dimanche 12 juin 2016

Semaine du 13 au 19 juin 2016 - Le magicien de la couleur

LE MAGICIEN de la COULEUR:

vous-même, un voisin, un ami, une personne de votre famille passe son temps à re-décorer sa maison, sa chambre, son bureau ou n'importe quel endroit "normal" ou étonnant, en utilisant des couleurs incroyables, sublimes ou ... épouvantables.

Racontez vos impressions, vos peurs, votre admiration, votre angoisse, vos sourires et imaginez une histoire drôle, triste, fantastique dont le personnage est la clé de l'aventure.

Evidemment, prose ou vers, à votre choix.

Envoyez vos textes à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant le 19 juin à minuit.

vendredi 10 juin 2016

L'Arpenteur d'étoiles - Internet a disparu

LOÏS & CLARK (synopsis)

- Scène 1 -

- Ah, non, peste, cela est impossible, pas aujourd’hui, pas maintenant !
(L’homme apparaît voûté devant son ordinateur. Sur l’écran, on voit clignoter « connexion impossible ». Son immense cape semble désespérée. Il se retourne et se lève péniblement. Son corps se déplie et laisse apparaître une musculature impressionnante)
- Ah mon Dieu, que vais-je devenir ? (Il se lamente en se tordant les mains)
(La porte de son bureau s’entrouvre et une silhouette s’inscrit dans l’embrasure)
- Eh bien chéri, que se passe-t-il ?
- Mon ordinateur dysfonctionne, mon amour. Je suis fort embarrassé !
- Oh mon pauvre chéri. En quoi puis-je t’aider ?
(La silhouette est désormais en pleine lumière. Elle est très belle et tient un saladier dans la main gauche et un fouet de cuisine dans la main droite. Elle s’avance, pose les ustensiles et s’approche de l’homme. Elle pose sa main sur le torse puissant)
- Ne sois pas si stressé, mon Clark chéri. Tu as vécu tant d’autres situations bien plus délicates.
- Tu as raison, mon ange. Je dois me ressaisir (il se tient droit, de profil, la lumière sculpte sa plastique parfaite et semble irradier son visage)
- Mais, dis-moi, Loïs, que dois-je faire maintenant ?
- Eh bien, prendre ton petit déjeuner. J’étais en train de préparer des œufs brouillés. (Elle reprend le saladier, le fouet, et sort de la pièce vers la cuisine. Il lui emboîte le pas dans un bruit un froissement de tissu)

- Scène 2 -

(Ils sont assis à une table de plastique rouge vif. Devant eux, bols, assiettes, couverts, pains toastés, mugs de couleur, jus de fruit)
- Tu te sens mieux, mon chéri ?
- Oui, merci mon amour, mais aide moi à mettre de l’ordre dans mes idées. (Il se tape sur les tempes avec les deux mains)
- Bien : quel était ton programme du jour ?
- Tu as raison. Rationalisons l’événement. Que ferai-je sans toi qui vins à ma rencontre ? (Il la regarde amoureusement. Elle lui rend son regard et frôle sa main droite)
- Je devais arrêter le déraillement de trois trains dont un TGV en gare du Creusot, éteindre un incendie en forêt équatoriale, empêcher douze attentats djihadistes en Europe, repasser mon deuxième collant et me rendre sur krypton, pour voir maman. (Il est à nouveau bouleversé et se tord les mains)
- Tu avais besoin d’internet pour tout cela, Clark ?
- Oui, bien sur, pour préparer les plans de vol, comprends-tu. ? T’ain, t’es conne ou quoi ? (il prononce cette dernière phrase en hurlant)
- Calme-toi, mon ange (elle s’est levée, se place derrière lui et lui masse les épaules avec dextérité)
- Oh, pardon, je m’en veux d’être aussi soupe au lait, tu sais. Je t’aime ma Loïs.
- Je t’aime aussi, mon Clark. (Ils s’embrassent avec fougue)
- Mais, as-tu essayé de travailler ton imagination et ta mémoire ?
- Doux jésus ! Où avais-je la tête ! Mais bien sur ! (Il se précipite dans son bureau, renverse la cafetière qu’il redresse immédiatement grâce à son regard bionique)
- Oui, oui, mon cerveau fonctionne, je vais pouvoir sauver le monde. Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ? (Il est heureux comme un enfant et rit à gorge déployée. Elle rit aussi comme une folle en se roulant sur le canapé du salon)
- Je m’occupe de ton collant. Va, mon amour et ne rentre pas trop tard. Les Tarzans viennent dîner ce soir.
- Oui, je sais, je m’en souviens aussi. (Il rit encore et s’envole par la fenêtre, le poing tendu vers l’infini galactique. Elle le regarde disparaître dans le soleil, une larme au coin de l’œil)

- Coupez !
- On la garde. Bravo les enfants. Je vais voir les rushes tout de suite.
- Euh … désolé, patron, sans internet, impossible. Les vidéo sont sauvegardées sur le cloud … alors ...
- Mais j'ai conservé mon carnet de notes ! Un truc de vieux !


jeudi 9 juin 2016

Marité - Internet a disparu

Milou, ses vaches et internet.

Dans une ferme du Poitou, c'est l'heure de la dernière traite de la journée pour les vaches de Milou. La 126 et la 144 attendent patiemment leur tour devant le tourniquet qui en s'ouvrant donne accès à la salle des trayeuses.

Elles observent pensivement le fermier installé dans son bureau devant son ordinateur.
Soudain la 144, une belle normande à l'œil de velours, se tourne vers sa voisine, une Prim'Holstein au pis avantageux et lui dit :
- Et si internet disparaissait ? Ce serait chouette. Qu'en dis-tu ?
- Pas grand chose répond la 126 désabusée. Ou qui n'a pas du tout envie d'ouvrir ce genre de débat.
- Quoi, pas grand-chose ? Ça te plait, toi de porter ce collier avec un boîtier électronique autour du cou ? Et qui nous flique en plus ? Je préférerais une cloche qui tinte joliment moi.
- Qui nous flique. Tu en as de bonnes toi. Si Milou n'avait pas été averti tout de suite que je mettais bas il y a un mois, mon veau serait mort étouffé.
- Peut être. Mais pour ce qu'on en profite de nos veaux...On nous les enlève dès leur naissance pour que nous produisions encore plus de lait. Et il faut donner toujours plus de lait ! Tu as remarqué je suppose que la satanée machine qui distribue les farines - même pas du bon foin odorant - devient avare quand nous prenons de l'âge et que nous avons moins de lait. Encore la faute à ce boîtier !
- Tu es rétrograde ma pauvre fille. Il faut vivre avec son temps. Je trouve que depuis que Milou a entièrement modernisé la ferme, on vit mieux. Tiens, par exemple, quand j'ai mal aux pattes, Milou le voit tout de suite et me donne des médicaments qui me soulagent. Si internet ne l'avertissait pas, il ne se rendrait même pas compte que j'ai les pattes enflées.
- Ah parce que tu penses que c'est bon pour ta santé tous ces médocs qu'il te fourgue ? Tu n'aurais pas mal aux pattes si tu gambadais dans les prés au lieu de piétiner toute la journée sur le ciment rempli de fumier. Moi j'en rêve de la vie d'avant. Ma grand-mère me racontait...
- Ta grand-mère. Ta grand-mère. Laisse la tranquille ta grand-mère. Elle était du siècle dernier. Il y a longtemps qu'elle a fini en steak haché dans le meilleur des cas et dans le pire, en bouillon cube pour potage.
- Je ne te permets pas. Elle a eu une belle vie elle. D'abord, elle n'était pas un numéro. Elle s'appelait
Clairette parce que son poil était blond. C'est beau Clairette. Si ce foutu internet n'existait plus, on nous donnerait un nom je suis sûre. Tu aimerais quoi, toi ?
- Ah, ça oui. J'ai toujours rêvé de m'appeler Marguerite.
- Comme dans "la vache et le prisonnier" ?
- Hein ? C'est qui cette vache ?
- Ma pauvre 126 ! Tu ne connais même pas tes classiques.
- Peuh ! C'est même pas original Marguerite. Moi je choisirais Vachkirie.
- Tiens ! Où as-tu déniché ce truc ridicule ?
- Ridicule ? Pas du tout. Je l'ai inventé en regardant la collection de boîtes à fromage de Milou. Je parie que tu ne les as jamais remarquées sur l'étagère de son bureau. Pourtant, ces boîtes ont contenu notre lait. Enfin du fromage fait avec notre lait. J'adore celle où l'on voit une belle tête de vache, très souriante, avec de grandes boucles d'oreilles.
- Arrête 144 ! T'es trop bête. Tout le monde se moquerait de toi. Vachkirie ! Je te demande un peu.

On pense tout de suite à Valkirie. Et, pardon ma belle mais tu n'es plus vierge depuis longtemps.
- Puisque nous parlons de sexe, je sens que je suis fiévreuse. Son mouchard va encore dire à Milou que j'ai mes chaleurs. Et je ne sais pas toi mais moi, je n'aime pas du tout ce tube à inséminer dans mon intimité. Ma grand-mère me racontait qu'elle et Zétor...
- Ne recommence pas avec ta mémé. Tu me fatigues.
- Si seulement internet n'existait plus, peut être que Milou viendrait prendre mon lait lui-même. Qu'est ce que j'aimerais ça ! Le contact, je voudrais du contact. Avec cette foutue informatique, nous sommes des pions.
- Tu rêves ma belle. Avance, c'est à nous pour le tour de manège. Et ne fais de rétention de lait, s'il te plait. Je ne veux pas d'histoires : Milou nous observe sur son écran en ce moment. Pas envie qu'il me prenne pour une meneuse syndiquée.

Clémence - Internet a disparu

Elucubrations.

« On pourrait mettre son lit sur la rivière, elle ne se réveillerait même pas arrivée à la mer... » disaient mes parents lorsque j'étais petite.
Ce luxe d'un sommeil de plomb ne m'a jamais lâché, qu'il vente ou tempête ! En revanche, au fil du temps, les bruits infimes suscitaient une légère prise de conscience. Mais, sitôt identifiés, elle s'effaçait discrètement.

Hier soir, je me suis couchée en respectant scrupuleusement mon rituel. L'heure était enfin venue d'éteindre la lumière et de m'enfoncer voluptueusement dans les méandres du lâcher-prise.
Pendant la nuit, il m'a semblé avoir entendu quelques subtils crépitements : la chute d'une brindille du grand chêne, un geko en sortie nocturne, le frôlement d'aile d'une chouette…

Le silence revint. Rassurant.

Le matin, je me réveillai naturellement. Mon regard se porta vers le radio-réveil. L'écran était noir. Je regardai le téléphone. L'écran était noir. Pas normal tout ça !
Je me dirigeai vers la salle de bain. L'eau était chaude, mais le courant était aux abonnés absents.

Je pris la direction du cellier où nichait le compteur. Tout était normal. Et pourtant, il n'y avait pas d'électricité. Je pris ma cafetière italienne pour me faire un café. Il restait un fond de café moulu. J'étais sauvée…

Alors que je sirotais mon breuvage, mes pensées se firent de plus en plus amères au fur et à mesure que ma liste de « pas pouvoir » s'allongeait.

Je me rendis chez ma voisine. Je sonnai. Pas de réponse. Je tambourinai , elle ouvrit.
- Je n'ai plus de courant…
- Moi non plus…
- C'est embêtant…
- Très embêtant…
- Faudra prendre patience…
- Patience…

La nouvelle se répandit comme un jeu de passe-passe. Le soir venu, il me fallut admettre l'évidence.
Plus de courant, plus d'internet. Je pris une feuille de papier que je partageai en deux colonnes : ce que je devais faire et comment je ferais sans internet ni électricité.

La liste et mon visage s'allongeaient lamentablement. Pour ne pas sombrer, je me pris à rêver d'une nouvelle vie, d'une nouvelle ère…Mais l'avenir qui se dessinait était étrange. Je tentais d'en cerner les paradoxes. Ceux-ci me glacèrent …

Mais à quoi bon me tourmenter, vous tourmenter, vous affoler? D'ailleurs, Internet a disparu. Je suis seule et personne ne peut entendre mon désarroi. Je suis absorbée, engloutie par « Le Cri ». Je me disloque...je disparais…

Et c'est alors que je sens la caresse chaude d'un rayon de soleil sur ma peu nue et que le campanile résonne de ses neufs tintements….

mercredi 8 juin 2016

JCP - Internet a disparu

Dictature végétale*
                        
Plus vaste que les terres connues, plus large encore que les mers réunies, le réseau de fils dont la maille infinie véhiculait le flux continu des électrons, modulés tous par la parole, le son, l'image et le mot, s'est tu ce matin.
Le Grand Réseau n'est plus.
Aussi faut-il craindre que ces lignes, pour ainsi dire confiées à une bouteille à la mer en un pays sans mers, ne soient point lues : "Internet Explorer a cessé de fonctionner", annonce un message railleur, venu des soubassements de mon ordinateur privé désormais de sa fenêtre sur le monde !

Sont-ce les prémices de la nouvelle guerre, mondiale, totale, finale ? Allons-nous tous trépasser carbonisés, poussière grise envolée aux quatre vents ? La terre outragée va t'elle se voir libérée de la moisissure humaine qui ronge sa peau, va t'elle reprendre sa liberté, et peut-être, certaine enfin d'en finir avec les ravages de la science et de la technologie, va t'elle, l'humain disparu sans regrets, rappeler le dinosaure ami à la cervelle trop modeste pour lui porter nuisance ?
Ces mots sont peut-être mes derniers, mornés sous ce clavier avant d'avoir connu meilleur asile... j'attends l'explosion finale, curieusement peu inquiet (on nous a tant prédit la fin de ce monde...)

Cependant, plutôt que de céder à la panique, j'interrogeai du regard mon ami le grand cèdre, celui qui, désormais grandi, ombrage mes vieux jours. Voyant alors à son écorce un relief incertain, à ses aiguilles une manie fuyante, et à sa branche un étrange cintre, je connus sans provoquer d'interrogatoire son incontestable culpabilité : entre deux de ses puissantes racines, assurément, coupable facétie, le traître avait broyé ma connexion enterrée !
Arrosé sans compter dans son jeune âge, et gratifié des meilleurs des azotes comme des sels les plus fins, quel message le noble végétal me transmettait-il ? Quelles insuffisances, quels manques affectifs me faisait-il payer de ce terrible forfait ?

Par le câble brisé où, je dois le dire, tant de choses captivantes passaient, sans doute je dus négliger quelque peu mon ami de bois... peut-être exprimait-il un dépit jaloux, lentement mué en invisible et sournoise vengeance souterraine ?...

Je ne lui en tins pas rigueur - d'autres que moi l'eussent abattu sur le champ -, et rétablis mon contact avec le vaste monde d'un simple câble aérien, éloigné par prudence des grands bras d'un ami trop possessif.

Ayant fait en mon âme une amende honorable, désormais je ne manque pas de saluer - d'un sourire un peu crispé - sa dictatoriale présence quatre fois par jour, espérant apaisé pour toujours son insaisissable courroux de végétal.

* Ce récit est basé sur des faits réels.


mardi 7 juin 2016

Mel - Internet a disparu

Certains disent qu'il est mort
Si ça se trouve, juste il dort
S'il est mort
Point de remords
J'en étais bien trop mordue
Il me prenait trop de temps
Internet est captivant
Plus jamais le temps d'avant
Où on prenait encore le temps
D'aller se voir, se rencontrer
Tout se passe sur le réseau
A coup de jolies photos
A qui sera le plus beau
Et il y a tous ces blogs
J'en déblogue
Trop d'amis d'un seul coup
Cà vous monte un peu le chou
S'il est mort
Je suis débarrassée
Libérée, mais

Si ça se trouve, juste il dort.

Emma - Internet a disparu

Le Deal

Le grand bug de l’an 2000 avait foiré, il fallait s’y résoudre.
Le Prince des ténèbres s’était cru Malin, mais il avait bel et bien loupé son grand soir.
Comme toujours en pareil cas, il accusa les cyber-démons d’incompétence majeure, et ceux–ci, (comme tous les sous fifres en pareil cas), menacèrent à leur tour des flammes de l’enfer les petites mains laborieuses. A savoir l’équipe des 666 branquignols hackers (recrutés il est vrai un peu à la va-vite sur un site d’intérim à la papa) qui, on n’est jamais trop prudent, s’étaient réfugiés sur le pic de Bugarach.
Ils furent contraints à signer avec leur sang un nouveau pacte qui s’appela LE DEAL, dont hélas il ne reste aucune trace.
Et pour cause.

Lucifer ne détestait pas vraiment internet : il y passait même de bons moments, et pas seulement dans le deep web, mais il était devenu jaloux des humains qui se moquaient de lui, usurpaient ses prérogatives pour recréer le mal sous toutes ses formes et le démultiplier à la vitesse de la lumière.
Et puis son job, c’était quand même de perdre les hommes…

Et un beau matin, miracle ! (façon de parler). Ecrans noirs sur tous les bureaux du monde. Vérifications, appels frénétiques, engueulades !
- où t’as foutu la liste des mots de passe ? pleuraient les ménagères de plus de 50 ans.
- t’as essayé de brancher ? rigolaient les pépés goguenards.
Bientôt les trottoirs de Wall street furent jonchés d’appareils lancés par les fenêtres, de peu suivis par les financiers eux-mêmes, comme aux plus beaux jours de la crise de 29.
Les cadors de la silicon valley mis en demeure par les puissants de restaurer le système se suicidaient en direct sur les plateaux des talk-show.
Puis les écrans télé eux-mêmes se couvrirent de lignes scintillantes. Sur les plateaux des talk-show les écrivains nonagénaires au visage déformé crachotaient : Quelle merveille de retrouver crayon et papier, la rature est d’une jouissance extrême…

Eh oui, dit Dieu venu s’asseoir sur le nuage d’où Belzébuth contemplait le spectacle. Eh oui, mon vieux (une familiarité engendrée par des millions d’années de compétition stimulante) eh oui, gros Malin, tu n’as pas réalisé que tirer sur un fil de la toile débobine tout notre foutu boulot ?

Très vite financiers, écrivains nonagénaires et trafiquants furent contraints à donner leurs ordres et délivrer des messages codés à la radio "l’essentiel est invisible pour les yeux ; le chat de la voisine aime la bonne cuisine ; dansons la carmagnole ; Marcel, chez Rico, comme d’hab ; elle me fait pouet pouet, je répète : elle me fait pouet pouet…"

- Quelle merveille que ces horribles liseuses ne marchent plus disaient les dames raffinées, tourner les pages d'un livre papier est si sensuel.. juste avant que Gutenberg ne s'attire les foudres des copistes…

- Quelle merveille d'élever des chèvres et cultiver des racines disaient les ministres écolos de retour dans les Cévennes, juste avant de se replier dans des grottes mal famées pour tenter d'échapper au tigre aux dents de sabre.

Quand même, Dieu, s'il te plait, implorait Satan, y'aurait pas moyen de faire "pause" de temps en temps ? J'aimerais bien revoir tranquillement mes séries préférées de massacres, surtout ceux en costume, la guerre de cent ans par exemple ?

Mais une nuée ardente emporta sa voix dans le fracas d'un méga volcan en éruption.

Bonjour chez toi, tonna Dieu, moi je retourne faire la guerre des étoiles !

lundi 6 juin 2016

Laura Vanel-Coytte - Internet a disparu

Le roi est mort, vive le roi !

Internet a d’abord disparu
On l’a cherché dans les rues
Dans les voitures, les maisons
Les bus, le métro et les camions.

On a lancé une alerte enlèvement
La panique même au gouvernement
Des appels anonymes pour dénoncer
Le voisin perturbaient les policiers.

Internet a disparu, ouvrons une cellule de crise
Comment lancer des rumeurs –surprises ?
Sans cet outil indispensable aux journalistes
Pour nous mettre sur de fausses pistes.

Le désespoir a gagné les plus jeunes
Internet était mort, il fallait l’admettre
Les plus vieux qui n’avaient pas su s’y mettre
Respiraient comme après un long jeûne.

Internet a disparu, ils purent ressortir
Leurs journaux et leurs livres sans souffrir
La moquerie de leurs descendants
Qui les regardait avec envie maintenant.

Comme ce papier leur paraissait séduisant
Mais aussi inconnu et donc effrayant
Sauraient –ils prendre ce nouveau virage ?
Sans mémoire des mots et des pages.

Le roi internet est mort, sa dictature
De l’immédiateté a cédé sous la pression
Des patients qui attendaient leur heure :
Rêveurs, imaginatifs et lecteurs.

Le roi internet est mort
Vive le roi-livre !

Vegas sur sarthe - Internet a disparu

L'équidé de Troie

Lutetia – rue des Amphores – 6 juin 410 – meridies moins 10

«Ave Caïus Asus»
«Ave Caïus Hadopis. Quid novi? T'en fais une tête»
«Tu m'étonnes... j'ai la tête du gars qui vient de perdre son boulot»
«Quid factum est? Raconte»
«Figure-toi qu'hier soir j'avais plus de connexion, alors j'ai commencé par engueuler les gamins qui bidouillent sur Face-de-Bacchus dans mon dos... mais c'était pas eux pour une fois»
«Et alors?»
«Alors j'ai coupé leur chat – leur tchat, pas le greffier – j'ai fait mon César et j'leur ai dit: Allez jacter à l'Est»
«Et y z'y sont t'été?»
«Tu parles, alors j'suis t'été au cyberforum du coin pour en avoir le cœur internet»
«Le cœur internet?»
«Mea culpa, j'sais plus c'que j'dis... pour en avoir le cœur net»
«T'es allé chez Gratis et Prodeo?»
«Non, au coin d'en face chez Prorata Temporis»
«Ah? J'le connais pas çui-là»
«Pas grave. Y vient d'fermer boutique quasi modo, tout comme l'autre et vice versa»
“Quoi, Quasimodo?”
“J'voulais dire: De la même façon”
«Tu devrais surveiller tes locutions, Caïus. Et alors?»

«Ben j'suis entré in extremis alors qu'y baissait son rideau et je'lui ai demandé manu militari s'il avait encore de la Toile”
«Et alors?»
“Alors arrête de dire toujours Et alors. Il avait plus de Toile, juste un vieux stock de papyrus comme naguère”
“Tu veux dire comme avant l'Antiquité? Celui qu'on utilisait pour les fax similé?”
“Non, ce machin égyptien qui venait d'Alexandrie ou d'Alexandra, qui faisait naufrager les papillons de la jeunesse et qu'on grattait pour pouvoir le réutiliser plusieurs fois”
“Ah Aaah! Voiles sur les filles! J'me souviens. C'était pas du Claudius Francius? Quelle galère! J'en ai encore un rouleau qu'on avait ramené de nos vacances à Herculanum et dont Rebecca se sert comme rouleau à pâtisserie pour faire ses cookies”
“Nous on fait plus de cookies, ça faisait trop de miettes sur le claviatura. Bref j'ai cuisiné le gars de chez Prorata et il m'a avoué qu'internet avait officiellement disparu!”

“Comment c'est possible un truc pareil?”
“J'ai pas tout compris. Tu sais ces gars-là parlent pas latin comme nous. Ca serait à cause d'un équidé de Troie porteur d'une maladie – une sorte de virus infectieux, comme des vers de Virgile mais en plus crade – qu'aurait foutu la zizanie intramuros, du coup le Conseil des Anciens a fermé tous les portails sine die”
“C'est donc ça que j'ai cru voir brûler cette nuit, y z'ont utilisé les pare-feu!”
“Ouais, du coup il va me rester sur les bras un discobole de cinq cent kilos-octets ad vitam aeternam”
“Ca va être vachement lourd à porter. Moi j'ai un Duralex de deux Omega-octets de chez Gratis et Prodeo”
“Euh... tu veux dire méga-octets?”
“Non, chez Gratis y disent Omega mais peu importe puisque ça va aussi me rester sur les bras”
“Alors tout est foutu? Même les navigateurs... c'était quoi ton navigateur?”
“J'avais fait confiance à Marcus Polo... ça ramait pas mal mais j'suis pas du genre pressé”
“Moi c'est un Oueb-masteur qui m'avait conseillé Tabarlus mais comme j'y perdais mon latin j'avais récupéré Safari grâce à un broker... tu dois connaître... un dénommé Pompée”
“Safari? Vains dieux! C'est le nec plus ultra, ça”
“Ouais mais ça m'fait une belle cnémide aujourd'hui! A quoi ça va servir tout ce matos, le computatrum, tous ces pixelus, ces protocolus, ces macrons?”
“Euh... tu veux dire ces microns ou ces macros?”
“Non, des macrons... c'est comme ça qu'y disent chez Prorata Temporis”
“Alors adieu ma version 3.0 des Jeux Olympiques en couleur avec l'option hécatombe”
“Idem, j'avais le jeu Kohlantus en ligne... et Rebecca pourrait t'causer de la série Gastronomia par Paulbocus!”

Soupir... (Suspirium, Suspiria au pluriel)

“Et les pseudos? J'aimais bien les pseudos, moi c'était Scipion l'Africain... et toi?”
“Moi c'était BrigitteBardo”
“T'es un marrant toi, drôle de prénom pour un mulet”
“Possible, tu sais on trouvait tout et n'importe quoi sur la Toile... avant”
“Dis donc, on va être vachement emmerdés pour notifier nos amis pour les agapes des voisins de quartier!”
“Attends un peu! Laisse moi réfléchir, j'ai plus l'habitude... ben on va aller voir tous les voisins du quartier”
“Oui mais si on va les voir maint'nant, ça veut dire qu'on va s'les farcir deux fois?”
“Ben oui... sine qua non?”

Manoudanslaforêt - Internet a disparu

Et si Internet venait à disparaître !
Les Impromptus littéraires ne seraient plus….
Mon blog, les vôtres n’ont plus….
Je crois que cela me manquerait aujourd’hui…

Jacou - Internet a disparu

Et si on se faisait une omelette ?

Internet n’est plus.
Plus d’écrans allumés,
Mais qu’allons- nous faire ?
Faire comme de mon temps, rigole pépé.
Pépé, tu te souviens, t’étais bien content quand t’as retrouvé Roger.
Roger, ce radoteur ! Et puis d’abord, je savais très bien où il était. C’est vous qui avez insisté.
Insisté ! Qui c’est qui disait tous les soirs : j’ai entendu dire qu’on pouvait retrouver des personnes avec internet.
C’était pour vous faire plaisir.
Et toi, t’as pas été content de savoir qu’il était toujours en vie ?
Mais j’y pense, il devait m’envoyer des photos. Si on n’a plus internet, comment je vais faire ?
Comme de ton temps, pépé.
Ecoutez les drôles, je crois que j’ai une idée.
On t’écoute.
Toi, tu vas téléphoner à madame Sifflet, lui demander l’adresse de son neveu.
Son neveu. Bien.
Toi, tu me cherches une enveloppe, tu vas acheter des timbres.
Des timbres, mais y’a pas de poste.
Tu prends ta bagnole, et tu vas à Champerony, là y’a encore une poste.
Oui, mais pépé, en ce moment y’a les poids lourds qui bloquent les raffineries et j’ai plus d’essence.
Vas-y en vélo.
D’accord. Ça coûte combien un timbre ?
Tu verras bien. T’es pas encore parti ?
Tant que j’y suis, t’as besoin d’autre chose ?
Rapporte- moi le journal. Peut-être que c’est juste une grève, pour internet.
J’ai l’adresse du neveu.
Passe la moi ; t’as l’enveloppe ? Ya plus qu’à attendre le timbre. T’es déjà là ? T’as fait vite. Tu pourrais t’inscrire au Tour de France. Alors, ça coûte combien un timbre ?
Pépé, la poste, elle était fermée.
Comment ça, fermée ! On n’est pas dimanche ! Quoique maintenant…
Elle ouvre que trois après-midi par semaine. J’irai demain.
Hébé, au moins, ça te fera de l’entrainement.
Au fait, c’est quand qu’il commence le Tour de France ?
Attends, je vais chercher sur…et merde ! J’avais oublié.
C’est pas grave. En attendant, si on jouait aux petits chevaux.
Pépé !!!!!Pourquoi pas à la bataille, tant qu’on y est.
Allez, tiens, si on allait se chercher des champignons. On se ferait une bonne petite omelette.

T’as des œufs, au moins ?
Oui, pour ça, mes poules, elles ont pas besoin d’internet.

Où lire Jacou

Semaine du 6 juin au 12 juin 2016 - Internet a disparu

Et si Internet venait à disparaître ?
Ce thème proposé par Emma sera le sujet de cette semaine.

Dépêchez-vous de nous envoyer vos textes en vers ou en prose à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant que cette catastrophe ne survienne et dans le meilleur des cas avant dimanche 12 juin à minuit

vendredi 3 juin 2016

Célestine - La chasse au trésor

Le plus grand des trésors
Fantaisie animalière et philosophique


- T'as pas vu Célestine, Alphonse ?
- Non. Je me demande où elle est…
- A force de se balader sous la pluie elle a peut-être fondu, comme un vulgaire morceau de sucre…

- Non, je la connais, elle est solide malgré son cœur de miel fondu...
- Quel calme...La mer est belle ce soir.
- Voyez d'abord la mer,
et puis sur sa poitrine sans limite, dilatée, les bateaux...Voyez comme leurs voiles blanches, gonflées dans le vent, émaillent le vert et le bleu.
Voyez les vapeurs qui, jetant leur panache, entrent dans le port ou en sortent.
Voyez ténébreuses et ondoyantes, les longues oriflammes de fumée...
- C'est beau... c'est de toi ?
- C'est de Walt Whitman. Un grand poète.
- Les hommes sont capables de merveilles...quand ils convoquent l'universel au creux de leurs mains.
- Tu parles bien, ce soir, mon gros !
- Paraît qu'ils ont donné la légion d'honneur à des pigeons voyageurs, à Verdun...
- Z'auraient mieux fait de ne pas faire la guerre...
- Tu crois qu'un jour ils arrêteront leurs folies ? Leurs horreurs ?
- Oh oui ! Sûrement... Quand les moules auront des gants.
- Il est grand temps de rallumer les étoiles !
- C'est beau... c'est de Whitman ?
- Non, Apollinaire.
- Dis donc, mon pachyderme adoré, on n'est pas bien, là, tous les deux, et se dire des poèmes en contemplant la mer ?
- Je connais pas plus grand trésor, p'tite tête !

Où lire Célestine

Clémence - La chasse au trésor

L'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai rêvée.

Il m'avait dit :
- Je veux bien monter dans le Nord, mais après on descendra dans le Sud.
Je lui avait répondu :
- D'accord !

C'est ainsi que nous partîmes à la chasse au trésor : une maison pour « après » avec un cahier de souhaits bien rempli.
- Le boulanger, le boucher, le libraire et le bistrot à proximité,
- Les services pour la santé pas trop éloignés,
- Les plaisirs de la Culture à proximité.
- Un aéroport assez proche pour les allers et retours.

Il voulait une maison de village.
Nous cherchâmes. Nous trouvâmes :
- trop petite ;
- trop vieillotte,
- tout à l'étage ;
- des escaliers en raidillon ;
- un jardin mouchoir de poche ;
- pas de place pour les voitures ;
- des moustiques à profusion ;
- une vue « imprenable »
- en zone inondable.

Je voulais une maison de plain pied.
Nous cherchâmes. Nous trouvâmes :
- trop petite ou trop grande ;
- mal agencée ;
- en lotissement ;
- en zone inondable ;
- sur parcelle minuscule ;
- perdue au milieu de nulle part.

Deux années plus tard, nous passâmes le réveillon de Nouvel-An chez des amis, dans le Midi.
Ils nous interrogèrent sur l'avancement de nos recherches.
Nous répondîmes par quelques soupirs de dépit.
Ils nous signalèrent que la maison voisine était à vendre.
Nous visitâmes.
Nous fûmes enchantés.

Nous avons signé en oubliant notre cahier de souhaits.
La chasse au trésor prenait fin …

jeudi 2 juin 2016

Marité - La chasse au trésor

Le chemin de la fortune.

Le chemin m'appelle. Il m'entraîne, m'emmène à la découverte de trésors dont la nature a le secret et je ne m'en lasse jamais.

Je le suis irrésistiblement jusqu'à l'étang ténébreux, aux eaux calmes, à peine dérangées par une grenouille quittant promptement les roseaux à mon approche. La course folle des libellules divaguant parmi les hautes herbes me distrait un instant. J'admire les reflets du soleil faisant naitre sur leurs longues ailes transparentes des reflets changeants verts et bleus. Les peupliers sur la rive s'élèvent, droits, vers le ciel. Ils s'agitent mollement de frissons argentés sous la brise légère. Je m'arrête un peu pour écouter le bruit soyeux de leurs feuilles puis reprends ma promenade solitaire. Je savoure chaque instant, m'imprègne de l'odeur de menthe sauvage exacerbée par mes pas.

Le chemin court le long des bordures moussues pour se perdre sous les châtaigniers tordus formant une voûte sombre. Les oiseaux affairés préparent leurs nids et un joyeux tintamarre fait suite au silence serein qui baigne l'étang.
Quelques digitales pourpres poussent ça et là donnant une note colorée au talus. Plus loin, chèvrefeuille et aubépine fleuris exhalent leurs senteurs capiteuses et enivrantes. Les genets ploient sous le poids de leurs ors et s'étalent mollement sur le sentier se mêlant au mauve des bruyères. Les abeilles se posent, butinent puis repartent lourdes de leur précieux butin.

Me voilà déjà dans la clairière éclaboussée de soleil où je viens à l'automne débusquer les cèpes tapis sous les fougères mordorées. Aujourd'hui, s'offre à mon regard l'entrée nue de la grotte des maquisards. Au crépuscule, des chauve souris en jaillissent déployant leurs grandes capes. J'aime observer leur vol fantasque et silencieux. Un châtaignier, vieux et éventré abrite sans doute dans sa crevasse quelque hibou pour l'heure endormi.

Une flamme rousse balaie le chemin : un écureuil apeuré grimpe dans le chêne, s'arrête, penche la tête pour me fixer de ses yeux ronds. Les fourmis se hâtent, traînant leur fardeau dans la poussière parsemée de mica cristallin brillant de mille feux. Partout, la vie, la vie intense et sereine n'en finit pas de me surprendre.

J'arrive bientôt au ruisseau où coule un mince filet d'eau. Son murmure, doux comme une caresse s'élève tel une plainte et me plonge dans une rêverie mélancolique. Des écrevisses d'airain allongent leurs antennes et leurs pinces à travers les galets. Souvent, je dérange un chevreuil venu se désaltérer. Il file, me montrant son cul blanc en laissant derrière lui son odeur poivrée de sauvagine.

Le chemin m'ensorcelle, cachant ou dévoilant, selon la saison, selon l'heure tellement de trésors insoupçonnés prodigués par une nature généreuse. Je n'en veux pas d'autres. Ma fortune s'efface, comme le chemin pour mieux renaître au gré de ma fantaisie et me donner encore mille petits bonheurs qui me comblent d'allégresse.                                                      

L'Arpenteur d'étoiles - La chasse au trésor (2)

Mon trésor de vie

Un jour calme et tranquille
Au bout du chemin creux.
Tout au loin la ville
Semble un géant malheureux.
Rien ne bouge.
Ni les rameaux
Souples des bordures,
Ni l’oiseau,
Posé sur la ramure
Frêle des grands roseaux.
Un air parfumé caresse
A peine la houle
Immobile des blés.
La vie murmure la paresse
Et s’écoulent
Les heures chaudes de l’été

Elle danse 
Plus qu’elle ne marche
Devant moi.
Sa robe balance
Et je vois l’arche
Souple de ses hanches
Qui ondule mon émoi.
Nos mains se frôlent
Nos bouches
Se rejoignent.
Je touche
Son épaule
Nue
Et l’univers s’éloigne
Et le temps suspendu.

Bientôt la mousse
Accueille
Nos baisers.
Ses mains et ses lèvres
Me poussent
A d’autres fièvres
Assoiffées.
Inclinant à son désir
Mes doigts fébriles
Cueillent
Sa rosée,
Sur le bourgeon fragile
De son plaisir
Délivré.

L’amour
Et puis l’amour
Encore.
A contre jour
Les formes de son corps
Souples et rondes
Et leur lent mouvement
Comme une onde.
Plus rien ne compte
Que d’être
Et son ventre
Où je pénètre.
Elle murmure
A fleur de mot
L’inavouable
Et le sublime
L’incohérente errance
Et la déraison
Des amours charnelles
Intemporelles.
Elle murmure
La plainte
La complainte
Eternelles.
Soupirs profonds
Rythme des cœurs
A l’unisson
Du même désir
Du même plaisir
Venu
En vagues
Incoercibles.

Enfin la mort
De nos deux corps
Apaisés.

S’allument les étoiles.
A l’horizon
Sombre le soleil
Derrière les moissons.
Un merle voyeur
Lance moqueur
Son trille vers le ciel.
Elle,
Elle met de l’ordre à ses dentelles.
Jamais vu plus belle
Qu’elle.
Retour
Silences
Regards tendres
Sourires complices
La nuit
S’avance.
J’ai trouvé
Ce bel été
Mon tendre trésor
De vie
De folie
De sérénité.

Au bout du chemin creux
L’oiseau
Des grands roseaux
A regagné son nid
Le jour s’achève
Et commence le rêve
De l’amour infini.

JCP - La chasse au trésor

Fortune des sables 

Un soleil de pure flamme tombait ce jour-là dans la vallée des sables morts. Et il faisait si chaud sur les vastes étendues entrecoupées de roches noires, qu'on n'aurait pas été surpris de voir les grands cactus enduire leur peau verte de crème solaire "Écran total".
Équipé d'un chapeau à large bord et d'un parasol déployé au-dessus de ma tête fragile, le sable brûlant achevait de fondre les semelles de mes chaussures, lorsque je vis l'objet lumineux tomber, juste derrière la dune dont j'avais entrepris l'ascension. Une fumée roussâtre s'élevait du lieu de l'impact, et rejoignait les hauteurs du ciel assombri en tourbillon de tornade.
Aiguillonné par la curiosité, je poursuivis mon ascension sous le soleil de plomb, débarrassé des chaussures inutiles ; le sable se dérobait sous mes pieds nus, qui exhalaient une forte odeur de corne brûlée ; et je pus découvrir le cratère encore fumant creusé par l'objet tombé du ciel, qui refroidissait lentement, et qu'une attente résignée me permit de saisir.
Plutôt lourd, il n'était pas bien gros et tenait dans la main, tiède encore.

Mes doigts timides palpaient l'objet sphérique et rugueux, auquel adhérait une sorte de revêtement au relief et aux couleurs variées, qui entachait mes mains. Une fois placée entre sa surface et mes yeux la loupe de botaniste qui ne me quitte pas, j'y pus voir une minuscule créature, debout sur ses trois appendices marcheurs et coiffée d'un chapeau doré, qui s'adressa à moi en ces termes :

- Monsieur, dessine-moi un humain...
Déjà entendue, ou peut-être lue, la demande de l'être infime, qui connaissait parfaitement ma langue et m'observait de son œil unique sans cesse en mouvement, me troubla beaucoup. Je pus cependant lui répondre :
- Je n'ai pas le talent du dessinateur et du reste, je n'ai pris aujourd'hui ni papier ni crayon - ce qui était la stricte vérité. Mais la triple raison ne suffit pas à la chétive créature, qui réitéra :
- Je t'offrirai un grand trésor, dessine-moi un humain...
M'interrogeant sur la taille et la valeur des trésors de fourmi, je tentai pourtant de graver du doigt dans le sable une silhouette, plus celle d'un pantin que d'un homme, mes pauvres talents rassemblés.
Mon tracé terminé, il y eut un éclair aveuglant, et je fus projeté au sol. Reprenant mes esprits assis dans le sable, je vis que mon dessin avait disparu : plus aucune trace de mon laborieux ouvrage ! Et, tout aussi prodigieux, la minuscule planète et son unique habitant s'étaient envolés eux aussi.

Il ne demeurait sur le sable qu'un morceau de verre de forme inégale, éblouissant de mille éclats au soleil, que j'emportai.
Et je fus surpris d'apprendre qu'il s'agissait d'un diamant, dont l'exceptionnelle grosseur comme la pureté relèguent désormais le très fameux Koh-i-Noor, gardé jour et nuit dans la tour de Londres, au rang de simple babiole.

Actuellement, je suis en pourparlers pour acheter la Corse (je commence modeste).

Chri - La chasse au trésor

Mon trésor.

Quoique je fasse où que je sois,
Qui que je croise, quoi que je vois
Une cheville aperçue
Une ombre dans la rue,
Le sourire d’un enfant,
Le lent d'un pas lent,
Une robe de fille,
Une pierre qui brille,
Une perle sur un cou,
Je me souviens de tout.
Un baiser entre eux deux
Les flammes des feux
Ces mains là qui se croisent
Deux sourires qui pavoisent
L’arrondi d’une épaule
Des doigts qui se frôlent
L'odeur d’herbe coupée
Je n’arrive à rien oublier.
Un bain dans l’eau verte
Une parole experte
Un soupir expiré
Une date périmée
Une marche en campagne
Le tombé de ton pagne
Le souriant d’une réplique
Du savoir qui s’explique
La longueur d’une jambe
Une phrase qui flambe
La force d’un je veux
Ta coupe de cheveux
Un prénom sur le marbre
L’écorce d’un arbre
La chaleur d’un été
Ton parfum envolé
Le bronze d’une peau
Une colline par là-haut
Une bride de chaussure
Le dessin d’une écriture
Un début de soirée
Une gorgée avalée
La naissance d’un sein
L’étiquette d’un vin
Le titre d'un livre,
Se sentir un peu ivre
L’espérance d’un quand
Le regret d’un pourtant
La promesse d’un mais
Le tranchant d’un jamais,
La porte d’un coffre éventré,
Ce qui m’est donné, ce qu’on m’a volé,
Ce que je vois, ce que j’entends
Ce que je sais, ce que je sens,
Ce que je lis, ce que j’apprends
Ce que j’espère et j'entreprends
Sans que je sache, pourtant
Le pourquoi du comment
Tout me ramène là-bas,
Où que j’aille, où que tu sois
Tout, tout me ramène… à toi.
Mon trésor.

mercredi 1 juin 2016

Mel - La chase au trésor

Les sentiers

Sur les sentiers abandonnés
Je vais dans mes souliers usés
Traquer le moindre souvenir
En regardant bien droit l'avenir

Je marche pour me faire les pieds
Envie de liberté
Et même d'éternité
Je chasse quelque chose
La prose

Sur les sentiers de l'habitude
Je foule toutes mes certitudes
Je m'imagine un jour  mieux faire
J'espère

Où lire Mel 

Lilousoleil - La chasse au trésor

Pourquoi aller chasser les trésors qui sont à portée de main ?

Le printemps qui arrive
Un tiède après midi
Un soleil encore pâle
Des bourgeons qui éclatent
Un parfum de lilas
Des abeilles qui voltigent
Des bourdons qui grésillent
Des oiseaux qui font des trilles
Une cour d’école qui résonne
Aux rires des enfants
Du linge qui sèche au vent frais
Des brins d’herbe frêle
Quelques notes de musique
Une fille à la peau fraîche à peine dorée
Un homme au regard caressant
Une barque qui danse au gré du courant
Quelques notes de musique
Un piano qui s’égrène
Un violon qui gémit
Une odeur de terre mouillée
Un amour naissant
Une envie d’éternité.