lundi 10 juillet 2017

Chri - On ne va pas en faire une pendule,

Pendule.

- Mon amour, on ne va pas en faire une pendule veux-tu ? J’ai dit toujours au lieu de souvent, excuse moi, j’ai pensé trop vite. Je te rappelle que nous sommes pressés. Je sais bien qu’être à l’heure à un rendez vous est un concept qui te passe à mille lieues au-dessus de la tête mais là quand les bornes sont dépassées, les limites sont…
- Ah parce que tu appelles ça penser ? Mais tu te prends pour qui ? Onfray de déchetterie, BHL au rabais, Comte Sponville deuxième démarque…
- La vache ! Mamour tu frappes fort quand même !
- Ah parce que toi tu frappes gentiment, peut-être.
- Est-ce-que c’est bien le moment d’entamer cette querelle ? On a deux heures de route, le mariage est à onze heures, il est dix heures, calcule ?

- Si je comprends bien, ce n’est pas le moment de discuter mais celui de faire du calcul mental, alors ? Et après c’est moi qui délire ?
- La mauvaise foi que tu peux distiller, c’est dingue ! Tu es un concentré de mauvaise foi, tu vas t’empoisonner le cerveau, à force, méfie-toi.
- Parce que Môssieur est la bonne foi incarnée, c’est ta vertu première, évidemment. Tu ne manques pas d’air…
- Allez vite, accélère.
- Ah je vois, quand tu es mouché tu ne sais plus quoi dire, tu reviens à tes obsessions, Môssieur je suis toujours à l’heure… Ce que tu peux m’agacer, mon pauvre Paul.
- Et puis, je vais te dire une bonne fois pour toute : Si je veux en faire une pendule, j’en ferai une !
- En plus, tu sais bien que je n’ai pas envie d’y aller à ce mariage, je te l’ai toujours dit, je ne t’ai pas pris en traître, depuis le départ tu le sais…
- Mais on ne peut pas faire autrement c’est celui de ta mère.
- Justement.

Jacou - On ne va pas en faire une pendule

- On ne va pas en faire une pendule
- Surtout qu'on n'a pas le temps
- De quoi tu parles ?
- De la pendule. Bon on s'y met.
- A quoi ?
- A mettre les pendules à l'heure.
- Au fait, les aiguilles, je les recule ou je les avance ?

Où lire Jacou

Semaine du 10 au 16 juillet 2017 - On ne va pas en faire une pendule

Que la pluie vous ait souri ou non dans la semaine, nous vous proposons une idée suggérée par Andiamo : "on ne va pas en faire une pendule".
En prose ou en vers laissez-vous inspirer par cette expression, et envoyez-nous votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 16 juillet minuit.

dimanche 9 juillet 2017

Stouf - La pluie nous souriait

Les colles c'est nul
(mais pas Sylvie).

Sylvie de la porte de la Chapelle est mon instite préférée. On se marre bien depuis que nous nous sommes retrouvés.

Cela se passait au siècle dernier, nous étions gosses et très bavards au fond de la classe (pas loin du radiateur pour l'hiver et de la fenêtre entrouverte l'été ). Monsieur Makudzinsky ( Mécouillenski d'aprés Sylvie qu'avait plus de verbe que moi ) notre instite, ne pouvait pas me piffrer à cause de quelques différents entre lui et ma mère, maire de l'arrondissement et lui simple dernier adjoint de l'autre bord politique.
V'la pas qu'un jour il nous chope entrain de jouer tranquillement au pendu sans déranger personne, il nous met un zéro à tous les deux et déclare qu'à partir de tout de suite dorénavant il ne veut plus nous voir l'un près de l'autre dans sa classe et que Jeudi on doit venir en colle pour réviser le théorème de je ne sais plus qui Legrec .
Sylvie tente vainement sa technique du chialage façon pauvre princesse de conte de fée, je me jette à terre et me cogne plusieurs fois la tête sur le sol mais … rien n'y fait, nous sommes collés.
Franchement, ça me fend le coeur de voire partir ma meilleur copine. Elle tourne sa tête vers moi, elle aussi est triste, mais … elle me fait un clin d'oeil que je n'oublierai jamais.
Vivement 4 heures et demi et qu'on aille tous les deux voire dans la rue quoi c'est qu'il se passe.

Y a eu le Jeudi de colle, les sorties d'école, le matin où j'allais attendre en bas de chez elle pour lui porter son sac et puis … un jour où il pleuvait, elle m'a prit la main droite dans la sienne et j'avais le cœur qui battait la chamade, nous allions déjà au lycée et la pluie nous souriait.
Merde, elle a eu son bac et moi aussi.
L'école normale loin ailleurs dans une autre ville pour elle et moi chez les fous de Jussieu à Paris ( biologie, botanique, chimie et j'en passe à propos des manifs ).
Fini … quittage, pleurage, un bon baisage ( le dernier ? ).
Et puis un jour dans le métro ( station Bienplustard ) y a une nana maîtresse d'école que je vois de dos qui me barre le passage parce qu'elle fait que de causer à des mômes qui l'écoutent sagement.

- Excusez moi madame, puis-je avoir accès à la où c'est que veux aller ?
Pas de réponse, la dame continue à causer. Elle commence à me faire chier celle là !
Tout à coup une petite fille dit : -Maman, y a un monsieur derrière toi qui veut passer !
La dame se retourne et me regarde avec ses yeux … mes yeux la voient aussi.
- Stouf ?
- Sylvie ?
Tout à coup le temps n'existe plus.
- Je t'aime pour toujours !
- Moi pareil !
Mes bras enserrent sa taille, les siens la mienne, nous nous mettons les lèvres les unes sur les autres ( avec les langues à l'intérieur des bouches ) et la petite fille tire deux fois sur le pan droit de mon pantalon Jean.
- Monsieuuur … c'est toi mon papa ?

vendredi 7 juillet 2017

Laura Vanel-Coytte - La pluie nous souriait

La pluie nous souriait et je relisais le poème d'Emile Verhaeren : "la pluie,
La longue pluie," de mon enfance dans les plaines de Champagne ;
J'y marchais volontairement, chantais, dansais et riais sous la pluie ;
Je suis Cancer, fille de l'eau née d'un Verseau et d'un autre joli crabe.

La pluie nous souriait et je revoyais Turner, 'Pluie, vapeur et vitesse', la pluie
Brouille ce paysage d'un train qui file vers cette ville qu'on espère
Loin d'un autre paysage urbain qu'on connaît trop bien sous la pluie
Je suis fille d'une terre plantée plus tard de vignes, une terre qui pétille.

Qui n'a pas chanté un jour, "Il pleut, il pleut bergère" cette pluie
De Fabre d'Églantine avant de ployer sous la "pluie d'hommes"
De Geri Halliwel, qui n'a pas dansé sous cette sensuelle pluie
Qui n'a pas ri du "Senior Météo" de Carlos, pleuré avec Barbara à "Nantes"?


Qui n'a jamais admiré les "ciels brouillés", les" Brumes et pluies"
De Baudelaire ; qui n'a jamais écouté "le bruit égal des eaux" de Sully Prudhomme
Qui n'a pas lu ses poèmes -paysages heureux et pluvieux a raté sa vie

Même s'il est publiciste, "Ô le chant de la pluie !" clamait Verlaine

La pluie nous souriait et je repensais à la "Pluie d'orage sur la mer" de Constable
J'admire le talent de Caillebotte dans "Rue de Paris, temps de pluie."
En voyant "L'averse" de Sérusier", j'ai envie de revoir la Bretagne
Le pays de mes aïeules qui m'ont légué le goût de la beauté de la pluie.

"I'm singing in the rain" avec Fred Astaire qui ressemblait à ce grand-père
Que je n'ai pas connu, des pas appris derrière les volets battus de pluie
De ma grand-mère, cette petite bretonne veuve trop tôt d'un homme de Provence
Je suis fille de ce feu nervalien, écartelée entre le soleil et la pluie.

La pluie nous souriait :"Jean qui pleure, Jean qui rit", sous les larmes, je souris
Je me déhanchais sur "Purple Rain" en lisant les "Fleurs du mal" sublimes
"Soleils noirs" que Dürer a su m'illuminer d'encore plus de mélancolie
J'étais fille de l'air, celui qui mord, rafraîchit et brûle dans mes paysages.

Pascal - La pluie nous souriait

Les naufragés volontaires


« Rappelle-toi ! Nous étions partis à la pêche avant l’aube !... L’orage de la nuit avait laissé ses flaques sur la route ! Les phares de la voiture semblaient flotter dessus, et toi, le coude à la portière et la clope naturellement au bec, tu fonçais dans cette pénombre fantasmagorique !... »

Allongé sur son lit d’hôpital, mon pote regardait intensément le plafond comme s’il avait retrouvé l’itinéraire de notre course folle ; parfois, il fronçait les sourcils car il devait reconnaître les virages dangereux, les descentes glissantes et les longues lignes droites…

« Les arbres sortis de la nuit surgissaient au bord de la route comme des auto-stoppeurs en manque de vacances ! On frôlait les talus ! On écoutait Abba, à fond, dans la radio cassette de la bagnole !... »

Pendant cette souvenance musicale, j’étais sûr que les refrains endiablés de « Gimme ! Gimme ! Gimme ! et de Knowing me, Knowing You », revenaient en boucles tonitruantes dans sa mémoire…

Cela devenait de plus en plus difficile de le stimuler au présent ; dévoré par la maladie, assommé par les médicaments, il sombrait lentement dans une léthargie sans avenir. Loin des hypocrites pleurnicheurs qui lui inventaient une bonne mine, une nouvelle santé, un lit moelleux, j’avais encore la faveur de ses rares moments de lucidité mais, que peut-on dire à son ami d’enfance quand on sait, tous les deux, qu’il va mourir à cause de cette saloperie de cancer ?... Aussi, j’avais pris le ton du narrateur enthousiaste et je lui racontais une de nos extraordinaires journées de pêche ; comme il connaissait mes envolées théâtrales, il avait poussé la potence des perfs pour me regarder avec tous mes gestes d’acteur exalté…

Pour nous deux, le plaisir immense d’aller à la pêche, c’était la somme des films qu’on s’en faisait déjà, à l’avance ; le trou d’eau aux noirceurs abyssales, la légendaire truite cachée, la touche d’anthologie, l’environnement extraordinairement bucolique, étaient les fabuleux ingrédients chatouilleurs de nos rêves les plus halieutiques. Nous avions beau être allé mille fois à la pêche, c’était toujours la même supercherie sublime qui courait plus vite que notre passion. Tout au long de l’année, on y retournait inlassablement pour oublier les vicissitudes de la vie moderne et conjuguer nos sens à tous les temps de l’interlude heureux… Tous les vrais pêcheurs vous le diront : on ne revient jamais bredouille ; on en prend toujours plein les oreilles, plein le nez, plein les yeux.

Nous, on refaisait le plein d’humilité…

« Tu te souviens de la musique du vent dans les branches ? Des chiens des fermes alentour semblant les ténors incontestés de la polyphonie champêtre ? De la cascade profonde aspergeant ses rochers au tempo d’un tintamarre d’éclaboussures ? On croyait à une nouvelle symphonie de Beethoven ! Moi, j’en oubliais de pêcher et, toi, tu tirais sur ta clope et tu regardais les volutes de fumée danser sur cette mélodie pastorale !... »

Il acquiesçait, mon pote ; sa tête faisait des « oui » d’approbation sans condition. Il entendait tout ; la cime courbée et sifflante des arbres cherchant à griffer les nuages, la chute d’eau, ses arcs-en-ciel musicaux, les gazouillis des oiseaux effrontés, c’était dans son film en couleur, sur le tableau trop blanc du plafond…

« Et les parfums ? Rappelle-toi tous ces parfums sauvages qui nous submergeaient !... »

J’étais debout au milieu de la chambre ; je remplissais pleinement mes poumons en inspirant tous nos souvenirs olfactifs. Il était d‘accord, mon pote ; ses paupières disaient encore « oui » en battant la mesure d’une chamade fragrante aux effluves sensationnels. Il avait mis son nez en dehors du drap et il semblait humer tout, sauf l’ambiance médicale de l’endroit. L’odeur de nos bottes en caoutchouc, celle des chevelures d’algues, des pierres mouillées, des fougères, des fleurs, de la vase verdâtre, de la terre où se cachaient nos vers de terre, c’était dans l’éventail de son odorat chamboulé…

« Et quand on se retrouvait naufragés volontaires sur des îlets au milieu de la rivière ? Je savais que tu étais dans le coin parce que l’odeur de ta sempiternelle « Royale Rouge » m’indiquait immanquablement ta présence ! Les mains derrière la tête, tu étais allongé sur les galets, constatant tout cet environnement enchanteur comme si c’était un don du ciel ! Rappelle-toi ! Chaque seconde accordée au Temps avait une valeur inestimable dans le sablier de notre jeunesse !... »

Mon pote regardait intensément dehors ; les nuages paresseux traversaient la vallée du Rhône en constellant le paysage d’ombres fugaces, comme des emplacements de puzzle encore vides. Pendant ce moment de grande pudeur, j’espère qu’il était satisfait de tous les grains de sable qui avaient occupé son temps…

« Et les lumières, mon ami ? Le furieux kaléidoscope du soleil clignotait sans cesse entre les feuilles des arbres ! Les contre-jours extravagants débordaient du panorama, la fumée opaque de ta putain de cigarette s’irisait avec ses contorsions d’évanescente insoumise, le bleu de la rivière se recomposait émeraude ou ardoise, et la brume nous empaquetait tous ses présents à chaque détour de la rivière !... »

Il devait être ébloui, mon pote, car il fermait les yeux. Ses pieds s’étaient redressés au fond du lit et cela formait deux montagnes aux neiges éternelles…

« Et quand tu as attrapé cette truite si belle, si majestueuse, si fabuleuse ! Il me semble qu’elle t’attendait depuis toujours ! Te souviens-tu comme elle frétillait entre tes mains ? On a pensé que tu avais capturé Dame Nature elle-même ! Quand tu as décroché l’hameçon de sa gueule, tu n’as su que la remettre dans la rivière en échange d’immense cadeau !... »

Entre ses deux mains tremblantes, il me montrait un espace conséquent ; c’était la mesure de la vraie Liberté…

« Et quand on a pris cet ouragan dantesque sur la tête ! Obstinés et inconscients, nous avions continué à pêcher jusqu’à la dernière goutte de l’orage !... Au milieu de toute cette inondation, tu te souviens ?... La pluie nous souriait !... On faisait partie du spectacle !...

Cette métaphore sembla l’atteindre ; fixement, il regarda la pluie qui tombait du plafond ; il devait en prendre plein la figure parce qu’il pleurait, mon pote…

« Et quand nous sommes revenus ! Nos femmes se moquaient parce qu’on n’avait pris seulement qu’une monumentale saucée !… Elles ne pouvaient pas comprendre dans quelle féerie nous avions gravité !... Demain, demain, je te parlerai des jolies filles qu’on a connues ensemble ! Rappelle-toi, ces jumelles, Suzanne et… »

« Chan…tal… » me dit-il… de sa voix finissante…

Arpenteur d'Etoiles - La pluie nous souriait


J’ai eu dans une de mes nombreuses vies professionnelles un DG belge, wallon de surcroît. De personnalité assez complexe il était à la fois bon vivant, convivial, soupçonneux, paternaliste, méfiant, indiscret, soupe au lait, colérique, drôle, matois, président du Lion’s de Charleroi et ressemblait d’assez prêt à Horst Tappert, c’est à dire à Derrick (on applaudit dans les maisons de retraites, s’il vous plait). Il nous appelait « fieu » ou « m’fi » avait un accent incomparable, aimait les américanos et était doté d’un réel sens de l’humour.
Le petit texte qui suit raconte une anecdote véridique arrivée lors d’une de ces tournées « comptes clés « (key account … on est dans une boîte internationale, oui ou non ?) effectuées avec lui (en l’occurrence à Clermont-Ferrand). Ces visites là consistaient essentiellement à inviter les meilleurs clients dans les meilleurs restaurants de la ville, puis à échanger des banalités entre 16 et 18 heures avant de reprendre la route vers d’autres aventures.

BALLADE AUVERGNATE ou BOURREE BELGE

Encore un jour et puis après un jour encore
La route est un chemin de pluie.
Elle bat la vitre contre laquelle un homme dort
Et qui paisiblement sourit

Ce matin, avril avait fermé l’horizon
Jusqu’aux confins des monts d’Auvergne.
Un vent glacé hurlait sur le toit des maisons
Et courbait la tête aux grands chênes.
Depuis Clermont où les colères des volcans
Grondent dans le ventre des pierres,
Aux marches du Velay encore rouges du sang
Des maquis de la dernière guerre,
Nous roulions dans les brumes, tranquilles, sans mot dire :
Ce jour là, le Belge était taiseux.
Mais il est des silences bavards ; il faut dire
Que la veille, c’était copieux !

La veille était bordeaux et poularde à la crème,
Magret, dos de sole grillé,
Médaillon de foie gras et son verre de Sauternes,
Sabayon au champagne glacé.

La veille était aussi dos cassé, sciatique,
Grimaces et claudication,
Les escaliers semblaient des Everest tragiques,
Un pas : une abomination.

… tiens, il bouge …

- Dis donc fieu, ne serait-ce pas là ton GSM ? –
- Bien sur, mais il ne marche pas ! –
- Allei, ça va, laisse faire le Papa – Il aime
Se mêler de ce qui ne le regarde pas.

- Mais tu connais une fois un Wilfried, sans doute ? ! –
- Zut … il est dans mon répertoire ! –
J’enrage mais ne dit mot, le regard sur la route
Qui se transforme en patinoire.

La pluie redoublait de violence ; chaque virage
Etait un exploit, un instant
D’angoisse ; le brouillard se confondait aux nuages
Pressés par la folie des vents.

… flots de paroles dans la tourmente …

Puis le silence ; étrange. Je risque un oeil furtif
La bouche ouverte et le teint pâle,
Il me fait peur ; il est Dantès au château d’If …
… La main crispée sur mon portable.

Il porte en cet instant les souffrances du monde.
Un peu d’écume au coin des lèvres
Forme un filet gouttant sur sa bedaine ronde.
- Arrête vite
– Le souffle est court, la phrase brève.

Je freine tout de suite et range la voiture
Sur l’herbe, tout au bord du fossé.
Penché sous la pluie drue, il rend à la nature
Un peu du petit déjeuner.

J’ai voyagé avec Pathos ;
Heureusement
Eros non plus que Thanatos
N’étaient présents

Il y a longtemps chez cet homme qu’Eros ne bande
La corde à son arc courtois
Quant à la camarde finalement, à tout prendre
Elle n’a que faire de Charleroi.

Elle ne daigne pour lui, tirer de sous les plis
De son linceul, sa longue faux …
A moins qu’il ne lui rende son âme en sursis
Dans un verre d’américano
Et son corps, bien sur, dans une bière … d’abbaye

… / …

Encore un jour et puis après un jour encore
La route est un chemin de pluie.
Elle bat la vitre contre laquelle un homme dort
Et qui paisiblement sourit.


Jacou - La pluie nous souriait

Pluies de bruits

La pluie nous souriait,
Le parapluie, lui, était bien fatigué.
Une goutte glissait le long d'un tuyau de cheminée.
La pluie luisait,
Sur le trottoir, sans fin, dessinait,
Ruisseaux déglingués.
Un gosse s'amusait,
Chaussures trempées,
Donnait des coups de pied,
La pluie lui souriait.


jeudi 6 juillet 2017

Célestine - La pluie nous souriait

Rimes

Au ciel de notre lit, la pluie nous souriait
Cachés dans les taillis aux hirsutes épines
Vers mon graal velouté doucement je guidais
Lentement dans un souffle l’ardeur de ta … main

Mon ventre opalescent ondulait sur la berge
Où m’avait entraînée ton rire cristallin
Le désir chevillé de mon flanc à mes seins
J’entrevis médusée la force de ta … voix

Au plus fort de nos jeux alouettes et grenouilles
Accompagnaient de leurs ébats le rythme fou
Qu’imprimait à mon corps la danse de tes … bras

Cependant que la lune eut enfin apparu
Dans un ciel opalin aux étoiles profondes
En jetant un grand cri je t’ai offert mon … cœur

A Vegas

Célestine - La pluie nous souriait

La pluie nous souriait derrière les vitres en écailles translucides de la marquise au-dessus du perron. Sur le gazon luisant, quatre chatons erraient par petits bonds. Boules de poils à l’abordage des plates-bandes, curieux et maladroits sur leurs pattes, ils gambadaient sous l’averse. Héritage sans doute d’une nuit d’amour de notre chatte sur un toit brûlant, où l’haleine tiède du ciel invite les matous à l’aubade même au crépuscule.

La féerie de ces quatre adorables points-virgules blancs et duveteux, égaillant le soir trempé de leur désinvolture désarmante, nous prit tous à la gorge. Théotime battait des menottes, devant ces peluches vivantes. Je les regardais, attendrie.

Dans un gémissement implorant, Lisa la plus délurée d’entre nous, voulut descendre les cueillir dans son tablier, pour les mettre à l’abri dans ses draps fleuris d’églantines. Père refusa, prétextant que leur mère les chercherait partout. Nos protestations ne le firent pas changer d’avis.

En réalité, il craignait que nous nous attachions à ces bestioles. Il savait d’expérience que le déchirement de leur perte serait trop terrible, si jamais nous devions nous en séparer.

Ce soir-là, dans la chambre bleue sous la pluie d’été, nous apprîmes le renoncement, les poumons serrés de sanglots. La leçon fut d’importance, puisque je ne l’ai jamais oubliée.

Où lire Célestine

mercredi 5 juillet 2017

Plume Vive - La pluie nous souriait

Le ciel vert olive annonçait une belle journée. Le réveil de la communauté se déroulait en silence ce matin, comme un accueil révérencieux du printemps qui tentait désespérément de se faire une place dans le froid de mars. Les yeux hagards des adultes croisaient la malice pétillante des plus jeunes, au milieu des volutes de fumée qui se dégageaient des braseros du petit-déjeuner. Cet espoir sans cesse renouvelé chez la nouvelle génération nous fatiguait, nous, les grands. Cette joie lumineuse de chaque jour représentait cependant l'unique raison pour eux de se lever, nous en étions bien conscients. L'air crépitait des odeurs de viande grillée et de maïs rôtis. La vie, branlante, fragile et incertaine, était bien là, tout autour et en nous.

Puis chacun a vaqué à ses occupations…

Je ne sais plus qui a entendu le clapotis le premier. Si nous avions été plus attentifs, nous aurions pu distinguer très nettement le nuage en question, intégré dans la teinte camouflage de l'horizon. Des images carminées teintent aujourd'hui ce souvenir. Le hurlement de l'enfant qui a reçu la première goutte résonne encore en moi, profondément. Au signal d'alarme lancé par notre sentinelle au dentier rafistolé et à la crinière blanche, nous sommes devenues des fourmis, nous réunissant sous les abris en tôle réservés à cet usage. Nous nous sommes poussés les uns contre les autres, sans grande bousculade, plus dans l'envie de se rassurer de la présence de l'autre, nos corps pris de frissons d'angoisse se reconnaissant les uns les autres. Les auvents de fortune avaient été aménagés de manière suffisamment spacieuse pour que le moindre d'entre nous puisse s'y abriter.

Malheureusement, on y trouvait de plus en plus de place.

C'était devenu la nouvelle mode, visiblement. De pluie en pluie, certains d'entre nous se sentaient pousser des ailes de courage et de bravitude. Nous savourions de ce fait le luxe d'une aisance supplémentaire à chaque ondée. Mais à quel prix ? Certains décidaient d'y passer en famille, et parfois sans même en avoir informé les enfants au préalable. D'autres n'avertissaient personne et s'offraient, sous le regard horrifié de leurs proches, si choqués même qu'ils ne prenaient pas la possibilité de les rejoindre et de ne pas rester seuls ensuite. Ces différents spectacles nous étaient ainsi proposés régulièrement. Aussi écœurant que déchirant. Aussi pathétique que libérateur. Je sais que nous étions plusieurs à les envier, ces kamikazes de l'extrême. Parce que leur décision était synonyme de délivrance. Pour eux du moins. Car nous concernant, ce choix ne faisait que nous rappeler nos perspectives réduites d'avenir et les erreurs, graves, du passé.

Ce jour-là, c'est une famille entière, debout face à nous et unis par leurs mains, qui nous a quittés.

La pluie a ouvert sa symphonie par une mélodieuse musique sur les toits des abris. Un brouhaha plus tard, nous étions tous à couvert, tous, sauf eux. La mère de famille regardait son homme, et chacun d'eux étreignaient la main de l'un de leurs deux enfants, placés entre eux. L'aînée et son jeune frère baissaient leur tête, comme résignés. La jambe gauche du petit garçon qui ne cessait de tressauter témoignait de sa peur. Sa sœur serrait si fort la main de sa mère que quelques gouttes de sang ont commencé à tomber des jointures de leur union, les ongles de l'une s'enfonçant dans la peau de l'autre. Tout va très vite. À chaque fois. Des premières gouttes éparses naissait une averse drue et puissante. C'est dans l'entre-deux qu'Oscar a fait entendre sa voix, tel un louveteau à l'appel des siens.

Quelques secondes seulement.

Quelques secondes de sons gutturaux, de mouvements désordonnés et d'éclaboussures vermillon. La famille, arrivée aux limites de son désespoir, n'était plus. Symbole de la déraison dont notre espèce a fait preuve pendant tant de décades, ces courageux combattants de la vie avaient décidé de mettre un point final à leur lutte. Pour eux, plus de culture de l'unique aliment résistant à la piètre qualité de la terre, de l'air et du peu d'eau demeurant sur la planète, j'ai nommé le maïs. Pour eux, plus d'abattage, en vue de subsister, de la seule race d'animaux dont la loyauté a primé sur l'intelligence de s'éteindre par elle-même, les chiens, ces amis fidèles qui ne se doutaient de rien jusqu'à leur dernier souffle sous nos haches. Pour eux, finie l'hypocrisie d'une vie comme la nôtre, que d'autres ne pouvaient s'empêcher de perpétuer, que dis-je, de perpétrer.

Cinq à six fois par an, la pluie nous souriait.

Et nous finissions par lui sourire à notre tour, les uns après les autres.

Marité - La pluie nous souriait

Tumultueux orage

Nous partîmes tôt dans le matin déjà rieur de l'été. De l'eau et des sandwichs garnissaient nos sacs à dos. D'un pas alerte, nous entreprîmes de grimper tout en haut de nos collines limousines.

Nous foulions les herbes des chemins embaumant la menthe sauvage et le chèvrefeuille. Les genêts ployaient sous leur fardeau d'or et nous caressaient au passage. La rosée donnait à l'air une pureté et une fraîcheur qui nous faisaient frissonner délicieusement.

Le silence se composait simplement de chants d'oiseaux et de furtifs frémissements dans les fourrés. Il se brisa soudain quand, au loin, résonna le son des cloches d'un village annonçant l'angélus. Nous cheminions sans parler, heureux d'être ensemble. Nous admirions les bruyères en fleurs qui jonchaient tout le pan de la colline sur laquelle nous avancions. Le mica argenté dont se poudrait le sentier exacerbait leur couleur mauve.

Un soleil aveuglant et brutal nous attendait au sommet du doux mamelon, faisant flamber la lande violette. Sans plus tarder, nous descendîmes sur l'autre versant à travers les sapins pour rejoindre un petit ruisseau caché au fond de la vallée.

Épuisés et en nage, nous jetâmes nos sacs sur le pré et pieds nus, nous courûmes nous rafraîchir dans l'eau froide de la rivière. Après notre collation, bercés par le murmure de l'onde, nous nous endormîmes dans la torpeur de l'après-midi.

Je me réveillai en sursaut. Dans le ciel couraient de gros nuages noirs zébrés de lueurs menaçantes. L'écho renvoyait de colline en colline les grondements sourds du tonnerre. Ses notes discordantes s'enflaient rapidement. Je secouai Gilles qui se leva d'un bond. De grosses gouttes tombèrent d'abord une à une puis l'averse s'abattit sur nous avec violence. L'autan se mit aussi de la partie et sifflait avec rage.

Gilles prit ma main et m'entraîna à travers la prairie vers une grange que nous apercevions plus loin. Nous poussâmes la porte qui ne tenait qu'à demi et hors d'haleine, trempés, nous ruâmes à l'intérieur. Nous nous regardâmes, dégoulinant de pluie et ensemble, nous éclatâmes de rire. Quelques tuiles manquaient au toit mais au fond du bâtiment, un tas d'herbe sèche s'élevait, accueillant.

Sans nous concerter, nous nous débarrassâmes de nos vêtements trempés et nus comme au premier jour, nous ruâmes dans le foin. Nous creusâmes un nid dans son odeur capiteuse et bientôt ce fut la fête de nos corps dans une voluptueuse fièvre. Le souffle de Gilles s'accéléra tandis que sa bouche prenait la mienne. Ses mains impatientes effleuraient ma peau dans une danse frénétique. Je m'abandonnais toute à ses caresses. Oh, l'exquise douleur de l'attente ! Une étreinte fougueuse nous unit. Un feu, une brûlure délicieuse fit éclater notre désir et sceller notre amour.

L'orage s'éloignait, chassé par le seigneur de l'été qui reprenait ses droits. Ses rayons, balayant la prairie, faisaient naître un voile de brume montant de la terre fumante. En s'esquivant, la pluie nous souriait doucement. Ses jambes, là-haut, s'effaçaient pour céder la place à une somptueuse écharpe d'Iris.

Nous étions heureux.

Joe Krapov - La pluie nous souriait

DRAME DE LA RESQUILLE AU CIRQUE BOUCLE

La Pluie nous souriait. Elle venait de terminer son numéro de claquettes. Elle attendait les applaudissements mais rien ne venait. Incroyablement, personne ne songeait à frapper dans ses mains pour applaudir ce qu’elle avait accompli avec ses pieds. Du reste, il n’y avait plus un seul spectateur sur les gradins du cirque.

C’est qu’il y avait eu un pépin. Tout le monde était sorti en entendant le cri.

Afin de pouvoir assister gratuitement au numéro de danse de la Pluie, une spectatrice n’avait rien trouvé de mieux que d’escalader l’un des mâts du chapiteau. Mais elle avait glissé et s’était écrasée par terre.

Le Monsieur Loyal de la troupe, qui s’appelait Soleil et qui était aussi le directeur du petit cirque ambulant, revint dire à la Pluie de passer dans sa roulotte, qu’il lui donnait son compte et qu’elle pouvait chercher du travail ailleurs.

Alors voilà, c’était ainsi. On la chassait de nouveau ! Même si dehors on entendait un grand cri de joie collectif : la spectatrice venait de se remettre sur pied et, oublieuse de ce qui s’était passé, elle escaladait de nouveau, sans aucune peine, le mât qui la menait au sommet du chapiteau, se hissait sur la toile, reprenait le fil de son existence un temps arrêtée.
La Pluie nous souriait. Elle venait de terminer sa petite chansonnette. Elle attendait des applaudissements mais rien ne venait. Incroyablement, personne ne songeait à frapper dans ses mains pour applaudir ce qu’elle avait accompli dans cette cour d’école avec les pieds de son poème. Les enfants se demandaient si on ne se fichait pas un peu d’eux avec cette sornette à deux balles que la Pluie avait à nouveau reprise en boucle sans jamais vouloir s’arrêter, de peur qu’on ne la chasse à nouveau :

L’araignée Gipsy
Monte à la gouttière
Tiens voilà la Pluie,
Gipsy tombe par terre
Mais le Soleil
A chassé la Pluie !
L’araignée Gipsy…

(Ad libitum, comme disent les musiciens)



Stouf - La pluie nous souriait

La lettre à Nonyme

Monsieur le commissaire, je dois en préambule à ce grief incriminatoire, vous assurer de ma parfaite obéissance à l'exercice de vos fonctions administratives hautement respectables et tout à fait honorables, je dirais aussi méritantes et dignement recommandables.
J'ai un truc à te dire mec … bordel de cul (excusez moi chère Célestine ), hier encore la pluie nous souriait !!!

Il me semble pourtant gênant de porter atteinte à cet élément qui désavantage nombre de substituts nègres d'Afrique, qui les prive de ce qui nous est tout à fait inadmissible lorsque nous avons oublié de nous munir d'un parapluie alors que nous allons tranquillement au marché du quartier afin de remplir notre frigidaire et qu'eux n'ont que peu de légumes afin de se sustenter à cause de lui …
Et. Je tiens à porter plainte auprès de vos services contre ce fâcheux élément qui hier encore dégrada au plus haut point un chapeau qui me venait de ma trisaïeule, une brave femme qui paya ses impôts de façon tout à fait honnête et qui m'exhédérerait depuis sa tombe si elle était au courant de ma désinvolture.
Bon sang de bordel de merde ! Si t'en pètes de joieuu neuu viens pas chez moâââ euu !!!

Monsieur le commissaire … veuillez excuser les égarements d'une vieille femme atteinte de bipolarité légèrement excessive mais dont l'acquittement de ses contributions impositionnelles furent parfaites tout au long de sa vie.
Merqui ducon … allez, viens te battre !;o)))


mardi 4 juillet 2017

Chri - La pluie nous souriait

DERNIER BAISER.

Tenir l'orage secret jusqu'à l'éclair. P. Léotard.

Depuis le matin, le Ciel qui les avait accompagnés était un de ceux qu'on ne voudrait jamais voir. Il était autant inoubliable qu'à oublier. Quelques rares touches de bleu, incomplètement résignées tentaient d'exister malgré tout le gris.

C'était un ciel dense de colère rentrée, un ciel de larmes à venir. Parfois, comme pour rappeler à son ordre, il virait brusquement au noir et obligeait à allumer le jaune des phares. D'autres fois, pour laisser croire, il s'ouvrait comme un portefeuille de généreux et s'illuminait d'un bleu métallique, très vite éteint par d'énormes masses tourmentées. Voilà c'était un ciel de tourments. Mais jamais, jamais durant toute la journée il ne s'est abandonné, comme s'il avait voulu attendre, comme s'il préférait rester menaçant. C'était un ciel de menaces, un ciel de volonté, vivant, maître de ses choix, de lui-même et du monde en dessous. Et, si l'air avait souvent vibré de grondements sourds, d'une puissance effrayante, ils n'avaient jamais eu à balayer le pare-brise. Ils avaient roulés sous son épaule depuis l'aube mais pour une fois, la bagnole avait été raisonnable. C'est à dire qu'elle avait fait ce qu'on lui demande de faire. Un moment il avait cru entendre un bruit bizarre mais non, rien. Il avait fait quelques kilomètres en alerte mais pas d’incident. C’était resté inquiétant. Quand on est persuadé d’une chose, il vaut mieux qu’elle soit vraie... Pour finir, ils avaient quitté la ville alors que le noir de la nuit baignait encore les sommets perdus des tours de banlieues. Les premières lueurs vers l’Est étaient venues lentement, le ciel s’allumait comme avec un variateur, quand ils avaient fendu les premiers champs surveillés par les rondes noires de corbeaux noctambules. Au loin, des brumes allongées montaient des lits des rivières, des villages encore endormis sortaient de terre en s’étirant, malgré le ciel étouffoir, la vie ne renonçait pas. Les deux dans la voiture ne s’étaient pratiquement rien dit depuis le tout début du jour. Quoi dire après un spectacle d’une telle splendeur. Pourtant, avant de se mettre en route, ils avaient parlé de tout se connaissant depuis trop peu de temps pour prendre des précautions et maintenant, ils savaient tout ou presque de l’autre. Ils savaient aussi qu’ils auraient tout à réapprendre. Ils s’étaient rencontrés quelques heures auparavant dans un restaurant, assis à deux tables côtes à côtes. Elle attendait quelqu’un qui n’était pas venu, lui n’espérait plus quelqu’une qui ne viendrait pas. C’est lui qui avait envoyé la première phrase. Elle, elle n’avait pu retenir une larme qu’un coup de fil avait fait naître.

Je peux vous demander du feu ? (En montrant une cigarette).

Vous pouvez, mais offrez m’en une, s’il vous plait. Quelques minutes de silence après, elle s’était assise en face de lui. Tout à leur rencontre, ils avaient mangé sans appétit des plats sans goût. Puis ils étaient sortis juste pour n’être plus enfermés. Alors, leurs corps s’étaient mis à marcher. Bien sur, il avait proposé de la raccompagner mais elle avait dit qu’elle ne souhaitait pas rentrer, pas encore, pas de suite. Ils avaient continué en traversant la ville de part en part, de long en large en s’arrêtant parfois pour boire un verre dans des bars louches, traversant le fleuve, passant et repassant sur ses ponts, se laissant éblouir aux projecteurs des bateaux mouches, s’amusant de leurs ombres immenses projetées sur les murs des quais, s’éloignant malgré le fait de tourner en rond des leurs histoires communes.

Un moment, il lui avait tenu le coude pour traverser une avenue mais il l’avait très vite relâché pour ne pas la heurter... Ils ne s’étaient pas rendus compte que le ciel se couvrait, mais dans les villes, la nuit, le ciel n’existe pas. Dans les villes, la nuit, il n’y a que la ville qui existe. Les voitures s’étaient faites plus rares, les rumeurs avaient fait place aux bruits, les silhouettes aux personnes et le noir aux lumières. L’agitation s’était dissoute et le calme imposé. Il prenait garde à garder ses distances d’elle, excluant le moindre frôlement, la plus petite équivoque. Mais à ne pas vouloir passer pour, on finit par ne plus être.

Dans le doux cocon d’un square désert, sur une île à cheval sur le lit du fleuve il lui avait raconté sans chercher à la convaincre de son besoin de sud, de ses espérances d’harmonie, de ses désirs d’odeurs de terre après les averses, de virées en forêts avec à ses côtés la truffe énervée d’un chien, plongée dans les senteurs d’humus, de sérénité retrouvée. Il lui avait décrit le souhait d’avoir les pieds sur terre, son regard posé sur des toits de vraies tuiles, de son corps traversé par le chaud, l’humide ou le froid, de saisons enfin ressenties, d’heures vécues mais pas abandonnées. Il avait évoqué les brumes lentes des matins d’Octobre, les feux flambants foutus aux feuilles des forêts d’automne, les flaques de ciel sur les sentiers détrempés, les apparitions des premières hirondelles aux printemps venant, les garrigues et les buissons de thym sauvage, les traces majestueuses et dessinées des vols de migrateurs, le grouillement brouillon des insectes en été, le chant lancinant des cigales, les hameaux silencieux aux heures du repos... Et, s’il s’était contenté, pour cette fois de lui dépeindre des chromos de Provence, il s’était senti capable d’en dire autant sur la montagne et peut-être encore davantage sur l’océan. Il ne lui avait offert qu’un peu de l'épinal qu’on s’invente quand on en a soupé de la ville et de ses ingrédients. Elle avait écouté et il l’avait sentie séduite. Elle, elle ne lui avait transmis que son besoin de paix après les années qu’elle venait de vivre. Puis ils s’étaient tus, longtemps. Et au ventre du silence, elle avait dit : J’ai envie de voir la terre. Il avait souri. Ils avaient roulé. Maintenant, il stoppait le moteur au plus haut d’une butte ronde comme une épaule de femme dominée par les ruines d’une Abbaye en abandon. Au loin, en bas, les coqs débauchaient, plus haut, le jour encore plein d’orage, se levait. Sous la menace pesante, elle était sortie et s’était avancée vers la plaine en éveil. Il l’a suivie de près. Il s’est défait de son manteau et lui en a délicatement enveloppé les épaules en laissant un bref instant les mains sur elles. Elle ne s’est pas retournée, elle a seulement dit : C’est un bel endroit pour se laisser embrasser. Il a répondu : J’en ai envie...

Alors, bravant la colère du ciel qui grondait, défiant les éclairs qui menaçaient, provoquant enfin la chute déferlante de la pluie, ils se sont donnés fiévreusement leur premier baiser. Celui là n’était pas difficile à recevoir. Ils savaient bien, trempés par les toutes premières gouttes que le plus difficile serait de s’arranger pour que tous ceux qui suivraient lui ressemblent. Mais aujourd’hui, ici, ces deux là, s’il y avait bien une chose dont ils refusaient d’entendre parler c’était ... d’impossible.

La pluie nous souriait et l’avenir nous appartenait. Ou le contraire.

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Andiamo - La pluie nous souriait

La pluie nous souriait.

Mamadou Dialo, pieds nus dans son petit jardin, la terre n'est plus que sable, le sable est rouge, pourquoi vouloir aller sur Mars hurle t-il, Mars c'est ici... ICI !

Les patates douces sèches, rastèques comme disent les Français dans le sud, le midi qu'ils appellent ça. Quant au riz, on n'a jamais vu pousser du riz dans un bac à sable ! Il a fait cette réflexion à haute voix, et rit de sa propre boutade.

A Paris ils parlent de sècheresse lorsque le bitume est sec depuis trois semaines, ils ne savent pas, ils ne connaissent pas la sècheresse, la vraie, celle qui parchemine tout, celle qui brûle, qui soulève la poussière, qui irrite les paupières, celle qui fait onduler la plaine et apporte des mirages. Il se souvient étant à Paris sortir les jours de pluie, prendre la flotte sur son visage ,et sentir l'eau ruisseler sur ses lèvres, sa langue, la pluie lui souriait alors.

La nuit dans son sommeil, dans ses rêves, il entend l'orage, et lui reviennent les paroles d'une chanson interprétée par une jolie Dame, Marie Laforêt : Richard Toll.

Seita n'guinao wingui wadji tao
Sangui bena be meno bena fale (1)


(1) Que tombe la pluie, que pousse le riz...

(ch'tiot crobard Andiamo)

Vegas sur sarthe - La pluie nous souriait

Gourmandise champêtre

Tu m'avais entraîné aux hirsutes taillis
où d'odieuses épines accrochaient ton corsage
tu me pensais hardi je te croyais plus sage
alors que l'on tombait dans ce joyeux fouillis

Aux lointaines clameurs de quelque cerf en rut
a répondu ton rire aux éclats cristallins
je découvrais béat tes globes opalins
ton ventre velouté et l'ombre de ta butte

Sur la mousse des bois où tu me chevillais
j'ai subi tes assauts perdus de haute lutte
une espiègle alouette entamait sa turlute

au plus fort de nos jeux l'orage a retenti
mais tu n'as rien perdu de ton bel appétit
au ciel de notre lit la pluie nous souriait


Où lire Vegas sur sarthe

lundi 3 juillet 2017

Arpenteur d'Etoiles - La pluie nous souriait


Un voyage intérieur

J’avais emprunté des chemins inconnus sillonnant une campagne belle et parfumée. Le soleil sombrait à l’horizon derrière des collines en contre-jour. J’avais croisé quelques cyclistes et d’autres promeneurs avec leurs chiens qui rentraient au village. Moi, je le quittais, sans but, au hasard des champs moissonnés et des rangées d’arbres peuplés d’oiseaux chanteurs regagnant leurs nids. La pente était douce, et je savais que dans quelques kilomètres, je passerai de l’autre côté du coteau qu’habillait presque déjà la nuit bleue. Mon sac léger, mes pensées errantes s’accrochaient à mes souvenirs, oubliant le futur que je ne voulais plus. Je fredonnais quelques airs anciens et récitais des vers, peuplant ma mémoire vacillante. Etais-je encore moi-même ? Cette question était sans réponse.

Une fois arrivé sur le haut de la colline, je découvrais une plaine immense hérissée de quelques clochers épars. Quelques villages, quelques hameaux et des points de lumière diffus. La nuit était là, accompagnée d’un vent frais poussant des nuages gris. Le croissant de lune se noyait doucement. Je restais là, dans un isolement à la fois amer et désiré. Je déployais ma tente et m’asseyais au dehors, humant et écoutant la nature nocturne. Une effraie glissa au-dessus de ma tête. Des bruissements dans les buissons alentours habitaient ma solitude.

Les premières gouttes d’une pluie tiède résonnèrent sur les feuilles des arbres. Je levais mon visage pour que cette eau me délivre de mes noires pensées, puis je rentrais sous la tente et m’endormais sous la musique du ciel.


Semaine du 3 au 9 juillet 2017 - La pluie nous souriait

A peine célébré le sacre de l'été que voici déjà le prochain thème : 
La pluie nous souriait.

Glissez cette phrase là où bon vous semblera dans un texte en vers ou en prose qui devra nous parvenir dimanche 9 juillet avant minuit, 
à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

samedi 1 juillet 2017

Stouf - Le sacre de l'été

Nanou de l'ile

D'un seul coup c'est l'été et j'ai envie de baisers. Je repense à Nanou et je vais la voir pour lui dire que si elle veut j'ai un peu de fric et qu'on se paye un voyage sur l'ile de quand c'est qu'on était ado et qu'on est partis en Grèce. Tiptop elle se fringue shorty et direction l'aéroport.
24 heures plus dans le tard on est tous nus sur une plage d'Ios et c'est comme avant … on s'éclate avec une sono qui diffuse gentiment « waiting for the sun » ou « hear come the sun ».

L'eau est tiède, y a pas d'écrevisses pour nous mordre les doigts de pieds et les méduses s'en vont au large en se disant que ces touristes là c'est tout de même assez important pour leur biotope parce qu'ils respectent la nature.
Crotte ( la crotte humaine mêlée aux excréments de chats ou de chiens avec des pelures de bananes, des restes de poireaux ou de couscous est excellente pour le compost de vos jardins ) … v'là que réapparait John, mon concurrent anglais de dans le temps. Naaan ...ce scarabée idiot !

Ouf ! Il est avec sa Yoko à la con.

Là … Nanou me demande quand c'est qu'on va se faire des baisers et je lui répond que smaack et puis après on fait un peu cracrac.
Okay … nous sommes de vieux cons et elle aussi la salope !

Yesterday … love was such an heasy game to play.;o))