vendredi 1 mars 2019

Marité - Escape game

La garçonnière.

Le remue-ménage dans la cuisine. Les casseroles valsent. Depuis que je suis rentré, elle me regarde de travers. Qu'est-ce qui se passe ? Je sens que ça va barder. Pourquoi ? That is the question. Une bricole qui l'a foutue en rogne, un rien. Comme d'habitude. Mais j'ai l'habitude. Ça lui passera. Ah, la voilà ! Nous y sommes.
E - Dis-moi, Juju, que fait cette clé dans ta poche de jean ?
L - Une clé ? Quelle clé ? De quoi parles-tu ?
E - Cette clé qui est tombée de ton pantalon.

Voilà qu'elle me fourre cette satanée clé sous le nez. Et merde ! J'ai oublié de la planquer dans le tiroir de mon bureau, au boulot. Qu'est-ce que je vais lui dire ? Elle est là, l'œil soupçonneux à me scruter.
L - Montre-moi s'il te plaît. Non. Je ne comprends pas. Elle n'est pas à moi. D'ailleurs, tu vois bien qu'elle ne correspond à aucune porte de la maison.
E - Je ne te le fais pas dire ! Tu peux m'expliquer ?
L - Je ne sais pas moi. Elle appartient sans doute à un collègue et je l'ai ramassée par erreur. 
E - Mon pauvre Juju ! Tu me prends pour une bille ?

Eh bien, me voilà propre ! Elle devient écarlate. Elle ne va pas tarder à piquer sa crise. Comment faire ?
L - Écoute bibiche. Ce n'est pas ce que tu crois...
E - Je ne crois rien. Je veux que tu m'expliques, c'est tout.

J'ai beau chercher. Je ne sais pas comment m'en sortir. Pourtant, il ne faut pas qu'elle sache. Pas encore. Je vais tenter un truc.
L - Ah, je me souviens ! Que je suis bête. Roland m'a demandé la semaine dernière de lui prêter mon taille-haie et de le déposer dans sa remise à la campagne. J'ai oublié de lui rendre sa clé. Donne-la moi, il faut absolument que je la lui remette demain.
E - Pas question. Tu te payes ma tête, je le vois bien. Je te connais, tu ne sais pas mentir. Je veux savoir ce que tu fais de cette clé. Tu me trompes, c'est ça ? La clé ouvre un petit nid ? Eh bien, ou tu me dis la vérité ou tu te casses, c'est clair ? D'ailleurs, tu n'attends sûrement que ça.
L - N'importe quoi ! Tu m'insultes . Je ne t'ai jamais menti. Je t'aime et je ne veux pas te perdre.
E - Paroles, paroles...Vous êtes tous les mêmes. Vous ne pensez qu' à ce que vous avez au dessous de la ceinture. J'ai arrêté de travailler pour élever nos enfants. J'ai tenu la maison. Une esclave. Voilà ce que j'ai été toutes ces années. Une esclave. Et maintenant, je découvre que tu te paies une garçonnière pour recevoir tes p. Que je suis malheureuse ! J'ai toujours été malheureuse en définitive.

Ça y est : elle sanglote. Je vais être obligé de lui dire. Zut et zut.
L - Tu ne crois pas que tu exagères ? Malheureuse, toi ? Tu n'as jamais manqué de rien. J'ai travaillé comme un fou pour toi et les enfants. Ils font leur vie loin de nous aujourd'hui. On ne pourrait pas être un peu tranquilles, tous les deux ? Ne gâche pas tout, je t'en supplie.
E – Mais qui gâches je te le demande ? Tu ne manques pas d'air. J'en ai marre. Je vais me fiche à l'eau tiens !

Et ça déborde ! Après tout, je vais lui dire. Ce sera tant pis pour elle à la fin.
L - Bon. Tu l'auras voulu. Suis-moi puisque nous en sommes là. Et n'oublie pas la clé !
E - Tu n'aurais pas l'audace de me montrer ton lupanar tout de même ? Ce serait un comble.
L - Tu verras bien. En voiture !

Je l'observe du coin de l'œil. Elle se demande où je l'emmène. Je ne sais pas comment elle va réagir. J'aurais tellement aimé lui faire la surprise au mois de juin. Tant pis. Nous avons une quinzaine de kms à parcourir. Ah, nous voilà arrivés. Elle regarde, éberluée.

L- Allez, viens. Donne-moi la main.
E - Mais...mais c'est la vieille maison dont nous rêvions  pour le week-end ! Elle a changé. Comme elle est belle ! Juju, je ne comprends pas. Que faisons-nous ici ?

Nous traversons le petit jardin encore en désordre, montons trois marches de pierre usées par les années.
L - Maintenant, ouvre cette porte. Oui. Avec ta clé. Je voulais attendre la date anniversaire de nos 40 ans de mariage pour t'offrir cette petite maison de campagne. Mais voilà. Ce sera un peu en avance mais quelle importance après tout.
E - Oh Juju, mon amour !

10 commentaires:

  1. Voilà, comme quoi tous les hommes sont bons, les Dames nous méritent elles vraiment ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais oui Andiamo : tous les hommes sont bons et les femmes sont soupçonneuses !

      Supprimer
  2. vegas sur sarthe1 mars 2019 à 09:59

    Utiliser sa maison de campagne comme garçonnière, c'est gonflé :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais non Vegas, ce n'est pas ça justement !

      Supprimer
    2. vegas sur sarthe1 mars 2019 à 13:05

      J'avais bien compris :))

      Supprimer
  3. C'est surtout que le Juju, comme presque tous les hommes, ne se rappelait plus du tout de la date d'anniversaire de leur mariage, et que pour une fois, il a été sauvé par son amnésie.

    RépondreSupprimer
  4. Une belle histoire d'amour !

    RépondreSupprimer
  5. Bon suspense 😉
    Belle idée bravo ☺

    RépondreSupprimer
  6. très jolie chute !

    RépondreSupprimer
  7. Surprenant, mais bien trouvé, et la chute est belle en effet.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont précieux. Nous chercherons toujours à favoriser ces échanges et leur bienveillance.

Si vous n'avez pas de site personnel, ni de compte Blogger, vous pouvez tout à fait commenter en cochant l'option "Nom/URL".
Il vous faut pour cela écrire votre pseudo dans "Nom", cliquer sur "Continuer", saisir votre commentaire, puis cliquer sur "Publier".