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dimanche 2 septembre 2018

Jacques - La fête bat son plein

D’un côté de la rue, trois musiciens déroulent les classiques des années 80. 
De l’autre côté, deux rangées de tables sont occupées par des vacanciers et des curistes. 
Au milieu, sur la chaussée libérée de la circulation automobile par la police municipale, quelques danseurs s’amusent en cadence, y compris un solitaire alcoolisé qui s’applique à se déhancher à contretemps. 
La fête bat son plein, comme chaque jeudi soir, dans le cadre des efforts de l’équipe municipale pour sortir de sa torpeur estivale cette station thermale un peu désuète. 
Moi, je suis calé contre un platane, profitant d’un cône d’obscurité pour y dissimuler mon inconfort. J’aimerais, pourtant, j’aimerais tant m’amuser aussi. 
Je regarde et j’envie, exaspéré par mon incapacité à lâcher prise. 
La fête bat son plein, je crève d’envie d’en faire partie et je trépigne d’impuissance. 
Et je me souviens. 
J’avais treize ou quatorze ans, l’âge de l’intolérance musicale, l’âge ou l’arrogance est maître du jeu. 
La famille se rassemblait en vue des agapes de Noël, et ma grand-tante était arrivée toute joyeuse de la veillée festive de la veille, particulièrement enthousiasmée par une chanson toute nouvelle accompagnée d’une chorégraphie ludique basée sur l’imitation rythmée du dandinement d’une file de canards. 
Évidement, l’adolescent que j’étais s’était empressé de prendre cette mièvrerie commerciale avec des pincettes...sauf que quelque chose avait arrêté net mes sarcasmes. 
C’était la joie. 
Quarante ans plus tard, je me souviens encore de la joie de ma grand-tante à l’évocation de cette chanson, de son sens de la fête. 
Pourquoi l’aurais-je privé de cette joie au profit d’un intellectualisme approximatif ? 
« La joie véritable est le bonheur de l’âme... » 
La fête bat son plein, et je maudis ma tristesse si convenue de littérateur frustré, à peine réconforté par la douce chaleur de l’écorce d’un platane en cette belle soirée d’été.

Joe Krapov - La fête bat son plein


LES « PAN SUR LA GUEULE… DE BOIS » BATTENT SON PLEIN ?

Fête Dieu ! Pardon de Sainte-Anne !
Retour de noces ! Moisson faite !
Toutes les occasions sont bonnes
Quand on a battu la campagne
Pour lever le coude en Bretagne !

Les mam’ Goudig gardent les mômes
Quand tous les chemins mènent au rhum,
Au bistrot, au bar, au fest-noz :
Il faut bien soigner sa cirrhose !
Chacun sa foi, son foie, sa fête !

Passé minuit Denez est rond
D’avoir abusé du litron
Entre scottish et laridé,
De chouchen de bière, de cidre
Et de vin rouge mélangés !

Passé minuit Yann est bourré
De fil-en-six et de remords !
De n’avoir pas su s’arrêter
Le voilà sur le bas-côté
A la limite d’Ivre-mort !

Passé minuit Yann-Fanch est plein !
Il a le regard plus livide
Que son verre qu’il a beaucoup plaint
Et larividé et remplinn
Tant il a sifflé de chopines !

Quand la fête a battu son plein
Que le bruit peu à peu s’éteint
Les Mam’ Goudig poussent la brouette
Vers le domicile conjugal
Pour un retour à la normale.


Pour soigner la gueule de bois
Un seul remède en Finistère :
Le rouleau à pâtisserie !
Pan sur la tête du fêtard !
Les Mam’ Goudig battent leur plein !

Et pour une fois, crénom de nom,
- Ma tête dût-elle rouler dans le son -
Pas besoin de tergiverser
Sur la nécessité ou non
D’une possible correction !

samedi 1 septembre 2018

Tiniak - La fête bat son plein

Street Opera

La fête va et bat son plaint
sur le pavé, en rigodons…
Vibrez,  tétons !
Passez, les fions !
sous l'œil guetteur au guéridon
Du fier, du lourd, du sans façon
de la gélatine au balcon
tout à la suite
tristes fumistes !
Qu'avec la fin de la saison passent touristes !

À la suite, les trahisons
des rayures z'aux pantalons
la forfaiture des bonnets
jusques au menton rehaussés
pour les railleries qu'il me plaît
de fomenter, sans ambition
autre que de les déverser
en vains brûlots
mais tout de go
et tout de bon
à vostre nez depuis le front

Supplice, oh ! très périphérique...
voir tant de précipitations
me priver du plaisir inique
à mon poste d'observation
d'incarner Diogène, cynique...
Ça vous mène où, cette ruade ?
En ai la rétine malade
sous le fronton
Qu'appréciez-vous des promenades
- oh, fades ! fades z'et trop prompts
contrits retours t'à la maison ?

À ce désastre, rigolons :
quand les lunettes de soleil
se cabrent sur le cheveu blond
l'ego en bandeau, tout pareil
aux bourgeoises compromissions
bandant leur arc
ne gâchant pas le moindre écot pour une Parque

Et patatras !
Eh, Lambada !
Sache que, sous ton bandana
l'hiver viendra, tout grisonnant
ton port altier payé par ton abonnement
bonimenteur !
La fête faite où fane ta petite fleur











Où s'asseoir et mater la curée...?

vendredi 31 août 2018

Chri - La fête bat son plein

Le feu du soir.

Le jour n'était pas encore levé qu'il faisait déjà chaud. 
Nous avions passé une bonne partie de la nuit la bouche ouverte sous le robinet d’eau froide et pour certains sous le tuyau d’arrosage, nus, dans le jardin. Ces températures, par ici, ne surprenaient personne. Ce pays savait être gelé en hiver et brûlant comme un four de braises lors de quelques nuits de juillet. Ici, dans les rivières, à la fin du printemps, les truites avaient appris à nager sur le sable. Ici, dès juin, on donnait aux vaches des noms de dromadaires. Ici, vers le quinze de juillet, même les pierres avaient soif et transpiraient comme des coupables.
La veille, nous étions allés en douce acheter un nécessaire à feu d’artifice. C’était la surprise. Personne n’était au courant, sauf ceux qui venaient depuis quelques années déjà. La tradition s’était assez facilement installée, le douze au soir, à la nuit tombée, on tirait un feu. On avait choisi le douze pour éviter la concurrence avec ceux des villages alentour qui faisaient ça ou le treize ou le quatorze avant les bals des pompiers volontaires. On avait misé sur le douze pour qu’il soit tiré avant les autres, le nôtre étant évidemment moins prestigieux. Nous n’avions pas les moyens d’une mairie. Le nôtre était vu de nous, de nos voisins les plus proches et de certains habitants du hameau. Il faut ajouter à cette liste les deux ou trois familles qui vivaient dans les gîtes pour cette période. Ce qui finalement faisait un joli petit public.
Nous avions rapporté de la supérette de la ville la plus proche un kit de feu domestique qui comprenait une dizaine de fusées, cinq ou six feux de Bengale, deux fumigènes comme ceux qu’on voit lors des arrivées de transat, quelques abeilles stridentes et vrombissantes, un paquet de pétards en rafale et cinq ou six autres trucs qui sentaient la poudre et la Chine à plein nez.
Le repas, nous l’avions pris comme d’habitude à l’abri du vent qui soufflait légèrement ce soir-là, entre les deux maisons. Nous avions dévoré des salades et des grillades, arrosées d’un Morgon un peu frais. Les bouteilles s’étaient descendues gentiment toutes seules et, ma foi, en nombre pour les participants. Sur le liquide, nous n’avions pas été raisonnables. Mais on s’en foutait, on n’avait plus à conduire. Juste à aller, dans le noir, s’installer avec nos chaises au bout du terrain, sous le massif de lilas vers la grande prairie. Et ceux qui n’avaient plus l’envie ou la force de porter leurs chaises pouvaient y aller avec un coussin. Dès le fromage, un petit groupe avait filé installer les fusées dans les restes des bouteilles d’eau minérales en plastique alourdies de sable pour que le tout ait quand même un peu d’allure. On avait aussi acheté des briquets tempête pour ne pas tomber en panne de flamme. Bref, malgré la modestie des moyens, on essayait d’en faire un spectacle qui marque. On n’allait pas être déçus.
Un peu ivre, c’est une troupe vacillante et joyeuse qui est sortie de table ce soir-là et s’est dirigée vers la Prairie. Patou avait embarqué la dernière bouteille dans laquelle il restait de quoi écluser quelques verres. C’est Marie qui s’est mise à chanter la première. Cathy a embrayé assez vite. Bernard, quant à lui, était passé dans la maison pour attraper une flasque de génépi de l’Encombrette qui restait de l'hiver dernier. Enfin, chacun à sa manière s’est préparé au feu.
Le ciel dans ce coin-là était noir comme dans une chanson de Miossec que Marthe s’était mise à brailler à tue-tête et personne ne lui disait: « Moins fort ! » vu que, maintenant, tous les autres s’égosillaient avec elle. Au-dessus de leurs têtes qu'ils commençaient tous à perdre, des milliards d’étoiles s’étaient pointées au concert et certaines se détachaient pour venir, en pluies de lumière, dégringoler sur les crânes de cette bande d’hurluberlus vaguement soûls, mais encore présentables.
Ils se sont assis où ils ont pu, certains à même le frais de l’herbe. Au loin, on devinait les lueurs du village, celles qui restaient allumées toutes les nuits « à cause que les malfrats y commettent des méfaits » comme le susurrait d’un air entendu cet imbécile de conseiller municipal, fraîchement élu…
La première fusée a fait flop juste après le décollage. Ce qui les a tous pliés de rire. La deuxième est montée droit au noir, puis a éclaté. Elle est retombée en corolle rouge sous des exclamations béates et un peu forcées. C’est dès la troisième que ça a commencé à merder. En retombant, elle a foutu le feu à l'herbe sèche comme un Apache en colère. L’incendie poussé par une brise légère a remonté vers la compagnie qui s’en est bien amusée, au départ…
Quand les flammèches ont léché les premières tongs, ils ont levé le camp en catastrophe et ils sont remontés vers la maison en courant. Mais le feu les a poursuivis dévorant tout ce qui se présentait. Les lilas avaient fini de fleurir… C’est Paul qui a eu l’idée de génie : il a enclenché l’arrosage automatique et a ordonné à tout le monde de plonger dans la piscine…
Quand les pompiers du coin se sont pointés, sortis du lit, le feu était éteint depuis longtemps… mais, à cette heure de la nuit… ils ronchonnaient dans leurs moustaches: « Savent plus quoi inventer pour se désennuyer, ces vacanciers... »
Ils n’ont pas tardé à sourire en apercevant tout le beau monde, à demi débraillé, trempé, tenant à peine debout dans la minuscule piscine gonflable et flapie de plastique bleu… 

mercredi 29 août 2018

Marité - La fête bat son plein

La fête en forêt.

Je suis assise comme très souvent sur ma vieille souche à l'ombre d'un pin maritime dans la forêt des Saulières. En ces derniers jours d'été, la lumière filtrant à travers les arbres se fait plus douce et plus dorée. La chaleur, encore présente alanguit le bois plongé dans une moelleuse torpeur. Je me laisse aller à la rêverie quand des bruits étouffés, en contre-bas du chemin m'alertent. J'écoute.
Est-ce la brise berçant légèrement les branches du châtaignier voisin qui raconte son voyage ?
Est-ce l'eau dégringolant sur les cailloux du ruisselet qui clapote et gazouille ?
Non. Je connais bien la chanson de la forêt. C'est autre chose. C'est étrange et inhabituel.

Intriguée, je me laisse guider par les sons jusqu'à une toute petite clairière à peine visible depuis le sentier. Mes amis, quel spectacle extraordinaire se produit devant moi ! Je me fige et pour ne pas troubler la fantasmagorie qui s'offre à moi, je m'assois dans l'herbe et, bouche bée, regarde la scène.

Tout le menu peuple de la forêt s'est invité à une fête car il s'agit bien d'une fête et elle bat son plein.
Une chorale improvisée l'anime. Juché sur une grosse pierre, un corbeau en habit bat des ailes en cadence. Il joue le rôle de chef de chœur et a bien du mal à imposer un semblant de coordination. Deux merles sifflent à tue-tête à s'en époumoner. Fauvettes et mésanges zinzinulent sagement pendant qu'une alouette tire-lire joliment. Un pic-vert bat la mesure en cognant sur un tronc d'arbre. Des bourdons font les basses. Pour ne pas être en reste, une grenouille jette de temps en temps des "coa-coa" intempestifs qui sèment le désordre et agacent visiblement le corbeau. J'ai peine à entendre les stridulations d'une cigale perdue dans les bois corréziens mais il a fait tellement chaud cet été qu'elle est arrivée jusque chez nous. Il est vrai qu'on nous dit "le riant portail du Midi" !

Et l'on danse ! Un lapin entreprenant berce doucement dans ses pattes un écureuil un peu farouche mais qui se laisse quand même conter fleurette en baissant pudiquement les yeux. Deux tourterelles amoureuses roucoulent et tanguent, seules au monde. Un couple de putois se balance un peu à l'écart . Leur présence est tolérée à condition qu'ils s'éloignent un peu. Après tout, la fête ne doit exclure personne. Une fouine et une belette, un peu soûles, tentent en riant des pas maladroits. Un rat invite une taupe qui ne le voit pas.

Ce n'est pas tout. Un buffet géré par une grosse pie s'agitant sans cesse est servi sur un bord de la clairière. Sur des écorces de pin maritime sont disposées des noisettes offertes par les écureuils, des graines variées sans cesse fournies par de vaillantes fourmis toujours à la peine. Une famille entière de souris s'est sans doute levée tôt ce matin pour cueillir des mûres dégoulinantes de jus. Il y a aussi un beau rayon de miel, cadeau des abeilles. Qui donc a apporté ces drôles de champignons de toutes les couleurs ? Un vieux hibou, les yeux exorbités ne cesse de les picorer. Ce sont, à l'évidence, des champignons hallucinogènes. Oui, c'est bien cela. Il y a des amanites tue-mouche rouges à pois blancs. Je pense qu'il veut guérir son éternel mal de vivre mais, là, il abuse. Un rat, à la moustache toute blanche regrette, quant à lui d'avoir mangé trop de noisettes. Il nettoie ses dents creuses en se servant des piquants d'un hérisson qui ne remarque rien. Il semble dormir tranquillement.

Depuis combien de temps suis-je là à me repaître de cette féérie ? Personne ne semble avoir remarqué ma présence pourtant je me sens observée. Ah, je vois ! Ce sont les nains de Blanche Neige. Dans ma forêt, les champignons poussent à profusion, même les belles amanites comme dans le bois du conte de Grimm. Je sais maintenant qui sont ceux qui veulent transformer cette belle fête en free-party pour s'amuser. Sacrés petits bonshommes !

mardi 28 août 2018

Vegas sur sarthe - La fête bat son plein

Contrefaite

En caraco de trufette, une schtroumpfette refaite juchée au faîte d'une estafette joue les prophètes... mais deux nymphettes surfaites vêtues de moufette sont stupéfaites : voilà que la préfète insatisfaite joue les trouble-fête et fait fermer la cafèt !
C'est la défaite... la fête était parfaite, elle battait son plein la voilà qui se vide, contrefaite.