lundi 17 juillet 2017

Arpenteur d'Etoiles - Un vrai festival

LE FESTIVAL DES SORCIERES



- J’ai le plaisir de remettre le grand prix de meilleure sorcière de l’année à : …
- Arrêtez, arrêtez !
Le président manqua d’avaler à la fois son chapeau étoilé, le parchemin qu’il tenait de la main droite, et son immense barbe grise.
- Qui se permet ? Gronda-t-il.
- Moi, fit une voix juvénile dans le fond de la salle.
- issua ioM, rajouta une deuxième tout aussi effrontée.
Deux jeunes filles absolument semblables avancèrent nonchalamment au milieu des murmures de l’assistance. Jeans effrangés, T-shirt dos nu, piercing, tatouage sur l’épaule droite pour une, inversé à l’épaule gauche pour l’autre, elles avaient l’assurance insolente des adolescentes qui semblent revenues de tout.
- Alors, le vieux, on allait enfreindre la loi une seconde fois ?
- ! neib sap tse’c tE. Les deux partirent d’un long fou rire.
- Qui donc êtes-vous pour oser interrompre la cérémonie de clôture du grand festival d’Elseneur ?

Le président s’était levé et tremblait de colère :
- La loi, c’est moi qui la dicte depuis des millénaires, jeunes écervelées. A qui donc croyez-vous avoir à faire ?
- Ben, à un vieux gâteux … comment dit-on déjà quand on est instruquée, chérie ?
- ! eiréhc ,emyhcocaC
- Vouais, c’est ça : un vieux cacochyme !
- Hors d’ici petites salopes de merde. On chuchota quelque part : "ça y est, il a pété les plombs". Le président était passé par bleu, puis vert, puis rouge et s’était arrêté sur blême. Il tendit un doigt vengeur et lança une imprécation violente. L’assistance fit ahhhhh.
- Allez crever aux enfers, raclures de la société. L’éclair qui avait fusé du doigt tremblant se brisa sur la main tendue d’une des filles. Ohhhhhhh, fit l’assistance.

- Bon, assez joué, maintenant. Si t’insistes, tu vas récupérer le déambulateur garé devant l’entrée et retourner à la maison de retraite.
Elle cracha son chewing-gum. Celui-ci roula sur l’estrade et se changea en un loup écumant qui prit une taille gigantesque. Il lorgnait sur le président avec délectation.
- Alors vieux, tu nous écoutes ou tu sers de pâté à mon loulou adoré ?
- ! ueugéd ertê tiod li ; sap xueim tuaV
Le président se rassit, rajusta sa robe en sifflotant, histoire de reprendre ses esprits.
- Ben tu vois quand tu veux, t’es sage. Loulou redevint chewing-gum et se colla sous la table, au cas où …
- Voilà : nous sommes Bora la fille de Myrtha de Malfosse.

Au bruit de Myrtha, la foule tangua.
- Oui, Myrtha. La meilleure sorcière de tous les temps que vous avez flouée l’année dernière avec une décision inique au profit de cette espèce de fantôme ambulant de Marouflette de … comment c’est déjà le nom de l’autre taupe baveuse ?
- ogitreV ed éelforiM
- Miroflée de Vertigo ! Quel blase à la con quand même. Et c’est encore elle qui allait être élue cette année. Tu la baises, ou quoi, président de nos deux ? Et elle où d’abord ?

Une voix cassée descendit de la voute en pierre :
- Ici, je vous attends mes laides, je vous attends. Un rire épouvantable emplit la grande salle accompagné d’une odeur pestilentielle.
- Putain, Marouflette, t’as inventé ni l’eau tiède ni la brosse à dent. Bora fit un geste léger de la main droite qu’aroB exécuta simultanément de la main gauche. Une pluie de fleurs embaumées descendit élégamment sur les participants.
- Pour ton information, ça s’appelle des lys … J’en étais où. Ah oui, inique. Notre mère a failli abandonner son métier et entrer en religion. Ça vous aurait fait drôle d’ailleurs, la compagnie ! Elle est la meilleure pourvoyeuse d’enfants pour le repas d’halloween, et depuis bien longtemps. Donc, on vient relever le gant puisque Ta loi le permet : article cent vingt-six, alinéa trois. Bla bla bli, bla bla bla, voilà j’y arrive : si une sorcière a été vaincue en combat singulier par une autre sorcière, ses enfants ou ayant droit, peuvent se présenter à leur tour dans un délai d’une année. Alors, t’autorises ou je rappelle Loulou ? Le chewing-gum grogna doucement.

- Impossible : vous êtes deux. Vous ne pouvez pas vous battre à deux contre un.
- Du tout pas. Je suis l’unique Bora accompagnée de mon reflet, aroB, qui est sorti du miroir. Et là, j’y peux rien. Vous savez aussi la règle à ce sujet : le reflet ne peut être compté comme une personne. La loi du miroir magique est la loi. Point barre.
Le président avait retrouvé une vague contenance. Il acquiesça en soupirant et demanda à Miroflée de rejoindre le pentagramme inversé tracé à même la pierre. Un oiseau drapé de noir se posa en face de Bora et d’aroB.
- Que le combat commence, lança le président non sans une certaine emphase. Puis il alla se rasseoir, évitant prudemment de frôler Loulou, ne serait-ce que d’un pan de robe.

Ce fut un duel d’anthologie.

Les sorcières se rendaient coup pour coup, faisant avorter chaque tour de son adversaire. On vit un tyrannosaure (Rex) tenter de passer dans un cerceau en feu, des milliers d’oiseaux se fondre en un lapin nain, des centaures se faire dévorer par des loups, des chiens ailés aboyer dans toute les langues du monde mais n’acceptant d’obéir à aucune, des arbres gigantesques sortir de terre puis disparaître en fumée. Les enfers se sont ouverts mille fois, les cieux se sont déchirés tout autant. Un troupeau d’éléphants fut mis en déroute par une seule souris et des milliers de rats furent écrasés par un seul éléphant aveugle prénommé Gilbert. La plus belle des femmes fut séduite par un gnome épouvantable. Orages de feu, déluges de grêle, hurlement déchirant des vents des profondeurs, tornades gigantesques finissant dans un ridicule sac poubelle, sublimes trésors devenant tas d’immondices … Tout de l’art subtil de la sorcellerie y passa. L’assemblée criait de plaisir, applaudissait à toute nouvelle création diabolique, chantait des hymnes triomphaux. Il y eut un moment de flottement lorsque Miroflée se changea en Valérie Damidot, mais celle-ci fut balayée d’un revers de main par Salvador Dali lui-même qui la recouvrit de montres molles en chocolat Lanvin.

- Mesdames, le temps imparti pour le duel est arrivé à son terme. Les spectateurs ont voté sur leur tablettes et le résultat est sans appel : match nul.

Miroflée de Vertigo vint au devant de la scène pour dire sa satisfaction de n’avoir pas perdu cette année après avoir gagné l’an dernier. Elle fut sifflée copieusement pour son manque de sportivité.

Puis Bora prit la parole :
- Vous savez quoi ? Non, fit le public tout acquis à sa cause.
- Miroflée a épuisé tous ces tours. Elle vient de l’avouer. Tacitement, certes, mais elle l’a fortement sous-entendu. D’ailleurs elle ne dément pas.
La sorcière s’était renfrognée dans un coin de l’estrade.
- Mais moi, j’en ai encore un et un surprenant. Ah ! Fit le public, lisant les prompteurs disposés tout autour de la scène.
- Mais tu es hors délai tenta mollement le président.
- Rien à foutre … Regardez bien, public chéri …

Bora et aroB se mirent en face l’une de l’autre, se prirent les mains. Un tourbillon les enveloppa un instant. Quand il se dissipa, Myrtha de Malfosse était là, sur la scène, imposante, carnassière, victorieuse.

La foule rugit de bonheur. On se leva pour porter en triomphe la sorcière.
Elle fut aussitôt nommée grand chevalier de l’ordre de la sorcellerie.

L’année prochaine c’est elle qui présidera au grand tournoi d’Elseneur.

Bora

Arob


3 commentaires:

  1. Des sorcières ça comm' j'veux bien leur nettoyer le chaudron ];-D

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    1. Arpenteur d'étoiles18 juillet 2017 à 20:31

      c'est une bonne idée et l'amour sorcière est un peu risqué quand même :o))

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  2. Pas mal ! Quelle drôle d'aventure; tu as sorti tout ça de ton chapeau pointu ?... :)

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