jeudi 5 juillet 2018

Lilousoleil - Histoire d'escargot


J’en assez que l’on me prenne pour une limace. J’ai plus de grâce moi ! Je suis Berlingot un escargot et pas n’importe lequel je suis un escargot de Bourgogne et ce soir je crie ma colère ; oui ma colère après tous ces gens qui massacrent les escargots.
D’abord il y a les jardiniers ;  ils mettent de l’anti-limace mais nous les escargots on aime les salades naissantes, les pieds de dahlias qui pointent alors on nous empoisonne et là, la SPA ne dit rien. Puis il y a les cuisiniers qui se délectent. Ils nous en font  baver et nous accommodent avec du beurre ail et persil. Et moi je n’aime  pas le persil.
Quand aux auteurs pour enfants, ils nous oublient régulièrement pour parler des loups, des ours, des lapins qui courent après les renards ou le contraire....
 Et est-ce je parle des écoliers qui chantent des comptines à écorcher les oreilles.

Rouge la vigne
Brune la pigne
Escargot de Bourgogne
Montre-moi tes cornes !

Évidemment si on nous fait à boire le lait de la vigne, (Pouilly-Fuissé )nous montrons nos cornes.

ou encore 

Un escargot s’en allait à la foire
pour acheter une paire de souliers
quand il arriva il faisait déjà nuit noire
il s’en retourna nu-pied

Que faire de souliers, je transpire déjà assez et j’ai mal à l’estomac.
Et puis deux franchement… Je ne saurais où les ranger dans ma coquille.

Un escargot s’en allait à l’école
Car il voulait apprendre à chanter
Quand il arriva ne vit que des herbes folles
C’était les vacances d’été.

Je chante faux, je n’ai pas d’oreilles. Et puis à l’école c’est pas l’Opéra moi j’aime la Traviata.
Et à l’école il n’y a pas que l’herbe qui est folle !

Un escargot s’en allait en vacances
Pour visiter l’Inde de le Japon
Au bout de sept ans il était toujours en France
Entre Dijon et Lyon !

La moutarde me monte au nez. Nous n’avons pas tous  la chance de trouver comme Margot une boîte de sardines pour naviguer !*

et enfin

Petit escargot porte sur son dos
Sa maisonnette
Même quand il pleut
Il est tout joyeux
Il sort sa tête

Oui et je me venge, la pluie j’adore…………

BERLINGOT

* référence à Margot l'escargot d'Antoon Krings qui a écrit toute une série d'albums pour enfants répertoriés " Les drôles de petites bête"; un vrai régal pour les enfants ! 

mercredi 4 juillet 2018

Mister K - Histoire d'escargot


Voici quelques étapes de l’histoire de ma vie, une biographie rêveuse.

J’ai suivi un chemin qui a été patiemment reconstitué grâce aux traces baveuses séchées laissées  ça et là … mes empreintes vicinales.

En 1899, je n'étais toujours pas né. L’art de l’escamotage, déjà.
En 1900 je pense me souvenir que non plus, c'est-à-dire toujours pas.
C'est en 1910 que j'ai fêté,  je ne sais plus exactement où, ni dans quelles circonstances ,  mes moins 103 ans. J’en ai profité pour faire ma première escapade.

Peu après, vers 9 ans plus tard, je félicitai personnellement Georges Clémenceau pour le Traité de Versailles. J’en profite d'ailleurs pour lui rappeler qu'il ne m'a toujours pas rendu le stylo que j’avais tiré de mon escarcelle juste avant la signature (Georges, si tu me lis ...).
C'est à partir de 1933 oui, que j'ai réussi à juguler la crise économique de 1929 aux Etats-Unis à l'aide d'un tournevis cruciforme n°8 et d’un escabeau.

J'étais « désâgé » à ce moment-là de moins 80 ans, ce qui prouve une nouvelle fois que la valeur n'attend point le nombre des années. Mon enthousiasme par ailleurs était décuplé car j’allais bientôt pouvoir lire Tintin. J’en bavais d’avance. Mais, pour patienter, j’acceptai et tins quelques mois le rôle d’Escartefigue dans la pièce de Marcel Pagnol. A force d'expérience, je finis par rajeunir, il faut dire que je me rapprochais de ma naissance et c'est ainsi qu'en 1939, je repoussais vigoureusement les Allemands à Poitiers.

Un fait mal connu, et pourtant ce fut bien plus qu’une escarmouche. Fallait pas me prendre pour une escarbille non plus.
N'épiloguons pas sur le fait qu'en 1949, le train Paris-Bordeaux a battu le record d’Europe de vitesse moyenne avec 131 km/h., ce qui n’est même pas un train de sénateur, et donc n’a rien à voir. D'autant que je n'avais pas encore mon permis de locomotive, allons-y doucement et gare à l’escalade !
Peu après j’entrai dans un hiver de plusieurs années.
Comment ? Je ne me le suis jamais expliqué. Mais pensais-je seulement à cette époque ? Je ne sais plus.
Passablement lent, je ne fis mon premier pas qu'en 1969, sur la Lune. En marche arrière. Si je dois avouer que j’ai eu du mal avec l’escalier du module lunaire, je certifie que ma coquille a tenu le choc.
Mais ne brûlons point les étapes.

En 1968, vers mai-juin, à l’âge incroyablement précoce de moins 55 ans, je replaçais, éternel recommencement entre deux émeutes, tous les pavés dans les rues où ça chauffait, du coup il n'en a pas manqué. Ils ont pu voler bas, en escadrille.
A ce rythme, j'étais hyper entraîné pour le marathon des Jeux Olympiques de Mexico, toujours en 68, que j'empochais haut la main, c'est un hold-up .
Faut dire que j’avais retiré mes escarpins.

Vers 1972, j'ai réussi à permuter pendant un quart d'heure la Tour Eiffel et la Tour Montparnasse sans que quiconque s'en aperçoive. Le jour je montais 3m et la nuit j’en redescendais 2 et, déguisé, j’avais peint ma coquille couleur limace. En remettant la Tour Eiffel à sa place, je l'ai remplacée par une réplique parfaite en allumettes. Je suis sûr que vous ne le saviez pas.
J’aime les blagues. C’est pas vrai.

En 1979 et même 1980, je fis une pause, histoire de m'économiser un peu.
Ce n’est qu’en 1989, parfaitement dispos, que je démontai entièrement le mur de Berlin et écoulai les briques la nuit en brouette furtive. Crevé, j’étais rouge comme une escarboucle.

En 1995 je récupère – la même brouette-  et mets en compote toutes les pommes gaspillées par Chirac pour la présidentielle (...il en reste, d'ailleurs). J’invente dans la foulée la cargolade, avec tous mes frères ennemis récupérés sous la caisse. 

Je surveille et empêche le bogue de l'an 2000, j’avais un peu de temps, et en 2002, je m'occupe personnellement d'échanger les francs en euros.
Cela par contre me prend un peu de temps, car j’ai deux tortues comme assistantes.

Vous l’avez compris, je suis loin, très loin, de la coquille vide mais j’ai fini par en faire moins, pour me concentrer, car je savais que le début approchait. Il faut savoir ne pas dépasser les cornes. 

Toujours est-il que j’ai bien fini par me rattraper, et je suis venu officiellement au monde en 2013.
Dans le jardin, entre deux baves, je suis devenu un passionné d’escarpolette.
Je me cache dans les tubes. Je glisse sur les cordes.
En un mot je brûle la planche.
La belle vie, et une vie antérieure riche, je ne vous dis que ça, puisque vous venez de la lire !
Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai décidé de faire escargot.

Finalement, je n’ai jamais appris à freiner. Pas besoin.
J’avais le temps, je l’ai pris.
Parce que ça m’a pris du temps.
On ne devient que lentement escargot.


Oscar Gault
« La coquille » ou … « C’est par où qu’on rentre ? » Editions Spirales, 2018.

NOTE :
1.       Toute ressemblance avec des personnes ou des faits existants ou ayant existé est purement volontaire que je l'ai fait un peu exprès.
2.       Merci à mon pote l’éléphant dont la mémoire a été précieuse au vieil escargot que je suis, parce que l’expression mémoire d’escargot reste sujette à controverse.

Mapie - Histoire d'escargot


Mais a-t-on un seul jour, essayé d'envisager ma vie ?

Croyez-vous que je puisse me retrouver nu comme un ver à la vue du premier oiseau qui passe... lent comme je suis ?

Gastéropode, mollusque visqueux, baveux, terriblement casanier, timide au point de rentrer ses cornes à la première secousse... cherche amitié ....mais ne trouve pas…

Je suis Inutile, juste bon à être bon... et encore seulement bien dégorgé et accompagné de cette persillade que tous connaissent... et que beaucoup préfèrent à ma propre chair…

Les jours de pluie, je suis traqué, les jours de soleil, je suis desséché, les jours de cueillette, je suis assoiffé...

Au naturel personne ne m'aime... si... si, pardon, les petits enfants, ces petites âmes pures…

Celles qui me lèchent le pied comme un roudoudou avant d'apprendre que "c'est dégueulaaaasssssse, lâcheee ça tout de suite !" ou celles qui jouent à me faire faire la course avec mes congénères avant de m'oublier dans une boite à chaussures dans un coin du jardin...

Alors vous savez quoi ?
J'abandonne les recherches.

Si quelqu'un souhaite m'aimer au naturel, il devra me trouver.
Je n'avance pas bien vite, et je laisse des traces, en elles je mets tout mon espoir :Qui m'aime me suive...

Jérôme - Histoire d'escargot

Il est terre à terre, l’escargot.
Et qu’est-ce qu’il fait de son temps, posé à ras le sol ?
Est-ce qu’il regarde le paysage, les monts et les merveilles d’alentour, la course folle des astres et des gens ? Il admire le panorama ?
La vue, le friselis des herbes dans le vent, le vol des oiseaux, la courses des nuages, ou celle des souriceaux qui trottinent ?
Non.
Aussi, c’est qu’il est terriblement myope.
Alors, écoute-t-il la rumeur du monde ?

Les nouvelles qui bruissent, les cris, les chants ?
Les rires des gens, le grand barri de l’éléphant ?
Il n’y a guère plus de chance, l’escargot est farouchement sourd.
Et puis pour tout dire, course folle, rumeur, vol, bond, cri, rire, panorama, barri, nuage, tout ça ne l’intéresse pas.
Pas plus que la pluie, le vent, les bourrasques et les couchers de soleils, pas plus que toutes les fantaisies bariolées de notre vaste monde foutraque et bruyant.

Alors que fait-il ?
C’est bien simple, il est là.
Et pourquoi  non ?

De temps en temps, lentement, si lentement que ça ne se remarque presque pas, il fait quelque pas (toujours du même pied, mais si lentement, si dignement qu’on ne s’en aperçoit seulement pas). Il va, grignote une laitue ou ce qu’il trouve à son goût (goût d’escargot, gros appétit pour la salade ; seulement, il évite soigneusement l’ail, allez savoir pourquoi), fait ci, va là, en bref vaque à ses affaires ; affaire d’escargot, bien sûr.

Quand il a assez vagué, il s’arrête net (mais si lentement que ça ne se remarque pas) et fait retraite dans sa coquille ; là, son unique pied collé au sol, ce drôle de petit caillou cornu vibre au remuement de l’humus ; et plus profond encore.
Seulement attentif au grondement sourd des plaques granitiques et au craquement des basaltes, seulement occupé des laves qui crépitent, il compte et recompte le lent battement du cœur de la terre, roule, déroule et r'enroule à son gré les silences empesés de la roche, les lointains feulements des magmas souterrains et les longs ronrons des mondes enfouis.
Comment ?
Tout simplement comme on colle l’oreille à la bouche d’une conque pour entendre la mer.

D’autres fois, blotti entre les stries nervurées de sa caverne portative, il dort.
Dormant, il rêve, roulé dans les volutes du temps.
A travers les empreintes gravées dans ses spires patientes, il reprend inlassablement le vieux chant de la terre, mémoire et souvenirs du monde d’avant le temps.
Il n’était pas peut-être même pas là, mais s’en souvient, lui, empli des minuscules et patients échos du lent bruit fossile du commencement de l’univers.

Mais bien évidemment, il fait cela très lentement, alors ça ne se remarque pas.
Tout ce qu’on voit, c’est qu’il est terre à terre, l’escargot.

lundi 2 juillet 2018

Laura Vanel-Coytte - Histoire d'escargot

Un escargot bleu

Un escargot bleu [1]
Qui rampait loin des cieux
Je l’attrape par sa coquille
Je le montre à ces dames


Ces dames me disent
Trempez –le dans l’huile
Trempez-le dans l’ail
Ça fera un escargot
Tout chaud [2]


Où lire Laura

Andiamo - Histoire d'escargot


Hou les cornes…

Je m’appelle Herma… Meuh non pas Emma comme cette pauvre héroïne de Monsieur Gustave, moi c’est HERMA, Herma Phrodite, mi-figue, mi-raisin, mi-fille, mi-gamin, tantôt bique, tantôt bouc, je connais les impatiences du mâle, et les langueurs de la femelle, un jour Papa, un autre Maman, il y a belle burette que nous les gastéropodes avons résolu l’épineux problème du mariage pour tous !

Je m’accommode de tout ou presque, beurre à l’aïl, sauce piquante, on me trempe dans l’huile, on me trempe dans l’eau, je suis toujours un escargot tout chaud, les petits me chantent de jolies chansons :

- Escargot d’Bourgogne,
- Montre moi tes cornes…

Un truc me chiffonne, quand vous dites « hou les cornes », c’est joli des cornes, vous avez vu les nôtres ? Tendrement enlacées quand nous faisons l’amour, chez nous le geste amoureux c’est langueur et tendresse, pas le coït brutal façon araignée qui bouffe son mâle après l’étreinte… Pouah !

Nous avons fait nôtre le proverbe italien : « che va piano va sano, e va lontane » depuis des millions d’années nous sommes là, je n’irai pas à la facilité en disant : « nous en avons bavé » d’autres dans les billets qui vont suivre se chargeront de le dire… Vous verrez ! 

Semaines du 2 au 15 juillet 2018 - Histoire d'escargot

Le coup de chaleur qui s'est abattu sur nous est certainement difficile à vivre pour les gastéropodes.
Cependant, le titre d'un album de littérature de jeunesse de Claude Boujon déclare que "Les escargots n'ont pas d'histoires".
Laissez-vous inspirer par cette affirmation en nous racontant, a contrario, une ou des histoires d'escargot (vous avez la possibilité de nous envoyer plusieurs textes pour ce thème).
Et comme ces petites bêtes ne sont pas particulièrement véloces, nous programmons ce thème pour les 2 semaines à venir :)

En prose ou en vers votre texte devra nous parvenir d'ici dimanche 15 juillet à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com !