jeudi 20 avril 2017

Marité - Une histoire de cloche

La chapelle du Mont Gargan.

C'est une fin de journée d'octobre début des années 1980. Nous empruntons l'allée arborée qui s'élève jusqu'au Mont Gargan. Ces hêtres centenaires, dépouillés de leur feuillage nous fascinent. De grosses branches basses, tordues, noueuses, partent dans tous les sens depuis un tronc court. Le climat limousin, rude en hiver les a façonnées, torturées, violentées. Le vent d'automne qui souffle aujourd'hui passe et court dans les ramures sans les agiter. Une sorte de malaise me saisit. On dirait que ces arbres protègent un lieu unique et hésitent à nous laisser continuer.

La magie commence là. Je pense à Georges-Emmanuel Clancier, amoureux de sa province, qui parle d'un "pays vieux, creusé de sortilèges, de frayeurs et de légendes."

Nous débouchons sur une clairière fantastique. Un orme gigantesque trône, imperturbable. Le vent balaie les nuages et la vue magnifique qui s'offre à nous sur les plateaux limousins, celui de Millevaches en particulier, s'étire jusqu'aux Monts d'Auvergne. Il y règne un silence étourdissant mais pas lugubre.

Mais les ruines de la chapelle Notre Dame du Bon Secours, érigée en 1870 par un prêtre et les habitants des communes avoisinantes, me subjuguent. Elles se dressent, majestueuses dans leur nudité. Étrange : la cloche, tombée en équilibre sur les pierres, tinte faiblement, animée par le vent ou quelque créature de Dieu ou du diable. Ce qui ajoute au mystère environnant. On imagine très bien les processions anciennes des villageois qui partaient de la chapelle pour se rendre à la fontaine miraculeuse du Buisson Blanc en contre-bas où Saint Antoine aurait guéri des écrouelles.

Autre facette de cet endroit étonnant : le combat qui s'y est déroulé entre les Allemands et le Colonel Guingouin et ses maquisards lors de la dernière guerre. Le chant des partisans semble d'ailleurs sourdre des landes de bruyère, de genêts et d'ajoncs alentour si l'on tend l'oreille.

Tout ici évoque l'histoire et les mythes de ce Limousin enchanté et enchanteur, rude et pauvre aussi.

Les légendes abondent et le Mont Gargan n'en est pas dépourvu. On raconte que Gargantua, ce dieu celte et gaulois transformé en géant par la croyance populaire, a créé ce sommet en secouant ses bottes pleines de boue et lui a donné son nom. On raconte que Gargantua serait la personnification du soleil. Marcelle Delpastre, poétesse corrézienne, écrit que les habitants des villages marchaient dans la nuit avec leurs vaches attelées aux charrettes, s'éclairant de torches. Ils grimpaient jusqu'au sommet du mont où ils attendaient le dieu soleil. Ils repartaient alors en clamant que le jour était levé.

Je suis revenue quelquefois au Mont Gargan qui m'ensorcelle toujours. La belle allée de hêtres a été gravement endommagée par la tempête de 1999 mais est en cours de réaménagement. Les ruines du sanctuaire ont été consolidées.

La cloche de la chapelle, en acier et non en bronze faute d'argent, a maintes fois disparue, volée, vendue illégalement à un ferrailleur. Elle a été retrouvée par la police et repose désormais accrochée à un portique dans le chœur de la chapelle. Lors de manifestations organisées ici, pèlerinages ou festivals, elle sonne joyeusement réveillant ce lieu perdu et envoûtant.

mercredi 19 avril 2017

Arpenteur d'étoiles - Une histoire de cloche

Une pauvre Cloche

Fais-y voir le kil de Jaja, mon pote … ahhh y arrache mais c’est du bon … enfin si on veut … Un peu qu’j’m’y connais en picrate ! Si j’te disais tout ce que j’ai pu boire, mon pote … et du bon, crois-moi. Le vieux y s’y connaissait vachement en pinard. Le vieux, c’était mon dabe tu vois … Ouais, je veux qu’j’ai eu un dabe. Et un balaise en plus. On vivait sur les collines au-dessus de cette putain de ville. Tiens, viens un peu par là … regarde là-bas, après le clocher d’l’église … au fond … tu vois tous les grands arbres … et ben, parole, derrière c’était la baraque. Non j’raconte pas des conneries, sur la tête à ma mère, tiens j’te l’jure … tu vois qu’j’mens pas.

Ben ouais, j’ai eu une mère aussi. Vain dieu qu’elle était belle quand j’étais môme. Une vraie déesse, blonde, mince et toujours souriante. Y avait souvent des fêtes à la baraque. Y z’appellait ça des soirées. C’était tout illuminé, avec des chandelles partout et y avait même un loufiat qui obéissait à la cloche de la cuisine. Un enfoiré de loufiat … Moi on m’envoyait au pieu, mais j’me rel’vais et j’allais mater dans un coin connu que de moi. Si. Les belles gonzesses, les beaux mecs ; des cadors pleins de blé avec des super bagnoles toutes rouges garées dans le parc ...

Un jour j’ai eu vingt ans. Comme j’te dis. Mes vieux y z’ont fait une fête du tonnerre. Champagne et grands bordeaux. Tu vois qu’je mens pas quand j’te dis qu’j’ai bu des trucs que t’as même pas idée du nom.

Ce soir-là j’avais levé une petite. Une de la haute, de la vraie haute même. Comment c’était son blaze déjà … ah ouais Aude de Trucmuche … j’sais pu vraiment mais chui sur que c’était de quèque chose. Elle faisait sa mijaurée mais elle se laissait embrasser quand même. Moi j’touchais un peu partout. Ça la faisait marrer, mais elle voulait pas aller plus loin c’te’ garce. Alors j’ai laissé tomber et j’me suis mis à siroter un peu trop avec la bande de branleurs de la fac ousque j’étais. Si chui été à la fac ! J’te raconterai ça un jour.

Fais-y péter l’rouquin nom de Dieu … si tu veux qu’je continue.

Au p’tit matin j’étais fait. Alors chui été dans le parc pour prendre l’air, et c’est là que j’les ai vus. L’Aude de machin avec le loufiat d’mes deux. En train d’baiser dans la bagnole de mon dabe. J’ai fait ni une ni deux dis donc. J’suis monté chercher le fusil de chasse du vieux et j’les ai tirés comme des lapins. Pan, pan … du raisiné partout dans la caisse et sur mes fringues aussi. Et j’suis resté comme un con alors qui z’étaient en train d’crever, là devant moi.

Ça a fait un pataquèsse épouvantable. Les flics, les cris, les pleurs. J’oublierai jamais le visage de ma mère quand elle a compris. Mon vieux lui y s’est refermé à tout jamais et m’a plus adressé la parole. Ça fait presque trente ans. Ouais mon pote. Mon baveux était pourtant un ténor, mais j’en ai pris pour trente piges quand même. Paraît qu’j’ai échappé au couperet grâce à lui.

Et c’est en taule où j’ai viré de bord. Chuis tombé de plus en plus bas. J’étais trop tendre pour les gros tatoués. J’me suis fait mettre vite fait. Des vraies bêtes. Et puis j’me suis habitué. J’leur ai servi de souffre-douleur comme a dit le con de psymachin. Toujours est-il que chui sorti en avance y a deux ans, pour bonne conduite. Tu parles que j’avais l’choix.

Je ne suis plus qu’une cloche. Depuis j’suis sous ce putain de pont à lorgner la baraque de quand j’étais gosse. Un jour j’ai même vu ma mère. Elle a pris un sacré coup de vieux mais elle est encore belle. Parole. Elle m’a pas reconnu. Normal, remarque personne est jamais v’nu m’voir en taule.

Non j’chiale pas … ta gueule, j’chiale pas j’te dis, c’est la fumée d’l’usine d’à côté qui pique les chasses ... Allez, file encore un coup d’jaja, va. D’abord ça fait remonter les souvenirs, et puis ça les noie. Et c’est là qu’c’est bon.

Bricabrac - Une histoire de cloche

C’est cloche, l’amour

Il me serait plus facile d’inventer une histoire, comme j’aime à le faire. Je serais sûr que rien ne cloche. Avec le soin qu’on apporte à dessiner le plan de table d’un banquet de noce, j’aurais inventé une ville, toits de tuiles ou bien d’ardoises, imaginé à mon gré les rues et les places, les vitrines et les lumières, ce qu’on voit des fenêtres, la campagne alentour et l’aspect du ciel, et choisi avec soin la décoration, les fleurs des jardins publics et celles à piquer dans les vases, les oiseaux qui pépient dans la charmille, et la couleur des yeux de l’héroïne. Je recommande les yeux noisette ou marron, qui se marient avec tout. Mais un article est paru dans Ouest France, à la page des faits divers, l’information a été reprise le lendemain par Presse Océan à la rubrique mondaine, en sorte que le moment venu d’entreprendre ce récit, la vérité m’impose sa loi d’airain, à laquelle je suis contraint de me soumettre.

S’il n’avait tenu qu’à moi, j’aurais évité ce jour-là de rincer la ville, où j’avais des courses à faire, sous cette pluie de zinc qui ruisselait le long des façades de tuffeau du quai de la Fosse, des trombes d’eau descendant en rappel d’une touffe de giroflées des murailles à l’autre, éclaboussant de perles les feuilles de l’ombilic nombril-de-Vénus qui pousse en bas des gouttières et giflant les arabettes des dames qui fleurissent dans les caniveaux, où s’abreuvaient gaiement les moineaux friquets. Au coin de la rue du Trépied, où des bas-reliefs, sur la façade de la maison Leutellier Tesson, s’élèvent comme des jarretelles du taffetas et des pampilles, je poussai la porte, aspergeant les robes de mariée haute couture quand je secouai mon parapluie. Comme chaque semaine au terme du contrat qui me lie, j’apportais les épithalames personnalisés qui seraient ensuite cousus de fil blanc sous l’ourlet, ce qui est une spécialité de la maison. Après avoir parlé boutique, empoché mon chèque et pris connaissance des nouvelles commandes pour la semaine suivante, je partis me promener, à la faveur d’une éclaircie, tirant des bords le long des quais sur les pavés glissants.

Je passai devant le pont-levis du château et me joignis un moment aux badauds en train d’observer le vol papillonnant du tichodrome échelette qui niche dans le mâchicoulis. Celui-ci, en plumage nuptial, vaquait à ses occupations d’entomologiste, taguant les murs du même rouge sang de l’écaille chinée, tandis que la paire de faucons crécerelles qui a fait son nid dans la lanterne du campanile striait le ciel de gris bleuté et de brun chocolat. Poursuivant ma flânerie, j’arrivai sur la place de l’église Sainte-Croix, une jaguar ancienne d’émeraude pâle avec des rubans blancs accrochés aux portières stationnait devant le porche, et une volée de cloches carillonnait, effarouchant les choucas des tours qui vivent dans le clocher en couples unis pour la vie. Je levai la tête et les vis tournoyer dans le vent qui s’était levé, cependant que l’un d’entre eux, en perdition, commençait de tomber comme une pierre. Comme le journal le relata le lendemain, l’ardoise qui venait de se détacher du toit m’atteignit juste entre les épaules, exactement sur le sommet de la tête.

Rien de cassé. Je relevai péniblement mon nez de la mousse, parmi laquelle fleurissaient les grelots du muguet et les clochettes des bois des jacinthes sauvages, qui continuaient à tinter sous mon crâne. Les maisons de la place avaient disparu et la ville s’était tue. Un chêne fleuri avait poussé et frôlait de ses branches agitées par la brise le toit gauchi du narthex, que je traversai pour entrer dans la nef. Je suivis un rai de soleil qui traversait les arabesques et les fleurs stylisées des carreaux de ciment. Le prêtre prononçait son homélie du haut de la chaire d’acajou et détaillait les deux dimensions de l’amour, ἐρως, le côté sensible et sensuel, et αγάπη, la dimension oblative de l’amour, parlant avec des mots quotidiens et doux qui me remuèrent. J’essorai mon mouchoir trempé par l’émotion au-dessus du bénitier, jusqu’à ce que, redescendu parmi nous à la fin du sermon, le curé donne un baiser de paix à l’enfant de chœur, qui se chargea de le faire circuler dans les travées, en même temps que la corbeille de la quête.

Entre les bruits de menue monnaie et les sons de l’harmonium, il me sembla entendre, à mon grand étonnement, qu’on m’encourageait à avancer dans l’allée centrale. Devant l’autel, la mariée était seule. Quand je me fus approché, elle se retourna lentement et me sourit. Elle était vêtue d’une robe féerique de chez Leutellier Tesson, à la faussure délicieuse. Elle tenait à la main, comme un mouchoir de batiste, un épithalame que j’avais composé pour elle et moi. Ses cheveux dénoués portaient une couronne tressée de campanules bleues et des discrètes petites marguerites du galinsoga qu’on trouve dans les cours. Ses yeux bleus étaient deux aquarelles.

Café Byblos - Une histoire de cloche

Pourquoi Maman ne mange-t-elle pas de chocolat ?

Un jour, j’ai découvert que maman ne mangeait pas de chocolat. C’était Pâques. J’avais au matin déniché, entre les deux portes qui ouvrent sur le balcon, de petits œufs Laura Secord qui ne pouvaient provenir que de la Pharmacie Grimard, à quelques maisons d’ici sur la grand’rue, et qu’y avaient laissés, sur un lit de paille jaune, verte, rose et bleue, toutes couleurs pastel, les cloches de mon église à leur retour de Rome où elles s’étaient rendues de leurs propres ailes et dès le début du carême pour y recevoir la bénédiction papale.
Plus tard dans la journée, comme un soupirant à une belle, je lui en offris un, un œuf à maman qui le refusa. Ma surprise, bien plus que ma déception, fut grande d’être ainsi éconduit. Je n’aurais pas cru, en mon âge d’alors, qu’une personne raisonnable, même un adulte, pût d’emblée refuser un si aimable présent, surtout venant d’un enfant. C’est si touchant. Je lui demandai donc pourquoi elle n’acceptait pas mon offrande.

Elle me regarda tendrement, me dit qu’elle avait fait un vœu, un vœu ? et afficha ce sourire qui montre à l’enfant que sa maman le comprend et l’excuse d’être petit et de ne pas savoir encore qu’on ne tente pas qui a fait vœu, et le respecte, de ne pas manger de chocolat parce que, jusqu’à ce que…
Je la laissai s’empêtrer dans ses pieuses explications et déposai l’œuf en chocolat, celui que je lui avais tendu et qu’elle avait refusé, dans la benne d’un petit camion que je faisais rouler sur la table de la cuisine recouverte d’une nappe de plastique. Broum-broum font les petits camions. « Ne nous induisez pas en tentation. » Le bruit de leurs moteurs imaginés couvre celui des orages qui grondent, au loin. « Pardonnez-nous nos péchés comme… »
Ce n’est que plus tard que j’appris ce que sont les offrandes votives et les sacrifices expiatoires ; et qu’un vœu peut être utile autant pour l’obtention d’une grâce que pour l’expiation d’une faute ; que la faute peut être sienne ou celle d’autrui ; que la grâce peut être pour soi ou pour autre que soi. Et c’est bien plus tard encore que je me demandai, au rappel fortuit de cet incident, quand et pourquoi maman avait fait ce vœu. Une faute à pardonner, une faveur à obtenir ? Je n’obtins pas de réponse puisque ce ne fut qu’à moi que je la posai, cette question qu’aussitôt j’oubliai. J’étais tout à ma vie, vivais au loin de la grand’rue et avais bien d’autres tracas.

Ce n’est qu’après la mort de tous mes chats et après que je n’eus plus rien ni personne à fouetter qu’elle me revint, la question. Qu’elle s’imposa. Comme le font dans le tard du temps toutes les autres questions demeurées depuis l’enfance sans réponse, ces questions étouffées sous l’accumulation des réponses données à celles que l’on n’a pas posées. Mais déjà le temps de l’inquiétude avait rendu obsolète l’espoir, l’appréhension du soir corrodé l’espérance du matin, le bruit des crécelles remplacé le branle des cloches. Les réponses toutes depuis longtemps mollissaient sous la peau sèche et craquelée des vieux tracas et des vieilles craintes.

mardi 18 avril 2017

Tisseuse - Une histoire de cloche

Il existe un temps
Hors du monde et du vent
Il existe un espace
Où les heures trépassent
Il existe un sonneur
Dans la crasse et la douleur
Il existe un humaniste
En de lointaines pistes

Il existe un carillon
Sans cloche ni bourdon
Il existe monsieur Modo
Difforme et clodo
Il existe en mon âme
Une partie infâme
Il existe un endroit de moi
Que je n’aime pas plus que toi

Il existe ce tocsin
Qui nous parle de fin
Il existe ces heures inquiètes
Où le temps n’est pas à la fête
Il existe et bat le rappel
Nous rassemble nous interpelle
Il existe et se fait proche
Pour nous sonner la cloche

Pascal - Une histoire de cloche


Le Bonhomme Jacquemart

Au début du XVème siècle, comme beaucoup d’autres villes, Romans voulut se doter d’une horloge publique. Naturellement, en la rehaussant de plusieurs mètres, on choisit la tour de la forteresse pour cette implantation.
On allait enfin pouvoir lire l’heure à chacun des moments de la journée. Romans allait vivre au rythme des heures entreprenantes, pendant cet emploi du temps de tic-tac. Simplement, en tournant la tête vers le cadran, on saurait à la minute près quelle heure il serait. Les gamins allaient apprendre l’heure en les comptant et les anciens les occuperaient en justifiant leurs habitudes. « Il est et un quart ! » « C’est l’heure du bain ! » « Il est la demie ! » « C’est l’heure de l’apéro ! » « C’est midi ! » « Bon appétit ! » « Tu peux sortir ton pain du four !... » « J’attends moins le quart !... » « Mais ce n’est pas l’horloge qui vient de sonner ?... » « Je suis en retard !... » Notre ville allait vivre sous le joug de l’exactitude du Temps. Nous allions entrer dans un emploi du temps aux séquences journalières implacables.

Réfractaires, les ouvriers regarderaient le cadran de l’horloge jusqu’à la dernière seconde pour reculer l’échéance du boulot et les patrons râleraient en les attendant devant leurs usines. On allait comparer les angélus du voisinage avec celui de la tour. Religieux et laïques allaient s’affronter par cloches interposées et on se demanderait qui est en avance et qui est en retard. Plus tard, les culs-bénits régleraient leurs montres à gousset à l’appel de l’église, les païens et les parpaillots, leurs tocantes, à l’heure de l’horloge publique.
Bien sûr, les vieux n’en voulaient pas de cette invention du diable ! Ils continueraient de regarder le soleil, sa chaleur, ses inclinaisons, ses effets d’éclairage, ses courses d’ombres, en fuyant cette modernité tapageuse ! Les ressorts, les contrepoids, les balanciers et autres pignons baladeurs, mais ce n’était que machine infernale !... Tous les cadrans solaires de la ville en prendraient un sérieux coup dans l’aile…
La ville partit chercher un metteur au point à la précision suisse ! Tu parles, ce n’est pas donné, les experts en horlogerie, surtout s’ils sont helvètes ! L’heure des hommes a un coût ; heures, minutes et secondes, c’est or, argent et bronze.

Originaire de Fribourg, le Pierre Cudrifin, le fameux metteur au point de chez tic-tac, réclamait ses six cents florins d’or pour réaliser son œuvre ! Mieux aurait valu lui acheter quelques fromages des alpages, du chocolat de ses vaches bleues ou même des edelweiss par bottes de douze ! Six cents florins d’or ?!... Une vraie fortune !... De quoi nourrir cent familles de tanneurs des bords de la Martinette pendant mille ans !

Bref, le pognon, on ne l’avait pas. Nous, on voulait l’heure mais on n’avait pas l’or. On pouvait le payer en godasses, en pognes, en ravioles, en tommes mais, lui, il voulait du sonnant et du trébuchant. Les suisses, c’est toute une confrérie d’horlogers et de banquiers ! Poliment, si vous leur demandez l’heure, ils vous répondent en donnant leurs numéros de compte chez UBS !

Après des tergiversations qui durèrent jusqu’à point d’heure, pas con, le neutre intéressé reprit ses billes et son automate brinquebalant aux savants pilonnages temporels. Et puis, il n’avait qu’à aller se faire voir, lui et son batteur d’opérette ! On saurait se débrouiller sans ses aiguilles de tricoteur du Temps !

Mine de rien, à Romans, on était dans la merde et encore incultes du Temps qui passe. Les gosses ne savaient toujours pas compter, les vieux se moquaient et les ouvriers arrivaient en retard à l’usine… Seules, les cloches des églises avaient des tintements allègres, enjoués, heureux, moqueurs…
C’était bien beau, tout ça, mais maintenant, qui allait s’occuper de marteler les heures ?... Nous, les fiers romanais, notre jugeote est à plusieurs étages, à plusieurs embouts, c’est notre couteau suisse ! On phosphora pendant des conseils municipaux et très vite l’idée jaillit. On ferait une petite annonce, un avis de recrutement… Devant la mairie, sur tous les platanes des places et les murs de la cité, on put voir affiché cette singulière offre d’emploi :

« La ville de Romans cherche un solide marteleur de cloche, sachant compter jusqu’à douze et insensible au vertige. Emploi sous abri, travail de nuit, bonne robustesse et sobriété exigées. Le marteau est fourni par la ville, temps libre entre les heures, les demies et les quarts. Tenue correcte exigée. Prévoir un bel habit, un costume d’époque propre et pimpant, justifiant le siècle d’appartenance. Exonéré de la taille et de la gabelle, levers et couchers de soleil assurés, il devra s’acquitter de son office du Temps avec une grande énergie et une ponctualité irréprochable. »

Bien sûr, il en vint des campagnes et des vallées, de tout le canton et des collines ; tous voulaient se taper la cloche avec ses avantages… Marteleurs mélomanes, ferronniers, bûcherons, du tempo à l’enclume jusqu’à la cognée, ils avaient tous postulé. Il fallait élaguer…
L’un ne savait pas compter, on ne pouvait pas compter sur l’autre, le tournis de celui-ci, la peur de la solitude de l’autre, et comment payerait-on les heures supplémentaires du changement d’heure légale, à quel âge sonnerait la retraite, est-ce qu’on avait droit au litron de pinard aux heures les plus froides de l’hiver, est-ce qu’un cache-nez réglementaire était prévu à la dotation vestimentaire, les terribles nuits de vent du Nord ?

Avec un automate, on n’aurait pas eu toutes ces questions d’ordre syndical à régler ! Un peu de graisse, de peinture, des bons contrepoids et le tour était joué, s’écrièrent les consuls en place !...
C’est un revenant de mer, peut-être un ancien galérien, un marin d’antipodes, ou un bateleur sur l’Isère, qui a saisi l’opportunité. Il avait décroché la timbale ; il avait l’allant de celui qui veut le job. Au garde-à-vous, dans son uniforme de belle prestance, il passa toutes les épreuves du questionnaire avec succès. Il savait compter, il était patient, il était ponctuel, taciturne mais efficace. Sur l’heure, il fut mis à l’essai et, donc, le fameux 2 mars 1429, il prenait ses fonctions… 

L’altitude, la solitude, le blizzard, la bise, les bizets, le brouillard, n’avaient pas d’incidence sur ses capacités à proclamer les heures du jour et de la nuit. Je crois qu’il appréciait la tranquillité de l’ermitage, loin de la cacophonie et des troubles des hommes.

D’en bas, on pouvait voir son air un peu ravi, un peu halluciné, ses yeux dans le hasard, les moustaches aux quatre vents. Sous son chapeau officiel, il martelait la cloche avec zèle. Il mettait tellement d’ardeur à l’ouvrage qu’il était en avance sur tous les clochers des églises environnantes ! Il était le Jacques Bonhomme supportant les corvées de l’heure sans jamais se plaindre. En bas, les badauds se moquaient en regardant ses couleurs de perroquet !...
« Hé Bonhomme ?!... Qu’est-ce que tu fous là-haut ?... Tu comptes les étoiles ?... » « Tu sors ce soir ?... » « T’as rendez-vous avec la lune ?... » « Baisse la tête, t’auras l’air d’un sonneur !... » « Hé, frère Jacques, c’est l’heure de sonner les mâtines !... » « Là-dessus, tu vois Montmartre ?... »

Il ne descendait jamais de son perchoir ; il vivait de l’air du temps. Au printemps, il capturait les effluves des premières fleurs ; en été, son uniforme doré était l’attraction de l’horloge publique. L’automne le distrayait avec les feuillages des platanes aux tons roux et chamarrés courant sur les trottoirs. Il y avait même des feuilles étourdies de valse qui venaient le rejoindre dans sa guérite de carillonneur. Sa célérité à la tâche n’avait d’égale que sa ponctualité coutumière. Il faisait foi. « Il est quatre heures !... » « T’es sûr ?... » « C’est le Bonhomme Jacquemart qui l’a dit !... » « Ha, ben alors… » L’hiver, il retardait un peu les heures de l’après-midi pour que les enfants jouent plus longtemps avec la neige des places.

Un jour d’orage, il fut frappé par la foudre avec une telle violence qu’on crut qu’il avait déserté la cime de son clocher. Après la dissipation de l’épaisse fumée de l’explosion, il était toujours là, encore plus resplendissant ! Son uniforme étincelait de mille brasillements multicolores ! Il était fringant comme un Volontaire de la première heure ! Personne n’aurait pu le déloger de son office de marteleur ! Le Ciel l’avait… canonisé, la ville l’avait adopté. Immortel, il était devenu l’habile statue musicienne, le chantre des heures romanaises, l’Ami qu’on vient visiter en premier au retour d’un lointain voyage. Avec lui, le Temps prenait de la valeur…

Pourtant, un jour, il perdit la tête. On dit que c’est à cause d’une révolution, d’une de ces fantaisies humaines qui consistent à raccourcir la bille de tous ceux qui ne sont pas dans le rang. Moi, je crois plutôt que c’est à cause d’une belle, trop bien cachée derrière son ombrelle. Sur sa figure, roulant sur le sol, on voyait sa moustache frisée comme s’il l’avait tressée, entre ses doigts passionnés, pendant un languissamment d’altitude. Avec quelques sermons laïques et des discours de calotin, on lui remit la tête sur les épaules avec les fastes dus à sa hauteur et une grue bien utile… 

A l’époque, il était revenu à la charge, le petit suisse ! Il réclamait son dû !... « Oui, moi, j’ai fait tout le boulot ou quoi ! J’en suis de mon porte-monnaie ou quoi ! Vous n’avez pas le droit ou quoi ! Je vais porter cette affaire devant les tribunaux ou quoi !... »
Il regimbait, le Fribourg’s man ! Il montait les tours !...* Nos consuls ont objecté, quant au prix exorbitant de son automate, vu qu’on avait dépêché le nôtre sous le campanile.

Ils ont refait leurs comptes de florins ; additions pour l’un, soustractions pour les autres. Enfin, ils sont tombés d’accord sur cinq cents florins plus un octroi sur les vins et les denrées.

Voilà, vous connaissez l’histoire légendaire de notre Bonhomme Jacquemart ; celui qui nous assure ses coups de marteleur avec un grand courage et une régularité de métronome consciencieux. Ressentez-vous ces vibrations quand il s’active à nous donner l’heure ? De l’échine jusqu’aux talons, il me court toujours quelques frissons d’empathie médiévale quand je lui rends visite pendant ses heures de grande astreinte.

Des armées défilent au pas des fanfares, des danseurs gambillent aux rengaines des flonflons, des mélomanes s’extasient aux œuvres des grands orchestres. Lui, sur sa partition, et avec une seule note accordée et répétée au Temps, on sait la sortie de l’école, la pause cigarette, le bus de dix-sept heures, l’ouverture de telle devanture, la rentrée du lycée, le claquement des volets de celui-ci, la sortie du chien de celui-là, et tous ces petits détails de la vie romanaise qui cadencent l’ordinaire. Mesdames, ne lui faites pas tourner la tête ; il serait bien capable d’encore… la mettre à vos pieds…

* Monter les tours : expression suisse : s’énerver.

lundi 17 avril 2017

Stouf - Une histoire de cloche

Une histoire de cloche

Qu'est-ce que je suis cloche, pensais-je à cet instant, le premier jour de ma naissance. J'ai pas crié  comme les autres bébés, j'vais me faire repérer, ils vont croire que je suis conne, pas normale, peut-être plus intelligente qu'eux, ils n'aiment pas ça en général. A ben non, je sais bien qu'il n'y a jamais eu de fille générale.

Je sais pas mal de trucs parce que je me souviens que c'est pas la première fois que je renais et que mes vies sont toutes différentes, qu'à force j'entasse des informations qui me révèlent ce qu'après tout il n'y a plus à redire « L'autre est une conne ! ».

C'est qui ceux là ? A oui bien sur, des parents. Ils sont jeunes et beaux au moins, saints de corps et d'esprit ? J'voudrais pas retourner trisomique comme à ma troisième vie. Ouais … bon, ça peut aller.

J'me met à tapoter les tétons de ma mère et j'aime bien car cela me rappelle lorsque j'étais sonneuse de cloche dans ce couvent sympa chez les Clarisses, la vieille rigole, elle semble heureuse et moi je m'emmerde.

Bon … c'est un autre jour et la vie passe, faut bien dire que cette famille est sympa, y a même un frangin beau gosse et pas bégueule qui me raconte des histoires d'ovni parce qu'il est passionné d'astronomie et que moi l'espace j'en ai bien besoin. En plus, parfois on se bat physiquement et j'ai toujours le dessus, c'est rigolo.

Les parents sont toujours rieurs et ils baisent comme des fous. Avec le frangin on a des boules Quies pour les soirées boules Quies, de quand il faut dormir pour aller à l'université le lendemain. C'est drôle et, en fait, on a beau avoir un certain âge et ben nous pieutons toujours dans la même chambre, ça nous dérange pas de se voir à poile de temps à autre, perso j'l'ai vu sortir plein de sang du ventre de ma mère et puis j'en ai vu d'autres … depuis le temps que ça dure.

Mais pour qui sonne le glas ? Les vieux et le frangin, morts dans un bête accident de voiture.
Ch'uis toute seule, encore, j'les aimais absolument, totalement.

J'veux enfin mourir, il est temps.
Hein … c'est qui ceux là ?

Tien, une femme toute seule dans une chambre d'hôpital assez sinistre, elle dort et moi je suis allongée sur elle et m'amuse à tapoter ses tétons comme quand ...

Laura Vanel-Coytte - Une histoire de cloche

Une histoire de cloche

Frère Jacques,
Dormez-vous ?
Sonnez les matines !
Ding, daing, dong !

La celtique clocca supplante la signum latine
Et est un des plus anciens instruments sonores.
Dès que l'homme est maître de la technique de l'argile,
Il fabrique des vases « sonores » par résonance.

Frère Jacques,
Dormez-vous ?
Sonnez les matines !
Ding, daing, dong !

Au cinquième siècle, la cloche remplace la simandre
Pour rythmer la vie quotidienne des monastères.
Sous Charlemagne, les cloches se généralisent dans les églises.
Au treizième siècle, le bourdon peut être de grande taille.

Frère Jacques,
Dormez-vous ?
Sonnez les matines !
Ding, daing, dong !

La dureté du métal de la cloche dit la force du prêche
La percussion du battant rappelle que le celui qui prêche
Doit se frapper lui-même pour se corriger. Le joug évoque
La croix du Christ alors que la corde dit la compréhension des Ecritures.

Frère Jacques,
Dormez-vous ?
Sonnez les matines !
Ding, daing, dong !

Le clocher est le symbole de la paroisse
L'"esprit de clocher" dit le paysage d'âme
Autorité spirituelle, temporelle et sociale
Des Vêpres aux Matines.

Frère Jacques,
Dormez-vous ?
Sonnez les matines !
Ding, daing, dong !

Où lire Laura

Andiamo - Une histoire de cloche

Sonnez, carillonnez.

Hue ! Le vieux cheval s'arc-boute, bande ses pauvres muscles, ses flancs maigres se soulèvent au rythme de sa respiration rapide, les naseaux fument. L'homme près de lui, c'est Mattéo. Il est également attelé à la verdine, un harnais de cuir passé en travers de la poitrine, il tire de toutes ses pauvres forces, la côte n'est pas bien raide, mais homme et bête sont épuisés.

Ils n'ont pas mangé grand-chose depuis deux jours, les paniers se vendent mal, et puis la petite Sarah ne peut plus danser au son du tambourin tenu par sa mère.

Ça ne rapporte pas grand-chose, le soir sur les places de villages, quelques sous, parfois certains apportent un peu d'avoine pour le cheval Rossinante, Mattéo lui a appris à remercier en pliant la jambe antérieure droite, et en inclinant la tête, ça fait rire l'assistance, et rapporte des pièces supplémentaires.

Il a appelé son cheval Rossinante, comme celui de Don Quichotte. Mattéo sait lire, chose rare pour un Rom, c'est un instituteur autrefois qui lui a appris, ils étaient restés lui et ses parents plusieurs semaines au même endroit, en peu de temps il lisait couramment.

C'est bien dommage que tu partes aussi vite, mon petit, avait déclaré l'instit : tu es doué !
Mattéo sourit, ils sont un peu comme Don Quichotte : toujours sur les routes. Le soir avant de coucher la petite, il lui lisait un passage, elle riait, Sancho Pança l'amusait beaucoup, Conchita la maman, écoutait aussi, et souriait devant le bonheur de sa fillette.
Depuis trois jours Sarah est malade, son front est brûlant de fièvre, les tisanes préparées par sa mère n'y ont rien fait, le mal est trop grave, la nourriture peu abondante, la fillette est très faible.

Peut-être dans ce village, perché à flanc de coteau, dominé par les sommets de la Chartreuse, cerné par les vignes, le chasselas qui, avec d'autres cépages, servira à élaborer le vin de Savoie ?

Peut-être trouveront-ils de l'aide ? Un médecin, une pièce chauffée pour la petite, en ce jour de veille de Noël. Il fait froid, un froid humide et pénétrant. En altitude, il neige déjà depuis plusieurs jours. En bas dans la vallée, c'est une pluie glacée qui tombe, transperçant les vêtements, glaçant les os.

Dans la verdine, il fait à peine moins froid, Mattéo entend la petite quand elle tousse, chaque quinte déchire les poumons de l'enfant et le cœur de l'homme.
Après un ultime effort, ils arrivent enfin sur la place du village, quelques curieux écartent les rideaux, regardent l'étrange et dérangeant attelage avec une moue de dégoût.
Mattéo a retiré le harnais qui l'entravait, puis se dirige vers le bistrot du village.

La porte à peine poussée, une douce chaleur l'envahit, un gros poêle ronronne doucement au milieu de la grande salle. On prépare le réveillon, une bonne odeur de volailles rôties flotte dans la pièce, peu de buveurs sont attablés, chacun est "chez soi", en famille. Derrière le comptoir, un gros homme, large béret, mouchoir à carreaux noué autour de son cou de taureau, essuie les verres, souffle dessus, puis les fait briller en lustrant la buée.

D'un œil méfiant, il regarde l'homme au visage basané s'approcher de lui. Il pose le verre, serre les poings le long de ses cuisses, prêt à envoyer un pain au moindre geste suspect de la part du métèque !
Bonsoir Monsieur, articule lentement Mattéo, s'il vous plaît, pourriez-vous m'indiquer l'adresse d'un médecin ? Ma fillette est très malade, il nous faut de l'aide.
Ah ben ça ! Tu t'crois où mon gars ? C'est pas Chambéry ici ! Y'a pas d'toubib, on l'appelle quand on a besoin de lui, c'est pas comme toi : personne t'a appelé, et pourtant t'es là ! Les trois clients présents dans la salle se marrent.

Et puis même s' il montait, faudrait aller chercher les médicaments, en bas, au bourg, et avec ton carrosse, il me semble que tu n'irais pas bien loin !
Allez, casse-tout Cendrillon, avant que ta charrette ne redevienne citrouille ! Les abrutis attablés se marrent à nouveau.
Sans se démonter Mattéo insiste : "ne pourriez-vous pas garder ma petite Sarah pour la nuit dans votre salle ? Il fait très froid, un peu de chaleur lui fera du bien, on ne vous dérangera pas, ma femme restera auprès d'elle, moi je dormirai dans la roulotte pour ne pas déranger".

Et puis quoi encore (la voix est montée d'un ton), tu veux pas que j't'invite à mon réveillon des fois ? Allez, ça suffit, casse-toi, j'veux pas d'emmerdes.
S'adressant aux trois ventouses : "il s'rait capable de m'chourrer le perco, ce gniaque" !
Mattéo est sortit. Cueilli par le froid, il relève le col de sa veste. A cinq ou six pas de la verdine, il entend la petite tousser, une toux effroyable, propre à lui "arracher" les poumons.

La nuit est tombée, le froid s'insinue partout, Mattéo est allé cogner à la porte du presbytère, Adèle la vieille bonne a entrouvert la porte.
- C'est pour quoi ?
- Bonsoir Madame, pourriez-vous héberger ma petite Sarah et ma femme pour la nuit ? Il fait très froid, la petite est malade, un peu de chaleur...
- Non, non, pas ce soir, Monsieur le curé doit dire sa messe de minuit, c'est Noël vous savez, enfin vous les mécréants, vous ignorez les choses de la religion.
- Pas du tout Madame, mon peuple est très croyant, au contraire, je suis baptisé, et nous vénérons par-dessus tout la vierge Marie, ainsi que Sainte Sarah.
- Oui, bon, peut-être, mais Monsieur le curé a autre chose à faire ce soir, passez votre chemin, et dites vos prières, si toutefois vous les connaissez !

Mattéo a encore frappé à deux ou trois portes, toujours le même refus, l'une ne s'est pas ouverte, pourtant l'homme a entendu des chuchotements à l'intérieur de la maison.

Les cloches ont sonné appelant les fidèles pour la messe de minuit : "en cette nuit de Noël et de partage, nous allons célébrer la naissance de l'enfant Jésus."
DING, DONG, DING, DONG... Sonnez, carillonnez...
IN NOMINE PATRIS,ET FILIS, ET SPIRITUS SANCTIS... AMEN.

Rossinante est resté debout, une pauvre couverture jetée sur ses côtes saillantes, Mattéo a rejoint Conchita et sa petite Sarah, ils ont essayé de lui faire avaler le reste de soupe aux pois cassés, elle a hoché la tête en signe de refus, une horrible quinte, un petit filet de sang entre ses lèvres serrées, puis le calme, le grand silence.
KYRIE ELEISON.
Conchita a pleuré en silence. Mattéo, le regard vide, a regardé la petite.
ET IN TERRA PAX HOMINIBUS BONAE VOLUNTATIS.

Le sermon rappelant combien les habitants de Bethléem furent cruels et sans cœur, pensez donc : refuser l'hospitalité à celle qui portait l'enfant Jésus, le rédempteur, le sauveur... Honte à eux !
AGNUS DEI QUI TOLLIS PECCATA MUNDI, MISERERE NOBIS.

Puis en pleine nuit, la roulotte s'est remise en route, redescendant le chemin qu'elle avait eu tant de mal à gravir.

A l'abri d'un petit bois, l'homme a creusé un grand trou, puis Conchita a cousu son plus beau drap, celui qu'elle avait brodé pour sa nuit de noces, elle en a fait un linceul, tous deux y ont glissé Sarah, ils ont embrassé une dernière fois l'enfant, la femme a surfilé le drap, le fermant à jamais.

La dernière pelletée de terre jetée, ils se sont signés, puis recueillis.
ITE MISSA EST.
DEO GRACIAS !
DING, DONG, DING, DONG... Sonnez, carillonnez... La messe est dite, rentrez chez vous semblent dire les cloches.

Avant de repartir, tous deux se sont tournés vers le village, noyé là haut dans le brouillard, ils ont tendu leur bras gauche, écarté l'index et le majeur, pour former une fourche : "la jettatura" comme l'appellent les Italiens. Ils ont marmonné quelques mots, et sont repartis.

Ce geste venu de l'antiquité, ce geste qui veut dire "je vous maudis", ce geste qui appelle à la punition divine.

Quand les "fidèles" sont sortis de l'église, la neige avait remplacé la pluie et tombait en abondance. Chacun est rentré chez soi afin de ripailler, en passant sur le pont, quelques uns ont bien remarqué que le torrent ne coulait guère, étonnant avec toute cette pluie qui est tombée, et maintenant la neige, mais bon...

La pluie, la neige ont détrempé les flancs de la montagne, un glissement de terrain s'est produit, barrant le torrent en amont, un lac artificiel s'est formé suite à l'éboulis.
Sous la terrible poussée de l'eau, le barrage formé par la terre, les arbres, les rochers, s'est soudain rompu, libérant des tonnes d'eau et de boue, le terrifiant torrent a dévalé à une vitesse folle.
Quand les habitants encore attablés ont entendu le grondement, il était trop tard. Le vieux pont est parti, emporté comme une tuile par la bourrasque, les maisons ont éclaté, l'église s'est couchée, on a entendu la cloche lorsque le clocher a basculé.
DING, DONG, DING,DONG ... Sonne le tocsin.

Plus bas, beaucoup plus loin, une pauvre verdine, tirée par un cheval maigre, a fait halte au bord d'un chemin.

Plus tard, bien plus tard, ils apprendront au hasard d'un village que Dieu n'est pas bien juste : faire mourir de si cruelle façon de si bons chrétiens, qui avaient assisté à la messe de minuit !

Semaine du 17 au 23 avril 2017 - Une histoire de cloche

Cette semaine nous vous invitons à nous écrire "Une histoire de cloche" :)
Peu importe le sens que vous choisirez pour ce mot, en prose ou en vers, votre texte devra nous parvenir avant dimanche 23 avril minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

Sinon, nous vous sonnerons les cloches ! A bon entendeur, salut :)

samedi 15 avril 2017

Stouf - Marie Laurencin


Cacarder n'est point caca.

Oh lala, pense Céline la modèle très belle et recherchée par tous les peinturlureuses plus ou moins saphiques non déclarées, y'en a marre de tenir ce bouquet de fleurs en plastiques... pff, la guigne que c't'affaire de trois francs-six-sous, qu'est-ce qu'il faut point faire pour bouffer et acheter quelques fringues afin d'emballer du gonze au Balajo. Et pis c'est le torticolis qui m'guette, je l'sais que je suis fragile du cou et je persiste ! Moi ... c'est  pour le Courbet que j'aurais aimé poser, comme ma grande trisaïeule ... j'me s'rais foutu à poil sur un pieu avec une autre, j'aurais fais celle qui tient le drap de sa main droite dans l'extase et au moins il aurait bien définis mes contours, mes rondeurs que les caïds aiment tant et ce serait marre. En plus ch'uis pas contre quelques papouilles entre femmes ... ça détend. Mais celle là,  la ... comment qu'elle s'appelle déjà ? Ben elle va encore dégueuler de la peinture fade de partout, des couleurs qu'il y a nulle part et j'aurais même pas d'zyeux ni de bouche, des doigts comme des tentacules ... pff... ça me dégoute, heureusement que je suis anonyme et payé !

vendredi 14 avril 2017

Tisseuse - Marie Laurencin

En voir de toutes les couleurs
Pour transposer enfin ses peurs
Laisser naître la lueur
Qui transcende la douleur

Teinter la porte du cœur
Et vibrer de mille fleurs
Atteindre la brillance sans heurt

Tournoyer tout en lenteur
Avec un pinceau de sueur

Léger sentiment de bonheur

jeudi 13 avril 2017

Arpenteur d'Etoiles - Marie Laurencin

Marie Laurencin est une artiste peintre mais aussi poète (vers libres), épistolière et fantaisiste. Fauvisme, cubisme, muse d’Apollinaire … Ses aquarelles aux fleurs superbes et ses mots sont aussi parfumés …

La fragrance des mots ...
et le parfum des fleurs

J’étais en ce temps-là passionné d’écriture et même dans les songes je composais des vers, cherchant des mots savants de pure littérature, pour que brille mon nom au front de l’univers. J’étais donc endormi dans cette éternité et me sentis porté par les ailes des anges, vers ce monde ténu où l’on marche à la frange impalpable, des rêves et des réalités.

Un vieillard me reçut dans une échoppe sombre toute entière remplie de meubles à tiroirs, que j’imaginais cachés dans leur pénombre des trésors inouïs aux secrets les plus noirs.

- Que fais-tu jeune ami dans ce monde des âmes
Errantes. As-tu fui l’apparente sagesse
D’un sommeil trompeur ou la peau d’une femme ?
- Je ne crains pas la nuit, encore moins mes maîtresses
Et ne sais, à dire vrai, ce que je fais ici.
- Ecris-tu ?
- Oui.
- Et tu veux être le plus grand
Parmi tous les poètes, désirant sans répit
Trouver la phrase juste et le mot élégant ?
- Oui
- Alors tu es là pour comprendre.
- Quoi donc !
- Ce qu’est vraiment ton art. Ouvre un de ces tiroirs.
- Lequel ?
- N’importe, ouvre et dis tes sensations
- Tu n’es qu’un pauvre fou, car ici tout est noir.
Dans cette obscurité impossible de lire !
- Qui parle de lecture. Ouvre et puis … respire !

Je tirais au hasard et perçus aussitôt au cœur des palmeraies, le parfum des métisses où se mêlent au benjoin vanille et abricot. L’odeur chaude des foins, des saveurs de réglisse, le safran qui éclate dans les souks du Caire, un fond de thé brûlant d’où la menthe s’exhale, quelques traces d’anis dans les rues de Cythère, et les pins parasol, et le chant des cigales.

- Qu’est-ce donc que ce prodige, cette magie ?
- Pas de magie, mon jeune ami, juste la vie
Mais ouvre celui-là, et puis cet autre encore.

J’ouvrais donc à nouveau et reçus au visage, l’odeur de vieille cire et celle de la craie, l’odeur un peu amère de l’encre du jeune âge et l’odeur de lessive des blouses étrennées. Puis arriva encore, le café qui brûlait dans une épicerie derrière le grand préau, et de plus loin peut-être la douce odeur du lait qu’on nous servait dehors, quand le temps était beau.

Un air parfumé caresse à peine la houle immobile des blés. La vie murmure la paresse et s’écoulent les heures chaudes de l’été. Les aquarelles et les fleurs de Marie me sautent au visage. Je rêve. La muse d’Apollinaire s’approche de moi. Un baiser doux et sensuel et elle s’efface dans un sourire.

- Alors mon jeune ami, as-tu enfin compris ?
Chacun de ces tiroirs se rapporte à un mot
Et contient les odeurs auxquelles il donne vie.
Ton talent d’écrivain est de savoir transcrire
L’âme de chacun d’eux, faire vivre leurs parfums.
Si tu sais faire cela tu sais vraiment écrire.
Mais sache cependant que ce lieu n’est pas loin.
Il est en toi.
- En moi. Comment puis-je te croire ?
- Ouvre tout doucement ce dernier tiroir

J’obéis et les larmes me vinrent aux paupières. De la poudre de riz, et puis Soir de Paris. Du fond de ma mémoire, le parfum de ma mère lui redonnait la vie.

Lorsque je m’éveillais le soleil était haut. Ma table de travail était jonchée de feuilles couvertes de poèmes et de suites de mots. Encore ensommeillé j’allais jusqu’au fauteuil et pensais à ce rêve que je venais de faire. Plutôt que de chercher des termes alambiqués pour prouver aux lecteurs combien j’étais habile, j’allais au fond de moi vers la simplicité, trouver à chaque mot sa fragrance subtile.

Alors sans plus attendre je déchirais les pages écrites avec emphase au fil des derniers jours. Une feuille nouvelle, immaculé velours, me servirait de quai pour un nouveau voyage.

Marie Laurencin 1912

mardi 11 avril 2017

Célestine - Marie Laurencin

Elle danse, Marie, elle danse 

 

Marie marche sur le pont des anges avec la sensation diffuse d’être suivie. Pourtant elle ne se retourne pas et regarde plutôt les volants mordorés de sa jupe qui tourbillonnent et tourneboulent mes yeux.
Marie écoute bouger son corps en harmonie avec ses pas, comme si elle dansait un tango avec le vent. Ses jambes ouvrent l’infini d’une grâce indicible.
Il me semble que je respire mieux quand je la vois.

La rivière bouillonne en contrebas, lançant joyeusement les éclairs vif-argent des truites qui trouent l’espace sombre sous les saules. Le chuchotis de l’air devient plus clair au fur et à mesure qu’elle s’éloigne du village. Un merle siffle en clapotant dans la vasque de la fontaine. La brise fredonne son refrain, en moi c’est l’ouragan des sens. Amplifié par mon désir d’elle.

Le chemin se rétrécit après le pont. Il emprunte un petit val ensoleillé, le genre qui mousserait de rayons si j’étais Rimbaud. Les champs de luzerne ondulent comme sa chevelure qui flamboie. Au loin la colline s’incurve avec l’indolence d’un gros animal tapi dans le foin.

Soudain, elle s’arrête. Son chevalet va être bien, là. Il va saisir l’instant, capter la couleur, les sons, les odeurs, elle n’aura qu’à suivre le mouvement naturel du pinceau entre ses doigts, sentir dans ses fibres, dans la moindre de ses cellules, le flux de la vie qui la brûle à en pleurer et sourire en même temps d’une douche ruisselante qui l’inonde. Un vrai miracle de la physique. Elle se peint comme elle respire, Marie. Elle danse nue avec la lumière, en perpétuelle hésitation entre deux mondes.

Et moi, caché derrière un buisson de cistes, je la contemple. La voir est une joie et une souffrance.
Je n’aurai jamais assez d’audace pour lui dire tout ça. Jamais.

Où lire Célestine

lundi 10 avril 2017

Tiniak - Marie Laurencin

BOUT DE QUAI PRINTANIER (À LYON ?)

Je te vois... comme tu respires
J'entends le sang sous l'ivoirin
J'abouche ton prochain soupir
J'affleure au secret de ta main
J'y hume nos derniers plaisirs

Une ombre hivernale s'écoule
où le sol prend feu dans ta pose
automnale, éthérée, morose
Deux belles saisons s'y ampoulent

Tu recueilles mon exsudat
à bout de doigt, un rouge à lèvres
et l'aveu d'une sourde fièvre

Une perle sur le front plat
se désole à n'en plus finir

Pour moi, je creuse une traboule...

Où s'empanner la baume au cœur...

Andiamo - Marie Laurencin

Rien qu'une aquarelle

Elle était accoudée à la rambarde du pont des Arts, comme un matelot à son bastingage, une gribelle « Gavroche » posée sur sa tête, cigarette à la bouche, elle fumait comme un homme, je parle des mecs qui bossaient en usine, la clope toujours collée à la lipe. Car prendre une cibiche dans ses pognes quand elles sont pleines de cambouis, ça gâche le cambouis justement !

Les cadenas bloqués sur les grilles par tous les locdus qui tenaient pour éternel leur amour ainsi verrouillé. Je m’approchais, elle était belle, une belle rousse, et quand elle a tourné son visage vers moi je n’ai vu que ses yeux … Bleus, et là le choc ! Cette gisquette mais ça n’était pas possible, je l’avais rencontrée cinquante balais auparavant ! Du coup j’ai fait tomber la mienne de tige, une gauldo années cinquante sans filtre, la camarde au bout du perlot ? Peut-être, mais alors plus vite !

Elle s’est baissée et m’a tendu ma clope…
- Tiens on fume les mêmes ! Des cibiches d’homme aurait dit Audiard ! Aujourd’hui on n’en trouve pas facilement, ainsi je me les procure…
- Au bar-tabac qui fait l’angle de la route de Flandre et de la rue Mathis continuai-je. Le Balto, tu ne changes pas tes habitudes Sylviane, malgré les longues années tu ne changes rien, pas même toi !

Elle me regarda avec insistance, fronçant légèrement les soucis.
- Rémy !… Tu es Rémy, ça y est je te reconnais ! Putain ça fait un bail !
- Près de cinquante balais, ma belle amazone !
- Ah oui, tu m’appelais ainsi je m’en souviens à l’époque je montais dans un haras du côté de Chantilly.
- A la Chapelle en Serval exactement.
- La vache, quelle mémoire ! C’étaient des années bénies, je les ai appelées : « les années baise à l’aise », la pilule, pas encore le sida, alors on s’en est donné à cœur joie, ce qui est pris n’est plus à prendre : CARPE DIEM ! Combien de temps sommes nous restés ensemble ?
- Quatre mois douze jours et sept heures…
- La vache t’avais tenu une comptabilité ?
- Non, mais y’en a un qui auraient bien voulu que le carpe vive un peu plus qu’un diem ! Mais toi Sylviane tu n’as pas vieilli, c’est quoi ce truc ? Tu débarques d’où ?
- Je suis venu dans mon OVNI me dit-elle en me montrant un vieux gréement amarré quai Conti, là il est camouflé en barlu, biscotte ça attirerait les curieux. S’en suivit un formidable éclat de rire.
- Je me souviens que tu redoutais septembre à cause de cet hiver dont tu ressentais les prémices, aux premiers vents aigres, et aux feuilles qui tombaient. Tu avais horreur des arbres dépouillés, on dirait des squelettes disais-tu…BEURK !
- Tu vis où maintenant ?
- En Guadeloupe, je suis venue passer quelques jours à Paris, un coup de nostalgie. On va boire un kawa ? Je crèche à deux pas, un copain qui est en visite à Saint François chez ses parents, m’a prêté sa piaule, il savait que j’avais un peu le blues de Paris.

D’autor elle a passé son bras autour du mien, je suis revenu près de cinquante ans en arrière, sauf que maintenant c’est moi qui ai du mal à la suivre…
- J’habite rue de l’Echaudé…
- Sais-tu où on le met l’index dans la rue de l’Echaudé ?
- Dégueulis, dégueulis, voilà l’Evèque qui vomit ! Et nous éclatons de rire en nous remémorant ce poème de Prévert.

C’est à quelques pas, une chambre de bonne au sixième sans ascenseur, elle a grimpé ou plutôt avalé les six étages d’un trait, moi derrière je souffre un peu, et souffle beaucoup !
- Mais comment tu as fait ? Près de cinquante balais, et tu n’as pas pris une ride ni un gramme d’ailleurs ! Tu vis seule apparemment, pas de mec, pas de mômes ?
- Pas pris un gramme ? En disant cela elle a retiré son pull, elle est nue dessous. Libertad ! ni mec, ni chiares, pas un mec mais des mecs… Je ne suis pas une nonne !

J’ai tout oublié, le lieu, le temps, mes rides, et tout le reste…
Puis elle s’est levée a allumé une clope, me l’a collée entre les lèvres.
- C’est bon après l’amour a-t-elle dit en allumant la sienne avec un vieux « Zippo » à essence bien puant !

Toujours nue, sans complexes et il y avait de quoi ! Elle se baladait dans cette pièces en tirant sur sa sèche, l’œil droit fermé à cause de la fumée, elle préparait un kawa, après tout on était venus pour ça non ?
Allongé sur le dos je fixais intrigué l'aquarelle punaisée au mur, une copie d'un portrait de Marie Laurencin, une jeune fille contemplant un joli bouquet.
- Cette copie je me souviens l'avoir vue chez toi il y a un sacré moment, c'est fou ce qu'elle te ressemble !
- Une copie ? Est ce que j'ai une gueule de copie ? Me lança t-elle en imitant Arletty, c'est moi ! Et puis ça n'est pas une copie, c'est un original, la seule chose que j'emporte dans mes périgrinations.
- Tu veux dire que c'est toi ?
- Oui mon chouchou.
- Attends Sylviane, Marie Laurencin est décédée en 1956, en admettant qu'elle ait fait cette aquarelle début années 50, sur ce portrait tu sembles avoir 17 ou 18 ans, ce qui veut dire que tu serais née en 1935, grosso modo, ce qui te ferait 82 ans ! Sylviane faut pas te foutre de ma gueule !

Pour toute réponse elle me tourna le dos, m'offrant la vision de sa jolie chute de reins.
Elle ouvrit un petit placard, en sortit un grand pot de verre dans lequel se trouvait une sorte de gelée verdâtre, elle y plongea une minuscule cuiller à café, et la porta à sa bouche en faisant une grimace.
- Ca a l’air dégueulasse ce que tu bouffes ? Lui dis-je.
- Si il mio caro, ma quando drovebbe essere ! *

C’est vrai qu’elle avait des origines Ritales elle s’appelait Marcelli ou Morcelli… Un truc comme ça.
Je me levais, elle avait posé le bocal sur le coin de la minuscule table qui lui servait aussi bien pour taper sur son P.C. que pour manger, dans 14 mètres carrés c’est difficile de se loger.
Je plongeais la main dans le bocal en retirait une belle quantité de ce truc verdâtre, que j’engloutissais d’un coup ! L’amour que nous venions de faire m’avait donné une faim de loup.

- NON CHE ! Hurla-t-elle à s’en péter les carotides !
Depuis elle s’occupe de moi, je dois avoir 10 ou 11 ans, je ne l’épouserai jamais… Nous ne vieillissons pas !

* Oui mon chéri, mais quand il faut, il faut !!

Où lire Andiamo

Semaine du 10 avril au 16 avril 2017 - Marie Laurencin

Il n'a échappé à personne que le printemps est bel et bien là et que nous en profitons pleinement comme cette aquarelle de Marie Laurencin qui va vous inspirer cette semaine.
En prose ou en vers, vous pouvez envoyer votre  petit bouquet de printemps avant  dimanche 16 avril à minuit  à l'adresse habituelle 
impromptuslitteraires[at]gmail.com