dimanche 3 mars 2019

Tisseuse - Escape game


Enfermé dans sa pauvre tête
Il a mis sous clef sa planète
Son oiseau doré dans un coffre-fort
Les mots reclus au fond d’un puits

Désemparé il se cogne aux parois
Mais il n’y a pas d’échappatoire
A ce jeu dérisoire
La porte reste muette

Oubliés ses rêves de goélette
Il a perdu ses lunettes
Et n’a pas trouvé le port
De la Gravette

Muré dans son désarroi
Il cherche la sortie
Mais aucune voie
Ne le sort de l’oubli

samedi 2 mars 2019

Ecumeuse - Escape game

Le secret de Rosamond


C'était un homme d'une beauté peu commune, portant son nez, qu'il avait fort remarquable, droit et fier, telle l'étrave d'une héroïque frégate voguant toutes voiles dehors vers un glorieux destin. Son regard pétillant et bleuté masquait fort mal cette ingénuité que son sourire laissait entrevoir. Ce personnage étrange avait depuis l'enfance la manie de collectionner les clés, et chanceux qu'il était, avait su concilier passion et nécessité par l'exercice du métier de concierge. Son territoire s'étendait depuis peu sur quelques arpents de terre dominés par une somptueuse bâtisse que d'aucuns nommaient affectueusement le manoir de la vieille poche. Cette dernière, veuve, sénile et sourde comme un pot y errait toujours dans les couloirs, poussant cahin-caha un déambulateur rongé par la rouille. Elle arpentait son domaine en tous sens, disparaissant parfois plusieurs heures sans que ni sa brave aide-soignante ni son infirmière ne puisse la trouver. Sa réputation de vieille pochtrone se confirmait par les appendices crasseux qui ornaient son compagnon à roulette, de chaque côté des poches contenant des fioles de porto qui lui tenaient lieu de carburant. Plus ou moins abandonnée par ses rejetons partis mener la grande vie sous les tropiques, elle avait désormais un chaperon pour veiller sur elle 24 heures sur 24, William, concierge polyvalent. Consciente un jour sur deux de ses faiblesses de vieille dame, Rosamond Woolf, n'avait manifesté ni contentement ni curiosité à l'arrivée de William. Son Alzheimer lui faisant revivre perpétuellement quelques épisodes tragiques ou parfois heureux de sa longue et éprouvante existence, il ne demeurait que peu d'espace pour le présent dans cette chronologie déglinguée. Elle poursuivait des buts anachroniques, recherchait vainement ses proches disparus dans les méandres du manoir ou une fois sur cinq, allez savoir pourquoi : les clefs du cellier Nord. Le tempérament jovial de ses jeunes années s'était abîmé sur les écueils de l'incertitude et de l'angoisse. Le présent l'intéressait peu, elle s'y ancrait rarement, chahutée qu'elle était par les évènements passés. Quant à l'avenir, le seul futur qu'elle anticipait consistait à se ravitailler en précieux breuvage pourpre qu'elle cachait si mal dans les poches de son bruissant attelage.

Le sémillant concierge, satisfait de ces nouvelles fonctions, avait dès son arrivée amorcé une collection de clefs qui, à sa grande joie, lui semblait presque infinie. En effet, l'insondable bâtiment regorgeait de chambres et pièces dérobées dans des murs qu'il avait fort épais. Et c'était sans compter les secrets de ses fondations, caves, celliers, passages confidentiels et autres dépendances... La mémoire de Rosamond, virevoltant d'une époque à l'autre, donnait bien de la peine à William qui s'essayait à ramener la vieille dame au jour présent. Il l'écoutait, l'aiguillait maladroitement vers la date du journal étalé sur la table de la cuisine, lui rappelait qu'il fallait se vêtir convenablement avant de sortir dans le jardin ou lui indiquait aimablement que son repas l'attendait au salon. De son côté Rosamond semblait obstinée, mais ne s'agaçait que rarement, préférant acquiescer sagement tout en envisageant secrètement une autre réalité. Elle ne l'appelait jamais William, nom que ses neurones refusaient de mémoriser, mais plutôt Richard, ancien domestique décédé quelques décennies auparavant.

Le concierge, pour lui être agréable et utile, fabriqua des tableaux à crochets pour y suspendre les milles et une clés et les étiqueta au fur et à mesure de ses enquêtes. Chambre bleu aile ouest, salle de bain rose nord, salon réception ouest, bureau Monsieur Woolf, salon à grande cheminée...

Au bout de six mois d'essais intempestifs et de recherche méticuleuse, il apparut évident que la clef du cellier Nord manquait à l'appel, ni elle ni son double ne passèrent jamais entre les mains de William. Il s'entêta. Souleva pots de fleurs et matelas, farfouilla dans les tiroirs des buffets qui étaient nombreux, mit sens dessus dessous les armoires et les vide-poches... Bref, il chercha partout et dans tous les recoins. Rien. Et puis, ce qui devait arriver... arriva. Rosamond dont la mémoire des lieux s'effritait de plus en plus, disparu, comme avalée par les murs du manoir. C'est l'aide-soignante qui sonna l'alerte, le lit toujours fait depuis la veille n'avait pas été utilisé, Rosamond n'était pas dans sa chambre ni dans une autre. On avait beau l'appeler, aucune réponse, ni elle, ni le cliquetis de son déambulateur. Rien. On appela les voisins au secours pour fouiller la propriété, puis la police en vain...
Le soir venu, impossible pour William de fermer l'oeil. Sans doute la vieille dame avait eu un malaise dans un passage secret, ou pire peut être y était elle morte, à moins qu'elle ne soit tombée dans le puits...
Alors que la lune donnait un peu de clarté à la nuit, dans l'épais silence d'une campagne assoupie, une petite voix résonna en trois échos distincts contre les pierres du manoir.
_ il y a quelqu'un ? Ouh, ouh, je suis là.
William reconnut immédiatement la voix légèrement chevrotante de Rosamond.
_ Oui, je vous entend Madame Woolf, où êtes-vous ?
_ Ici, enfin à vrai dire je sais pas où, il fait noir voyez-vous. Et mes yeux fatigués ne distinguent rien de remarquable à part la nuit.
La voix parvenait toujours en trois échos rebondissant sur les pierres. Impossible d'en distinguer l'origine.
_ Par où êtes-vous passée ? Vous en souvenez-vous ?
_Par où je passe d'habitude, je présume... s'agaça-t-elle.
_ Oui, mais par où ? Continuez de parler je cherche un passage..
William se déplaça dans le manoir et il semblait que la voix résonnait dans les murs, ce n'est qu'arrivé dans le salon à grande cheminée qu'il n'y eût plus qu'un seul écho.
_Je ne sais plus, je cherchais Stéphane, mon mari je suppose, à moins que ce soit ma fille Marie. Je ne sais plus. Oh, Richard, il fait si froid... dépêchez-vous, je vais attraper un mauvais rhume... Qui a éteint la lumière ? C'est une mauvaise blague les enfants !

Alors que le concierge progressait dans le salon, la voix sembla venir du mur derrière la cheminée, il tâta les pierres. Rien. Il souleva le portrait de feu Stéphane Woolf et découvrit une encoche dans la pierre. Il y glissa les doigts et une porte étroite se dessina à gauche de la cheminée.
Il emprunta le passage étroit qui descendait en colimaçon et donnait sur une sorte de cave sombre qu'il éclaira à l'aide de son téléphone portable. Là, il découvrit Rosamond assise contre son déambulateur entre deux immenses étagères remplies de bouteilles de porto. L'éclairage, une simple ampoule, était grillé et avait probablement surpris la vieille dame. Le mobile était limpide, il s'agissait du fameux cellier Nord, dont la clef manquait à la collection. Rosamond avait dû emprunter le passage secret pour y accéder. Lorsque William releva Rosamond, quelque chose brilla dans le fond d'une poche du déambulateur. Une clef. Il l'essaya sur la porte du cellier. Bonne pioche !

vendredi 1 mars 2019

Lilousoleil - Escape game


Au commissariat d’arrondissement

-        -   Alors mon Dédé, Tu vas enfin me dire pourquoi et comment,  les lunettes de Monsieur le Maire se retrouvent dans ton sac à maraude ?

-         -  Ben vous voulez que je vous le dise  commissaire ?

-          - Commandant et fais pas le cake !

-          - Bon je vais vous l’dire. Voilà c’est mon Pépé, vous savez mon chien…

-          - Oui celui qui pisse partout en attendant que tu dessaoules.

-        - Ah mais je bois parfois un verre de trop mais suis pas ivre, comandant. Bon précisément pendant que j’étais là à mendigoter près de la préfecture, Pépé est parti musarder. Y est allé faire le tour du parc d’ailleurs, vous pourrez vérifier, commandant ; y a rencontré la Finette, sa maîtresse me l’a confié alors que je remuais ciel et terre pour le retrouver. Y s’est baladé près du square des enfants, puis vers le bassin aux poissons rouges ; mais je le jure, y n’en a pas mangé. Puis après dans la rigole où grouillait un tas de cochonneries, y a vu une paire de lunettes et comme elles sont roses, il les a chaussées sur son museau. C’est beau un chien qui voit la vie en rose !

-        -   Tu te fiches de moi Dédé, un chien avec des lunettes… Bon et pourquoi as-tu une clé dans ta poche ?

-         -  Ben alors là, monsieur le commandant, vous me décevez ! Je croyais que vous saviez à quoi sert cet outil ; c’est une clé anglaise !  Vous allez pas me croire mais j’ai fait ma BA. Mme Serin, la mamie habillée toujours en jaune canari, m’a demandé de l’aider à changer sa bonbonne de gaz et j’ai oublié de la lui rendre. C’est pas un crime !

-          - Admettons, on vérifiera !

-          - Ah mais commandant, la porte est fermée à clé, vous savez pourquoi ? Je ne vole pas même si je m’appelle Loiseau !

-          - Bon d’accord pendant que tu racontais tes histoires à dormir debout, Madame la commissaire a fermé la porte. Elle est partie diner et ensuite ce soir c’est opéra «  La flûte enchantée » tu connais ? Mais j’ai perdu mes clés.

-          - Z’en faites pas avec moi commandant, si vous laissez le coussin à Pépé on peut dormir ici. Sinon avec ma clé anglaise et mon rossignol ….

Marité - Escape game

La garçonnière.

Le remue-ménage dans la cuisine. Les casseroles valsent. Depuis que je suis rentré, elle me regarde de travers. Qu'est-ce qui se passe ? Je sens que ça va barder. Pourquoi ? That is the question. Une bricole qui l'a foutue en rogne, un rien. Comme d'habitude. Mais j'ai l'habitude. Ça lui passera. Ah, la voilà ! Nous y sommes.
E - Dis-moi, Juju, que fait cette clé dans ta poche de jean ?
L - Une clé ? Quelle clé ? De quoi parles-tu ?
E - Cette clé qui est tombée de ton pantalon.

Voilà qu'elle me fourre cette satanée clé sous le nez. Et merde ! J'ai oublié de la planquer dans le tiroir de mon bureau, au boulot. Qu'est-ce que je vais lui dire ? Elle est là, l'œil soupçonneux à me scruter.
L - Montre-moi s'il te plaît. Non. Je ne comprends pas. Elle n'est pas à moi. D'ailleurs, tu vois bien qu'elle ne correspond à aucune porte de la maison.
E - Je ne te le fais pas dire ! Tu peux m'expliquer ?
L - Je ne sais pas moi. Elle appartient sans doute à un collègue et je l'ai ramassée par erreur. 
E - Mon pauvre Juju ! Tu me prends pour une bille ?

Eh bien, me voilà propre ! Elle devient écarlate. Elle ne va pas tarder à piquer sa crise. Comment faire ?
L - Écoute bibiche. Ce n'est pas ce que tu crois...
E - Je ne crois rien. Je veux que tu m'expliques, c'est tout.

J'ai beau chercher. Je ne sais pas comment m'en sortir. Pourtant, il ne faut pas qu'elle sache. Pas encore. Je vais tenter un truc.
L - Ah, je me souviens ! Que je suis bête. Roland m'a demandé la semaine dernière de lui prêter mon taille-haie et de le déposer dans sa remise à la campagne. J'ai oublié de lui rendre sa clé. Donne-la moi, il faut absolument que je la lui remette demain.
E - Pas question. Tu te payes ma tête, je le vois bien. Je te connais, tu ne sais pas mentir. Je veux savoir ce que tu fais de cette clé. Tu me trompes, c'est ça ? La clé ouvre un petit nid ? Eh bien, ou tu me dis la vérité ou tu te casses, c'est clair ? D'ailleurs, tu n'attends sûrement que ça.
L - N'importe quoi ! Tu m'insultes . Je ne t'ai jamais menti. Je t'aime et je ne veux pas te perdre.
E - Paroles, paroles...Vous êtes tous les mêmes. Vous ne pensez qu' à ce que vous avez au dessous de la ceinture. J'ai arrêté de travailler pour élever nos enfants. J'ai tenu la maison. Une esclave. Voilà ce que j'ai été toutes ces années. Une esclave. Et maintenant, je découvre que tu te paies une garçonnière pour recevoir tes p. Que je suis malheureuse ! J'ai toujours été malheureuse en définitive.

Ça y est : elle sanglote. Je vais être obligé de lui dire. Zut et zut.
L - Tu ne crois pas que tu exagères ? Malheureuse, toi ? Tu n'as jamais manqué de rien. J'ai travaillé comme un fou pour toi et les enfants. Ils font leur vie loin de nous aujourd'hui. On ne pourrait pas être un peu tranquilles, tous les deux ? Ne gâche pas tout, je t'en supplie.
E – Mais qui gâches je te le demande ? Tu ne manques pas d'air. J'en ai marre. Je vais me fiche à l'eau tiens !

Et ça déborde ! Après tout, je vais lui dire. Ce sera tant pis pour elle à la fin.
L - Bon. Tu l'auras voulu. Suis-moi puisque nous en sommes là. Et n'oublie pas la clé !
E - Tu n'aurais pas l'audace de me montrer ton lupanar tout de même ? Ce serait un comble.
L - Tu verras bien. En voiture !

Je l'observe du coin de l'œil. Elle se demande où je l'emmène. Je ne sais pas comment elle va réagir. J'aurais tellement aimé lui faire la surprise au mois de juin. Tant pis. Nous avons une quinzaine de kms à parcourir. Ah, nous voilà arrivés. Elle regarde, éberluée.

L- Allez, viens. Donne-moi la main.
E - Mais...mais c'est la vieille maison dont nous rêvions  pour le week-end ! Elle a changé. Comme elle est belle ! Juju, je ne comprends pas. Que faisons-nous ici ?

Nous traversons le petit jardin encore en désordre, montons trois marches de pierre usées par les années.
L - Maintenant, ouvre cette porte. Oui. Avec ta clé. Je voulais attendre la date anniversaire de nos 40 ans de mariage pour t'offrir cette petite maison de campagne. Mais voilà. Ce sera un peu en avance mais quelle importance après tout.
E - Oh Juju, mon amour !