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dimanche 12 février 2017

Tiniak - L'art de perdre son temps

TEMPI EN POT

Que faire, dites ?
Là, tout s'agite et bat son plein
artistement ou tristement
- courageusement ? vers sa fin !

Eh, luminaires... d'invite !
Quoi c'était, cette mort subite
répandue, mais du bout des lèvres
pour nous abreuver de sa fièvre
et nous mieux finir à la main ?

Un rêve tombé dans un puits ?
Une caresse de la nuit ?
Une promesse
dite, vite oubliée, drapée de joliesses

Ce pendant, cependant
(n'était son doux velours)
n'efface pas le cours
si peu libre soit-il
et rugueux, nuit et jour
du vivant alentour

Qu'en faire, dites ?

De la groupie de chansonniais ?
Des anathèmes, pour de vrai ?
De l'enfumage
pour sacrifier au jeu de vaniteux carnages...

Mieux vaut garder un pied ailleurs
- c'est entendu !
que de piailler à l'intérieur
sur le menu

Autant va le temps, cette erreur !
- un caprice de la nature...
coiffer, son bonnet de bonheur
la plus infime forfaiture

Dès lors
puisque le temps court à ma perte
j'adore
l'abandonner sur l'herbe verte

Où se permettre d'être parfaitement inutile (et donc, si nécessaire)...

samedi 11 février 2017

Dib - L'art de perdre son temps


Une journée comme tant d’autres

Cristine s’était levée, comme à l’accoutumée. Elle aimait se lever juste avant le soleil. C’était comme un rituel qui se décalait de quelques minutes, de jours en jours. Elle aimait cette osmose avec les minutes calculées. Ainsi, de bon matin, dans la pénombre, elle se préparait un café. Puis, sa tasse à la main, elle prenait place dans sa chaise-longue préférée. Ça aussi, elle aimait bien : se caler au fond de sa chaise, laquelle était positionnée juste où il faut pour prendre part au réveil des couleurs dans le ciel. Ecouter l’absence de bruit tout d’abord, puis une voiture au loin, une porte qui grince, un chien qui manifeste son désaccord au départ de son maître, la dame de la rue du port, qui passe à bicyclette, les étudiants, qui rentrent de boîte. Ce réveil de la ville observé depuis sa chaise longue l’enchantait. Un peu comme lorsque l’on contemple une tempête depuis un abri sec et au chaud. « Allez ! Allez ! Petites fourmis ! Allez donc ! », se disait-elle, en sirotant son café.

Cristine ne quittait son siège d’observation que lorsque la toile bleue était solidement retendue dans le ciel.

Après la course du soleil, c’était le ballet des heures égrenées. Tout allait si vite... 

Cristine ne savait jamais où passaient les heures et les minutes. Le sablier géant avait certainement sa logique. Un moment de lecture, et il était dix heures, un passage dans le jardin à observer les pousses et les insectes, à retirer quelques herbes envahissantes de ci, de là, et c’était la fin de la matinée. Venait ensuite le repas, suivi d’une course à faire – en prenant son temps, il faut bien socialiser – et c’était déjà le milieu de l’après-midi.

Jamais Cristine ne perdait son temps, pourtant. Elle lisait, marchait, écoutait une émission radio en épluchant les légumes, discutait de ce qu’elle avait appris à la radio, s’inquiétait de ses voisins, rendait service. A faire et à défaire, on ne reste pas sans rien faire. Puis elle allait se coucher, sereine, après avoir déplacé de quelques millimètres sa chaise longue, pour le lendemain matin. Ainsi passait la vie. Cristine la savourait.

jeudi 9 février 2017

Stouf - L'art de perdre son temps

Où perdre son temps ?
Partout ou ailleurs.
Maintenant
Ici...


Assoula - L'art de perdre son temps


Du temps perdu ?!
Du temps perd ?!
On court derrière le temps on nous fait culpabiliser en disant

« « LE TEMPS C EST DE L ARGENT.. » »
Mais est-ce du temps perdu que de …

- Lire ? On s’instruit on se détend…
- Cuisiner avec les enfants ? c’est un moment de partage, de convivialité et ils apprennent des notions
... en même temps

- Sortir « Prendre l’air » on se détend on vide sa tète de ses soucis et la marche est un sport ... donc c’est gagnant
- Jouer avec les enfants : depuis quand est-ce du temps perdu ?
- Regarder la télé : Oui bon y a de belles bêtises c’est sur mais on y trouve de très beaux reportages
(surtout la nuit lol)

Et si on arrêtait de croire que la seule façon de « NE PAS PERDRE SON TEMPS » est de travailler mais plutôt de VIVRE tout simplement, on a qu’une vie et parfois elle peut être bien courte alors profitons du temps qui s’offre à nous, seule en famille, en couple…

Pascal - L'art de perdre son temps

Le temps perdu

Tout ce temps perdu à murmurer des « je t’aime », à toi qui n’entends rien, toutes ces heures sous ton balcon sans écho, toutes ces distances parcourues à tombeau ouvert, toutes ces courses à perdre haleine, tous ces films que je me passe en boucle, toutes ces rimes alignées dans des pauvres madrigaux, tout cet éblouissement que je ne peux vider de ma tête, toutes mes pensées au garde-à-vous, tout ce futur qui n’attend qu’une étincelle pour exploser en feu d’artifice, tous ces cauchemars à ta seule effigie, toutes ces marguerites effeuillées, ces un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, tous tes nuages maquilleurs, tous tes orages hypocrites, tous tes cinémas précieux, tous tes arcs-en-ciel frauduleux tendus à l’infini, et tous tes troncs d’arbres au cœur fléché sans nos initiales, et tous tes hypocrites atermoiements, ces « à plus tard », ces « à demain », ces « peut-être », ces « pas envie », ces « jamais », ces « adieu », et toute ton ignorance, et toute ta désinvolture, et tous tes caprices, et toute ta frivolité et toute mon insignifiance…

Et le nonchalant ressac de la mer pour t’apprivoiser, et la vague sirupeuse bousculant la plage comme seules réponses, et le sable contondant pour regarder mes seules empreintes, et le fourbe parfum des forêts pour soupirer tes effluves, et le goût du silence pour écouter mes battements de cœur comme un bourdonnement solitaire, et tous ces coquelicots sans bouquet, ces bleuets sans bluette, et tous ces ponts sans soupir, tous ces fleuves qui ne vont pas jusqu’à la mer, et toutes mes larmes comme des pluies salées, et toutes mes vérités qui ne servent à rien, et tous mes châteaux en Espagne bâtis au ciment d’absurde, et tous ces Saints d’église qui n’écoutent jamais les vraies prières, et ce Jésus indifférent à la Détresse et au véritable Amour, et tous ces Dieux trompeurs appelés à la rescousse, et Allah, et Bouddha, et Krishna, et se convertir en messes noires, en prêtre païen, en offrandes occultes, en sublimes sacrifices…

Et tous ces pas de chance, et tous ces secrets sans importance, et tout l’Ennui accumulé comme un monstre apprivoisé, et toutes ces cigarettes grillées, et tous ces bêtes tatouages alignés, et toutes ces boules de cristal sans reflet, et toutes ces lignes de la main qui ne parlent jamais de ton prénom, et toutes ces gares sans oubli, et tous ces horaires de défaite, et toute cette salive sans baiser, toutes ces caresses sans peau, et tous ces bouquets de fleurs sans parfum, et toutes ces flammes d’Enfers qui brûlent dans mon ventre, et caché dans la torture, et engoncé dans mon pauvre costume d’épouvantail, te regarder fuir devant mes grimaces de misérable…

Et toutes ces nuits clandestines à recompter les pépites du ciel, attendre ton étoile filante pour y accrocher mes convoitises, m’endormir et, confus, mortifié, me réveiller en sursaut et me dire que je t’ai laissée passer, et tout recommencer la nuit suivante comme si c’était la première fois. Compter les secondes, les minutes, les heures, les jours et les semaines et apprendre sur le bout du cœur mes meilleurs discours ; renier mes amis, ma famille, ma raison, tout abandonner pour repartir sur tes barricades, à l’assaut de ton cœur. Et tous mes supplices, ces charbons ardents, et toutes mes auto flagellations, ces coups de fouet revenant, et toutes mes privations, ces disettes sans fin, et toute cette pénitence, ce temps, comme une chape de plomb, que je traîne en solitaire…

Mais rêver, rêver des heures et des heures, des jours et des nuits, te voir en double, allongée et dansante, alanguie et aimante, superbe et généreuse ! Guetter tous tes silences, tes moues, tes sourires, tes rires, les traduire au dictionnaire des Illusions ! Apprendre par cœur toutes mes adaptations intimes, tous mes mensonges inutiles, tout ce que je veux seulement comprendre, tout ce qui m’anime encore aujourd’hui, tout ce qui me donne la force de respirer !...

Catastrophe surnaturelle, falbala de mes parties érectiles, faiseuse de mes cheveux blancs, jardinière de ma folie, vil sablier enlisant, esclavagiste de mon cœur, cancer de mon âme, tu me ronges assidûment ; bible de ma religion, vierge souillée, icône vandale, je connais tous tes évangiles, du chapitre le plus inquisiteur au sermon le plus servile. Métronome de mon palpitant, tu bats les secondes assassines aux tic-tac de ton horloge dédaigneuse, négligente, tyrannique, moqueuse, insolente, perverse, avilissante…

mercredi 8 février 2017

Jacou - L'art de perdre son temps

Les mains dans les poches, la tête dans les nuages,
J'étais partie,
A la recherche du temps qui fait naufrage.
Et je le vis,
Ou était-ce un mirage,
Il était assis,
M'invitant au partage.
Me disant ceci,
Le temps n'a pas d'âge,
Rien n'est écrit,
Je n'en ai pas l'usage,
Et sur mon tapis,
De vieux sage,
Depuis longtemps, j'ai appris,
A prendre ces moments sans ambages,
Nous n'avons qu'une vie,
A quoi bon tous ces gaspillages
En fausse énergie,
Evitons ces surmenages,
Acceptons nos envies,
Laissons à notre courage,
Des moments de répits,
Apprécions sans arrière-pensée, les images,
Et laissons-nous aller à la fantaisie,
Les mains dans les poches, la tête dans les nuages,
D'oublier corps et esprit,
En un naturel vagabondage,
Et faire fi,
De quelque malfaisant adage,
Et parti-pris,
Voulant que homme sans ouvrage,
En paresseux se conduit.
Avec enthousiasme, je partage
Jusqu'à aujourd'hui,
Cet intemporel message,
Qui si bien m'a appris,
L'art de perdre mon temps.

Chri - L'art de perdre son temps

C’était comme un étroit et long couloir enfumé. Nous y passions une bonne partie de nos journées.

Nous y allions quand nous séchions, quand un prof était absent, quand nous avions une heure à perdre, avant d’aller en cours, en en sortant, en début de journée, en fin. Nous avions notre table, vers le fond, un peu plus sombre que sur la rue et nous ne buvions que des cafés parce qu’ils coutaient moins cher que le reste. Nous tutoyions le serveur et nous faisions la bise à la patronne qui avait fini par nous aimer bien.

Nous y sommes entrés les premières fois vers la fin du premier trimestre de seconde et nous avons persévéré jusqu’en Juin de l’année du bac, soit pendant quatre longues années. Oui, quatre, certains d’entre nous ayant échoué au premier passage. Nous y avions rendez-vous et une fois installés, nous nous adonnions à l’art de perdre notre temps, en ne refaisant rien d’autre que le monde, mais tout le monde. Nous parlions, nous riions, nous y recopions les cours que nous n’avions pas pris, nous révisions nos colles, nous y terminions nos devoirs et nous y finissions d’apprendre les leçons. Nous nous y aimions, aussi, parfois, nous nous y embrassions sur les banquettes de cuir rouge, vaguement dissimulés par la fumée des clopes des autres tables et nous nous y disputions comme des chiffonniers. En vrai, ce ventre enfumé nous était un sas, un sas avant la vraie vie, avant celle qui nous attendait à la sortie du Lycée, un boyau de passage entre l’adolescence et l’âge adulte que nous traversions en bande pour avoir moins froid. Là dedans, nous nous sentions moins seuls, davantage armés, protégés par les présences, la chaleur, l’amitié et les rires des autres, de ceux du clan. Nous y perdions notre temps, mais nous en avions tant devant nous à cette période de nos vies. Au fond, il ne comptait pas, il n’était pas un personnage, il n’était rien, il s’étirait même en longueurs dans des après midis sans fin, nous ne nous rendions pas encore compte qu’il passait. Si vite.

Le ventre, notre antre s’appelait : Le temps perdu. Il a disparu.

Il est devenu un fast-food. Et nous, les vieux épais que nous fustigions, ceux dont nous nous moquions maintenant pressés par ce temps qui défile à pleine allure et les heures qui nous vieillissent, nous rabotent et nous minent minute après minute en nous poussant inexorablement aux fesses, vers la fin. Vers l’éternité.

A nous, désormais, d’être effrayés par le peu qui nous reste, par la fin qui s’amène.
A nous de n’être pas si loin, déjà, d’en avoir un paquet à perdre…

Arpenteur d'Etoiles - L'art de perdre son temps

Le temps d’Angèle
(mini nouvelle)


Une pluie fine battait les carreaux de la fenêtre du grand salon. Une pluie monotone de dimanche après-midi. Angèle se leva brusquement du canapé où elle somnolait vaguement.
- M’man va relever les compteurs, lança Armande.
- M’man va chercher midi à quatorze heures murmura Amaury simultanément.
Les jumeaux replongèrent dans leur jeu d’échec à trois bandes, dont les règles n’appartenaient qu’à eux seuls. Le père n’avait pas bougé. Absorbé par une compétition de curling arrivant au paroxysme du suspens, il fit « chut » en fixant intensément un balayage énergique devant une pierre à la trajectoire prometteuse. Lorsque celle-ci arrêta sa course pile sur le bouton, il se laissa retomber contre le dossier, marmonna « nom de Dieu que c’est beau » et reprit une gorgée de bière ambrée.

Dans la cuisine, on entendait maintenant la radio allumée par Angèle. Un chronomètre à la main elle attendait le quatrième top ou la première note du carillon pour déclencher l’appareil. Elle éprouvait le besoin impérieux de vérifier la précision de l’heure affichée par toutes les pendules de la maison. Ce rituel qu’accomplissait déjà sa grand-mère avait pour elle quelque chose de quasi religieux et de douloureux. A la disparition de l’aïeule, son père avait repris le combat de l’exactitude, combat qui avait plus tard causé sa mort. Devenu solitaire dans une maison silencieuse après le départ prématuré de son épouse, il avait chuté depuis le tabouret qu’il utilisait pour remonter la grande  horloge. Au partage du petit héritage, Angèle récupéra la fameuse horloge « empire à colonnes tournantes ». A peine celle-ci installée dans la maison, la conserver toujours à l’heure devint une absolue nécessité.

Top ! Elle commença par les montres digitales du four, du micro-onde, puis de la radio elle-même. Elle continua par la pendule de l’entrée (qui n’était pas arrêtée sur huit heures, ainsi que le chantaient parfois les jumeaux à tue-tête) puis celle du couloir. Ensuite il lui fallait monter à l’étage pour celle du bureau, celle de la buanderie et enfin la grande horloge trônant dans « le billard ». Le chrono lui permettait, de calculer avec précision le temps écoulé depuis son top à dix-sept heures pile, et donc de mettre chacune des pendules à l’heure exacte.

La pluie redoublait et se transformait peu à peu en orage. Chronomètre à la main, Angèle était dans le bureau quand retentit le premier coup de tonnerre. Elle continua consciencieusement vers l’horloge que l’obscurité soudaine rendait presque menaçante. Elle éclaira la suspension. Une lumière dorée baigna la pièce. Elle poussa le tabouret vers le meuble, ouvrit la porte haute et agit légèrement sur la grande aiguille. Un éclair suivit d’un violent coup de tonnerre faillit la faire tituber.

La lumière s’éteignit, le disjoncteur ayant sans doute sauté. Elle referma la porte, descendit les trois marches. Quand elle se retourna, un homme était là devant elle. Ombre grise dans la pénombre.

Hormis par l’éventuelle impossibilité de pratiquer son rituel hebdomadaire, Angèle était rarement déstabilisée. Elle ne le fut pas d’avantage par l’apparition du personnage. Elle avança au milieu de la pièce, remit en place machinalement son chignon et demanda :
- Qui êtes-vous ?
- Je n’existe pas en réalité mais je me suis matérialisé pour vous. Je suis le Temps.
- N’importe quoi, fit simplement Angèle. La lumière était revenue. Elle observait cet homme assez élégant aux traits réguliers.
- Je me doutais bien que vous ne seriez pas facilement convaincue. Il claqua des doigts. Retournez-vous.
L’espace parut s’étirer brutalement et elle redevint petite fille dans la maison de ses parents. L’horloge était là, déjà.
L’homme re-claqua des doigts.
A nouveau les murs semblèrent s’écarter. Deux couples avec des enfants dans un grand jardin. Les jumeaux mariés, et elle vieille dame souriante.
L’homme en noir s’était approché d’elle : une dernière expérience, juste pour le plaisir ?
- Angèle fit vaguement oui de la tête.
Une nuit d’été. L’air parfumé de jasmin qui la saisit. Un garçon à peine sorti de l’adolescence. Son regard gris. Ses mains sur elle. Ses lèvres sur les siennes. Il dénoue le caraco en dentelle découvrant son corps tremblant. Son premier amour dont elle rêve encore parfois.

- Mais, qu’est-ce que tout ça signifie ? Sa voix s’est un peu cassée.
- Que vos vies sont une succession infinie d’instants minuscules existant éternellement côte à côte. Que je pourrai vous emmener ainsi dans toutes les époques. Pour vous, passées ou à venir, mais en réalité simultanées. L’homme l’avait prise par le bras. Son contact était doux.
- Angèle, le temps n’existe pas. Je ne suis qu’une illusion. Les hommes vieillissent et évoluent dans un temps fixe et immuable. Vos cellules s’altèrent non pas sous l’action du temps mais par simple usure. Elles meurent certes, mais l’énergie qui vous anime, qui est votre moi intime, votre âme pour user d’une expression métaphysique, cette énergie, elle, est éternelle.
Angèle scrutait le regard de son interlocuteur. Il y passait des nuages plus beaux que tout ce qu’elle n’avait jamais pu voir.

- Alors, croyez-moi. Arrêtez de compter le temps. Ne cherchez plus à avoir une exactitude illusoire sur vos pendules, montres ou horloges. Cela importe peu. Que pour des raisons pratiques, humaines, sociétales, vous soyez tenus à avoir une certaine idée de l’heure je le conçois. Mais le reste n’est qu’invention. Par exemple ce que vous venez de vivre ici avec moi, n’a pas duré plus d’un dixième de seconde de ce que vous nommez « le temps ». Alors, vivez d’abord. Vivez, promettez-le moi, Angèle.
Promettez-le-moi. Moi je vous promets pour le moins la sérénité.

Angèle ne comprenait pas bien pourquoi ce personnage disant qu’il n’existait pas, et tenait tant à elle. Pourquoi il voulait, en quelque sorte son bonheur. Mais elle promit. A peine prononcer les mots attendus, le personnage se dissolvait dans l’air redevenu paisible.

Elle s’assit un instant dans la bergère. L’orage avait fui à l’horizon et elle voyait par la fenêtre un ciel pur et bleu. Angèle se rendait compte qu’elle ne vivait qu’au travers de sa monomanie. Tous les jours, elle pensait que le dimanche suivant elle allait devoir vérifier les cadrans de la maison. Cela lui paraissait désormais dérisoire et assez ridicule. Elle se dit que cet homme étrange n’était sans doute qu’un artefact de sa propre imagination, une matérialisation de ce qu’elle pensait vraiment au fond d’elle-même. Elle sut qu’elle entrait dans un monde sans temps. Du moins un monde où celui-ci n’allait plus compter pour elle de la même façon.

Elle se redressa, jeta un coup d’œil au miroir. Son chignon s’était défait et ses cheveux encadraient son visage qui lui sembla plus lisse, plus ferme qu’auparavant. Elle se vit plus jeune, se sentit plus énergique aussi. D’un pas vif elle descendit retrouver les jumeaux et son mari.
Angèle se planta en face de lui.
- Chéri, si on sortait ce soir ?
Il la regarda avec attention, comme il ne l’avait plus regardée depuis longtemps.
- Avec plaisir Angie … Angie cela faisait des années qu’il ne l’avait plus appelée ainsi.
- Les jumeaux, ne nous attendez pas pour manger … ni pour dormir d’ailleurs.

Armande et Amaury regardèrent un peu ahuris leurs parents quitter la maison. Ils ne purent s'empêcher d'éclater de rire en voyant leur mère glisser la main sur les fesses de son mari.
Enfin, Angie avait découvert l’art de perdre son temps !


Sur mon blog, une autre histoire sur le temps

mardi 7 février 2017

Bricabrac - L'art de perdre son temps

9 secondes 57

A cause du décalage horaire, j’avais dû mettre le réveil. Je ne voulais pas rater la finale du 100 mètres. Je descendis sans bruit l’escalier et regardai par la fenêtre en bâillant. Le jour était dans les starting-blocks. La cendrée de la voie lactée avait pâli. Le vent sautait avec force les haies et les ombres des arbres. Perchés sur les fils électriques, les étourneaux s’étaient rassemblés pour commenter bruyamment la course et rédiger leurs papiers pour L’Équipe, d’une plume irisée. Il y avait du record dans l’air.

J’allumai la télévision. Les sprinters, concentrés, saluaient la foule chacun leur tour, tandis qu’au-dessus du stade, le soleil traversait l’ovale du ciel comme le jet d’un discobole. Au coup de pistolet du starter, les moineaux friquets et les pom-pom girls s’envolèrent comme des confettis et les coureurs s’élancèrent. Je m’attardai un moment, le temps de voir qu’il n’y avait pas eu faux départ, puis je pris le couloir numéro 8, et, me rabattant à la corde, j’arrivai à la cuisine, où je me fis un café.

Un rayon de soleil entra et s’ébouriffa comme un pinson sur le carrelage. Je sortis dans le jardin. Un rouge-gorge familier jouait à la marelle avec les taches mouvantes du soleil sous le pommier. Des mésanges pelucheuses rebondissaient dans l’herbe comme des balles de tennis. C’est à ce moment que le printemps arriva, faisant crisser les pneus de sa camionnette sur le gravier de l’allée, et commença de décharger des plants de jacinthes, crocus, jonquilles et tulipes, pour remplacer les perce-neiges, qui venaient de déclarer forfait.

Une barrière dont la peinture s’écaille clôt le jardin. De l’autre côté de la route s’étend une prairie où nichent des cailles des blés. Plus loin, les geais cajolent et tracent des éclairs bleus à la lisière de la forêt. J’entendis un coucou chanter dans un massif de chênes et rentrai dans la maison. Des biches et des faons s’étaient installés dans les gradins du papier peint de la salle à manger, qui se trouve juste à l’orée du salon. Sur le buffet en chêne massif, le coucou lança son cri d’appel. L’heure tournait, comme un coureur de demi-fond autour d’un stade.

Ma femme m’avait fait promettre de la réveiller pour l’arrivée de la course. En traversant le salon plein de clameurs, je jetai un coup d’œil au poste. Les coureurs faisaient des foulées formidables, plus longues que le canapé sur lequel je me gave de sport. A ce train, ils ne tarderaient plus. Je grimpai l’escalier et entrai dans la chambre. J’admirai ses cheveux, bouclés comme les anneaux olympiques. Entre deux tentatives au saut à la perche, un carreau de soleil se reposait sur sa joue adorable.

Je m’allongeai près d’elle pour la cajoler, et après quelques massages et étirements en guise d’échauffement, nous quittâmes nos survêtements et pénétrâmes sur la piste. A la fenêtre, une branche de cerisier fit la ola, et le merle noir siffla. Sans nous vanter, ce que nous accomplîmes ce matin-là entrera certainement dans les dix meilleures performances de l’année. Je crois même que… mais attendons le ralenti pour être sûrs, nous aurons l’occasion d’y revenir à la conférence de presse.

Et les coureurs dans tout ça ? Nous prîmes une douche rapide, enfilâmes nos peignoirs au vestiaire et dévalâmes l’escalier à petites foulées. Eh bien, ils approchaient. Si l’on se fiait aux temps intermédiaires, le record du monde était à portée. Il allait falloir fêter ça. Je descendis à la cave chercher une bouteille de vieux marc que je gardais pour l’occasion, et sortis deux petits verres à liqueur du buffet. Puis nous nous installâmes confortablement pour regarder l’arrivée, mais à l’instant précis où nous nous assîmes, le speaker cria : « Record du monde ! 9 secondes 57 ! » Déjà ! Le temps était passé si vite !

Mapie - L'art de perdre son temps

Nature morte : L’art de perdre son temps

- Qu’est ce que tu fais?
- Des mots croisés … attends écoute celui là:
En 8 lettres : société de consommation du « temps allant » …

- Le temps allant … le temps allant … c’est une perte de temps que de vouloir y réfléchir.
- De quoi tu parles?
- De l’Art de perdre son temps …

- A condition toutefois que tu aies fait de ta vie une œuvre d’art, car sinon il n’y aurait pas d’art à perdre ton temps …
- En es tu bien sûr? Après tout il s’agit de temps … unité de mesure et non de vie pleine et entière … Il ne s’agit donc pas de l’art de perdre sa vie mais bel et bien de l’art de perdre son temps …
- Euh, certes … mais le fait est que le temps passe et la vie avec.

- Tu dirais donc que sans temps, pas de vie? et que à courte vie, temps perdu?
- Non … tu dérapes là … tu déformes les propos que je n’ai pas eu le temps de réfléchir ... Disons que … plus ta vie est longue et moins il n’y a de talent à savoir perdre son temps. Puisque tu en possèdes plein, tu gâches, tu gâches à souhait …

- Si je te suis, l’Homme est un artiste qui s’ignore … Il perd son temps avec talent..
- C’est cela. Et cet art serait à son paroxysme si l’Homme savait de combien de temps il disposait pour mieux exprimer son art de le perdre …

- Un artiste n’est bien souvent connu et reconnu qu’une fois mort!
- Exact. Belle épitaphe pour l’humanité: « Elle a fait de ses heures perdues une œuvre d’art »…

- Ah oui! Bien joué !!! C’est ça !
- En 8 lettres : HUMANITE: société de consommation du « temps allant » …

- Mouais … Tu parles d’une discussion et d’une perte de temps…
- Peut être, mais entre toi, et moi … le temps passé à écrire et lire tout cela donne à notre art un peu de temps perdu supplémentaire … qui enrichi notre nature morte …

Où lire Mapie

lundi 6 février 2017

Saraline -L'art de perdre son temps

Recommandation

Tu peux baguenauder
Entre les badauds du village
Musarder devant les étals,
Passer ton temps à lorgner
Sournoisement les jolies
Passantes qui flânent
Elégantes et nonchalantes.
Rêve si ça te convient,
Déambule au gré des rues…
Use le temps avant qu’il ne t’use.

Vegas sur sarthe - L'art de perdre son temps

Sonnet à temps perdu

Je me nourris de riens et je vis de temps morts
quand d'autres trop pressés cherchent à en gagner
pour mieux le gaspiller ou pire à l'épargner
“Hâtons-nous lentement” persifle l'oxymore.

Je gaspille le temps à tout va, sans remords
vidant son sablier à féroces poignées
“En veux-tu? En voilà!” j'entends les indignés
crier au gaspillage, craignant le croquemort.

Je grignote le jour et je baille aux corneilles
je musarde au jardin, lézarde aux platebandes
à l'escargot pressé je dresse des amendes.

A Margot débridée j'effeuille les pétales
c'est une affaire de temp... érament, c'est vital
Quel plus beau passe-temps qu'être nus au soleil?

Marité - L'art de perdre son temps

Et si c'était cela le bonheur.

Je ne perds pas mon temps quand je flâne dans la rue. Curieuse de nature, je trouve enrichissant de regarder vivre les autres. Ceux qui déambulent, pressés ou bien ceux qui s'attardent devant une vitrine, bavardent avec une connaissance, entrent, comme moi, dans une librairie pour le plaisir toujours renouvelé de respirer l'odeur particulière des livres neufs. De les toucher, lire la quatrième de couverture. De se dire : vais-je acheter celui-là ? D'en poser un, puis le reprendre, l'ouvrir. Passer à un autre dont la jaquette attire. Je peux rester des heures dans une librairie sans avoir l'impression de perdre mon temps. Je me fais plaisir.

Il est vrai que je dispose maintenant de beaucoup de temps mais j'entends souvent des personnes de mon âge dire "je n'ai pas le temps". Cela me fait sourire parce que je pense qu'ils le gaspillent. Plus on a du temps devant soi, plus il faut prendre du temps pour soi. Je le crois vraiment.

Je sais aussi, cependant, cultiver l'art de perdre mon temps. Je connais par cœur la façon de m'y prendre pour réussir tout à fait cet exploit (!) Pour cela, il me suffit de respecter certaines conditions.

Je réunis dans un sac à dos bouteille d'eau, livre, cahier, crayon. Je me rends dans mon "royaume" : une clairière de chênes, châtaigniers et pins sylvestres au bord de ma mangrove. Quelle que soit la saison. Ma vieille souche de bois m'attend. Elle n'attend que moi. Je m'installe dans son creux et je ne sais par quelle magie, je perds la notion du temps. Je me laisse envahir par ce qui m'entoure : les chants d'oiseaux, le frémissent du vent dans les arbres, le murmure de l'eau qui se cache et réapparaît dans la mousse du minuscule ruisseau, les rayons du soleil qui jouent sur le chemin, dessinant de belles arabesques.

Je m'amuse, en été ou en automne du trottinement d'une souris, de l'éclair roux d'un écureuil, du derrière blanc d'un chevreuil qui passe sans m'avoir remarquée. Je fais partie de ce monde que je respire à pleins poumons et c'est envoûtant. Alors un immense bonheur m'emporte vers un ailleurs. Impression fugace mais tellement puissante. L'un de mes petits bonheurs habite ici.
L'hiver apporte d'autres plaisirs et surtout le silence. Parfois, je suis tellement submergée par le silence que je n'existe plus. Je suis hors du temps. J'aime cette solitude. Et cette liberté. Cette perte de conscience.

Engourdie, le cœur gonflé de joie, je pars en me disant : c'est curieux, je suis restée plus de deux heures dans ce bois et je n'ai pensé à rien. Mais vraiment à rien. Je n'ai pas lu une page, pas écrit un seul mot. Rien. Pourtant, j'ai vécu des moments délicieux, avec la sensation d'avoir fait le don de mon temps à mon esprit et à mon corps. Simplement, je suis heureuse, purifiée et en paix.

Ai-je perdu mon temps pour trouver le bonheur ou bien le temps s'est-il arrêté ?

Tisseuse - L'art de perdre son temps

Dilettante, ça me tente
De couler des heures lentes
Sans égard, juste patiente
Folle idée bien que craquante

Le rêve en porte mémoire
J’ouvre un merveilleux grimoire
J’esquive quelques déboires
Contourne la plaine ivoire

Belle évasion grâce aux visions
Magique et folle déraison
Qui dans mon âme donne le ton
De si magnifiques chansons

Il ne s’agit que d’envolées
Qui ne me parlent que d’été
De maritimes traversées
Qui n’ont pas l’heure d’exister

Réalité ou beau miroir
Qu’aurais-je à perdre à y croire
C’est dans ma tête il faut le voir
Quand le conte estompe le noir

Andiamo - L'art de perdre son temps

Procrastinons mes frères ! Assumons notre rame, n'ayons plus z'honte de notre fainéantise crasse !
Glander, buller, bayer aux corneilles, branler les dyptères, lézarder...
Les expressions fourmillent, pour exprimer la joie le bonheur de ne rien foutre !

- Ne pas faire le jour même, ce qu'un autre fera demain.
- Y'a pas l'feu au lac.
- Qu'il est doux de ne rien faire, quand tout s'agite autour de soi.
- Avoir un poil dans la main.
- Tu fais rien ?... Ben non !... Déjà hier t'as rien foutu... Oui mais j'avais pas fini !
- Et la meilleure pour la fin : une bonne sieste, et au lit ( dicton Corse).

Le droit de procrastiner, marre de faire semblant d'être occupé, on a toute la mort pour se reposer chantait Georges Moustaki, nerveux comme il était celui là, il avait commencé à s'entraîner depuis un bon bout de temps !!

Célestine - L'art de perdre son temps


Vous saviez que farniente signifie « ne rien faire » en italien ?
Alors aujourd'hui, on peut dire que j'ai fait niente. Mais alors niente puissance dix. Nada. Que d'chi. (Tiens d'ailleurs ça s'écrit comment ? Queue d'chi? Que tchi? No se...) enfin, Peau d'balle quoi. Rien de chez rien.

J'ai laissé s'étirer les heures comme un ruban de réglisse que l'on allonge indéfiniment en le déroulant. Chaise longue, lecture, piscine, sieste, chaise longue, re-sieste, apéro...
Le matin, pas fait le lit, pas lavée, descendue en maillot déjeuner au soleil, avec l'idée d'aligner en même temps quelques définitions de mots croisés. J'ai arrêté le déj’ quand le beurre commençait à faire un petit lac jaune dans le beurrier. Pour me reposer des mots croisés, je me suis installée sur ma chaise longue où j'ai épluché le hors série de Psycho-mag « spécial tests et exercices pour s'épanouir ». Du style :

« Savez-vous profiter de l'instant présent? », « Quel est votre profil émotionnel ? » « Etes-vous bien dans votre corps? » « Dans quel rôle vous enfermez-vous? »

Pour chaque test, vous devez choisir votre réponse parmi quatre, puis compter les triangles, les carrés, les losanges et les ronds et reporter vos résultats dans la grille pour trouver votre profil. Déjà, ça, c'est fatigant.
En une heure et demie, j'ai ainsi appris des tas de choses très intéressantes à propos de moi-même.
J'ai appris que j'avais un moi assumé, que je suis émotionnellement en quête de sens, que je suis amie avec mon corps (mais limite je ne suis pas passée loin du corps-vitrine, quand même) que je suis dans un rôle de médiateur et que je sais m'appuyer sur mes ressources intérieures. Je me demande comment ils arrivent à trouver tout ça en me posant des questions du style:
« Vos beaux-parents viennent passer le week-end chez vous:
Vous passez toutes les pièces en revue.
Toutes les conditions sont réunies pour passer un bon moment.
Vous espérez que votre programme les séduira.
Vous comptez sur les enfants pour créer l'ambiance. »

Surtout que mes beaux-parents, ils sont morts il y a vingt ans (paix à leur âme).
Mais bon, c'était quand même achement bien de rien faire aujourd'hui. Je ne regrette pas, même si le test « Savez-vous goûter au plaisir du farniente? » m'a placée dans la catégorie « oui, mais avec un soupçon de culpabilité ».
Pff, mais où sont-ils allés chercher ça?

Laura Vanel-Coytte - L'art de perdre son temps

Je ne connais pas l’ennui et je suis toujours surprise
D’entendre les jeunes - que je côtoie dans ma profession -
Et les moins jeunes exprimer leur ennui avec conviction
Et clamer haut et fort et sans retenue : je ne sais pas quoi faire

Je les plains et je les admire moi qui n’ai jamais assez de temps
Pour faire ce que j’ai à faire et ce dont j’ai envie et trouve les heures trop courtes
Que d’autres trouvent le temps d’avoir le temps de perdre leur temps
A s’ennuyer et à ne pas savoir quoi faire de leurs heures trop longues

De l’autre côté, ma façon d’occuper mon temps comme on dit
Suscite souvent l’incompréhension : ce que je considère comme la vie
Ou tout au moins ma vie paraît souvent aux autres, plus ou moins proches,
Inutile voire le symbole d’un luxe qui est pour moi l’indispensable

L’art de perdre mon temps ou de l’occuper - qui me semble un mot infâme
Comme si la vie consistait en des cases à remplir ou des pages d’une éphéméride
A arracher : l’art de perdre mon temps consiste pour moi à aimer chaque heure
Avec toi ou à savoir qu’il y a toujours un livre pour me sauver du monde ou m’ouvrir aux autres.

Semaine du 6 au 12 février 2017 - L'art de perdre son temps

Au cours de ces 12 dernières années, les Impromptus ont régulièrement arpenté la thématique du temps.
Pour preuve déjà, au mois de mars 2006, cette proposition d'écriture :
"L'art de perdre son temps", que nous vous proposons de revisiter à présent.

Alors, en prose ou en vers, évoquez-nous cet art subtil.
Mais la pendule impromptue sera cependant intraitable, et votre texte devra nous parvenir avant dimanche 12 février 2017 à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com, au risque de se voir renvoyer aux calendes grecques :)