jeudi 2 juin 2016

Marité - La chasse au trésor

Le chemin de la fortune.

Le chemin m'appelle. Il m'entraîne, m'emmène à la découverte de trésors dont la nature a le secret et je ne m'en lasse jamais.

Je le suis irrésistiblement jusqu'à l'étang ténébreux, aux eaux calmes, à peine dérangées par une grenouille quittant promptement les roseaux à mon approche. La course folle des libellules divaguant parmi les hautes herbes me distrait un instant. J'admire les reflets du soleil faisant naitre sur leurs longues ailes transparentes des reflets changeants verts et bleus. Les peupliers sur la rive s'élèvent, droits, vers le ciel. Ils s'agitent mollement de frissons argentés sous la brise légère. Je m'arrête un peu pour écouter le bruit soyeux de leurs feuilles puis reprends ma promenade solitaire. Je savoure chaque instant, m'imprègne de l'odeur de menthe sauvage exacerbée par mes pas.

Le chemin court le long des bordures moussues pour se perdre sous les châtaigniers tordus formant une voûte sombre. Les oiseaux affairés préparent leurs nids et un joyeux tintamarre fait suite au silence serein qui baigne l'étang.
Quelques digitales pourpres poussent ça et là donnant une note colorée au talus. Plus loin, chèvrefeuille et aubépine fleuris exhalent leurs senteurs capiteuses et enivrantes. Les genets ploient sous le poids de leurs ors et s'étalent mollement sur le sentier se mêlant au mauve des bruyères. Les abeilles se posent, butinent puis repartent lourdes de leur précieux butin.

Me voilà déjà dans la clairière éclaboussée de soleil où je viens à l'automne débusquer les cèpes tapis sous les fougères mordorées. Aujourd'hui, s'offre à mon regard l'entrée nue de la grotte des maquisards. Au crépuscule, des chauve souris en jaillissent déployant leurs grandes capes. J'aime observer leur vol fantasque et silencieux. Un châtaignier, vieux et éventré abrite sans doute dans sa crevasse quelque hibou pour l'heure endormi.

Une flamme rousse balaie le chemin : un écureuil apeuré grimpe dans le chêne, s'arrête, penche la tête pour me fixer de ses yeux ronds. Les fourmis se hâtent, traînant leur fardeau dans la poussière parsemée de mica cristallin brillant de mille feux. Partout, la vie, la vie intense et sereine n'en finit pas de me surprendre.

J'arrive bientôt au ruisseau où coule un mince filet d'eau. Son murmure, doux comme une caresse s'élève tel une plainte et me plonge dans une rêverie mélancolique. Des écrevisses d'airain allongent leurs antennes et leurs pinces à travers les galets. Souvent, je dérange un chevreuil venu se désaltérer. Il file, me montrant son cul blanc en laissant derrière lui son odeur poivrée de sauvagine.

Le chemin m'ensorcelle, cachant ou dévoilant, selon la saison, selon l'heure tellement de trésors insoupçonnés prodigués par une nature généreuse. Je n'en veux pas d'autres. Ma fortune s'efface, comme le chemin pour mieux renaître au gré de ma fantaisie et me donner encore mille petits bonheurs qui me comblent d'allégresse.                                                      

8 commentaires:

  1. Arpenteur d'étoiles2 juin 2016 à 15:00

    tu as tellement raison : la nature nous offre les plus beaux trésors possibles !
    et j'aime ton écriture :o)

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  2. Quelle poésie dans ce tableau bucolique... d'où le lecteur sort sur la pointe des pieds

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  3. Merci tous les deux. J'aimerais, quant-à moi, avoir un tout petit peu de votre talent.

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  4. Minuscules et indignes d'intérêt pour certains, ces bonheurs là sont parmi les plus grands que le vie peut nous offrir, pour moi aussi. Et qui le ressent bien l'exprime bien, comme toi.

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  5. Merci Jean Claude. La nature est ma bienfaitrice.

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  6. Et en doux murmure, la symphonie pastorale de Beethoven!
    Oh combien j'ai partagé ces moments de douce langueur à me laisser vivre et porter dans la nature!
    Merci de me les rappeler par ton récit!

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  7. C'est beau comme un tableau du XVII° siècle...
    Un merveilleux et tendre tableau bucolique.
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  8. Comme je te comprends, Marité, et comme tu dis bien ces mille trésors qui émaillent ton chemin. Ils sont inestimablesIl Charles Trenet a du s'en inspirer. Son "Jardin Extraordinaire", c'est le tien! :)

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