mardi 5 juin 2018

Mister K - Monologue d'un banc public


Pourquoi me suis-je laissé sceller ?
Me voilà
Usé, oublié, parfois piétiné,
Ah, je suis las depuis si longtemps
Je suis au bout
Et j’en ai déjà deux
On m’ignore,
Le comble, je suis au banc des accusés
Je perds même la face
Dessous les fesses

Je le sais je le sens :
C’est déjà écrit
Noir sur banc
Lentement je me délabre
C’est la déglingue
Serai-je bientôt banc de sable ?
Étiolé,
Sous peu 
Je ne serai que  
Banc décès
Ah !
Pourquoi me suis-je laissé sceller
Moi qui rêvais
D’être déplacé au gré
Des nuages et de la pluie
De l’ombre et du soleil

JCP - Monologue d'un banc public


















Secrets de bois

« - Avoir tout l’or des rois ne me fait pas envie ;
La passion de ma vie, celle pour qui je vis,
Et pour qui, tout tremblant, boire et manger je laisse,
A vous je le confesse : c’est l’amour de la fesse.

- Qu’elle soit rude ou molle, mesquine ou généreuse,
Jeune vieille proprette ou mal entretenue,
Je suis amoureux fou de ces globes charnus,
Et mon esprit s’égare à leurs formes nombreuses.

- Car voyez-vous je suis - hormis le médecin -
Le seul vers qui l’on tourne et pose le bassin,
Et ma raison vacille à la caresse intime
De mon bois palpitant sous la fesse sublime !

- Ce pour quoi vous, humains, êtes souvent punis,
Je pratique au grand jour l’art du toucher de fesse
Qu’aucune faculté au monde ne professe,
Car étant banc de bois, nul ne sait ma manie. »

Ainsi parlait le banc où je m’étais assis,
Lui livrant les secrets de mon anatomie ;
Et je me dis depuis, que fait de cette fibre
Où se porte l’assise, parfois j’aimerais vivre.

Tiniak - Monologue d'un banc public

Bench holiday

Non mais, là… Là, ‘faut que je prenne des vacances… Sûr !!
Je me présente, je suis un de ses bancs de bord de mer à objet dédié (entendez : payé à la mairie par la famille pour porter le nom de leur(s) mort(s) sur mon dossier). Dans l’île de Jersey, ‘voyez ?
Moi, les culs – vous pensez bien ! je me suis vite habitué à les voir se poser sur moi sans penser à mal ni en bien. D’accord, ça me fait plutôt chaud que froid (quoique… pour certains… venus, disons, du côté terre de l’abbaye de Lérins… plutôt que côté plage de l’île, ‘voyez ?), mais c’est pas ça. C’est les mots et les maux qui vont avec. Plus j’en entends, plus j’en vois, moins je comprends, moins je supporte.
Mais comment ils se parlent, les gens, sur les bancs ! J’hallucine. Bon… Aussi, c’est que ceux qui réfléchissent à la bonne date pour publier les bans, à côté de ceux qui se prennent le chou, se font rares. Déjà !
J’écarte d’emblée de mon propos les séances « chaudes » et celles, beaucoup plus réfrigérantes, des suicidaires (un invariant structurel de ma fonction, ‘voyez ?). Non mais, là… Là ! Jugez un peu de ma condition, quoi…
J’accueille, c’est mon lot. Je l’exerce l’air de rien, le regard très front de mer, le bois impeccable, le dossier austère, mais lustré comme pour dire que « …bon, Saint Aubin, c’est ‘core un peu plus loin ». J’accueille, donc :
… cet un qui soupire (eh, attends ! pour lui-même !) que « le cours du kangourou s’effondre; ma vie est foutue; je rentre sur le continent; je les bute tous et je file en… » (en un endroit que le caractère confessionnel de ce propos m’oblige à taire, ici – comme dirait Pierre Dac… si tu nous r’gardes…).
… cet autre (faites-lui porter le sexe que vous voulez, moi, j’ai pas trouvé…), dont la tenue indique clairement que c’est le genre touriste venu hors saison pour raison d’économie, une cheville croisée sur le genou, les bras étalés sur mon dossier, qui crache toutes les trente secondes, puis lâche à son voisin (au sexe pas mieux défini) que « mon appart est un container à recycler les cadavres de bouteilles de pif; je dors dans un cendrier; j’ignore mon courrier, au demeurant exclusivement administratif; je ne me nourris que de clopes et de café; ma seule compagnie est celle des voix dans ma radio… Je suis un génie de la solitude ! et tu voudrais m’épouser ? ».
… ces trois autres, que l’on dirait clonés, mais d’âges différents, qui devisent sur les dégradations de l’environnement et du climat et concluent d’une seule voix, sérieuse et convaincue, que « on vit vraiment une époque formidable ».
… cette adolescente, mal dégrossie, mal habillée, sentant fort le suint, venue seule, mais dont le murmure, soufflé vers le sol entre ses genoux, a l’apparence d’un dialogue horriblement vulgaire,  jugez plutôt « t’es qu’un trou de merde, petite pute… si je pouvais t’oublier quand je marche, mais non, il faut encore que tu me colles au slip… et dis, saloperie, t’en as pas marre de me bouffer les doigts dès que t’as cinq minutes ?... et ces poils ! ces poils ! jusqu’où vas-tu les répandre ?... »; j’ai fini par comprendre qu’elle parlait à son vagin.
… et puis, il y a eu cette vieille, édentée, toute pliée (incapable de voir le ciel !), les doigts comme des ceps de vigne, le nez coulant et la voix rocailleuse, qui harangue les passants avec, obstinément, cette formule « c’est vous qui m’avez pris mon mari ? vous pouvez le garder ! maintenant j’ai une perruche ».
Voyez mon embarras…
Que voulez-vous, c’est trop de misère. N’était ma mission d’arborer les noms de famille de destins brisés dont personne n’a cure depuis des lustres, je prendrais bien des vacances, moi, je vous le dis. Même, juste un Bank Holiday, quoi…


lundi 4 juin 2018

Brizou - Monologue d'un banc public

Le banc du lac

Ô lac, combien de fessiers et combien de derrières
Ont posé leur séant sur mes augustes planches
A présent patinées par les ans
Et par leurs fondements
Lissé, poli je suis maintenant.

Il y en eut de bien jolis, des plats, des rebondis
Des timides qui ne posaient qu'une fesse
Des amoureux collés l'un contre l'autre
J'en ai connu plusieurs qui m'ont caressé
Doucement dans le sens du bois
Me donnant maints émois

Ô lac, certains de ces arrière-trains 
En s'affaissant sur moi
Ont fait trembler mon assise
D'autres plus légers à la fesse coquine
M'ont fait rêver plus d'une fois
Ha ! Les jolis popotins qu'ils étaient

Quels qu'ils soient, postérieurs aux abois
Ou pétards de douairières
Mignonnes petites miches
Tournures aguicheuses ou croupes fatiguées
Elles vont bien me manquer
Quand par un siège plastique ils vont me remplacer

Au fond d'un hangar ou dans un vide-greniers
Ils vont bientôt me reléguer
Pour moderniser
Tes rives délicates
Ô lac, je ne te verrai plus
Et ne converserai plus jamais avec toi

Vegas sur sarthe - Monologue d'un banc public


Rrrou-crou-couuu

"Chaque jour après l' turbin
je retrouve mon meuble urbain"
Mon banc public m'inspire, je m'en inspire et j'y transpire, je m'y sens bien, lui et moi sommes de la même veine, de la même artère – la rue Poulbot – impassibles et imputrescibles.
Ah il n'est pas né le sans-logis qui Nous en délogera. Je dis Nous à cause des bisets.
J'ai entendu dire qu'à Central Park pour 7500 dollars et si on est cinglé on peut adopter un banc ! Foutaises. Ici c'est lui qui m'a adopté et gratis.

A l'ombre des tilleuls propices aux effusions et aux infusions les deux mêmes pigeons se bécotent inlassablement sur un des accotoirs, véritable banc d'essai pour leurs amours indéfectibles... faut vous dire que chez ces "gens-là", Monsieur, on ne trompe pas, Monsieur, on ne trompe pas, on dure.
Je me prends à rêver.
On y venait autrefois poser nos culs avec Germaine mais c'était avant de devenir pigeon moi-même ou plutôt dindon de la farce.
Sur ce même accotoir – au risque de me faire embarquer pour dégradation du bien public – j'avais gravé à l'Opinel un superbe 'G' et quand Germaine est partie le 'G' est resté, gravé trop profondément pour être effacé, victime de ma fougue juvénile.
Celle qui vivait de son point G – Germaine ne s'en était jamais cachée – me laissait celui-là dans l'accotoir ou plutôt sur les bras.
Alors j'ai revendu mon Opinel afin d'acheter des graines pour mon couple d'emplumés mais ces "gens-là", Monsieur, ça n'picore pas, Monsieur, ça n'picore pas, c'est mal éduqué, ça bouffe chez MacDo Place Pigalle au milieu des michetonneuses et des touristes !
Et quand ils sont repus, honteux de s'être gavés aux OGM jusqu'au jabot ils reviennent dans mon havre de paix sous les tilleuls pour d'autres becquées...
En mode séduction Germaine n'avait pas son pareil pour roucouler, de doux "Rrrou-crou-couuu" venus d'une gorge abyssale et qui parait-il faisaient sa réputation au delà de la Butte.
Et puis l'automne est arrivé avec ses traîtres frimas; Germaine eut beau rallonger ses mini-jupes et rehausser ses décolletés, elle avait pris une mauvaise toux, comme des roucoulements gutturaux... alors fatalement elle s'est mise en ménage avec l'apothicaire de la Place Blanche, un vieux beau en blouse blanche comme la place et qui sentait l'huile de camphre et la Brillantine.
Je la connais bien, elle a dû se refaire une santé sous la couette ainsi qu'une pharmacie prophylactique d'enfer.
Mon couple d'emplumés et moi on s'est serré les coudes – les humérus pour parler vrai – et on a tenté d'oublier Germaine et ses vocalises. Les seuls qui roucoulent ici désormais c'est Edith et Marcel; je les ai baptisés ainsi, plus pour leur amour intemporel que pour leur envol...
Je sais qu'un jour ils partiront au paradis des bisets, ça ne vit pas plus de sept ans un emplumé citadin et il ne me restera que mon banc, ma plume et mon cahier d'écolier pour rêver.
"Chaque jour après l' turbin
je retrouve mon meuble urbain"

C'est pas mal ça. Je vais le garder pour…

"Vous permettez ?" lance la créature qui vient se poser contre ma hanche, une rouquine callipyge pas piquée des hannetons.
Edith et Marcel sont ravis; vous ne pouvez pas comprendre, il n'y a que moi qui sais qu'un biset est ravi quand il fait "Rrrou-crou-couuu". 

Andiamo - Monologue d'un banc public

Le banc.

Je suis un banc, pas n'importe quel banc non... Je suis LE banc du square Nadar, au pied du Sacré Cœur, de là j'ai Paris à mes pieds, des pieds de fonte cela va de soi.

J'en ai accueilli des culs : des p'tits, des gros, des flasques, des fermes, etc... Etc.

Mais je me souviens d'un joli p'tit cul en particulier, il appartenait à une Dame, magnifique la Dame, grande, brune, il faisait très chaud à Paris ce jour là, elle était habillée très légèrement, et lorsqu'elle s'est assise, j'ai senti un frisson me parcourir, rien que d'y penser j'ai mon dossier qui se redresse !


Elle n'était pas seule la jolie Dame, un Monsieur l'accompagnait, visiblement il était amoureux, il ne la quittait pas du regard, la couvrait de baisers, ils ont longuement admiré la plus belle ville du monde. Blottie contre l'homme la jolie Dame s'est assoupie...

Le bon repas arrosé d'un rosé bien frais, pris en terrasse place du Tertre ne vous déplaise, n'y était pas étranger. Encore quelques baisers, quelques caresses, sous l'œil envieux du Chevalier de la Barre (sans la barre a fait remarquer la Dame en lorgnant un endroit que ma pudeur maladive m'interdit de nommer). Alors ils se sont levés et j'ai ressenti un grand vide, j'aurais voulu à cet instant "fermer le ban".



Laura Vanel-Coytte - Monologue d'un banc public

Trois hommes sur un banc


Trois hommes sur un banc
L’un se prénomme Alban.
L’autre revient juste du Liban
Le troisième est né à Montauban
Ils sont tous fiers comme Artaban
De porter leurs vieux cabans
Qui ont l’air d’être flambants
Neufs. Ils ont l’air de trois forbans
Qui auraient hissé le hauban.
Ils fuient les cercles barbants
De vieux comme eux mais plombant.
Ils parlent de sujets perturbants
Pour les autres, jeunes ou croulants.
Ils parlent de leurs vies d’amants
De femmes qui ont encore de l’allant.
Ils sont caressants, aimants et souvent bandant.
Ils aiment être performants
Ils aiment parler d’amour et de sexe brûlant.
Trois hommes sur un banc
Vieux, fatigués mais vivants et ardents.

Où lire Laura Vanel-Coytte

Semaine du 4 au 10 juin 2018 - Monologue d'un banc public

Après les hommages à Toutes les mamas, nous avons besoin de nous reposer. Quoi de mieux qu'un banc public qui monologue !
Racontez vos histoires de bancs en prose ou en vers, avant dimanche 10 juin minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.

vendredi 1 juin 2018

Tiniak - Toutes les mamas

Tout’s les mamas

Oh, pleurs, douleur, sourde fatigue !

Des yeux brûlants
sur les écrans à la raison
comme des mouches
vibrant en vilain rigodon
sur un papier-glue, louche...

Des cinémas aux tragédies de pacotille
qui s'invitent
- et à la maison, dites !
pour vendre des models abscons...

Et allez, va !
purée de pois
dans les esgourdes

Sur le mot dit
au rouge fruit
claquer la lourde !

Toutes les heures
comme des fleurs
pourries debout

Dans le jardin
des coeurs sans tain
qui font les fous !

Oh, peine ! Oh, rage ! Oh, contritions !

De ces caresses avortées
(à l'élan pourtant magmatique)
qu'une patriarcale éthique
rengorge à force de poids niais

De ces espoirs lâchés du ventre
(sans aucun moyen qu'ils y rentrent !)
avec, autour, un monde sot
qui célèbre mieux les idiots
que les chéris
dont le giron s'est renfermé sous l'appentis

Les revoilà
tout's les mamas
criant des noms de fusillés

Avec leurs doigts tout boudinés
sous des pancartes...
Tristes jubartes !

Oh, c'en est trop des extinctions !

Des extinctions, mais pas de voix
Ha, ha !... Ha, ha !!... Ha, ha !!!

Toutes ces fêlures, debout !
Prêtresses des humbles courroux
- et, chacune, son disparu !
battant le pavé de la rue

Sous les rideaux des baies vitrées
(serait-ce que Pancho vit là ?)
fumant les bourgeoises villas
mieux que leurs méchants SUV

Et allez, vont
la fleur au front
tout's les mamas

En rigodon
vers l'horizon
des idéats

Où refaire le plein de #Grrr !