L'Ile de Pâques.
En 1962 Henri Salvador chantait mélodieusement sur des
paroles de Bernard Dimey :
« J'aimerais tant voir Syracuse
L'Ile de
Pâques et Kairouan
Et les
grands oiseaux qui s'amusent
A glisser
l'aile sous le vent. »
J'ai entendu cette chanson pour la première fois pendant
l'été de cette année là sur mon transistor orange que je trimbalais partout.
Quelle belle invitation au voyage !
Je ne
disposais alors que de mon vieux Larousse pour m'informer sur ces destinations
inconnues et qui bien sûr me faisaient rêver. Les plus beaux voyages ne
sont-ils pas ceux que l'on imagine quand on ne peut faire autrement. Peut être
ou peut être pas.
Dans la partie « noms propres » de mon dictionnaire
je trouvais la situation géographique de ces lieux, pour le premier la Sicile,
le second une île du Pacifique et pour le troisième la Tunisie.
Une reproduction montrait quelques statues de pierre
grossièrement sculptées et disposées dos à la mer sur l'Ile de Pâques. J'ai dû,
à ce moment là me contenter de ces brèves et vagues explications :
mégalithes dues peut être à des populations d'origine polynésienne.
La Polynésie, là, j'étais en terrain connu si je peux dire.
Un voisin exerçait le métier de gendarme à Papeete. Il n'en fallait pas
davantage pour que je me pose des questions. L'Ile de Pâques se trouvait-elle
près de Tahiti ? Michel avait-il
visité cette île ? Il fallait que je lui en parle. Ça tombait bien, il
était en vacances au pays. Toute fière de mon savoir, je suis allée engager la
conversation avec lui. Le gendarme m'a regardée avec des yeux ronds :
–
l'Ile de Pâques ? Jamais entendu ce
nom là. Tu es sûre que c'est près de Tahiti ?
–
Oh oui. Sûrement. Ce sont des polynésiens qui y
vivent.
Devant son air dubitatif, je n'ai pas insisté et à la rentrée
je suis allée consulter un atlas en salle des professeurs. J'ai découvert que
plus de 4000 kms séparaient ces deux îles du Pacifique. Le rouge de la honte
m'est monté au front. Si mon gendarme de voisin se renseigne, il va bien se
moquer de moi ai-je pensé.
J'ai appris depuis à situer exactement l'Ile de Pâques.
Cependant, je ne peux l'évoquer sans me rappeler cette anecdote qui avait mis à
mal mes pauvres connaissances géographiques d'alors. Et j'avais bien tort de me
trouver ridicule, Michel l'était autant que moi, lui qui vivait à Tahiti depuis
des années.