet de laine (j’ai tout à fait l’allure d’un enfant trop nourri), un bonnet et des moufles. Et nous voilà partis vers un champ pas trop éloigné de la ferme paternelle, un champ qui n’est plus qu’une vaste étendue de neige dont je crains à chaque pas qu’elle ne déborde au-dessus de mes bottes. Mon père commence alors à planter quelques piquets, sur trois rangées, sur une bonne longueur. Puis il me tend l’engin, m’intime l’ordre de le tenir fermement et il se met à dérouler ce fil sur lequel dansent ces drôles de petits miroirs qui lancent des éclats de lumière aveuglants. Il arrime solidement ces fils aux piquets préalablement plantés. Cette mise en place à laquelle je n’ai rien compris m’a semblé un peu longue, mais en voyant l’air réjoui de mon père, je me dis que je n’ai encore rien vu. C’est alors que sa réflexion me laisse pantoise : « Ce soir, nous allons faire un vrai festin ; nous aurons des alouettes à la broche au dîner. » La petite campagnarde que je suis sait bien qu’il est normal de manger les animaux que nous élevons à la ferme, par contre, j’ai bien compris que les alouettes sont des petits oiseaux qui vivent librement dans nos champs et je n’avais pas imaginé qu’ils puissent un jour finir dans mon assiette … Au repas du soir, la petite bestiole coincée entre deux bardes de lard, au grand désespoir de mon père, ne m’arrache qu’un haut le cœur, suivi d’une crise de larmes …

J’ai dix ans et je viens de vivre une sacrée journée. 
 
** plus ou moins autobiographique ; en 1956, la chasse aux alouettes n’était pas encore formellement interdite, et je ne me souviens pas de « récidives » ! 
 
*** J'aurais dû, aussi, remercier Vegas, qui m'a donné l'idée de ce "flashback " !

dimanche 7 décembre 2014

Saraline - C'est beau une ville la nuit

C’est beau, une ville, la nuit.
Des badauds, des cabots,
Des clodos, des salauds
Je les vois, ils sont ici.
Des coiffeurs, des voleurs,
Des chanteurs, des bonnes sœurs,
Je les entends, dans la nuit.
Des enfants, des agents,
Des passants, des patients,
Ils sont là, grands et petits.
Des ennuis, des soucis,
Des satisfecit, des mercis,
Ils me suivent, dans la nuit.
Des avants et des après,
Des toujours et des jamais
Ils sont tous là, réunis.
Des espoirs et des déceptions,
Des succès et des démissions,=

Circulent, sans bruit, la nuit.