mercredi 24 janvier 2018

Célestine - Faire le tour de soi

Viens



Je t’emmène faire le tour de moi
Le tour de soie de frais vallons
Et des collines au couchant
Au mitan de mon petit plume
Viens, suis donc les petits chemins
Les rigoles du bout des doigts
Qui font plisser la peau de joie
Du petit tour soyeux de moi
Le tour de reins, le tour de taille
Et les sommets de mes p’tits seins
Qui tremblent dressés sous le vent
De ton haleine, tièdement
Quand les soleils du soir allument
De petits flambeaux dans mes yeux
Viens je t’emmène autour de moi
Visiter des plaines où le blé
Doré de mes poils fins ondule
Sur mon ventre doux alangui…
Autour de moi viens, je t’emmène
Traverser de sombres bosquets
Glisser dans des dunes divines
Que le parfum des nuits enivre
Et pénétrer dans des endroits
Tout de douceur et de nanan
Viens je t’emmène nuitamment
Faire un tour au secret de moi…

mardi 23 janvier 2018

Andiamo - Faire le tour de soi

Autour de S.O.I.

Je suis le treizième Français à aller dans l'espace, ça fait bientôt quatre mois que j'y suis dans cette station orbitale baptisée S.O.I (station orbiter international), entre nous on l'appelle "soi".

Il n'est pas aisé de vivre en vase clos, confinés à six personnes dans un espace réduit, ça me fait un peu penser à huis clos de Sartre, il y a des jours... Enfin quand je dis jours c'est un doux euphémisme, biscotte le jour on le voit se lever plusieurs fois en 24 heures, et se coucher itou.

On a beau être triés sur le volet par des Messieurs et Dames hyper compétents, déjà pour nos capacités physiques, notre domaine d'activités, personnellement je suis un super technicien spécialisé dans les instruments de télécommunications, et surtout nous avons été sélectionnés pour notre mental à toute épreuve.

Mais là quand c'est trop, c'est trop, Tenez après trois semaines passées dans SOI, Svetlana, la Moscovite et moi... Et bien oui, nous nous sommes trouvés des points communs, et plus si affinités, comme on dit dans les petites annonces. Nous vivions une belle histoire, moi amoureux comme un collégien, Svetlana avait pour moi les yeux de Chimène, le Texan Douglas pour ne pas le nommer, avec sa tronche à bouffer des T Bones pas frais, lui fait du gringue comme un malade, et il insiste comme un gros lourdingue qu'il est, il doit avoir un afflux de testostérone ce connard.

Il y a deux jours alors qu'il passait la main sur le postérieur de Svetlana, je lui ai collé un crochet du gauche au foie, il n'a pas apprécié, les autres n'ont rien vu, ils nous tournaient le dos.
Aujourd'hui je suis sorti afin de réparer l'antenne émettrice, comme nous ne sortons jamais seul, c'est Douglas qui m'accompagne, je n'aime pas ça du tout, mais je ne pouvais pas raconter mon histoire ça aurait fait "mauvais genre".

Voilà je viens de remplacer la carte électronique défectueuse, Douglas vient juste de regagner la station, la porte du sas se referme, je ne peux plus rentrer, il a verrouillé le dispositif de sécurité, je tente d'appeler, le voyant rouge clignote, ce salaud a profité que j'étais occupé sur l'antenne pour venir saboter mon émetteur individuel, je tourne, je vire, je fais le tour de S.O.I, je tourne, et retourne encore, et encore... Mes réserves d'oxygène sont pratiquement épuisées...

Lilousoleil - Faire le tour de soi

Le tour de soi

C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
Il fallait y penser, il fallait aussi du courage et de la volonté
C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
Et ne pas sombrer dans d’artifices bontés.

C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
Cela commence par la main dont on voit les veines
Puis la paume qui doucement va effleurer un corps
Que l’on croit connaître, qui découvre des cicatrices,
Des morceaux de peau dont les accrocs réparés
Attirent les souvenirs lourds ou légers.

C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
Cela continue avec les yeux qui se ferment
Sur une tranche de vie où affleurent les bosses et les creux
Les douleurs et les bleus du corps comme ceux
Qui appellent les souvenirs et les troubles l’âme.

C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
Cela passe par les narines qui se laissent caresser
Des parfums enivrants de fleurs, de fruits,
D’embruns salés comme des larmes de bonheur
Qui aiguisent la gourmandise de la vie

C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
Cela finit par les oreilles qui entendent les cris de colère
Les pleurs de joie, les pleurs des chagrins enfantins,
Mais aussi les mots tendres, les mots doux
Qui nous réchauffent le cœur meurtri.

C’est une étrange chose que de faire le tour de soi-même
C’est un voyage sans complaisance dans l’esprit
C’est un voyage dans les paysages lointains de l’enfance
C’est un voyage dans les coins cachés de l’âme

C’est un étrange voyage que de faire le tour de soi-même. 

Où lire Lilou

lundi 22 janvier 2018

Vegas sur sarthe - Faire le tour de soi

J'ai fait le tour de nous

L'autre soir comme je reçois un vieil ami dans ma nouvelle propriété, il me demande s'il peut faire le tour du propriétaire...
Je me retourne – ce qui correspond déjà à un demi-tour de moi – pour lui répondre que ça va de soi lorsqu'on ne s'est pas vus depuis longtemps.
Il me dit "Par où on commence ?"
J'avais déjà fait la moitié du boulot, donc je termine mon tour sur moi-même comme chacun fait pour soi et je lui dis :"Alors, qu'est-ce que t'en dis ?"
En riant il me répond :"J'ai encore rien vu", alors je refais un tour sur moi-même mais plus lentement et dans l'autre sens.
Je réalise que tourner sur soi-même ça n'a pas de sens, ça n'a même aucun sens à part peut-être pour un derviche, ce danseur musulman d'un mouvement qu'on appelle Memlevis (c'est vrai, même les vis tournent)

Mon vieil ami me regarde avec un petit rictus méfiant. "Tu cherches à me jouer un tour" dit-il "ou bien tu me caches quelque chose ?"
Je ne vois pas quelle facette de moi j'aurais bien pu lui cacher en tournant lentement; je lui proposerais bien de tourner autour de moi à son propre rythme ce qui ne changerait rien pour lui mais il se dirige délibérément vers le fond du jardin et dit :"T'as toujours ta poule de luxe ?"
Alors qu'on approche du poulailler, ce qui n'est pas une fin en soi je me demande bien dans mon for intérieur qui a pu lui apprendre que j'ai largué Germaine.
"T'en as une nouvelle" s'exclame t-il, ce à quoi je réponds machinalement "c'est une soie, on a toujours besoin d'une petite soie chez soi" en prenant ma soie contre moi.
Il est déjà reparti vers la maison : "Bon, on se le termine ce tour ?"
Je ne me souvenais pas en avoir commencé un autre mais on ne refuse rien à un vieil ami, alors je tourne.
Tourner sur soi avec une soie est un plaisir inconcevable – pourvu qu'elle soit douce – pour quiconque ne l'a jamais expérimenté.
Mon ami fronce les sourcils : "T'aurais pas des racines derviches par hasard ?"
Je lui réponds que j'ai des tas de racines au jardin, de l'ail et même des aulx, des panais, des salsifis mais pas de derviches.
Il rit encore : "T'as plus d'un tour dans son sac, toi"
Je n'ai pas de sac à tour non plus, l'important étant de rester maître de soi en toute circonstance, je prends sur moi et décide de faire le tour de mon vieil ami ce qui en soi n'a rien d'original quand on s'est perdus de vue.
Il a bien changé, il a bigrement changé, moins blond, plus gros limite bouffi.
Et le voilà qui se fâche, qui s'emporte, soi-disant que je le regarde d'un air critique... que je le déçois, et blablabla.
Finalement il est plus fragile que je le pensais; on s'assoit – moi avec ma soie et lui avec son quant-à-soi – j'essaie de le raisonner : "La confiance en soi c'est essentiel tu sais, c'est important l'ego".
"Jouer aux Legos ne changera rien !" m'assène t-il en se retournant.
Je le raccompagne ou plutôt je le rattrape au portail : "Tu me déçois François"
Il se retourne encore – il avait des tours de retard sur moi – il est furax : "Moi c'est Manu !"
Finalement, chacun chez soi c'est pas mal non plus...

Où voir tourner Vegas sur sarthe

Mapie - Faire le tour de soi

A bien y regarder, j'hésite un peu... Intérieur ou extérieur ? Le tour de soi...

C'est que la balade risque d'être assez longue, peut être même contraignante... Si la topographie des lieux n'est pas très escarpée, l'étude en profondeur risque de soulever des lièvres auxquels on ne s'attendait pas..

Prendre du recul, c'est une chose, cela permet de voir de loin , de haut, avec un peu de distance ... en floutant quelque peu.. oui ça je peux le faire je crois... Mais faire le tour de soi ? Cela demande de la précision, de la minutie, du tact aussi…

Écoute là tu vois là je réfléchis... Je m’introspecte vite fait… 

Ouh.. purée c’est dingue… ( pardon je me laisse aller!) c’est dingue tout ce que comporte mon moi, j'veux dire je ne suis qu'un petit modèle assez simple, sophistiqué juste ce qu"il faut je crois, et je contiens plus que n'importe quel sac à main quand j'y regarde un peu...

Je suis comme la Twingo en son temps, plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur... Attention, je ne porte pas de jugement de valeur. Mon moi n'est pas exceptionnel, mais il est extensible et chargé d’émotions de dingue... whaou…. Bon maintenant, il va falloir organiser ce voyage…

Tu l’auras noté, je ne parle plus de balade… Ça c’était pour l’extérieur je crois… ce qui sommes toutes rend mon enveloppe charnelle un tant soi peu gadget tu vois.

C'est décidé, je me lance, j'y vais... Je vais faire le tour de moi… J’m'immerge... histoire de prendre quelques infos… à plus tard !

Laura Vanel-Coytte - Faire le tour de soi

Faire le tour de soi
En partant du berceau aubois
Danser avec les Arsonvalois
Embrasser les Jaucourtois

Faire le tour de soi
Savoir en quoi on se déçoit
Jusqu’à frôler le non-soi
Chercher à être-en-soi

Faire le tour de soi
Aller voir la capitale puis les rémois
Pour faire du droit
Et finir de guingois

Faire le tour de soi
En passant par toi
Et notre ami Jean-François
Rester sur son quant-à-soi

Faire le tour de soi
En vivant chez les Tourquennois
Dans le Nord et aussi les Hémois
Qui nous font sentir bien chez soi

Faire le tour de soi
En amadouant les Ariégeois
Et avoir un coup de cœur pour les Stéphanois
Les quitter pour Casablanca

Faire le tour de soi
Exilés recueillis par les Saint-Quentinois
Déçus par les Drômois
Rester entre soi

Faire le tour de soi
En retrouvant les Stéphanois
Faire le tour de Troyes à Casa
Mais toujours avec toi

Où lire Laura Vanel-Coytte

Semaine du 22 janvier au 28 janvier 2018 - Faire le tour de soi

Vous êtes vous déjà demandé comment faire le tour de vous-même ? Si ce n'est fait nous vous proposons de "Faire le tour de soi" avec ou sans détours.
"Et si ça vous dit de faire plusieurs tours, n'hésitez pas..."
En prose ou en vers, vos textes devront nous parvenir avant le dimanche 28 janvier à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

dimanche 21 janvier 2018

TomTom - jouons avec Joe Krapov




« Je t’écoute, Joël.
-          Saint-Pierre, je viens de terminer ma troisième vie et j’ai été sage cette fois-ci. Je n’ai pas péché – ou très peu – et je pense mériter la clef en or.
-          N’as-tu pas cédé à la colère ?
-          Je reconnais avoir claqué quelques portes et légèrement crié sur mes épouses lors de disputes conjugales, mais n’est-ce pas déjà une immense régression pécheresse par rapport à mes deux vies précédentes ? Je vous rappelle que j’ai tué un mec à la sortie d’une discothèque lors de ma première, et mis mon poing dans la sale tronche de mon patron pendant la seconde !
-          Je te félicite, mon fils.
-          Roh arrêtez avec votre « mon fils » !! Vous n’êtes pas Dieu. D’ailleurs, toujours pas moyen de le voir celui-là. »
Le nouveau-mort, encore prisonnier de sa chair ressuscitée, se met alors à taper des pieds et à devenir tout rouge. Saint-Pierre, qui le rencontre déjà pour la troisième fois, commence à connaître l’animal, secoue la tête en soufflant et lui rétorque d’un ton paternel aussi bienveillant que condescendant :
« Si tu continues ainsi mon fils, la perspective de le rencontrer ne fera que s’éloigner pour toi. Par ailleurs, tu es en train de céder à la colère... »
Raisonné par la crainte de louper Dieu encore une fois, Joël se reprend et baisse d’un ton :
« Vous avez raison. Je m’excuse Saint-Pierre. Vous pouvez m’appeler « mon fils » autant que vous voulez. Pour en revenir à mon bilan, vous avez bien vu que je n’ai jamais fait preuve d’avarice ?
-          Est-ce là un progrès, mon fils ?
-          Comment ça ?
-          Tu n’as cessé de dilapider ton maigre tribut de maçon lors de ta première vie. Sans parler des visites des huissiers au cours de la seconde ! Un comble pour un agent immobilier ! Quant à ton troisième passage terrestre en tant que promoteur, tu t’es beaucoup trop adonné aux jeux d’argent. Mais je te le concède, tu n’as pas été avare, mon fils.
-          Et et et l’envie ? J’ai pas été envieux ! Juste un peu jaloux en amour...
-          Un peu ?
-          Un peu.
-          Les scènes de ménage qui t’ont poussé à la colère n’ont-elles pas été provoquées par ta jalousie ? Mon fils, je veux bien constater tes progrès, mais t’es-tu toujours bien comporté envers tes promises ?
-          Mais elles cherchaient aussi !! Toujours à sortir avec leurs copines et à rentrer à pas d’heure. Toujours à faire les cachotières. Je voulais pas être cocu, moi ! J’ai jamais eu de preuve, mais Dieu sait, euh pardon, je suis certain qu’elles couchaient à droite à gauche ! L’intuition masculine, ça trompe pas. Tu, euh, vous confirmez ?
-          Calme-toi, mon fils ! C’est la deuxième et la dernière fois que je t’attrape en flagrant péché de colère. Contrairement à tes vies, il n’y aura pas de troisième chance, et l’enfer te guette.
-          Message reçu. Et l’orgueil ? Quel est mon jugement ?
-          Tu as pu paraître orgueilleux à l’égard de tes compagnes et des autres êtres humains qui ont croisé ton chemin, mon fils. Tu as certes eu des paroles dénotant un sentiment de supériorité, mais je vois tout. Et Dieu voit tout. Je t’ai vu pleurer seul dans ta chambre, et souvent te dévaloriser. Ton père t’a abandonné dans ta première vie, t’a méprisé tout au long de ta deuxième et tu l’as à peine connu dans ta troisième. Tu as dû surmonter toutes ces épreuves que Dieu t’a envoyées, mon fils. Mais je te pardonne, car tes excuses et remords immédiats effacent tes fautes. Dieu lit dans le cœur des Hommes et il ne verra aucun orgueil dans le tiens. Mais la gourmandise, mon fils, la gourmandise.
-          Comment ça la gourmandise ? J’ai déjà raté mon premier jugement dernier pour cause d’addiction au Big Mac. Alors j’ai fait attention avant le deuxième, et si je n’avais pas été condamné à une troisième vie pour péché de colère et de paresse, je ne serais pas là.
-          Nous y voilà...La paresse. Tu n’as pas péché par paresse lors de ton troisième essai, mon fils. Au contraire, ton excès de zèle et ce mélange d’argent et de pouvoir qu’il a entraîné t’ont même fait céder à la luxure.
-          Mais...Mais...Mais Saint-Pierre, je...
-          J’ai tout vu : l’adultère, les orgies et la consommation sur ton lieu de travail de jeunes prostituées commandées sur sugardaddy.fr.
-          Je vous demande pardon. Qui n’a jamais péché me jette...
-          Tu n’es pas en position de faire des jeux de mots avec mon patronyme, mon fils.
À ces mots, le sage barbu soulève sa longue toge blanche pour faire quelques pas en direction du tiroir supérieur de son modeste bureau. Il en sort une clef en or et une autre en argent. En tenant la première à hauteur des yeux du défunt, il lui déclare :
« Cette clef ne te sera  pas confiée, mon fils. Tu n’as cessé de t’adonner à la luxure tout au long de ta troisième vie.
-          Saint-Pierre, je vous en supplie. », dit Joël en joignant les mains.
Sourd aux vains gémissements du condamné à la vie, Saint-Pierre range alors la clef en or à sa place attitrée et tends la deuxième à son interlocuteur :
                   « Je te condamne à une quatrième vie, mon fils. Voici la clef terrestre. N’oublie pas que Dieu lira dans ton cœur, sois sage et la clef céleste te sera remise au quatrième jugement. »
Sur ces maudites paroles, le triste Joël s’empare mollement l’objet, quitte le nuage et descends les escaliers en silence. La Terre l’attend. Encore elle. Au fur et à mesure de sa descente, il se rétrécit pour finir en embryon dans le ventre d’une prostituée héroïnomane bulgare. Décidément, cette quatrième tentative commence mal.

samedi 20 janvier 2018

Annick SB - Jouons avec Joe Krapov

Le testament

Aujourd’hui  j’ai décidé d’écrire mon testament.
C’est la troisième fois que ça me prend.
La première fois j’avais dix ans et le reportage du commandant Cousteau m’avait fait fondre…
Il ne devait plus rien rester de moi ; seules  quelques pages que mes parents pourraient découvrir sur mon journal intime ; je voulais être un cétacé ; c’était ainsi … je voulais tout quitter pour prendre le large mais j’ai été rattrapée par les rochers de la méditerranée qui en avaient décidé autrement…
Premier renoncement …

La deuxième fois j’avais vingt ans et me spécialisais alors dans la correspondance argentée avec un illustre inconnu veuf et désabusé qui m’extirpait des mots doux pour les faire fondre sous la neige … Je voulais devenir flocon, tout quitter pour le rejoindre mais je ne savais pas skier ; j’ai été rattrapée par les perchmans d’une station et tout s’est terminé devant une raclette …
Pas de quoi faire la tête …

Aujourd’hui je suis devant ma feuille ; je viens enfin de rédiger quelques pages ; j’ai vieilli, c’est certain mais je me sens renaitre alors il y a urgence à témoigner, à être sage …
Les uns penseront que j’en suis à ma troisième vie.
D’autres percevront des signes de fatigue en m’observant.
Certains encore  guetteront la chute.
Mais, rassurez-vous, je vais très bien et je ne veux pas mourir.
Pas tout de suite …
J’ai quelques plats sur le feu qui n’ont pas fini de cuire et ma peau n’est pas assez ridée…

Tout a commencé la semaine dernière quand j’ai cherché mon livret de famille au fond du tiroir.
Je ne l’ai pas trouvé ; il avait du changer de place comme le font les objets qui sont socialement indispensables.
Pour preuve tous les carnets, santé, famille, études, tous les certificats qu’on ne trouve jamais, ni au bon moment, ni au bon endroit.
Ils se déplacent au rythme du temps qui passe et nous obligent à ranger nos maisons désordonnées alors qu’on avait décidé une balade, un resto ou autre activité bien plus intéressante !

Tout a continué quand j’ai retrouvé ce fameux livret.
Il ne s’est pas caché bien longtemps !
En tournant les pages j’ai réalisé que j’étais toujours entourée et que pour devenir libre il fallait peut-être que je témoigne, que j’effeuille, que je m’extrais et que par conséquent je renonce à nouveau …
C’est à ce moment là que tout a chaviré ; les versets se sont superposés et j’ai passé une heure à chanter, à louer, à aimer…
J’ai eu un grand frisson, quelques sanglots et j’ai commencé à rédiger, à noter des toutes petits choses à dédier pour ordonner le fouillis qui est toujours dans la corbeille.
Le fouillis passé …
La bobine à dérouler…
Les détails à partager…
Je vais vous laisser.
J’ai quelques plats sur le feu qui n’ont pas fini de cuire et ma peau n’est pas assez ridée, c’est certain alors, désolée, je ne vais pas vous lire mon testament ce matin ; mais ayez l’assurance que personne ne sera lésé …
Je vous le promets !

vendredi 19 janvier 2018

Estelle - Jouons avec Joe Krapov

La fée Chocolat 

Je suis certaine que lorsqu'on vous parle de fée, vous pensez à  une petite créature ailée aux pouvoirs magiques qui n'existe que dans les livres, eh bien détrompez-vous, ce n'est pas vraiment ça. Je ne sais pas si je peux vous le dire... Allez si, j'ose. Approchez-vous un peu que je vous confie mon secret...

Les fées ne sont pas imaginaires, elles existent bel et bien. Je peux vous l'assurer puisque j'en connais une, la fée Chocolat. La fée Chocolat, elle est née une belle journée d'été, dans un rayon de soleil levant. Elle n'a pas d'ailes, mais elle n'en a pas besoin pour se déplacer avec une grâce aérienne. Si elle a un pouvoir magique ? Bien sûr que oui, c'est une fée tout de même ! Mais elle n'a pas besoin de baguette pour l'exercer. C'est à coups de rires éclaboussant ce qui l'entoure de gouttelettes de bonheur aux couleurs de l'arc-en-ciel qu'elle fait apparaître la joie. Pourquoi elle s'appelle la fée Chocolat ? Parce qu'elle adore le chocolat, sous toutes ses formes et à toute heure. A quoi on la reconnaît ? A ses dents de lait d'un blanc éclatant qui contrastent avec sa bouche souvent chocolatée... A ses yeux rieurs aussi. Mais attention, faut pas plaisanter avec la fée Chocolat. Si on lui a promis du chocolat, il vaut mieux lui en donner, sinon ses yeux deviennent furibonds et elle se transforme illico en petit démon !

Je suis certaine que vous aussi vous en connaissez des fées. Ce qui est merveilleux avec les fées, c'est qu'il suffit qu'elles se proclament fées pour l'être et enchanter le monde qui les entoure. Ouvrez bien les yeux, vous verrez, les fées, elles sont partout. Tout comme les lutins. D'ailleurs, un jour, je vous parlerai peut-être d'un lutin de ma connaissance, le lutin Malin. Lui aussi, c'est un sacré phénomène. 

Où lire Estelle

Joe Krapov - Jouons avec Joe Krapov


L’Expédition du King Tou Kon 

8 mai 
Nous en sommes déjà à quarante jours de navigation à bord du King Tou Kon.

- On a enfoncé Thomas Coville ! me dit ma coéquipière. C’est quand même une sacrée bonne idée que d’avoir changé les règles du tour du monde à la voile en solitaire pour ramener la durée du voyage aux quatre-vingts jours de Jules Verne !

Là-dessus ma coéquipière a déposé une grosse bouse. J’ai nettoyé le pont avec un paquet de mer aux enzymes gloutons.

- Retiens-toi un peu, Schilda ! je n’ai pas que ça à faire ! 

9 mai 
Ce tour du monde à la voile avec handicap, c’est vraiment une idée pourrie. Cohabiter avec une vache sur un trimaran, ça n’est finalement pas très marrant. Mais je ne me plains pas de ça. Les organisateurs auraient pu m’imposer un éléphant. Ce qui m’ennuie le plus c’est que Schilda parle.
Et qu’elle chante aussi.
- Hisse le grand phoque, tout est payé ! On demande Elvire au cabestan ! Qui les trois caps a passé dans l’eau a le droit d’bouser ! 

10 mai 
- C’est le mois des catastrophes, le mois de mai ! Le Front populaire en 36, mai 68, le 10 mai 1981. Ce n’était peut-être pas une bonne idée non plus, dans le nouveau règlement, de confier le gouvernail à un novice en navigation !

Schilda, une vache de droite ! Et qui sait trouver les mots de consolation pour vous remonter le moral une fois que vous avez fait naufrage et que vous barbotez en plein océan parmi des vagues de trois mètres de haut et des requins d’autant tandis que vous emporte le vent vers un improbable destin. 

11 mai
Dans une vie antérieure – j’en suis rendu à ma troisième – je faisais partie d’un club de ukulélistes. On se réunissait dans un café associatif et on jouait ensemble des morceaux américains. On faisait un bœuf, quoi. A croire que j’étais prédestiné à ma cohabitation avec Schilda !
Maintenant qu’on est échoués sur cette île je me souviens des paroles d’une des chansons, je crois qu’elle a été chantée par Louis Armstrong : «On a coconut island I'd like to be a castaway with you».

Voilà, c’est tout à fait ça : naufragé sur une île déserte avec ma vache ! 

12 mai 
Moi aussi je pourrais chanter, sur l’air de «Rockcollection» de Laurent Voulzy : «Et Schilda ruminait» !

- Je ne comprends pas pourquoi vous appelez ça un abri de fortune ! Vous plantez une tente dans la jungle, un carton dans la rue, trois bouts de bois sur une plage et des branchages dessus et vous appelez ça un abri de fortune. Vous êtes vraiment a-tipi-ques, vous les hommes ! La fortune pour moi c’est autre chose. La corne d’abondance, la Voie lactée, la Riviera, un diamant gros comme le Ritz, le casino de Saint-Nectaire ou le gazon de Wimbledon ! 

19 mai 
L’épave du King Tou Kon s’est échouée sur l’île. J’ai récupéré des provisions, de l’eau minérale et le bouquin que j’avais emmené au cas où. C’est «Robinson Crusoé» de Daniel Defoe.

- Qu’est-ce que ça dit ? demande Schilda agacée de ne pas savoir lire autrement que sur un écran – ben oui, un livre, faut le tenir et les vaches n’ont pas quatre mains ! -
- Ça dit qu’il faut attendre Vendredi.
- Et on est ?

 - Lundi !

- Merde ! Tu vas encore bouffer ces saloperies de raviolis ! Je déteste leur odeur !

Comble de malheur pour ma pomme, voilà que Schilda a chopé le vocabulaire de Stouf ! 

20 mai 
Naufragés ou pas, il paraît qu’on va tous être obligés d’y passer : il y aura bientôt des sauterelles dans nos assiettes. Pinocchio a commencé à donner l’exemple. Il a enfin compris que pour avoir vraiment bonne conscience il faut se couler dans le moule et il a avalé ce Jimini Cricket. Avec la batte et la balle.
 Moi je n’ai pas eu la patience d’attendre Vendredi. J’ai fait pareil. Autant Schilda était abondante et parfois bonne en commentaires, autant je la trouve succulente en steaks.

Je n’allais quand même pas crever la Heyerdahl et la laisser me brouter pendant cent sept ans, non plus !  

Où lire Joe Krapov

jeudi 18 janvier 2018

Marité - Jouons avec Joe Krapov

Le chat Beauté de Dorine.

Dorine, une délicieuse petite fille qui assiste régulièrement à mes lectures m'a raconté hier une histoire extraordinaire. Elle a découvert, pelotonné dans la paille, au fond de la grange de son grand-père un chaton tellement magnifique qu'elle l'a nommé spontanément "Beauté". Avec l'accord de ses parents, elle a décidé de l'adopter.

Beauté se pare d'une belle robe gris-argent et porte sur son poitrail une étoile blanche. Il adore jouer, faire des bêtises, se laisser câliner. Bref, il ressemble à tous les petits chats à une exception près - et elle est d'importance - Beauté parle. Oui, il parle m'a assuré Dorine.

La petite fille, mesurant mon incrédulité m'a invitée à venir écouter hier le chat Beauté. Je vous restitue, je l'espère dans leur intégralité, les aventures de ce chat pas tout à fait comme les autres.

 - Je m'appelle Beauté,  enfin c'est ainsi que me nomme ma gentille maîtresse Dorine. Mais en  choisissant ce patronyme, elle ne pouvait pas se douter que tel a été mon nom déjà dans ma première vie. Imaginez un royaume, un grand royaume appartenant à une fée. Ma fée bien-aimée. Elle confectionnait des potions miraculeuses pour ses sujets afin de leur donner la vie éternelle.  Elle n'utilisait pas de la poudre de perlimpinpin mais du cacao que l'on trouvait en quantité chez nous. Aussi pour nous tous, elle était la fée Chocolat.

Je l'accompagnais partout. Son chevalier servant, son conseiller, l'exécutant de ses hautes œuvres en quelque sorte. Trouvant que je lambinais pour la suivre - comment faire pour aller aussi vite qu'une fée disposant d'une baguette magique - elle me fit fabriquer des bottes par le meilleur cordonnier du royaume. Je devins donc le Chat Botté. Je me déplaçais à la vitesse de la lumière. J'avertissais tous les elfes, lutins, trolls, dragons et autres créatures de sa venue et les prévenais : "vous savez qu'il ne faut pas plaisanter avec la fée Chocolat. Que tout soit en ordre parfait lors de son passage sinon vous aurez à faire au Chat Botté."

Je ne sais pendant combien de lustres nous vécûmes heureux. Mais même au royaume des fées, un jour, tout peut s'écrouler. Chocolat fondit d'amour pour un génie qui l'ensorcela tant et si bien qu'elle lui confia tous ses pouvoirs et il devint le maître du pays. Il ne pouvait pas me souffrir. Il commença par brûler mes bottes merveilleuses puis me fit périr en me transperçant le cœur. Ma première vie se termina ainsi.

- Je naquis pour la deuxième fois dans une étable du Poitou. Tu as raison Dorine : dans une étable comme Jésus mais lui, ce fut à Bethléem. Je ne vis pas le jour à Noël comme lui mais quand même en plein hiver. Ma mère me déposa dans la mangeoire d'une jolie vache qui prit soin de moi en soufflant par ses naseaux une haleine tiède afin de me tenir chaud. Ce fut ma vraie maman. Elle se couchait sur le flanc pour que je puisse me nourrir de son lait.  Comme elle était belle ma maraîchine avec ses yeux de velours cerclés de noir, son museau soyeux, ses petites cornes comme une parure et sa jolie robe fauve ! Et quelle élégance en plus de sa douceur. Je vécus là, dans ce nid douillet de délicieux moments.

Mais comme vous le savez, en Poitou, les vaches vont passer le printemps et l'été dans des pâturages seulement accessibles en barque. Il n'était pas question pour moi de rester seul. Je réussis à me glisser dans le bateau  et c'est ainsi que je fus échoué sur une île déserte avec ma vache. Partout autour de nous des canaux infranchissables. Mais notre île n'était pas vraiment déserte : il ne faut pas exagérer. Nous avions de la compagnie mais Lactalys - c'est le nom que je lui avais donné - et moi vivions paisiblement l'un pour l'autre. Elle, broutant consciencieusement l'herbe et les fleurettes abondantes et moi vagabondant joyeusement dans les pacages. Jusqu'à ce jour funeste où, m'étant aventuré  dans des broussailles, je fus dévoré par un renard. Fin lamentable de ma deuxième existence.

- J'en suis déjà à ma troisième vie.  Je dois avouer que, jusqu'à présent, j'ai eu beaucoup de chance avec mes maîtresses. Dorine m'adore et je le lui rends bien. Nous jouons beaucoup à chat-touillis ou chat-perché et même quelquefois à un jeu que nous avons inventé et qui s'appelle chat-rabande. Mais là, nous sommes grondés...Je n'aime rien tant que de grimper sur ses genoux quand elle lit bien sagement dans sa chambre. Comme elle lit à voix haute, j'apprends beaucoup et nous nous posons mutuellement des colles. Sa maman ne le sait pas mais je me glisse chaque nuit dans son lit pour me blottir sous sa couette, tout contre elle.

J'ai dû me rendre à l'évidence. Le chat Beauté de la petite Dorine est extraordinaire. Puisque Shiva lui a accordé neuf vies, un très long chemin l'attend mais je crois qu'étant né la toute première fois au royaume des fées, il est béni des cieux. Je pense qu'il se réincarnera un jour en écrivain pour écrire ses mémoires sur les Impromptus. J'espère que je serai la première à le reconnaître !

Tiniak - Jouons avec Joe Krapov

CONJUGAISON DU VERBE VIOLENTER

Ils ont crié plus fort que l'ombre sous leurs lits
- cette abjection tapie dans les plis du silence...
quand il est reparti; quand a fini sa danse
et qu'il a refermé la porte sur leur nuit

Vous leur aviez menti; la porte était ouverte
mais vous aviez brûlé chaque plume à leur aile
les ayant convaincues d'être mères - pas belles !
avec des mots sertis comme une dague offerte

Nous nous sommes rendus à l'endroit désigné
sans jamais nous méfier que c'était notre mort
la vermine, aujourd'hui, dévorant notre corps
se rit de nos soupirs, de rage... ou le dernier

Elle a fermé les yeux pour ne plus rien entendre
que chaque ricochet de son cri intérieur
plongeant vers les confins de son intime fleur
sous le feutre meutri de sa chair à défendre

Tu as gardé les tiens ouverts, mais bouche close
quand a glissé la chose ignoble dans la mienne
ton visage strié par des rais de persienne
"La mort, avais-tu dis, ne sent jamais la rose"...

Je mènerai la lutte au-delà du Pardon
- l'hypocrite chiffon balayant ces tableaux !
d'un revers de médaille... avec ces quelques mots
tant qu'il faille un salaud pour nier la raison

D'être...
en veillant, chaque instant, un coude à la fenêtre
bravache et résistant aux plus sombres nervis
puisque j'en suis déjà à ma troisième vie

Où faire un test de résistance éclectique...

mardi 16 janvier 2018

Mapie - Jouons avec Joe Krapov

Elle, je l’aime depuis… pffff un bon moment déjà. Elle est mon double, mon âme sœur, ma folie… Normande comme moi, elle a traversé les petits matins brumeux et humides. Elle s’est levée malgré les rhumatismes pour aller livrer son lait , sans rechigner. Nous avons même été jusqu’à Paris, une fois, juste histoire de mesurer sa capacité à se démarquer des autres belles des champs… Et montrer aux citadins les beautés normandes.

Et puis, une mauvaise toux, un réveil difficile, quelques difficultés financières aussi il est vrai.. 

Mabelle et moi avons dû nous séparer… Difficile … nous étions pourtant de ces couples inséparables qui forcent le respect.
Vous êtes vous déjà senti si cruellement vide et seul ? Car c’est ce qui nous est arrivés. Mabelle ne livrait plus de lait… à sec elle était. Et moi de mon côté je n’avais plus goût à rien…

C’est comme cela que cela s’est passé. A bout, tous les deux, nous avons opté pour la fuite . Quitte à ne plus rien avoir, mieux valait de plus rien avoir là où il n’y a besoin de rien…
Nous sommes partis un vendredi, à la recherche d’une vie sauvage… Mabelle et moi.
Évidemment, notre ile ne fut qu’un ilot… sur la Seine… car une traversée plus longue eut été difficile… Manque d’argent ? non, juste comment vous dire…

Mabelle, mon tout, ma normande, aux mamelles vides mais à l’œil vif et au cuir brillant n’aurait pas pu nager ni même supporter d’autre climat que la petite ile qui fait face à Villequier.

Mabelle est vache, et elle le sait.