Discourir
plutôt que dis mourir…
Veuillez
me pardonner cette petite boutade décalée, mais en ce jour de mes 100 ans j’ai
presque tous les droits, non ?
Aujourd’hui
vous ne m’entendrez pas, pas plus qu’hier. Si récrimination les adresser au
bureau de madame Aphasie :)
Le
seul bénéfice en est que, ni vous ni moi, n’aurons le déplaisir d’entendre ma
voix chevrotante.
Pour
ceux qui ont encore une bonne vue, vous lirez mon texte sur l’écran qui défile,
et pour les autres ils entendront ta voix, ma puce.
Oui,
je sais que tu trouves ridicule que je t’appelle encore comme ça alors que tu
as 64 ans à présent. Mais que veux-tu, à tout jamais tu resteras mon tout
petit. Cette extraterrestre que j’ai eu la chance de mettre au monde il y a si
longtemps…mon grand soleil !
Je
me doute que tu me fais un immense cadeau en lisant ce mot car tu as toujours
préféré t’exprimer par la danse, l’écriture du corps comme l’appelait Carolyn
Carlson.
Sois
en bien remerciée !
C’est
une grande chance pour moi que l’AVC m’ait conservé la capacité d’écrire. Et du
coup, comme mon père le faisait en son temps, je noircis à longueur de temps
des petits cahiers d’écolier avec des poèmes, des histoires, des réflexions…ce
sont les cahiers de la tisseuse…
Et
puis il y a cette tablette numérique que tu m’as offert, avec son stylet
stylé ! Bien plus pratique pour ne pas raturer, mais qui me fait regretter
le clavier de mon ordinateur, à l’époque où je tapais à une vitesse folle les
petites textes que je mettais en ligne sur internet.
Hélas
les doigts et l’arthrite ne font pas bon ménage :(
En
réfléchissant à ce discours, j’ai eu envie de témoigner de cette époque du
début du millénaire qui a vu fleurir des blogs d’écriture et des ateliers
d’écriture virtuels.
C’est
un de tes cousins qui m’en a donné l’envie le premier. Tu sais, Guillaume, qui
est devenu éditeur ! Car je lisais ses essais expérimentaux, et ai suivi
ses débuts d’auteur de livres numériques. Une de ses correspondantes écrivait
sur les Impromptus.
Tu
es la seule qui a connu cette période, ma puce, de tes 7 ans à tes presque 20
ans, j’ai écrit et coanimé ce site des Impromptus.
Au
tout début ça a été ma manière de m’affranchir de ma dévalorisation créative
dans une famille où la sensibilité artistique foisonnait, car je m’imaginais auparavant
que je n’étais pas à la hauteur.
Des
inconnus ont lu mes petits textes, et j’ai aimé ça. Je me suis intéressée à
leur monde, nous avons tissé des liens particuliers faits de profondeurs et de
pudeurs. Beaucoup d’entre eux étaient de France et de Belgique, mais certains
du Québec, une autre écrivait d’Arabie Saoudite, et un autre du Vietnam, et de
différents pays du globe…
Cela
m’a aidé aussi à traverser certaines épreuves de vie, alors que ton père se
trouvait en difficultés professionnelles, et que tes grands-parents tombaient
malade.
Il
y avait mon cousin, L’Arpenteur, à qui j’ai propagé le virus…enfin de
l’écriture sur internet, car pour ce qui est de l’écriture il avait une
longueur d’avance sur moi avec ses 9 ans de plus…
Et
nous avons coanimé ensemble les Impromptus dans le même enthousiasme, et avec
beaucoup de rires. Nos si nombreux coups de téléphone où nous discutions
certains thèmes d’écriture me manquent encore aujourd’hui.
J’ai
aimé encourager les autres, les aider à dépasser leurs appréhensions.
Une
vrai stylo-thérapie parfois !
Oh
il y en a eu des passions, des emportements et des coups de grisou sur les
différents sites des Impromptus, au fur et à mesure des équipes
d’administration, et tu m’as vu pester souvent (tu connais mon mauvais
caractère). Mais en général les autres administrateurs étaient des gens
formidables, et plein d’humour, et les auteurs aussi.
Lorsque
mon cousin est tombé malade, ma peine est devenue trop lourde. Et j’ai eu
besoin de me retrouver un peu au calme, et les Impromptus ont fermé boutique.
Cela a attristé un certain nombre de participants, mais ainsi va la vie….
J’espère
cependant que cela a semé des graines de bonheur et de créativité dans le cœur
d’un grand nombre d’entre eux, et qu’ils auront communiqué à leur tour cette
contagion positive à d’autres, afin de créer une chaine de textes….en quelque
sorte comme un immense cadavre exquis que nous pourrions dérouler à présent, et
qui ferait le tour du monde en peu de temps.
Ça
a été une des magies positives d’internet alors dans ma vie et dans celles de
ces personnes !
J’ai
une grande pensée émue pour eux tous aujourd’hui, car ils sont dans mon cœur
depuis ce temps-là et pour toujours.
Pour
ceux qui souhaiteraient les lire, tu as bien voulu, ma puce, imprimer un
recueil regroupant tous les textes que j’ai publié durant ces 13 années sur les
Impromptus. Ça donnera peut-être l’occasion à certains, ici présents, de me découvrir
sous un autre jour : celui de Tisseuse :)
Et
si je ne fais pas erreur, en rajoutant celui-ci cela fera un total de 420 !
Mais
pas d’inquiétude, car pour la plupart ce sont des poèmes, bien plus courts que
ce texte-ci…
Qui
sait, cela vous donnera peut-être envie d’écrire à votre tour !
Allez, champagne pour tous !!!!!