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dimanche 20 mars 2016

Chri - Animal


L'envolée ...

On était en Décembre.
Dehors, un trop pâle soleil d’hiver tentait péniblement d'éclairer la terre. Pour une fois, j’étais rentré dans le milieu de l’après midi. J’avais passé la noire nuit précédente quasiment blanche. L’impression très désagréable de me regarder l’intérieur de l’âme. L’insomnie, je l’ai mise sur le compte des trois cafés que j’avais pris la veille vers minuit. Je savais qu’ils n’en étaient pas la vraie cause. Bien sûr que je n’aurais pas dû les boire ces trois cafés. Quand on en est à penser qu’un café, un alcool, peut régler un problème on est mal barré. Ça n’a évidemment rien réglé. Elle était partie et puis c’est tout. Où était-elle à cette heure ? Je n’en savais rien, je n’en avais pas la moindre petite étincelle d’idée. Avais-je seulement envie de le savoir ? Vraiment ? Depuis quelques semaines, il est vrai que ça n’allait pas fort entre nous. Je ne lui ai rien dit en pensant qu’elle n’aurait rien compris, en me persuadant que ça venait de moi, en voulant croire que c’était un mauvais moment, que ça allait me passer. Elle l’a sans doute senti et a pris les devants, comme elles le font souvent, pour ne pas écrire toujours.
Ce dont j’avais été le plus surpris c’est de ne pas m’apercevoir de suite qu’elle avait fichu le camp, c'est-à-dire à l’instant même où j’avais franchi la porte de la maison, cette après midi là. D’ordinaire... Prête-t-on assez d’attention à l’ordinaire. Justement pas, justement plus. Voilà où nous en étions. Souvent, elle se trouvait déjà là quand je rentrais et ça ne surprenait plus, alors que ça devrait, à chaque fois. D’habitude, c’est elle qui venait au devant de moi quand j’arrivais, comme pour m’accueillir, être la première à vouloir me soulager des fatigues de la journée ? On tient tous beaucoup à ces histoires de primauté. Etre le premier à faire découvrir, le premier à faire ressentir alors qu’au fond ça n’a pas grande importance. C’est aussi bien d’être le deuxième ou le quatorzième. Ce qui importe c’est ce qui est vécu à l'instant où c'est vécu. Participer à la re naissance d’un sentiment, d’une sensation est comme un don qu’on s’accorde à soi-même. Ou bien alors, venait-elle très vite, simplement pour son propre plaisir. Enfin bon, bien qu’exceptionnelle, elle était rigoureusement, parfaitement, comme tout le monde. Quand j’arrivais, je traînais un peu en faisant du bruit pour signaler ma présence, comme pour lui dire qu’il était temps pour elle de se pointer. C’était une sorte de jeu entre elle et moi ...
Alors, je la voyais débarquer en descendant l’escalier en silence quand elle était en haut, en montant de la cave si elle avait un truc à y faire. Elle s’arrêtait sur l’avant dernière marche et me regardait intensément en me saluant parfois d’un signe de tête et d’un rictus que je prenais pour un sourire : « Te voilà, enfin, je t’ai attendu ». J'y lisais comme un reproche. Elle me regardait me débarrasser de mon manteau s’il faisait froid, puis me précédait dans la cuisine parce qu’elle savait que j’allais filer droit vers le frigo pour y jeter un œil ou vers la cheminée s’il fallait rallumer le feu. Ça, c’était, du moins je le croyais, ce qu’elle préférait. Savoir qu’il allait irradier sous peu et que nous nous poserions face à lui, exposés, sereins, à sa chaleur, la notre se nourrissant de la sienne. Peut-être viendrait-elle s'asseoir sur mes genoux ? Un soir de fête...
Dire qu’il m’est arrivé de trouver ces derniers temps ce rituel gonflant parce que sans surprise.
Ce soir là, le soir où je ne l’ai pas vue, quand je me suis rendu compte qu’elle ne m’avait pas accueilli, je me suis mis à l’appeler dans la maison :
« Je suis là ! T’es où ? » Pas une réponse, pas un signe de sa présence, que le silence terrible de son absence. Elle n’avait rien emporté. Toutes ses affaires étaient encore là. Elle n'est pas bien loin, elle va revenir, je me suis dis. On ne part pas comme ça d’un coup, sans prévenir, sans laisser un signe, sans rien prendre. J’ai fini debout dans le séjour, le front appuyé à la fenêtre. Je suis resté de longues heures ainsi m’avalant tasse sur tasse. Je suis resté là comme un imbécile, désemparé. Je ne pensais qu’à courir pour lui ouvrir la porte, la prendre dans mes bras et la soulever de terre comme dans les films à l'eau de rose, et même, le faire au ralenti, comme dans les films en guimauve, que cette boule dans la gorge disparaisse et ne soit plus qu’une vilaine terreur enfin dissipée ...
Je suis resté là. Les heures filant, j’ai passé le jour suivant derrière cette sale vitre à tenter de m’imaginer la vie sans elle...C'était au-delà de mes forces. Je n'y suis pas arrivé.

J'étais devenu inutile, à attendre qu’elle miaule enfin à la porte. Saleté de bestiole, encore en train de marauder... N’en faisait qu’à ses moustaches, cette garce à poils...

vendredi 18 mars 2016

Abagendo - Animal



À Mimine rayée, petite chatte perdue.

Tout avait bien commencé pour elle : une mère toute blanche et surdouée, qui savait ouvrir les portes et se promener sur le bord des fenêtres sans tomber… (Juste une fois, mais c’est une autre histoire) ; une bonne ambiance à la maison, des patrons affectueux, (un petit garçon en particulier qui en avait fait sa copine de jeux.) Tout allait bien pour elle : on savait bien qu’elle ne serait pas aussi débrouillarde que sa mère, un peu moins sociable aussi, mais pas du tout agressive. À vrai dire, en y réfléchissant bien, on avait souvent pensé aussi qu’elle était un peu arriérée, ou un peu autiste.
Quand le moment des grands déplacements des vacances est arrivé, il a fallu prévoir un voyage pour deux chats, en voiture, comme nous le faisions chaque été. (En réalité pour deux chattes et un chaton de trois semaines, né entretemps, et après la chute de sa mère, la chatte blanche qui ne tombait (presque) jamais.
Deux paniers, de l’eau, des croquettes…toute une organisation. Ce qui devait arriver arriva : lors d’une halte, on a ouvert les paniers, pour voir comment ces dames supportaient le voyage : on était dans un petit bois, frais et plein de chants d’oiseaux, on n’imaginait pas le drame à venir. Et puis elles avaient peut-être soif. Comme nous.
La mimine rayée a été plus rapide qu’un éclair. Aucun de nous n’a pu reconstituer sa fuite : elle est sortie par une portière à peine entrouverte, par une vitre à peine baissée, on ne sait pas. Et on n’a jamais plus revu sa belle fourrure rayée tricolore.
La détresse de mes fils a été énorme. Et ce dont je me souviens, c’est de nos efforts pour l’appeler, de toute cette culpabilité qui nous est tombée dessus : comment allait-elle survivre sans nous, elle qui était si peu sociable, incapable de s’approcher d’une habitation, n’ayant jamais su chasser de sa vie…
On est restés une heure dans ce bois. Dans la voiture (fermée), sa mère blanche, paisiblement, s’occupait de son chaton. Elle avait, je le savais, la compréhension plus ou moins globale de ce qu’était un voyage. Pas sa fille.
Au retour, un mois plus tard, croyant aux miracles, nous nous sommes arrêtés au même endroit. On a encore appelé. Une grosse détresse pour tous. J’y pense encore.

Gene M - Animal

Ils ont déboulé dans ma vie un matin de septembre 2006 : deux petites boules de poils. Les deux adorables chatons ressemblaient à deux minuscules panthères noires. 

Leur séjour chez moi devait, en principe, durer 2 semaines, le temps de leur trouver une famille d'accueil. Dix ans après, ils sont encore là, et j'en suis très heureuse.
Et pourtant...

Baptisés pompeusement Darius et Ramsès, les deux panthères de poche prirent rapidement le pouvoir : je devins leur esclave.

Réveillée à l'aurore, parfois mordue et griffée, je pardonne tout à mes petits félins. Leur présence m'est douce et ils embellissent mon quotidien. 

Clémence - Animal



L'âge du capitaine.

Ah ! L 'Animal ! Il avait bien trouvé ! Il avait fait fort. Et c'était du grand art. Avec un A majuscule !
Ainsi donc, après nous avoir fait suer avec une épreuve sportive, suivie d'une heure d’excellence en cuisine, voilà qu'il nous fallait parler de « l'animal ».
Qu'on aime ou que l'on aime pas.
A sang chaud ou à sang froid ;
A poils ou à plumes,
Réel ou imaginaire...

Première épreuve : débroussailler le terrain linguistique :
Animal :
Sens premier : être vivant, organisé, doué d'une sensibilité et capable de mouvement...
Au deuxième sens : personne grossière, brutale, dépourvue d'intelligence.
Au troisième sens : animal sublime.
Exemples de bête de scène : Johnny, Brel, Eddy, Elvis…
Deuxième épreuve : choisir le bon sens. Revenir à la consigne.
Les deuxième et troisième sens me semblent exclus !

Troisième épreuve : choisir l'animal.La tâche la plus difficile.
Comment choisir l'élu sans vexer les autres ? Le tirage au sort serait judicieux.
Papier, ciseaux et crayon, je commence…
Le lapin bossu que j'ai nourri comme un bébé.
Les petits biquets avec qui je jouais à la maîtresse d'école.
Le premier chat, chasseur de rats et de souris émérite.
La douce chèvre aux yeux d'or qui me conduisait aux champs.
La première truite que j'ai chanté (merci Schubert et les chansonniers!) et la première truite que j'ai pêchée.
Le deuxième chat, essayiste en ratures sur mes cahiers d'étudiante.
La pie vindicative.
Le chien qui m'avait mordue méchamment sous le bras.
Le troisième chat, tigré, baptisé Socha, tant il était incongru !
Le coquecygrue en souvenir d'un chef de cabinet avec qui je me suis mesurée.
Le quatrième chat, mon petit Jules adoré, enterré dans un linceul de pivoines rouges.
Mon lapin en terre cuite, compagnon des très mauvais jours.
Et puis...les cigales, les grillons et les goélands.

Je pliai chacun des papiers et les déposai dans un panier. Au moment de choisir l'élu,une question me vint en tête :
- Qu'allais-je pouvoir raconter à propos de cet élu ? Pas de quoi en faire un texte intéressant. Juste un petit bout de ma vie. Ça ne casse pas trois pattes à un canard. Canard ? Ah, je l'avais oublié, le canard. Celui qu'un copain, hilare, m'a apporté à trois heures du matin ! Ils avaient tous les deux du plomb dans l'aile !

Bon, je ne suis encore nulle part…
Nulle, nulle, nulle… me répétais-je en regardant vainement la terrasse, dorée par le soleil de ce matin de  presque printemps. Les tourterelles picoraient leurs grains quotidiens, le chat de la voisine se pavanait langoureusement...

Quand tout à coup, je m'exclamai :
- Eurêka ! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt alors qu'il m'escagasse régulièrement par ses définitions sibyllines ? Mais, oui… c'est de lui la vedette !
Avant, mais c'était avant, je ne le connaissais pas.
Depuis que je vis en Provence, j'ai fait sa connaissance.
Et il me fascine.

Il est d'un noir profond et luisant, un peu cassant.
Plus il est vieux, plus il est long et vice-versa !
Il ondule gracieusement.
Il se faufile partout.
S'il se sent en danger, il se roule en spirale
Il secrète une substance révulsive orange, iodée avec une pointe d'acidité.
Il ne craint rien !

Il me fascine avec ses mille pattes,
Il me fascine par sa persévérance,
Il me fascine par son sens de l'orientation,
Il me fascine par sa sensibilité météorologique.

Il écrit son nom sur tous les murs.
Il répond au nom poétique de Julida.


Je ne peux résister à ces trois petites perles...

La fourmi attend depuis un bon moment son invité qui tarde. Avec une heure de retard et tout essoufflé, il finit par arriver :
– Mais que faisais-tu ? demande la fourmi.
– Eh bien, dehors, il y a un écriteau : "Essuyez vos pieds !" répond le mille-pattes...

Qu'est-ce qu' une fermeture éclair ? Deux mille-pattes en train de s'embrasser


Qu’est-ce qui fait 999 fois "Tic" et 1 fois "Toc" ? Un mille pattes avec une jambe de bois !

Claudie - Animal

SOIF

J’entends un grondement au loin. Le soleil implacable me coupe les ailes. Cela fait des heures que j’ai quitté mon hôtesse. Une  ingrate qui m’a cruellement chassé à coups de queue. Je ne voulais pas l’énerver, l’efflanquée aux yeux stupides, simplement lui prélever un peu de sang si précieux.
L’hallali a sonné pour moi et mes congénères. On a raconté des sornettes dans les médias, écrit que je suis maléfique et nuisible. J’ai même fait la une des journaux télévisés. Rançon de la gloire, je les ai vus débouler dans les jardins, tous vêtus d’une combinaison blanche, masque à gaz sur le nez. Et que je t’arrose les futaies, les moindres flaques d’eau, et même les parterres de fleurs avec un produit volatile et mortel...
Je me suis bien regardé dans le miroir d’un étang. Narcisse très beau, zébré de noir et blanc. En habit léopard, très élégant comme dans les films d’autrefois. Ils n’aiment donc pas leurs créatures les plus élégantes ; celles qui se meuvent avec grâce !
Notre pauvre monde ne tourne plus rond et l’on m’accuse moi d’être un réducteur de cerveaux ! Ha ha, ils me font bien rire.  Ce sont eux les vrais coupables, eux qui prolifèrent et détruisent leur environnement. Dans leur soif de bien-être et leur arrogance, ils s’en prennent à nous les mutants. Mutant on ne le devient pas par hasard, à force d’ingérer toutes leurs saloperies chimiques, j’ai bien dû m’adapter et vite.
Poursuivi par une horde haineuse, Je me suis fait le passager clandestin d’une traversée  longue et difficile. J'ai bien failli y laisser la vie, ballotté comme un fétu de paille dans la soute d’un cargo puant. A peine débarqué sur mon radeau de bois, en fait un cageot griffé coca cola, j’ai aperçu  un bambin de leur race. Abandonné sur la plage le malheureux. Une aubaine, malgré sa peau bistre peu appétissante. Après des loopings acrobatiques pour me défroisser les ailes, j’ai atterri en douceur sur ses épaules nues. J’aime particulièrement les rondeurs de l’enfance. J’ai aspiré avec ma trompe tout le bon sang jeune et frais sans l’ombre d’un remords.
Vengeance effervescente. Celle de la créature que l’on cherche à éradiquer dans son lieu de vie.
Je suis devenu le plus dangereux et le plus féroce des moustiques. Celui au nom de danseuse de salsa qui ne fait pas rêver : Zika ! Quel dommage !
Voilà que défilent sous mes ailes les rives boueuses du fleuve. je vais y déposer mes œufs (car je suis femelle, eh oui ). Un endroit nauséabond, le nid douillet pour mes précieuses larves.
Dans ce nouveau monde, ils appellent la terre nourricière. Une aubaine !

jeudi 17 mars 2016

L'Arpenteur d'étoiles - Animal


Nos premiers chats et le chien Fred

Ça miaoutait fort devant la fenêtre ouverte.
Nous habitions alors à la Croix Rousse, dans un vieil atelier de canut réhabilité en appartement. L’échafaudage monté pour la réfection de la façade était en place depuis plus d’un mois. Nous gardions Fred, un chien « croisé-porte-et-fenêtre » appartenant à des amis danseurs à l’opéra de Lyon, en déplacement la moitié de l’année. Fred, entre cocker et setter était une perle d’amour canin. Il dormait dans la chambre avec nous, sur une des descentes de lit et accompagnait tous les jours ma chérie à son bureau.
Ça miaoutait fort, et depuis près d’une heure.
Puis elle osa : un saut sur le rebord de la fenêtre et un autre sur notre lit. Quelques secondes à peine. Ronronnante, féline, espiègle et douce. Désormais, nous étions chez elle. Fred posa son museau sur le drap. La minette s’approcha et lui donna un coup de tête. Fred répondit par un coup de langue. L’amitié était née, indéfectible et définitive. Elle ne nous quitta plus. Nous l’avion baptisée Croquine. Un mois après, elle fit quatre chatons dans sa corbeille. Fred montait la garde, et protégeait la famille. Sur les quatre, seuls deux survécurent.
Peu de temps après nous avons déménagé dans un village au pied des Monts d’Or (magnifique région jouxtant la ville de Lyon côté nord). Nous, les trois chats Croquine, P’titloup, Djinn et le chien Fred. Tous ont fini leur vie près de nous. Leurs esprits nous visitent encore aujourd’hui, ressentis par nos autres chats (quatre) qui nous accompagnent dans notre ferme de la Dombes.
Croquine
P'titloup


Croquine et Djinn

Fred et P'titloup


AOC - Animal

J’étais jeune à l’époque,  mais j’avais déjà pas mal roulé ma bosse et de cette race là je ne connaissais que les invectives et les coups. Aussi, quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai déguerpi aussi vite que possible.
C’était la fin du grand froid, j’avais faim et je zonais derrière un congénère que je connaissais bien pour son habileté à chiper de quoi se caler le ventre. Le seul hic c’est qu’il était costaud et pas commode. Et pas partageur du tout. C’est quand il s’est mis en mode hargneux que l’autre est sorti en courant avec sa grosse voix et tout l’attirail de la colère. On n’a pas demandé notre reste, on avait l’habitude ; mais l’autre s’est vite calmé. Moi je voulais récupérer le peu que mon pote avait laissé sur place, alors j’y suis retourné. L’autre est ressorti.
Voix douce, main tendue, du genre « Mais t’es qui toi ? – T’as faim ? – Viens ! – T’es beau ! – Allez, viens ! … etc. etc. » Je me suis mis la pitance sous la dent, j’ai raflé le biscuit qui volait et je me suis barré en courant. Pendant une semaine, j’y suis retourné en coup de vent pour nettoyer une gamelle pleine, je commençais à y prendre goût mais j’attendais toujours que la porte se referme. Avec eux fallait toujours être prudent. Un jour, la gamelle est restée vide et la porte fermée. Ça a duré ce qu’entre nous on appelle les beaux jours : ici, pendant trois nuits et deux jours c’est le désert, c’est notre territoire, notre zone de confort, notre ring et notre paradis. Le troisième jour, on reprend nos habitudes : raser les murs et se planquer dès qu’on a envie de faire une pause. Ce troisième jour-là fut le premier d’une autre aventure…
Il est sorti avec ce que j’attendais et l’a posé par terre… mais il est resté… Moi aussi. Je suis même rentré derrière lui.
Elle est arrivée plus tard. Il m’a présenté. Elle a dit un truc du genre « HEU…..!!! » Puis elle a soulevé ma frange et elle a suggéré « un bon bain, doublé d’une mise au propre, et on verra mais il a l’air gentil » J’y ai laissé mon manteau et toutes mes copines les puces, mon odeur et toute ma dignité. Ça ne m’a pas beaucoup plu mais elle aussi elle avait l’air gentil…
Je suis arrivé chez eux et là j’ai trouvé un truc poilu aussi mais tout petit, feulant, qui s’est planqué vite fait. On a fait connaissance de loin tout l’après-midi. Je sentais bien que ce n’était pas gagné mais on y est arrivés quand même, fallait juste que je lui laisse prendre l’initiative… En fin de journée, ça s’est passablement compliqué.
Elle est partie. Pas longtemps. Mais quand elle est revenue, c’est avec deux tornades. Comme j’avais l’habitude du mauvais temps  j’ai laissé courir, ventre à terre mode couché, je ne pensais pas que ça marcherait mais ils sont devenus doux comme le zéphyr.  
On s’est tous apprivoisés, ils m’en ont fait des vertes et des pas mûres du style voiture pendant des heures, laisse en ville (ah ça c’était pas mon truc), voilier pendant des jours (purée apprendre le pied de mât, c’est pas simple ça !)… Mais moi aussi j’y ai mis du mien ! Vagabond dans l’âme, je leur en ai fait faire des kilomètres pour venir me récupérer ! Mais on s’aimait alors ça compte pas. J’ai passé pas mal de temps avec eux, j’ai consolé quelques chagrins, ceux des grands qui redeviennent petits et ceux des petits qui deviennent grands. Celui qui m’a fait le plus bizarre, c’est celui que je n’ai pas pu consoler. Moi j’étais vieux, elle ne m’appelait plus Pirate depuis quelques temps mais Plume et je trouvais que ça m’allait bien aussi. Elle posait souvent une de ses mains sur mon ventre et l’autre sous mon cou. Ce jour-là j’ai senti sa peine alors je l’ai regardée, elle avait les yeux mouillés genre barrage.

mercredi 16 mars 2016

Jacou - Animal

Animal de compagnie

Micro trottoir
-          Bonjour. C'est pour une enquête, sur les animaux, pour "Les impromptus littéraires". Auriez-vous une préférence, animal domestique, sauvage ?
-         Moi, mon préféré c'est un crocodile.
-           Pourriez-vous m'en dire plus?
-          Au sujet de Mon crocodile vert? Y'a pas grand- chose à en dire. Les mots parlent d'eux-mêmes. C'est un crocodile, il est vert.
-          Je vous remercie, monsieur. Oui, vous vouliez rajouter quelque chose?
-          Et bien, avant, j'avais un Chien vert, enfin que j'avais repeint en vert; mais il est mort empoisonné.
-          La peinture, sans doute?
-          Non, à cause de ma femme. Elle pensait que le vert porte malheur, et pour me persuader qu'elle avait raison, elle a empoisonné le chien.
-          Vous avez dû être très malheureux.
-          Oui, mais pour lui donner tort, j'ai fait semblant d'être indifférent.
-          Même pas versé une petite larme.
-          De crocodile, si bien sûr.
-          Expliquez-moi comment vous avez pu alors adopter un crocodile vert, malgré la superstition de votre femme.
-           Nous avons déménagé. Nous habitons près d'un élevage spécialisé dans les animaux de couleur, qu'ils  dressent pour le cinéma.
-          Comme La jument verte?
-          Oui, nous avons d'ailleurs assisté depuis chez nous, au dressage des chevaux pour le tournage de ce film. Ensuite, il y eut le Singe vert, Le mouton vert, Une souris verte. Ma femme s'intéressa de plus en plus, si bien qu'un jour, elle décida d'aller voir de plus prés. Craignant qu'elle ne nourrisse de noirs desseins, je la suivis. Je n'eus pas le temps de la prévenir. Elle fut happée par un crocodile, se dorant au soleil.
-          Et la superstition eut raison d'elle.  Le crocodile fut promptement capturé. Le propriétaire de l'élevage me fit cadeau de son corps, tout en me faisant part de ses condoléances. Je décidais de les faire empailler.
-           "Les faire empailler"? Vous n'avez parlé que d'un seul corps. Ne me dites pas que vous avez fait empailler votre femme ?
-           Si, bien sûr, je n’avais pas le choix. Elle n'est jamais ressortie des "Vertes demeures" du crocodile.


        Où lire Jacou 

Fred Mili- Animal

Naturisme

Elle répond au doux nom de Gen-Pi mais quoi qu'il en soit elle vit dans l'hexagone. Tout comme les autres elle aime les caresses et je ne l'en prive pas. 
Elle manifeste sa bonne humeur chaque fois que je passe la main sur elle. Elle se redresse ou se laisse aller à ces flatteries.
Quoi qu'il en soit j'aime la flatter et je devine ou ose espérer qu'il en est de même pour elle.
Nos manières d'être ensemble ou nos façons d'y parvenir sont assez naturelles et ne nécessitent pas qu'on les étale. 
Mais puisqu'il n'en a jamais été question jusqu'ici autant dire que je l'aime et je m'oblige à croire qu'à toutes les onomatopées qu'elle laisse échapper, le plaisir est partagé. 
Je fais en sorte qu'elle soit heureuse et si toutes les bousculades que je lui inflige sont parfois un peu rudes, il faut dire que c'est pratique courante dans mon éducation. 
Elle a le poil court et rêche, impossible de le prendre à contresens sans en subir les conséquences.  
Rien que de la voir vous fuiriez à grandes enjambées. Son poids est conséquent et inutile de parler de ce régime « Comme j'aime » sans qu'elle vous rentre dedans.  Ses kilos, elle y tient et ils font tout son charme. 
Poser ma tête sur son bidon tout rondouillard est un grand moment que je ne partagerai avec personne, tout comme lécher ses tétines. 
Lorsque nous sommes sous le jet d'eau après nous être étalés un peu partout, c'est un moment savoureux. Néanmoins toutes nos odeurs nous échappent et c'est regrettable. 
Je suis persuadé qu'on aime avec tous les sens : la vue, le toucher, l'odorat, l’ouïe et le goût. Je l'aime à l'aveugle, je la sens sans la voir… et pour le reste je resterai discret. 
Je suis un peu plus jeune qu'elle mais chez moi l'adage reste d'actualité : « C'est dans les vieux pots qu'on fait la bonne soupe. » 
Lorsque je fourrage entre ses cuisses sa peau toute rose m'escagasse les sens, j'en suis fou. Gen-Pi est une cochonne autant le dire et elle aime se faire désirer. Elle n'hésite pas à me précéder et à balancer sa partie charnue. Elle aime que je la convoite. Elle aime se sentir irrésistible. 
J'en suis fou. Elle me rend dingue. 
Plus je me conduis comme un cochon plus elle est heureuse, plus elle remue sa queue en tire-bouchon. 
Mais j'en ai marre de toutes ces mains qui la caressent au Salon de l'Agriculture.  

Manoudanslaforêt - Animal

Grassouillet
Adorable
Sociable
Pataud
Audacieux
Ronronnant
Doux
Mon chat Gaspard....

Marité - Animal

Mon visiteur, le Chat noir.


Je t'appelle Belphégor mais ce n'est sans doute pas ton nom. Je t'appelle Belphégor parce que tu as hanté jusqu'à présent mon jardin la nuit. Je percevais tous les matins ton odeur mais tu avais disparu en même temps que l'obscurité. 
Je te guettais pourtant et il m'est même arrivé de me lever très tôt pour t'apercevoir. Mais rien. Tu n'étais déjà plus là. 
Puis, il y a peu, j'ai eu la surprise de te découvrir, tapi derrière un massif d'hortensias. Tu m'as fait peur et tu as eu aussi peur que moi. A mon sursaut tu as répondu par un feulement. Et très vite, d'un bond, tu as rejoint les prés alentours. 
Je ne me suis pas trompée en te nommant Belphégor. Une intuition ? Tu es aussi noir que les ténèbres. On dit, depuis l'Egypte antique que les chats de ta couleur portent malheur. Que vous incarnez sorciers et sorcières et même que vous êtes en capacité de jeter un sort. Quand sera tordu le cou à une telle croyance ? Moi je trouve que j'ai plutôt de la chance de te côtoyer comme je peux le faire désormais. Même d'un peu loin.
En effet, curieusement, depuis notre rencontre inopinée, tu te montres parfois dans la journée.
Et j'en suis ravie car, pour diverses raisons, je ne peux avoir d'amis chats. J'aimerais tellement pourtant.Tu es la compensation.
Si, au début, tu t'es sauvé promptement à mon approche, au fil des jours, tu es resté, en restant sur tes gardes quand même. Je sens toujours, braqués sur moi, tes yeux jaunes. Chercherais-tu à m'apprivoiser ? Ou à te laisser apprivoiser ? Je crains que non. Je suppose plutôt que tu viens ici pour ta partie de chasse. Tout près de ton poste d'observation, viennent picorer des mésanges à qui je distribue graines et graisse. Je ne pense pas que tu veuilles les tuer. Je crois que tu te plais à  faire semblant. Mais sait-on jamais ? Belphégor, ne touche pas à mes jolies mésanges. 
Tu dois avoir des maîtres dans les environs parce que tu ne bois pas le lait que je pose pour toi sur la terrasse où tu viens te reposer ou même dormir la nuit. Tu as ton coin sous le barbecue. Tu daignes parfois croquer une friandise, voilà tout. Tu ne fais pas pitié et ton poil luit. On s'occupe de toi.
Tu es donc mon invité. Et peut être, bientôt, nous échangerons des caresses. Un rêve ? Viens très souvent dans mon jardin, le chat ! 

Lilousoleil - animal

Neige, je m’appelle Neige. Je  saute contre le grillage de ma cage. Je tends le museau à travers les barreaux. Je suis  pleine de tonus, pleine de vie et pourtant Je n’aime pas aboyer comme mes compagnons. Je  ne te lèche pas la main, je ne sais pas faire des bisous aux humains mais…tu me regardes et je te regarde et je souris comme je sais le faire et je te donne ma patte ; gagné, tu m’emmènes.
J’ai  déjà six ans et toute une vie de blessures derrière moi.  
Après dressage et maltraitance, on m’a « perdue » quelque part. Je n’étais même pas adulte  et déjà conduite dans un refuge. Sans puce, sans tatouage j’ai  rejoint, un groupe de vieux chiens, des malades,  des handicapés des classés non adoptables. Je ne sais comment je fus sauvée de la piqûre. La chance m’a souri et je fus baptisée  Neige : toute blanche ou presque ; il parait que je  ressemble au chien de Charlot dans « une vie de chien ».
Sauvée oui mais remise en chenil, dans un autre, puis un autre et encore un, jusqu’à ce qu'elle  m'emmène. Cinq ans de prison !  C’est dur pour une jeune chienne. Mais elle, ma nouvelle mâitresse, elle était si triste, j’ai bien senti l’odeur de l’Autre ; celui qui venait de partir…  Dure responsabilité pour moi ; j’aime les défis et je le relèverai.
J’ai découvert que l’on pouvait se promener sans être attachée ;  elle me laisse vagabonder et  courir. J’ai découvert le petit bois, c’est le mien maintenant, je sais qu’elle  lui a donné mon nom : le bois de Neige. Un jour j’y ai  poursuivi un chevreuil ; oh le malin, il m’a amusé un moment avant que j’abandonne. Elle me rappelait. Je suis revenue la langue pendante mais heureuse. Je suis agile comme une chèvre au point de sauter les murs autour de la maison quand un chat passe par là.

Et puis le soir, je grimpe sur ses genoux. Elle me dit que suis belle, que j’ai des oreilles douces comme de la soie, elle me fait des bisous et moi je suis fière. Je me sens investie d’un travail : la protéger. Je sais qu’elle n’a pas oublié Milord, je connais son nom mais je n’en suis pas jalouse. J’ai  appris à aimer les hommes, à leur faire confiance mais je garde au fond de moi la peur, la peur de l’abandon. Et puis elle sait me rassurer quand le tonnerre gronde et que je tremble de mes quatre pattes. Je me  réfugie dans ses bras, je m’accroche à elle comme une naufragée. J’ai  même une fois réussi à grimper sur ses épaules comme un chat l’aurait fait. Changement de rôle c’est à son tour de me protéger. Cela dure depuis sept ans et ce n’est pas fini !