FUN EN ULLES
Les pas du chien qui panique et soudain recule
La gravité qui manque au discours du témoin
Les relans de la douche attendue, ce matin
On ne va pas...
Les ailes arrachées à cette libellule
Le mauvais goût du lait dans ce superbe hôtel
Les lèvres sublimées par un coulant rimel
On ne va pas...
La mollesse du pain sous cette canicule
La mousse dans les bois qui pleure après la pluie
Le bras qui se dérobe à son uniqu appui
On ne va pas...
L'écho des mélodies d'une âme qui bascule
Le flan qui ne dit rien à propos de l'infâme
Le pied-bot qui s'en fout et met son pion à Dame !
On ne va pas...
L'âne qui broute au pré un rang de campanules
pour le peu que j'en sache ou que je m'en inquiète
qu'il m'offre un pied de nez ou qu'il me fasse fête
On ne va pas... de toi à moi... en faire une pendule
Tu le sais comme moi
l'or est un funambule
Où suivre le fil...
mercredi 12 juillet 2017
Anna - On ne va pas en faire une pendule
La pendule
Tout a commencé très doucement. Devant mes yeux sont tombés deux ou trois rouages. Intriguée, je lui ai demandé des explications.
"On ne va pas en faire une pendule."
Au début ils n'étaient pas bien gênants, ces rouages. Puis ils se sont multipliés. Bientôt sur mon bureau il y en avait un monceau, au moindre faux mouvement ils me blessaient. Mon travail devenait difficile. Je suis allée lui en parler, bien sûr.
"On ne va pas en faire une pendule."
Plus tard sont venues les aiguilles. Dures à ignorer. Il disait que j'en faisais trop, que je ne comprenais pas, qu'il ne s'agissait pas vraiment d'horlogerie. Toujours la même phrase : "On ne va pas en faire une pendule."
Enfin j'ai vu tomber le cadran, le boitier.
Il y avait, enfin, de quoi en faire une pendule. Aussitôt que je l'ai assemblée, elle a sonné l'heure de tirer ma révérence.
Où lire Anna
Tout a commencé très doucement. Devant mes yeux sont tombés deux ou trois rouages. Intriguée, je lui ai demandé des explications.
"On ne va pas en faire une pendule."
Au début ils n'étaient pas bien gênants, ces rouages. Puis ils se sont multipliés. Bientôt sur mon bureau il y en avait un monceau, au moindre faux mouvement ils me blessaient. Mon travail devenait difficile. Je suis allée lui en parler, bien sûr.
"On ne va pas en faire une pendule."
Plus tard sont venues les aiguilles. Dures à ignorer. Il disait que j'en faisais trop, que je ne comprenais pas, qu'il ne s'agissait pas vraiment d'horlogerie. Toujours la même phrase : "On ne va pas en faire une pendule."
Enfin j'ai vu tomber le cadran, le boitier.
Il y avait, enfin, de quoi en faire une pendule. Aussitôt que je l'ai assemblée, elle a sonné l'heure de tirer ma révérence.
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Libellés :
Anna,
On ne va pas en faire une pendule
mardi 11 juillet 2017
Marité - On ne va pas en faire une pendule
Orage tumultueux (suite)
Nous sortîmes de la grange, apaisés et heureux. Une pluie fine nous souriait maintenant à travers les rayons du soleil. L'orage était loin déjà. Nous allions continuer notre balade interrompue par le mauvais temps quand nous remarquâmes, juste devant la porte, tranquillement assise sur une grosse pierre, une chatte noire et blanche qui nous observait.
- Dis Gilles ? Tu n'as pas entendu des miaulements ?
- Des miaulements ? Quand ? Où ?
- Mais tout à l'heure, dans la grange. Je pense que des petits chats sont enfouis quelque part dans le fenil.
- Je n'ai pas remarqué. Et puis, avec le bruit de l'orage...
- L'orage a bon dos. Toi aussi, tu étais déchaîné...
- Il me semble que tu ne t'en plaignais pas ?
Éclats de rire.
- Ce doit être la mère des chatons. Allons voir. Je crois savoir où ils se cachent.
- Tu es folle ! La chatte va nous sauter dessus.
- Je ne pense pas. Ce sont les humains qui ont la méchanceté chevillée au corps. Pas les animaux. Si nous ne touchons pas à sa portée elle ne s'approchera même pas.
Nous entrâmes à nouveau dans la grange. Nous parvenaient du tas de foin de faibles feulements. Je me dirigeai vers eux. Gilles écarta l'herbe sèche juste à côté de notre nid d'amour. Apparurent alors trois minuscules créatures ouvrant à peine les yeux. Un bruit léger, juste au dessus de nos têtes nous alerta. Là-haut, depuis une poutre de la vieille charpente, la maman nous surveillait.
- Laissons les, dis-je. Elle veut sûrement les allaiter. Partons.
- Pas si vite ! Viens un peu par là. J'ai soif moi aussi.
Une voix enfantine interrompit soudain nos batifolages.
- Daisy est là. Je l'ai vue entrer dans la grange.
Je me redressai pour apercevoir dans l'embrasure de la porte un petit bonhomme qui me fixait.
- Papi, mamie, il y a des gens qui font l'amour.
- Que dis-tu Léo ?
Embarrassés, nous descendîmes de la meule de foin en secouant les brindilles accrochées à nos vêtements. Une dame encapuchonnée s'approcha en nous toisant :
- Qu'est ce que vous faites ici ?
- Pardon Madame, bredouillais-je. Il pleuvait tellement que nous avons trouvé refuge dans votre grange.
- Vous avez bien fait nous assura un monsieur qui avançait péniblement vers nous en s'aidant d'une canne.
- Mais Georges, on va encore jaser. Tout se sait et se voit. Tu connais la réputation de notre grange. Pas besoin d'en rajouter. Et puis Léo...
- On ne va pas en faire une pendule quand même Rachel. Tu le sais, j'aime que ma grange abrite les amoureux. Ceux que cela fâche sont des jaloux et des pisse-vinaigre. Tu ne voudrais pas que l'on pense cela de toi. Tu ne le mérites pas.
Georges fit un clin d'œil complice à sa femme qui se dérida soudain et lui sourit. Elle se tourna vers nous :
- Notre Daisy a disparu depuis quelques jours. Nous savions qu'elle s'occupait certainement de ses nouveaux bébés. Tu as raison, Georges, notre grange est un lieu de vie et d'amour. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
- Notre histoire a commencé ici savez-vous ? dit Georges soudain ému. Elle fut très triste à son début. Il nous a fallu beaucoup d'amour pour surmonter notre douleur. Mais venez donc jusqu'à la maison. Vous êtes sympathiques et nous ne voyons pas grand monde dans notre village isolé. Heureusement que nos enfants nous confient Léo pendant les vacances. Il est notre rayon de soleil.
Nous allons prendre un café et nous vous raconterons.
Quelques mois plus tard, nous adoptâmes Polisson, un bébé de Daisy.
Nous sortîmes de la grange, apaisés et heureux. Une pluie fine nous souriait maintenant à travers les rayons du soleil. L'orage était loin déjà. Nous allions continuer notre balade interrompue par le mauvais temps quand nous remarquâmes, juste devant la porte, tranquillement assise sur une grosse pierre, une chatte noire et blanche qui nous observait.
- Dis Gilles ? Tu n'as pas entendu des miaulements ?
- Des miaulements ? Quand ? Où ?
- Mais tout à l'heure, dans la grange. Je pense que des petits chats sont enfouis quelque part dans le fenil.
- Je n'ai pas remarqué. Et puis, avec le bruit de l'orage...
- L'orage a bon dos. Toi aussi, tu étais déchaîné...
- Il me semble que tu ne t'en plaignais pas ?
Éclats de rire.
- Ce doit être la mère des chatons. Allons voir. Je crois savoir où ils se cachent.
- Tu es folle ! La chatte va nous sauter dessus.
- Je ne pense pas. Ce sont les humains qui ont la méchanceté chevillée au corps. Pas les animaux. Si nous ne touchons pas à sa portée elle ne s'approchera même pas.
Nous entrâmes à nouveau dans la grange. Nous parvenaient du tas de foin de faibles feulements. Je me dirigeai vers eux. Gilles écarta l'herbe sèche juste à côté de notre nid d'amour. Apparurent alors trois minuscules créatures ouvrant à peine les yeux. Un bruit léger, juste au dessus de nos têtes nous alerta. Là-haut, depuis une poutre de la vieille charpente, la maman nous surveillait.
- Laissons les, dis-je. Elle veut sûrement les allaiter. Partons.
- Pas si vite ! Viens un peu par là. J'ai soif moi aussi.
Une voix enfantine interrompit soudain nos batifolages.
- Daisy est là. Je l'ai vue entrer dans la grange.
Je me redressai pour apercevoir dans l'embrasure de la porte un petit bonhomme qui me fixait.
- Papi, mamie, il y a des gens qui font l'amour.
- Que dis-tu Léo ?
Embarrassés, nous descendîmes de la meule de foin en secouant les brindilles accrochées à nos vêtements. Une dame encapuchonnée s'approcha en nous toisant :
- Qu'est ce que vous faites ici ?
- Pardon Madame, bredouillais-je. Il pleuvait tellement que nous avons trouvé refuge dans votre grange.
- Vous avez bien fait nous assura un monsieur qui avançait péniblement vers nous en s'aidant d'une canne.
- Mais Georges, on va encore jaser. Tout se sait et se voit. Tu connais la réputation de notre grange. Pas besoin d'en rajouter. Et puis Léo...
- On ne va pas en faire une pendule quand même Rachel. Tu le sais, j'aime que ma grange abrite les amoureux. Ceux que cela fâche sont des jaloux et des pisse-vinaigre. Tu ne voudrais pas que l'on pense cela de toi. Tu ne le mérites pas.
Georges fit un clin d'œil complice à sa femme qui se dérida soudain et lui sourit. Elle se tourna vers nous :
- Notre Daisy a disparu depuis quelques jours. Nous savions qu'elle s'occupait certainement de ses nouveaux bébés. Tu as raison, Georges, notre grange est un lieu de vie et d'amour. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
- Notre histoire a commencé ici savez-vous ? dit Georges soudain ému. Elle fut très triste à son début. Il nous a fallu beaucoup d'amour pour surmonter notre douleur. Mais venez donc jusqu'à la maison. Vous êtes sympathiques et nous ne voyons pas grand monde dans notre village isolé. Heureusement que nos enfants nous confient Léo pendant les vacances. Il est notre rayon de soleil.
Nous allons prendre un café et nous vous raconterons.
Quelques mois plus tard, nous adoptâmes Polisson, un bébé de Daisy.
Libellés :
Marité,
On ne va pas en faire une pendule
Arpenteur d'Etoiles - On ne va pas en faire une pendule
Le temps s'est arrêté
... pendules, montres, horloges aussi ...
Un matin, mais était-ce un matin, il fallut se rendre à l'évidence : le temps avait bel et bien disparu.
Avec une étonnante capacité de réaction, l’ensemble des gouvernements du monde dépêchèrent leurs meilleurs scientifiques pour tenter de comprendre le phénomène. L’univers était en danger de mort, croyait-on, et la race humaine se devait de le sauver. Non pas que l’univers eut été la préoccupation première de ces dernières décennies, mais bien plutôt parce que la disparition probable des hommes à la surface de la terre était une idée insupportable pour la plupart d’entre eux.
Bien entendu, de multiples catastrophes eurent lieu à peu près partout, mais essentiellement dans le domaine des transports. Les horaires n’existant plus, on imagine aisément l’incroyable pagaille et l’imbroglio dans l’organisation minutée des échanges terrestres, maritimes et aériens.
On enterra les morts, on érigea des chapelles ardentes, on lança des milliers de fleurs dans la mer, on indemnisa au plus juste les familles des victimes, puis tout s’arrêta. Tous étaient suspendus aux télévisions du monde entier qui continuaient leurs émissions ad libitum et dans un désordre qui n’étonnait plus personne. Tous attendaient la raison de la disparition brutale du temps et, surtout, le remède que les savants allaient forcément imaginer. Ceux-ci avaient mis énormément de temps pour initier leur travail commun, car afin d’éviter tout dommage irréparable, il avait fallu organiser des téléréunions reliées par satellites, ces derniers étant apparemment les seuls outils de communication fonctionnant encore comme avant.
Il s’avéra bien vite que la terre continuait de tourner à un rythme normal et que, partant, la disjonction du temps n’était pas due à une interruption du cycle des planètes. Cette constatation rassura tout le monde mais n’étonna personne, car on avait bien remarqué que l’alternance des jours et des nuits avait perduré. Ce qui d’ailleurs, laissait perplexe la communauté savante : le temps n’était donc pas lié à l’interaction des planètes, des galaxies et des systèmes stellaires puisque celle-ci existait alors que le temps lui-même n’existait plus. Aucune horloge, pendule, montre n’indiquait quoique ce soit, et pire, l'oscillation du cristal de quartz s’était interrompue également.
On décréta que l’urgence était de retrouver un nouveau référentiel universel suffisamment fiable pour que tous s’y rattache et assez consensuel pour ne fâcher personne. Il fallait recréer artificiellement le temps, ou au moins une matérialisation de son écoulement, si tant est qu’il s’écoulât (seculorum rajoutaient certains plaisantins de mauvais aloi). On entendit même que le temps était une invention humaine, qu’il n’avait jamais existé et que Dieu punissait les hommes par son interruption. Il fallut répondre que Dieu, fut-il tout puissant, ne pouvait interrompre une chose qui n’existait pas auparavant. On rajouta qu’Il serait bien avisé, au passage, de se manifester le plus rapidement possible.
Par ailleurs, on se rendit très vite compte de l’aspect culturel du temps. Le temps des Inuits ou des peuplades de Bornéo est bien différent de celui des traders de la City, des ermites du désert ou des amants longeant les quais à la tombée du jour. La question était terriblement ardue.
Les religions s’emparèrent du sujet arguant que l’éternité était de leur ressort et que les rites conventuels parfaitement maîtrisés depuis des siècles, pourraient devenir le temps universel. Les monastères chrétiens, les lamaseries tibétaines, les muezzins de tout poil et quelques animistes se mirent à sonner les cloches, tourner les moulins à prière, crier en haut des minarets et sacrifier les poulets à heures fixes, se fiant à leurs habitudes pour respecter le rythme séculaire. Ce fut une sacrée cacophonie. Personne ne put s’accorder et les religieux abandonnèrent le terrain se contentant de prier plus ardemment encore, mais à heures plus ou moins aléatoires, pour le salut des hommes.
Les militaires prirent aussitôt la parole : nos armées savent défiler au pas de façon régulière et parfaite. Choisissons une armée d’élite et faisons marcher à une fréquence idéale des hommes se relayant éternellement. Les américains, les européens, les chinois, la garde républicaine et la compagnie royale britannique affirmèrent qu’ils étaient les meilleurs pour avoir l’honneur de donner le temps aux hommes. Une guerre universelle fut évitée de justesse. Les politiques reprirent heureusement la main avant le grand embrasement.
Alors un homme que personne jusque là ne connaissait, se leva et dit : un seul langage est universel et peut être compris par tous. Ce langage est la Musique. On le traita de vieux fou, puis on réfléchit. L’idée était peut-être la bonne. On demanda à plusieurs compositeurs d’écrire une œuvre dont la durée serait celle de la révolution d’un point fixe de la terre. On choisit un village d’Amérique latine situé précisément sur l’équateur. L’unanimité se fit autour de cette idée, si ce n’est la colère des citoyens de Greenwich qui perdaient ainsi leur principale raison d’exister.
L’œuvre devait se diviser en vingt quatre opus de durée égale, reprenant vingt quatre styles de musique de toutes origines. Les artistes s’entendirent à merveille et bientôt le temps avait son opéra universel. Il fallut affiner les réglages, préciser les tempos, répéter des jours durant avec les plus grands instrumentistes du moment pour atteindre la perfection. Enfin, comme le soleil pointait à l’horizon du village choisi, l’orchestre entama la première mesure du premier opus. Lorsque le soleil disparut à l‘opposé, la dernière mesure du douzième opus s’achevait aussitôt suivie de la première du treizième. A l’instant même de sa réapparition, la dernière mesure du vingt-quatrième morceau retentissait. Devant la difficulté à rassembler une nouvelle fois la totalité des exécutants, on avait procédé à un enregistrement unique et en tout point remarquable.
Une émission universelle fut programmée pour lancer le nouveau temps humain. L'oeuvre ainsi réalisée devait être diffusée en permanence dans le monde entier. Chaque point du globe se calant sur les anciens fuseaux horaires pouvait, en référence à l'heure équatoriale, déterminer alors quelle heure précise il était à tel ou tel moment de la journée. Il serait bien temps par la suite d'inventer une machine l'intégrant et appelée à remplacer les moyens de compter (ou de décompter) le temps.
Après une longue période de tractation en tout genre quant à l’étiquette et à la place qui devait être réservée à chacun, tous les chefs d’état étaient présents, heureux et fiers d’avoir abouti à une solution idéale. Un grand nombre de membres des gouvernements étaient aussi de la fête ainsi que tous les présidents des plus grandes sociétés qui comptaient dans le monde des finances, du commerce et de la consommation, impatients d’être associés à cette œuvre colossale. Dans le grand opéra de Pékin, lieu le plus stratégique du nouvel ordre mondial, ils se tenaient symboliquement la main pour montrer la formidable solidarité qui avait été la colonne vertébrale indispensable à la réussite de cette gigantesque organisation. Devant les peuples massés au pied des écrans géants répartis sur toute la planète, le monde allait enfin recommencer à vivre. La majorité des téléspectateurs se disaient cependant, sans oser l'avouer face à la pensée unique qui prévalait, qu’ils avaient plutôt pas si mal vécu cette absence de temps.
Dans le silence qui précédait la première note, alors que chacun retenait sa respiration, ont cru percevoir un étrange tic-tac. Certains s’agitèrent, des têtes se retournèrent, des regards interrogatifs se croisèrent. Le bruit s’interrompit puis une monstrueuse déflagration anéantit d’un seul coup tous les maîtres du monde.
Incrédules d’abord, les peuples poussèrent une immense clameur de joie et une fête universelle et spontanée anima la planète plusieurs jours durant. Peu après l’explosion, les pendules, les montres et horloges de l’univers reprirent leur ronde régulière.
Quelque part du côté de Saint Germain des Prés, dans un Paris en liesse, une ombre dit à une autre :
- et bien Tonton, tu as bien réussi ton coup cette fois. L’idée de la musique était vraiment géniale. Ce à quoi l’autre ombre répondit :
- sacré Boris. Au fond c’était assez facile. Allez viens on va danser le bop. N’oublie pas ta trompette.
La java des bombes atomiques (You tube)
Avec une étonnante capacité de réaction, l’ensemble des gouvernements du monde dépêchèrent leurs meilleurs scientifiques pour tenter de comprendre le phénomène. L’univers était en danger de mort, croyait-on, et la race humaine se devait de le sauver. Non pas que l’univers eut été la préoccupation première de ces dernières décennies, mais bien plutôt parce que la disparition probable des hommes à la surface de la terre était une idée insupportable pour la plupart d’entre eux.
Bien entendu, de multiples catastrophes eurent lieu à peu près partout, mais essentiellement dans le domaine des transports. Les horaires n’existant plus, on imagine aisément l’incroyable pagaille et l’imbroglio dans l’organisation minutée des échanges terrestres, maritimes et aériens.
On enterra les morts, on érigea des chapelles ardentes, on lança des milliers de fleurs dans la mer, on indemnisa au plus juste les familles des victimes, puis tout s’arrêta. Tous étaient suspendus aux télévisions du monde entier qui continuaient leurs émissions ad libitum et dans un désordre qui n’étonnait plus personne. Tous attendaient la raison de la disparition brutale du temps et, surtout, le remède que les savants allaient forcément imaginer. Ceux-ci avaient mis énormément de temps pour initier leur travail commun, car afin d’éviter tout dommage irréparable, il avait fallu organiser des téléréunions reliées par satellites, ces derniers étant apparemment les seuls outils de communication fonctionnant encore comme avant.
Il s’avéra bien vite que la terre continuait de tourner à un rythme normal et que, partant, la disjonction du temps n’était pas due à une interruption du cycle des planètes. Cette constatation rassura tout le monde mais n’étonna personne, car on avait bien remarqué que l’alternance des jours et des nuits avait perduré. Ce qui d’ailleurs, laissait perplexe la communauté savante : le temps n’était donc pas lié à l’interaction des planètes, des galaxies et des systèmes stellaires puisque celle-ci existait alors que le temps lui-même n’existait plus. Aucune horloge, pendule, montre n’indiquait quoique ce soit, et pire, l'oscillation du cristal de quartz s’était interrompue également.
On décréta que l’urgence était de retrouver un nouveau référentiel universel suffisamment fiable pour que tous s’y rattache et assez consensuel pour ne fâcher personne. Il fallait recréer artificiellement le temps, ou au moins une matérialisation de son écoulement, si tant est qu’il s’écoulât (seculorum rajoutaient certains plaisantins de mauvais aloi). On entendit même que le temps était une invention humaine, qu’il n’avait jamais existé et que Dieu punissait les hommes par son interruption. Il fallut répondre que Dieu, fut-il tout puissant, ne pouvait interrompre une chose qui n’existait pas auparavant. On rajouta qu’Il serait bien avisé, au passage, de se manifester le plus rapidement possible.
Par ailleurs, on se rendit très vite compte de l’aspect culturel du temps. Le temps des Inuits ou des peuplades de Bornéo est bien différent de celui des traders de la City, des ermites du désert ou des amants longeant les quais à la tombée du jour. La question était terriblement ardue.
Les religions s’emparèrent du sujet arguant que l’éternité était de leur ressort et que les rites conventuels parfaitement maîtrisés depuis des siècles, pourraient devenir le temps universel. Les monastères chrétiens, les lamaseries tibétaines, les muezzins de tout poil et quelques animistes se mirent à sonner les cloches, tourner les moulins à prière, crier en haut des minarets et sacrifier les poulets à heures fixes, se fiant à leurs habitudes pour respecter le rythme séculaire. Ce fut une sacrée cacophonie. Personne ne put s’accorder et les religieux abandonnèrent le terrain se contentant de prier plus ardemment encore, mais à heures plus ou moins aléatoires, pour le salut des hommes.
Les militaires prirent aussitôt la parole : nos armées savent défiler au pas de façon régulière et parfaite. Choisissons une armée d’élite et faisons marcher à une fréquence idéale des hommes se relayant éternellement. Les américains, les européens, les chinois, la garde républicaine et la compagnie royale britannique affirmèrent qu’ils étaient les meilleurs pour avoir l’honneur de donner le temps aux hommes. Une guerre universelle fut évitée de justesse. Les politiques reprirent heureusement la main avant le grand embrasement.
Alors un homme que personne jusque là ne connaissait, se leva et dit : un seul langage est universel et peut être compris par tous. Ce langage est la Musique. On le traita de vieux fou, puis on réfléchit. L’idée était peut-être la bonne. On demanda à plusieurs compositeurs d’écrire une œuvre dont la durée serait celle de la révolution d’un point fixe de la terre. On choisit un village d’Amérique latine situé précisément sur l’équateur. L’unanimité se fit autour de cette idée, si ce n’est la colère des citoyens de Greenwich qui perdaient ainsi leur principale raison d’exister.
L’œuvre devait se diviser en vingt quatre opus de durée égale, reprenant vingt quatre styles de musique de toutes origines. Les artistes s’entendirent à merveille et bientôt le temps avait son opéra universel. Il fallut affiner les réglages, préciser les tempos, répéter des jours durant avec les plus grands instrumentistes du moment pour atteindre la perfection. Enfin, comme le soleil pointait à l’horizon du village choisi, l’orchestre entama la première mesure du premier opus. Lorsque le soleil disparut à l‘opposé, la dernière mesure du douzième opus s’achevait aussitôt suivie de la première du treizième. A l’instant même de sa réapparition, la dernière mesure du vingt-quatrième morceau retentissait. Devant la difficulté à rassembler une nouvelle fois la totalité des exécutants, on avait procédé à un enregistrement unique et en tout point remarquable.
Une émission universelle fut programmée pour lancer le nouveau temps humain. L'oeuvre ainsi réalisée devait être diffusée en permanence dans le monde entier. Chaque point du globe se calant sur les anciens fuseaux horaires pouvait, en référence à l'heure équatoriale, déterminer alors quelle heure précise il était à tel ou tel moment de la journée. Il serait bien temps par la suite d'inventer une machine l'intégrant et appelée à remplacer les moyens de compter (ou de décompter) le temps.
Après une longue période de tractation en tout genre quant à l’étiquette et à la place qui devait être réservée à chacun, tous les chefs d’état étaient présents, heureux et fiers d’avoir abouti à une solution idéale. Un grand nombre de membres des gouvernements étaient aussi de la fête ainsi que tous les présidents des plus grandes sociétés qui comptaient dans le monde des finances, du commerce et de la consommation, impatients d’être associés à cette œuvre colossale. Dans le grand opéra de Pékin, lieu le plus stratégique du nouvel ordre mondial, ils se tenaient symboliquement la main pour montrer la formidable solidarité qui avait été la colonne vertébrale indispensable à la réussite de cette gigantesque organisation. Devant les peuples massés au pied des écrans géants répartis sur toute la planète, le monde allait enfin recommencer à vivre. La majorité des téléspectateurs se disaient cependant, sans oser l'avouer face à la pensée unique qui prévalait, qu’ils avaient plutôt pas si mal vécu cette absence de temps.
Dans le silence qui précédait la première note, alors que chacun retenait sa respiration, ont cru percevoir un étrange tic-tac. Certains s’agitèrent, des têtes se retournèrent, des regards interrogatifs se croisèrent. Le bruit s’interrompit puis une monstrueuse déflagration anéantit d’un seul coup tous les maîtres du monde.
Incrédules d’abord, les peuples poussèrent une immense clameur de joie et une fête universelle et spontanée anima la planète plusieurs jours durant. Peu après l’explosion, les pendules, les montres et horloges de l’univers reprirent leur ronde régulière.
Quelque part du côté de Saint Germain des Prés, dans un Paris en liesse, une ombre dit à une autre :
- et bien Tonton, tu as bien réussi ton coup cette fois. L’idée de la musique était vraiment géniale. Ce à quoi l’autre ombre répondit :
- sacré Boris. Au fond c’était assez facile. Allez viens on va danser le bop. N’oublie pas ta trompette.
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Arpenteur d'étoiles,
On ne va pas en faire une pendule
Vegas sur sarthe - On ne va pas en faire une pendule
Chicane
On
était à deux doigts de l'affrontement
ne
pas s'énerver
va
faire un tour
pas
trop vite
en
respirant par le ventre
faire
quelques pompes
une
bonne centaine
pendule...
quoi, quelle pendule? Tu ne vas pas recommencer !!
Où lire Vegas sur sarthe
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On ne va pas en faire une pendule,
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lundi 10 juillet 2017
Laura Vanel-Coytte - On ne va pas en faire une pendule
On ne va pas en faire une pendule
Plutôt que chier une pendule avec mes histoires de famille, je préfère aller voir des musées imaginaires où une aile bleue-Chagall se pose sur une horloge, où un homme se tient raide et droit à côté d'une horloge peint par Munch ; où un train à vapeur traverse une cheminée pour figurer le temps chez Magritte ; où François Boucher peint Madame de Pompadour en robe bleue sous une pendule; où l'horloge de Fernand Léger donne une l'heure de regarder son œuvre ; où l'énigmatique Marthe Bonnard porte une fourrure élégante en attendant l'heure qui passe derrière elle ; où Bernard Buffet dépeint en noir "l'horloge, la croix et la mort." Jean Metzinger est "Le cubiste à l'horloge." Paul Delvaux a peint dans une cuisine, l'horloge de ma grand-mère. J'ai vu il y a peu l'horloge de la Gare de Lyon mais sous un ciel bleu bien loin de l'atmosphère de Dubuffet.
Plutôt que chier une pendule avec mes histoires de famille, je préfère aller voir des musées imaginaires où une aile bleue-Chagall se pose sur une horloge, où un homme se tient raide et droit à côté d'une horloge peint par Munch ; où un train à vapeur traverse une cheminée pour figurer le temps chez Magritte ; où François Boucher peint Madame de Pompadour en robe bleue sous une pendule; où l'horloge de Fernand Léger donne une l'heure de regarder son œuvre ; où l'énigmatique Marthe Bonnard porte une fourrure élégante en attendant l'heure qui passe derrière elle ; où Bernard Buffet dépeint en noir "l'horloge, la croix et la mort." Jean Metzinger est "Le cubiste à l'horloge." Paul Delvaux a peint dans une cuisine, l'horloge de ma grand-mère. J'ai vu il y a peu l'horloge de la Gare de Lyon mais sous un ciel bleu bien loin de l'atmosphère de Dubuffet.
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Andiamo - On ne va pas en faire une pendule,
La Comtoise
François Barroz, bien campé sur ses jambes musclées de montagnard endurci par les années de dur labeur, scrute l’horizon. Il voit monter derrière le pic de la Belle étoile de gros cumulonimbus annonciateurs d’orages, et ici dans cette vallée du haut Bréda, ça n’est pas bon signe.
Dans le massif de Belledonne, quand l’orage éclate, ça ne fait pas semblant !
Les blés sont mûrs, songe-t-il, je devais moissonner demain avec Etienne, qui sera là avec son mulet… Cet orage va tout foutre en l’air ! Alors, lentement, il lève les bras vers le ciel, après s’être assuré que personne ne passait sur le chemin caillouteux en contrebas.
Ses yeux se révulsent, puis il marmonne une étrange litanie. Un éclair zèbre le ciel au dessus de « Roche noire », puis, lentement, comme aspirés par eux-mêmes, les nuages menaçants se résorbent et disparaissent tout à fait.
Un petit sourire satisfait au coin des lèvres, François rentre chez lui.
En ce début du vingtième siècle, le mobilier est modeste : une grande table, deux bancs, un bahut surmonté d’une crédence dans laquelle sont rangés la vaisselle et quelques ustensiles. Dans le fond de la pièce, une porte donnant sur la chambre, chichement meublée elle aussi.
Seul « luxe », près de la grande cheminée constamment alimentée, trône une horloge : une comtoise.
Ses flancs, en bois de châtaignier, sont généreux comme ceux d’une paysanne ayant mis au monde plusieurs enfants.
Elle est couronnée comme on dit, c'est-à-dire que le sommet n’est pas plat, mais comporte un chapiteau. La sculpture qui l’orne représente un bouc, cornes torsadées comme il se doit, et les pattes antérieures descendent de chaque coté de l’horloge.
Les lourds contrepoids, eux, sont en fonte, ils représentent une pomme de pin, et le joli balancier en bronze oscille au rythme des secondes qu’il égrène.
Ce qui surprend, c’est le silence ! Aucun tic-tac n’accompagne la danse régulière du disque doré.
Cette horloge ne varie pas d’une seconde, se plaît à dire François. L’horloger qui l’a fabriquée, voici plus d’un siècle, a eu les yeux crevés… afin qu’il ne puisse en faire une semblable. Cette horloge a appartenu aux Ducs de Savoie, ajoute-t-il avec un petit sourire narquois !
Bien sûr, aujourd’hui, on dirait : « encore une légende urbaine » ! La plupart des belles horloges présentes dans les grandes villes rapportent toutes la même légende !
Dans ce village blotti dans la vallée qui domine Allevard, on apprécie beaucoup François, un grand gaillard, costaud, toujours prêt à rendre service, souriant, et vaillant comme un mulet !
A son arrivée ici, il y a maintenant une quinzaine d’années, on se méfiait un peu.
Pensez donc ! Un bel homme dans la force de l’âge… Célibataire !
Quelques jeunes filles hardies avaient bien tenté de le séduire lors des fêtes des moissons, ou de la Saint-Jean. Peine perdue ! Il dansait bien un peu, histoire de ne pas les vexer, mais il préférait s’attabler avec quelques bûcherons, ou paysans comme lui, et discuter de cette république qui décidément n’allait pas très fort, en éclusant quelques chopines d’un blanc de pays, fort âcre et piquant à souhait !
Quand, passant sur le chemin qui longeait sa maison, il apercevait un homme rentrant des champs situés plus haut, il ne manquait jamais de l’inviter à venir prendre un « canon ».
Une étrange impression de malaise saisissait l’invité dès qu’il entrait dans la grande pièce, et tout d’abord cette grande comtoise qui n’émettait aucun tic-tac !
C’est de la très grande précision, expliquait-il, les rouages sont si finement usinés qu’ils ne font aucun bruit, ce qui ne l’empêche nullement de bien fonctionner.
En effet, quand l’œil s’attardait un peu, on remarquait que la grande aiguille sautait d’un coup sur la minute suivante…. L’horloge fonctionnait parfaitement !
Un joli matin de mai, nul ne vit François. C’était un dimanche et, chaque dimanche matin à la sortie de la messe, François rappliquait dans l’unique café du village, s’attablait, alors en compagnie de Joseph, de Pierre, de Félix ou autre, il commandait une bouteille de vin bouché, c’était toujours lui qui régalait.
- Bah ! J’n’ai point d’bonne femme qui m’bouffe mes sous, alors j’peux ben vous en faire profiter, disait-il immanquablement !
On riait de bon cœur, puis on trinquait à la bonne santé.
Donc ce dimanche-là : point de François !
On s’interroge, on s’inquiète, on se met en route pour son logis.
La grande pièce est meublée, rien n’y manque, le balancier de la belle comtoise oscille comme à son habitude… Dans le silence.
Les jours ont passés, François n’est jamais reparu. Les gendarmes sont « montés » depuis Allevard, ils ont interrogé les habitants, nul n’a su dire ce que François était devenu.
L’enquête a conclu à un accident.
- Bah ! Il aura voulu aller taquiner la truite, aura glissé, puis se sera noyé dans le Bréda !
Le Bréda c’est le torrent qui descend la vallée à laquelle il a donné son nom, puis va se jeter dans l’Isère, à proximité de Pontcharra, dans la riante vallée du Grésivaudan. Cette généreuse vallée circule entre les massifs de Belledonne, Chartreuse et Vercors.
Certes la mairie n’est pas bien grande, a déclaré Antoine Ruaz le maire, mais ce serait bien de récupérer l’horloge, puisque ça fait maintenant deux ans que François a disparu, ainsi elle servirait à tout le monde ! Et puis, si par hasard un héritier se présentait, on la lui rendrait, on n'en ferait pas en faire une pendule! Bien sûr la boutade a fait rire les personnes présentes.
Cette proposition fit l’unanimité. Sans perdre de temps, deux hommes forts de la commune partirent chercher la comtoise.
Ils la soulevèrent, encouragés en cela par quelques curieux venus assister au spectacle.
Bien que personne ne s’en occupât depuis deux ans, elle fonctionnait toujours !
Charles et Félix soulèvent à grand peine la belle horloge, puis la portent comme on le ferait pour un cercueil. Charles descend le perron à reculons… Soudain son pied manque une marche, il titube, perd pied, part à la renverse, n’a que le temps de s’agripper à la rambarde pour ne pas s’affaler !
La comtoise choit lourdement, le bois éclate, le balancier se décroche, émet un bruit cristallin en heurtant une marche, le boîtier contenant le mécanisme s’ouvre…
Il est vide ! Aucun rouage, aucun ressort, nulle trace de pivots ou d’axes… Rien !
François Barroz, bien campé sur ses jambes musclées de montagnard endurci par les années de dur labeur, scrute l’horizon. Il voit monter derrière le pic de la Belle étoile de gros cumulonimbus annonciateurs d’orages, et ici dans cette vallée du haut Bréda, ça n’est pas bon signe.
Dans le massif de Belledonne, quand l’orage éclate, ça ne fait pas semblant !
Les blés sont mûrs, songe-t-il, je devais moissonner demain avec Etienne, qui sera là avec son mulet… Cet orage va tout foutre en l’air ! Alors, lentement, il lève les bras vers le ciel, après s’être assuré que personne ne passait sur le chemin caillouteux en contrebas.
Ses yeux se révulsent, puis il marmonne une étrange litanie. Un éclair zèbre le ciel au dessus de « Roche noire », puis, lentement, comme aspirés par eux-mêmes, les nuages menaçants se résorbent et disparaissent tout à fait.
Un petit sourire satisfait au coin des lèvres, François rentre chez lui.
En ce début du vingtième siècle, le mobilier est modeste : une grande table, deux bancs, un bahut surmonté d’une crédence dans laquelle sont rangés la vaisselle et quelques ustensiles. Dans le fond de la pièce, une porte donnant sur la chambre, chichement meublée elle aussi.
Seul « luxe », près de la grande cheminée constamment alimentée, trône une horloge : une comtoise.
Ses flancs, en bois de châtaignier, sont généreux comme ceux d’une paysanne ayant mis au monde plusieurs enfants.
Elle est couronnée comme on dit, c'est-à-dire que le sommet n’est pas plat, mais comporte un chapiteau. La sculpture qui l’orne représente un bouc, cornes torsadées comme il se doit, et les pattes antérieures descendent de chaque coté de l’horloge.
Les lourds contrepoids, eux, sont en fonte, ils représentent une pomme de pin, et le joli balancier en bronze oscille au rythme des secondes qu’il égrène.
Ce qui surprend, c’est le silence ! Aucun tic-tac n’accompagne la danse régulière du disque doré.
Cette horloge ne varie pas d’une seconde, se plaît à dire François. L’horloger qui l’a fabriquée, voici plus d’un siècle, a eu les yeux crevés… afin qu’il ne puisse en faire une semblable. Cette horloge a appartenu aux Ducs de Savoie, ajoute-t-il avec un petit sourire narquois !
Bien sûr, aujourd’hui, on dirait : « encore une légende urbaine » ! La plupart des belles horloges présentes dans les grandes villes rapportent toutes la même légende !
Dans ce village blotti dans la vallée qui domine Allevard, on apprécie beaucoup François, un grand gaillard, costaud, toujours prêt à rendre service, souriant, et vaillant comme un mulet !
A son arrivée ici, il y a maintenant une quinzaine d’années, on se méfiait un peu.
Pensez donc ! Un bel homme dans la force de l’âge… Célibataire !
Quelques jeunes filles hardies avaient bien tenté de le séduire lors des fêtes des moissons, ou de la Saint-Jean. Peine perdue ! Il dansait bien un peu, histoire de ne pas les vexer, mais il préférait s’attabler avec quelques bûcherons, ou paysans comme lui, et discuter de cette république qui décidément n’allait pas très fort, en éclusant quelques chopines d’un blanc de pays, fort âcre et piquant à souhait !
Quand, passant sur le chemin qui longeait sa maison, il apercevait un homme rentrant des champs situés plus haut, il ne manquait jamais de l’inviter à venir prendre un « canon ».
Une étrange impression de malaise saisissait l’invité dès qu’il entrait dans la grande pièce, et tout d’abord cette grande comtoise qui n’émettait aucun tic-tac !
C’est de la très grande précision, expliquait-il, les rouages sont si finement usinés qu’ils ne font aucun bruit, ce qui ne l’empêche nullement de bien fonctionner.
En effet, quand l’œil s’attardait un peu, on remarquait que la grande aiguille sautait d’un coup sur la minute suivante…. L’horloge fonctionnait parfaitement !
Un joli matin de mai, nul ne vit François. C’était un dimanche et, chaque dimanche matin à la sortie de la messe, François rappliquait dans l’unique café du village, s’attablait, alors en compagnie de Joseph, de Pierre, de Félix ou autre, il commandait une bouteille de vin bouché, c’était toujours lui qui régalait.
- Bah ! J’n’ai point d’bonne femme qui m’bouffe mes sous, alors j’peux ben vous en faire profiter, disait-il immanquablement !
On riait de bon cœur, puis on trinquait à la bonne santé.
Donc ce dimanche-là : point de François !
On s’interroge, on s’inquiète, on se met en route pour son logis.
La grande pièce est meublée, rien n’y manque, le balancier de la belle comtoise oscille comme à son habitude… Dans le silence.
Les jours ont passés, François n’est jamais reparu. Les gendarmes sont « montés » depuis Allevard, ils ont interrogé les habitants, nul n’a su dire ce que François était devenu.
L’enquête a conclu à un accident.
- Bah ! Il aura voulu aller taquiner la truite, aura glissé, puis se sera noyé dans le Bréda !
Le Bréda c’est le torrent qui descend la vallée à laquelle il a donné son nom, puis va se jeter dans l’Isère, à proximité de Pontcharra, dans la riante vallée du Grésivaudan. Cette généreuse vallée circule entre les massifs de Belledonne, Chartreuse et Vercors.
Certes la mairie n’est pas bien grande, a déclaré Antoine Ruaz le maire, mais ce serait bien de récupérer l’horloge, puisque ça fait maintenant deux ans que François a disparu, ainsi elle servirait à tout le monde ! Et puis, si par hasard un héritier se présentait, on la lui rendrait, on n'en ferait pas en faire une pendule! Bien sûr la boutade a fait rire les personnes présentes.
Cette proposition fit l’unanimité. Sans perdre de temps, deux hommes forts de la commune partirent chercher la comtoise.
Ils la soulevèrent, encouragés en cela par quelques curieux venus assister au spectacle.
Bien que personne ne s’en occupât depuis deux ans, elle fonctionnait toujours !
Charles et Félix soulèvent à grand peine la belle horloge, puis la portent comme on le ferait pour un cercueil. Charles descend le perron à reculons… Soudain son pied manque une marche, il titube, perd pied, part à la renverse, n’a que le temps de s’agripper à la rambarde pour ne pas s’affaler !
La comtoise choit lourdement, le bois éclate, le balancier se décroche, émet un bruit cristallin en heurtant une marche, le boîtier contenant le mécanisme s’ouvre…
Il est vide ! Aucun rouage, aucun ressort, nulle trace de pivots ou d’axes… Rien !
Mars deux mille dix sept, tout en haut d’une tour de la Défense, François Barroz, P.D.G de la « Time box corporation Ltd. » regarde Paris qui s’embrase dans le couchant, un spectacle qui l’enchante, et dont il ne se lasse pas.
Dans son dos, une pendule « design », comme on dit aujourd’hui, affiche l’heure d’une manière très « digitale ». Au-dessus, juste au-dessus, une tête de bouc très stylisée, en inox brossé du plus bel effet….
Dans son dos, une pendule « design », comme on dit aujourd’hui, affiche l’heure d’une manière très « digitale ». Au-dessus, juste au-dessus, une tête de bouc très stylisée, en inox brossé du plus bel effet….
Libellés :
Andiamo,
On ne va pas en faire une pendule
Chri - On ne va pas en faire une pendule,
Pendule.
- Mon amour, on ne va pas en faire une pendule veux-tu ? J’ai dit toujours au lieu de souvent, excuse moi, j’ai pensé trop vite. Je te rappelle que nous sommes pressés. Je sais bien qu’être à l’heure à un rendez vous est un concept qui te passe à mille lieues au-dessus de la tête mais là quand les bornes sont dépassées, les limites sont…
- Ah parce que tu appelles ça penser ? Mais tu te prends pour qui ? Onfray de déchetterie, BHL au rabais, Comte Sponville deuxième démarque…
- La vache ! Mamour tu frappes fort quand même !
- Ah parce que toi tu frappes gentiment, peut-être.
- Est-ce-que c’est bien le moment d’entamer cette querelle ? On a deux heures de route, le mariage est à onze heures, il est dix heures, calcule ?
- Si je comprends bien, ce n’est pas le moment de discuter mais celui de faire du calcul mental, alors ? Et après c’est moi qui délire ?
- La mauvaise foi que tu peux distiller, c’est dingue ! Tu es un concentré de mauvaise foi, tu vas t’empoisonner le cerveau, à force, méfie-toi.
- Parce que Môssieur est la bonne foi incarnée, c’est ta vertu première, évidemment. Tu ne manques pas d’air…
- Allez vite, accélère.
- Ah je vois, quand tu es mouché tu ne sais plus quoi dire, tu reviens à tes obsessions, Môssieur je suis toujours à l’heure… Ce que tu peux m’agacer, mon pauvre Paul.
- Et puis, je vais te dire une bonne fois pour toute : Si je veux en faire une pendule, j’en ferai une !
- En plus, tu sais bien que je n’ai pas envie d’y aller à ce mariage, je te l’ai toujours dit, je ne t’ai pas pris en traître, depuis le départ tu le sais…
- Mais on ne peut pas faire autrement c’est celui de ta mère.
- Justement.
- Mon amour, on ne va pas en faire une pendule veux-tu ? J’ai dit toujours au lieu de souvent, excuse moi, j’ai pensé trop vite. Je te rappelle que nous sommes pressés. Je sais bien qu’être à l’heure à un rendez vous est un concept qui te passe à mille lieues au-dessus de la tête mais là quand les bornes sont dépassées, les limites sont…
- Ah parce que tu appelles ça penser ? Mais tu te prends pour qui ? Onfray de déchetterie, BHL au rabais, Comte Sponville deuxième démarque…
- La vache ! Mamour tu frappes fort quand même !
- Ah parce que toi tu frappes gentiment, peut-être.
- Est-ce-que c’est bien le moment d’entamer cette querelle ? On a deux heures de route, le mariage est à onze heures, il est dix heures, calcule ?
- Si je comprends bien, ce n’est pas le moment de discuter mais celui de faire du calcul mental, alors ? Et après c’est moi qui délire ?
- La mauvaise foi que tu peux distiller, c’est dingue ! Tu es un concentré de mauvaise foi, tu vas t’empoisonner le cerveau, à force, méfie-toi.
- Parce que Môssieur est la bonne foi incarnée, c’est ta vertu première, évidemment. Tu ne manques pas d’air…
- Allez vite, accélère.
- Ah je vois, quand tu es mouché tu ne sais plus quoi dire, tu reviens à tes obsessions, Môssieur je suis toujours à l’heure… Ce que tu peux m’agacer, mon pauvre Paul.
- Et puis, je vais te dire une bonne fois pour toute : Si je veux en faire une pendule, j’en ferai une !
- En plus, tu sais bien que je n’ai pas envie d’y aller à ce mariage, je te l’ai toujours dit, je ne t’ai pas pris en traître, depuis le départ tu le sais…
- Mais on ne peut pas faire autrement c’est celui de ta mère.
- Justement.
Libellés :
Chri,
On ne va pas en faire une pendule
Jacou - On ne va pas en faire une pendule
- On ne va pas en faire une pendule
- Surtout qu'on n'a pas le temps
- De quoi tu parles ?
- De la pendule. Bon on s'y met.
- A quoi ?
- A mettre les pendules à l'heure.
- Au fait, les aiguilles, je les recule ou je les avance ?
Où lire Jacou
- Surtout qu'on n'a pas le temps
- De quoi tu parles ?
- De la pendule. Bon on s'y met.
- A quoi ?
- A mettre les pendules à l'heure.
- Au fait, les aiguilles, je les recule ou je les avance ?
Où lire Jacou
Libellés :
Jacou,
On ne va pas en faire une pendule
Semaine du 10 au 16 juillet 2017 - On ne va pas en faire une pendule
Que la pluie vous ait souri ou non dans la semaine, nous vous proposons une idée suggérée par Andiamo : "on ne va pas en faire une pendule".
En prose ou en vers laissez-vous inspirer par cette expression, et envoyez-nous votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 16 juillet minuit.
En prose ou en vers laissez-vous inspirer par cette expression, et envoyez-nous votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 16 juillet minuit.
Libellés :
Lancement de thème,
On ne va pas en faire une pendule
dimanche 9 juillet 2017
Stouf - La pluie nous souriait
Les colles c'est nul
(mais pas Sylvie).
(mais pas Sylvie).
Sylvie de la porte de la Chapelle est
mon instite préférée. On se marre bien depuis que nous nous sommes
retrouvés.
Cela se passait au siècle dernier, nous
étions gosses et très bavards au fond de la classe (pas loin du
radiateur pour l'hiver et de la fenêtre entrouverte l'été ).
Monsieur Makudzinsky ( Mécouillenski d'aprés Sylvie qu'avait plus
de verbe que moi ) notre instite, ne pouvait pas me piffrer à cause
de quelques différents entre lui et ma mère, maire de
l'arrondissement et lui simple dernier adjoint de l'autre bord
politique.
V'la pas qu'un jour il nous chope
entrain de jouer tranquillement au pendu sans déranger personne, il
nous met un zéro à tous les deux et déclare qu'à partir de tout
de suite dorénavant il ne veut plus nous voir l'un près de l'autre
dans sa classe et que Jeudi on doit venir en colle pour réviser le
théorème de je ne sais plus qui Legrec .
Sylvie tente vainement sa technique du
chialage façon pauvre princesse de conte de fée, je me jette à
terre et me cogne plusieurs fois la tête sur le sol mais … rien n'y
fait, nous sommes collés.
Franchement, ça me fend le coeur de
voire partir ma meilleur copine. Elle tourne sa tête vers moi, elle
aussi est triste, mais … elle me fait un clin d'oeil que je
n'oublierai jamais.
Vivement 4 heures et demi et qu'on
aille tous les deux voire dans la rue quoi c'est qu'il se passe.
Y a eu le Jeudi de colle, les sorties
d'école, le matin où j'allais attendre en bas de chez elle pour lui
porter son sac et puis … un jour où il pleuvait, elle m'a prit la
main droite dans la sienne et j'avais le cœur qui battait la
chamade, nous allions déjà au lycée et la pluie nous souriait.
Merde, elle a eu son bac et moi aussi.
L'école normale loin ailleurs dans une
autre ville pour elle et moi chez les fous de Jussieu à Paris (
biologie, botanique, chimie et j'en passe à propos des manifs ).
Fini … quittage, pleurage, un bon
baisage ( le dernier ? ).
Et puis un jour dans le métro (
station Bienplustard ) y a une nana maîtresse d'école que je vois
de dos qui me barre le passage parce qu'elle fait que de causer
à des mômes qui l'écoutent sagement.
- Excusez moi madame, puis-je avoir accès
à la où c'est que veux aller ?
Pas de réponse, la dame continue à
causer. Elle commence à me faire chier celle là !
Tout à coup une petite fille dit :
-Maman, y a un monsieur derrière toi qui veut passer !
La dame se retourne et me regarde avec
ses yeux … mes yeux la voient aussi.
- Stouf ?
- Sylvie ?
Tout à coup le temps n'existe plus.
- Je t'aime pour toujours !
- Moi pareil !
Mes bras enserrent sa taille, les siens
la mienne, nous nous mettons les lèvres les unes sur les autres (
avec les langues à l'intérieur des bouches ) et la petite fille
tire deux fois sur le pan droit de mon pantalon Jean.
- Monsieuuur … c'est toi mon papa ?
vendredi 7 juillet 2017
Laura Vanel-Coytte - La pluie nous souriait
La pluie nous souriait et je relisais le poème d'Emile Verhaeren : "la pluie,
La longue pluie," de mon enfance dans les plaines de Champagne ;
J'y marchais volontairement, chantais, dansais et riais sous la pluie ;
Je suis Cancer, fille de l'eau née d'un Verseau et d'un autre joli crabe.
La pluie nous souriait et je revoyais Turner, 'Pluie, vapeur et vitesse', la pluie
Brouille ce paysage d'un train qui file vers cette ville qu'on espère
Loin d'un autre paysage urbain qu'on connaît trop bien sous la pluie
Je suis fille d'une terre plantée plus tard de vignes, une terre qui pétille.
Qui n'a pas chanté un jour, "Il pleut, il pleut bergère" cette pluie
De Fabre d'Églantine avant de ployer sous la "pluie d'hommes"
De Geri Halliwel, qui n'a pas dansé sous cette sensuelle pluie
Qui n'a pas ri du "Senior Météo" de Carlos, pleuré avec Barbara à "Nantes"?
Qui n'a jamais admiré les "ciels brouillés", les" Brumes et pluies"
De Baudelaire ; qui n'a jamais écouté "le bruit égal des eaux" de Sully Prudhomme
Qui n'a pas lu ses poèmes -paysages heureux et pluvieux a raté sa vie
La pluie nous souriait et je repensais à la "Pluie d'orage sur la mer" de Constable
J'admire le talent de Caillebotte dans "Rue de Paris, temps de pluie."
En voyant "L'averse" de Sérusier", j'ai envie de revoir la Bretagne
Le pays de mes aïeules qui m'ont légué le goût de la beauté de la pluie.
"I'm singing in the rain" avec Fred Astaire qui ressemblait à ce grand-père
Que je n'ai pas connu, des pas appris derrière les volets battus de pluie
De ma grand-mère, cette petite bretonne veuve trop tôt d'un homme de Provence
Je suis fille de ce feu nervalien, écartelée entre le soleil et la pluie.
La pluie nous souriait :"Jean qui pleure, Jean qui rit", sous les larmes, je souris
Je me déhanchais sur "Purple Rain" en lisant les "Fleurs du mal" sublimes
"Soleils noirs" que Dürer a su m'illuminer d'encore plus de mélancolie
J'étais fille de l'air, celui qui mord, rafraîchit et brûle dans mes paysages.
La longue pluie," de mon enfance dans les plaines de Champagne ;
J'y marchais volontairement, chantais, dansais et riais sous la pluie ;
Je suis Cancer, fille de l'eau née d'un Verseau et d'un autre joli crabe.
La pluie nous souriait et je revoyais Turner, 'Pluie, vapeur et vitesse', la pluie
Brouille ce paysage d'un train qui file vers cette ville qu'on espère
Loin d'un autre paysage urbain qu'on connaît trop bien sous la pluie
Je suis fille d'une terre plantée plus tard de vignes, une terre qui pétille.
Qui n'a pas chanté un jour, "Il pleut, il pleut bergère" cette pluie
De Fabre d'Églantine avant de ployer sous la "pluie d'hommes"
De Geri Halliwel, qui n'a pas dansé sous cette sensuelle pluie
Qui n'a pas ri du "Senior Météo" de Carlos, pleuré avec Barbara à "Nantes"?
Qui n'a jamais admiré les "ciels brouillés", les" Brumes et pluies"
De Baudelaire ; qui n'a jamais écouté "le bruit égal des eaux" de Sully Prudhomme
Qui n'a pas lu ses poèmes -paysages heureux et pluvieux a raté sa vie
J'admire le talent de Caillebotte dans "Rue de Paris, temps de pluie."
En voyant "L'averse" de Sérusier", j'ai envie de revoir la Bretagne
Le pays de mes aïeules qui m'ont légué le goût de la beauté de la pluie.
"I'm singing in the rain" avec Fred Astaire qui ressemblait à ce grand-père
Que je n'ai pas connu, des pas appris derrière les volets battus de pluie
De ma grand-mère, cette petite bretonne veuve trop tôt d'un homme de Provence
Je suis fille de ce feu nervalien, écartelée entre le soleil et la pluie.
La pluie nous souriait :"Jean qui pleure, Jean qui rit", sous les larmes, je souris
Je me déhanchais sur "Purple Rain" en lisant les "Fleurs du mal" sublimes
"Soleils noirs" que Dürer a su m'illuminer d'encore plus de mélancolie
J'étais fille de l'air, celui qui mord, rafraîchit et brûle dans mes paysages.
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La pluie nous souriait,
Laura Vanel-Coytte
Pascal - La pluie nous souriait
Les
naufragés volontaires
« Rappelle-toi ! Nous étions partis à la pêche avant l’aube !... L’orage de la nuit avait laissé ses flaques sur la route ! Les phares de la voiture semblaient flotter dessus, et toi, le coude à la portière et la clope naturellement au bec, tu fonçais dans cette pénombre fantasmagorique !... »
Allongé sur son lit d’hôpital, mon pote regardait intensément le plafond comme s’il avait retrouvé l’itinéraire de notre course folle ; parfois, il fronçait les sourcils car il devait reconnaître les virages dangereux, les descentes glissantes et les longues lignes droites…
« Les arbres sortis de la nuit surgissaient au bord de la route comme des auto-stoppeurs en manque de vacances ! On frôlait les talus ! On écoutait Abba, à fond, dans la radio cassette de la bagnole !... »
Pendant cette souvenance musicale, j’étais sûr que les refrains endiablés de « Gimme ! Gimme ! Gimme ! et de Knowing me, Knowing You », revenaient en boucles tonitruantes dans sa mémoire…
Cela devenait de plus en plus difficile de le stimuler au présent ; dévoré par la maladie, assommé par les médicaments, il sombrait lentement dans une léthargie sans avenir. Loin des hypocrites pleurnicheurs qui lui inventaient une bonne mine, une nouvelle santé, un lit moelleux, j’avais encore la faveur de ses rares moments de lucidité mais, que peut-on dire à son ami d’enfance quand on sait, tous les deux, qu’il va mourir à cause de cette saloperie de cancer ?... Aussi, j’avais pris le ton du narrateur enthousiaste et je lui racontais une de nos extraordinaires journées de pêche ; comme il connaissait mes envolées théâtrales, il avait poussé la potence des perfs pour me regarder avec tous mes gestes d’acteur exalté…
Pour nous deux, le plaisir immense d’aller à la pêche, c’était la somme des films qu’on s’en faisait déjà, à l’avance ; le trou d’eau aux noirceurs abyssales, la légendaire truite cachée, la touche d’anthologie, l’environnement extraordinairement bucolique, étaient les fabuleux ingrédients chatouilleurs de nos rêves les plus halieutiques. Nous avions beau être allé mille fois à la pêche, c’était toujours la même supercherie sublime qui courait plus vite que notre passion. Tout au long de l’année, on y retournait inlassablement pour oublier les vicissitudes de la vie moderne et conjuguer nos sens à tous les temps de l’interlude heureux… Tous les vrais pêcheurs vous le diront : on ne revient jamais bredouille ; on en prend toujours plein les oreilles, plein le nez, plein les yeux.
Nous, on refaisait le plein d’humilité…
« Tu te souviens de la musique du vent dans les branches ? Des chiens des fermes alentour semblant les ténors incontestés de la polyphonie champêtre ? De la cascade profonde aspergeant ses rochers au tempo d’un tintamarre d’éclaboussures ? On croyait à une nouvelle symphonie de Beethoven ! Moi, j’en oubliais de pêcher et, toi, tu tirais sur ta clope et tu regardais les volutes de fumée danser sur cette mélodie pastorale !... »
Il acquiesçait, mon pote ; sa tête faisait des « oui » d’approbation sans condition. Il entendait tout ; la cime courbée et sifflante des arbres cherchant à griffer les nuages, la chute d’eau, ses arcs-en-ciel musicaux, les gazouillis des oiseaux effrontés, c’était dans son film en couleur, sur le tableau trop blanc du plafond…
« Et les parfums ? Rappelle-toi tous ces parfums sauvages qui nous submergeaient !... »
J’étais debout au milieu de la chambre ; je remplissais pleinement mes poumons en inspirant tous nos souvenirs olfactifs. Il était d‘accord, mon pote ; ses paupières disaient encore « oui » en battant la mesure d’une chamade fragrante aux effluves sensationnels. Il avait mis son nez en dehors du drap et il semblait humer tout, sauf l’ambiance médicale de l’endroit. L’odeur de nos bottes en caoutchouc, celle des chevelures d’algues, des pierres mouillées, des fougères, des fleurs, de la vase verdâtre, de la terre où se cachaient nos vers de terre, c’était dans l’éventail de son odorat chamboulé…
« Et quand on se retrouvait naufragés volontaires sur des îlets au milieu de la rivière ? Je savais que tu étais dans le coin parce que l’odeur de ta sempiternelle « Royale Rouge » m’indiquait immanquablement ta présence ! Les mains derrière la tête, tu étais allongé sur les galets, constatant tout cet environnement enchanteur comme si c’était un don du ciel ! Rappelle-toi ! Chaque seconde accordée au Temps avait une valeur inestimable dans le sablier de notre jeunesse !... »
Mon pote regardait intensément dehors ; les nuages paresseux traversaient la vallée du Rhône en constellant le paysage d’ombres fugaces, comme des emplacements de puzzle encore vides. Pendant ce moment de grande pudeur, j’espère qu’il était satisfait de tous les grains de sable qui avaient occupé son temps…
« Et les lumières, mon ami ? Le furieux kaléidoscope du soleil clignotait sans cesse entre les feuilles des arbres ! Les contre-jours extravagants débordaient du panorama, la fumée opaque de ta putain de cigarette s’irisait avec ses contorsions d’évanescente insoumise, le bleu de la rivière se recomposait émeraude ou ardoise, et la brume nous empaquetait tous ses présents à chaque détour de la rivière !... »
Il devait être ébloui, mon pote, car il fermait les yeux. Ses pieds s’étaient redressés au fond du lit et cela formait deux montagnes aux neiges éternelles…
« Et quand tu as attrapé cette truite si belle, si majestueuse, si fabuleuse ! Il me semble qu’elle t’attendait depuis toujours ! Te souviens-tu comme elle frétillait entre tes mains ? On a pensé que tu avais capturé Dame Nature elle-même ! Quand tu as décroché l’hameçon de sa gueule, tu n’as su que la remettre dans la rivière en échange d’immense cadeau !... »
Entre ses deux mains tremblantes, il me montrait un espace conséquent ; c’était la mesure de la vraie Liberté…
« Et quand on a pris cet ouragan dantesque sur la tête ! Obstinés et inconscients, nous avions continué à pêcher jusqu’à la dernière goutte de l’orage !... Au milieu de toute cette inondation, tu te souviens ?... La pluie nous souriait !... On faisait partie du spectacle !...
Cette métaphore sembla l’atteindre ; fixement, il regarda la pluie qui tombait du plafond ; il devait en prendre plein la figure parce qu’il pleurait, mon pote…
« Et quand nous sommes revenus ! Nos femmes se moquaient parce qu’on n’avait pris seulement qu’une monumentale saucée !… Elles ne pouvaient pas comprendre dans quelle féerie nous avions gravité !... Demain, demain, je te parlerai des jolies filles qu’on a connues ensemble ! Rappelle-toi, ces jumelles, Suzanne et… »
« Chan…tal… » me dit-il… de sa voix finissante…
Allongé sur son lit d’hôpital, mon pote regardait intensément le plafond comme s’il avait retrouvé l’itinéraire de notre course folle ; parfois, il fronçait les sourcils car il devait reconnaître les virages dangereux, les descentes glissantes et les longues lignes droites…
« Les arbres sortis de la nuit surgissaient au bord de la route comme des auto-stoppeurs en manque de vacances ! On frôlait les talus ! On écoutait Abba, à fond, dans la radio cassette de la bagnole !... »
Pendant cette souvenance musicale, j’étais sûr que les refrains endiablés de « Gimme ! Gimme ! Gimme ! et de Knowing me, Knowing You », revenaient en boucles tonitruantes dans sa mémoire…
Cela devenait de plus en plus difficile de le stimuler au présent ; dévoré par la maladie, assommé par les médicaments, il sombrait lentement dans une léthargie sans avenir. Loin des hypocrites pleurnicheurs qui lui inventaient une bonne mine, une nouvelle santé, un lit moelleux, j’avais encore la faveur de ses rares moments de lucidité mais, que peut-on dire à son ami d’enfance quand on sait, tous les deux, qu’il va mourir à cause de cette saloperie de cancer ?... Aussi, j’avais pris le ton du narrateur enthousiaste et je lui racontais une de nos extraordinaires journées de pêche ; comme il connaissait mes envolées théâtrales, il avait poussé la potence des perfs pour me regarder avec tous mes gestes d’acteur exalté…
Pour nous deux, le plaisir immense d’aller à la pêche, c’était la somme des films qu’on s’en faisait déjà, à l’avance ; le trou d’eau aux noirceurs abyssales, la légendaire truite cachée, la touche d’anthologie, l’environnement extraordinairement bucolique, étaient les fabuleux ingrédients chatouilleurs de nos rêves les plus halieutiques. Nous avions beau être allé mille fois à la pêche, c’était toujours la même supercherie sublime qui courait plus vite que notre passion. Tout au long de l’année, on y retournait inlassablement pour oublier les vicissitudes de la vie moderne et conjuguer nos sens à tous les temps de l’interlude heureux… Tous les vrais pêcheurs vous le diront : on ne revient jamais bredouille ; on en prend toujours plein les oreilles, plein le nez, plein les yeux.
Nous, on refaisait le plein d’humilité…
« Tu te souviens de la musique du vent dans les branches ? Des chiens des fermes alentour semblant les ténors incontestés de la polyphonie champêtre ? De la cascade profonde aspergeant ses rochers au tempo d’un tintamarre d’éclaboussures ? On croyait à une nouvelle symphonie de Beethoven ! Moi, j’en oubliais de pêcher et, toi, tu tirais sur ta clope et tu regardais les volutes de fumée danser sur cette mélodie pastorale !... »
Il acquiesçait, mon pote ; sa tête faisait des « oui » d’approbation sans condition. Il entendait tout ; la cime courbée et sifflante des arbres cherchant à griffer les nuages, la chute d’eau, ses arcs-en-ciel musicaux, les gazouillis des oiseaux effrontés, c’était dans son film en couleur, sur le tableau trop blanc du plafond…
« Et les parfums ? Rappelle-toi tous ces parfums sauvages qui nous submergeaient !... »
J’étais debout au milieu de la chambre ; je remplissais pleinement mes poumons en inspirant tous nos souvenirs olfactifs. Il était d‘accord, mon pote ; ses paupières disaient encore « oui » en battant la mesure d’une chamade fragrante aux effluves sensationnels. Il avait mis son nez en dehors du drap et il semblait humer tout, sauf l’ambiance médicale de l’endroit. L’odeur de nos bottes en caoutchouc, celle des chevelures d’algues, des pierres mouillées, des fougères, des fleurs, de la vase verdâtre, de la terre où se cachaient nos vers de terre, c’était dans l’éventail de son odorat chamboulé…
« Et quand on se retrouvait naufragés volontaires sur des îlets au milieu de la rivière ? Je savais que tu étais dans le coin parce que l’odeur de ta sempiternelle « Royale Rouge » m’indiquait immanquablement ta présence ! Les mains derrière la tête, tu étais allongé sur les galets, constatant tout cet environnement enchanteur comme si c’était un don du ciel ! Rappelle-toi ! Chaque seconde accordée au Temps avait une valeur inestimable dans le sablier de notre jeunesse !... »
Mon pote regardait intensément dehors ; les nuages paresseux traversaient la vallée du Rhône en constellant le paysage d’ombres fugaces, comme des emplacements de puzzle encore vides. Pendant ce moment de grande pudeur, j’espère qu’il était satisfait de tous les grains de sable qui avaient occupé son temps…
« Et les lumières, mon ami ? Le furieux kaléidoscope du soleil clignotait sans cesse entre les feuilles des arbres ! Les contre-jours extravagants débordaient du panorama, la fumée opaque de ta putain de cigarette s’irisait avec ses contorsions d’évanescente insoumise, le bleu de la rivière se recomposait émeraude ou ardoise, et la brume nous empaquetait tous ses présents à chaque détour de la rivière !... »
Il devait être ébloui, mon pote, car il fermait les yeux. Ses pieds s’étaient redressés au fond du lit et cela formait deux montagnes aux neiges éternelles…
« Et quand tu as attrapé cette truite si belle, si majestueuse, si fabuleuse ! Il me semble qu’elle t’attendait depuis toujours ! Te souviens-tu comme elle frétillait entre tes mains ? On a pensé que tu avais capturé Dame Nature elle-même ! Quand tu as décroché l’hameçon de sa gueule, tu n’as su que la remettre dans la rivière en échange d’immense cadeau !... »
Entre ses deux mains tremblantes, il me montrait un espace conséquent ; c’était la mesure de la vraie Liberté…
« Et quand on a pris cet ouragan dantesque sur la tête ! Obstinés et inconscients, nous avions continué à pêcher jusqu’à la dernière goutte de l’orage !... Au milieu de toute cette inondation, tu te souviens ?... La pluie nous souriait !... On faisait partie du spectacle !...
Cette métaphore sembla l’atteindre ; fixement, il regarda la pluie qui tombait du plafond ; il devait en prendre plein la figure parce qu’il pleurait, mon pote…
« Et quand nous sommes revenus ! Nos femmes se moquaient parce qu’on n’avait pris seulement qu’une monumentale saucée !… Elles ne pouvaient pas comprendre dans quelle féerie nous avions gravité !... Demain, demain, je te parlerai des jolies filles qu’on a connues ensemble ! Rappelle-toi, ces jumelles, Suzanne et… »
« Chan…tal… » me dit-il… de sa voix finissante…
Arpenteur d'Etoiles - La pluie nous souriait
J’ai eu dans une de mes nombreuses vies professionnelles un DG belge, wallon de surcroît. De personnalité assez complexe il était à la fois bon vivant, convivial, soupçonneux, paternaliste, méfiant, indiscret, soupe au lait, colérique, drôle, matois, président du Lion’s de Charleroi et ressemblait d’assez prêt à Horst Tappert, c’est à dire à Derrick (on applaudit dans les maisons de retraites, s’il vous plait). Il nous appelait « fieu » ou « m’fi » avait un accent incomparable, aimait les américanos et était doté d’un réel sens de l’humour.
Le petit texte qui suit raconte une anecdote véridique arrivée lors d’une de ces tournées « comptes clés « (key account … on est dans une boîte internationale, oui ou non ?) effectuées avec lui (en l’occurrence à Clermont-Ferrand). Ces visites là consistaient essentiellement à inviter les meilleurs clients dans les meilleurs restaurants de la ville, puis à échanger des banalités entre 16 et 18 heures avant de reprendre la route vers d’autres aventures.
BALLADE AUVERGNATE ou BOURREE BELGE
Encore un jour et puis après un jour encore
La route est un chemin de pluie.
Elle bat la vitre contre laquelle un homme dort
Et qui paisiblement sourit
Ce matin, avril avait fermé l’horizon
Jusqu’aux confins des monts d’Auvergne.
Un vent glacé hurlait sur le toit des maisons
Et courbait la tête aux grands chênes.
Depuis Clermont où les colères des volcans
Grondent dans le ventre des pierres,
Aux marches du Velay encore rouges du sang
Des maquis de la dernière guerre,
Nous roulions dans les brumes, tranquilles, sans mot dire :
Ce jour là, le Belge était taiseux.
Mais il est des silences bavards ; il faut dire
Que la veille, c’était copieux !
La veille était bordeaux et poularde à la crème,
Magret, dos de sole grillé,
Médaillon de foie gras et son verre de Sauternes,
Sabayon au champagne glacé.
La veille était aussi dos cassé, sciatique,
Grimaces et claudication,
Les escaliers semblaient des Everest tragiques,
Un pas : une abomination.
… tiens, il bouge …
- Dis donc fieu, ne serait-ce pas là ton GSM ? –
- Bien sur, mais il ne marche pas ! –
- Allei, ça va, laisse faire le Papa – Il aime
Se mêler de ce qui ne le regarde pas.
Le petit texte qui suit raconte une anecdote véridique arrivée lors d’une de ces tournées « comptes clés « (key account … on est dans une boîte internationale, oui ou non ?) effectuées avec lui (en l’occurrence à Clermont-Ferrand). Ces visites là consistaient essentiellement à inviter les meilleurs clients dans les meilleurs restaurants de la ville, puis à échanger des banalités entre 16 et 18 heures avant de reprendre la route vers d’autres aventures.
BALLADE AUVERGNATE ou BOURREE BELGE
Encore un jour et puis après un jour encore
La route est un chemin de pluie.
Elle bat la vitre contre laquelle un homme dort
Et qui paisiblement sourit
Ce matin, avril avait fermé l’horizon
Jusqu’aux confins des monts d’Auvergne.
Un vent glacé hurlait sur le toit des maisons
Et courbait la tête aux grands chênes.
Depuis Clermont où les colères des volcans
Grondent dans le ventre des pierres,
Aux marches du Velay encore rouges du sang
Des maquis de la dernière guerre,
Nous roulions dans les brumes, tranquilles, sans mot dire :
Ce jour là, le Belge était taiseux.
Mais il est des silences bavards ; il faut dire
Que la veille, c’était copieux !
La veille était bordeaux et poularde à la crème,
Magret, dos de sole grillé,
Médaillon de foie gras et son verre de Sauternes,
Sabayon au champagne glacé.
La veille était aussi dos cassé, sciatique,
Grimaces et claudication,
Les escaliers semblaient des Everest tragiques,
Un pas : une abomination.
… tiens, il bouge …
- Dis donc fieu, ne serait-ce pas là ton GSM ? –
- Bien sur, mais il ne marche pas ! –
- Allei, ça va, laisse faire le Papa – Il aime
Se mêler de ce qui ne le regarde pas.
- Mais tu connais une fois un Wilfried, sans doute ? ! –
- Zut … il est dans mon répertoire ! –
J’enrage mais ne dit mot, le regard sur la route
Qui se transforme en patinoire.
La pluie redoublait de violence ; chaque virage
Etait un exploit, un instant
D’angoisse ; le brouillard se confondait aux nuages
Pressés par la folie des vents.
… flots de paroles dans la tourmente …
Puis le silence ; étrange. Je risque un oeil furtif
La bouche ouverte et le teint pâle,
Il me fait peur ; il est Dantès au château d’If …
… La main crispée sur mon portable.
Il porte en cet instant les souffrances du monde.
Un peu d’écume au coin des lèvres
Forme un filet gouttant sur sa bedaine ronde.
- Arrête vite
- Zut … il est dans mon répertoire ! –
J’enrage mais ne dit mot, le regard sur la route
Qui se transforme en patinoire.
La pluie redoublait de violence ; chaque virage
Etait un exploit, un instant
D’angoisse ; le brouillard se confondait aux nuages
Pressés par la folie des vents.
… flots de paroles dans la tourmente …
Puis le silence ; étrange. Je risque un oeil furtif
La bouche ouverte et le teint pâle,
Il me fait peur ; il est Dantès au château d’If …
… La main crispée sur mon portable.
Il porte en cet instant les souffrances du monde.
Un peu d’écume au coin des lèvres
Forme un filet gouttant sur sa bedaine ronde.
- Arrête vite
– Le souffle est court, la phrase brève.
Je freine tout de suite et range la voiture
Sur l’herbe, tout au bord du fossé.
Penché sous la pluie drue, il rend à la nature
Un peu du petit déjeuner.
Je freine tout de suite et range la voiture
Sur l’herbe, tout au bord du fossé.
Penché sous la pluie drue, il rend à la nature
Un peu du petit déjeuner.
J’ai voyagé avec Pathos ;
Heureusement
Eros non plus que Thanatos
N’étaient présents
Il y a longtemps chez cet homme qu’Eros ne bande
La corde à son arc courtois
Quant à la camarde finalement, à tout prendre
Elle n’a que faire de Charleroi.
Elle ne daigne pour lui, tirer de sous les plis
De son linceul, sa longue faux …
A moins qu’il ne lui rende son âme en sursis
Dans un verre d’américano
Et son corps, bien sur, dans une bière … d’abbaye
… / …
Encore un jour et puis après un jour encore
La route est un chemin de pluie.
Elle bat la vitre contre laquelle un homme dort
Et qui paisiblement sourit.
Heureusement
Eros non plus que Thanatos
N’étaient présents
Il y a longtemps chez cet homme qu’Eros ne bande
La corde à son arc courtois
Quant à la camarde finalement, à tout prendre
Elle n’a que faire de Charleroi.
Elle ne daigne pour lui, tirer de sous les plis
De son linceul, sa longue faux …
A moins qu’il ne lui rende son âme en sursis
Dans un verre d’américano
Et son corps, bien sur, dans une bière … d’abbaye
… / …
Encore un jour et puis après un jour encore
La route est un chemin de pluie.
Elle bat la vitre contre laquelle un homme dort
Et qui paisiblement sourit.
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Arpenteur d'étoiles,
La pluie nous souriait
Jacou - La pluie nous souriait
Pluies
de bruits
Le parapluie, lui, était bien fatigué.
Une goutte glissait le long d'un tuyau de cheminée.
La pluie luisait,
Sur le trottoir, sans fin, dessinait,
Ruisseaux déglingués.
Un gosse s'amusait,
Chaussures trempées,
Donnait des coups de pied,
La pluie lui souriait.
jeudi 6 juillet 2017
Célestine - La pluie nous souriait
Rimes
Au ciel de notre lit, la pluie nous souriait
Cachés dans les taillis aux hirsutes épines
Vers mon graal velouté doucement je guidais
Lentement dans un souffle l’ardeur de ta … main
Mon ventre opalescent ondulait sur la berge
Où m’avait entraînée ton rire cristallin
Le désir chevillé de mon flanc à mes seins
J’entrevis médusée la force de ta … voix
Au plus fort de nos jeux alouettes et grenouilles
Accompagnaient de leurs ébats le rythme fou
Qu’imprimait à mon corps la danse de tes … bras
Cependant que la lune eut enfin apparu
Dans un ciel opalin aux étoiles profondes
En jetant un grand cri je t’ai offert mon … cœur
A Vegas
Au ciel de notre lit, la pluie nous souriait
Cachés dans les taillis aux hirsutes épines
Vers mon graal velouté doucement je guidais
Lentement dans un souffle l’ardeur de ta … main
Mon ventre opalescent ondulait sur la berge
Où m’avait entraînée ton rire cristallin
Le désir chevillé de mon flanc à mes seins
J’entrevis médusée la force de ta … voix
Au plus fort de nos jeux alouettes et grenouilles
Accompagnaient de leurs ébats le rythme fou
Qu’imprimait à mon corps la danse de tes … bras
Cependant que la lune eut enfin apparu
Dans un ciel opalin aux étoiles profondes
En jetant un grand cri je t’ai offert mon … cœur
A Vegas
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La pluie nous souriait
Célestine - La pluie nous souriait
La pluie nous souriait derrière les vitres en écailles translucides de la marquise au-dessus du perron. Sur le gazon luisant, quatre chatons erraient par petits bonds. Boules de poils à l’abordage des plates-bandes, curieux et maladroits sur leurs pattes, ils gambadaient sous l’averse. Héritage sans doute d’une nuit d’amour de notre chatte sur un toit brûlant, où l’haleine tiède du ciel invite les matous à l’aubade même au crépuscule.
La féerie de ces quatre adorables points-virgules blancs et duveteux, égaillant le soir trempé de leur désinvolture désarmante, nous prit tous à la gorge. Théotime battait des menottes, devant ces peluches vivantes. Je les regardais, attendrie.
Dans un gémissement implorant, Lisa la plus délurée d’entre nous, voulut descendre les cueillir dans son tablier, pour les mettre à l’abri dans ses draps fleuris d’églantines. Père refusa, prétextant que leur mère les chercherait partout. Nos protestations ne le firent pas changer d’avis.
En réalité, il craignait que nous nous attachions à ces bestioles. Il savait d’expérience que le déchirement de leur perte serait trop terrible, si jamais nous devions nous en séparer.
Ce soir-là, dans la chambre bleue sous la pluie d’été, nous apprîmes le renoncement, les poumons serrés de sanglots. La leçon fut d’importance, puisque je ne l’ai jamais oubliée.
Où lire Célestine
La féerie de ces quatre adorables points-virgules blancs et duveteux, égaillant le soir trempé de leur désinvolture désarmante, nous prit tous à la gorge. Théotime battait des menottes, devant ces peluches vivantes. Je les regardais, attendrie.
Dans un gémissement implorant, Lisa la plus délurée d’entre nous, voulut descendre les cueillir dans son tablier, pour les mettre à l’abri dans ses draps fleuris d’églantines. Père refusa, prétextant que leur mère les chercherait partout. Nos protestations ne le firent pas changer d’avis.
En réalité, il craignait que nous nous attachions à ces bestioles. Il savait d’expérience que le déchirement de leur perte serait trop terrible, si jamais nous devions nous en séparer.
Ce soir-là, dans la chambre bleue sous la pluie d’été, nous apprîmes le renoncement, les poumons serrés de sanglots. La leçon fut d’importance, puisque je ne l’ai jamais oubliée.
Où lire Célestine
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La pluie nous souriait
mercredi 5 juillet 2017
Plume Vive - La pluie nous souriait
Le ciel vert olive annonçait une belle journée. Le réveil de la communauté se déroulait en silence ce matin, comme un accueil révérencieux du printemps qui tentait désespérément de se faire une place dans le froid de mars. Les yeux hagards des adultes croisaient la malice pétillante des plus jeunes, au milieu des volutes de fumée qui se dégageaient des braseros du petit-déjeuner. Cet espoir sans cesse renouvelé chez la nouvelle génération nous fatiguait, nous, les grands. Cette joie lumineuse de chaque jour représentait cependant l'unique raison pour eux de se lever, nous en étions bien conscients. L'air crépitait des odeurs de viande grillée et de maïs rôtis. La vie, branlante, fragile et incertaine, était bien là, tout autour et en nous.
Puis chacun a vaqué à ses occupations…
Je ne sais plus qui a entendu le clapotis le premier. Si nous avions été plus attentifs, nous aurions pu distinguer très nettement le nuage en question, intégré dans la teinte camouflage de l'horizon. Des images carminées teintent aujourd'hui ce souvenir. Le hurlement de l'enfant qui a reçu la première goutte résonne encore en moi, profondément. Au signal d'alarme lancé par notre sentinelle au dentier rafistolé et à la crinière blanche, nous sommes devenues des fourmis, nous réunissant sous les abris en tôle réservés à cet usage. Nous nous sommes poussés les uns contre les autres, sans grande bousculade, plus dans l'envie de se rassurer de la présence de l'autre, nos corps pris de frissons d'angoisse se reconnaissant les uns les autres. Les auvents de fortune avaient été aménagés de manière suffisamment spacieuse pour que le moindre d'entre nous puisse s'y abriter.
Malheureusement, on y trouvait de plus en plus de place.
C'était devenu la nouvelle mode, visiblement. De pluie en pluie, certains d'entre nous se sentaient pousser des ailes de courage et de bravitude. Nous savourions de ce fait le luxe d'une aisance supplémentaire à chaque ondée. Mais à quel prix ? Certains décidaient d'y passer en famille, et parfois sans même en avoir informé les enfants au préalable. D'autres n'avertissaient personne et s'offraient, sous le regard horrifié de leurs proches, si choqués même qu'ils ne prenaient pas la possibilité de les rejoindre et de ne pas rester seuls ensuite. Ces différents spectacles nous étaient ainsi proposés régulièrement. Aussi écœurant que déchirant. Aussi pathétique que libérateur. Je sais que nous étions plusieurs à les envier, ces kamikazes de l'extrême. Parce que leur décision était synonyme de délivrance. Pour eux du moins. Car nous concernant, ce choix ne faisait que nous rappeler nos perspectives réduites d'avenir et les erreurs, graves, du passé.
Ce jour-là, c'est une famille entière, debout face à nous et unis par leurs mains, qui nous a quittés.
La pluie a ouvert sa symphonie par une mélodieuse musique sur les toits des abris. Un brouhaha plus tard, nous étions tous à couvert, tous, sauf eux. La mère de famille regardait son homme, et chacun d'eux étreignaient la main de l'un de leurs deux enfants, placés entre eux. L'aînée et son jeune frère baissaient leur tête, comme résignés. La jambe gauche du petit garçon qui ne cessait de tressauter témoignait de sa peur. Sa sœur serrait si fort la main de sa mère que quelques gouttes de sang ont commencé à tomber des jointures de leur union, les ongles de l'une s'enfonçant dans la peau de l'autre. Tout va très vite. À chaque fois. Des premières gouttes éparses naissait une averse drue et puissante. C'est dans l'entre-deux qu'Oscar a fait entendre sa voix, tel un louveteau à l'appel des siens.
Quelques secondes seulement.
Quelques secondes de sons gutturaux, de mouvements désordonnés et d'éclaboussures vermillon. La famille, arrivée aux limites de son désespoir, n'était plus. Symbole de la déraison dont notre espèce a fait preuve pendant tant de décades, ces courageux combattants de la vie avaient décidé de mettre un point final à leur lutte. Pour eux, plus de culture de l'unique aliment résistant à la piètre qualité de la terre, de l'air et du peu d'eau demeurant sur la planète, j'ai nommé le maïs. Pour eux, plus d'abattage, en vue de subsister, de la seule race d'animaux dont la loyauté a primé sur l'intelligence de s'éteindre par elle-même, les chiens, ces amis fidèles qui ne se doutaient de rien jusqu'à leur dernier souffle sous nos haches. Pour eux, finie l'hypocrisie d'une vie comme la nôtre, que d'autres ne pouvaient s'empêcher de perpétuer, que dis-je, de perpétrer.
Cinq à six fois par an, la pluie nous souriait.
Et nous finissions par lui sourire à notre tour, les uns après les autres.
Puis chacun a vaqué à ses occupations…
Je ne sais plus qui a entendu le clapotis le premier. Si nous avions été plus attentifs, nous aurions pu distinguer très nettement le nuage en question, intégré dans la teinte camouflage de l'horizon. Des images carminées teintent aujourd'hui ce souvenir. Le hurlement de l'enfant qui a reçu la première goutte résonne encore en moi, profondément. Au signal d'alarme lancé par notre sentinelle au dentier rafistolé et à la crinière blanche, nous sommes devenues des fourmis, nous réunissant sous les abris en tôle réservés à cet usage. Nous nous sommes poussés les uns contre les autres, sans grande bousculade, plus dans l'envie de se rassurer de la présence de l'autre, nos corps pris de frissons d'angoisse se reconnaissant les uns les autres. Les auvents de fortune avaient été aménagés de manière suffisamment spacieuse pour que le moindre d'entre nous puisse s'y abriter.
Malheureusement, on y trouvait de plus en plus de place.
C'était devenu la nouvelle mode, visiblement. De pluie en pluie, certains d'entre nous se sentaient pousser des ailes de courage et de bravitude. Nous savourions de ce fait le luxe d'une aisance supplémentaire à chaque ondée. Mais à quel prix ? Certains décidaient d'y passer en famille, et parfois sans même en avoir informé les enfants au préalable. D'autres n'avertissaient personne et s'offraient, sous le regard horrifié de leurs proches, si choqués même qu'ils ne prenaient pas la possibilité de les rejoindre et de ne pas rester seuls ensuite. Ces différents spectacles nous étaient ainsi proposés régulièrement. Aussi écœurant que déchirant. Aussi pathétique que libérateur. Je sais que nous étions plusieurs à les envier, ces kamikazes de l'extrême. Parce que leur décision était synonyme de délivrance. Pour eux du moins. Car nous concernant, ce choix ne faisait que nous rappeler nos perspectives réduites d'avenir et les erreurs, graves, du passé.
Ce jour-là, c'est une famille entière, debout face à nous et unis par leurs mains, qui nous a quittés.
La pluie a ouvert sa symphonie par une mélodieuse musique sur les toits des abris. Un brouhaha plus tard, nous étions tous à couvert, tous, sauf eux. La mère de famille regardait son homme, et chacun d'eux étreignaient la main de l'un de leurs deux enfants, placés entre eux. L'aînée et son jeune frère baissaient leur tête, comme résignés. La jambe gauche du petit garçon qui ne cessait de tressauter témoignait de sa peur. Sa sœur serrait si fort la main de sa mère que quelques gouttes de sang ont commencé à tomber des jointures de leur union, les ongles de l'une s'enfonçant dans la peau de l'autre. Tout va très vite. À chaque fois. Des premières gouttes éparses naissait une averse drue et puissante. C'est dans l'entre-deux qu'Oscar a fait entendre sa voix, tel un louveteau à l'appel des siens.
Quelques secondes seulement.
Quelques secondes de sons gutturaux, de mouvements désordonnés et d'éclaboussures vermillon. La famille, arrivée aux limites de son désespoir, n'était plus. Symbole de la déraison dont notre espèce a fait preuve pendant tant de décades, ces courageux combattants de la vie avaient décidé de mettre un point final à leur lutte. Pour eux, plus de culture de l'unique aliment résistant à la piètre qualité de la terre, de l'air et du peu d'eau demeurant sur la planète, j'ai nommé le maïs. Pour eux, plus d'abattage, en vue de subsister, de la seule race d'animaux dont la loyauté a primé sur l'intelligence de s'éteindre par elle-même, les chiens, ces amis fidèles qui ne se doutaient de rien jusqu'à leur dernier souffle sous nos haches. Pour eux, finie l'hypocrisie d'une vie comme la nôtre, que d'autres ne pouvaient s'empêcher de perpétuer, que dis-je, de perpétrer.
Cinq à six fois par an, la pluie nous souriait.
Et nous finissions par lui sourire à notre tour, les uns après les autres.
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La pluie nous souriait,
Plume Vive
Marité - La pluie nous souriait
Tumultueux orage
Nous partîmes tôt dans le matin déjà rieur de l'été. De l'eau et des sandwichs garnissaient nos sacs à dos. D'un pas alerte, nous entreprîmes de grimper tout en haut de nos collines limousines.
Nous foulions les herbes des chemins embaumant la menthe sauvage et le chèvrefeuille. Les genêts ployaient sous leur fardeau d'or et nous caressaient au passage. La rosée donnait à l'air une pureté et une fraîcheur qui nous faisaient frissonner délicieusement.
Le silence se composait simplement de chants d'oiseaux et de furtifs frémissements dans les fourrés. Il se brisa soudain quand, au loin, résonna le son des cloches d'un village annonçant l'angélus. Nous cheminions sans parler, heureux d'être ensemble. Nous admirions les bruyères en fleurs qui jonchaient tout le pan de la colline sur laquelle nous avancions. Le mica argenté dont se poudrait le sentier exacerbait leur couleur mauve.
Un soleil aveuglant et brutal nous attendait au sommet du doux mamelon, faisant flamber la lande violette. Sans plus tarder, nous descendîmes sur l'autre versant à travers les sapins pour rejoindre un petit ruisseau caché au fond de la vallée.
Épuisés et en nage, nous jetâmes nos sacs sur le pré et pieds nus, nous courûmes nous rafraîchir dans l'eau froide de la rivière. Après notre collation, bercés par le murmure de l'onde, nous nous endormîmes dans la torpeur de l'après-midi.
Je me réveillai en sursaut. Dans le ciel couraient de gros nuages noirs zébrés de lueurs menaçantes. L'écho renvoyait de colline en colline les grondements sourds du tonnerre. Ses notes discordantes s'enflaient rapidement. Je secouai Gilles qui se leva d'un bond. De grosses gouttes tombèrent d'abord une à une puis l'averse s'abattit sur nous avec violence. L'autan se mit aussi de la partie et sifflait avec rage.
Gilles prit ma main et m'entraîna à travers la prairie vers une grange que nous apercevions plus loin. Nous poussâmes la porte qui ne tenait qu'à demi et hors d'haleine, trempés, nous ruâmes à l'intérieur. Nous nous regardâmes, dégoulinant de pluie et ensemble, nous éclatâmes de rire. Quelques tuiles manquaient au toit mais au fond du bâtiment, un tas d'herbe sèche s'élevait, accueillant.
Sans nous concerter, nous nous débarrassâmes de nos vêtements trempés et nus comme au premier jour, nous ruâmes dans le foin. Nous creusâmes un nid dans son odeur capiteuse et bientôt ce fut la fête de nos corps dans une voluptueuse fièvre. Le souffle de Gilles s'accéléra tandis que sa bouche prenait la mienne. Ses mains impatientes effleuraient ma peau dans une danse frénétique. Je m'abandonnais toute à ses caresses. Oh, l'exquise douleur de l'attente ! Une étreinte fougueuse nous unit. Un feu, une brûlure délicieuse fit éclater notre désir et sceller notre amour.
L'orage s'éloignait, chassé par le seigneur de l'été qui reprenait ses droits. Ses rayons, balayant la prairie, faisaient naître un voile de brume montant de la terre fumante. En s'esquivant, la pluie nous souriait doucement. Ses jambes, là-haut, s'effaçaient pour céder la place à une somptueuse écharpe d'Iris.
Nous étions heureux.
Nous partîmes tôt dans le matin déjà rieur de l'été. De l'eau et des sandwichs garnissaient nos sacs à dos. D'un pas alerte, nous entreprîmes de grimper tout en haut de nos collines limousines.
Nous foulions les herbes des chemins embaumant la menthe sauvage et le chèvrefeuille. Les genêts ployaient sous leur fardeau d'or et nous caressaient au passage. La rosée donnait à l'air une pureté et une fraîcheur qui nous faisaient frissonner délicieusement.
Le silence se composait simplement de chants d'oiseaux et de furtifs frémissements dans les fourrés. Il se brisa soudain quand, au loin, résonna le son des cloches d'un village annonçant l'angélus. Nous cheminions sans parler, heureux d'être ensemble. Nous admirions les bruyères en fleurs qui jonchaient tout le pan de la colline sur laquelle nous avancions. Le mica argenté dont se poudrait le sentier exacerbait leur couleur mauve.
Un soleil aveuglant et brutal nous attendait au sommet du doux mamelon, faisant flamber la lande violette. Sans plus tarder, nous descendîmes sur l'autre versant à travers les sapins pour rejoindre un petit ruisseau caché au fond de la vallée.
Épuisés et en nage, nous jetâmes nos sacs sur le pré et pieds nus, nous courûmes nous rafraîchir dans l'eau froide de la rivière. Après notre collation, bercés par le murmure de l'onde, nous nous endormîmes dans la torpeur de l'après-midi.
Je me réveillai en sursaut. Dans le ciel couraient de gros nuages noirs zébrés de lueurs menaçantes. L'écho renvoyait de colline en colline les grondements sourds du tonnerre. Ses notes discordantes s'enflaient rapidement. Je secouai Gilles qui se leva d'un bond. De grosses gouttes tombèrent d'abord une à une puis l'averse s'abattit sur nous avec violence. L'autan se mit aussi de la partie et sifflait avec rage.
Gilles prit ma main et m'entraîna à travers la prairie vers une grange que nous apercevions plus loin. Nous poussâmes la porte qui ne tenait qu'à demi et hors d'haleine, trempés, nous ruâmes à l'intérieur. Nous nous regardâmes, dégoulinant de pluie et ensemble, nous éclatâmes de rire. Quelques tuiles manquaient au toit mais au fond du bâtiment, un tas d'herbe sèche s'élevait, accueillant.
Sans nous concerter, nous nous débarrassâmes de nos vêtements trempés et nus comme au premier jour, nous ruâmes dans le foin. Nous creusâmes un nid dans son odeur capiteuse et bientôt ce fut la fête de nos corps dans une voluptueuse fièvre. Le souffle de Gilles s'accéléra tandis que sa bouche prenait la mienne. Ses mains impatientes effleuraient ma peau dans une danse frénétique. Je m'abandonnais toute à ses caresses. Oh, l'exquise douleur de l'attente ! Une étreinte fougueuse nous unit. Un feu, une brûlure délicieuse fit éclater notre désir et sceller notre amour.
L'orage s'éloignait, chassé par le seigneur de l'été qui reprenait ses droits. Ses rayons, balayant la prairie, faisaient naître un voile de brume montant de la terre fumante. En s'esquivant, la pluie nous souriait doucement. Ses jambes, là-haut, s'effaçaient pour céder la place à une somptueuse écharpe d'Iris.
Nous étions heureux.
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Joe Krapov - La pluie nous souriait
DRAME DE LA RESQUILLE AU CIRQUE BOUCLE
La Pluie nous souriait. Elle venait de terminer son numéro de claquettes. Elle attendait les applaudissements mais rien ne venait. Incroyablement, personne ne songeait à frapper dans ses mains pour applaudir ce qu’elle avait accompli avec ses pieds. Du reste, il n’y avait plus un seul spectateur sur les gradins du cirque.
C’est qu’il y avait eu un pépin. Tout le monde était sorti en entendant le cri.
Afin de pouvoir assister gratuitement au numéro de danse de la Pluie, une spectatrice n’avait rien trouvé de mieux que d’escalader l’un des mâts du chapiteau. Mais elle avait glissé et s’était écrasée par terre.
Le Monsieur Loyal de la troupe, qui s’appelait Soleil et qui était aussi le directeur du petit cirque ambulant, revint dire à la Pluie de passer dans sa roulotte, qu’il lui donnait son compte et qu’elle pouvait chercher du travail ailleurs.
Alors voilà, c’était ainsi. On la chassait de nouveau ! Même si dehors on entendait un grand cri de joie collectif : la spectatrice venait de se remettre sur pied et, oublieuse de ce qui s’était passé, elle escaladait de nouveau, sans aucune peine, le mât qui la menait au sommet du chapiteau, se hissait sur la toile, reprenait le fil de son existence un temps arrêtée.

La Pluie nous souriait. Elle venait de terminer sa petite chansonnette. Elle attendait des applaudissements mais rien ne venait. Incroyablement, personne ne songeait à frapper dans ses mains pour applaudir ce qu’elle avait accompli dans cette cour d’école avec les pieds de son poème. Les enfants se demandaient si on ne se fichait pas un peu d’eux avec cette sornette à deux balles que la Pluie avait à nouveau reprise en boucle sans jamais vouloir s’arrêter, de peur qu’on ne la chasse à nouveau :
L’araignée Gipsy
Monte à la gouttière
Tiens voilà la Pluie,
Gipsy tombe par terre
Mais le Soleil
A chassé la Pluie !
L’araignée Gipsy…
(Ad libitum, comme disent les musiciens)
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