jeudi 9 juin 2016

Clémence - Internet a disparu

Elucubrations.

« On pourrait mettre son lit sur la rivière, elle ne se réveillerait même pas arrivée à la mer... » disaient mes parents lorsque j'étais petite.
Ce luxe d'un sommeil de plomb ne m'a jamais lâché, qu'il vente ou tempête ! En revanche, au fil du temps, les bruits infimes suscitaient une légère prise de conscience. Mais, sitôt identifiés, elle s'effaçait discrètement.

Hier soir, je me suis couchée en respectant scrupuleusement mon rituel. L'heure était enfin venue d'éteindre la lumière et de m'enfoncer voluptueusement dans les méandres du lâcher-prise.
Pendant la nuit, il m'a semblé avoir entendu quelques subtils crépitements : la chute d'une brindille du grand chêne, un geko en sortie nocturne, le frôlement d'aile d'une chouette…

Le silence revint. Rassurant.

Le matin, je me réveillai naturellement. Mon regard se porta vers le radio-réveil. L'écran était noir. Je regardai le téléphone. L'écran était noir. Pas normal tout ça !
Je me dirigeai vers la salle de bain. L'eau était chaude, mais le courant était aux abonnés absents.

Je pris la direction du cellier où nichait le compteur. Tout était normal. Et pourtant, il n'y avait pas d'électricité. Je pris ma cafetière italienne pour me faire un café. Il restait un fond de café moulu. J'étais sauvée…

Alors que je sirotais mon breuvage, mes pensées se firent de plus en plus amères au fur et à mesure que ma liste de « pas pouvoir » s'allongeait.

Je me rendis chez ma voisine. Je sonnai. Pas de réponse. Je tambourinai , elle ouvrit.
- Je n'ai plus de courant…
- Moi non plus…
- C'est embêtant…
- Très embêtant…
- Faudra prendre patience…
- Patience…

La nouvelle se répandit comme un jeu de passe-passe. Le soir venu, il me fallut admettre l'évidence.
Plus de courant, plus d'internet. Je pris une feuille de papier que je partageai en deux colonnes : ce que je devais faire et comment je ferais sans internet ni électricité.

La liste et mon visage s'allongeaient lamentablement. Pour ne pas sombrer, je me pris à rêver d'une nouvelle vie, d'une nouvelle ère…Mais l'avenir qui se dessinait était étrange. Je tentais d'en cerner les paradoxes. Ceux-ci me glacèrent …

Mais à quoi bon me tourmenter, vous tourmenter, vous affoler? D'ailleurs, Internet a disparu. Je suis seule et personne ne peut entendre mon désarroi. Je suis absorbée, engloutie par « Le Cri ». Je me disloque...je disparais…

Et c'est alors que je sens la caresse chaude d'un rayon de soleil sur ma peu nue et que le campanile résonne de ses neufs tintements….

mercredi 8 juin 2016

JCP - Internet a disparu

Dictature végétale*
                        
Plus vaste que les terres connues, plus large encore que les mers réunies, le réseau de fils dont la maille infinie véhiculait le flux continu des électrons, modulés tous par la parole, le son, l'image et le mot, s'est tu ce matin.
Le Grand Réseau n'est plus.
Aussi faut-il craindre que ces lignes, pour ainsi dire confiées à une bouteille à la mer en un pays sans mers, ne soient point lues : "Internet Explorer a cessé de fonctionner", annonce un message railleur, venu des soubassements de mon ordinateur privé désormais de sa fenêtre sur le monde !

Sont-ce les prémices de la nouvelle guerre, mondiale, totale, finale ? Allons-nous tous trépasser carbonisés, poussière grise envolée aux quatre vents ? La terre outragée va t'elle se voir libérée de la moisissure humaine qui ronge sa peau, va t'elle reprendre sa liberté, et peut-être, certaine enfin d'en finir avec les ravages de la science et de la technologie, va t'elle, l'humain disparu sans regrets, rappeler le dinosaure ami à la cervelle trop modeste pour lui porter nuisance ?
Ces mots sont peut-être mes derniers, mornés sous ce clavier avant d'avoir connu meilleur asile... j'attends l'explosion finale, curieusement peu inquiet (on nous a tant prédit la fin de ce monde...)

Cependant, plutôt que de céder à la panique, j'interrogeai du regard mon ami le grand cèdre, celui qui, désormais grandi, ombrage mes vieux jours. Voyant alors à son écorce un relief incertain, à ses aiguilles une manie fuyante, et à sa branche un étrange cintre, je connus sans provoquer d'interrogatoire son incontestable culpabilité : entre deux de ses puissantes racines, assurément, coupable facétie, le traître avait broyé ma connexion enterrée !
Arrosé sans compter dans son jeune âge, et gratifié des meilleurs des azotes comme des sels les plus fins, quel message le noble végétal me transmettait-il ? Quelles insuffisances, quels manques affectifs me faisait-il payer de ce terrible forfait ?

Par le câble brisé où, je dois le dire, tant de choses captivantes passaient, sans doute je dus négliger quelque peu mon ami de bois... peut-être exprimait-il un dépit jaloux, lentement mué en invisible et sournoise vengeance souterraine ?...

Je ne lui en tins pas rigueur - d'autres que moi l'eussent abattu sur le champ -, et rétablis mon contact avec le vaste monde d'un simple câble aérien, éloigné par prudence des grands bras d'un ami trop possessif.

Ayant fait en mon âme une amende honorable, désormais je ne manque pas de saluer - d'un sourire un peu crispé - sa dictatoriale présence quatre fois par jour, espérant apaisé pour toujours son insaisissable courroux de végétal.

* Ce récit est basé sur des faits réels.


mardi 7 juin 2016

Mel - Internet a disparu

Certains disent qu'il est mort
Si ça se trouve, juste il dort
S'il est mort
Point de remords
J'en étais bien trop mordue
Il me prenait trop de temps
Internet est captivant
Plus jamais le temps d'avant
Où on prenait encore le temps
D'aller se voir, se rencontrer
Tout se passe sur le réseau
A coup de jolies photos
A qui sera le plus beau
Et il y a tous ces blogs
J'en déblogue
Trop d'amis d'un seul coup
Cà vous monte un peu le chou
S'il est mort
Je suis débarrassée
Libérée, mais

Si ça se trouve, juste il dort.

Emma - Internet a disparu

Le Deal

Le grand bug de l’an 2000 avait foiré, il fallait s’y résoudre.
Le Prince des ténèbres s’était cru Malin, mais il avait bel et bien loupé son grand soir.
Comme toujours en pareil cas, il accusa les cyber-démons d’incompétence majeure, et ceux–ci, (comme tous les sous fifres en pareil cas), menacèrent à leur tour des flammes de l’enfer les petites mains laborieuses. A savoir l’équipe des 666 branquignols hackers (recrutés il est vrai un peu à la va-vite sur un site d’intérim à la papa) qui, on n’est jamais trop prudent, s’étaient réfugiés sur le pic de Bugarach.
Ils furent contraints à signer avec leur sang un nouveau pacte qui s’appela LE DEAL, dont hélas il ne reste aucune trace.
Et pour cause.

Lucifer ne détestait pas vraiment internet : il y passait même de bons moments, et pas seulement dans le deep web, mais il était devenu jaloux des humains qui se moquaient de lui, usurpaient ses prérogatives pour recréer le mal sous toutes ses formes et le démultiplier à la vitesse de la lumière.
Et puis son job, c’était quand même de perdre les hommes…

Et un beau matin, miracle ! (façon de parler). Ecrans noirs sur tous les bureaux du monde. Vérifications, appels frénétiques, engueulades !
- où t’as foutu la liste des mots de passe ? pleuraient les ménagères de plus de 50 ans.
- t’as essayé de brancher ? rigolaient les pépés goguenards.
Bientôt les trottoirs de Wall street furent jonchés d’appareils lancés par les fenêtres, de peu suivis par les financiers eux-mêmes, comme aux plus beaux jours de la crise de 29.
Les cadors de la silicon valley mis en demeure par les puissants de restaurer le système se suicidaient en direct sur les plateaux des talk-show.
Puis les écrans télé eux-mêmes se couvrirent de lignes scintillantes. Sur les plateaux des talk-show les écrivains nonagénaires au visage déformé crachotaient : Quelle merveille de retrouver crayon et papier, la rature est d’une jouissance extrême…

Eh oui, dit Dieu venu s’asseoir sur le nuage d’où Belzébuth contemplait le spectacle. Eh oui, mon vieux (une familiarité engendrée par des millions d’années de compétition stimulante) eh oui, gros Malin, tu n’as pas réalisé que tirer sur un fil de la toile débobine tout notre foutu boulot ?

Très vite financiers, écrivains nonagénaires et trafiquants furent contraints à donner leurs ordres et délivrer des messages codés à la radio "l’essentiel est invisible pour les yeux ; le chat de la voisine aime la bonne cuisine ; dansons la carmagnole ; Marcel, chez Rico, comme d’hab ; elle me fait pouet pouet, je répète : elle me fait pouet pouet…"

- Quelle merveille que ces horribles liseuses ne marchent plus disaient les dames raffinées, tourner les pages d'un livre papier est si sensuel.. juste avant que Gutenberg ne s'attire les foudres des copistes…

- Quelle merveille d'élever des chèvres et cultiver des racines disaient les ministres écolos de retour dans les Cévennes, juste avant de se replier dans des grottes mal famées pour tenter d'échapper au tigre aux dents de sabre.

Quand même, Dieu, s'il te plait, implorait Satan, y'aurait pas moyen de faire "pause" de temps en temps ? J'aimerais bien revoir tranquillement mes séries préférées de massacres, surtout ceux en costume, la guerre de cent ans par exemple ?

Mais une nuée ardente emporta sa voix dans le fracas d'un méga volcan en éruption.

Bonjour chez toi, tonna Dieu, moi je retourne faire la guerre des étoiles !

lundi 6 juin 2016

Laura Vanel-Coytte - Internet a disparu

Le roi est mort, vive le roi !

Internet a d’abord disparu
On l’a cherché dans les rues
Dans les voitures, les maisons
Les bus, le métro et les camions.

On a lancé une alerte enlèvement
La panique même au gouvernement
Des appels anonymes pour dénoncer
Le voisin perturbaient les policiers.

Internet a disparu, ouvrons une cellule de crise
Comment lancer des rumeurs –surprises ?
Sans cet outil indispensable aux journalistes
Pour nous mettre sur de fausses pistes.

Le désespoir a gagné les plus jeunes
Internet était mort, il fallait l’admettre
Les plus vieux qui n’avaient pas su s’y mettre
Respiraient comme après un long jeûne.

Internet a disparu, ils purent ressortir
Leurs journaux et leurs livres sans souffrir
La moquerie de leurs descendants
Qui les regardait avec envie maintenant.

Comme ce papier leur paraissait séduisant
Mais aussi inconnu et donc effrayant
Sauraient –ils prendre ce nouveau virage ?
Sans mémoire des mots et des pages.

Le roi internet est mort, sa dictature
De l’immédiateté a cédé sous la pression
Des patients qui attendaient leur heure :
Rêveurs, imaginatifs et lecteurs.

Le roi internet est mort
Vive le roi-livre !

Vegas sur sarthe - Internet a disparu

L'équidé de Troie

Lutetia – rue des Amphores – 6 juin 410 – meridies moins 10

«Ave Caïus Asus»
«Ave Caïus Hadopis. Quid novi? T'en fais une tête»
«Tu m'étonnes... j'ai la tête du gars qui vient de perdre son boulot»
«Quid factum est? Raconte»
«Figure-toi qu'hier soir j'avais plus de connexion, alors j'ai commencé par engueuler les gamins qui bidouillent sur Face-de-Bacchus dans mon dos... mais c'était pas eux pour une fois»
«Et alors?»
«Alors j'ai coupé leur chat – leur tchat, pas le greffier – j'ai fait mon César et j'leur ai dit: Allez jacter à l'Est»
«Et y z'y sont t'été?»
«Tu parles, alors j'suis t'été au cyberforum du coin pour en avoir le cœur internet»
«Le cœur internet?»
«Mea culpa, j'sais plus c'que j'dis... pour en avoir le cœur net»
«T'es allé chez Gratis et Prodeo?»
«Non, au coin d'en face chez Prorata Temporis»
«Ah? J'le connais pas çui-là»
«Pas grave. Y vient d'fermer boutique quasi modo, tout comme l'autre et vice versa»
“Quoi, Quasimodo?”
“J'voulais dire: De la même façon”
«Tu devrais surveiller tes locutions, Caïus. Et alors?»

«Ben j'suis entré in extremis alors qu'y baissait son rideau et je'lui ai demandé manu militari s'il avait encore de la Toile”
«Et alors?»
“Alors arrête de dire toujours Et alors. Il avait plus de Toile, juste un vieux stock de papyrus comme naguère”
“Tu veux dire comme avant l'Antiquité? Celui qu'on utilisait pour les fax similé?”
“Non, ce machin égyptien qui venait d'Alexandrie ou d'Alexandra, qui faisait naufrager les papillons de la jeunesse et qu'on grattait pour pouvoir le réutiliser plusieurs fois”
“Ah Aaah! Voiles sur les filles! J'me souviens. C'était pas du Claudius Francius? Quelle galère! J'en ai encore un rouleau qu'on avait ramené de nos vacances à Herculanum et dont Rebecca se sert comme rouleau à pâtisserie pour faire ses cookies”
“Nous on fait plus de cookies, ça faisait trop de miettes sur le claviatura. Bref j'ai cuisiné le gars de chez Prorata et il m'a avoué qu'internet avait officiellement disparu!”

“Comment c'est possible un truc pareil?”
“J'ai pas tout compris. Tu sais ces gars-là parlent pas latin comme nous. Ca serait à cause d'un équidé de Troie porteur d'une maladie – une sorte de virus infectieux, comme des vers de Virgile mais en plus crade – qu'aurait foutu la zizanie intramuros, du coup le Conseil des Anciens a fermé tous les portails sine die”
“C'est donc ça que j'ai cru voir brûler cette nuit, y z'ont utilisé les pare-feu!”
“Ouais, du coup il va me rester sur les bras un discobole de cinq cent kilos-octets ad vitam aeternam”
“Ca va être vachement lourd à porter. Moi j'ai un Duralex de deux Omega-octets de chez Gratis et Prodeo”
“Euh... tu veux dire méga-octets?”
“Non, chez Gratis y disent Omega mais peu importe puisque ça va aussi me rester sur les bras”
“Alors tout est foutu? Même les navigateurs... c'était quoi ton navigateur?”
“J'avais fait confiance à Marcus Polo... ça ramait pas mal mais j'suis pas du genre pressé”
“Moi c'est un Oueb-masteur qui m'avait conseillé Tabarlus mais comme j'y perdais mon latin j'avais récupéré Safari grâce à un broker... tu dois connaître... un dénommé Pompée”
“Safari? Vains dieux! C'est le nec plus ultra, ça”
“Ouais mais ça m'fait une belle cnémide aujourd'hui! A quoi ça va servir tout ce matos, le computatrum, tous ces pixelus, ces protocolus, ces macrons?”
“Euh... tu veux dire ces microns ou ces macros?”
“Non, des macrons... c'est comme ça qu'y disent chez Prorata Temporis”
“Alors adieu ma version 3.0 des Jeux Olympiques en couleur avec l'option hécatombe”
“Idem, j'avais le jeu Kohlantus en ligne... et Rebecca pourrait t'causer de la série Gastronomia par Paulbocus!”

Soupir... (Suspirium, Suspiria au pluriel)

“Et les pseudos? J'aimais bien les pseudos, moi c'était Scipion l'Africain... et toi?”
“Moi c'était BrigitteBardo”
“T'es un marrant toi, drôle de prénom pour un mulet”
“Possible, tu sais on trouvait tout et n'importe quoi sur la Toile... avant”
“Dis donc, on va être vachement emmerdés pour notifier nos amis pour les agapes des voisins de quartier!”
“Attends un peu! Laisse moi réfléchir, j'ai plus l'habitude... ben on va aller voir tous les voisins du quartier”
“Oui mais si on va les voir maint'nant, ça veut dire qu'on va s'les farcir deux fois?”
“Ben oui... sine qua non?”

Manoudanslaforêt - Internet a disparu

Et si Internet venait à disparaître !
Les Impromptus littéraires ne seraient plus….
Mon blog, les vôtres n’ont plus….
Je crois que cela me manquerait aujourd’hui…

Jacou - Internet a disparu

Et si on se faisait une omelette ?

Internet n’est plus.
Plus d’écrans allumés,
Mais qu’allons- nous faire ?
Faire comme de mon temps, rigole pépé.
Pépé, tu te souviens, t’étais bien content quand t’as retrouvé Roger.
Roger, ce radoteur ! Et puis d’abord, je savais très bien où il était. C’est vous qui avez insisté.
Insisté ! Qui c’est qui disait tous les soirs : j’ai entendu dire qu’on pouvait retrouver des personnes avec internet.
C’était pour vous faire plaisir.
Et toi, t’as pas été content de savoir qu’il était toujours en vie ?
Mais j’y pense, il devait m’envoyer des photos. Si on n’a plus internet, comment je vais faire ?
Comme de ton temps, pépé.
Ecoutez les drôles, je crois que j’ai une idée.
On t’écoute.
Toi, tu vas téléphoner à madame Sifflet, lui demander l’adresse de son neveu.
Son neveu. Bien.
Toi, tu me cherches une enveloppe, tu vas acheter des timbres.
Des timbres, mais y’a pas de poste.
Tu prends ta bagnole, et tu vas à Champerony, là y’a encore une poste.
Oui, mais pépé, en ce moment y’a les poids lourds qui bloquent les raffineries et j’ai plus d’essence.
Vas-y en vélo.
D’accord. Ça coûte combien un timbre ?
Tu verras bien. T’es pas encore parti ?
Tant que j’y suis, t’as besoin d’autre chose ?
Rapporte- moi le journal. Peut-être que c’est juste une grève, pour internet.
J’ai l’adresse du neveu.
Passe la moi ; t’as l’enveloppe ? Ya plus qu’à attendre le timbre. T’es déjà là ? T’as fait vite. Tu pourrais t’inscrire au Tour de France. Alors, ça coûte combien un timbre ?
Pépé, la poste, elle était fermée.
Comment ça, fermée ! On n’est pas dimanche ! Quoique maintenant…
Elle ouvre que trois après-midi par semaine. J’irai demain.
Hébé, au moins, ça te fera de l’entrainement.
Au fait, c’est quand qu’il commence le Tour de France ?
Attends, je vais chercher sur…et merde ! J’avais oublié.
C’est pas grave. En attendant, si on jouait aux petits chevaux.
Pépé !!!!!Pourquoi pas à la bataille, tant qu’on y est.
Allez, tiens, si on allait se chercher des champignons. On se ferait une bonne petite omelette.

T’as des œufs, au moins ?
Oui, pour ça, mes poules, elles ont pas besoin d’internet.

Où lire Jacou

Semaine du 6 juin au 12 juin 2016 - Internet a disparu

Et si Internet venait à disparaître ?
Ce thème proposé par Emma sera le sujet de cette semaine.

Dépêchez-vous de nous envoyer vos textes en vers ou en prose à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant que cette catastrophe ne survienne et dans le meilleur des cas avant dimanche 12 juin à minuit

vendredi 3 juin 2016

Célestine - La chasse au trésor

Le plus grand des trésors
Fantaisie animalière et philosophique


- T'as pas vu Célestine, Alphonse ?
- Non. Je me demande où elle est…
- A force de se balader sous la pluie elle a peut-être fondu, comme un vulgaire morceau de sucre…

- Non, je la connais, elle est solide malgré son cœur de miel fondu...
- Quel calme...La mer est belle ce soir.
- Voyez d'abord la mer,
et puis sur sa poitrine sans limite, dilatée, les bateaux...Voyez comme leurs voiles blanches, gonflées dans le vent, émaillent le vert et le bleu.
Voyez les vapeurs qui, jetant leur panache, entrent dans le port ou en sortent.
Voyez ténébreuses et ondoyantes, les longues oriflammes de fumée...
- C'est beau... c'est de toi ?
- C'est de Walt Whitman. Un grand poète.
- Les hommes sont capables de merveilles...quand ils convoquent l'universel au creux de leurs mains.
- Tu parles bien, ce soir, mon gros !
- Paraît qu'ils ont donné la légion d'honneur à des pigeons voyageurs, à Verdun...
- Z'auraient mieux fait de ne pas faire la guerre...
- Tu crois qu'un jour ils arrêteront leurs folies ? Leurs horreurs ?
- Oh oui ! Sûrement... Quand les moules auront des gants.
- Il est grand temps de rallumer les étoiles !
- C'est beau... c'est de Whitman ?
- Non, Apollinaire.
- Dis donc, mon pachyderme adoré, on n'est pas bien, là, tous les deux, et se dire des poèmes en contemplant la mer ?
- Je connais pas plus grand trésor, p'tite tête !

Où lire Célestine

Clémence - La chasse au trésor

L'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai rêvée.

Il m'avait dit :
- Je veux bien monter dans le Nord, mais après on descendra dans le Sud.
Je lui avait répondu :
- D'accord !

C'est ainsi que nous partîmes à la chasse au trésor : une maison pour « après » avec un cahier de souhaits bien rempli.
- Le boulanger, le boucher, le libraire et le bistrot à proximité,
- Les services pour la santé pas trop éloignés,
- Les plaisirs de la Culture à proximité.
- Un aéroport assez proche pour les allers et retours.

Il voulait une maison de village.
Nous cherchâmes. Nous trouvâmes :
- trop petite ;
- trop vieillotte,
- tout à l'étage ;
- des escaliers en raidillon ;
- un jardin mouchoir de poche ;
- pas de place pour les voitures ;
- des moustiques à profusion ;
- une vue « imprenable »
- en zone inondable.

Je voulais une maison de plain pied.
Nous cherchâmes. Nous trouvâmes :
- trop petite ou trop grande ;
- mal agencée ;
- en lotissement ;
- en zone inondable ;
- sur parcelle minuscule ;
- perdue au milieu de nulle part.

Deux années plus tard, nous passâmes le réveillon de Nouvel-An chez des amis, dans le Midi.
Ils nous interrogèrent sur l'avancement de nos recherches.
Nous répondîmes par quelques soupirs de dépit.
Ils nous signalèrent que la maison voisine était à vendre.
Nous visitâmes.
Nous fûmes enchantés.

Nous avons signé en oubliant notre cahier de souhaits.
La chasse au trésor prenait fin …

jeudi 2 juin 2016

Marité - La chasse au trésor

Le chemin de la fortune.

Le chemin m'appelle. Il m'entraîne, m'emmène à la découverte de trésors dont la nature a le secret et je ne m'en lasse jamais.

Je le suis irrésistiblement jusqu'à l'étang ténébreux, aux eaux calmes, à peine dérangées par une grenouille quittant promptement les roseaux à mon approche. La course folle des libellules divaguant parmi les hautes herbes me distrait un instant. J'admire les reflets du soleil faisant naitre sur leurs longues ailes transparentes des reflets changeants verts et bleus. Les peupliers sur la rive s'élèvent, droits, vers le ciel. Ils s'agitent mollement de frissons argentés sous la brise légère. Je m'arrête un peu pour écouter le bruit soyeux de leurs feuilles puis reprends ma promenade solitaire. Je savoure chaque instant, m'imprègne de l'odeur de menthe sauvage exacerbée par mes pas.

Le chemin court le long des bordures moussues pour se perdre sous les châtaigniers tordus formant une voûte sombre. Les oiseaux affairés préparent leurs nids et un joyeux tintamarre fait suite au silence serein qui baigne l'étang.
Quelques digitales pourpres poussent ça et là donnant une note colorée au talus. Plus loin, chèvrefeuille et aubépine fleuris exhalent leurs senteurs capiteuses et enivrantes. Les genets ploient sous le poids de leurs ors et s'étalent mollement sur le sentier se mêlant au mauve des bruyères. Les abeilles se posent, butinent puis repartent lourdes de leur précieux butin.

Me voilà déjà dans la clairière éclaboussée de soleil où je viens à l'automne débusquer les cèpes tapis sous les fougères mordorées. Aujourd'hui, s'offre à mon regard l'entrée nue de la grotte des maquisards. Au crépuscule, des chauve souris en jaillissent déployant leurs grandes capes. J'aime observer leur vol fantasque et silencieux. Un châtaignier, vieux et éventré abrite sans doute dans sa crevasse quelque hibou pour l'heure endormi.

Une flamme rousse balaie le chemin : un écureuil apeuré grimpe dans le chêne, s'arrête, penche la tête pour me fixer de ses yeux ronds. Les fourmis se hâtent, traînant leur fardeau dans la poussière parsemée de mica cristallin brillant de mille feux. Partout, la vie, la vie intense et sereine n'en finit pas de me surprendre.

J'arrive bientôt au ruisseau où coule un mince filet d'eau. Son murmure, doux comme une caresse s'élève tel une plainte et me plonge dans une rêverie mélancolique. Des écrevisses d'airain allongent leurs antennes et leurs pinces à travers les galets. Souvent, je dérange un chevreuil venu se désaltérer. Il file, me montrant son cul blanc en laissant derrière lui son odeur poivrée de sauvagine.

Le chemin m'ensorcelle, cachant ou dévoilant, selon la saison, selon l'heure tellement de trésors insoupçonnés prodigués par une nature généreuse. Je n'en veux pas d'autres. Ma fortune s'efface, comme le chemin pour mieux renaître au gré de ma fantaisie et me donner encore mille petits bonheurs qui me comblent d'allégresse.                                                      

L'Arpenteur d'étoiles - La chasse au trésor (2)

Mon trésor de vie

Un jour calme et tranquille
Au bout du chemin creux.
Tout au loin la ville
Semble un géant malheureux.
Rien ne bouge.
Ni les rameaux
Souples des bordures,
Ni l’oiseau,
Posé sur la ramure
Frêle des grands roseaux.
Un air parfumé caresse
A peine la houle
Immobile des blés.
La vie murmure la paresse
Et s’écoulent
Les heures chaudes de l’été

Elle danse 
Plus qu’elle ne marche
Devant moi.
Sa robe balance
Et je vois l’arche
Souple de ses hanches
Qui ondule mon émoi.
Nos mains se frôlent
Nos bouches
Se rejoignent.
Je touche
Son épaule
Nue
Et l’univers s’éloigne
Et le temps suspendu.

Bientôt la mousse
Accueille
Nos baisers.
Ses mains et ses lèvres
Me poussent
A d’autres fièvres
Assoiffées.
Inclinant à son désir
Mes doigts fébriles
Cueillent
Sa rosée,
Sur le bourgeon fragile
De son plaisir
Délivré.

L’amour
Et puis l’amour
Encore.
A contre jour
Les formes de son corps
Souples et rondes
Et leur lent mouvement
Comme une onde.
Plus rien ne compte
Que d’être
Et son ventre
Où je pénètre.
Elle murmure
A fleur de mot
L’inavouable
Et le sublime
L’incohérente errance
Et la déraison
Des amours charnelles
Intemporelles.
Elle murmure
La plainte
La complainte
Eternelles.
Soupirs profonds
Rythme des cœurs
A l’unisson
Du même désir
Du même plaisir
Venu
En vagues
Incoercibles.

Enfin la mort
De nos deux corps
Apaisés.

S’allument les étoiles.
A l’horizon
Sombre le soleil
Derrière les moissons.
Un merle voyeur
Lance moqueur
Son trille vers le ciel.
Elle,
Elle met de l’ordre à ses dentelles.
Jamais vu plus belle
Qu’elle.
Retour
Silences
Regards tendres
Sourires complices
La nuit
S’avance.
J’ai trouvé
Ce bel été
Mon tendre trésor
De vie
De folie
De sérénité.

Au bout du chemin creux
L’oiseau
Des grands roseaux
A regagné son nid
Le jour s’achève
Et commence le rêve
De l’amour infini.

JCP - La chasse au trésor

Fortune des sables 

Un soleil de pure flamme tombait ce jour-là dans la vallée des sables morts. Et il faisait si chaud sur les vastes étendues entrecoupées de roches noires, qu'on n'aurait pas été surpris de voir les grands cactus enduire leur peau verte de crème solaire "Écran total".
Équipé d'un chapeau à large bord et d'un parasol déployé au-dessus de ma tête fragile, le sable brûlant achevait de fondre les semelles de mes chaussures, lorsque je vis l'objet lumineux tomber, juste derrière la dune dont j'avais entrepris l'ascension. Une fumée roussâtre s'élevait du lieu de l'impact, et rejoignait les hauteurs du ciel assombri en tourbillon de tornade.
Aiguillonné par la curiosité, je poursuivis mon ascension sous le soleil de plomb, débarrassé des chaussures inutiles ; le sable se dérobait sous mes pieds nus, qui exhalaient une forte odeur de corne brûlée ; et je pus découvrir le cratère encore fumant creusé par l'objet tombé du ciel, qui refroidissait lentement, et qu'une attente résignée me permit de saisir.
Plutôt lourd, il n'était pas bien gros et tenait dans la main, tiède encore.

Mes doigts timides palpaient l'objet sphérique et rugueux, auquel adhérait une sorte de revêtement au relief et aux couleurs variées, qui entachait mes mains. Une fois placée entre sa surface et mes yeux la loupe de botaniste qui ne me quitte pas, j'y pus voir une minuscule créature, debout sur ses trois appendices marcheurs et coiffée d'un chapeau doré, qui s'adressa à moi en ces termes :

- Monsieur, dessine-moi un humain...
Déjà entendue, ou peut-être lue, la demande de l'être infime, qui connaissait parfaitement ma langue et m'observait de son œil unique sans cesse en mouvement, me troubla beaucoup. Je pus cependant lui répondre :
- Je n'ai pas le talent du dessinateur et du reste, je n'ai pris aujourd'hui ni papier ni crayon - ce qui était la stricte vérité. Mais la triple raison ne suffit pas à la chétive créature, qui réitéra :
- Je t'offrirai un grand trésor, dessine-moi un humain...
M'interrogeant sur la taille et la valeur des trésors de fourmi, je tentai pourtant de graver du doigt dans le sable une silhouette, plus celle d'un pantin que d'un homme, mes pauvres talents rassemblés.
Mon tracé terminé, il y eut un éclair aveuglant, et je fus projeté au sol. Reprenant mes esprits assis dans le sable, je vis que mon dessin avait disparu : plus aucune trace de mon laborieux ouvrage ! Et, tout aussi prodigieux, la minuscule planète et son unique habitant s'étaient envolés eux aussi.

Il ne demeurait sur le sable qu'un morceau de verre de forme inégale, éblouissant de mille éclats au soleil, que j'emportai.
Et je fus surpris d'apprendre qu'il s'agissait d'un diamant, dont l'exceptionnelle grosseur comme la pureté relèguent désormais le très fameux Koh-i-Noor, gardé jour et nuit dans la tour de Londres, au rang de simple babiole.

Actuellement, je suis en pourparlers pour acheter la Corse (je commence modeste).

Chri - La chasse au trésor

Mon trésor.

Quoique je fasse où que je sois,
Qui que je croise, quoi que je vois
Une cheville aperçue
Une ombre dans la rue,
Le sourire d’un enfant,
Le lent d'un pas lent,
Une robe de fille,
Une pierre qui brille,
Une perle sur un cou,
Je me souviens de tout.
Un baiser entre eux deux
Les flammes des feux
Ces mains là qui se croisent
Deux sourires qui pavoisent
L’arrondi d’une épaule
Des doigts qui se frôlent
L'odeur d’herbe coupée
Je n’arrive à rien oublier.
Un bain dans l’eau verte
Une parole experte
Un soupir expiré
Une date périmée
Une marche en campagne
Le tombé de ton pagne
Le souriant d’une réplique
Du savoir qui s’explique
La longueur d’une jambe
Une phrase qui flambe
La force d’un je veux
Ta coupe de cheveux
Un prénom sur le marbre
L’écorce d’un arbre
La chaleur d’un été
Ton parfum envolé
Le bronze d’une peau
Une colline par là-haut
Une bride de chaussure
Le dessin d’une écriture
Un début de soirée
Une gorgée avalée
La naissance d’un sein
L’étiquette d’un vin
Le titre d'un livre,
Se sentir un peu ivre
L’espérance d’un quand
Le regret d’un pourtant
La promesse d’un mais
Le tranchant d’un jamais,
La porte d’un coffre éventré,
Ce qui m’est donné, ce qu’on m’a volé,
Ce que je vois, ce que j’entends
Ce que je sais, ce que je sens,
Ce que je lis, ce que j’apprends
Ce que j’espère et j'entreprends
Sans que je sache, pourtant
Le pourquoi du comment
Tout me ramène là-bas,
Où que j’aille, où que tu sois
Tout, tout me ramène… à toi.
Mon trésor.

mercredi 1 juin 2016

Mel - La chase au trésor

Les sentiers

Sur les sentiers abandonnés
Je vais dans mes souliers usés
Traquer le moindre souvenir
En regardant bien droit l'avenir

Je marche pour me faire les pieds
Envie de liberté
Et même d'éternité
Je chasse quelque chose
La prose

Sur les sentiers de l'habitude
Je foule toutes mes certitudes
Je m'imagine un jour  mieux faire
J'espère

Où lire Mel 

Lilousoleil - La chasse au trésor

Pourquoi aller chasser les trésors qui sont à portée de main ?

Le printemps qui arrive
Un tiède après midi
Un soleil encore pâle
Des bourgeons qui éclatent
Un parfum de lilas
Des abeilles qui voltigent
Des bourdons qui grésillent
Des oiseaux qui font des trilles
Une cour d’école qui résonne
Aux rires des enfants
Du linge qui sèche au vent frais
Des brins d’herbe frêle
Quelques notes de musique
Une fille à la peau fraîche à peine dorée
Un homme au regard caressant
Une barque qui danse au gré du courant
Quelques notes de musique
Un piano qui s’égrène
Un violon qui gémit
Une odeur de terre mouillée
Un amour naissant
Une envie d’éternité.

mardi 31 mai 2016

L'Arpenteur d'étoiles - La chasse au trésor

Un trésor si dangereux

Il y avait bien longtemps que les rumeurs guerrières s'étaient tues dans la plaine du Grand Affrontement. La victoire sur Aarkham et ses créatures du diable, acquise grâce aux auriculoptères et à l'infini courage des hommes et de leurs alliés, avait été suivie d'une période de paix et de prospérité. Les Arzontax avaient presque tous disparus. Harpidesternen était à présent un homme paisible préférant ses arpens ombragés aux ampourlées tumultueuses du haut commandement. Seuls avec lui restaient de leur célèbre groupe, Bastheta la Douce, son éternelle compagne, et Gorouk, retiré dans la tour gardienne du Ksar de la Porte des terres d'en haut. Hasterin, le babil détenteur du grand secret, était devenu le Grand Elite et régnait sans partage sur le monde connu. Les races s'étaient mêlées, simionigers et hommes d'abord, donnant naissance à des êtres hybrides doués de pouvoirs étranges dont Hasterin avait été le précurseur. Bientôt des métisses de toutes espèces vinrent peupler les terres de l'Avers dans un étonnant brassage. Le monde changeait, mais dans une harmonie foisonnante.

Bastheta s'approcha d'Harpidesternen alors qu'il contemplait une fois encore l'obscurité mauve gagner les collines environnantes.
- Et si nous essayions de retrouver Grandcornu ?
Harpidesternen sursauta. Il y avait des milliers de mirlosques qu'il n'avait entendu le nom de cet hippogriffe si cher à son cœur. Celui qui n'avait jamais faibli, même au pire moment de la grande bataille, quand les nuées de fourcheux obscurcissaient l'horizon. Celui qui n'avait jamais trahi sa confiance.
- Quelle idée farfelue, douce compagne. Nos âges sont avancés et nos forces nous quittent. Et puis les hippogriffes sont partis rejoindre le monde des ombres, leur monde où nous n'avons pas notre place.

- J'ai fait un rêve insista Bastheta. Nous avancions dans une plaine fleurie de fumeuses blanches et d'arabesqueuses pourpres. Nous n'étions que nous. Seuls. Un bruit d'aile survint et il était là. Grancornu, encore plus grand, encore plus beau. Il s'arrêta devant nous et murmura : viens vers moi Harpidesternen. Viens, j'ai quelque chose à te montrer. Puis un bruit dans l'orifeu interrompit mon rêve et je me réveillais.
- Ce n'est qu'un songe, ma Douce, qu'un songe. Même si les hippogriffes ont des vies bien plus longues que les nôtres, Grand cornu doit être déjà vieux à présent. Il n'a plus de raison de faire appel à nous, tu sais.
- Ce n'est pas un appel, Harpi, mais bien plutôt une prière. Et Grandcornu a toujours communiqué par la pensée. Allons, nous sommes les seuls à connaître le chemin de leur vallée perdue et nous avons encore assez de courage et d'énergie pour la rejoindre.

Après longtemps de discussions et d'hésitations, Harpidesternen qui savait les talents prémonitoires de Bastheta, finit par céder. Etait-ce simple curiosité, le désir de lui faire plaisir, ou bien une trace de cette soif d'aventure qui les avait jadis poussés sur les traces du grand éléphant, il ne le savait pas vraiment lui-même. Cet hippogriffe devenu mythique et qui avait sa statue dans nombre de ksars de l'Avers, lui manquait sans qu'il s'en fut rendu compte. Et puis, ce serait certainement leur dernière aventure. Après les préparatifs d'usage, accompagnés d'une poignée d'hommes surs et d'un équipage limité au strict nécessaire, ils prirent bientôt la route vers la vallée perdue. Celle-ci s'ouvrit devant eux après plusieurs lunes de voyage. Le passage de l'étroit défilé qui en gardait l'entrée se fit sans encombre. La vallée qu'ils découvrirent alors les laissa stupéfaits, tant sa beauté dépassait tout ce qu'ils avaient vu jusque-là. Un infini de plaines verdoyantes où ondulaient sous un vent tiède des herbes aux couleurs éclatantes. Des arbres imposants, sentinelles muettes et mouvantes, jalonnaient le paysage et l'on devinait parfois les méandres des cours d'eau, par l'apparition fugace de leurs reflets bleus. Ils restèrent immobiles et silencieux, craignant même que le son de leur voix ne vint briser le parfait équilibre de cette nature sauvage et ignorée.

- Je suis content que tu sois venu fit la voix derrière eux. Grandcornu était arrivé sans un bruit malgré sa taille colossale. Je vous attendais depuis le songe de Bastheta.
- Ainsi c'est bien toi qui as envoyé ce message, dit Harpidesternen. Il regardait son vieux compagnon de combats, encore plus grand, plus fort, plus imposant. Comme avant, il posa sa main sur son bec puissant. Je suis heureux de te revoir. Qu'as-tu de si important à nous faire voir ?
- Montez sur mon dos, vous tous. Vous verrez. Laissez là votre matériel, il ne craint rien. Ils escaladèrent le dos de l'animal ailé et, quand il fut certain que tous étaient suffisamment arrimés, Grandcornu décolla. Un léger battement d'aile et ils montèrent vers le ciel clair. Ils filaient à grande allure, laissant en dessous d'eux, plaines, vallons et forêts se succéder jusqu'à ce qu'un massif énorme barre l'horizon. L'hippogriffe leur recommanda de se cramponner d'avantage et entama une montée vertigineuse.

La plaine herbeuse fit place à des vallées profondes surplombées de pics où s'accrochaient les nuages blancs. D'autres hippogriffes se joignirent à eux et ce fut bientôt une véritable escadre qui aborda la dernière paroi. Avec dextérité, ils s'engagèrent dans une anfractuosité du rocher et pénétrèrent au cœur même de la montagne. L'obscurité ne gênait aucunement le vol de leur monture et de son escorte. Harpidesternen et ses compagnons leur faisaient une confiance absolue. Le vol aveugle leur sembla durer une éternité, puis la lumière les surprit brutalement. Ils étaient arrivés sur un haut plateau inondé de soleil. Là les attendaient une foule silencieuse d'hippogriffes, étonnant spectacle d'ailes battantes. Grandcornu descendit vers elle et se posa près d'un orifeu recouvert de mousse et de branchages. Les voyageurs mirent pied à terre, intimidés par les masses sombres de ses semblables, contrastant avec le calme quasi religieux qui régnait.

- Harpidesternen, regarde ce que nous avons découvert il y a peu à la source d'une de nos rivières. Il se pencha sous l'orifeu et resta muet de stupeur. Devant lui, dans une sorte d'écrin de verdure, trois grosses pierres noires et sept autres plus petites, couleurs de ciel.
- Alors ce n'était pas une légende, murmura-t-il. Tous se succédèrent pour admirer avec respect ce qu'ils avaient reconnu comme étant les « dix pierres du grand secret », aussi nommées « clefs des mondes inconnus ». Il était rapporté dans les grands livres que ces happelourdes apportaient le savoir absolu de toute chose et offrait à leur détenteur la possibilité de connaître l'emplacement des portes vers d'autres mondes. Grandcornu parla à nouveau :
- J'ignore pourquoi le sort a voulu que ce soit nous qui découvrions ces pierres. Nous avons beaucoup hésité avant de te faire signe. Mais seul un homme tel que toi pouvait connaître cet événement et prendre les bonnes décisions.

Le vieil aventurier consulta un instant Bastheta et ceux qui l'avaient suivi, puis pris à son tour la parole :
- Cher compagnon, je te remercie chaleureusement de nous avoir permis de contempler ce qui jusqu'alors n'était qu'un mythe. Mais je crois que nous n'avons pas le droit de prendre de risque. Nous allons enterrer ces pierres au plus profond de ton territoire, afin que personne ne les retrouve jamais. Je pressens que tout le savoir qu'elles contiennent est aussi porteur de tous les malheurs possibles. Si elles tombaient entre les mains d'un nouvel Aarkham, l'Avers et des autres mondes ne seraient bientôt que flammes et souffrances. Les grands livres affirment qu'on ne peut les détruire. Alors enfermons-les pour l'éternité au sein même de la terre qui les as créées. Les pierres furent emportées dans une grotte ignorée, puis les hippogriffes effondrèrent la montagne sur elles. Après quelques jours de repos, Grandcornu ramena ses invités au confins de la vallée perdue. Puis le groupe repris le chemin de l'Avers et des terres d'en haut. Harpidesternen avait décidé d'aller saluer Gorouk dans sa tour gardienne. Bastheta, heureuse de ce dernier voyage, marchait devant à ses côtés. Son intuition s'était révélée juste.

Cependant, ils ne pouvaient voir l'éclat bleuté, couleur de ciel, qui brillait de temps à autre à la ceinture de leur plus jeune compagnon. Inestimable et dangereux trésor.

Harpidesternen, Bastheta, Grancornu, Gorouk et les autres sont des personnages de nouvelles "fantasy" que j'ai écrites il y a longtemps. Aarkham était un sorcier malfaisant voulant mettre la main sur le monde. Il perdit la bataille finale grâce à Harpidesternen et ses alliés et surtout grâce aux auriculoptères (sorte d'éléphants volants). Ensuite le monde devint un monde de paix où toutes les races se mélangèrent. Ces peuplades étranges étaient nées bien après la fin du monde des humains, due à un anéantissement nucléaire ... Mais, peu à peu, les traces des hommes réapparaitront ...
Je n'ai pas encore mis sur mon blog ces courtes histoires, mais je le ferai bientôt.




Où lire l'Arpenteur

Lorraine - La chasse au trésor

           Je le devine, je le flaire, je l’entraperçois, je le traque, je le coince, non, il m’échappe ! Et pourtant, il était là, tout chaud, tel que je l’imaginais, prêt à rejoindre les autres, docile, coloré, brillant de sa propre lumière, exactement comme je souhaitais. 

J’enrage.  Un peu, pas trop, je sais qu’il reviendra, il me suffit d’un peu de patience. Mais de patience, je n’en ai guère. Alors, je change de point de vue, je modifie un peu ma recherche, et soudain le revoici, il me saute aux yeux, je l’attrape, je l’insère… Et je continue ma phrase.

         La chasse au trésor, pour moi, se réduit à la chasse aux mots. Une aventure intérieure, en quelque sorte, mais qui m’apporte quelquefois la douce impression de vivre un rêve.

lundi 30 mai 2016

Laura Vanel-Coytte - La chasse au trésor

Mon trésor c’est toi

Mon trésor, c’est toi
Celui que j’ai trouvé
Sans le chercher
Mon trésor c’est toi

C’est un trésor sans prix
Dont je connais la valeur
C’est un bonheur infini
Qui se terminera en douleur.

Mon trésor, c’est toi
Celui que j’ai trouvé
Sans le chercher
Mon trésor c’est toi

J’ai beaucoup chassé
Mais mes proies
Etaient désarmées
Face à mon choix de toi.

Mon trésor, c’est toi
Celui que j’ai trouvé
Sans le chercher
Mon trésor c’est toi

Tu m’as offert des cadeaux
Que personne n’a su voir
Tu m’as donné des châteaux
Qui devinrent mes paysages.

Mon trésor, c’est toi
Celui que j’ai trouvé
Sans le chercher
Mon trésor c’est toi