vendredi 30 juin 2017

Célestine - Le sacre de l'été

Le sac creux de l’été

Cet été, par un temps de chaude langueur où je lézardais mollement au bord de la mer, avec cet entrain de bulot macrocéphale et anémique que confère l'oisiveté prolongée en position parallèle au sol, toute velléité de bouger anéantie sous une couche d'écran total indice soixante-cinq, j'ai longtemps regardé s'ébattre quelques jeunes gens aux couleurs assorties, purs produits de nos cultures cosmopolites, tapant chacun à son tour dans un ballon mou avec des grâces animales, poussant des hurlements d'envahisseurs extraterrestres qui se livreraient une guerre astrale et sans merci pour survivre dans un univers hostile avant d' être aspirés dans le néant sidéral, alors qu'ils étaient tout simplement en train de faire une partie de beach-volley, je vous le rappelle...

Et là, mue à la fois par une noire pulsion métaphysique et une association d'idées saugrenue, et agacée par leurs cris de sauvages réduisant à néant mes espoirs de sieste, je me suis prise à rêver d'un monde sans ados ! Ah, quelle tristesse sans nom ce serait, de rayer de la surface de la terre ces êtres délicieux pratiquant avec un bonheur sans partage le borborygme matinal et le monosyllabe intempestif, la moue expressive et le haussement d'épaules exaspéré, tout en déversant dans leur journal intime une haine logorrhéique des adultes, tous devenus des vieux cons sous leur plume intransigeante, écriture script et points sur les i n'allant pas sans rappeler les comédons séborrhéiques dont ils sont affligés, certes moins qu'avant, grâce aux progrès certains de la cosmétique.

Comment concevoir de supprimer de la mappemonde ces êtres étranges dont la voix qui mue évoque toujours, chez les spécimens de type mâle, dans les aigus, le doux timbre indicible du frein humide qui crisse et, dans les basses, le grognement délicat du gnou en rut…

Comment ne pas déplorer la fin de la mèche revenant gracilement sur l'œil (torve de préférence), du slip dépassant généreusement du jean débraillé, et de cette nouvelle prothèse prolongeant le bras de l'ado et lui servant à communiquer au moyen de Signes Méchamment Secrets ?

Comment se passer de cette douce nonchalance négligée et indolente des garçons, alliant le charme et l'élégance aérienne d'un éléphant égaré dans le rayon vaisselle d'Ikea et de celle, plus affectée, des Lolitas partant à la découverte fébrile de leur séduction, cuisses de nymphes, mini-shorts et bustiers ravageurs, petits seins qui piquent et qui mordent, œillades encharbonnées par trois tonnes de mascara chouré à la supérette du coin, mines alanguies et textos sibyllins où l'on se console au féminin pluriel d'avoir peur du masculin singulier.
"- T'es trop belle !
- Nan, chuis moche, Kevin m'a même pas regardée !
- Nan, sérieux t'es trop la classe, c'est lui qui est trop moche !"

Eh, les gens, sérieusement, vous voyez d'ici l'immense perte que ce serait pour la grandeur de l'Humanité et de Facebook réunis ? Non mais allo, quoi…

Un monde sans ados ? Tout simplement inimaginable.

Où lire Célestine

16 commentaires:

  1. T'abuserais pas de Loft Story ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si, et surtout des anges de la téléréalité...
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  2. Ah oui mais attention : le temps ne fait rien à l'affaire !

    P.S. Toi aussi tu as écouté "Du grain à moudre" sur le syndrome des couilles de cristal ? ;-)

    https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/sexisme-quand-yen-plus-yen-encore

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hallucinant ce syndrome...
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  3. J'apprécie moyen moyen qu'on se moque ainsi de moi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non mais allo, quoi ? T'es un ado toi ? ;-)
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  4. tu as oublié les moues désapprobatrices devant la suggestion de mettre au sale ce qui traîne dans une chambre qui n'a plus vu l'aspirateur depuis un lustre, parce que "non, mais je ferais ça après le bac"
    puis ensuite "non, mais maintenant il faut que je décompresse du bac"
    :(

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui, c'est très bien vu ma Tisseuse !
      Le bac...
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  5. Arpenteur d'étoiles1 juillet 2017 à 10:43

    et bien c'est la vie adolescente ...
    et de l'humour aussi :o)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il vaut mieux le prendre avec humour, je sais de quoi je parle, j'en ai eu trois...
      J'ai un peu forcé le trait...
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  6. Le monde intransigeant.
    Des ADOLECHIANTS ! ];-D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est exactement ça... ;-)
      Ils sont attachiants, ces enfants...
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  7. J'attendais un texte comme celui-ci alors que je reviens de trois semaines de plage, ayant côtoyé bien malgré moi des nymphettes copies de Nabila équipées de smartphones (ou de mégaphones, c'est pareil) et des grands benêts amateurs de rap sauvage et heureux de faire partager leur "passion de la musique".
    Heureusement j'ai pu passer du temps sous l'eau quitte à souffrir des oreilles pour la bonne cause !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Finalement tu n'es pas dépaysé, alors...
      Je ne te savais pas amateur de plongée sous-marine...
      ¸¸.•*¨*• ☆

      Supprimer
  8. Une belle satire de l'adolescence Célestine. Je lui pardonne beaucoup. Sauf l'impolitesse verbale et gestuelle.

    RépondreSupprimer

Nous avons décidé de ne plus autoriser aucun des commentaires qui ont pour en-tête "Anonyme", même si ces derniers sont signés en fin de commentaire, et même si leurs contenus sont conformes à nos règles de communication.
Bien que l'hébergeur Blogger propose cette possibilité de mise en ligne de commentaires, nous allons vous demander d'utiliser systématiquement un des autres choix qui vous est offert.
Si vous n'avez pas de site personnel, ni de compte Blogger, vous pouvez tout à fait commenter en cochant l'option "Nom/URL".
Il vous faut pour cela écrire votre pseudo dans "Nom", cliquer sur "Continuer", saisir votre commentaire, puis cliquer sur "Publier".